Crève salope !

Les événements de mai 1968 permettent à Renaud d'exprimer toute sa haine. Il ne chante pas mais déclame des poèmes et joue des sketches. Et dans la Sorbonne occupée par les étudiants, Renaud rencontre Evariste, qui venait d'écrire une chanson sur un brouillon : La révolution. Renaud lui propose gentiment de taper son texte sur la machine à écrire paternelle. Pourquoi ne pas faire comme lui, chanter ses poèmes ?

Le soir même, il prend sa guitare sèche, trouve trois accords de base et invente une mélodie. Voilà : c'est ainsi qu'est née sa première "vraie" chanson – c'est-à-dire une association de mélodies et de textes. Elle s'intitule Crève Salope !. La salope, bien sûr, c'est la société. Il s'est inspiré pour ce titre d'un graffiti sur les murs de Paris.

Un texte tout à fait dans le ton de l'époque dont chaque couplet dénonce une forme d'autorité : paternelle, professorale, policière et religieuse. (Tous les thèmes principaux de la carrière de Renaud y figurent dès la première chanson !)

"Manque de bol, ça s'est un peu retourné contre mon pauv' père, parce qu'à la maison, c'était lui l'ordre, l'autorité, la discipline"… Il se retrouve tour à tour giflé par son père, par son professeur d'anglais, exclu de son lycée, en prison, et guillotiné (eh ! oui : la peine de mort n'était pas encore abolie en 1968 !). Spontanément, l'étudiant Séchan écrit avec un vocabulaire familier bien approprié au contexte : "Salope", "Charogne", "Poubelle", "Fumier". Aussitôt, il chante, fier de lui, la chanson à ses parents… Renaud ironisera sur la réaction de son père : "Oh ! Il ne m'en a pas voulu longtemps... Pendant quoi ? Une dizaine d'années !".

Il interprète la chanson et elle va devenir le slogan et le programme des "Enragés" de mai 68. Tout le monde recopie la chanson sur un cahier et elle devient un mini-hymne dans Paris !

A part quelques rares interprétations a capella pour des émissions de radio, cette œuvre immortelle n'a jamais été enregistrée sur disque …