Jojo le démago
(Renaud Séchan)

Attachez vos ceintures,
éteignez vos mégots,
car voici l'aventure
de Jojo le démago.

Voici l'histoire pas très banale
d'un gars qu'était fils de prolo,
qui travaillait la nuit aux Halles,
qui traînait jamais les bistrots.
L'avait d'l'allure, l'avait d'la classe,
l'avait pas l'air d'un gigolo,
il se distinguait de la masse,
l'avait l'étoffe d'un hidalgo.

C'est jojo l'démago,
l'président des gogos,
qui fascine les péqu'nots
quand il danse le tango.

Jojo avait de l'ambition,
il voulait oublier son rang,
il rêvait d'grimper les éch'lons
et d'finir un jour président.
Y d'vint l'idole de la jeunesse
car il savait se faire aimer,
surtout des gars d'Garges-les-Gonesses
qu'étaient là que pour faire rimer.
 
C'est Jojo l'démago,
l'président des gogos,
on peut voir sa photo
sur les murs du métro - cadéro !

Un jour il misa son larfeuille
sur un tocard à cent contre un,
dans la cinquième course à Auteuil,
le cheval gagna haut la main.
Jojo toucha le gros pacson,
il s'arrêta de travailler,
il se fit des tas d'relations
du côté d'la bonne société.

C'est Jojo l'démago,
qu'a trahi les prolos,
il traîne les casinos
de Nice à Monaco - caïne !

'l'harangua si bien les rombiers
d'son quartier qu'un beau jour, enfin,
les p'tits commerçants, les plombiers
l'élirent député du coin. (coin coin !)
Mais Jojo qui savait causer
fit tant et si bien son turbin
de représentant des larbins
qu'on l'élisa à l'Elysée. (O-lé !)

C'est Jojo l'démago,
l'président des gogos,
qui vous paye l'apéro
sur l'argent des impôts - pulo !
(un populo... Tan-go !)



© 1974