Et le reste est littérature...
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Re: Et le reste est littérature...
Il n'y a rien d'immoral à proprement parler, dans ce texte, c'est pour ça que j'ai du mal à parler de cynisme.
- Sophie du moulin
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Re: Et le reste est littérature...
Ok le mot n'est pas parfait car effectivement ce terme, dans le langage courant, renvoie à la morale, mais je crois que son sens premier, son sens philosophique est assez proche de mon idée. Bon après, je n'ai pas suffisamment de connaissances en philo pour l'affirmer. Propose un mot plus juste alors! 
J'ai parfois la vie qui me pique les yeux mais je n'envie pas ceux qui gardent les yeux secs....


Re: Et le reste est littérature...
Didier Daeninckx, voilà ça me revient le texte de lucien m'a fait penser à cet auteur... que j'aime beaucoup.
La première décision vient du coeur et l'intelligence, dont nous sommes tous dépositaire, doit faire ce que notre coeur décide.
La normalité n'est pas le summum de ce qui peut s'atteindre.
Anne-Claire Damaggio
La normalité n'est pas le summum de ce qui peut s'atteindre.
Anne-Claire Damaggio
Re: Et le reste est littérature...
Merci à tous! (putain, "Daeninckx"! N'en rajoutons pas, non plus!!
)
Ha tiens, j'en ai un autre qui devrait te plaire:
Sauf que.
Si Dieu existait, jamais il aurait inventé cette soirée. La chiasse, et plus de P.Q. Juste un regard levé vers le Ciel, et la merde au cul.
J’ai relevé mon pantalon, plein de fierté, et je suis retourné au bar, rejoindre mon âme qui veillait sur mon verre, c’était sa mission, on s’était mis d’accord elle et moi, moi les trucs genre « rien de ce qui est humain ne m’est étranger, d’ailleurs je vais faire caca », et elle « ok, je fais gaffe à ton verre ». Sauf que.
Sauf que cette nana m’a dit « t’aurais pu te raser, pour notre première rencontre ».
- Oui.
- Rien de ce qui est humain ne t’est étranger, hein !?
- Comment tu le sais ?
Voilà. C’est comme ça qu’on s’est retrouvés chez moi, grâce à mon incroyable sens de la répartie qui tue. Je pouvais pas encore deviner que je venais de commettre une grave erreur. Ca a duré un mois comme dans un rêve, on baisait souvent, on buvait de la bière et on se posait pas de questions, ni sur ce qui nous arrivait, ni sur nos passés respectifs. Elle s’appelait Sandra. Je bidouillais des trucs électros inécoutables, et Sandra lisait des bouquins. C’était bien, c’était simple et évident comme quand le jour tombe et qu’on ressent pas le besoin d’allumer la lumière.
Sauf que. Sauf que, ça va de soi, ça pouvait pas durer.
Un soir, elle est rentrée avec un mec, qu’elle m’a présenté comme son frère. Aujourd’hui encore, je ne sais pas si c’était vraiment son frère : toxico, bien barré, et d’une grande intelligence, largement au dessus. Il s’est installé avec nous, la aussi ça paraissait simple et évident, on avait des discussions interminables où personne ne faisait trop le malin ni ne cherchait à convaincre personne. Il faisait des allers retours dans la salle de bains, et on voyait ses yeux se fermer sur des trucs qu’il était seul à voir, ça avait l’air de lui plaire.
Et petit à petit, insidieusement, comme une chanson qu’on entend pour la première fois mais qu’on est persuadé d’avoir toujours connue, sa vision du monde s’est imposée à moi. C’est dans la destruction qu’on trouve le seul plaisir qui vaille la peine ; les enfants l’ont bien compris, qui abandonnent leurs jouets dès qu’ils sont maîtrisés, et qui donnent des coups de latte à leurs merdes en légo.
Ensuite j’ai tout oublié. Je crois que c’est Sandra qui a proposé cette virée. Les fils de la bagnole pour la faire démarrer, c’était facile, je m’en suis occupé, et j’ai conduit, à fond et la bouteille coincée entre les jambes, à portée de main. Je sais pas d’où ils ont sorti leurs flingues, mais ils visaient plutôt bien. Ca m’a rappelé une nouvelle de Bukowski où un type se réveille avec plein de gros boutons bleus, partout. Il prend un fusil et tire sur tout ce qui bouge, il veut embarquer le plus de monde possible dans son suicide. Puis les boutons bleus disparaissent…Sauf que là, pas de boutons bleus, pas de littérature, juste des flics hyper entraînés qui nous ont pas ratés. La voiture a dérapé, je me suis barré à pied, je pensais pas être capable de courir aussi vite aussi longtemps ; je ne me suis pas retourné, je savais qu’ils étaient morts tous les deux, je savais que c’est précisément ce qu’ils voulaient, les coups de latte dans les légos, et que ça se voit.
J’aimerais bien pouvoir tirer une conclusion de tout ça. Mais faut avouer que je cherche pas trop.
Ha tiens, j'en ai un autre qui devrait te plaire:
Sauf que.
Si Dieu existait, jamais il aurait inventé cette soirée. La chiasse, et plus de P.Q. Juste un regard levé vers le Ciel, et la merde au cul.
J’ai relevé mon pantalon, plein de fierté, et je suis retourné au bar, rejoindre mon âme qui veillait sur mon verre, c’était sa mission, on s’était mis d’accord elle et moi, moi les trucs genre « rien de ce qui est humain ne m’est étranger, d’ailleurs je vais faire caca », et elle « ok, je fais gaffe à ton verre ». Sauf que.
Sauf que cette nana m’a dit « t’aurais pu te raser, pour notre première rencontre ».
- Oui.
- Rien de ce qui est humain ne t’est étranger, hein !?
- Comment tu le sais ?
Voilà. C’est comme ça qu’on s’est retrouvés chez moi, grâce à mon incroyable sens de la répartie qui tue. Je pouvais pas encore deviner que je venais de commettre une grave erreur. Ca a duré un mois comme dans un rêve, on baisait souvent, on buvait de la bière et on se posait pas de questions, ni sur ce qui nous arrivait, ni sur nos passés respectifs. Elle s’appelait Sandra. Je bidouillais des trucs électros inécoutables, et Sandra lisait des bouquins. C’était bien, c’était simple et évident comme quand le jour tombe et qu’on ressent pas le besoin d’allumer la lumière.
Sauf que. Sauf que, ça va de soi, ça pouvait pas durer.
Un soir, elle est rentrée avec un mec, qu’elle m’a présenté comme son frère. Aujourd’hui encore, je ne sais pas si c’était vraiment son frère : toxico, bien barré, et d’une grande intelligence, largement au dessus. Il s’est installé avec nous, la aussi ça paraissait simple et évident, on avait des discussions interminables où personne ne faisait trop le malin ni ne cherchait à convaincre personne. Il faisait des allers retours dans la salle de bains, et on voyait ses yeux se fermer sur des trucs qu’il était seul à voir, ça avait l’air de lui plaire.
Et petit à petit, insidieusement, comme une chanson qu’on entend pour la première fois mais qu’on est persuadé d’avoir toujours connue, sa vision du monde s’est imposée à moi. C’est dans la destruction qu’on trouve le seul plaisir qui vaille la peine ; les enfants l’ont bien compris, qui abandonnent leurs jouets dès qu’ils sont maîtrisés, et qui donnent des coups de latte à leurs merdes en légo.
Ensuite j’ai tout oublié. Je crois que c’est Sandra qui a proposé cette virée. Les fils de la bagnole pour la faire démarrer, c’était facile, je m’en suis occupé, et j’ai conduit, à fond et la bouteille coincée entre les jambes, à portée de main. Je sais pas d’où ils ont sorti leurs flingues, mais ils visaient plutôt bien. Ca m’a rappelé une nouvelle de Bukowski où un type se réveille avec plein de gros boutons bleus, partout. Il prend un fusil et tire sur tout ce qui bouge, il veut embarquer le plus de monde possible dans son suicide. Puis les boutons bleus disparaissent…Sauf que là, pas de boutons bleus, pas de littérature, juste des flics hyper entraînés qui nous ont pas ratés. La voiture a dérapé, je me suis barré à pied, je pensais pas être capable de courir aussi vite aussi longtemps ; je ne me suis pas retourné, je savais qu’ils étaient morts tous les deux, je savais que c’est précisément ce qu’ils voulaient, les coups de latte dans les légos, et que ça se voit.
J’aimerais bien pouvoir tirer une conclusion de tout ça. Mais faut avouer que je cherche pas trop.
"La seule différence entre un fou et moi, c'est que moi, je ne suis pas fou".
Re: Et le reste est littérature...
+1Born X a écrit :Didier Daeninckx, voilà ça me revient le texte de lucien m'a fait penser à cet auteur... que j'aime beaucoup.
E kreiz an avel, atao!
- Blaise Poulossière
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Re: Et le reste est littérature...
Aborder le sujet de la défécation (tiens, t es du soir toi ?
) à un premier rendez-vous ?... 
Re: Et le reste est littérature...
Là on dirait presque plus du Despentes... mais le parallèle avec les légo j'aime bien...
La première décision vient du coeur et l'intelligence, dont nous sommes tous dépositaire, doit faire ce que notre coeur décide.
La normalité n'est pas le summum de ce qui peut s'atteindre.
Anne-Claire Damaggio
La normalité n'est pas le summum de ce qui peut s'atteindre.
Anne-Claire Damaggio
Re: Et le reste est littérature...
J'ai pas fait ça, c'est pas vrai, c'est pas possible.
Les potes m'avaient prévenu de pas y aller à ce rendez-vous. Et ils sont quand même franchement plus lucide que moi.
Ils savaient ce qui allait arriver. Faut dire c'est eux qui m'ont ramassé à la petit cuillère la dernière fois, c'est eux qui ont voulu me remonter le moral, c'est eux qui sont venu me chercher au comico quand je retournait les bars ou que je foutait des bourre pifs un peu trop souvent, c'est eux qui ont voulu me présenter des copines avec qui ça avait jamais duré bien longtemps mais y m'en voulaient pas non plus.
J'ai eu beau leur dire que c'était y'a 10 ans, que y avait prescription que j'étais plus le même et qu'elle non plus, que tout ça c'était juste pour lui dire à quel point elle m'avait détruit, y m'ont quand même dit que c'était pas une bonne idée.
Et ça a pas loupé, j'ai pas articulé 2 mots que je replongeait comme un con.
Rien que de la voir c'était foutu je savait que j'allais y retourner, que j'allais la suivre et m'attacher à elle...encore.
On a pas parler de ce que j'ai vécu...là dessus j'ai menti. Enfin je lui ai pas tout dit quoi.
De toute façon son coup de fil à la base je pouvait pas dire non... même dire que j'allais enfin mettre les choses aux clair avec elle je savait que c'était un mensonge pour me rassurer.
Je voulait juste la revoir pour savoir si... et oui c'est repartit.
En avant le petit train de la bleuette à deux balles, les voyages dans des endroits que j'aime pas, les soirées avec des gens qui m'agacent à devoir me taire, les concerts de groupes minables, les films chiants faits par des mecs à l'égo aussi énorme que mon amour envers elle... je repart pour un tour.
Putain je le sait mais j'y peut rien... je vais même devoir me refaire les repas avec ses parents qui me regardent de haut et que je parle pas pour éviter de dire une boulette.
A coup sur dans 6 mois je lâche mon appart pour en prendre un sur le même palier qu'elle.
Je sait pas qui a dit que c'est bon de rajeunir mais là revenir 14 ans en arrière c'est pas une bonne idée.
Mais je vais quand même le faire parce que je suis trop con d'amour.
Et je le sait.
Et le pire c'est qu'elle le sait aussi.
Les potes le savent aussi... là y doivent commencer à prévenir les bars du quartier pour quand ce sera fini.
putain je suis trop con, je sent que je vais me faire chier, que je vais m'énerver en silence, que je vais déprimer.
Alors pourquoi je sourit bordel?
Les potes m'avaient prévenu de pas y aller à ce rendez-vous. Et ils sont quand même franchement plus lucide que moi.
Ils savaient ce qui allait arriver. Faut dire c'est eux qui m'ont ramassé à la petit cuillère la dernière fois, c'est eux qui ont voulu me remonter le moral, c'est eux qui sont venu me chercher au comico quand je retournait les bars ou que je foutait des bourre pifs un peu trop souvent, c'est eux qui ont voulu me présenter des copines avec qui ça avait jamais duré bien longtemps mais y m'en voulaient pas non plus.
J'ai eu beau leur dire que c'était y'a 10 ans, que y avait prescription que j'étais plus le même et qu'elle non plus, que tout ça c'était juste pour lui dire à quel point elle m'avait détruit, y m'ont quand même dit que c'était pas une bonne idée.
Et ça a pas loupé, j'ai pas articulé 2 mots que je replongeait comme un con.
Rien que de la voir c'était foutu je savait que j'allais y retourner, que j'allais la suivre et m'attacher à elle...encore.
On a pas parler de ce que j'ai vécu...là dessus j'ai menti. Enfin je lui ai pas tout dit quoi.
De toute façon son coup de fil à la base je pouvait pas dire non... même dire que j'allais enfin mettre les choses aux clair avec elle je savait que c'était un mensonge pour me rassurer.
Je voulait juste la revoir pour savoir si... et oui c'est repartit.
En avant le petit train de la bleuette à deux balles, les voyages dans des endroits que j'aime pas, les soirées avec des gens qui m'agacent à devoir me taire, les concerts de groupes minables, les films chiants faits par des mecs à l'égo aussi énorme que mon amour envers elle... je repart pour un tour.
Putain je le sait mais j'y peut rien... je vais même devoir me refaire les repas avec ses parents qui me regardent de haut et que je parle pas pour éviter de dire une boulette.
A coup sur dans 6 mois je lâche mon appart pour en prendre un sur le même palier qu'elle.
Je sait pas qui a dit que c'est bon de rajeunir mais là revenir 14 ans en arrière c'est pas une bonne idée.
Mais je vais quand même le faire parce que je suis trop con d'amour.
Et je le sait.
Et le pire c'est qu'elle le sait aussi.
Les potes le savent aussi... là y doivent commencer à prévenir les bars du quartier pour quand ce sera fini.
putain je suis trop con, je sent que je vais me faire chier, que je vais m'énerver en silence, que je vais déprimer.
Alors pourquoi je sourit bordel?
La première décision vient du coeur et l'intelligence, dont nous sommes tous dépositaire, doit faire ce que notre coeur décide.
La normalité n'est pas le summum de ce qui peut s'atteindre.
Anne-Claire Damaggio
La normalité n'est pas le summum de ce qui peut s'atteindre.
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- Sophie du moulin
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Re: Et le reste est littérature...
J'avoue j'ai bien ri et j'ai cru que ça allait être comique ou que c'était co-écrit avec YannBlaise Poulossière a écrit :Aborder le sujet de la défécation (tiens, t es du soir toi ?) à un premier rendez-vous ?...
Moi j'ai jamais eu de légo, c'est grave ?
J'ai parfois la vie qui me pique les yeux mais je n'envie pas ceux qui gardent les yeux secs....


- Sophie du moulin
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- Localisation : oise
Re: Et le reste est littérature...
J'aime bien ton texte Born. Pourtant c'est très éloigné de moi, mais bizarrement, j'arrive bien à me projeter dans le personnage. 
J'ai parfois la vie qui me pique les yeux mais je n'envie pas ceux qui gardent les yeux secs....


Re: Et le reste est littérature...
Ça me rappelle "les hommes que j'aime", de la Rue Ketanou.
C'est chouette.
C'est chouette.
Re: Et le reste est littérature...
On sent l'inéluctabilité et le mystère, le destin et l'amour qui tache... Cool. Et merci, born.
J’adore quand c'est écrit à la manière "parlé". Ça donne une impression de facilité, mais c'est pas simple à maitriser! (manière discrète de me complimenter moi aussi...
)
J’adore quand c'est écrit à la manière "parlé". Ça donne une impression de facilité, mais c'est pas simple à maitriser! (manière discrète de me complimenter moi aussi...
"La seule différence entre un fou et moi, c'est que moi, je ne suis pas fou".
Re: Et le reste est littérature...
Ah, d'ailleurs je préfère ton tout dernier texte, Lucien (non pas que l'autre était nul).
Je l'aime bien parce que je le trouve entre rêve et réalité.
Si ça se trouve t'es toujours sur les chiottes.
Je l'aime bien parce que je le trouve entre rêve et réalité.
Si ça se trouve t'es toujours sur les chiottes.
Re: Et le reste est littérature...
Je me suis pas relevé...
"La seule différence entre un fou et moi, c'est que moi, je ne suis pas fou".