2 Le succès : 1980-1983

La deuxième phase de la production de Renaud est caractérisée par le fait que le chanteur est maintenant sûr de son rôle de tribun et qu'il affronte la tâche qui lui est assignée avec plus d'arrogance. Le monde de la banlieue apparaît alors plus triste et plus misérable que dans la période précédente. Des thèmes qu'il n'avait pas encore abordés, comme celui de la drogue, font leur apparition. Cette phase se conclut avec l'arrivée des chansons consacrées à sa fille, née en août 1980. Sa fille et les enfants en général seront un thème dominant dans la dernière période.

Après le disque Ma gonzesse de 1979, avec lequel Renaud a achevé sa démarche de présentation, il s'établit entre le public et le chanteur un rapport nouveau qui se fonde sur une certitude : grâce au succès qui lui est conféré, le chanteur se sent habilité à porter des jugements. Ce n'est pas un hasard si après le quatrième disque, en 1980, Renaud peut déjà se permettre, de faire son premier recueil de morceaux célèbres, avec l'album enregistré en live à l'Olympia, dont le titre, Un Olympia pour moi tout seul (1982), reprend le vers d'une chanson de 1980.


2.1 Album de la seconde phase

Marche à l'ombre (1980). Renaud se présente à la première personne, comme contestataire à la façon des premiers albums, dans une seule chanson : « Où c'est que j'ai mis mon flingue ». Deux éléments surtout prévalent. C'est d'une part  la banlieue, qui devient un lieu misérable sur le plan humain, où la vie elle-même perd de sa valeur et où l'énergie qui caractérisait encore le voyou de « Marche à l'ombre » vient à manquer. C'est, d'autre part, l'apparition d'une nouvelle façon de raconter : les histoires de Renaud s'apparentent ici au monde de la bande dessinée. It is not because you are est un témoignage de son goût jamais assouvi pour le jeu verbal, qui évolue toutefois vers quelque chose de nouveau.

Le retour de Gérard Lambert (1981). Comme dans le disque précédent, une seule chanson peut être qualifiée de chanson de contestation. Renaud s'y présente à la première  personne  et  profère  des accusations.  C'est « Étudiants poil aux dents ». Dans ce disque, le titre  en témoigne,  Renaud  cultive  encore  le  goût  pour  le  récit  de  'type  bandes  dessinées'. Comme  élément  de  contiguïté  avec  le  disque  précédent  il  y  a  aussi  la  vision  de  la  banlieue,  considérée  à  travers  la  misère  humaine  de  ses  habitants. Le thème de l'amitié est repris aussi (« Manu »), tandis qu'apparaît pour la première fois le thème de la drogue (« La blanche ») qui donne naissance à un nouveau filon.

Morgane de toi (1983). C'est le  disque  qui  marque  un  tournant  dans  la  production  de  Renaud.  C'est    qu'apparaît  pour  la  première  fois  le  personnage  de  la  fille, qui,  dans  le  futur,  deviendra  pratiquement  le  symbole  du  destinataire  à  qui  s'adresse  le chanteur.  Dans  ce  disque,  deux  chansons  lui  sont  déjà  consacrées  (« En cloque », « Morgane de toi »).  On  retrouve  les  thèmes  de  la  banlieue  mais  avec  une  lueur  d'espoir  qui apparaît  (« Doudou s'en fout »)  et  le  thème  de la contestation (« Déserteur »). Cette contestation revêt un caractère beaucoup moins violent qu'avant. « Près des autos tamponneuses » est, à son tour, une chanson de 'type bande dessinée'.



2.2 La contestation

Le Renaud qu'on retrouve dans les disques de la deuxième phase est un personnage beaucoup plus sûr de lui et de son rôle de chanteur. Tandis qu'avec Ma gonzesse, de 1979, il avait offert une image de soi triste et mélancolique, on retrouve à partir de Marche à l'ombre le rebelle des premiers temps. Les chansons de contestation ne sont pas nombreuses, une par disque pratiquement, mais elles contiennent une charge révolutionnaire très forte. On le voit vraiment dans « Où c'est que j'ai mis mon flingue »  (1980), où la lutte et le conflit avec les "pousse-mégots" et les "nez de bœufs" revêtent une force et une violence encore jamais vues.

Renaud, favorisé par le succès, se retrouve subitement et courtisé et menacé par le pouvoir, mais aussi analysé et jugé par le système et tout cela l'énerve. En tant qu'anarchiste, il considère ne rien devoir à personne, encore moins au pouvoir mais ce qu'il ne supporte surtout pas, c'est qu'on attribue à ses chansons des contenus et des finalités qui lui sont étrangères. C'est pour cette raison qu'il se dresse contre "Les pousse-mégots et les nez d'bœufs/ Les ringards, les folqueux, les journaleux" qui, depuis qu'il apparaît à la télévision, depuis qu'il a du succès, l'ont "un peu trop gonflé". Mais son intention n'est pas d'éduquer les gens.

Il découvre la force de la révolte et sa propre distance à l'égard de tous les idéaux politiques. A droite comme à gauche il ne voit rien d'autre que des "pauvres mecs endoctrinés,/ Qui foutent ma révolte au tombeau" et qui le traitent de "démago", lui qui avait chanté l'histoire de Jojo. Les politiciens sont des "p'tits bourgeois incurables/ Qui parlent pas, qu’écrivent pas, qui bavent" ; ils ne sont que des "fachos" et des "gauchos", c'est à dire, la pire dimension de la politique. Renaud maintient toujours les résolutions exposées dans ses premiers recueils et veut éviter d'être "récupéré", de participer, comme beaucoup le voudraient, à ce processus de polarisation politique qui s'accentuait dans les années 80, par lequel chacun et toute chose devait se référer à l'un des modèles culturels représentés par les deux grandes puissances mondiales opposées. Il est toujours et surtout un révolutionnaire anarchiste, qui attaque le système, système qui veut l'englober en son sein, en tant que chanteur à succès, pour mieux le contrôler et avec lui, le peuple qui l'écoute. Renaud prend position politiquement, mais il ne s'agit pas d'un choix de parti. Il se rend bien vite compte que les chefs de parti se servent de lui pour attirer les jeunes et ne s'intéressent nullement à ses idées ; ils en viennent à le condamner lorsqu'il les attaque dans ses chansons. En participant aux fêtes du P.C.F., Renaud ne voulait pas rendre hommage au Parti et à ses chefs, dont il a une piètre opinion (et c'est pareil pour tous les chefs) ; ce qui le motivait, c'était le fait de considérer les membres du Parti comme des personnes en révolte, des rebelles à l'égard du système, comme lui.

Le système, auquel appartiennent aussi les partis politiques veut, d'une certaine façon, acheter le chanteur : il s'attribue une certaine part dans son succès et considère donc que le chanteur a une dette envers lui. Renaud ressent le poids de ce chantage moral et réagit en revendiquant, une fois encore, son indépendance. Ce n'est certainement pas le succès qui pourra le faire taire.(2)

La vraie révolte, celle qui s'exprime par les armes, est maintenant évoquée et encouragée.(3)

La chanson se termine avec cet avertissement: "FAITES GAFFE! / J'AI MIS LA MAIN SUR MON FLINGUE" (les majuscules sont de Renaud) et juste avant, il cite, comme inspirateurs de sa conduite, deux personnages qui symbolisent le mouvement anarchiste, l'Allemand Baader et le Français Bonnot.(4) La République elle-même en tant qu'institution est refusée. (5) Le conflit avec le système n'est plus la lutte pour la défense des laissés pour compte, mais devient une lutte pour la survie morale et intellectuelle.

Dans « Etudiants-poil aux dents » ('81), Renaud s'éloigne de la lutte armée qu'il avait évoquée dans le disque précédent, même s'il ne renonce pas au ton violent et fortement accusateur. Comme dans « Où c'est que j'ai mis mon flingue » ('80), il utilise les rythmes du rock pour donner à son discours une tonalité agressive plus forte. Là encore, il se présente à la première personne et il se fait fort de l'autorité intellectuelle qui lui a été conférée par le succès public. Comme s'il était une personnalité éminente, comme si ses opinions étaient une donnée avec laquelle tout le monde devait faire ses comptes, il s'adresse à l'étudiant de Médecine en lui disant: "T'oublieras que j't'ai chanté". Il faut dire que Renaud n'est pas le personnage hypocrite type, celui qui profite du succès pour se mettre à parler et à critiquer des choses auxquelles il ne s'était jamais intéressé, juste pour avoir plus prise sur le public. Renaud obtient le succès parce qu'il critique la société. Il est alors naturel qu'il ressente l'approbation du public comme une légitimation de son propre rôle et, d'une certaine façon, de l'image qu'il a proposée de lui-même.

Renaud prend position politiquement, mais ce n'est pas un choix de parti. Il se rend bien vite compte que les chefs de parti se servent de lui pour attirer les jeunes et ne s'intéressent nullement à ses idées ; ils en viennent à le condamner lorsqu'il les attaque dans ses chansons. En participant aux fêtes du P.C.F., Renaud ne voulait pas rendre hommage au Parti et à ses chefs, dont il a une piètre opinion (et c'est pareil pour tous les chefs) ; ce qui le motivait, c'était le fait de considérer les membres du Parti comme des personnes en révolte, des rebelles à l'égard du système, comme lui.

Le système, auquel appartiennent aussi les partis politiques, veut, d'une certaine façon, acheter le chanteur : il s'attribue un certaine part dans son succès et considère donc que le chanteur a une dette envers lui. Renaud ressent le poids de ce chantage moral et réagit en revendiquant, une fois encore, son indépendance. Ce n'est certainement pas le succès qui pourra le faire taire. (2)

Mais ce qui est surtout mis en évidence dans cette chanson c'est l'attitude acritique des étudiants à l'égard de la société dans laquelle ils grandissent et dans laquelle ils devront  vivre.  Le  chanteur  dénonce  le  fait  qu'ils  continuent  à  commettre  les mêmes  erreurs  que  leurs  prédécesseurs,  portant  leur  stupidité  dans  leur attaché-case. (8)  C'est  un  acte  d'accusation  adressé  aux  futures  classes dirigeantes  qui  grandissent  avec  la  mentalité  des  classes dirigeantes actuelles. Aux étudiants bien ordonnés ils oppose ceux qui font de l'absence de la culture un privilège plutôt qu'un désavantage, ceux qui ont compris depuis longtemps quelles sont les choses vraiment importantes, c'est à dire "qu'y faut jamais travailler/ Et jamais marcher au pas", et qui surtout ne veulent pas  "finir loufiats/ Au service de cet État".  Ce  sont les  étudiants  qui  ne  travaillent  pas,  qui  fainéantent  à  l'université  et  qui  ne  se soucient  pas  de  politique.(9)  Le  message  de  Renaud  est  clair  et  net  :  il refuse  l'instruction  si  celle-ci  devient  un  moyen  pour  contrôler  les consciences. C'est  un  thème  qui  apparaît  pour  la  première  fois  et  qui  sera plus largement développé dans la dernière période.

Aux  professions  qui  sont  attaquées  dans  les  strophes,  Renaud  oppose  des alternatives  dans  les  refrains.  L'individu  qui  parle,  qui  est  Renaud,  mais  aussi  un  enfant,  s'adresse  à  sa  mère  et  lui  dit  qu'il  voudra  devenir  plus  tard  un  gangster,  un  poète,  un  infirmier,  ou  carrément  un  "moins  que  rien",  plutôt que  de  faire  des  études,  c'est  à  dire  renoncer  à  son  indépendance  et  se  soumettre  au  pouvoir  établi.  C'est   un   choix   que   Renaud   a   réellement   fait,   en   renonçant   à   l'école,   mais   pas   à   la   culture,   pour   devenir  chanteur  et  donc  éviter  de  "travailler".  Dans  cette   période   on   retrouve  souvent   l'idée   du   besoin   d'éviter   le   travail   pour  défendre   sa   propre   indépendance,   comme   si   l'homme   qui   travaille   devait,  comme   Lucien(10),  renoncer  à   tous   les   idéaux   sociaux   et   se   faire   englober   par   le   système.  Dans «   c'est  que  j'ai  mis  mon  flingue »  ('80)  Renaud affirme avec force :
"j'crie bien haut/... / Qu’j'aime pas le travail/ La justice et l'armée" ; dans « Etudiant-poil aux dents » ('81) : "y'a longtemps qu't'as pigé/ Qu'y faut jamais travailler" ; dans « Déserteur »  ('83) : "L'travail c'est pas pour nous".


Dans cette dernière chanson Renaud développe aussi le thème de l'opposition à tout type de guerre et à l'armée(11). C'est une attitude qui pourrait sembler contradictoire avec ce qu'il disait dans « Où c'est que j'ai mis mon flingue » ('80), mais qui en fait, ne l'est pas. Dans la chanson de 1980 il affirmait déjà être contre l'armée, envisageant la violence de l'État et celle du révolutionnaire sous la perspective qui, dans la première période, les distinguait déjà. La différence fondamentale réside dans leur finalité : d'un côté la violence comme moyen de répression et de conquête ; de l'autre, la violence comme unique façon de pouvoir défendre sa liberté.

En tout cas « Déserteur » ('83) offre une autre image de contestation. Maintenant le protagoniste semble beaucoup plus proche de la figure du hippie, un personnage qui, ne pouvant changer la société se limite à la refuser et à proposer son propre monde de valeurs. Le protagoniste est avant tout un déserteur, une personne qui paie de sa personne le refus des valeurs de la société nantie. Il vit avec quelques amis dans une maison mal bâtie et cultive du haschisch, "une herbe qui nous rend moins cons" ; c'est "un militant du parti des oiseaux, des baleines, des enfants, de la terre et de l'eau", mais, surtout, il n'est manipulé par aucun pouvoir politique, ni de droite, ni de gauche. C'est la position que Renaud adopte après avoir retrouvé sa dimension humaine personnelle, tandis que la naissance de sa fille influe de façon substantielle sur sa vision de la vie. Les termes sont encore très crus, mais le ton du discours se fait plus calme. Quand il parle de l'armée, il la définit comme "armée de glands/... troupeau de branleurs" ; les militaires "sont nuls y sont moches/ Et pis y sont teigneux". Malgré tout, le climat général est plus serein, à commencer par le support musical. Il abandonne le rythme violent du rock, présent dans les autres chansons de protestation de cette période, et laisse toute sa place à la mélodie, qui prime musicalement, dans la chanson. (12) Le  texte  offre  lui  aussi une atténuation des tons. Il se présente sous la forme d'une lettre adressée à "Monsieur le Président" et témoigne, de la part de l'émetteur, d'une certaine ouverture au dialogue qui  était  totalement  absente  des  chansons  précédentes.  Le représentant le  plus  éminent  du  monde  bourgeois,  autrefois  haï  et  attaqué  avec  violence,  (13) devient  maintenant  un  référent politique ; Renaud  nourrissait  une  certaine  admiration  pour  Mitterrand,  même  s'il  ne  croyait  pas  en  lui  pour  changer  la  société.  Comme  on  le  comprend  ensuite  dans  le  final,  le  Président  est  juste le  représentant  de ce monde que Renaud et ses amis refusent et il est invité et, avec lui, la société entière, à partager leur mode de vie.



2.3 La banlieue : imaginaire et réalité

Renaud, qui trouve dans la réalité un modèle de vie, veut à ce moment-là, le proposer à tous, en s'éloignant du même coup de la "société" à laquelle il ne se sent plus opposé, mais dont il est complètement affranchi et indépendant.

Ce type de distance par rapport à la société se retrouve aussi dans la vision du monde de la banlieue. Ce monde n'est plus représenté à travers son opposition à la cité. Dans la production de cette deuxième phase, le conflit entre le monde des laissés pour compte et le monde nanti disparaît presque complètement. On retrouve simplement les premiers, avec leurs histoires, des histoires où Renaud cherche avant tout à dépeindre la misère de l'existence et le désespoir, imputables aussi et surtout à l'indigence et à la solitude.

L'opposition entre les deux mondes perd le caractère tragique qu'il avait dans les chansons précédentes et c'est toujours le voyou qui l'emporte sur le bourgeois. On le voit dans des chansons comme « Marche à l'ombre » ('80) ou « Les aventures de Gérard Lambert » ('80), dans lesquelles c'est le personnage de banlieue qui frappe le riche, car le conflit n'a pas lieu entre les deux mondes qu'ils représentent mais bien entre deux représentants singuliers de ces mondes.

Il n'y a ni policiers, ni militaires pour étouffer dans le sang la timide révolte des laissés pour compte. Dans Marche à l'ombre ('80) Renaud nous propose une situation qui est inversée, par rapport à celle qu'il avait présenté avant. On retrouve le délinquant à l'intérieur de son monde, affalé sur le comptoir d'un bar et oisif ; il doit défendre son territoire contre les intrus. (15) Plus d'une fois, Renaud avait dépeint le monde de la banlieue et celui de la ville comme deux organisations sociales différentes, entre lesquelles n'existait aucun dialogue, avec une prédominance de la ville reposant sur l'utilisation de la force. Mais sans l'intervention des militaires, c'est la loi du plus fort qui règne dans la banlieue et qui s'impose aussi aux habitants de la ville. Ainsi donc, le héros de la chanson chasse méchamment les personnes indésirables qui entrent dans son bar. (16) A un certain moment le bar devient un véritable saloon et le protagoniste finit par dire qu'il aura le même comportement avec la mort le jour où elle viendra le chercher.

On remarque déjà dans cette chanson, et dans Les aventures de Gérard Lambert, plus encore, que Renaud adopte une nouvelle façon de raconter. Les héros ne sont pas des personnes qui proviennent de la rue ou de la réalité, ils se présentent d'emblée comme des personnages irréels qui vivent dans un monde imaginaire. On les dirait tirés d'une bande dessinée et d'ailleurs, après la sortie du disque Le retour de Gérard Lambert, qui emprunte son titre à la chanson homonyme ('81), Gérard Lambert devient le protagoniste d'une vraie bande dessinée, écrite par Renaud ; le héros se retrouve à la dernière page de la pochette.

Lambert, dans « Les aventures de Gérard Lambert » ('80), ne se gêne pas, lui non plus, pour cogner sur ceux qui le dérangent et d'un coup de clef à molette entre les deux yeux, défonce la tête du "Petit Prince" qui l'avait dérangé alors qu'il réparait sa mobylette. Une fois de plus Renaud justifie le comportement violent de ses héros, il conclut sa chanson par une morale : "Faut pas gonfler Gérard Lambert/ Quand y répare sa mobylette". Dans la deuxième histoire consacrée à ce héros, « Le retour de Gérard Lambert » ('81), le même sort échoue à une prostituée, qui est tuée, elle aussi, d'un coup à la tête. Ici, Renaud ne se soucie même pas de commenter l'événement  et  comme  si  rien  d'important  n'était  arrivé  il  conclut  la  chanson  en  disant  : "Il  éclata  la  tête  de  cette créature/ Et s'en  fut  dans  la  nuit  vers d'autres  aventures".  Bien  que  ces histoires appartiennent manifestement au monde de l'imaginaire, l'attitude de Renaud à l'égard de la banlieue et de ses habitants ne diffère pas de celle de la première phase. Il se sent toujours proche de leur façon de penser et d'affronter la vie et les héros imaginaires qu'il propose dans cette période sont en définitive des héros positifs.

Gérard Lambert est un peu le prototype du petit voyou de la rue, tel que Renaud lui-même l'avait été et tel qu'il se voyait ; représenté de façon stylisée et ironique, il est un peu gauche et un peu stupide. Il reste malgré tout un personnage issu de l'imaginaire de son auteur. C'est une donnée très importante si l'on considère la façon dont est décrite la banlieue, la banlieue réelle. Tant qu'il joue avec l'imaginaire, Renaud plaisante et rit, mais dès qu'il parle de la vraie banlieue son ton se fait sérieux et pathétique. Les personnages qui sont traités durant cette période sont des misérables, privés d'espoir, qui se contentent tout au plus de vivre une vie plate et dépourvue de stimuli. C'est le cas de « La teigne » ('80) ; « Mimi l'ennui » ('80), « Banlieue rouge » ('81), « Loulou » ('83) et « Deuxième génération » ('83).

Dans cette dernière chanson, seulement, le personnage se présente à la première personne et son discours conserve un caractère de dénonciation sociale à l'égard du système. Dès le titre on perçoit le drame du maghrébin marginal ; « deuxième génération » est une expression idiomatique pour désigner les fils des immigrés maghrébins. Le héros de la chanson est un garçon de quinze ans et, l'on trouve un cas de figure sans doute unique chez Renaud : le personnage à qui Renaud a donné la parole, prononce son prénom. (17) Il a déjà son "C.A.P." de délinquant et il est le plus vieux de sa bande. Dans la seconde strophe il fait une observation qui est un sévère acte d'accusation à l'égard de la société qui l'accueille. (19) Une fois encore Renaud attaque le système, qui ne condamne pas à la prison le jeune délinquant, en raison de son âge mais qui ne se soucie pas de lui donner la possibilité de changer de vie et de sortir de la misère. Ce sont de nouveau l'hypocrisie et la solution démagogique des problèmes qui sont dénoncées : le garçon décrit la prison, seulement par ouï dire, comme un lieu inhospitalier mais juste après, il avertit que la vie de la rue n'est certainement pas meilleure, "parc'qu’ici tu crois qu'c'est drôle/ Tu crois qu’la rue c'est les vacances". On a l'impression de réentendre la voix du jeune au blouson de cuir qui répond au "père béret basque" de « Les Charognards » ('77). Le "tu" que prononce le Maghrébin est une fois encore adressé à la France entière, sans qu'il y ait cette fois un représentant pour la personnaliser. A l'intérieur de la chanson, il n'y a personne qui puisse représenter ce "tu", qui devient alors le destinataire : on peut identifier ici l'organisation judiciaire. On lui pose une question qui, comme dans l'autre cas, résonne plutôt comme une affirmation.

Vient ensuite le refrain qui explique ce que signifie vivre dans la rue, et ce que gagne le jeune à ne pas finir en prison : "J'ai rien à gagner, rien à perdre/ Même pas la vie/ J'aime que la mort dans cette vie d'merde/ J'aime c'qu'est cassé/ J'aime c'qu'est détruit/ J'aime surtout tout c'qui vous fait peur/ La douleur et la nuit...". Le héros de la chanson prend conscience de la misère de sa condition et ressent du désespoir. Il se rend compte qu'une vie comme la sienne n'a aucun sens et, privé de toute espérance, il voit la mort comme le moyen de fuir la réalité. Un désespoir dicté aussi par le fait qu'il est un français fils d'émigrés, qui n'a pas réussi à s'intégrer à la société dont il fait partie. C'est un drame profond, mais c'est aussi une invitation lancée aux gens : il faut comprendre que l'intégration en France n'est que formelle.

Renaud  avait déjà plus d'une fois représenté ce type de personnage dans la première phase. Il suffit de rappeler le protagoniste de « Les charognards » ('75), que le boulanger qualifie de "bicot", terme injurieux qui sert à désigner les indigènes nord-africains ; ou le gitan de « Salut Manouche » ('79). Dans cette deuxième période, toutefois, le regard du chanteur n'est pas tourné vers la confrontation-conflit entre ville et banlieue, il se focalise seulement sur le personnage et sur ses misères. Ainsi, l'émigré de deuxième génération se sent étranger dans le monde où il vit et où il n'est pas accepté mais en même temps, il se sent étranger au monde d'où proviennent ses parents, monde qu'il n'a jamais vu et dans lequel il ne réussirait pas à se sentir chez lui. (20)

Cette chanson se trouve dans le dernier disque de la deuxième phase et on peut la considérer un peu comme un point d'aboutissement, car Renaud recherche le summum de l'effet pathétique en donnant directement la parole à son personnage. Après la première phase, dans laquelle cette technique était presque devenue une habitude, le chanteur décide, dans la deuxième phase, de raconter de l'extérieur les histoires de ses personnages. Mais ce sont des histoires beaucoup plus tristes. Le protagoniste de « La teigne » ('80) rappelle d'un certain côté le voyou des premières chansons, (21) méchant et violent même avec ses amis, un personnage dont l'autorité repose sur sa brutalité et sur la peur des autres, mais d'un autre côté il confesse une misère humaine dévastatrice. Un manque total d'affection qui le conduit au suicide à l'âge de vingt ans seulement. L'auteur ne lui donne pas la parole mais le commentaire effaré du narrateur rend toute la scène plus triste. Il utilise une des expressions familières de la stupeur, "putain !", qui marque de façon directe et significative l'ampleur exceptionnelle du désespoir de « La teigne ». "Putain ! C'qu'il était malheureux/ Putain ! C'qu'y cachait comme souffrance".

Il s'agit d'un désespoir absolu et destructeur, auquel on ne semble pas pouvoir échapper, mais c'est aussi la représentation de la simplicité des gens de la banlieue, sur le plan humain. Les zonards sont des personnes dépourvues d'instruction et mal préparées à vivre dans la guerre quotidienne de la cité. Ils se nourrissent d'illusions et de rêves irréalisables, qui sont systématiquement déçus par la vie. (23)

Le protagoniste de « Baston » ('80) qui doit faire ses comptes avec la réalité et avec les désillusions, est un de ces personnages déçus par la vie. Il rêvait d'une fille toute à lui, d'un travail sans horaires fait plus pour le plaisir que pour l'argent, d'une famille qu'il n'aurait pas à subir ; mais tous ses rêves se sont évanouis et maintenant il ne veut plus vieillir, car il a peur de devenir comme ses parents.(24) Alors l'unique solution est la mort, "Et pour jamais vieillir y sait qu'y doit crever !". Angelo, le protagoniste de la chanson, recherche la mort dans les bagarres qui éclatent chaque soir et où il met en danger son existence. Dans ce cas aussi, le commentaire du narrateur vise à souligner l'absurdité de la condition du personnage. Il qualifie ses agissements avec les mots suivants : "C'est p't'être con, mais tout est con !" Les valeurs moralistes de la ville n'ont aucun sens pour les laissés pour compte. Si la réalité est trop cruelle pour être compréhensible, les personnes n'agissent plus en conformité avec les dites valeurs.

La découverte de la dure réalité qui brise les rêves est un élément qu'on retrouve aussi dans « Mimi l'ennui » ('80) où la protagoniste est une jeune fille. Fatiguée elle aussi de la vie, elle se désintéresse de tout et les expressions qu'utilise Renaud sont tragiquement explicites. (25) Dans le refrain, "Elle aime rien même pas les copains, / Pi elle dit qu'elle est lasse/ De traîner sa carcasse/ Dans c'pauv'monde tout gris,/ Dans cette pauv'vie sans vie./ Elle s'ennuie", se trouve décrit l'état de découragement d'une personne qui a perdu l'espoir, qui ne trouve même pas une petite voie de salut et qui se limite à supporter sa vie sans vie. Cette réalité sera un jour vaincue par la mort et la jeune fille pourra finalement abandonner le monde, sans déranger personne. (26) Le désespoir et la défaite se font tragiques et la jeune qui voit ses rêves déçus, se sent perdue, elle ne trouve même plus la force de réagir. Dans ces chansons la mort semble être l'unique refuge face à l'angoisse de la vie. Il n'y a pas de remède au découragement lorsque celui-ci naît de la conviction qu'on ne peut rien changer, que tout restera toujours identique à la situation présente.

Cette idée est explicitée dans « Banlieue rouge » ('81), où le protagoniste est encore une femme.  Dans  le  refrain  Renaud  explique  que  la  femme  "Habite  quelque part/ Dans  une  banlieue  rouge/ Mais  elle  vit  nulle  part/ Y'a  jamais  rien  qui bouge", soulignant  vraiment  son  manque  de  force  et  son  incapacité  à  sortir  de  la  situation  dans  laquelle  elle se trouve. Abandonnée par ses enfants et par son mari elle s'attache aux objets qui l'entourent et elle vit de leur compagnie. Elle se lève, la nuit, quand il lui semble entendre le poisson rouge bouger, de peur qu'il ne s'échappe, lui aussi ; ou bien elle joue son numéro de "Sécurité sociale" au Loto. Là encore, c'est  le désespoir qui l'emporte sur l'espérance et Renaud décrit la femme comme une personne oubliée de Dieu.

La solitude, qui tenaille ces personnages, désormais incapables de tisser de nouveaux  rapports  sociaux,  est  le  plus  grand  de  leurs  maux.  Devoir  affronter la  vie  tout  seuls  est  une  tâche  trop  difficile  pour  eux.  Une  épreuve  que  même  les  plus  durs  ne  réussissent  pas  à  surmonter  :  le  vieux  boss  du quartier,  lui aussi,  se  retrouve  à  la  fin  seul  et  désespéré.  (29)  Dans « Loulou » ('83) le boss est appréhendé sous l'angle de sa propre déchéance ; il se révèle beaucoup plus pathétique que Lucien, ce personnage qui avait renoncé à ses rêves de révolution. C'est surtout l'attitude de Renaud qui est différente ; Lucien, en un sens, était accusé d'avoir trahi la révolution, Loulou est, avec le narrateur, un ancien délinquant désormais dépourvu d'autorité. Il est représenté comme un vieux, gros et gâteux. (30) Avec lui, Renaud renonce à ce modèle de héros. Le chanteur sort de la ville et abandonne tout ce qui lui était lié.

Bien qu'ayant traversé une période de crise, du point de vue de l'image qu'il donnait de soi (au moins), Renaud n'a jamais atteint le degré de découragement de ses héros ; dans les moments les plus noirs il a trouvé la force de réagir grâce à l'amour. (31) Les personnages de cette période semblent avoir été vaincus par le désespoir, et c'est seulement dans le dernier disque, avec la chanson la plus pathétique, qu'apparaît une confiance nouvelle, une espérance nouvelle quant au futur. On trouve alors le personnage qui réussit à réagir et à rêver d'une vie différente de celle qu'il mène. Il s'agit de la vendeuse d'un magasin de maillots de bain, dans « Doudou s'en fout » ('83), qui supporte volontiers sa condition, en rêvant de partir vers de nouveaux mondes, vers un pays plus beau et plus chaud, où elle pourra bronzer sans les marques du maillot. Dans le magasin où elle travaille, le soleil et l'amour n'entrent jamais, mais ce n'est pas un problème car "La doudou elle s'en fout/ Au mois d'août elle met les bouts". Il filtre une lueur d'espérance qui était absente et impensable dans les autres chansons. La distance entre la jeune fille et les autres malheureux tient à l'attitude adoptée à l'égard de la vie : les derniers la voient comme une condamnation et attendent qu'elle se termine, tandis que la première la trouve belle. Ce n'est sans doute pas une coïncidence si l'attitude de Renaud change dans le disque où apparaît pour la première fois le personnage de la fille, un disque qui naît à l'occasion d'un long voyage sur son bateau.



2.4 Amitié, drogue et vie simple
 
La douleur et le désespoir ne sont pas seulement liés à la condition du laissé pour compte, ils ont aussi d'autres causes, comme l'amour dans « Manu » ('81) et la drogue, dans « La blanche » ('81), un thème nouveau qui s'insère dans la poétique de Renaud à partir de 1981. Dans les deux cas Renaud tente d'atténuer la tristesse à travers l'amitié, qui s'oppose à la solitude et à la difficulté de vivre. L'émetteur s'adresse au désespéré et essaie d'une manière ou d'une autre de le consoler. Dans le cas du chagrin d'amour, l'amitié est vraiment la seule solution pour pouvoir réagir et Renaud rappelle qu'à la fin de chaque histoire, les amis se retrouvent toujours. (32) Revient ici l'idée d'une amitié liée au groupe et au caractère positif. Ce concept avait disparu  dans le dernier disque de la première phase où l'amitié apparaissait comme quelque chose de lointain et d'irréalisable. Le rapport de valeurs entre l'amitié et l'amour redevient celui des débuts (33) : tandis que l'amitié est quelque chose qui dure toujours, l'amour est quelque chose de passager et qui ne permet plus d'échapper à la tristesse. Manu, le personnage de la chanson, engage, à cause de la solitude, sa relation avec une fille, qui, au lieu de le rendre heureux, le fait souffrir ; Renaud répète ce qu'il avait déjà affirmé dans « Petite fille des sombres rues » ('75) : quand l'amour devient un poids, il vaut mieux y renoncer et il invite son ami à quitter la personne qui le maltraite, qui le prive de liberté, même si ce choix implique une grande souffrance. (34)
 
Mais l'amitié n'est pas un médicament qui peut soigner tous les maux de l'âme et l'affection de l'ami de Michel, dans « La blanche », est mis en échec par la dépendance à la drogue. Le narrateur est contraint de prendre acte de sa condition et de renoncer à le sauver. De même qu'il s'était refusé à condamner le délinquant de banlieue, Renaud se refuse à condamner le drogué et renonçant à la position bien-pensante, il l'absout de toute faute, impute la responsabilité à ceux qui tirent profit de son désespoir. (35)
 
Quand le narrateur de « La blanche » qui est le porte-parole de l'auteur, parle avec le drogué, il oppose son modèle personnel à la vie de son ami. Depuis toujours, Renaud s'est présenté comme un personnage vivant en dehors des règles et des lieux communs, et amateur des vices ; il suffit de penser à la vision de la révolution qu'il avait dans « La Bande à Lucien » (''77) ou de considérer les deux chansons « Pochtron ! » ('83) et « J'ai raté télé-foot » ('81), dans lesquelles il apparaît complètement ivre. Mais lorsqu'on parle des drogues dures il fait marche arrière et pour la première fois, il se met à faire la morale. (36) Renaud est toujours le même, mais il s'oppose au drogué. Tandis que le premier s'enivre, le deuxième se fait une ligne de cocaïne, tandis que l'un fume ses deux paquets de cigarettes, l'autre se drogue ; à la fin, le toxicomane est agité et Renaud plein d'énergie. (37) On peut trouver déjà dans cette chanson le personnage qui sera le protagoniste de « Déserteur » ('83), qui propose son modèle de vie à lui, caractérisé par le refus du travail et par la consommation des joints.
 
Renaud s'identifie lentement au personnage qui ne réussit pas à s'intégrer harmonieusement au monde et qui mène une vie de fainéant. L'étudiant en "que dalle" qui perd son temps à l'université, dans « Etudiants-poil aux dents » ('81), est mieux considéré par Renaud que ses collègues de l'université, ceux qui s'évertuent à étudier pour entrer dans le système. Cet étudiant s'apparente à la protagoniste de « Germaine » ('77), la fille qui habitait dans le quinzième arrondissement, près de la Sorbonne et dont le narrateur était tombé amoureux. Chez elle, "C'était vraiment Byzance, / Tous les jours de la s'maine / On était en vacances" et ils passaient leurs journées tous assis par terre, en cercle, à boire de la bière et du thé au jasmin. On peut considérer ce personnage comme une anticipation de ce que sera plus tard le héros qui vit dans un monde de valeurs personnelles, sans se laisser influencer par le monde extérieur. Ce n'est pas un hasard si Renaud  propose un personnage du même nom dans « Mon H.L.M. » ('80) où Germaine est devenue la "môme du huitième". Renaud reprend la technique narrative « d' Hexagone » ('75) et décrit la misère humaine des personnes qui habitent dans les habitations populaires, en caractérisant, pour chaque étage de son immeuble, un personnage spécifique. Le narrateur les considère tous comme des personnes peu intéressantes, à l'exception de Germaine, chez qui il se réfugie lorsqu'il ne supporte plus la compagnie des autres. C'est seulement avec elle qu'il peut rêver à un monde meilleur. (38)  Dans « Déserteur » ('83) ces modèles deviennent le personnage principal, présenté à la première personne, qui habite un monde tout à lui, loin de la société, des militaires, des guerres, des centrales nucléaires et des sous-marins atomiques et qui vit en harmonie avec la nature, dans une ferme, avec ses amis. Le déserteur témoigne d'une nouvelle attitude de Renaud à l'égard de la vie et du monde qui émane probablement de la longue période passée en mer sur son bateau, loin du vacarme de la civilisation, dans l'intimité familiale retrouvée. Vivant en compagnie exclusive de sa femme Dominique et de sa fille Lolita, il semble trouver son modèle de vie, un modèle qu'il peut proposer aux autres et qui s'oppose au modèle citadin et au système, qui, désormais, ne peut plus l'influencer en aucune manière.

 

 
2.5 Lolita et l'abandon de la ville
 
Le dernier disque de la deuxième période, Morgane de toi... , est très marqué par cette démarche d'autodétermination et est caractérisé par l'apparition de certains éléments nouveaux. « Déserteur » ('83), au regard des chansons de protestation, a une tonalité beaucoup moins violente et propose une ouverture au dialogue ;  « Doudou s'en fout » ('83) est la seule chanson de la banlieue où la protagoniste n'est pas vaincue par le désespoir et fait preuve d'optimisme par rapport au futur ;  « Loulou » ('83) est le premier héros de banlieue décadent. Mais l'élément le plus nouveau et d'une certaine façon, inattendu, c'est l'arrivée de la fille de Renaud comme personnage principal des chansons. Lolita Séchan, née trois ans plus tôt, en août 1980, avait fait une seule apparition timide et fugace dans « J'ai raté télé-foot » ('81). Dans cette chanson, le protagoniste, qu'on devine être Renaud, passe tout son après-midi à regarder la télévision et à boire de la bière, jusqu'à ce que sa femme l'oblige à réchauffer le biberon de sa fille et à changer la litière du chat. Dans la cuisine c'est le grand remue-ménage : le protagoniste se retrouve couché dans la caisse du chat et donne à la petite fille un biberon plein de litière et de Ricard. (40) Dans cette chanson mais aussi dans « Pochtron » de 83, Renaud se présente comme un père dénaturé, qui ne s'inquiète pas de sa fille. (41) En 1983 toujours, il change complètement d'attitude à l'égard de la petite fille ou pour être plus exact, il choisit de raconter un autre type d'attitude. Lolita devient un personnage fondamental et Renaud se présente comme un père affectueux et attentif.
 
Le nom donné au disque témoigne déjà d'un nouveau comportement. Morgane de toi reprend le titre d'une chanson qui a comme sous-titre le plus courant amoureux de toi. (42) C'est une des deux chansons consacrées à sa fille à l'égard de laquelle il affiche un sentiment volontairement ambigu, à mi-chemin entre l'amour paternel et l'amour qu'on porte à la femme. Il est intéressant de faire ici une brève comparaison avec ce qu'il avait écrit dans « Chanson pour Pierrot » ('79), où le fils était seulement imaginé. La différence principale entre la réalité et l'imaginaire, c'est le fait que Lolita est une fille, alors que Renaud avait pensé à un garçon. Il en découle un rapport autre même si le sentiment n'est pas trop différent. Pierrot était pensé comme un ami, comme un copain avec qui il pouvait partager les joies et les chagrins et avec qui il y avait une vision commune du monde ; Lolita est une fille, Renaud la considère comme sa fille, mais il se comporte avec elle comme si elle était sa fiancée.
 
Dans « Morgane de toi (amoureux de toi) » ('83) il maintient toujours son discours en équilibre entre 'être père' et 'être amoureux' et le refrain semble plus adapté à l'épouse qu'à la fille : "Lola / J'suis qu'un fantôme quand tu vas où j'suis pas / Tu sais ma môme que j'suis morgane de toi"… En tant que père il se soucie de défendre sa petite fille contre les enfants qui veulent lui voler son seau et sa pelle (43) ou s'inquiète du fait qu'il y aura beaucoup de jeunes hommes qui lui tourneront autour (44) ; en amoureux il écrit son nom avec des clous dorés sur le dos de son blouson de cuir et s'inquiète surtout du fait qu'un jour, son aimée l'abandonnera.
 
Dans « En cloque » ('83) Renaud essaie de décrire le mystère de la grossesse. Étant un homme, il ne peut vivre cette expérience à la première personne mais il l'observe et la raconte. Porter un enfant dans son ventre c'est quelque chose d'extraordinaire et l'homme, quels que soient ses efforts pour participer à l'événement, en reste forcément exclu. (46) Dans ce cas, Renaud fait preuve d'une sensibilité particulière à l'égard du monde féminin ; ce phénomène n'est pas étrange, il est en parfaite harmonie avec sa façon de faire, avec l'attention constante qu'il porte à ceux qui l'entourent. Il reconnaît à la femme le privilège de pouvoir vivre une expérience si fascinante pour lui et il s'en plaint un peu (47). Mais il ne se borne pas à regarder la mère de son bébé, il participe à la grossesse à sa façon, heureux de devenir père (48).
 
Si ce changement net dans la façon de se présenter n'est pas dû à la période passée en famille sur la mer, il  coïncide parfaitement avec celle-ci. Le monde marin apparaît dans le disque de 1983 avec « Dès que le vent soufflera » où le protagoniste, qui parle à la première personne, a quitté tous ses parents pour être marin et dit qu'il a été enlevé par la mer. La mer est son "destin", il ne peut s'y opposer. Le début de la première strophe où se trouve exprimée l'idée de la prédestination est, à cet égard, très significative : "C'est pas l'homme qui prend la mer / C'est la mer qui prend l'homme" Le bateau a ouvert à Renaud des horizons nouveaux, pas seulement des paysages mais une nouvelle façon de vivre. Pour l'habitant de la ville, fier de son appartenance culturelle à la capitale française, le contact avec la nature et avec la mer est une expérience extraordinaire et le citadin découvre sa vraie dimension personnelle. La ville et toutes ses beautés n'apparaissent plus. Dans le disque de 1983 l'idée de la fuite, du départ, revient plusieurs fois. Dans « Doudou s'en fout » ('83) la doudou s'enfuit ; le protagoniste de « Dès que le vent soufflera » ('83) quitte tout le monde pour se faire marin ; dans « Déserteur » ('83) il fuit la civilisation et se réfugie dans un lieu inconnu ; Renaud s'enfuit lui aussi : avec sa petite fille et tous les enfants du monde, il monte sur sa galère avant que le monde ne s'écroule. On pourrait dire que, d'une certaine façon, Renaud a surmonté le problème de la cohabitation avec le système et le monde bourgeois de la ville et qu'ayant trouvé pour vivre un lieu à lui, il regarde maintenant ce qui se passe dans la cité avec plus de détachement.
 
Mais si le regard du contestataire se fait plus indulgent à l'égard de la réalité citadine, il s'élargit tout doucement et finit par inclure le monde entier. Dans « Morgane de toi » ('83) on a le premier témoignage d'une nouvelle perspective et les deux dernières strophes mènent directement à cette vision du monde qui caractérise la période suivante. Les enfants représentent les faibles en général, pas seulement le délinquant de la banlieue parisienne mais les personnes désarmées du monde entier (49) et Renaud se met à leur tête, non plus en tant que général d'une armée (50) mais comme le nouveau Noé, qui, de son arc, réussit à mettre à l'abri ceux qui ont besoin de protection.
 

 
2.6 Le monde de la bande dessinée
 
Pour raconter ses histoires, Renaud adopte une technique nouvelle qui mérite d'être soulignée. Dans cette phase,   avec l'apparition du personnage de Gérard Lambert, Renaud se dirige vers le récit de type bande dessinée. En plus des deux chansons sur Gérard Lambert (1980/1981), on trouve, dans le même style, des chansons comme « Marche à l'ombre » ('80) « L'auto-stoppeuse » ('80), « Le père Noël noir » ('81), « Près des autos tamponneuses » ('83). Ces chansons représentent une évolution de l'esprit badin et ironique qui est présent dès les premiers disques. Ainsi, il est permis d'établir un lien entre cette série et d’autres chansons comme « It is not because you are » ('80) où le jeu linguistique, à l'état pur réapparaît ou comme « Ma chanson leur a pas plu » ('83), qui ironise sur le monde musical français. Partout on retrouve le goût pour le divertissement, qui subit une nouvelle évolution. On passe du jeu phonétique, élaboré comme jeu de signifiés et de signifiants, au véritable paradoxe de situation. C'est la raison pour laquelle le récit s'apparente à une bande dessinée. Mais les éléments précédents ne sont pas perdus, on les retrouve tous au sein des nouvelles chansons.
 
Renaud ne renonce jamais à son côté ironique, même si celui-ci perd de sa force expressive. Derrière ces chansons on ne retrouve aucun message particulier et on a l'impression que leur seul rôle, en fait, est celui de divertir. Si « L'auto-stoppeuse » ('80), par exemple, raconte les malheurs d'une personne qui prend une jeune fille en stop et qu'il en résulte une situation comique, la chanson « Près des autos tamponneuses » ('83) échappe à la réalité. Les protagonistes mangent ensemble une glace au chocolat : tandis que la fille choisit la framboise, son ami ne mange rien. (52) Et puis, après avoir conduit la voiture numéro "deuze" (pour la rime avec "autos tamponneuses"), le jeune homme reprend la "onze". De même, « Le père Noël noir », est plus une petite histoire divertissante qu'une véritable attaque contre la religion ou contre la figure du Père Noël. On voit un Père Noël gauche et dépravé, qui tombe dans la cheminée, l'antenne de télévision en main. Arrivé chez Renaud sans aucun cadeau, il s'enivre et commence à faire du tapage. Renaud le considère comme un misérable, (53) qui, après lui avoir dérobé ses chaussures et son blouson, lui aurait aussi pris sa femme, si elle avait été à la maison. Renaud donne libre cours à son imagination, qui crée des personnages incroyables et irréels. De là, naît cette impression qu'ils font plus partie du monde de la bande dessinée que du monde réel. Mais il ne faut pas considérer cet élément comme la manifestation secondaire d'un désir de fuite. Le monde de l'imaginaire est un aspect fondamental de l'auteur, un aspect auquel il n'a jamais renoncé.
 
Si dans les premiers albums l'imaginaire s'exprimait surtout à travers le jeu verbal et dans le paradoxe linguistique, celui-ci est désormais en mesure de produire un ancrage original (54) et des personnages pourvus d'une certaine profondeur psychologique. Mais à bien y regarder, les chansons de cette période ne sont pas si éloignées de certaines autres chansons, comme par exemple « La menthe à l'eau » ('75) où l'histoire n'est pas moins absurde ni moins irréelle. Présente dès le premier disque, l'imagination à l'état pur trouve dans cette deuxième période, une source d'expression féconde, qui ne se borne plus à chercher le paradoxe dans la réalité, mais crée une réalité à son image.
 
Mais cela ne veut pas dire que Renaud renonce à son premier divertissement et qu'il abandonne le goût du jeu linguistique. C'est toujours un point de repère constant dans sa production et on le retrouve également dans des chansons moins explicitement burlesques, comme par exemple, « Dans mon H.L.M. » ('80). La strophe y est construite sur le jeu des signifiants, de sorte que H.L.M. résonne comme "hasch elle aime", le "elle" renvoyant à la dite Germaine.
 
Dans « Dès que le vent soufflera » ('83) la strophe est construite et modifiée pour satisfaire aux exigences de la métrique et de la rime. Le verbe repartir est conjugué à la première personne du futur avec la forme de la troisième personne, pour rimer avec le vers précédent. Dans les deux vers suivants Renaud invente carrément une nouvelle forme verbale et construit le futur du verbe s'en aller à partir du radical du présent, avec la forme "nous nous en allerons", pour la première personne du pluriel.
 
Du point de vue formel, ce futur ne serait pas erroné, si le verbe ne se conjuguait avec deux radicaux différents pour le présent et le futur (nous nous en irons). Le virtuose de la langue le sait très bien mais il s'amuse à estropier la grammaire, surtout s'il réussit, par ce biais, à obtenir des résultats métriques et des effets de rimes particuliers. C'est précisément cette fonction que remplit le nombre douze qui devient "deuze" dans « Près des autos tamponneuses » ('83). Il est superflu de le souligner, ce n'est pas, pour l'auteur, une façon de dépasser ses propres limites poétiques, mais un choix linguistique bien précis.
 
On peut subdiviser la deuxième phase de la production renaudienne en deux parties. A un certain moment, avec le disque Morgane de toi ('83), on dépasse cette phase elle-même et on  se tourne vers la troisième phase. Renaud se présente maintenant comme un chanteur mûr et sûr de lui, il n'est plus seulement un contestataire, il a quelque chose à proposer. La banlieue est asphyxiée par le désespoir et la solitude mais une lueur d'espérance persiste.
Les tonalités fortes des deux premiers disques atteignent dans certaines chansons du troisième disque leur intensité maximale, elles sont nettement atténuées dans d'autres. Le monde des enfants commence à émerger et Lolita devient un élément fondamental. Un nouveau thème apparaît, celui de la drogue.


 [1] "Je déclare pas avec Aragon  / Qu’le poète a toujours raison"

[2]     "C'est sûr'ment pas un disque d'or / Ou un Olympia pour moi tout seul / Qui me feront virer de bord / Qui me feront fermer ma gueule."
    Ces vers deviendront un véritable slogan avec l'arrivée du disque d'Or et du concert à l'Olympia, où il enregistrera un disque en live en 1982.


[3] "Plus de slogans face aux flicards / Mais des fusils, des pavés, des grenades !"

[4]     "Si un jour j'me retrouve la gueule par terre / Sûr qu' ça s'ra d'la faute à Baader. / Si j' crève le nez dans le ruisseau / Sûr qu' ça s'ra d' la faute à Bonnot." 
    Baader fut, avec Meinhof, le promoteur du groupe terroriste R.A.F. (Rote Armée Fraktion), constitué en République fédérale allemande. Ils moururent en prison en 1972

    Joseph Bonnot fut le chef d'une bande d'anarchistes, qui utilisa l'automobile, pour la première fois ou presque dans l'histoire du crime et commit diverses attaques à main armée dans les années 1911-12. Il fut tué en 1912 au cours d'une fusillade.

[5]     "votr' République, moi j' la tringle"

[6]     "J'suis pas d'ton clan pas d'ta race / Mais j'sais qu' le coup d' pied au cul / Que j' file au bourgeois qui passe / Y vient d' l'école de la rue / Et y salit ma godasse"

[7]     "Aux bourgeois tu r'fileras / Des cancers à tour de bras / Et aux prolos des ulcères / Parc'que c'est un peu moins cher / Et l'tiers-monde qu'a besoin d' toi / Là c'est sûr que t'iras pas / Malgré tous ceux qui vont crever"

[8]     "Au service de cet État /De cette société ruinée / Qu' des étudiants respectables / Espèrent un jour diriger / En traînant dans leurs cartables / La connerie de leurs aînés"

[9]     " Étudiant  en  que  dalle  /  Tu  glandes  dans  les facultés  /  T'as  jamais  lu le  Capital / Mais y'a longtemps que t'as pigé".

[10]    Dans « La bande à Lucien » ('77).

[11]     "C' qui  m' déplaît  /  C'est  que  j'aime  pas  la  guerre  /  Et  qui  c'est  qui  la  fait / Ben c'est les militaires".

[12]     A  propos  de  « Où  c'est  que  j'ai  mis  mon  flingue ? » ('80) Renaud affirmait : "Cette chanson, je l'ai écrite un jour où j’étais excédé. Je n'ai pas cherché  à  faire  beau,  je  dis  exactement  ce  que  je  pense.  C'est  vrai  qu'elle n'est pas construite, mais elle est là, comme ça, sincère."

[13]     Dans Hexagone ('75) il l'avait présenté comme "le roi des cons, sur son trône".

[14]     "J'voulais t'dire simplement /  Qu'ce soir, on fait des nouilles. / À la ferme c'est le panard / Si tu veux viens bouffer / On fumera un pétard / Et on pourra causer".

[15]     "le  baba  cool cradoque",  "Une  p'tite  bourgeoise  bêcheuse",  "Un  p'tit rocky barjo", "un punk" et "un intellectuel en loden".

[16]     "Et j'ui ai dit toi m' fous les glandes / Pis t'as rien à foutre dans mon monde / Arrache-toi d' là t'es pas d' ma bande / Casse-toi tu pues / Et marche à l'ombre".

[17]     "J' m'appelle Slimane et j'ai quinze ans"

[18]     Certificat d'Aptitude Professionnelle

[19]     "J'suis pas encore allé en taule / Paraît qu' c'est à cause de mon âge / Paraît d'ailleurs qu' c'est pas Byzance / Que t'es un peu comme dans une cage"

[20]     "Des fois, j' me dis qu'à trois mille bornes / De ma cité, y'a un pays / Que j' connaîtrai sûr'ment jamais / Que p't'être c'est mieux, p't'être c’est tant pis / Qu' là-bas aussi, j' s'rai étranger / Qu' là-bas non plus, j' s'rai personne"

[21]     Par ex. « Laisse béton » ('77)

[22]   "On l'a r'trouvé raide comme une cierge / Pendu au beau milieu d' sa chambre / ... /Y m'avait dit personne ne m'aime / J'suis qu'une pauv' teigne"

[23]     Dans « Deuxième génération » ('83)  Slimane rêve d'une jeune fille qui travaillerait pour le faire manger où d'un travail où il serait payé à ne rien faire.

[24]     "Y rêvait d'une famille qu'y faudrait pas subir / Des parents qui s'raient pas des flics ou des curés / Pour pas dev'nir comme eux y voudrait pas vieillir"

[25]     "y' a  rien  qui  l'accroche  /  Faut  la  s'couer  pour  qu'elle  bronche  / ... / Elle  s'intéresse  à  rien  / Elle  croit  pas  à  la  chance  /  Elle  croit  pas  au  destin / Du reste elle s'en balance".

[26]     "Elle dit que tout l'emmerde / Que les gens sont méchants / Qu'elle a plus rien à perdre / Qu'elle est toute vide dedans / Qu'elle voudrait bien, le soir / Sans déranger son monde / Crever toute seule dans l'ombre / Pour sortir du brouillard"

[27]    "Quand elle était plus p'tite / Elle voulait faire actrice / ... /  Elle voulait une maison / Avec des baldaquins / Pi une machine à coudre / Des fleurs et des coussins".

[28]   "elle  a  mis  l' bon  Dieu  /  Juste  au-dessus  d' son paddock  / Elle  y  croit si tu veux / Mais c'est pas réciproque".

[29]   "Toi et moi, ensemble, on est quand même seuls...", dans « Loulou » ('83).

[30]   "t'étais moins gras / Un p'tit peu plus jeune et moins con surtout".

[31] Voir page

[32]   "Une gonzesse de perdue / C'est dix copains qui r'viennent" dans « Manu » ('81).

[33]   "on  est  de s loups  /  On  est  fait  pour  vivre  en  bande  /  Mais  surtout  pas en couple / Ou alors pas longtemps" dans « Manu » ('81).

[34]   "Eh !  Manu  vivre  libre  /  C'est  souvent  vivre seul  /  Ça  fait  p't'être  mal au bide / Mais c'est bon pour la gueule"

[35]    "J’vais  t' dire  si  tu m' fais  un  sourire  / Tout  c' qu e j' t'ai  dit  ben  j' te jure  que  j' le r'tire  / Mais  si  j' croise  ton  dealer  j'y  fous  dans  le  cœur  /  Un coup  d' surin  de  la  part  d'un  copain  /  Ça  risque  d'être  dur  vu  que  c't'ordure / Un cœur ça m'étonnerait qu'il en ait un".

[36]   "T'as p't'être raison j' te parle comme un vieux con / Mais j'suis un vieux con vivant".

[37]   "Toi  t'as  les  boules  moi  j'ai  la  frite   / ...  /   Tu  te  fais  une  ligne  moi   j' bois une bibine / Pendant qu' tu t' dopes j' fume mes deux paquets d' clopes"

[38]   "Quand j'en ai marre d' ces braves gens / J' fais un saut au huitième / Pour construire un moment / Avec ma copine Germaine / Un monde rempli d'enfants / Et quand le jour se lève / On s' quitte en y croyant / C'est vous dire si on rêve !"

[39]   Le bateau s'appelle Makhnovtchina, épopée de Makhno, inspirée par l'anarchiste Arménien Makhno, tué par les bolcheviques durant la révolution russe.

[40]   "En  arrivant  dans  la  cuisine / J' me suis dit tiens un p'tit Ricard / Mais après mes quatorze bibines / J'étais un p'tit peu dans l' coltard / J'ai bu un grand verre de Blédine / J'me suis vautré dans la caisse du chat / Et dans le biberon de ma gamine / J'ai mis de la sciure et du Pastaga".

[41]     Dans « Pochtron ! » ('83) le protagoniste parle d'une soirée où il s'est enivré et la chanson se termine avec l'arrivée de sa fille : "Lève-toi c'est huit heures y m' faut mon biberon / ... / C'est c' que me dit ma gosse / Qu’a pas d'éducation".

[42]     Comme l'explique Renaud lui-même : "Je  l'ai  appris d'une fille qui me parlait de son mec en me disant : Je suis morgane de lui, amoureuse de lui. Elle m'a dit que c'était une expression manouche. L'argot des Gitans ;  puis il ajoute : "La pub a repris l'expression, et ça commence à m'énerver car plein de gens pensent que j'ai vendu les droits et que je touche. J'aurais dû".

[43]   "Y'a un mariole, il a au moins quatre ans / Y veut t' piquer ta pelle et ton seau".

[44]   "Tu risques de donner faim à un tas de p'tits mecs / Quand t'iras à l'école"

[45]   "Déploie jamais tes ailes, Lolita t'envole pas".

[46]   "C'est comme si j' pissais dans un violoncelle / Comme si j'existais plus pour elle".

[47]   "Parfois  c'  qui  m'  désole,  c'  qui  m' fait  du  chagrin  /  Quand  j' regarde son  ventre  et  le  mien  /  C'est  qu' même  si  j' dev'nais  pédé  comme  un  phoque / Moi, j's'rais jamais en colque..."

[48]   "Faut bien dire c' qui est, moi aussi, j' débloque / Depuis qu'elle est en cloque".

[49]    "T'entends  pas  c'bruit,  c'est  le  monde  qui  tremble  /  Sous  les  cris  des enfants qui sont malheureux".

[50]    Voir page

[51]   "Allez  viens  avec  moi,  j't’embarque  dans  ma  galère  /  Dans mon arche, y'a d' la place pour tous les marmots".

[52]   "On  a  mangé  ensemble  /  Une  glace  au  chocolat   / Elle,  elle  a  pris framboise / Et moi, j'ai rien mangé"

[53]   "Le  Père  Noël  est  un  crétin  / ... / Le  Père  Noël  est  un  poivrot  /  ...  / Le Père Noël est un pauv' mec".

[54]   "Quatorze avril 77 / Dans la banlieue où qu'y fait nuit / La petite route est déserte / Gérard Lambert rentre chez lui / Dans le lointain les mobylettes / Poussent des cris... / Ça y'est, j'ai planté le décor / Créé l' climat de ma chanson / Ça sent la peur, ça pue la mort", dans « Les aventures de Gérard Lambert » ('80). "Voilà l' brouillard qui tombe c'est normal c'est l'hiver / Pour l'ambiance d' la chanson faut des intempéries /Faut un climat sordide comme dans les films de guerre", dans « Le retour de Gérard Lambert » ('81). 


(traduction de l'italien au français par Joëlle Colamaria)


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