A la Closerie des Lilas


(Camille)


 
J’ai appris lundi soir
qu’t’habitais sur c’boulvard
et que souvent, parfois,
buvais un coup en bas.
J’veux pas avoir d’idole,
même d’un anar être folle,
alors pour y-échapper,
j’devais te rencontrer.
Comprendre enfin pourquoi
j’m’identifiais à toi,
persuadée que toi seul
comprenais mon linceul.
Au serveur (très gentil)
d’mandais si toi ici
il m’a dit : " juste là "
Joie, peur : j’y croyais pas.

   J’voulais pas t’déranger
   t’avais l’air occupé
   à fumer et à boire
   chagrin, clopes et Ricard

J’étais ‘ach’ment en panique
Sûr’ment tres pathétique
J’voulais pas d’autograph'
ni d’photos qu’on agrafent
J’voulais juste te parler,
te sourire, t’embrasser
m’timide et pétrifiée
rien tout c’la n’ai osé
T’avais là quelques potes
qui m’ont vue idiote
m’ont gentiment parlée
mêm’ offert un café !
Pourras-tu dire à Jean
que je viendrai sûr’ment
l’applaudir début mai
(j’ai déjà réservé) ???

    J’espère avoir gardé
    du tact et du respect
    j’voulais pas te faire chier
    en t’voyant si blessé

T’avais bien petite mine
toute triste, toute spleen
Tu parlais presque pas.
Dis ; chantais-tu, tout bas :
" Que me veux cette nana,
17 ans  : qu’une fanat’ !
Tu m’déranges pauv’ conne
et pi t’es même pas bonne ! ".
Comme tu m’regardais pas,
benh,, j’regardais pour toi,
essayant d’attirer
tes yeux bleus délavés.
Étonnée d’la tête d’mort
plantée là sur ton cœur,
alors qu’toi-même as dit :
" Qu’y faut aimer la Vie ".

    J’espère avoir gardé
    du tact et du respect
    j’voulais pas te faire chier
    pensais pas t’renconter.

De cet après-midi,
en rentrant à l’Hay,
je n’ai parlé qu’au chat
presqu’aussi muet que toi.
Pour ne pas regretter
de ne t’avoir parlé
de mon admiration
j’ai écrit cette chanson.
J’pensais pas t’rencontrer,
aujourd’hui ça c’est fait
même si cela n’était
pas comme je l’ai rêvé…
J’crois pas qu’ce bout d’sapin
Arrive au creux d’tes mains,
Mais comme on l’dit si bien :
" qui n’tente rien n’a rien "…

    J’voulais pas t’déranger
    t’avais l’air occupé
    à remuer et à boire
    ton deuxièm’ Ricard


Si j’ai écrit c’poème
c’t’un peu pour t’dire ", " je t’aime "
Si mes vers dansent entre eux,
C’est sûr’ment parce que
Tout c’que j’ai su te dire
" c’merci d’me faire sourire "
C’était à tout casser
L’millièm’ de c’que j’pensais.
Ce moment avec toi
n’avais pas assez d’toi…
P’t’etre bien qu’on s’reverra
à la Closerie des lilas,
p’t’etre bien qu’on s’reverra
à la Closerie des lilas
et que cette fois là,
tu parl’ras plu(s) qu’mon chat….

    Tâche de n’pas oublier
    qu’j’voulais pas t’déranger
    j’voulais pas te faire suer
    nuire à ta vie privée

 

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