L’album « A la belle de mai » est
l’avant-dernier que Renaud a fait avant qu’il ne se taise pendant sept ans.
Sur ce disque-là, on remarque déjà sa nostalgie de son enfance comme,
par exemple, dans la phrase suivante : « Après l’enfance, c’est
quasiment fini »[1] :
nostalgie d’un homme d’un certain âge qui n’a « jamais voulu
grandir » et qui n’a « jamais voulu vieillir ».[2]Dans
une interview faite par Catherine
Schwaab pour Paris-Match, il dit : « …Je me sens parfois assez
vieux(…) Je préfère éviter les miroirs, je déteste me voir en photo. Ces
cernes qui marquent mes yeux… »[3]
En plus, « la souffrance de voir [sa] fille grandir, quitter
l’adolescence pour l’âge adulte. Le sentiment qu’elle [lui] échappait un
peu »[4]
le rend « victime du mal du siècle, la dépression. »[5]
Il tombe dans un trou qu’il comble avec son « litre quotidien de pastis,
les antidépresseurs, les anxiolytiques et les neuroleptiques. Tout ça ne fait
pas très bon ménage »[6].
Toutes ces saletés sont, à partir de là,
ses poisons préférés.
Renaud
dit de lui-même qu’il est « devenu impossible »[7].
Et c’est à ce moment-là que lui et sa femme se séparent. Il est même
« victime de crise paranoïa (…), avait peur d’un complot : J’étais
persuadé qu’on me voulait du mal, qu’on m’espionnait, que mon téléphone
était sur écoute. »[8]
Comme
le phénix de la mythologie grecque, Renaud renaît de ses cendres. En 2002,
« Renaud a repris sa plume, Renard sortit sa griffe (…)quatorze
chansons de l'album (…) qui sortent de terre comme des fleurs. De l'ombre à
la lumière. »[9]
Un terrible succès ! Et puis, aujourd’hui, il passe toujours encore son
temps dans une brasserie près de chez lui, à Montparnasse. Mais cette fois
« entre deux gorgées d’eau minérale».[10] Parce qu’il a
« épuisé cinq psys », il n’est pas « convaincu de
l’efficacité de la psychiatrique, ni de la psychanalyse. »[11]
Ce sont plutôt ses copains qui l’ont aidé à sortir de son trou. Après
qu’un ami-médecin lui ait dit : « Continue de boire comme ça et
dans deux ans, tu as une cirrhose et tu es mort »,[12]
il est allé dans une clinique « pour décrocher de l’alcool ».[13]
Il
en est « sorti triste buveur d’eau[14] »
et jusqu’à présent, il tient bon. Même sa relation avec son ex-femme
Dominique, l’un des êtres qu’il préfère le plus au monde à côté de
Lolita, son enfant et ses parents, semble s’être améliorée. Il lui « a
fallu du temps pour comprendre qu’entre [eux], il s’agissait d’une séparation
et non d’une rupture. »[15] Et il se permet même de
dire que Dominique ne l’« a pas remplacé ni dans son cœur, ni dans sa
vie. [Ils se voient] quasiment tous les jours. On ne peut pas détruire 22 ans
de vie commune et d’amour. »Dernièrement Renaud vient de finir son
deuxième film : « La Spirale du crime » qui sortira en 2003.
Et dans le futur, il aimerait écrire, car « écrire, [c’est] sa passion
depuis tout gamin quand il tapait des romans d’aventures sur la machine de son
père».[16] Stéphanie Raio affirme
dans un article d’un magazine de télé : « Il devrait se consacrer
à l’écriture d’un livre, sorte de journal intime de ses années noires».
Bien qu’il dise : « J’aurais aimé rester idéaliste. Le monde
m’a appris à ne plus croire en grand-chose : l’humanitaire, la
politique, leurs porte-parole. Je n’ai plus de Che Guevara, de Tonton, même
José Bové me déçoit. Dommage…j’aimais bien avoir des idoles »[17],
son « envie d’égratigner et de secouer de temps en temps un ordre trop
établi est restée la même. »[18]
D’ailleurs pour lui, un artiste « ne doit pas être seulement un
magicien de mots qui approche de l’émotion, du plaisir. Il doit aussi être
quelqu’un qui dérange, quelqu’un qui exprime non seulement des sentiments,
mais aussi des idées, des convictions, parfois des colères… »[19]
[1]
Extrait du texte de la chanson:
« Le sirop de la rue »
[2]
Télérama n° 2732 du 22 mai 2002, page 78
[3]
Interview avec Renaud intitulé “Renaud a vaincu ses démons » pour
Paris-Match par Catherine Schwaab
[4]
Article de la revue Elle du 27 mai 2002, intitulé « Le retour du roi
Renaud »
[5]
Voir note 68
[6]
Voir note 68
[7]
Voir note 68
[8]
Voir note 68
[9]
http://www.sharedsite.com/hlm-de-renaud/discotheque/plus.htm
[10]
Voir note 68
[11]
Voir note 68
[12]
Voir note 67
[13]
Voir note 68
[14]
Voir note 67
[15]
Voir note 68
[16]
Voir note 66
[17]
Voir note 67
[18]
Article de TV Hebdo sur l’émission « Renaud, le rouge et le noir »
[19] Voir note 1