3         Renaud aujourd’hui

 

3.1      La descente en enfer

L’album « A la belle de mai » est l’avant-dernier que Renaud a fait avant qu’il ne se taise pendant sept ans.  Sur ce disque-là, on remarque déjà sa nostalgie de son enfance comme, par exemple, dans la phrase suivante : « Après l’enfance, c’est quasiment fini »[1] : nostalgie d’un homme d’un certain âge qui n’a « jamais voulu grandir »  et qui n’a «  jamais voulu vieillir ».[2]Dans une interview faite par  Catherine Schwaab pour Paris-Match, il dit : « …Je me sens parfois assez vieux(…) Je préfère éviter les miroirs, je déteste me voir en photo. Ces cernes qui marquent mes yeux… »[3] En plus, « la souffrance de voir [sa] fille grandir, quitter l’adolescence pour l’âge adulte. Le sentiment qu’elle [lui] échappait un peu »[4] le rend « victime du mal du siècle, la dépression. »[5] Il tombe dans un trou qu’il comble avec son « litre quotidien de pastis, les antidépresseurs, les anxiolytiques et les neuroleptiques. Tout ça ne fait pas très bon ménage »[6]. Toutes ces saletés sont, à partir de là,  ses poisons préférés.

Renaud dit de lui-même qu’il est « devenu impossible »[7]. Et c’est à ce moment-là que lui et sa femme se séparent. Il est même « victime de crise paranoïa (…), avait peur d’un complot : J’étais persuadé qu’on me voulait du mal, qu’on m’espionnait, que mon téléphone était sur écoute. »[8]

 

3.2    Renaud le phénix

Comme le phénix de la mythologie grecque, Renaud renaît de ses cendres. En 2002, « Renaud a repris sa plume, Renard sortit sa griffe ()quatorze chansons de l'album (…) qui sortent de terre comme des fleurs. De l'ombre à la lumière. »[9] Un terrible succès ! Et puis, aujourd’hui, il passe toujours encore son temps dans une brasserie près de chez lui, à Montparnasse. Mais cette fois « entre deux gorgées d’eau minérale».[10] Parce qu’il a « épuisé cinq psys », il n’est pas « convaincu de l’efficacité de la psychiatrique, ni de la psychanalyse. »[11] Ce sont plutôt ses copains qui l’ont aidé à sortir de son trou. Après qu’un ami-médecin lui ait dit : « Continue de boire comme ça et dans deux ans, tu as une cirrhose et tu es mort »,[12] il est allé dans une clinique « pour décrocher de l’alcool ».[13]Il en est « sorti triste buveur d’eau[14] » et jusqu’à présent, il tient bon. Même sa relation avec son ex-femme Dominique, l’un des êtres qu’il préfère le plus au monde à côté de Lolita, son enfant et ses parents, semble s’être améliorée. Il lui « a fallu du temps pour comprendre qu’entre [eux], il s’agissait d’une séparation et non d’une rupture. »[15] Et il se permet même de dire que Dominique ne l’« a pas remplacé ni dans son cœur, ni dans sa vie. [Ils se voient] quasiment tous les jours. On ne peut pas détruire 22 ans de vie commune et d’amour. »Dernièrement Renaud vient de finir son deuxième film : « La Spirale du crime » qui sortira en 2003. Et dans le futur, il aimerait écrire, car « écrire, [c’est] sa passion depuis tout gamin quand il tapait des romans d’aventures sur la machine de son père».[16] Stéphanie Raio affirme dans un article d’un magazine de télé : « Il devrait se consacrer à l’écriture d’un livre, sorte de journal intime de ses années noires». Bien qu’il dise : « J’aurais aimé rester idéaliste. Le monde m’a appris à ne plus croire en grand-chose : l’humanitaire, la politique, leurs porte-parole. Je n’ai plus de Che Guevara, de Tonton, même José Bové me déçoit. Dommage…j’aimais bien avoir des idoles »[17], son « envie d’égratigner et de secouer de temps en temps un ordre trop établi est restée la même. »[18] D’ailleurs pour lui, un artiste « ne doit pas être seulement un magicien de mots qui approche de l’émotion, du plaisir. Il doit aussi être quelqu’un qui dérange, quelqu’un qui exprime non seulement des sentiments, mais aussi des idées, des convictions, parfois des colères… »[19]


[1] Extrait du texte  de la chanson: « Le sirop de la rue »

[2] Télérama n° 2732 du 22 mai 2002, page 78

[3] Interview avec Renaud intitulé “Renaud a vaincu ses démons » pour Paris-Match par Catherine Schwaab

[4] Article de la revue Elle du 27 mai 2002, intitulé « Le retour du roi Renaud »

[5] Voir note 68

[6] Voir note 68

[7] Voir note 68

[8] Voir note 68

[9] http://www.sharedsite.com/hlm-de-renaud/discotheque/plus.htm

[10] Voir note 68

[11] Voir note 68

[12] Voir note 67

[13] Voir  note 68

[14] Voir note 67

[15] Voir note 68

[16] Voir note 66

[17] Voir note 67

[18] Article de TV Hebdo sur l’émission « Renaud, le rouge et le noir »

[19] Voir note 1

 


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