LE ZENITH 84

17 Janvier - 5 Février

"Il prend la mer pour séduire la fille"


 

" C'est la première fois que je me produis à Paris dans un aussi grand espace. J'ai déjà assez de raisons de flipper si les gens viennent ! Alors s'ils ne viennent pas ! Ça serait mes adieux au music-hall ! "

Voilà ce que disait Renaud sur son premier "gros" spectacle avant qu'il n'inaugure la salle du Zénith pendant plus de trois semaines. Pourtant, 6000 spectateurs sont venus l'applaudir tous les soirs pour la sortie de son disque "Morgane de toi".

 

Tout a été parfaitement conçu pour se dérouler sans "bavure". Le service d'ordre n'est ni laxiste, ni facho et il flotte une atmosphère chaleureuse et vibrante malgré le froid polaire du mois de février. A l'intérieur, l'attente commence dans la monstrueuse salle sang et or. Pour faire patienter son public, Renaud a entièrement conçu un numéro "monstre" de Détective, bourré de jeux de mots de son cru qui lui permettent de caser de manière comique et pleine de finesse la liste des chansons et quelques brèves sur l'actualité du moment.

Renaud arrive enfin sur scène avec son look gavroche-loubard-baba inimitable, habillé avec le fameux blouson écrit "Lolita" dans le dos laissant apparaître le T-shirt SOS Ethiopie.

Il débute son spectacle par sa chanson "Dès que le vent soufflera".

Les choristes sont alors déguisés en marins avec cirés jaunes et vont d'ailleurs changer de tenue en fonction des chansons.

Les premières chansons vont chauffer la salle qui s'illuminera de centaines de briquets lorsqu'il attaquera les textes d'amour.

Comme il ne danse pas, c'est par un brin de causette toutes les trois minutes qu'il fait passer le feeling. Mais il va aussi se montrer musicien avec la guitare qu'il prendra pour presque toutes les chansons : guitare électrique pour les chansons rapides et qui "bastonnent", et guitare acoustique pour les chansons plus douces. Et il se mettra même à l'accordéon pour "en cloque".

Et là, s'enchaînent les chansons reprises à chaque fois par le public qui les connaît par cœur :

Chanson pour Pierrot, Mon beauf', Déserteur, Deuxième génération... Renaud les chantera toutes, pendant plus de deux heures !

 

De nombreuses animations et gags de scène viennent illustrer certaines chansons. On voit par exemple pendant "Mon beauf'" alors que Renaud chante "...il l'emmène à la chasse, flinguer les p'tits oiseaux / parc'que c'gros dégueulasse y taquine le moineau...", arriver un chasseur sur scène et tirer en l'air vers le public.

Au dernier couplet de "déserteur", alors que Renaud est devant son micro, deux policiers équipés de casques et de masques à gaz arrivent et attrapent le chanteur par les épaules. La chanson se termine alors sur le regard du chanteur vers les deux CRS.

Renaud arrêté en flagrant délit de chanson

Le spectacle se termine par les chansons les plus engagées comme "Etudiant, poil aux dents, Hexagone..." pour finir par "Dans mon HLM" repris en coeur dans le dernier refrain par tout le public. A la fin du spectacle, un choriste tire au fusil de chasse sur un pantin à l'effigie du chanteur qui, en chair et en os, surgit près du mannequin fracassé !

 

Avant de quitter la scène, Renaud présente les musicos puis disparaît laissant derrière lui le rêve, le désordre et le souvenir des subtilités de mise en scène. C'est gagné : en trois semaines 75 000 personnes respireront la zone, l'espoir la tendresse et le fait d'hiver ! Puis disparaîtront à nouveau vers la banlieue ou le coeur de Paname...