Sortie de nouvel album La Voix du Nord, le par fr.
Mis en ligne dans le kiosque le 30 novembre 2009.

La voix fatiguée, Renaud chante l'Irlande, ses ouvriers, la liberté

Trois ans après « Rouge Sang », Renaud prend l’Eire et puise dans le terroir de la chanson traditionnelle irlandaise pour offrir « Molly Malone », un disque où sa voix lâche parfois, mais où il renoue avec les thèmes qu’on aime l’entendre interpréter : le monde ouvrier, l’exil, la misère, la révolte et la liberté.

Tranchons de suite le débat qui agite Internet. Oui, Renaud chante faux. Ou plutôt n'a plus de voix. Son interview mercredi soir sur Canal + a tordu les boyaux de plus d'un de ses fans. Renaud a perdu sa voix. Il n'a jamais été réputé pour son organe mais là, il lui fait de vraies infidélités. Sa voix déraille, s'échappe. Sur le disque, c'est vrai, ça choque à la première écoute, mais au moins, il a eu la sincérité de ne pas la retravailler. Et puis à force, on se console, ne comptez pas sur nous pour fumer l'idole. On se console car Renaud chante l'Irlande, son monde ouvrier, la misère, l'Ira, l'exil, l'amour de la terre et les âmes révoltées. Il est tombé amoureux de ce pays il y a bientôt une vingtaine d'années. Il y avait enregistré l'album Marchand de Cailloux avec la Ballade nord-irlandaise, l'un de ses sommets, repris dans ce disque. « J'ai voulu planter un oranger/…/Là où les arbres n'ont jamais donné/Que des grenades dégoupillées ». En 1997, sans promotion, avec sa guitare, il avait écumé les pubs. À l'entrée, sur l'affiche, on lisait : « Ce soir, un troubadour politique français manouche ». « L'une de mes plus belles tournées. » Parce que lui ne brûle pas ses amours, il rend hommage à l'Irlande et aux Irlandais. Il est allé chercher des vieilles chansons folks et traditionnelles que, pour certaines, même ses musiciens irlandais ignoraient. Il les a traduites – fait traduire –, pour certaines un peu réécrites. Molly Malone, chanson éponyme de l'album (Hymne officieux de Dublin, mais Malone est aussi le prénom du fils de Renaud), ne vend plus « des bucardes et des moules », mais « du lilas, des roses ». Et musicalement, bien sûr, l'inconditionnel des Chieftains voulait que ça sonne irlandais : flûte, violon, banjo, choeurs… L'incendie – la plus réussie – évoque ce peuple un temps migrant. Johnston Motor Car est léger comme gouailleur. Renaud chante Dublin et les Dubliners, Belfast la soufrière. Et puis il y a Mary : « Mary, marie-toi/Avec l'amour, la vie/Marie toi avec la liberté/La solitude aussi/Épouse la cause de ton rebelle, ton insoumis ». Renaud ne sait plus chanter, mais dans sa voix, ces mots auront toujours du poids. Plus en tout cas que quand il trouvait colère contre Les Bobos et L'Entarté. Peut-être, ce n'est pas un vrai album de Renaud, mais c'est une parenthèse sincère, comme Cant'el Nord, Renaud chante Brassens, ou Le P'tit Bal du samedi soir. Certains le voient même arrêter. Arrêtez. Qui a écouté un jour Renaud est devenu son rejeton. Il a grandi avec lui comme lui a grandi avec son public. La dernière fois, il avait perdu un peu sa plume, cette fois-ci beaucoup sa voix. Confiance, la prochaine fois, il aura retrouvé les deux. Renaud n'est pas perdu, il est juste un peu égaré.

« Molly Malone, balade irlandaise » EMI. 17 E.

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