Chair d'une ville par Escarmouche

Statue vivante et immobile
Aux yeux tombants sur le pavé
Ombre gênante de nos villes
Implorant d'une main blessée
Un souvenir de dignité,
Accablé des regards trop fiers
De ces passants aux yeux braqués
Sur la laideur de ta misère

Jamais une larme ne file
Hors de cette triste marée
Des anonymes de nos villes
Qui tous gardent les yeux tournés
Vers un avenir jalonné
De cathédrales de lumière
Chacune a sa pierre posée
Sur la laideur de ta misère

Fatigués de larmes inutiles
Tes yeux parfois se reposaient
Et endormi triste et tranquille
Tu rêvais à la liberté
Et toujours tu te réveillais
Et la vie dans les mêmes fers
Et le regard toujours posé
Sur la laideur de ta misère

Cette nuit-là tu as pleuré
De faim, de froid et de colère
Le jour s'est à jamais couché
Sur la laideur de ta misère.