Dany parle de Renaud

Chanteur qui s'est produit en off de la dernière tournée de Renaud dans le nord est de la France et en Belgique.
Retrouvez-le sur son site : http://www.multimania.com/danynet

Dany

J'ai été surpris d'apprendre "une guitare, un piano, et Renaud". Il n'y avait pas d'album de prévu, et il s'était déjà tapé une tournée de petites salles en 96, juste après les grandes de 95.
Je ne l'écoute plus depuis longtemps. Je n'ai pas accroché sur "Marchand de cailloux", certaines chansons sont inabouties. J'ai préféré "A la belle de mai", et surtout "Touche pas à ma soeur", entendu sur "Les introuvables", probablement Face B d'un deux titres, la meilleure chanson des années 90.


La grande différence entre les 80 et les 90, c'est que j'étais spectateur, je suis devenu acteur. J'écris mes chansons, j'apporte modestement ma pierre, régionalement.
Dans le circuit chanson, on doit tous à Renaud. Il est incontournable, comme Souchon, Cabrel, Goldman.

Je me suis intéressé à lui à 13 ans. Mon père, mécanicien, travaillait sans arrêt. Pour lui, c'était une obligation, le boulot. Comme beaucoup de gens de sa génération, il a commencé à travailler à 14 ans. Naturellement, il essayait de m'y mettre. J'ai refusé son shéma de vie. Il était inconcevable que je me retrouve aux ordres du grand capital, que je perde ma vie à la gagner. "J'aime pas l'travail, la justice et l'armée" ( Où c'est qu'j'ai mis mon flingue?). Je me suis complètement retrouvé dans cet état d'esprit. Il y avait une part illogique dans le propos : on ne pouvait concevoir une société sans travail, pourtant cette poésie m'aspirait et je savais que, ma vie entière, j'allais combattre. Par défaut, j'ai choisi la chanson. Un peu comme Renaud, il me semble. J'appartiens à la génération Coluche, Telephone, SOS Racisme, Mitterand, etc...
Les années où les soixante-huitards ont pris le pouvoir et où, pour un temps, ils vont (essayer de) changer le monde. Renaud est alors le Gavroche du misérable show business. Même s'il est le plus gros vendeur de disques, tout le monde apprécie sa discrétion, nos parents reconnaissent volontiers que ce type, qui parle et s'habille bizarre, est sympa.


A partir de 86, tout dégringole. Coluche meurt, Renaud quitte (presque) définitivement les plateaux de télés, le mur de Berlin s'effondre avec le communisme, et les années 90 s'ouvrent avec la guerre du golfe.
Je croyais que Renaud allait davantage se manifester devant des évènements aussi dramatiques, mais il était "fatigué". Il avait, certes, financé en grande partie le contre bicentenaire. Il intervenait aussi dans L'Idiot International version Edern Hallier pour une nouvelle version du déserteur anti guerre du golfe. Mais il se faisait discret. Petit à petit, il a décroché d'une époque créative, d'espoir.


La première fois que je l'ai rencontré, c'était pour Germinable. Il était venu au cinéma Gaumont, à Metz, présenter ce film "grandiose" avec Berry. Dans la salle, une trentaine de personnes seulement. Ca fait bizarre de parler à Renaud. Il ne ponctue pas ses phrases par des "tsin-tsin-tsin", ça déstabilise. Quand c'est la première fois, vous êtes forcément ému, ça l'énerve. C'est qu'il est modeste et timide, le bonhomme. Si vous lui rappellez qu'il est une idole, ça l'emmerde.
J'ai lu toutes ses chroniques dans Charlie Hebdo. J'ai compris qu'il était un autre, qu'il tournait le dos aux 70, 80. J'ai dû à peine écouter une fois les albums de Renaud le loubard. Celui que j'aimais, moi, c'était le Renaud père de famille-citoyen du monde. Pas forcément le lycéen de 68 qui arrive chez Drucker en mobylette. Les anciens fans, 40 balais aujourd'hui, lui reprochent de s'être embourgeoisé, probablement autant qu'eux !
Le seul reproche que j'ai à lui faire, c'est une pub pour une bière, même s'il a reversé son cachet à un musée. Sa poésie au service de l'alcool et des multinationales, c'est pas terrible.


Le troisième Renaud, c'est un viel anar à la Cavanna. Il occupe l'instant, il a 100 ans.
Pour sa tournée "Une guitare, un piano, et Renaud", j'ai choisi de jouer devant la salle. Cette tournée ne s'arrête plus, j'ai joué plus de 30 fois dans le Nord-Est, Belgique. Je suis étonné de ce succès. Je n'ai pas l'impression que Renaud puisse durer; qui pourrait conseiller à des mômes de 15 ans "Miss Maguy" ou "Trivial poursuite" ? Ces chansons sont lourdes de sens sur l'instant, mais n'ont plus aucune légitimité 15 ans plus tard.


Pourtant, Renaud remplit partout. Et avec une désinvolture extraordinaire! Jean Luc Lahaye, Jeanne Mas, qui étaient également gros vendeurs dans les années 80, mettent 10 ans aujourd'hui avant de jouer devant autant de monde !

Chaque jour, j'installe mes disques à vendre dans mon étui de guitare ouvert. Le public de Renaud est en général enthousiaste. D'une part il reconnait l'influence de leur idole dans mes chansons, d'autre part ils me disent que "lui a commencé comme ça !" Je le vois arriver, avec son guitariste et son pianiste vers 16 heures. Une dizaine de fans l'attendent, il n'est guère causant avec eux. C'est qu'il en a marre. Imaginez vous tous les jours sollicités par des gens qui vous tapent dans le dos parce qu'ils vous aiment depuis toujours. Si vous ne les connaissez pas, c'est perturbant. Cependant, on s'y habitue, probablement.

J'attends, comme tout le monde, la suite.
Je ne suis pas convaincu par "Elle a vu le loup", mélange entre "Le petit chat est mort" et "Mon amoureux", tout juste une face B.
Mais ça fait tellement longtemps, que je vais forcément l'aimer, le prochain Renaud.
Mais ça fait tellement longtemps, que je vais toujours l'aimer, Renaud.

Dany, mercredi 10 janvier 2001
 

Son dernier album : Dany plante son arbre

retour