Les "beaux" livres

 Entendez par beaux livres toutes les encyclopédies et dictionnaires qu’ils soient généralistes ou spécialisés sur la musique.

Fouillez donc vos bibliothèques et n'hésitez pas à me transmettre toute information supplémentaire afin d'étoffer cette rubrique.

Merci d'avance !

  

Extrait de Anthologie de la chanson française enregistrée. Vol. 70/80 - 1970-1980 - Jean Queinnec - Marc Robine - François Dacla - EPM Musique

Pages 8-9-10

Entre temps, un certain Renaud, futur chanteur des loubards et de la zone, aura placé les premières banderilles d'une révolte que rien ne réussirait jamais à endiguer, avec un premier album se réclamant ouvertement de l'héritage de Bruant, sur lequel se trouve des titres aussi rageurs que Société, tu m'auras pas !, Camarade bourgeois ou Hexagone. Si, pour ce premier disque (daté de 1975, comme par hasard), Renaud n'a pas encore troqué sa casquette de Gavroche contre le blouson noir clouté, la chose ne saurait tarder et il imposera bientôt le verlan de Laisse béton comme un langage dans lequel se retrouvera toute une génération d'adolescentes trop jeunes pour avoir connu 1968 et bien décidés à rompre avec les utopies de leurs parents.

De son propre aveu, Renaud sera très fortement influencé par François Béranger et, de fait, les points de comparaison ne manquent pas entre ces deux artistes, nés pourtant à une bonne quinzaine d'années de distance. Même fascination pour une certaines forme de chanson populaire, s'inspirant à la fois de la gouaille d'un Bruant, des chansonniers littéraires comme Monthéus ou Gaston Couté, et de la grande tradition réaliste d'une Fréhel, d'une Berthe Sylva ou d'une Damia; mais aussi, signe des temps, des folk-singers américains comme Dylan (pour Renaud) ou Woodie Guthrie (pour Béranger). Même lucidité politique et même engagement, sans concession, à travers des chansons traitant souvent de problèmes de société ou e l'actualité la plus brûlante. Même volonté de ne pas se prendre trop au sérieux, malgré l'importance des choses dites; c'est-à-dire, même fantaisie dans le propos, même décontraction sur scène et même facilité à dialoguer avec le public.

Apparu dans notre paysage musical en 1969 avec Tranche de vie, François Béranger sera l'une des figures essentielles de la chanson des années 70, et son énorme succès l'une des meilleures illustrations de ce système alternatif et associatif s'étant mis en place en mage des circuits habituels du show-business.

 

Extrait de Anthologie de la chanson française enregistrée. Vol. 70/80 - 1970-1980 - Jean Queinnec - Marc Robine - François Dacla - EPM Musique

Page 19

Les grands mouvements populaires (Révolution de 1789, Commune de Paris, Front Populaire, Libération, etc...) ayant toujours été accompagnées par leurs cortèges de chansons, les "Evénements de mai 68" - comme on disait alors dans les journaux et à la radio, comme pour mieux conjurer le mot "révolution" et tenter de minimiser l'importance du problème - n'échapperont pas à la règle. On chante partout, aussi bien dans les facultés occupées que dans les usines en grève, ou que sur les barricades. Chansons le plus souvent de circonstance, brocardant le nom d'un ministre ou du Préfet de Police, sur l'air des lampions ou de Il était un petit navire (Il était un petit ministre...), voire en détournant les mélodies de quelques grands succès connus de tous, comme par exemple, Nuit et brouillard de Jean Ferrat, Il est cinq heures Paris s'éveille de Jacques Dutronc ou, plus osé, dans la forme, le sinistre Ai-li, ai-li, ai-lo ! de la Wehrmach dont Dominique Grange fera A bas l'état policier !.

A quelques exceptions près (dont celles de Dominique Grange - justement - ou du chanteur-agitateur-mathématicien Evariste), la plupart de ces chansons, directement liées aux événements, et donc improvisées sur le moment, ne seront jamais enregistrées. Si bien que leurs paroles finiront par se perdre, au bout de quelques jours, voire de quelques semaines, ou de quelques mois dans le meilleur des cas. Pourtant, outre leur intérêt historique, et le sentiment d'urgence qu'elles exprimaient alors, leur rôle est loin d'être négligeable pour l'amateur de chansons, car elles auront suscité quelques belles vocations, et donné l'envie d'écrire et de chanter à des gens qui, jusque-là, n'y avaient guère songé.

L'exemple le plus remarquable étant, sans doute, celui de Renaud, dont la toute première chanson fut composée, sur trois accords d'une mauvaise guitare, alors qu'il participait à l'occupation de la Sorbonne. Une chanson qui n'ajoute pas grand chose à son oeuvre, telles que nous la connaissons aujourd'hui, mais dont le titre - repris d'un des ces slogans lapidaires dont se réclamaient "les enragés" - est on ne peut plus représentatif de l'époque : Crève salope ! Bien sûr, il faudra encore plusieurs années à Renaud pour imposer sa voix sans apprêt et sa dégaine de Gavroche; mais sur son premier album daté de 1975, des airs comme Hexagone, Société, tu m'auras pas ! ou Camarade bourgeois, puisent incontestablement leur ton et leur inspiration dans les idées de mai.

Ainsi, de nouvelles voix se lèveront-elles, au lendemain de 68. Des voix dont certaines ne seront qu'un épuphénomène des événements, mais d'autres, aussi, qui s'installeront durablement dans notre paysage musical et imprimeront leur marque sur la décennie à venir."

 

Extrait du Larousse en cinq volumes, édition de 1995

Renaud (Renaud Séchan, dit), chanteur français (Paris 1952)

Il exprime, dans un vocabulaire mêlé d'argot ou de verlan, les révoltes et les émotions de sa génération (Dans mon HLM, Mon beauf', En cloque, Miss Maggie, Mistral gagnant).

 

Extraits de Christophe Bourseiller, Vie et mort de Guy Debord. Paris, Plon 1999, réédition Pocket, collection Agora, 2001, 592 pages.

Pages 486 - 488

« Plus frappante est la rupture avec Renaud. Tout comme [l'avocat Georges Kiejman], Renaud appartient - appartenait - au cercle des amis proches [de Gérard Lebovici, businessman mécène de Guy Debord et, entre autres, fondateur des éditions Champ libre, qui viennent de publier un recueil des chansons de Renaud, Sans Zikmu]. Le 9 août 1980, Renaud et Dominique Séchan envoient un faire part annonçant la naissance de leur fille Lola. Le 11 septembre, Gérard Lebovici répond de la façon suivante : « Monsieur, j'ai bien noté la naissance de votre fille, et vous en félicite, malgré le goût douteux de votre faire-part publicitaire. [...] J'ai senti qu'il y avait chez vous quelque chose de faible et de factice dès l'instant où vous avez refusé de faire une chanson en faveur de [Jacques] Mesrine, quand il était encore traqué ; et même sa mort n'a pas ému votre indifférence. [...] Il faut donc m'oublier, faire part des naissances de vos prochains enfants aux personnes concernées et admettre l'évidence que les menteurs staliniens, heureusement, ne sont pas les seuls à vous dire : "Nous n'étions pas du même camp". » [...] Le 7 octobre, Renaud réagit à la froide missive : « Grand con, [...] cette chanson sur Mesrine que tu me reproches de ne pas avoir écrite à l'époque, comme tu semblais l'exiger, despote, sache que je l'ai écrite, depuis, lorsque j'en eu l'envie, l'inspiration. Elle sera sur mon prochain disque. Je te rappelle que le précédent était dédié à Paul Toul, dernier nom que porta Mesrine, à l'époque où ton courage se limitait à palabrer sur lui dans les salons. [...] Puisque tu es devenu visiblement la sous-merde que tu étais déjà essentiellement, mon public, ma gonzesse, mon enfant et moi-même te crachons à la gueule. Adieu, grand con. » »

 

Extraits du Guide de la chanson française contemporaine, édité par Télérama, 1989, 230 pages.

Page 142

Renaud (1952)

Son costume, son aspect physique, son recours à l'argot contemporain relevé de l'indispensable accent de Paris (pourquoi dit-on "faubourien" ?), en font un représentant parfait de sa génération. Il assume totalement le genre jeune voyou qu'il corrige simultanément par le complément implicite : "au grand coeur". Il chante les thèmes d'aujourd'hui : la télé, le sport, la drogue, il cite nommément ses contemporains comme le ferait un chansonnier (Drucker, Madame Thatcher).

Son paysage : la zone. Son théâtre : les marginaux ses frères. Il décrit toute la richesse des gens, des lieux, des moeurs avec compassion, mais se réserve tout de même le droit de la distance. Il ironise, il fait de l'humour. Il s'attendrit sur les siens : ses vieux, sa nana, son gamin, sans complexe comme sans mièvrerie (Mistral gagnant).

D'aucuns prétendent que ce ton populaire, gavroche, ce parler trivial, ces réflexions insolents, ses saillies protestataires, dénonciatrices, bref ce côté "anar sympa" n'ont rien d'authentique ni de sincère, affirmant que Renaud est un bourgeois, fils de bourgeois, et non un enfant des rues. Peu importe de toutes façons : son univers existe, même si c'est un univers recréé de l'extérieur, même si c'est un effet de l'art. Il est touchant, coloré, vivant, habité. Et les complaintes de Renaud sont superbement écrites. On pense, bien sûr, à Bruant.

 

Extraits de la Chanson française - portraits inédits,  éditions Carpentier, 1997, 162 pages.

Page 183

Quand il ne chante pas, il cause. Et quand il ne cause pas, il écrit.

Thierry Séchan

 

Renaud, le chanteur énervant, ne tiendra pas tout entier dans ces quelques lignes. Au bout de vingt ans et plus de vingt albums, il réussit cette performance de conserver une image de jeune chanteur, rebelle aux conventions, aux idées passe-partout, enrageant de ce que sa différence soit depuis longtemps reconnue et trop facilement acceptée. Que fera-t-il demain ? Qui sera-t-il ? Qui serons-nous ? Faute de pouvoir dire où il va, force est de regarder d'où il vient.

Mais laissons-le parler :

De la rue, je suis passé aux cours d'immeubles. Des cours d'immeubles, je suis passé au Café de la Gare où Paul Lederman nous (avec Michel Pons) a repérés et nous a proposé de faire la première partie de Coluche au Caf'-conc' des Champs-Elysées. Et un soir, dans la salle, il y avait une productrice, Jacqueline Herrenschmidt. Elle m'a fait signer mon premier contrat pour Polydor. Au deuxième album, la société a fait faillite et je me suis retrouvé libre de contrat, avec un disque distribué par Polydor. Sur ce disque, il y avait Laisse béton qui commençait à bien marcher. Donc, j'ai signé, cette fois directement avec Polydor, un contrat qui me paraissait merveilleux par rapport au précédent, mais qui était assez dur aussi.

A la différence de la plupart des chanteurs actuels, tous plus ou moins inspirés par des rythmes et des couleurs musicales venus d'ailleurs, Renaud a planté ses racines devant sa porte, dans le terreau de la chanson franco-parigote ouvrière.

A contre-courant des modes, il a du Bruant plein la mémoire quand il annonce que sa môme est En cloque. Et La Java bleue s'ballade dans sa tête lorsqu'il chante Le Blues de la porte d'Orléans. L'homme des coups de coeur est aussi celui des coups de gueule... Parfois maladroits quand l'indignation lui fait perdre le sens des nuances. Mais, sans message et sans voix, plus fort qu'un discours, cinq syllabes lui suffisent pour résumer l'humeur du temps présent : C'est quand qu'on va où ?

 

Extraits de la République internationale des Lettres - par Armel Louis, 1997

 

De "a, ah,ah" à "uxe", comme luxe, le Dictionnaire des rimes et assonances est un instrument utile pour poètes et curieux. Il propose également une approche originale et exhaustive de la poésie, du XVIème siècle à nos jours. Il est le seul à proposer 3.000 citations de poèmes et de chansons, de Georges Brassens, Renaud ou Serge Gainsbourg. Il comprend plus de 100.000 formes incluant noms propres, verbes conjugués, régionalismes et argotismes. L'auteur Armel Louis collabore à plusieurs revues de poésie contemporaine et son dictionnaire est l'aboutissement de sept ans de travail. Le classement est simple: les rimes par ordre alphabétique selon la dernière voyelle prononcée. A l'entrée "ban", on trouve notammant caban, baraban (pissenlit), char à bancs, Brabant, Artaban, flambant, Liban, hauban, forban, perturbant, risban. A "euil-euille", deuil, clin d'oeil, effeuille, millefeuille, chèvre-feuille, cerfeuil, écureuil, fauteuil. . . En regard, des poèmes utilisant ces rimes.

[ © 1997 ]

http://www.republique-des-lettres.com/l1/louis.shtml
 

Un siècle de chansons, de Claude Fléouter, presses universitaires de France, 1988, 262 pages, illustrations en noir et en couleur. Couverture illustrée en couleur, 24 cm.

ISBN 2-13-042351-5

Préfacé par Renaud

 

retour