Je n'en parlerai pas...

 

 

   

Une bonne partie de ce livre essaie de répondre à la question : Qu'est-ce qui fait que les chansons de Renaud nous touchent autant ? En sachant très bien que c'est une gageure que de vouloir y apporter une réponse.

   

Je voudrais donc, mais cela est déjà énorme et ambitieux, répondre à la question Qu'est-ce qui fait qu'elles nous parlent aussi directement et si j'osais, si facilement ?

   

Pour cela il va d'abord falloir, dans un premier temps, faire abstraction de la chaleur, de l'humanité, de la tendresse du personnage... Pas facile ! Je sais…

   

Dans chacunes d'elles on peut y voir deux poings qui se laissent pendre au bout de pouces bien ancrés dans la poche d'un jean déchiré, des jambes arquées pour ne pas chavirer, chorégraphie inimitable d'un homme heureux d'être là, pas pour nous, mais avec nous.

   

Sa gentillesse n'est pas une légende, une façade pour vendre, une vitrine où l'on pourrait lire  « Obligation d'achat ». Que ceux qui croient encore en cette absurdité aillent voir les figurants de Germinal qui pourront témoigner de la sympathie qu'ils ont pour lui et qu'on n'en parle plus. Ça suffa comme çi  non mais alors.

   

En concert il se crée avant même son entrée sur scène une atmosphère que nous appellerons par commodité "paradisiaque" , où l'on se sent tous potes. Tout le monde se tutoie comme si on avait balancé les pavés ensemble, comme Si on savait que les méchants c'est pas nous.

 

   

Et pis on a bien raison car même si parfois ils nous arrivent d'être « énervé par la colère », de se révolter devant ce monde plus méchant que bête, ce monde si vieux qu'il devient incontinent et se pisse dessus, c'est pour ne pas s'endormir, jamais pour haïr que l'on ait quinze ans ou plus:

 

"Quinze ans, seize ans à peine

Garde-moi ton amour

Garde-toi de la Haine »

( '' Petite '' )

 

   

Car au bout du « briquet allumé dans ton p 'tit poing levé » ce n'est pas la flamme bleue, blanc, rouge puante et froide comme un pet de manchot qui se balade, mais belle et bien la flamme jaune et chaude de la fraternité ( ce fameux mot qui figure sur les pièces de monnaie et qui se noircît d'être ainsi bafoué).

 

   

Et puis il y a la magie Renaud qui par définition est inexplicable. En 1975 Louis-Jean Calvet écrit : «Il chante mal comme ce n 'est pas permis, joue de la guitare comme un pied, mais, derrière les musiques approximatives et les textes un peu légers de ce gavroche anarchiste, on sent quelque chose à naître, en marge des grands courants de la chanson d'aujourd'hui. » (J'ai encore piqué ça dans Le roman de Renaud de Thierry Séchan)

 

   

Comme vous avez pu le constater j'ai absolument fait abstraction de la chair et du sang qui a donné naissance à cette encre de musique pour ne parler que des textes, montrant ainsi l'exemple.

 

   

Depuis deux ans que je chante dans les bistrots, ce qui me vaut de boire à l'oeil, les chansons de Renaud apportent toujours quelque chose de plus et provouent chez le public un enthousiasme. Cela même lorsqu'ils ne connaissent pas la chanson et ne savent donc pas que c'est lui qui l'a écrite.

 

    -  Hey c'est d'qui ça?

    -  De moi.

   - Non déconne c'est trop bien. Allez c'est d'qui, dit.

   - De Renaud, mais ça t'empêche pas d'me payer un verre.

   - Ça fait déjà la douzième, tu charries

   - Ben ouais mais ça fait la douzième chanson que j'te chante, non?

 

    Il

y a au sein de ses chansons une force qui leur permet de se défendre d'elles-mêmes. Ce dont je n'ai jamais douté, sans quoi je n'aurais pas entrepris l'écriture de cet ouvrage, qui se veut avant tout axé sur l'écriture Renaudienne.

   

Il  nous reste maintenant à découvrir les quelques éléments qui la nourrissent. La première abstraction ne suffira pas, il va falloir retrouver notre prime sensation, revenir à l'an zéro pendant R.S.

 

   

Comme je n'aime pas les chapitres trop longs à cause que ça m'embrouille, je vous donne rendez-vous à la page suivante. A tout d'suite...

 

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