Buffalo débile
(Renaud Séchan)

En passant par les égouts juste devant ma maison,
j'ai creusé un tunnel de dix-huit mètres de long.
J'ai atterri dans la cave d'une laiterie parisienne,
j'ai pris trois cents Carambars, un kilo de madeleines.
J'ai eu des crampes d'estomac au moins pendant trois s'maines.

J'suis le roi des casseurs, j'suis le roi des braqueurs.
Les journaux parlent pas d'moi et c'est ça qui m'écœure.
 
J'ai volé une bagnole qu'était même pas à moi,
j'voulais aller sur la Côte, j'me suis r'trouvé sur le toit,
les quatre roues en l'air, mon père m'a engueulé
comme si c'était sa bagnole que j'y avais bousillée ;
d'ailleurs c'était la sienne, j'pouvais pas l'deviner.

J'suis le roi des casse-cou, j'suis le roi des filous.
Les journaux parlent pas d'moi, mais alors pas du tout.
 
Avec un de mes copains, on a voulu détourner
un Boeing 707, on n'en a pas trouvé.
À la Porte d'Orléans, y veulent pas s'arrêter.
On est mal désservi dans c'quartier, nom de nom !
Alors j'ai détourné la conversation.

J'suis le roi des pirates de l'air conditionné.
Les journaux parlent pas d'moi, mais ça va pas tarder.
 
Un peu plus tard, j'ai fait le hold-up du siècle.
À grand coups de burin, j'ai cassé un parcmètre.
L'aubergine intrépide qui a voulu s'y opposé,
j'ui ai dit des mots obscènes, elle s'est mise à pleurer.
Y'avait qu'trois francs cinquante dans la caisse fracturée.

J'suis le roi des casseurs j'suis le roi des braqueurs.
Vous pouvez l'constater, j'l'ai d'jà dit tout à l'heure.
 
Si j'continue à faire des chansons dans c'genre-là,
c'est pas demain la veille qu'les journaux parl'ront d'moi.
 
Ni haine, ni arme, ni violence.



[1977 ?] © 1978