Le blues de la Porte d'Orléans
(Renaud Séchan)

Puisque les Basques et les Bretons,
les Alsaciens, les Occitans,
les Corses, les Chtimis, les Wallons,
y veulent tous être indépendants,
puisqu'y veulent tous l'autonomie,
qu'a priori y z'ont pas tort,
ben c'est décidé, moi aussi
j'prends ma guitare et j'crie bien fort

que je suis le séparatiste
du quatorzième arrondissement,
oui, que je suis l'autonomiste
de la Porte d'Orléans.

Le quatorzième arrondissement,
c'est mon quartier d'puis vingt-cinq berges,
c'est dans ses rues que j'passe mon temps,
dans ses bistrots que je gamberge.
Quand je m'balade au long d'ses rues,
j'peux pas oublier qu'autrefois
Vercingétorix s'est battu
tout près du métro Alésia.

Moi je suis le séparatiste
du quatorzième arrondissement.
Oui, moi je suis l'autonomiste
de la Porte d'Orléans.

Le quatorzième arrondissement
possède sa langue et sa culture,
et l'autoroute, Porte d'Orléans,
c'est le début d'la côte d'usure.
Dans le treizième, j'ai des copains
qu'ont un peu les mêmes idées qu'moi.
On va faire un programme commun,
aux élections on s'présentera,

car moi je suis l'séparatiste
du quatorzième arrondissement.
Oui, moi je suis l'autonomiste
de la Porte d'Orléans.

Bien sûr la Seine nous arrose pas,
mais ça peut toujours s'arranger,
à coups d'pétitions, pourquoi pas ?
on pourrait p't'être la détourner.
Tout ça pour dire que l'quatorzième,
c'est un quartier qu'est pas banal,
à part les flics qui sont les mêmes
que dans l'reste de la capitale.

Moi je suis le séparatiste
du quatorzième arrondissement.
Oui, moi je suis l'autonomiste
de la Porte d'Orléans.



© 1976