(Céline)
Tiens, mon Paulo, comment vas-tu ?
Viens prendre un verre chez Bébert.
Si j'te raconte, me croiras-tu,
Qu'ça fait des semaines que j'galère.
Y'a mon patron qui m'a viré,
Cause économique, je rigole.
Trop de charges, car trop de salariés :
Faut licencier pour qu'ça r'décolle.
En plus de ça ma Géraldine
M'a laissé seul avec les p'tits.
J'connais plus qu'les boîtes de sardines.
Les pâtes : chez moi c'est l'Italie.
Tous les soirs, j'leur joue du violon,
Pour les aider à oublier
Qu'leur mère nous a fait marron
En nous jetant comme de vieux papiers.
Et, mon Paulo, mon salaud,
C'est bien toi l'plus heureux.
T'es p'tête pas l'plus beau
Mais tu fais des envieux.
Ta liberté, à toi, c'est la rue,
Ton chien et la bouteille.
Et j'aurais jamais cru
Te dire une chose pareille.
Allez patron, sert nous un verre.
De toute façon, j'peux plus gagner.
Y'a les huissiers, ces sales vipères,
Qui veulent ma peau, ces enfoirés.
J'ai plus un rond et j'ai des dettes,
Chez les commerçants du quartier.
Les emmerdes, tu vois, ça m'prend la tête
Et j’préfère boire pour oublier.
La seule bonne chose dans cette histoire,
C'est qu'mes mômes sont à l'abri.
Bien sûr, j'peux pas trop les voir :
J'ai peur d'leur mettre la honte, pardi.
Ils ont trouvé une nouvelle maison,
Chez des gens bien comme il faut.
Une famille de substitution.
Je sais que là ils sont au chaud.
Et, mon Paulo, mon salaud,
C'est bien toi l'plus heureux.
T'es p'tête pas l'plus beau
Mais tu fais des envieux.
Et tu vois, sous tes airs un peu louches,
T'as créé un style, mon garçon,
Car j't'assure que ce soir j'me couche
Avec toi sous les ponts.