Concerts : Compte-rendus et annonces Sud-Ouest, le par fr.
Mis en ligne dans le kiosque le 30 avril 2010.

Il est jeune, joli, et il chante bien

La tournée du chanteur aux cheveux jaunes a comblé la Patinoire.

C'était samedi soir, à la Patinoire, le grand retour tant attendu du fils prodigue. Ah ! il pourra se vanter de nous en avoir fait voir, en vingt-huit ans de carrière ! D'abord blouson noir de troquets, puis s'embarquant sur un fameux trois-mâts, le récits de ses bonheurs et de ses misères ne nous a jamais été épargné. Mais maintenant, le voici, vieux loulou de mer et alcoolique repentant, venir à la pêche aux compliments devant une salle comble et toute prête à le chérir... Le déballage intime prend des allures de thérapie de scène.

Le cadre qu'il s'est choisi est une petite place de village, nantie de sa mairie-école communale sur laquelle flotte un drapeau basque (!) et de son troquet, au nom de Chez Renard, allusion à son double négatif. De loin, le Perfecto, les jeans et les cheveux jaunes composent le personnage qui nous est familier. La voix aussi rappelle le Renaud pré-dépressif, mais le registre des intonations s'est encore réduit, et la fougue n'est pas au rendez-vous. Peu importe à la plupart des spectateurs : qui ne connaît les paroles de « Laisse béton » ? Comme d'habitude dans ses cas-là, quand la star est un peu fatiguée, sa simple présence suffit à la réussite du concert.

Des concepts accessibles.

Mais il faut aussi faire la part belle aux titres du nouvel album, « Boucan d'enfer ». D'abord, il a été consacré par trois Victoires de la musique et une tripotée d'apparitions médiatiques, « un peut trop peut-être », s'interroge l'artiste. Ensuite, il est consensuel : la guerre c'est pas bien, BHL est ridicule, George W. Bush est pas sympa... Rien que des concepts accessibles. Et puis, surtout, il faut consoler ce pauvre ex-grand frère tombé dans la débine, que seule la compassion sans mélange du public est capable de ramener au bonheur.

C'est l'unique thématique du spectacle, tout au long de la tournée. Tant de spontanéité et de pudeur fait venir les larmes aux yeux. Et on a envie de lui crier : « Mais non, Renaud, t'es pas vieux, moche, comme tu le dis, et non tu ne chantes pas mal ! C'est la presse qui est méchante ! »

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