Monographie "Vie et oeuvre de Renaud"

par

Tobias Scheer


Tobias Scheer peut être joignable par mail à scheer@unice.fr (adresse mail vérifiée en mars 2002)


Renaud et ses jugements politiques

dans ses chansons, dans des textes et en interview


I. Chansons

1. Ravachol (1968)

2. C.A.L. en bourse (1968)

3. Regardez, Bougeois (1969)

4. La Goberge (1969)

5. Société, tu m'auras pas (1975)

6. Hexagone (1975)

7. Ecoutez-moi les Gavroches (1975)

8. Camarade bourgeois (1975)

9. Les charognards (1977)

10. Où c'est que j'ai mis mon flingue? (1980)

11. Pourquoi d'abord? (1980)

12. Etudiant-poil aux dents (1981)

13. Déserteur (1983)

14. Miss Maggie (1985)

15. Morts les enfants (1985)

16. Fatigué (1985)

17. Jonathan (1988)

18. Triviale poursuite (1988)

19. Socialiste (1988)

 

II. Interviews

Libération 26.2.79

Télérama 19.3.80

Paroles & Musique janvier 82

Humanité 18.7.84

Rock & Folk décembre 1985

Rock hit No 4

France-Soir 13.1.86

L'Evénement du Jeudi 20.2.86

Le Matin 25.2.86

Paroles & Musique mars 86

Le Monde 1.3.86

Libération 1.3.86

Stars juin 86

Le Matin 7.10.87

Paroles & Musique avril 88

L'Evénement du Jeudi 6.10.88

Télérama 19.10.88

Le Monde 30.6.89

Reporterre juillet-août 89

L'Humanité 6.7.89

La Vie 6.7.89

Le Figaro 8.7.89

L'Humanité 8.7.89

L'Humanité 18.12.90

L'Idiot International 9.1.91

L'Idiot International 23.1.91

L'Idiot International 6.2.91

L'Evénement du Jeudi 7.2.91

L'Autre Journal juin 1991


 

I. Chansons

 

1. Ravachol (1968)

 

[Ravachol] fabriquait des bombes et les faisait sauter

pour emmerder le monde, les bourgeois, les curés

à la porte des banques, dans les commissariats

ça faisait un double bang, j'aurais aimé voir ça

 

[...] au cours de son procès, il déclara notamment

n'avoir tué aucun innocent

vu qu'il n'avait frappé que la bourgeoisie

que les flics, les curés, les fonctionnaires pourris

 

[...] devant la guillotine il cita, ben voyons

le camarade Bakounine et le camarade Proudhon:

si tu veux être heureux pends ton propriétaire

coupe les curés en deux, tue les petits fonctionnaires!

 

[...] Camarade qui veux lutter autour du drapeau noir

drapeau de la liberté, drapeau de l'espoir

rejoins le combat du Groupe Ravachol

et n'oublie surtout pas que la propriété, c'est le vol!

 

2. C.A.L. en bourse (1968)

 

Dans la semaine ils mettent leurs petits PV

et le qui nous filent des mornifles

et qu'on attaque sans peur à coups de canif!

 

3. Regardez, Bougeois (1969)

 

C'était à prévoir

je l'avais prédit

encore l'abbattoir

encore la tuerie

 

Les flics rouillés

depuis mai dernier

ressortent dans des cars

avec leurs pétards

 

[...] Le sol est jonché

d'un sang rouge et noir

qui vient arroser

les pieds du pouvoir

 

[...] La révolte éclate

les grenades aussi

drapeaux écarlates

partout sont brandis

 

[...] Guérilla urbaine

on tire des toits

les lacrymogènes

pètent ça et là.

 

4. La Goberge (1969)

 

Mes amis sont les exploités

tous ceux sur lesquels vous crachez

mes amis sont les ouvriers

 

[...] je ne veux pas que vous dormiez

et que vos rêves soient dorés

quand mon pays est enchaîné

 

[...] je ne veux pas que vous dormiez

et que vos nuits soient sans danger

quand mon amour se fait violer

 

[...] mon amour est emprisonné

toujours trahi, souvent bafoué

mon amour, c'est la vérité

 

[...] je voudrais vous voir crever

quand le pouvoir sera jugé

 

le pouvoir, je le connais bien

le pouvoir est entre vos mains

c'est celui des flics et des curés

sur qui je suis venu cracher

pour qui je suis venu chanter.

 

5. Société, tu m'auras pas (1975)

 

J'ai chanté dix fois, cent fois

j'ai hurlé pendant des mois

j'ai crié sur tous les toits

ce que je pense de toi

société, société

tu m'auras pas

 

J'ai marché sur bien des routes

j'ai connu bien des patelins

partout on vit dans le doute

partout on attend la fin

j'ai vu occuper ma ville

par des cons en uniforme

qui n'étaient pas vraiment virils

mais qui se prenaient pour des hommes

 

[...] j'ai vu pousser des barricades

j'ai vu pleurer mes copains

j'ai entendu les grenades

tonner au petit matin

j'ai vu ce que tu faisais

du peuple qui vit pour toi

j'ai connu l'absurdité

de ta morale et de tes lois

 

[...] demain, prends garde à ta peau

à ton fric, à ton boulot

car la vérité vaincra

la Commune refleurira.

 

6. Hexagone (1975)

 

Ils sont pas lourds, en février

à se souvenir de Charonne

des matraqueurs assermentés

qui fignolèrent leur besogne

la France est un pays de flics

à tous les coins de rue il y en a cent

pour faire règner l'ordre public

ils assassinent impunément

 

quand on exécute au mois de mars

de l'autre côté des Pyrénées

un anarchiste du pays basque

pour lui apprendre à se révolter

ils crient, ils pleurent et ils s'indignent

de cette immonde mise à mort

mais ils oublient que la guillotine chez nous ça fonctionne encore

 

[...] ils se souviennent, au mois de mai

d'un sang qui coula rouge et noir

d'une révolution manquée

qui faillit renverser l'histoire

je me souviens surtout de ces moutons

effrayés par la liberté

s'en allant voter par millions

pour l'ordre et la sécurité

 

[...] ils ooublient qu'à l'abri des bombes

les Français criaient: vive Pétain

qu'ils étaient bien planqués à Londres

qu'il n'y avait pas beaucoup de Jean Moulin

 

[...] ils font la fête au mois de juillet

en souvenir d'une révolution

qui n'a jamais éliminé

la misère et l'exploitation

[...] au mois d'août c'est la liberté

après une longue année d'usine

ils crient: vive les congés payés

ils oublient un peu la machine

[...] lorsqu'en septembre on assassine

un peuple et une liberté

au coeur de l'Amérique latine

ils sont pas nombreux à gueuler

un ambassadeur se ramène

bras ouverts il est accueilli

la fascisme c'est la gangrène

à Santiago comme à Paris

 

[...] la bagnole, la télé, le tiercé

c'est l'opium du peuple de France.

 

7. Ecoutez-moi les Gavroches (1975)

 

Allez respirer sur la Butte

tous les parfums de la Commune

souvenirs de Paris qui lutte

et qui pleure parfois sous la lune.

 

8. Camarade bourgeois (1975)

 

Camarade bourgeois

camarade fils à papa

je sais, ton père est patron

faut pasa en faire un complexe

le jour de la révolution

on lui coupera que la tête.

 

9. Les charognards (1977)

 

Le boulanger du coin a quitté ses fourneaux

pour s'en venir cracher sur mon corps déjà froid

il dit: je suis pas raciste, mais quand même les bicots

chaque fois qu'il y a un sale coup, ben il faut qu'ils y soient

 

moi Monsieur, je vous signale que j;ai fait l'Indochine

dit un ancien para à quelques arrivistes

ces mecs [deux cambrioleurs] c'est de la racaille, c'est pire que les Viêt-minh

faut les descendre d'abord et discuter ensuite

 

[...] les zonards qui sont là vont se faire lyncher sûrement

s'ils continuent à dire que les flics assassinent.

 

10. Où c'est que j'ai mis mon flingue? (1980)

 

Je vais pas me laisser emboucaner

par les fachos, par les gauchos

tous ces pauvres mecs indoctrinés

qui foutent ma révolte au tombeau

 

tous ceux qui me traitent de démago

dans leurs torchons que je lirai jamais:

"Renaud c'est mort, il est récupéré"

 

tous ces petits-bourgeois incurables

qui parlent pas, qu'écrivent pas, qui bavent

qui vivront vieux leur vie de minables

ont tous dans la bouche un cadavre

 

[...] il n'y a pas que les mômes, dans la rue

qui me collent au cul pour une photo

il y a même des flics qui me saluent

qui veulent que je signe dans leurs calots

 

moi je crache dedans, et je crie bien haut

que le bleu marine me fait gerber

que j'aime pas le travail, la justice et l'armée

 

c'est pas demain qu'on me verra marcher

avec les connards qui vont aux urnes

choisir celui qui les fera crever

moi, ces jours-là, je reste dans ma turne

 

rien à foutre de la lutte des crasses

tous les systèmes sont dégueulasses!

 

je peux pas encaisser les drapeaux

quoique le noir soit le plus besu

la Marseillaise, même en reggae

ça m'a toujours fait dégueuler

 

les marche militaires, ça me déglingue

et votre République, moi je la tringle

mais bordel! Où c'est que j'ai mis mon flingue?

 

[...] a Longwy comme à Sait Lazare

plus de slogans face aux flicards

mais des fusils, des pavés, des grenades!

 

Gueuler contre la répression

en défilant "Bastille-Nation"

quand mes frangins crèvent en prison

ça donne une bonne conscience de cons

 

[...] si un jour je me retrouve la gueule par terre

sûr que ça sera de la faute à Baader

si je crève le nez dans le ruisseau

sûr que ça sera de la faute à Bonnot.

 

11. Pourquoi d'abord? (1980)

 

Mais pourquoi d'abord, est-ce que les bourgeois

il faut leur faire peur?

si ils seraient vraiment dangereux

c'est nous qu'auraient peur d'eux

 

Cest leur connerie qu'est redoutable

et puis n'oublie jamais

qu'il sont les complices du pouvoir

des flics et des curés!

 

[...] eh! ton Bon Dieu il est mort

avec Jésus sur la croix

ils l'ont crucifié avec trois punaises

et puis il s'est barré!

 

12. Etudiant-poil aux dents (1981)

 

Je sais que le coup de pied au cul

que je file au bourgeois qui passe

il vient de l'école de la rue

et il salit ma godasse

 

[...] etudiant en droit

il y a plus de fachos dans ton bastion

que dans un régime de paras

ça veut tout dire eh ducon!

demain c'est toi qui viendras

dans ta robe ensanglantée

pour faire appliquer tes lois

que jamais on a votées

que tu finisses juge ou avocat

ta justice on en veut pas.

 

13. Déserteur (1983)

 

J'ose pas imaginer

ce que leur a dit mon père

lui, les flics, les curés et puis les militaires

 

les a vraiment dans le nez

peut-être encore plus que moi

dès qu'il peut en bouffer

le vieil anar, il se gêne pas

 

[...] Monsieur le Président

je suis un déserteur

de ton armée de glands

de ton troupeau de branleurs

 

ils n'auront pas ma peau

toucheront pas à mes cheveux

je saluerai pas le drapeau

je marcherai pas comme les boeufs

 

[...] puis surtout ce qui me déplaît

c'est que j'aime pas la guerre

et qui c'est qui la fait

ben, c'est les militaires

 

ils sont nuls, ils sont moches

et puis ils sont teigneux

[...] je serai jamais soldat

j'aime pas le bruit de bottes

 

t'as qu'à pas t'en faire

et construire tranquillos

tes centrales nucléaires

tes sous-marins craignos

 

et va pas t'imaginer

Monsieur le Président

que je suis manipulé

pas les rouges ou les blancs

 

je ne suis qu'un militant

du parti des oiseaux

des baleines, des enfants

de la terre et de l'eau.

 

14. Miss Maggie (1985)

 

Femme je t'aime parce que

tu vas pas mourir à la guerre

parce que la vue d'une arme à feu

fait pas frissonner tes ovaires

 

[...] pas une femme n'est assez minable

pour astiquer un révolver

et se sentir invulnérable

à part, bien-sûr, Madame Thatcher

 

c'est pas d'un cerveau féminin

qu'est sorti la bombe atomique

et pas une femme n'a sur les mains

le sang des Indiens d'Amérique

 

Palestiniens et Arméniens

témoignent du fond de leurs tombeaux

qu'un génocide c'est masculin

comme un SS, un toréro.

 

15. Morts les enfants (1985)

 

Morts les enfants de Bophal

d'industrie occidentale

partis dans les eaux du Gange

les avocats s'arrangent

 

[...] bal à l'ambassade

quelques vieux malades

imbéciles et militaires7 se partagent l'univers/

 

morts les enfants du Sahel

on accuse le soleil

[...] balles sur l'ambassade

attentat, grenade

hécatombe au ministère

sous les gravats, les grabataires.

 

16. Fatigué (1985)

 

J'échangerais la sève du premier olivier

contre mon sang impur d'être civilisé

responsable anonyme de tout le sang versé

 

[...] où [sur la terre] la plus évoluée parmi les créatures

a inventé la haine, le racisme et la guerre

et le pouvoir maudit qui corrompt les plus purs

et amène le sage à cracher sur son frère

 

[...] fatigué d'espérer et fatigué de croire

à ces idées brandies comme des étendards

et pour lesquelles tant d'hommes ont connu l'abattoir.

 

17. Jonathan (1988)

 

Entre le noir et la blanc

Jonathan n'a pas choisi

car depuis la nuit des temps

il sait aussi

que tous les salauds sont gris

que l'homme est un loup pour l'homme

un peu partout

Jonathan sait pourtant

qu'à Soweto, dans le ghetto

les loups blancs sont plus sauvages et plus méchants.

 

18. Triviale poursuite (1988)

 

Où est la Palestine?

sous quelle botte étoilée?

derrière quels barbelés?

sous quel cahnp de mines?

 

[...] Où est la Kanakie?

combien de flics, de soldats

pour tenit Nouméa

pour flinguer Eloi?

 

19. Socialiste (1988)

 

Croyait que le matin du grnad soir7 allait venir

croyait au grnd souffle d'espoir

sur l'avenir

genre de conneries que déjà quelque part j'avais lues

dans Minute ou dans un journal

je sais plus

 

elle m'a parlé de Bernard Tapie

enthousiaste

m'a dit qu'il avait du génie

et de la classe

je lui ai dit: t'as raison, Ginette

c'est Karl Marx

en plus balèze, en plus honnête

en plus efficace

 

moi, j'étais rien-du-toutiste

anrcho-mitterrandiste

je sais même pas si ça existe

mais ça m'exite

 

[...] je lui ai dit: Ginette, faut pas me parler

de politique

on va finir par s'engueuler

c'est classique

comment veux-tu que je sois d'accord

avec toi

j'ai déjà du mal à être d'accord avec moi

 

[...] comment tu veux cahnger la vie

si tu balises pour ton bien

on peut pas être à la fois

un mouton et un mutin.

 

 

II. Interviews

 

Libération 26.2.79

Difficile pour moi de ne pas prendre parti, quand par réaction épidermique, sociale et culturelle, on se situe sentimentalement dans le camp des voleurs face à celui des exploiteurs, dans le camp des autonomes, des terroristes, des casseurs face à celui de l'Etat, de la justice et des patrons. (p.19ss)

 

Télérama 19.3.80

Cette chanson (Où c'est que j'ai mis mon flingue?), je l'ai écrite un jour où j'étais exédé. Je n'ai pas cherché à faire beau, je dis exactement ce que je pense. C'©st vrai qu'elle est construite, mais elle est là comme ça, sincère. (p.52ss)

 

Paroles & Musique janvier 82

- J'ai envie d'abord de dire que j'ai voté. Pourtant, pour un anar, voter c'est choisir son maître, faire le jeu du pouvoir et participer à cette mascarade de démocratie où l'on remplace un bouffon par un clown. Mais. même si mon bulletin de vot n'aviat servi qu'à contribuer à la libération de Knobelspiess, je ne regretterai pas d'avoir voté à gauche. Dans "Où c'est que j'ai mis mon flingue?", j'avais appelé à l'abstention: je la renie pas, mais je dis que c'était une chanson d'humeur écrite sans humour; sur un coup de coeur. J'avais envie d'être aggressif: j'étais dégoûté pas la politique, par ce qui se passait en France et ailleurs, et surtout par les magouilles de la gauche au sein de la pseudo-union de la gauche et à l'intérieur du PS et du PC, et j'ai tenu ces propos qui étaient de circonstance. J'ai changé d'avis depuis: on peut évoluer. Si des mecs comme moi étaient pas allés à l'encontre de leurs principes profonds pour voter, on aurait encore la loi sécurité et liberté sur le dos, la peine de mort, et Knobelspiess serait toujours en prison... et je préfère Badinter à Peyrefitte comme ministre de la justice.

- Accordes-tu une sorte de blanc-seing au nouveau pouvoir?

- J'accorde rien à aucune forme de pouvoir. Aucune confiance. Ce sont tous des politiciens, ils font le même métier que moi: ils veulent être vedette, mais ils n'ont pas forcément le talent. Il y en a qui en ont un peu plus que les autres, c'est tout!

- Tu restes donc lucide et vigilant, et prêt à écrire, si besoin est, des chansons pour dénoncer ceci ou cela?

- Ben je vais me gêner tiens! Je me méfie de toute forme de pouvoir et d'autorité. je constate simplement que des mecs en ont remplacé d'autres qui étaient des voleurs et des menteurs, des truands et des arnaqueurs et que les nouveaux, j'attends qu'ils fassent leurs preuves. (partie interview) (p.216ss)

Paroles & Musique janvier 82

J'ai vite retrouvé le drapeau noir que j'aurais jamais dû déserter [après l'aventure chez le PCMLF]. (partie mixte) (p.94s)

 

Humanité 18.7.84

Chanter à la "Fête de l'Huma", c'est faire partie du camp de changement. Je suis de gauche et je suis pas déçu. "Choisis ton camp, camarade", que je dis aux déçus du socialisme. Je vais à le Fête de l'Huma pour aussi faire chier la droite. Moi, je n'ai pas oublié ce qu'il ont fait avant. Et puis, je précise que je n'ai pas de haine pour le RPR ou le PR. Mais aujourd'hui, comme l'a écrit un écrivain situationniste, il s'agit de prendre Troie ou de la défendre. (p.30ss)

 

Rock & Folk décembre 1985

- Les législatives approchent, on va sûrement te contacter pour ratisser le jeune électorat?

- Ouais... sûrement. Mais j'irai pas à "Sept sur Sept"! Je le jure! Au bistrot, oui, je peux donner mon avis, pas devant Anne Sinclair. Pas le temps de répondre à la question qu'on t'en pose une autre...

- Citoyen Renaud, vas-tu voter?

- Je pense, oui... j'ai pas le choix, je veux pas qu'ils reviennent. Ce sera sans être dupe. Ils vont revenir, okay, mais ça ne sera pas grâce à moi. (p.84ss)

 

Rock & Folk décembre 1985

Et puis, j'en avais marre de l'anticommunisme ambiant! Moi, quand je pense "communiste", je ne pense pas aux dirigeants, je pense aux mecs en bleu de travail. On ne se refait pas, c'est dans les tripes. (p.114ss)

 

Rock hit No 4

Je vais voter. J'ai renoncé au bon et noble slogan anarchisant "voter, c'est choisir son maître". Ne pas voter est un sentiment égoïste. Ce ne sont pas tous des pourris. Je ne vais pas te dire pour qui je voterai, mais simplement que je préfère les vendus que l'on a maintenant à ceux d'avant. Même si je ne pardonne pas à la gauche l'affaire Greenpeace ou l'assassinat du leader kanak, je n'oublie pas les scandales des gouvernements précédents. On gueule contre Mitterrand, qui reçoit Jaruzelsky, mais on oublie les Bokassa, que non seulement nous recevions, mais chez qui nous allions échanger de la joaillerie. Ceux-là feraient bien de gueuler moins fort. Je défends les anarchistes quand la police saccage Radio Libertaire; les communistes, quand ils défendent les ouvriers SKF! Je défends les familles de la gauche, que j'aimerais revoir unies tout en gardant le droit de leur cracher à la gueule.

 

France-Soir 13.1.86

[Jack] Lang sera là. Moi pas. C'est de bonne guerre. Quand j'ai inauguré le Zénith, il n'était pas là. (vendredi)

 

L'Evénement du Jeudi 20.2.86

Moi aussi, je vote pour Mitterrand. Mais je tiens ni à me faire des ennemis ni à racoler un public... Assister à de telles réunions [électorales], c'est comme lancer un appel. Et je n'ai pas d'appel... J'ai une passion pour Mitterrand, je l'adore. Mais je ne ferai jamais campagne pour qui que ce soit. Tout le monde sait pourquoi je suis contraint de voter. Et, crois-moi, ce n'est pas de gaité de coeur, parce que je ne peux oublier ni l'assassinat d'Eloi Machoro, ni celui du photographe portugais sur le Rainbow-Warrior.

Soyons clair. Oui, j'ai voté Mitterrand. Oui, je ne suis pas encore sûr de recommencer: il suffit qu'il m'énerve trois fois à la télévision pour tout remettre en question. Non pas que je sois un déçu du socialisme, parce que je n'attendais pas de miracle. Ce n'est pas le socialisme en lui-même mais des ministres, des attitudes, des promesses non tenues (le nucléaire, le service militaire) qui m'ont déçu. (p.19ss)

 

Evénement du Jeudi 20.2.86

- Avant 1968, tu étais prochr des maoïstes du PCMLF. Pendant, tu appartenais au groupe des Gavroches révolutionnaires. Après tu t'es rapproché des anars. Qu'en reste-t-il?

- Rien. A part une aversion pour les groupes qui ne sont pas de rock et pour tous les partis. J'ai l'impression de militer d'une façon plus efficace avec mes chansons. (p.37ss)

 

Evénement du Jeudi 20.2.86

Je reste un farouche partisan de plein d'options des communistes français. Je reste persuadé que pour défendre la classe ouvrière, les exploités et les plus défavorisés, les communistes proposent les meilleures solutions. (p.125ss)

 

Le Matin 25.2.86

- Vous vous dites toujours anarchiste?

- Oui, tout en réclamant le droit de défendre ou de critiquer les socialistes.

- Vous voterez pour eux?

- Question indiscrète.

- En tout cas vous les soutenez et vous votez.

- Puisqu'il faut choisir son maître...

(fin)

 

Paroles & Musique mars 86

Les socialistes savent qu'ils ont mes bonnes grâces. Quand Eloi Machoro a été assassiné en Nouvelle Calédonie, je suis allé voir Attali pour lui demander comment ce gouvernement, pour lequel j'avais voté, pouvait commettre ainsi des crimes politiques? Les socialistes qui ne me "courtisent" donc plus depuis quelque temps ont-ils été fâchés par cette intervention auprès d'Attali? Fâchés que je sois "courtisé" par les communistes? (p.469ss)

 

Paroles & Musique mars 86

Je voterai encore pour vous [Mitterrand] malgré tout, car mon âme de gauche est indulgente et parce que je vous aime bien. (p.513ss)

 

Paroles & Musique mars 86

- C'est parce qu'il m'arrive d'apprécier que je me permets de critiquer. Idem pour les communistes ou les anarchistes: les gens de ma famille.

- Le "je voterai encore pour vous" reste-t-il valable aujourd'hui?

- A l'époque [juin 85], c'est-à dire avant l'affaire Greenpeace, c'est vrai. En tous cas, si je ne vote pas pour lui, je voterai contre les autres. Je ne peux être plus clair. (p.525ss)

 

Paroles & Musique mars 86

J'ai rompu avec tous les partis, quels qu'ils soient. Même les partis verts. (p.560s)

 

Le Globe avril-mai 86

J'espère que vous [Mitterrand] resterez encore longtemps... Je ressens quelque chose que je n'ai pas ressenti auparavant, je suis plutôt fier et heureux d'être Français, grâce à vous. (p.665ss)

 

Le Globe mars-avril 86

Mitterrand, il est cool. D'abord physiquement, il ressemble un peu à mon père que j'aime beaucoup et déjè ça aide. Et puis il est intelligent mais ça, personne n'en doute ou alors les cons et c'est vrai qu'il y en a... Mais surtout il est plein d'humour, de répartie, c'est un puits de culture. Et ça, moi, ça m'épate...

Enfin bref, pendant plus d'une heure, je n'ai rien dit, je buvais ses paroles, fasciné. Vers la fin seulement, j'ai posé quelques questions que j'ai oubliées, lesquelles? en me disant que je ferais un piètre journaliste mais que lui est décidément un foutu bon orateur, Je l'écouterai bien parler encore un septennat... (p.29ss)

 

Le Monde 1.3.86

Je ne vais pas chanter Hexagone. Ca me gêne un peu de reprendre cette chanson: depuis cinq ans, j'ai moins honte d'être français.

 

Libération 1.3.86

Je ne me gêne pas pour cier: "Le fascisme ne passera pas!" J'aime les slogans ringards et has-been. On dit que je suis un "chanteur engagé" parce qu'on n'a pas trouvé mieux comme étiquette depuis 68. (p.45ss)

 

Stars juin 86

Je crois quand même que notre démocratie est le moindre des maux. On vit dans un pays où il est possible d'ouvrir sa gueule..., même s'il persiste des abus poiliciers, administratifs, etc. (p.249ss)

 

Stars juin 86

Je n'ai jamais attendu de miracles d'un gouvernement socialiste, j'ai voté Mitterrand mais je n'ai jamais été socialiste. Si mon bulletin de vote n'a servi qu'à abolir la peine de mort, je ne le regretterai pas. Mais il a servi à d'autres choses. Ensuite, je ne veux pas hurler avec la droite, avec la réaction. Je ne veux pas être récupéré et être catalogué comme antisocialiste. j'ai le coeur à gauche et je l'aurai toujours. J'ai un mépris viscéral pour les hommes politiques de droite. J'ai de la tendresse pour ceux de gauche. (p.386ss)

 

Le Matin 7.10.87

Publicité offerte par la Chetron Sauvage à son président préféré. Tonton, laisse pas béton. Mouvement individuel énervant et indépendant pour la réélection de François Mitterrand.

 

Paroles & Musique avril 88

Pour ce qui me concerne, c'était délibérément politique [chanter à la Fête de l'Huma]: je voulais montrer mon attachement aux militants de base - non pas aux dirigeants, ni aux théories communistes, mais à certaines de leurs luttes. c'était d'autant plus important pour moi qu'à l'époque où j'y suis allé, en 1984, être procommuniste était un peu considéré comme une tare dans les médias. Donc je voudrais marquer ainsi mon attachement à une partie de ma famille de gauche; je voulais énerver les socialistes, aussi, et puis la droite, en disant bien haut: "Je fais la Fête de l'Huma, je ferai jamais celle du RPR ni la Fête de la Rose". (p.659ss)

 

Paroles & Musique avril 88

- Quand tu achètes une pleine page dans Le Matin de Paris pour afficher: "Tonton, laisse pas béton", c'est encore un acte politique?

- Oui, mais je le vois aussi, et surtout, comme une simple prise de position d'un citoyen qui a la chance d'avoir les moyens. (p.678ss)

Cela dit, aujourd'hui, je regrette un petit peu cette page. (p.702ss)

 

Paroles & Musique avril 88

J'ai pas une grande passion pour les socialistes - à la limite, j'éprouve même envers eux une grande méfiance. Mais, à l'égard de la droite, je n'éprouve pas de méfiance, seulement du mépris. Et je préférerais voir Badinter m'expliquer sa conception de la justice plutôt que Chalandon...

 

Paroles & Musique avril 88

- N'empêche, en achetant cette page dans le Matin, tu ne penses pas que tu sors un peu de tes attributions? Que c'est une manière d'abus de pouvoir?

- Si. Je pense, oui, que c'est un abus de pouvoir. Et c'est pourquoi, aujourd'hui, je me demande si j'ai bien fait. Je m'interroge d'autant plus que, malgré mon "Tonton, laisse pas béton", j'ai presque envie maintenant qu'il ne se présente plus! j'ai envie de lui dire: "Tonton, laisse tomber ces magouilles, ces crasses, ces discours, ce milieu, va t'occuper de tes arbres, va écrire tes livres, repose-toi! T'es plus tout jeune, garde tes dernières années pour vivre dans la sécurité, descends à Latché, va faire greffer tes peupliers..." Et, en même temps, j'ai envie qu'il se présente parce qu'il a de fortes chances d'être réélu, ce qui me plairait vraiment. (p.713ss)

 

Paroles & Musique avril 88

Mais vous savez, pour conclure avec le sujet Mitterrand, c'est surtout l'homme que j'aime, l'humanisme, l'intelligence et la générosité. Poue ce qui est du programme, Juquin, que je soutiens au premier tour, me semble être le candidat qui résume le mieux mes révoltes et mes espoirs... Et mes utopies! (p.746ss)

 

Paroles & Musique avril 88

Cette volonté de bâtir un monde où, un jour, il n'y aura plus de salauds. Peut-être de la misère, soit, mais pas liée à une organisation, à une volonté: seulement à des conditions climatiques, des accidents ou des catastrophes naturelles; pas de souffrance infligée par des hommes à d'autre hommes... (p.761ss)

 

L'Evénement du Jeudi 6.10.88

- Alors commente-moi cette phrase d'une de tes chansons: "je suis rien-du-toutiste, anarcho-mitterrandiste".

- il y a une contradiction, bien que ce soit un peu pareil! Je n'ai rien à voir avec quelque parti que ce soit, mais être mitterrandiste, c'est être humaniste... Moi, je suis anarcho-humaniste. Ce que j'aime chez Mitterrand, plus que son programme politique, que je ne connais pas et que je ne sais même pas s'il en a un - malgré sa belle lettre... qui était longue... -, c'est sa culture, son humanisme, son talent, sa ruse... Parfois, quand je raisonne, je me dis: "Si les extrémistes l'étaient un peu moins, s'il n'y avait plus ce clivage gaucho-droite traditionnel, si les gens bien de droite travaillaient avec les gens bien de gauche..." - parce qu'il y en a forcément des deux côtés...(p.205ss)

 

L'Evénement du Jeudi 6.10.88

J'ai une vision manichéenne du bien et du mal. Pour moi, il y a la gauche et la droite. La droite, c'est mal; la gauche, c'est bien. Je suis humaniste pour des problèmes plus larges que ceux directement politiques. (p.231ss)

 

Télérama 19.10.88

Quel que soit le régime, l'armée, la police, la finance, le patronat resteront majoritairement de droite. Peu importe le nombre de ministres roses ou rouges: ceux qui tirent les ficelles dans ce genre d'affaires [assassinat d'Eloi Machoro] sont toujours de l'autre bord.

 

Télérama 19.10.88

- Toujours anar, alors?

- Tant que je tiendrai ce genre de discours et que j'y croirai, je me sentirai un peu anar. Mais c'est aussi un mot qui a été galvaudé. C'est qui, les vrai anars? Ceux qui posent des bombes? Pas pour moi, en tout cas.

- Et "anarcho-mitterrandiste", comme vous dites dans votre dernier disque, qu'est-ce que c'est? Vous avez appelé Mitterrand à se représenter, vous l'avez interviewé, vous avez déjeuné avec lui... Qu'est-ce qui vous plaît chez lui?

- L'homme. Sa dimension historique, intellectuelle, son écriture, da passion pour les arbres, les hommes. En tout cas, c'est pas son programme. Celui de 81, oui. Mais pas celui d'aujourd'hui. Je ne peux pas dire que je sois un farouche partisan de l'ouverture... (p.215ss)

 

Télérama 19.10.88

- Et avec le Parti communiste, les rapports sont un peu plus compliqués, non?

-Ah oui! D'amour et de haine! Longtemps, j'ai été banni! Le racommodage s'est fait grâce à ma cahnson Déserteur. Qui, aux yeux du PC, offrait l'avantage d'être impertinente avec le Président de la République et de coïncider avec la grande vogue pacifiste du PC. (p.262ss)

 

Télérama 19.10.88

Depuis [evénements de Moscou], avec le PC, ça va. Même si je sui un peu retombé en disggrâce pour avoir appelé à voter Juquin ai premier tour... déjà soutenir Mitterrand, c'était limite. Mais alors, Juquin! (p.305ss)

 

 

Le Monde 30.6.89

Seigneurs, du monde, saigneurs du tiers-monde. Seigneurs de guerre, saigneur des peuples qui allez vous réunir bientôt à Paris, je ne vous souhaite pas la bienvenue. (p.1ss)

 

Le Monde 30.6.89

J'ai une sainte horreur des fêtes d'Etat quand elles sont prétexte à défilés militaires, à déploiement de drapeaux, à consensus autour d'une bière ou d'un discours pompeux. (p.10ss)

 

Le Monde 30.6.89

Ils [les défavorisés] SONT l'histoire d'aujourd'hui, ils sont les victimes de votre système, de vos lois, de votre impérialisme économique, de la dette et de l'apartheid. Et ils vous accusent. (p.30ss)

 

Reporterre juillet-août 89

Il y a eu l'affaire du bateau de Greenpeace, le Rainbow Warrior, coulé en 1985. Il y a eu mort d'homme commandée par la raison d'Etat sous un régime de gauche, ce qui a été pour moi un premier coup de poignard dans le dos de la part d'un gouvernement en lequel j'avais espéré. (p.53ss)

 

Reporterre juillet-août 89

Mais on sent tellement de leur (les hommes politiques) part une manoeuvre de récupération de l'électorat qu'ils ont perdu, à juste titre puisqu'ils sont nuls aussi bien à gauche qu'à droite. (p.84ss)

 

Reporterre juillet-août 89

Je suis de ceux qui disent que tout est politique: les rapports entre les gens, la vie quotidienne, l'harmonisation de vivre ensemble, respecter la liberté d'autrui, la nature, la solidarité. Cela dit, je n'ai confiance en aucun mouvement politique pour résoudre les problèmes planétaires qui se posent. (p.109ss)

 

L'Humanité 6.7.89

Les socialistes disent que je les trahis mais, en fait, je lutte sur un point précis qui est la tenue à Paris du sommet des pays riches. Si on a soutenu Mitterrand à une époque, on va pas rester au garde-à vous! Je suis en total désaccord avec ce que je considère, dans le pire des cas, comme une insulte aux idéaux de la Révolution. (p.4ss)

 

La Vie 6.7.89

En aucun cas, je n'échangerais le régime dans lequel je vis contre celui du moindre des pays de l'Est, de la Turquie, d'Haïti, etc. La démocratie est le moindre des maux. Mon type de société idéale, il n'est plus de ce monde, ni de ce temps.

 

La Vie 6.7.89

- C'est quoi votre société idéale?

- C'est de l'utopie. Ce sont les sociétés indiennes en Amérique du Nord avant l'arrivée des colons, responsables de leurs génocides. Les Indiens n'avaient pas de magnétoscopes, mais ils avaient tout: le ciel, la terre, les oiseaux. Ils respectaient la nature parce qu'ils avaient conscience d'en faire partie. Malgré tous les apports de la démocratie, il ne faudrait pas oublier que notre niveau de richesse a été obtenu par l'étrangelement économique des pays pauvres. (p.57ss)

 

La Vie 6.7.89

En URSS, j'y suis allé trois ans trop tôt. Pour le reste, je demeure fidèle à l'homme Mitterrand, à son humanisme. Je n'oublie pas qu'il a fait abolir la peine de mort. La gauche avec toutes ses tendances, c'est ma famille, mes potes. En période électorale, quand il s'agit de choisir entre uns justice façon Badinter et une autre représentée par Peyrefitte, je n'hésite pas. Mais je revendique le droit d'être critique vis-à-vis de ma famille. (p.107ss)

 

 

Le Figaro 8.7.89

J'ai confiance en Mitterrand. on lui reproche son côté vieille France, la tradition, les écoles de curés, Barres, les arbres de Latché. Mais les arbres de Mitterrand mettent un peu de poésie dans le discours politique. (p.56ss)

 

Le Figaro 8.7.89

Je lui (Mitterrand) ai écrit pour lui expliquer mon geste. Je ne suis pas contre Tonton, je suis contre la dette, l'apartheid, les colonies. Et organiser un tel sommet le 14 juillet, c'est pour moi une erreur historique. (p.67ss)

 

L'Humanité 8.7.89

Je me sens toujours anar, mais je ne suis pas un anar exclu. Je ne m'exclus pas de l'ensemble des gens de gauche. J'ai toujours mon coeur ouvert pour eux. Et, au gré des combats qu'ils mènent, je rejoins tantôt les uns, tantôt les autres. (p.5ss)

 

Humanité 8.7.89

Il s'agit aussi d'affirmer haut et fort notre attachement aux idéaux de 1789, qui sont universels, mais bafoués sur toute la planète. (p.24ss)

 

Humanité 8.7.89

C'est le premier devoir d'un peuple: se révolter contre l'oppression que lui imposent ses dirigeants. (p.67ss)

 

L'Humanité 18.12.90

Vous connaissez aussi bien que moi mes rapports parfois houleux avec le Parti communiste. Je crois m'être suffisamment expliqué sur mon engagement à gauche, dans distinction, considérant comme ma famille tous les gens luttant contre l'injustice, la répression, pour une société plus généreuse et plus humaine. Il se trouve que je sens ce genre de convictions uniquement à gauche. Je ne les sens pas à droite. J'ai toujours été de gauche, de coeur, même s'il y a des luttes d'idées avec des gens qui sont socialistes, communistes, anarchistes. Je mets ça dans la même famille, et même quelques écologistes. (p.36ss)

 

Humanité 18.12.90

Aujourd'hui, avec ce gouvernement qui mène une politique de droite, côté politique de gauche, je vois surtout les communistes. Le Parti communiste m'a fait, à une époque, je veux pas dire un faux procès, mais a mal interprété l'idée que je voulais dégager dans une chanson, "Où c'est que j'ai mis mon flingue?". Une chanson noire, un peu nihiliste, anarchiste. L'espace d'une chanson, j'ai cru dans le terrorisme, la bande à Baader, Mesrine, plus que dans la lutte des classes. Mes chansons sont souvent l'expression de ce que je ressens à un moment de ma vie, de mon évolution. La sincérité voulait que je l'exprime. On s'est luttés. Du coup, je n'allais pas fiare preuve de trop d'indulgence à votre égard. Ce qui explique que, durant quelques années je n'ai plus été un compagnon de route. Je le suis redevenu. (p.54ss)

 

L'Idiot International 9.1.91

J'ai chanté naguère pour Tonton. Comment croyez-vous qu'il me remercia d'avoir témoigné ainsi de ma foi dans les valeurs qu'il prônait alors? en les piétinant aujourd'hui. En engageant mon pays dans une sale guerre de merde à la con! (p.8ss)

 

Idiot International 9.1.91

Mourir pour un drapeau

quelle idiotie suprême

quand il est à l'emblême

de Shell ou Texaco

 

si ti veux, Président

marquer vraiment l'histoire

et mériter la gloire

pour aumoins deux mille ans

envoie tes régiments

libérer la Palestine

là-bas on assassine

chaque jour des enfants

 

envois tes bombardiers

raser la Maison Blanche

ce sera la revanche

de tous les opprimés!

 

ainsi finit ma lettre

j'héiste, je ma tâte

dois-je en rajouter quatre

pour un dernier mot peut-être? (p.39ss)

 

 

L'Idiot International 23.1.91

Si en dix ans de pouvoir socialiste, elle n'a cessé de pavoiser à la hausse au rythme des usines qui fermaient et des restos du coeur qui ouvraient, on pouvait raisonnablement penser que la guerre mettrait un frein à la spéculation. Naïfs! Au lendemain de l'attaque-proprette, elle gagnait 7%. Capitalisme, je te vomis à 100%. (p.50ss)

 

Idiot International 23.1.91

Peut-être après tout, sont-ils (deux ou trois socialos qui ont probablement sauvé leur dignité en refusant de s'aligner sur les diktats du Pentagone) restés d'authentiques militants socialistes révolutionnaires. Autrefois, ces deux termes accouplés étaient un pléonasme. Aujourd'hui, ils sont un paradoxe. (p.76ss)

 

L'Idiot International 6.2.91

[...] D'où mon engagement aux côtés des "Munichois" qui souhaitent voir casser cette guerre au plus vite. Avant que le sang d'un million de civils ne vienne éclabousser le beau visage de sphynx de tonton makout, avant qu'il ne vienne ruisseler sur les bancs de l'assemblée où nos amitiés de service votent des guerres qu'ils ne font pas et se blanchissent des magouilles qu'ils font. Les assassins d'Ouvéa côtoient maintenant sur ces bancs les bouchers du Golfe... (p.42ss)

 

L'Evénement du Jeudi 7.2.91

C'est un peu pitoyable ce consensus, cette union nationale autour de la "Busherie", qui va de MOntand à Vidal-Naquet en passant par ma concierge. J'ai l'impression d'appartenir au camp de la honte! C'est hallucinant...(p.21ss)

 

Evénement du Jeudi 7.2.91

Quant à la position française, elle est totalement contradictoire avec l'idée que je me fais de la gauche... La France est une fois de plus soumise au diktat des Américains. Il y avait moyen de régler ce problème par la diplomatie. J'en sais gré au président d'avoir essayé jusqu'au bout. Mais, ensuite, pourquoi se ranger derrière Bush? (p.43ss)

 

Evénement du Jeudi 7.2.91

Je n'éprouve pas de colère mais une grande amertume envers François Mitterrand. Depuis son élection, je vais de désillusion en désillusion. Aujourd'hui, je suis infiniment triste de ne plus être définitivement de ses amis. (p.54ss)

 

L'Autre Journal juin 1991

La guerre du Golfe aura quand même en ceci de positif, c'est que je n'ai plus aucune illusion sur les hommes politiques français ni sur la gauche française, ni sur le Parti Socialiste, ni sur Français Mitterrand. (p.163ss)

 

L'Autre Journal juin 1991

Je me demande même parfois si je ne suis pas tombé dans un piège débile qui consistait à choisir son camp alors que j'aurais pu tout aussi bien envoyer chier les deux. Aussitôt après l'invasion du Koweït par l'Irak, un journaliste de l'Humanité m'a demandé ce que je pensais du conflit qui se préparait, et j'ai répondu: "Quand les impérialistes attaquent les fascistes, je m'assois sur le bord du Yang-Tseu-Kiang et j'attends de voir passer le cadavre, non pas de mon ennemi mais de mes ennemis". Peut-être n'aurias-je pas dû prendre parti du tout. (p.257ss)

 

L'Autre Journal juin 1991

- Tu conserves un peu d'espoir?

- La force nouvelle, moi je l'attends depuis 1968. Enfin, j'ai eu un espoir en 1981, mais... Je ne voudrais pas faire le procès de Mitterrand, dire que c'est le pouvoir socialiste qui a engendré l'extrême droite, mais ce qui est sûr c'est qu'il a réussi à liquider l'extrême gauche, et ça, je trouve que c'est triste. Le Parti Communiste, lui, il s'est liquidé tout seul. (p.321ss)

 

L'Autre Journal juin 1991

Vaux-en Velin, Saint-Denis de la Réunion, Sartrouville, ça devrait inquiéter le gouvernement, parce que les socialos qui sont qu pouvoir pour vingt ans, c'est à ça qu'ils vont être confrontés. Je ne souhaite pas le retour des autres! Je souhaite la mort du pouvoir. (p.365ss)

 

L'Autre Journal juin 1991

Mitterrand a attendu d'être au pouvoir depuis dix ans pour nous dire qu'il y avait de plus en plus d'inégalités - il est temps qu'il s'en rende compte. (p.410ss)

 

L'Autre Journal juin 1991

C'est fabuleux, ils [les socialistes] sont machiavéliques, ils sont tellement plus forts que la droite, ils sont bien plus intelligents, bien plus malins. En plus, pendant dix ans ils m'ont piégé avec "la morale est avec nous", "on est la gauche, la vérité et la justice"! Desproges avait bien raison quand il disait "Mon pauvre Renaud!", je lui disais "Mitterrand, c'est un mec bien, ça se voit, il est culitvé, c'est un humaniste, il est gentil, il est drôle, il est machiavélique..." et lui me répondait: "Oui, c'est le meilleur homme politique qu'on ait en ce moment, donc c'est le pire". Et c'est vrai, le plus malin, le plus cultivé, le plus fort, c'est forcément le pire des hommes politiques. (p.446ss)

 

L'Autre Journal juin 1991

Je ne considère pas - pas plus aufourd'hui qu'hier - que le communisme soit une maladie honteuse. La classe ouvrière, on se demande qui c'est, combien ils sont, et est-ce que le Parti Communiste est toujours la voix de la classe ouvrière. Est-ce que la classe ouvrière n'est pas un leurre? Mais tant qu'il restera deux ouvriers, il y aura un syndicaliste, et toujours un chanteur assez con pour aller soutenir le syndicaliste qui soutient l'ouvrier! Et j'ai bien peur que ce soit moi! (p.593ss)