RENCONTRE AVEC THE FAN

 

Il est actuellement 21h45 ; je viens de rentrer d’un rendez-vous qui sera à marquer d’une pierre blanche dans la composition de ce TFE.

Première étape ; discussion avec Mélanie, étudiante de deuxième Commu avec qui j’ai terminé mes études secondaires. Je lui parle de ce mémoire qui me passionne. La discussion ne va pas plus loin.

Deuxième étape : quelques semaines plus tard, je rencontre Mélanie dans le cadre du carnaval de Binche, elle me dit qu’un de ses amis est fan de Renaud et aimerait me rencontrer. OK, pourquoi pas ? Qui sait, il va peut être m’apprendre certains trucs…

Troisième étape : le rendez-vous. Je suis au bas d’un immeuble situé un peu à l’écart du centre de La Louvière, Pierre vient m’ouvrir. Je monte les escaliers, sur la stéréo, le concert de Renaud à Bobino. OK, il est fan !

On commence à discuter, Pierrot (puisque c’est comme cela qu’il préfère que je l’appelle) débouche une bouteille de vin rouge.

·        «Si tu comptes sur moi pour la vider, oublie tout de suite car je suis en bagnole et le pinard et moi ça fait deux !». 

·        «T’inquiète, on remettra le bouchon ! Alors t’es fan de Renaud ?» 

·        «Ben oui, grand fan»

·        «Ah, moi aussi, je me suis constitué une collection, regarde…» 

Il me donne une grosse farde noire pleine de papiers ; j’ouvre…une, deux, trois…photos de Pierrot…et de Renaud…ensemble ! ! ! !

·        «Je suis pas comme toi, je rame depuis des mois pour tenter de le rencontrer !» 

·        «Comment tu fais ?» 

·        «J’ai téléphoné aux salles dans lesquels ses concerts étaient prévus et…»

·        «Stop ! Inutile d’insister, tu tournes en rond…» 

La discussion s’arrête…

En feuilletant ce trésor d’archives, je remarque une photo de Renaud carreau ouvert au volant de sa voiture… «Il est pas un peu bourré là ?» 

·        «Si et je l’étais aussi ; on a discuté pendant deux heures dans un bistrot à s’enfiler quelques bières, là on venait de fumer un joint !» 

Rien que ça ! ! !Le gars que je prenais pour un fan comme moi boit des pintes et fume des joints avec Renaud…Je sens que je viens de tomber sur une mine d’or…pas pour cette consommation de drogue (légalisée, si si !), mais le dicton ne dit – il pas «In vino veritas» ? Il a peut être appris des choses intéressantes en picolant avec lui…

Bref, on discute, enfin, il parle et je l’écoute avec des yeux grands comme ça…

«Je peux te faire rencontrer un pote  qui s’appelle Artur…sans «h» : il a payé      10 000 balles à la commune pour retirer le h de son prénom mais le plus important : il fut président du fan-club de Renaud pendant des années»

Il l’appelle et commence à discuter du dernier concert auquel il a assisté…

«J’ai eu droit à «Boucan d’enfer» ; il nous a fait un très bon concert…malgré sa voix(…) J’ai devant moi Cédric qui est grand fan de Renaud et qui prépare un mémoire sur lui…Si je t’assure, il est là et j’ai en main une trentaine de pages qu’il a déjà rédigées…calme-toi Artur ! Je te lis le titre de son travail : «Renaud, ami de Charlie, ennemi de Libé» . Non on ne monte pas à Bruxelles tout de suite mais on va prendre rendez-vous si tu es d’accord…OK je te le passe…». 

Je vais devenir dingue ! ! ! !C’était au départ pour moi une rencontre tout à fait informelle, et voilà que je parle à deux personnes qui ont déjà discuté pendant des heures avec Renaud.

J’échange quelques mots avec Artur, il veut me rencontrer…on va prendre rendez – vous…

Ma discussion avec Pierrot reprend, il me promet de me constituer une farde comme la sienne et de m’en faire cadeau…pas question de lui payer les photocopies…J’insiste…

«OK, mais pas avec des sous…j’aime pas les sous ! ! !»

Il me parle avec assurance de choses que j’ignorais, me sort des 33 tours vinyles de «Renaud Chante Brassens» , de «Un Olympia pour moi tout seul»…un 45 tours de «Je suis une bande de jeunes»  jamais utilisés…

Ce mec est génial…Alors que finalement la bouteille de pinard se vide à vue d’œil («Tu vois je suis comme Renaud : je ne me rase pas et je picole pas mal ! !» ) et que le cendrier commence à déborder, Pierrot me dit que Renaud fut à l’origine de plusieurs tournants dans sa vie : «J’ai choisi mon métier (il est assistant social) en entendant Renaud chanter «Les charognards», j’ai su que je voulais aller rencontrer ces jeunes dans la rue qui risquent de faire des conneries…»

«Il est deux heures du mat’

Dans la rue Pierre Charon

Les Charognards sont là

Le braquage a foiré

J’ai une balle dans le ventre

Une autre dans le poumon

J’ai vécu à Sarcelles

J‘crève aux Champs Elysées…»

 

«…Et j’ai réalisé ce rêve : pendant un an j’ai travaillé de nuit dans les rues de Lille, à brûler les feux rouges pour aller aider un SDF qui venait de se faire tabasser…je suis un verni…j’ai fais ce que j’ai toujours voulu faire : aider les autres».

C’est vrai que cette chanson m’interpella à plusieurs reprises : quand on entend parler d’un braquage, on se demande parfois ce qu’il peut bien y avoir dans la tête des délinquants…Justement, nous n’en savons rien ! On peut toujours donner comme raison la crise, la société…et toutes ces hypothèses peuvent s’avérer être exacts, mais à quoi pensent-ils en prenant une balle et en s’écroulant au sol ? N’agissent – ils pas de la sorte par souci de mort ? Pas assez courageux pour mettre fin à leurs jours, ils s’exposent en permanence au danger, repoussant leurs limites et trouvant finalement un besoin d’adrénaline…

Bref, je comprends que Pierrot puisse avoir été guidé par cette chanson.

Le temps passe et on commence à faire quelques imitations de Renaud ; nous sommes assis à la table de la cuisine occupés à accompagner Renaud chanter «Où c’est qu’j’ai mis mon flingue ? ».

La soirée continue, Pierrot me parle de Renaud, de ses rencontres avec lui, de comment le jour d’un certain Paris Saint Germain – Rapid Vienne, dans un bistrot de Bruxelles, Renaud hurla «Good luck» aux supporters autrichiens…avec un énorme accent parisien ! !

Comme c’est le cas depuis le début de la soirée, je l’écoute parler…ébahit par tant d’expériences pour lesquels je donnerais tout pour avoir pu être, l’ombre d’un instant, à sa place…Mais il m’affirme qu’il va me faire entrer dans le cercle restreint de ses amis qui idolâtrent Renaud, de la sorte, je pourrai, sait – on jamais, le rencontrer…

Peut être que ce sera juste pour en avoir une trace dans ce travail, mais qu’importe : j’ai rencontré une personne qui, outre le fait d’être très intéressante, aimable et passionnée, m’en fera rencontrer d’autres avec qui je pourrai également discuter de Renaud et apprendre des tas de choses que très peu de gens connaissent.

J’attends impatiemment cette rencontre avec Artur…qui durant sa présidence du fan-club, créa une revue pour les inconditionnels de Renaud…Pierrot m’a même demandé si j’étais intéressé par l’idée de recommencer quelque chose de ce genre…Et comment ! ! !

Il est tard, je vais rentrer chez moi, un peu vaseux, c’est vrai mais également tout émoustillé par ce que je viens d’entendre. On va se revoir, c’est certain !

Depuis, nous nous sommes revus deux fois, toujours chez lui et toujours pour parler de Renaud, l’écouter chanter, fredonner avec lui…Et il continue de m’épater en me sortant des pièces uniques : portrait dédicacé, photos de concerts, coupures de presse…Lors de notre dernière rencontre, nous avons pris rendez – vous avec Artur. Ce sera pour les congés de Pâques. L’ex-président du fan club de Renaud…quand même ! Décidément, il me passionne de plus en plus ce mémoire ! Et la fatigue n’est rien par rapport au désir d’en connaître toujours plus ! 

  Présentation de "Renaud, ami de Charlie, ennemi de Libé" par Cédric Adam