C’est
le 11 mai 1952 que Renaud Séchan vient au monde quelques minutes après son frère
jumeau David. Son père, Olivier Séchan, vient « du milieu intellectuel »[1]. Il a enseigné
l’allemand et a même écrit des romans policiers. Il vient du sud et il est
protestant. Quant à sa mère, Solange, elle vient du milieu ouvrier du Nord :
« Le père de Solange(…)est longtemps descendu dans les mines, avant
d’être ouvrier chez Renault. Jusqu’à ce qu’elle se soit mariée, elle était
ouvrière dans une usine de St Etienne »[2]
Puis elle est femme au foyer et s’occupe de l’éducation de ses 6 enfants.
Le grand-père maternel, cet homme qui a donc d’abord travaillé dans le nord,
communiste, « prolétaire qui a lu Marx et Engels »,[3]
a influencé fortement Renaud. Quand Elisabeth Morizet, dans une interview
enregistrée sur Europe 1, lui demande :«Alors toute cette mythologie
ouvrière justement de votre famille, et de votre répertoire ensuite auquel
vous êtes tant attaché, c’est grâce à votre grand-père Oscar ? »[4]
, il est de son avis.
La
rencontre de ses parents, le choc de ces deux cultures, a fait de lui ce qu’il
est : « artiste par son père, amoureux de la rue et proche du prolétariat
par sa mère »[5]
En
parlant de son enfance, Renaud nous raconte qu’elle « coulait douce
comme le miel »[6]
Les enfants se comprenaient bien entre eux. Il parle de bonnes relations entre
les frères et les sœurs. Pour lui, l’enfance, c’était donc le bon temps.
Ce qui a bien changé dès qu’il rentre à l’école. Sa scolarité n’est
pas brillante. Au lycée, il a du mal à s’habituer à tout ce système. En
plus, les filles et les boums du samedi ne lui rendent pas la vie plus facile.
Les
événements de mai 68 le font monter sur les barricades. Il s’engage
politiquement comme ses frères et sœurs et fait parti du mouvement des étudiants.
Il vit pendant un mois à la Sorbonne qu’il occupe avec tous ses congénères.
Il y récite des sketches politiques dans le groupe « gavroche révolutionnaire »
Ce sont ses premiers pas sur scène. C’est aussi là, « en tapant un
texte d’une chanson d’un copain sur la machine à écrire paternelle »[7],
qu’il réalise que ce n’est pas difficile d’écrire des chansons. Alors
pourquoi ne pas faire comme ce copain et commencer à chanter ce qu’il a
envie de dire ?
Il
prend son courage à deux mains et tente d’écrire sa première chanson :
« Crève salope » « La salope, bien sûr, c'est la société.
Il s'est inspiré pour ce titre d'un graffiti sur les murs de Paris. Un texte
tout à fait dans le ton de l'époque dont chaque couplet dénonce une forme
d'autorité : paternelle, professorale, policière et religieuse. (Tous les thèmes
principaux de la carrière de Renaud y figurent dès la première chanson !) »[8]
Après
l’arrêt des études en avril 1969, Renaud « ne savait pas quoi faire de
sa vie ».[9]
Il se lance alors dans divers petits boulots. Entre autres, il travaille dans
une librairie, il est apprenti mécano ainsi que vendeur.
C’est
au hasard d’une rencontre qu’il est embauché comme comédien bien qu’il
dit de soi-même qu’il n’a « pas les qualités nécessaires pour ce métier».[10]
Il est impressionné par cette «nouvelle forme d’humour et le talent
comédien exceptionnel des inconnus à cette époque comme Coluche et Miou-Miou »[11]
Dès 73, il commence à faire la manche dans des bistrots,
dans la rue et dans des cours d’immeuble. Il est accompagné par un copain
accordéoniste. Il n’avait absolument aucune ambition de chanter, c’était
simplement «pour gagner sa croûte»[12]
Un
an plus tard, lui et son copain ont été remarqué par le producteur de Coluche
pendant qu’ils faisaient la manche devant la file d’attente d’un de ses
spectacles. Peu après, en 1975, son premier disque sort. Son titre :
« Amoureux de Paname ». C’est là qu’ « il découvre
un univers nouveau»[13] :
le monde de la chanson. Mais son album « n’a pas [encore] attiré les
foules »[14] A la suite de la sortie
de ce disque, il se produit sur la scène de la Pizza du Marais où il fait
connaissance de sa future femme, Dominique.
En 77, il sort son second album « Laisse béton ».
Ce disque est plein d’humour et est le début de son grand succès. En 78,
« le disque commence à marcher »[15]
, devient un tube et le grand public fait vraiment sa connaissance. « Voilà
Renaud parti pour les grands concerts, les tournées triomphales »[16]
Après la sortie de son disque « Ma gonzesse », plus tendre que les
précédents, en 1979, arrive son 4ème disque : « Marche
à l’ombre » en 80 et il devient encore plus connu « grâce à des
chansons plein d’humour et de bons mots »[17].
En 81, le disque « Le retour de Gérard Lambert » «est moins
violent que les autres »[18]
et « parfait sa réputation »[19].
Et pourquoi est-il moins violent ? Sa fille, Lolita, vient de naître. Sa
vue du monde change alors. Coluche, un de ses meilleurs copains, devient le
parrain. A la mort de Coluche qui est décédé dans un accident de route en 86,
il écrit la chanson « Putain d’camion » rien que pour lui.
Dès
78, Renaud s’ affirme dans ses succès. Il crée en tout « 12 albums
studio … totalisant douze millions d’exemplaires vendus ; salles
pleines à craquer ».[20] «
En 1981, Renaud fait 41% du chiffre d’affaire de Polydor »[21].
De plus, les jeunes s’identifient à ce qu’il chante. Voilà ce qui fait son
succès. « En 1986, un sondage SOFRES montre que pour 31% des 16-22 ans,
Renaud était la personnalité qui incarnait le mieux leur aspiration
personnelle. »[22]
De plus, il ne faut pas oublier qu’il tourne dans le film : « Germinal »,
film qui parle des gens du Nord. Il y retrouve ses racines maternelles, son
grand-père Oscar qui était mineur.
Mitterrand,
Président de la République de ces années-là, a remercié Renaud « au
nom des jeunes et de la France »[23], pour tout ce qu’il a
fait. Et pourquoi donc ? Renaud a soutenu sa candidature pendant ses
concerts en 88. Il est fasciné par ce que dit Mitterrand en général. Dans sa
chanson « Socialiste », il s’appelle soi-même « anarcho-mitterandiste ».
Il lui dédie même une chanson « Tonton » et dit de lui qu’il a
de l’ « humour, de la finesse, surtout de l’esprit(…) aussi une
forme de machiavélisme(…) Il aimait les arbres, les livres(…) il avait tout
pour me plaire »[24]
En 1990, il est enthousiasmé par le mouvement écologique
Greenpeace, protestant contre le massacre des baleines et les essais nucléaires.
Il les soutient en manifestant avec eux. Ce mouvement lui semble « le
mouvement le plus essentiel qui soit. Mais pas seulement lutter contre la déforestation,
mais aussi contre toutes les causes de mortalité infantile, [ça lui paraît]
fondamental »[25]
C’est pourquoi il s’engage aussi en 85, avec les Chanteurs Sans Frontières
pour lutter contre la famine en Ethiopie. 36 artistes y participent, entre
autres Jean-Jacques Goldman, Coluche et Gérard Depardieu.
Il
écrit aussi une chanson contre la guerre en Irlande et voyage en Bosnie-Herzégovine
pour soutenir ce peuple.
A
cause de son engagement politique, alors qu’il « n’est ni un enfant
des rues ni un fils de grands bourgeois »,[26]
il se fait des ennemis à gauche et à droite. « Un éditorialiste de
droite le rendit responsable au côté de Coluche du « sida mental »
de notre belle jeunesse »[27]
La
gauche lui reproche d’un côté « de ne pas être un prolo 100% »[28]et
d’un autre côté, ses succès phénoménaux qui sont devenus « un
synonyme pour beaucoup d’argent ».[29]
Renaud se défend en disant qu’il « donne le bonheur aux gens et ils lui
rendent ça en achetant ses disques. Et de toute façon, les gens ne vont
pas chez le marchand de disques avec une baïonnette au dos!»
[30]
[1]
D’après l’émission de télévision : « Renaud, le rouge et
le noir » documentaire, enregistrée lundi, le 16 décembre 2002 sur
France 3.
[2] http://www.charedsite.com/hlm-de-renaud/hlm/bio.htm
[3]
D’après l’émission de télévision : « Renaud, le rouge et
le noir » documentaire, enregistrée lundi, le 16 décembre 2002 sur
France 3.
[4]
Emission sur Europe 1 d’Elisabeth Morizet, samedi le 22 juillet 2002
[5]
http://www.charedsite.com/hlm-de-renaud/hlm/bio.htm
[6]
Voir note 1
[7]
http://www.charedsite.com/hlm-de-renaud/hlm/bio.htm/discothèque/Présentation
de «Crève salope !».htm
[8]
http://www.charedsite.com/hlm-de-renaud/hlm/bio.htm/discothèque/Présentation
de «Crève salope !».htm
[9]
D’après l’émission de télévision : « Renaud, le rouge et
le noir » documentaire, enregistrée lundi, le 16 décembre 2002 sur
France 3.
[10]D’après
l’émission de télévision : « Renaud, le rouge et le noir »
[11]D’après
l’émission de télévision : « Renaud, le rouge et le noir »
[12]
D’après l’émission de télévision : « Renaud, le rouge et
le noir »
[13]D’après
l’émission de télévision : « Renaud, le rouge et le noir »
[14]http://persorespublica.fr/seawolf/Renaud/Rhist.htm
[15]D’après
l’émission de télévision : « Renaud, le rouge et le noir »
[16]La
chanson mondiale depuis 1945, Larousse, page 638.
[17]http://persorespublica.fr/seawolf/Renaud/Rhist.htm
[18]http://persorespublica.fr/seawolf/Renaud/Rhist.htm
[19]http://persorespublica.fr/seawolf/Renaud/Rhist.htm
[20]Télérama n°2732 – 22 mai 2002
[21]http://persorespublica.fr/seawolf/Renaud/Rhist.htm
[22]http://persorespublica.fr/seawolf/Renaud/Rhist.htm
[23]http://persorespublica.fr/seawolf/Renaud/Rhist.htm
[24]Emission
de télé : « Le rouge et le noir », voir note 1
[25]
„Le rouge et le noir“, voir note 1
[26]Article
des DNA (Dernières Nouvelles D’Alsace) du 23 septembre 2002 :
« Drapeau noir et disques d’or »
[27]http://persorespublica.fr/seawolf/Renaud/Rhist.htm
[28]http://persorespublica.fr/seawolf/Renaud/Rhist.htm
[29]« Le
rouge et le noir », voir note 1
[30]« Le
rouge et le noir », voir note 1