Étude de quatre chansons

Hexagone

Pour information, l’album dans lequel se trouve cette chanson est sorti en 1975. Le texte de cette chanson est consacré aux Français, leur culture et leur histoire. Renaud essaie de démontrer tous les aspects négatifs de sa patrie et on sent une grande révolte et une forte envie de faire bouger les choses. Pour chaque mois de l’année, il consacre un couplet. Il est très intéressant de voir comme toutes les critiques qu’il fait sur le pays ou le peuple français sont encore valables aujourd’hui.

Janvier : Départ d’une nouvelle année. Mais la France sera pareille cette année : les mentalités n’évoluent pas, mais le décor change. Cette remarque concernant le décor est toujours valable aujourd’hui.

Février :Charonne est une ancienne commune, aujourd’hui 20e arrondissement de Paris. Cette commune a été réunie à Paris en 1860. En ce qui concerne la police et l’ordre, c’est encore pire aujourd’hui : il y a encore plus d’effectif pour faire régner l’ordre public.

Mars : Renaud fait ici allusion à l’autre côté des Pyrénées (Espagne). Jusqu’en 1975 a regné Franco. Franco était un dictateur et il y avait encore la peine de mort en Espagne à ce moment-là. Renaud dit quel les Français critiquent l’Espagne, mais ils feraient mieux d’observer ce qui se passe chez eux car ce n’est pas très beau non plus.

Avril : Renaud parle dans ce couplet de la grande partie des Français qui prennent tout au pied de la lettre, et suivent encore des vieux dictons. Il leur reproche leur côté trop naïf.

Mai : Il est plutôt évident ici que Renaud parle de la révolution de mai 68. Le sang rouge et noir symbolise le sang des rouges = communistes et le sang des noirs = anarchistes.

Petite parenthèse : Durant la révolution de 68, c’était Charles de Gaulle le président. Cette révolution a mis la France sans dessus dessous et plus rien ne fonctionnait (trains, écoles, …). Le président a paniqué et quitté la France pendant 3 jours. On ne savait pas ou il était.

Renaud parle de révolution manquée, car à la fin de mai 68, presque tout est rentré dans l’ordre. Il n’y a eu que quelques changement.

Le peuple Français, aux prochaines élections, a voté pour l’ordre et la sécurité. Renaud les traite de moutons car ils ont tous agi en masse.

On voit ici encore l’actualité des propos de Renaud. Cela fait penser à ce qu’il y a eu récemment en France avec Le Pen.

Juin : Le débarquement de Normandie : Les Américains sont arrivés par la Normandie pour libérer les Français de l’Allemagne. Beaucoup de soldats américains ont été tués sur le coup.

Pétain est un homme politique français. Il a été le vainqueur de la bataille de Verdun, puis nommé ministre de la guerre. On lui a ensuite confié le rôle de Chef d’Etat de Vichy (= France allemande). Pétain a alors collaboré avec les Allemands. On l’a finalement découvert et il a été condamné à perpétuité.

Ensuite Renaud dit « ils étaient bien planqués à Londres » car de Gaulle est allé se réfugier à Londres afin d’organiser la résistance depuis là. Il ne se trouvait donc pas sur le terrain.

Jean Moulin, lui, est un résistant qui s’est fait lui-même une petite armée afin de lutter contre les Allemands. Il a voulu prendre les choses en main car la France ne bougeait plus. Finalement, il a été torturé, puis tué. Mais Jean Moulin, lui, a été sur le terrain. (opposition à de Gaulle qui a fui les bombes)

Juillet : Le 14 juillet 1789 la Bastille (= prison) a été prise par le peuple. Renaud dit ici que les Français fêtent le 14 juillet et boivent mais qu’au fond il n’y a pas grand chose à fêter puisque cette révolution n’a jamais complètement éliminé la misère et l’exploitation.

Août : Au mois d’août, les ouvriers ont enfin les vacances et profitent de partir visiter d’autres pays. Renaud dit que même en vacances, les Français sont dérangeants et stupides.

Septembre : Le dictateur dont parle Renaud ici est Pinochet. Celui-ci est un dictateur chilien qui tue pour rien et qui a instauré un régime dictatorial.

La mentalité des Français d’après Renaud : ils se battraient contre celui qui a volé leur auto-radio, mais ne se révolteraient pas contre un peuple qu’on assassine.

Quant à l’accueil du dictateur, il se fait à bras ouvert car il apportes des choses intéressantes économiquement. Lorsque c’est bon pour le commerce, on ne regarde pas plus loin.

Il dit également que le fascisme se propage partout, du Chili jusqu’en France.

Octobre : Renaud touche maintenant à ce qui fait la fièreté des Français : le vin et le fromage. Il dit que les Français sont chauvins, et fiers de leur patrie, ce qui est encore très valable aujourd’hui.

Novembre : En ce qui concerne les voitures, c’est toujours valable aujourd’hui et même encore pire car on organise souvent en France des journées spéciales en l’honneur de promotions ou d’essais pour des voitures.

Il dit ensuite que les Français travaillent pour se payer des choses superflues telles que le tiercé, la télévision. Pour lui ces choses ne sont pas indispensables.

Décembre : Le Nouvel an chez les Français est très important. Encore aujourd’hui d’ailleurs, ils dépensent de grandes sommes d’argent en l’honneur de cette fête.

Refrain : Le refrain qui revient fréquemment porte aussi quelques idées importantes. Renaud dit que ce n’est pas une fièreté que d’être Français. Il traite également le président de « roi des cons ». Par là il insulte le président, mais aussi le peuple. Il dit que le président et le même que son peuple.

Au dernier refrain, il dit que si la France perdait son président, le remplaçant serait tout aussi con et que ces successions de cons ne changeront pas avant longtemps.

 

 

Marche à l’ombre

Dans cette chanson, comme très souvent, Renaud est actif dans l’histoire que raconte son texte. Il parle à la première personne du singulier.

L’histoire est simple : Renaud est dans son bar habituel avec son meilleur ami. Ils ne font rien de particulier, jouent au flipper. Puis entrent dans le bar successivement un « baba-cool », une bourgeoise, un rocker et un punk.

Renaud et Bob sont agacés par ces visiteurs, qui entrent dans « leur territoire ». Ils défendent alors cet endroit en les chassant. On retrouve bien l’univers des banlieues.

 

1)     Le premier arrivant est un hippie très bien décrit. Il a tous les stéréotypes : parfumé au patchouli (parfum venant d’une plante indienne à la mode chez les hippies. Cela allait avec la mode vestimentaire et les Krisna), cheveux au henné, oreilles percées, bus VW.

Renaud nous dit que le « baba-cool » a le guide du routard dans la poche ; signe qu’il voyage. Comme il a toutes les caractéristiques du hippie, il va sûrement essayer de grapiller 100.- à Renaud pour continuer sa route. (Katmandou, Népal : relation avec Krisna)

2)     Ensuite vient le refrain : « Tu me dérandes, t’es pas de ma bande… va-t-en ! » Typiquement ici des froupes de banlieues : ce bar est leur lieu, et on y accepte que des gens de leur monde, de leur bande.

3)     Arrive ensuite une femme très maquillée, habillée d’une façon provocante (léopard), très parfumée, …

C’est une bourgeoise, Renaud n’aime pas ce genre de femme allumeuse, il préfère sûrement celles qui sont plus naturelles.

La façon dont Renaud la décrit, simplement en quelques lignes, nous fait pourtant très bien voir le genre de femme qu’elle est : bourgeoise très maquillée (vulgaire) pull en léopard et pantalon en skaï (univers disco des années 80)…

4)     C’est ensuite au tour d’un « rocky barjo » d’entrer dans le bistrot. « Le genre qui s’est gourré de trottoir » = qui n’est pas à sa place ici, qui n’a rien à faire là. « Est venu jouer les Marlon Brando dans mon saloon » : Un rocker en blouson noir venu jouer au plus fort dans le bar.

Ici ce n’est plus un rade ni un gastot mais un saloon : conotation de duel ou d’affrontement entre les deux hommes.

Il a des lunettes noires et un blouson noir : fait partie aussi d’une bande. Cette fois, Renaud est un peu plus impressionné, le rocker est déjà plus proche de son monde même s’il n’en fait pas partie.

Renaud veut le faire partir, « il ne veut pas d’histoires ». Avant que le rocker ait bu son viandox ( = maggi, mais à la viande) : cette boisson est la boisson des « caïds », genre Rocky.

5)     Renaud parle ensuite d’un punk et d’un intellectuel.

Evolution d’un petit détail dans la chanson : le flipper. Durant les deux premiers couplets, Bob joue. Le 3e il fait « tilt » et le 4e il a massacré le flipper et n’a plus d’argent (tout a été dépensé en jouant et en buvant toute la journée). Petit détail humoristique, mais aussi caractéristique de petits loubards comme Renaud et Bob.

6)     Dernier couplet, c’est la mort qui entre dans le saloon. Renaud dit qu’il a conscience d’être plutôt maigre et qu’un jour un homme plus fort que lui pourra débarquer dans son bar, mais il prend cela de façon optimiste et dit qu’il lui dire (à la mort) d’aller au diable, comme il a toujours fait. Moralité : il n’est pas prêt de s’en aller !

 

On retrouve dans cette chanson 6 caricatures de « genres de Français » très courants à l’époque de cette chanson.

Je dis 6, car il y a aussi Renaud et Bob, deux jeunes loubards de la banlieue défendant leur territoire.

Les expressions et les mots employés sont extrêmement bien choisis. En effet, la tournure des phrases et ke vocabulaire utilisé nous décrivent non seulement très bien les personnages et plantent le décor, mais ils nous plongent aussi dans cet univers, ce monde. On se sent à l’intérieur de la chanson et on les entend nous parler et nous raconter cette histoire.

 

 

Les aventures de Gérard Lambert

Gérard Lambert :  C’est un pur fruit de l’imagination de Renaud. Véritable anti-héro, c’est un personnage complexe. Il est digne d’un personnage de bandes dessinées. Pas très intelligent, il est capable de colères aussi brusques que violentes. Il « s’y croit très vite », mais sous son apparence de super héros, Gérard Lambert est finalement quelqu’un d’assez médiocre et banal.  Fier de lui et un peu ahuri, il préfère faire parler ses poings. 

Comme souvent dans ses textes, Renaud est ici le narrateur, il dit « je » et s’adresse directement à nous, il dit « vous ».

1)     Athmosphère morbide, effrayante (du point de vue de l’insécurité). On est dans la banlieue, on entent des mobylettes. C’est le monde des loubards, la nuit. Les bourgeois dorment.

De la façon dont Renaud décrit l’action de Gérard Lambert, on sent qu’il connaît la situation, c’est lui aussi un loubard et il aime cette ambiance (pas forcément comme nous).

Soudain survient le drame : humour. Une simple panne sèche est un drame car cela met Gérard Lambert hors de lui, et que c’est un dangereux loubard.

2)     Refrain : humoristique, avec une pointe d’ironie.  « rester chez ta mère, comme un bon fils »

3)     Description de ce que fait Gérard Lambert.

Renaud en profite pour encore un peu préciser le décor. (banlieue de bidonvilles, sirène (police) dans le lointain).

Renaud fait faire à Gérard Lambert une chose soi-disante typoque des loubards : il vole de l’essence dans une voiture. Puis, gratuitement par plaisir, crève les pneus. Renaud dit cela par provocation je pense.

Même après avoir remis de l’essence, la mobylette ne repart pas. Alors « c’est le bon Dieu qui l’a puni ! ». Retour au refrain qui fait la morale.

4)     Comme le problème est plus compliqué qu’une simpe panne sèche, Gérard Lambert est obligé de faire de la mécanique. Ici on retrouve encore un stéréotype du loubard : en jeans et blouson, les mains dans le cambouis bricolant après sa moto.

« Dans le lointain, le jour se lève. Comme d’habitude… » : pointe d’humour.

Arrive ensuite un petit loubard aux cheveux blonds. C’est une sorte de « Petit Prince » façon années 80. Cela commence plutot bien et doucement, il lui demande comme dans le livre original, de lui dessiner un mouton. Puis, pour en faire un « Petit Prince loubard des années 80 », Renaud lui fait rajouter quelque chose d’un peu plus vulgaire (femme à poil) ou dangereux (cran d’arrêt). Ce petit blond parle comme un loubard, et tutoie Gérard Lambert.

5)     Conclusion un peu brutale : Gérard Lambert n’aime pas qu’on l’ennuie, il ne fallait pas « le chercher ». D’un coup de clé à molette il tue le Petit Prince.

Cette fin plutôt inattendue montre deux choses qui sont, à mon avis, deux fois de la provocation. Premièrement, un loubard est susceptible, dangereux et violent pour rien. Ironiquement, Renaud le montre ici par provocation.

Et deuxièmement, il s’attaque à un classique très apprécié « Le Petit Prince ». Il est sûr de choquer en le faisant intervenir ainsi dans sa chanson, en utilisant l’expression « Petit Prince de mes deux ! » et en le faisant mourir pour rien d’important.

 

 

Dans mon HLM

Renaud nous raconte ici ce qu’il voit chaque jour. Il nous fait connaître l’ambiance qui règne dans son HLM (habitat à loyé modéré à maison de personnes n’ayant pas de gros moyens financiers).

1)     On commence ici au rez-de chaussée. Renaud nous décrit la vie d’un homme tout ce qu’il y a de plus détestable pour lui à l’époque. Il semble raciste, militaire, alcoolique et frappe sa femme. Il est extrêmement bien décri et Renaud nous transmet justement et précisément les caractéristiques de ce personnage.

2)     Refrain très court. Renaud nous dit que son HLM « craint » et qu’il y a une fille qui aime le « hash » au huitième étage. Le langage utilisé est de l’argo, voire du vulgaire (putain). Il parle de drogue (hash). En écrivant un tel refrain, Renaud se caractérise lui-aussi comme un habitant de ce HLM. Lui, ca serait plutot le jeune cool qui fume et aime les filles.

3)     Nous montons d’un étage et nous retrouvons au premier. Ici vit un jeune cadre dynamique. Il a toutes les caractéristiques du jeune qui veut réussir, et qui veut paraître riche. Il préfère des chats à des enfants et vit naturellement seul. Personnage, encore une fois, plutôt antipathique mais caractéristique d’un certain « genre de Français ».

4)     Au deuxième étage vit une bande de hippies. On sent à la description que Renaud en fait, qu’il apprécie dàjà plus ce type d’individus. (Sa sœur en fait partie). Ici, nous voyons comme Renaud est fort : sans répéter ce qu’il a déjà dit dans ses autres chansons, il sait nous décrire en quelques mots les caractéristiques exacts des hippies. On imagine très bien le mode de vie, et l’allure que doit avoir leur appartement.

5)     Maintenant nous nous retrouvons au troisième. Ici vit une fille de genre plutôt vulgaire. Décolorée et avec un petit chien, cette « espèce de connasse » fait très attention à son apparence. Elle est allumeuse et aime passer ses vacances dans des Clubs ce qui définit clairement le genre de personne dont elle fait partie. Bien sur, une fois de plus, Renaud déteste ce type de personne.

6)     Au quatrième étage vit un militant. Engagé politiquement, Renaud dit que tout l’immeuble l’a caricaturé et le soupçonne en cas de nouveau graffiti.

Renaud, lui, est tout fier de nous montrer que lui aussi a fait un graffiti : il a écrit « mort aux cons ». Cette idée toute simple nous montre que sa philosophie de vie n’est pas très compliquée, elle non plus. Renaud a l’air de vivre sans trop se poser de questions. Il observe les gens autour de lui (de son HLM par exemple) et n’aime pas les cons, c’est tout.

En un mot, Renaud nous donne encore 4 genre de personnes qui vivent ici, sans grand développement. Puis, il parle de lui-même. Il aime monter voir « la môme du huitième », sa copine Germaine. Avec elle, il rêve et passe de bons moments, encore une preuve de sa philosophie de vie qui semble être « Carpe Diem » et « il m’en faut peu pour être heureux ».

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