DES QUE LE VENT SOUFFLERA

Régis Lefevre - Editions Favre - 1985 - 280 pages

Résumé de "Dès que le vent soufflera" par P.H.

Pour Régis Lefèvre, journaliste et passionné de chanson française, Renaud est l’anti-star par excellence, un personnage unique qui arrive, sans compromis, sans calcul, à fédérer tous les âges et toutes les classes sociales.

Dans cet ouvrage généreux et chaleureux, l’auteur décide d’éviter la biographie classique pour approcher le "troubadour", et l’homme pudique qui se cache derrière, à travers les thèmes de ses chansons.

Ainsi, écrit-il, Paris est le berceau de l’enfance de Renaud. Le petit garçon, puis l’adolescent, les mirettes grandes ouvertes, observe et s’imprègne jour après jour de l’atmosphère urbaine de la capitale. Ses premières chansons sont éloquentes : il est "amoureux de Paname", mais si l’album de 1975 est un hymne véritable à Paris, les suivants vont aborder l’univers de la banlieue sur un ton différent. Les bistrots, les loubards, l’ennui, la baston, l’alcool et la drogue y sont restitués avec précision, dans une imagerie à la fois tragique et ridicule. Grâce à l’humour, Renaud évite le piège de la démagogie et des textes à "message".

Les chansons d’amour sont également nombreuses dans son répertoire. La petite fille des sombres rues, Rita, Greta, Germaine, Manu... nous montrent un auteur partagé entre son amour des femmes et la tentation de la vie en bande. Masquant souvent sa timidité sous des airs de misogyne blasé, il n’aborde jamais ce thème sous un mode sexuel, mais évite les conventions par un ton original, souvent teinté d’ironie ou de dérision, mais tendre et fort.

Le coeur ancré à gauche, Renaud a pris parti très tôt. Dès quinze ans, il est de toutes les manifs: contre la guerre du Viêt-Nam, contre la bombe, en mai 68,...Il tente, par le "Groupe Gavroche Révolutionnaire", de mélanger opinions politiques et chansons. Fidèle à ses principes, il quitte rapidement l’école et commence à vivre de petits boulots.

Pourtant, il se rétracte très rapidement du militantisme, et se veut avant tout sans dieu ni maître, ennemi juré des militaires, des flics, des curés et du pouvoir, mais rêvant d’un monde juste et sans violence. Gauchisant oui, mais surtout anarchiste.

Après 1981, malgré son respect pour des hommes tels que Mitterrand ou Badinter, il sait garder ses distances. Déçu par la politique, qu’il compare à un spectacle, et craignant la récupération, il préfère prendre position pour Greenpeace, et dénoncer les travers de la société, le manque de compréhension entre les générations et les classes sociales dans ses chansons.

Les copains sont l’oxygène de l’univers Renaud. A l’image de Brassens, il a su garder les mêmes, malgré son succès, et les protéger comme sa famille. Ainsi, on le retrouve en confident du Michel de "la Blanche" ou de "Loulou", le loubard trentenaire, qui existent réellement. Dédé, Germaine, Lucien, le manouche, Angelo ou Manu sont autant d’exemples de l’importance qu’il donne à l’amitié.

De même, la famille joue un rôle primordial pour lui. Qualifiant son enfance parmi ses frères et soeurs de "pourrie d’amour", il évolue petit entre le milieu protestant et intellectuel de son père, l’écrivain Olivier Séchan et le monde prolétaire chtimi, d’où sont issus sa mère, et son grand-père Oscar.

Dès son troisième disque, il nous présente sa "gonzesse", Dominique, mise en scène à plusieurs reprises dans "Peau aime", "Mimi l’ennui", "le Père Noël noir" ou "Télé-foot"...puis Lolita, sa fille, dans "Morgane de toi". Mais, s’il aime et prend plaisir à faire partager à son public son amour pour ses proches, il sait garder porte close sur sa vie privée.

Renaud se destinait au départ à être comédien. Devenu chanteur, il fréquente peu ses confrères. Influencé par Brassens, Bruant, puis Hallyday, Auffray et Dylan, il avoue apprécier Cabrel, Téléphone, Julien Clerc, France Gall, Higelin et Starshooter pour les francophones, et Springsteen, Dire Straits, Bonny Tyler ou Kim Wilde pour les Anglo-saxons.

Dans ses sept premiers albums, trente-quatre chansons, soit une sur deux, comporte au moins un nom de chanteur ou de groupe. C’est dire s’il aime "croquer" ses collègues.

Renaud aborde aussi depuis peu le thème de la mer. Se qualifiant lui-même de "marin d’eau douce", il part souvent se ressourcer sur son bateau, La Maknovtchina. Il rencontre Riguidel, Tabarly, Pajot, Jeantot, et Florence Arthaud, mais s’il désire parfois s’évader, il avoue revenir vite au port, à ses premières amours.

Après avoir analysé ces thèmes chers à Renaud, Régis Lefèvre ne résiste pas à l’envie de nous plonger dans l’atmosphère des concerts de 1984, lors de l’inauguration du Zénith, ou pendant la tournée en province, et commente de façon détaillée mais sur un ton beaucoup plus libre les prestations du chanteur énervant. Enfin, il nous gratifie de nombreuses photographies en noir et blanc, ainsi que des textes des trois albums sortis entre 80 et 83 (Marche à l’ombre, Le retour de Gérard Lambert, Morgane de toi).

En bref, il s’agit là, non pas d’une bible (Renaud oblige), mais d’un ouvrage de référence incontournable et ultra-complet, facile d’accès et rédigé avec l’amour du sincère passionné, aux antipodes de la démarche commerciale. Ayant été réalisé en 1985, on ne peut s’empêcher de remonter le temps et de retracer le parcours, le sien... et le nôtre. 
Un bien beau livre.

 

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