Portraits Révolution Permanente, le par fr.
Mis en ligne dans le kiosque le 9 mai 2016.

Renaud ne gerbe plus en écoutant La Marseillaise. Il la chante avec eux (et il vote à droite)

Fillon bientôt en campagne promo de son nouvel album ?

left Plus jamais je ne voterai socialiste !. L’ancien chanteur contestataire et libertaire n’a, selon ses dires, pas encaissé la déchéance de nationalité et la loi Travail proposées par le gouvernement Hollande. On comprend, et on approuve. Mais sa réaction, à savoir des déclarations dans plusieurs journaux, a vraiment de quoi laisser perplexe : face à la trahison totale de Hollande, Renaud annonce qu’il pense voter pour François Fillon aux prochaines élections car c’est un parfait honnête homme, un vrai républicain. À défaut d’être un poisson d’avril, ces déclarations sur l’ancien Premier Ministre de Sarkozy, libéral convaincu et autoritaire patenté, ont de quoi faire rire… ou pleurer, on ne sait plus trop. Et lui non plus, très certainement.

À la manière de la loi Travail, l’énormité de ces dernières déclarations et leur caractère radical sont comme la goutte d’eau : y en a ras-le-bol, mettons les choses au clair, au risque de froisser les fans irréductibles. Pour rappel, Renaud n’en est pas à son premier fait d’armes en termes de retournage de veste. Après avoir été dans sa jeunesse sympathisant de l’anarchisme et impliqué dans Mai 68, il renie progressivement cet engagement libertaire dans les années 80. Il soutient officiellement Mitterrand en 1981 aux présidentielles, qu’il trouve à la fois cynique et fascinant. Comme si ça ne suffisait pas, il compose une chanson en son hommage, baptisée Tonton, et déclare même lui envoyer par la poste (et gratuitement bien sûr, les privilèges du pouvoir…) chaque nouvel album qu’il sort.

Devenu pacifiste, écologiste et raisonnable, dire qu’il préfère par exemple cracher sur une nature humaine qui serait responsable de la destruction de la planète, plutôt que de dénoncer un système mortifère pour à la fois les hommes et la nature, permet assez bien de résumer la transition opérée dans les textes de ses chansons, et le virage à droite qu’il avait déjà entamé en rentrant dans le politiquement correct.

Les années 2000 marquent un nouveau virage droitier dans les prises de positions publiques de Renaud. Après avoir (évidemment) soutenu Ségolène Royal pendant les élections de 2002, il en avait surpris plus d’un, déjà, en faisant campagne pour le oui à la Constitution européenne de 2005, faisant partie du comité de soutien socialiste, avec Jack Lang en chef de file. En 2005 toujours, il avait fait campagne contre le téléchargement illégal, avant de revenir en arrière suite aux foudres de ses fans et déclarer s’être fait embobiner par Virgin, son producteur multinational (un brin naïf, le Renaud ?). Début 2016, il signait son grand retour sur la scène médiatique à l’occasion de l’anniversaire des attaques de Charlie Hebdo et avec l’annonce d’un nouvel album à venir, déclarant entre autres qu’on le retrouverait dans toutes les manifestations républicaines et laïques. Une sacrée contradiction pour celui qui chantait Votre République, moi je la tringle. Dans le contexte politique actuel, on attendait Renaud au tournant avec son premier single Toujours debout : il y dénonce les paparazzis et nous fait son bulletin santé. Déception.

Elle est où, ta gauche ?

Toujours dans ses déclarations, Renaud précise être dégoûté par la répression envers les migrants, par la remise de la Légion d’honneur à un ministre d’Arabie Saoudite, par la déchéance de nationalité et enfin la loi Travail. Franchement, Renaud, si par miracle tu lis ces lignes, qu’est-ce que tu fiches dans les manifs républicaines et laïques ? Viens donc manifester contre la loi Travail, en soutien aux migrants, contre la déchéance de nationalité. Où étais-tu durant la Cop 21, toi le grand écologiste ? On ne te voit pas, on ne t’a jamais vu.

Voter Fillon… Mais comment peut-on déclarer ça, en se disant de gauche, simplement par déception vis-à-vis du PS ? Est-il logique de préférer aller dans le désert plutôt qu’à la plage, en expliquant qu’à la plage il fait trop chaud ? Par cette déclaration, Renaud nous prouve qu’il n’a pas saisi la différence entre la gauche, l’idéologie humaniste et anticapitaliste, et ses soi-disant représentants, petite caste de politiciens représentants surtout les intérêts du patronat, à savoir ceux qui les ont aidés à se faire élire. Si Hollande a trahi la gauche, ce n’est pas que la gauche est morte. Mitterrand lui aussi l’avait fait à sa manière. En fait, ces deux-là ne font que ce pour quoi ils sont faits : être une caution de gauche pour le capitalisme, servir l’illusion qu’il est possible de le réformer et le rendre plus humain. Que ces gens-là n’incarnent en rien la gauche, et que cela se voit lorsqu’ils sont élus, ne signifie pas que la gauche n’existe pas. Pour ceux qui la cherchent encore, dans le système capitaliste, la gauche ne cherche pas à se faire élire, ni à conquérir des postes : elle est dans la rue, c’est le peuple, les travailleurs, la jeunesse, les chômeurs et tous les opprimés, prêts à tout moment à s’élever contre ce système d’exploitation. C’est uniquement en comprenant cela qu’on n’abdique pas idéologiquement face à une trahison politicienne, aussi violente soit-elle. En réalité, plus que d’une trahison, il s’agit simplement d’un mensonge de plus. Renaud ne l’a visiblement jamais compris. Et ce n’est pas son léger retour sur déclarations, affirmant qu’il ne votera à droite que si l’extrême droite est à ses côtés au second tour, et soutenant Nicolas Hulot (!), absent aux présidentielles, qui nous fera croire le contraire.

En attendant, François Fillon s’est dit très touché par le soutien affiché par Renaud, et a annoncé dans un tweet : Ce qui me touche c’est que Renaud pointe la droiture et le respect des valeurs républicaines. Exactement ce que Fillon, et tous nos dirigeants souhaitaient : Monsieur Séchan ne vomit plus en écoutant la marseillaise, il la chante avec eux.

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