Une rencontre, une chance ratée.


 
J'ai dernièrement eu la grande joie de revoir votre gavroche et
ambassadeur du parti "...des oiseaux de la terre et de l'eau".
Voilà déjà presque 12 ans qu'on l'attendait dans cette région du Québec
(outaouais) où les militants se font rares. Nous attendions
avec impatience l'artiste, le porte-étandard, le Germinal des temps
modernes. Est venu Renaud, et toute sa souffrance...
 
Les journaux du Québec se sont vite empressés à le "flinguer", question de
taire sa voix amochée. Nous, on l'a applaudi.
Mais applaudi surtout le Renaud d'antan qui avait su, de l' "Hexagone" à
la "Triviale Poursuite", nous ramener à l'ordre et nous rappeler
que l'ennemi (la bêtise humaine) veillait toujours sur nous.
 
Fort ravis d'avoir été une fois de plus secoués par ses propos et par sa
musique, nous retournâmes ches nous. Au fait, à notre Troquet habituel,
donc forcément "chez nous". À notre grand plaisir, Renaud vînt nous
joindre, ou plutôt, arriva flanqué de ses musiciens (que nous saluons
d'ailleurs).
 
Assis à trois chaises de Renaud, j'avais enfin la chance de remercier
celui qui avait protégé la veuve et l'orphelin, et décrié puis dénoncé
les salopards de notre belle "boule" bleue.
 
Malheureusement, grâce aux "groupies" habituels, j'étais tout près, mais
encore trop loin. Je n'ai pas pu glisser un mot à cet homme qui
me semblait maintenant fatigué. Fatigué de tout. Il avait les santiags
usées, le bandana-étendard déchiré. Déchiré comme son coeur d'ailleurs.
 
Je l'entendait à peine parler, mais vite compris que Dominique et Lola
était derrière tout ça. J'aurais voulu lui prendre les épaules et lui
dire:
"Déconne-pas Manu...", mais je n'ai pas pu...je n'ai pas su. Et pourtant,
comme nous tous, je le lui devais.
 
J'ai donc quitté le Troquet déçu. Déçu parce que notre gavroche avait
baissé les bras, et parce que je n'avais pas eu le courage de lui dire
qu'il fallait aimer la vie même si... Une rencontre, une chance ratée.
 
Je suis alors rentré chez moi, bourré (!) d'inquiétude pour Renaud.
 
En vous écrivant, j'ose espérer que mes frères et soeurs puissent
reconnaître que le retour du pendule est venu. Qu'il nous appartient
maintenant de porter l'étendard pour notre frère qui souffre, et lui faire
savoir que nous sommes à ses côtés.
 
Comment ? Reste à savoir...
 
Denis Lacroix
Hull, Québec