Renaud offre sa tournée
A 20 h 30 pile poil, Renaud se pointe sur scène. Une place
de village un soir de balloche. Une école, une fontaine, un
platane, L'hôtel de la Nuit et un bistrot. Chez Renard. Le garçon
soigne son entrée. en sortant du troquet. La silhouette taillée
dans une portière de 2 CV, cuir et santiags, c'est bien lui.
Un brin voûté, le micro dans la main droite, la gauche,
timide, qui hésite à se cacher dans la poche. Deux heures
et demies de concert suivront. Renaud, c'est pas Pavarotti. Et
le public n'est pas venu pour applaudir des solos de guitare. Il est
là pour Renaud. Pour le verbe. A chaque chanson, quelques mots
d'intro.
Tailler un costard
« Attention mister Renard peut pointer le bout de son museau
à tout moment. D'ailleurs le revoilà », annonce
le chanteur énervé pour lancer Si t'es mon pote. tu
ne me laisse pas boire tout seul. Déluge d'applaudissements.
« J'ai souvent rendu hommage. A Coluche ou à Doisneau.
Là, ce sera pour Noël Gaudin. D'autres fois, c'était
pour tailler un costard. Là, ce sera pour un philosophe plein
d'humour. BHV, un grand bazar », lance le titi pour L'entarté.
Suit un morceau « qui résume six ans de ma vie. Ne prenez
pas exemple sur moi. Maintenant, tranquille peinard et sans Ricard
». Pochtron ! que la foule reprend en chœur. « Je m'appelle
Renaud, j'ai 28 ans. de carrière et de chansons. Mais vous
préférez les vieilles. Comme mon guitariste »
: En cloque avant La pêche à la ligne et Cœur à
prendre « en miette, en détresse, en compote, en morceaux,
en lambeaux, au fond des bottes ». Mon nain de jardin «
mais je dois être le seul à ne pas avoir vu Amélie
Poulain ». « T'as rien raté », lui lance
mon voisin. Sur le mode cow-boy arrive Laisse béton. «
Maintenant, une chanson pas très moderne que Bruel a failli
prendre pour son disque », Germaine et le public ondule du valseur.
« Y'en a un sur huit. Et sur scène, on est huit. »
Petit pédé. « Mon guitariste, il s'appelle Jean-Pierre.
Un prénom de crétin. Stirbois, Foucaud, Pernaud, Raffarin.
» Renaud est mitterrandolâtre, Baltique. « Dieu
reconnaîtra les chiens. » Un carillon Westminster résonne
dans la nuit, c'est Miss Maggie. « Femme du monde ou bien putain.
» Pour 500 connards sur la ligne de départ, « qui
vont mourir de chaud. Paris-Dakar, cette aventure colonialiste ».
Plus de 14.000 mains pour un seul claquement sec, quelques poings
qui pointent, c'est La ballade nord-irlandaise. Puis c'est au tour
de l'armée française avec Le déserteur. La machine
à remonter le temps se met en route. Hexagone. Et Manhattan-Kaboul.
It is not because you are. Bal à l'ambassade. Marche à
l'ombre. Manu. Rappel pour Mon bistrot préféré,
accoudé en terrasse. Morgane de toi pour sa fille Lola, présente
dans la salle. Marchand de cailloux. Re-rappel pour terminer sur HLM.
Ovation. Avec son frangin, Thierry Séchan, Renaud devait rejoindre
des potes rouennais pour une fiesta. Boulevard des Canadiens, la voiture
du chanteur devenu aphone s'est retrouvée bloquée par
un accident sans gravité. Comme pour les 7.000 spectateurs
qui ont certainement patienté en fredonnant
quelques refrains. De toute façon, il reviendra le 12 juin.
PHILIPPE TUAL
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