LE DESERTEUR

(Par Boris Vian)

Monsieur le Président, je vous fais une lettre

Que vous lirez peut être, si vous avez le temps

Je viens de recevoir mes papiers militaires

Pour partir à la guerre avant mercredi soir

Monsieur le Président, je ne veux pas la faire

Je ne suis pas sur terre pour tuer de pauvres gens

C’est pas pour vous fâcher, il faut que je vous dise

Ma décision est prise, je m’en vais déserter.

 

Depuis que je suis né j’ai vu mourir mon père

J’ai vu partir mes frères et pleurer mes enfants

Ma mère a tant souffert, elle est dedans sa tombe

Et se moque des bombes, et se moque des vers

Quand j’étais prisonnier, on m’a volé ma femme

On m’a volé mon âme et tout mon cher passé

Demain de bon matin, je fermerai ma porte

Au nez des années mortes, j’irai sur les chemins.

 

Je mendierai ma vie sur les routes de France

De Bretagne en Provence et je crierai aux gens :

«Refusez d’obéir, refusez de la faire

N’allez pas à la guerre, refusez de partir»

S’il faut donner son sang, allez donner le vôtre

Vous êtes bon apôtre, Monsieur le Président

Si vous me poursuivez, prévenez vos gendarmes

Que je n’aurai pas d’armes et qu’ils pourront tirer.

 

 Boris Vian, 1954

 

Note : Le dernier couplet de la version originale était :

Si vous me poursuivez, prévenez vos gendarmes

Que j’emporte des armes et que je sais tirer.

 

Modification fut faite après l’enregistrement car le pacifisme de cette chanson était en conflit avec le fait de porter des armes.

  Présentation de "Renaud, ami de Charlie, ennemi de Libé" par Cédric Adam