CHAPITRE 3 : L’EXPÉRIENCE ESTHÉTIQUE

            Lorsque la perception du récepteur est intégrée à celle des autres individus d’une même communauté culturelle, elle participe à créer un contexte social producteur ou récepteur de l’ensemble des discours sociaux. Entre le contexte de réception ainsi défini et celui de production d’une œuvre artistique, il arrive qu’un écart plus ou moins important apparaisse. Il en est ainsi pour les chansons de Renaud reçues au Québec. Puisqu’elles appartiennent au contexte de production français, autant par leur fond que par leur forme, elles sont parfois éloignées de la réalité quotidienne des Québécois. Ceci n’empêche pourtant pas la popularité de cet auteur-compositeur-interprète d’être indéniable de ce côté de l’Atlantique.

            L’expérience esthétique du public québécois de Renaud constitue probablement cet élément qui permet, sinon d’abolir l’écart dont il est question, d’expliquer les particularités du clivage socio-culturel[1], et l’intérêt suscité par le « chanteur-énervant ». Dans L’art à l’état vif, R. Shusterman développe une recherche pertinente sur la pragmatique, et plus précisément sur l’expérience esthétique. Même s’il manque une finalité à sa théorie, parce que le philosophe ne propose pas de modèle d’organisation de l’expérience ni de la définition des goûts personnels, cette recherche peut servir de point de départ à l’analyse de la réception québécoise de l’œuvre de Renaud, tout comme les travaux d’U. Eco et de P. Bourdieu qui proposent que l’expérience esthétique soit définie dans un contexte social précis.

            C’est en élargissant la pensée de C. S. Peirce selon laquelle le signe est le fruit d’une dynamique où se trouvent l’objet, le représentamen et l’interprétant[2] que l’expérience esthétique sera ici observée. Cet interprétant peut être personnel mais aussi socio-culturel, c’est-à-dire qu’il appartient à une société conditionnée par un horizon d’attente. A partir de cette idée, il est possible de supposer qu’à son tour l’expérience esthétique puisse être individuelle et collective, que ce soit par rapport aux thèmes abordés et aux formes employées.

            Puisque les chansons de Renaud rejoignent les récepteurs québécois par certains aspects et s’en éloignent par d’autres, qu’il s’agisse de la réception des thèmes ou de la forme des chansons, l’expérience esthétique des récepteurs possède nécessairement quelques paramètres qu’il est possible de dégager. Pour mener à terme cette analyse, en tenant compte de la portée socio-culturelle individuelle des récepteurs, il est apparu souhaitable de réaliser une enquête concernant l’intérêt pour Renaud d’une douzaine de personnes, toutes québécoises. Ils sont 9 hommes et 3 femmes, âgés de 18 à 40 ans, qui possèdent au moins un certificat collégial. L’étude de ce petit sondage-maison vise à confronter, dans une certaine mesure, l’analyse théorique[3] à la vision plus pratique du public-récepteur. Il faut cependant préciser que ce sondage n’a aucune valeur statistique : les répondants ont à peu près tous le même âge, le même degré de scolarité, et ils connaissent généralement mieux que la moyenne du public – même français – l’œuvre, la carrière et la vie de Renaud. Ils ont été choisis en fonction de deux seuls critères : ils devaient vivre au Québec et leurs réponses devaient laisser supposer que leur expérience esthétique était authentique. De son côté, le dossier de presse servira à définir les caractéristiques de l’expérience esthétique collective des récepteurs québécois.

 

L’expérience esthétique : la pensée de Shusterman

            Avant d’entreprendre l’analyse de l’expérience esthétique des récepteurs québécois, il apparaît important de préciser la pensée pragmatique de Shusterman.  Inspiré de John Dewey, Shusterman croit que l’art est toujours le produit d’une interaction entre un individu (mais pas seulement le sujet mental) et son environnement. Dans cette perspective, l’essence et la valeur de l’art ne résident pas dans les objets ou dans l’intention du producteur[4]. Elles dépendent plutôt de la dynamique et du développement d’une expérience active à travers laquelle les objets d’art sont perçus et recréés.  Ceci revient à dire que l’art se définit en fonction de l’expérience qu’en font les producteurs et récepteurs plutôt qu’en fonction de l’intention du producteur ou de certaines classifications[5] que propose l’institutionnalisation de l’art.

            Si Shusterman se fait plutôt discret sur les caractéristiques de l’expérience, bien que cet élément constitue le point d’orgue de la théorie pragmatiste, c’est que, pour lui, c’est une erreur de tenter de définir l’esthétique en isolant tel ou tel trait de l’expérience totale d’un récepteur. Il est  préférable d’observer l’expérience esthétique totale et authentique. Pour Dewey et pour Shusterman, cette expérience esthétique existe lorsque les éléments et les qualités d’une expérience quelconque sont élevés au-dessus du seuil normal de perception. Ce seuil normal de perception est également peu défini si ce n’est que, comme toutes les expériences positives, « un des traits de l’expérience esthétique authentique est qu’en procurant du plaisir elle accroît le désir d’en éprouver encore plus[6] ».

            Il est clair que Dewey, l’inspirateur de Shusterman, souhaite retrouver une continuité entre l’expérience esthétique et les processus normaux de la vie. Si l’art sortait des musées pour s’intégrer parfaitement à la vie quotidienne, l’expérience qu’en tireraient les gens l’élèverait au rang de stimulant, de modèle et même de guide. L’expérience esthétique de l’humanité toute entière en serait bouleversée.

            Si, selon cette conception, on ajoute aux arts de musée tous les domaines de l’art qui n’en font pas aujourd’hui partie, l’expérience esthétique découlerait à la fois d’une attitude réceptive et d’une action productive. Elle est précisément l’interaction du produit artistique avec l’individu et comprend donc les expériences intellectuelle, sommative, émotionnelle et même physique. Dans cette perspective, le contexte de réception est extrêmement important puisque l’expérience varie pour la même personne selon les moments, dans la mesure où elle apporte quelque chose de différent. Ces considérations amènent Shusterman à la conclusion que l’art et l’esthétique ne peuvent être compris que si l’on apprécie pleinement leur portée historique et socio-culturelle.

 

L’expérience décortiquée : le point de vue d’Eco

            Contrairement à Shusterman, qui refuse de séparer les moments de l’expérience esthétique, Eco propose un cadre précis pour analyser ces comportements. S’inspirant de Charles Lalo, il développe les cinq fonctions possibles de l’art. Ces fonctions correspondent aux réponses possibles qu’un récepteur pourrait donner pour exprimer ce qu’il éprouve – c’est-à-dire son expérience – en écoutant une chanson, ou au contact de toute autre œuvre artistique. Ces fonctions de l’art sont précisément celles de diversion, d’idéalisation, de renforcement, cathartique et technique. La fonction de diversion présente l’art comme un stimulus de distraction, alors que la fonction technique décrit l’art comme une proposition de situation technico-formelle. Les trois autres fonctions d’adressent plus particulièrement aux sentiments des récepteurs. La fonction cathartique montre que l’art sollicite ou libère les émotions tandis que la fonction d’idéalisation suggère plutôt que l’art est un moyen de sublimation des sentiments. Enfin, la fonction de renforcement ou de redoublement révèle que l’art intensifie les émotions.

            Selon l’enquête concernant l’expérience esthétique des récepteurs québécois de l’œuvre de Renaud, la fonction de l’art qui est le plus sollicitée par les admirateurs québécois de Renaud est celle de diversion. Ses chansons sont synonymes de détente, de pause, de distraction, et parfois même de jeu. Son sens de l’humour et l’ironie presque toujours présents, autant dans ses textes que dans son interprétation ou sa musique, font que les chansons de Renaud sont distrayantes et ce, malgré le caractère engagé de ses textes. La langue ou les thématiques qu’il utilise restent accessibles à l’auditeur québécois qui arrive à goûter les jeux de mots ou les référents culturels, pourtant parfois éloignés de sa réalité quotidienne.

            Chez les personnes interrogées, la fonction de redoublement ou de renforcement, qui intensifie les émotions, suit d’assez près la fonction de divertissement. Selon cette perception de l’art, la chanson fournit l’occasion de mettre en lumière les problèmes de la vie quotidienne pour se réconforter ou même pour tenter de les exorciser. Ceci prouve que, malgré quelques thématiques proprement françaises, Renaud en développe certaines d’une manière universelle comme c’est le cas pour les tracas du cœur. Les auditeurs québécois arrivent en effet à s’identifier à des chansons sentimentales comme « La pêche à la ligne ».

            La fonction technique qui permet l’exercice d’une critique esthétique, par exemple de goûter un nouveau phrasé musical, un rythme ou un timbre différent, arrive en troisième place lorsqu’on demande aux Québécois de qualifier leur expérience esthétique. Ils considèrent le plus souvent que Renaud possède des aptitudes musicales qui dépassent ses seules qualités de compositeur ou d’arrangeur : «  [il a] une grande humilité face à ses talents musicaux ». Ils apprécient, de ce fait, la sonorité de ses chansons qui restent techniquement aussi fortes que dans le temps : « Sans avoir l’éclat de Mistral gagnant, Marchand de Cailloux nous rassure sur Renaud, sur sa volonté de rester tel qu’il est. Il le fait bien. Mais ce sera difficile de patienter encore trois ans avant le prochain disque[7] ».

            Certaines personnes, ayant répondu à cette enquête, utilisent les chansons de Renaud comme un remède aux passions. Il s’agit de la fonction cathartique qui sollicite, libère ou relâche les tensions ou les émotions. Cette conception de l’art est absolument primordiale chez les gens qui, « faisant preuve d’équilibre intellectuel dans la vie de tous les jours, affirment trouver dans les pratiques de ce genre (convenablement dosées) des occasions de détente que personne ne peut convenablement contester[8] ». Même si, dans nos sociétés occidentales, le sport répond le plus souvent  de cette fonction, il arrive que l’art populaire joue ce rôle. Ainsi, des chansons de Renaud, comme « C’est mon dernier bal », provoquent de fortes sensations physiques et invitent les auditeurs à délier leurs muscles en dansant. Ceci permet une très grande détente mentale.

            Les auditeurs québécois de Renaud se sentent moins concernés par la fonction d’idéalisation que par les autres fonctions possibles de l’art d’Eco. Ceci n’empêche pas cependant pas deux Québécois sur trois de considérer au moins un peu les chansons de Renaud comme un moyen de sublimer leurs sentiments et leurs problèmes ou d’obtenir un degré d’évasion supérieur en idéalisant certains grands thèmes amoureux ou passionnels. Il est étonnant de constater qu’entre la fonction la plus sollicitée et celle qui l’est le moins, l’écart apparaît presque négligeable. Ainsi, même si certaines fonctions possibles de l’art semblent un peu plus présentes que les autres, elles se retrouvent toutes dans l’observation de l’expérience esthétique des récepteurs québécois. Il y a là une raison de croire que cette expérience possède une authenticité certaine.

            Évidemment, cette manière d’observer l’expérience esthétique s’éloigne considérablement de la théorie que prône Shusterman. Que l’art soit parfaitement intégré à la vie exclut qu’on le manipule ou qu’on le décortique pour lui imposer des normes instrumentales. Dewey, plus sévère que Shusterman, considère que la seule manière valable d’analyser l’art est de la considérer  lorsqu’il est en relation avec ses récepteurs et d’observer l’expérience entière qui en découle. Ainsi, une « philosophie de l’art est stérile si elle ne nous  rend pas sensible de la fonction de l’art en relation avec les autres modes de l’expérience[9] ». Ceci revient à dire que la valeur de l’art réside dans la dynamique et le développement de l’expérience active, en plus des objets d’art eux-mêmes. C’est dans cette relation que se construisent et se perçoivent à la fois l’art et l’expérience que l’on peut en faire.

            Un point de vue purement pragmatique – la manière la plus probante d’analyser la réception des chansons de Renaud au Québec – éclaire l’expérience esthétique sans la décortiquer, comme le ferait par exemple Eco. Il convient alors de l’analyser dans son entité, comme une expérience totale qui comprend les réponses intellectuelles, physiques, émotionnelles et somatiques que donne un récepteur d’une œuvre artistique. Mais avant d’analyser l’expérience esthétique dans sa globalité, il est souhaitable de la considérer d’après les paramètres établis par Shusterman. Il sera ainsi possible de voir si les chansons de Renaud sont intégrées à la vie quotidienne de ses récepteurs québécois et jusqu’à quel point le plaisir de les écouter provoque le besoin de les écouter encore plus.

 

L’artiste et la vie quotidienne de son public

            Comme la chanson est d’abord une expérience somatique qui s’adresse au corps avant d’atteindre l’esprit, l’impression générale que suscite un artiste peut être garante de l’échec ou du succès esthétique qui s’ensuit. Très souvent, par exemple, les admirateurs de Renaud l’apprécient pour sa personnalité et son caractère avant de rétablir leurs mécanismes cognitifs et de considérer ses chansons. Dans cet ordre d’idée, Pierre Bourdieu précise que « l’idée que nous nous faisons d’un artiste dépend des œuvres qu’on lui attribue et que nous le voulions ou non, cette idée globale que nous nous faisons de lui teinte notre regard sur chacune de ses œuvres[10] ». Renaud séduit visuellement et auditivement ses récepteurs québécois avant de les atteindre intellectuellement puisque la majorité des personnes qui ont répondu à l’enquête disent apprécier son apparence. Elles aiment l’image qu’il projette : « elle est originale et souvent renouvelée[11] » et vont même parfois jusqu’à s’y identifier : « Je n’ai aucun problème avec sa barbe mal rasée, d’ailleurs je suis moi-même allergique au rasoir », affirme l’un des répondants. De plus, son physique possède l’avantage d’être garant de son intériorité : « Son attitude physique me plaît : il est bien planté dans le sol, en possession de ses moyens. Il est authentique ».

            Les caractéristiques physiques de l’artiste ne sont pas le seul facteur à influencer la réception. Son comportement et sa personnalité teintent également la perception que les récepteurs auront de son œuvre. Renaud marque un point dans ce domaine puisque ses auditeurs québécois apprécient beaucoup sa nature et son tempérament : « Enfant chéri des Québécois, le Renaud, depuis sa première visite en 84[12] ». Dans l’enquête, la quasi-totalité des répondants affirment qu’il a du charisme. Sa nature timide et réservée, sa naïveté et son humilité lui donnent du charme : « J’en déduis que Renaud est un grand naïf, un grand angoissé qui n’a pas fini d’en arracher et que c’est sa façon à lui de négocier avec ce putain de métier[13] ». De plus, son sourire, sa gentillesse et son « côté franchement amical à mettre facilement les gens en confiance » le rendent populaire. Mais au-dessus de tout, « il donne l’impression d’être en accord avec lui-même, et les gens « vrais » ont toujours du charisme ». la sincérité est en effet une valeur très importante pour les Québécois, qu’il s’agisse des thèmes ou de la personnalité de l’artiste.

            Si les répondants ne sont pas tous d’accord pour dire que Renaud influence par sa personnalité, ils s’entendent pour déclarer qu’il leur est sympathique : « il donne l’impression, malgré son succès, d’être continuellement en période de doute face à lui-même. Ça le rend plus « humain » ». Sa simplicité, qu’il a conservée, fait qu’il reste près des gens, qu’ « on a le goût de lui piquer une bonne jasette ». Il est intègre ce qui le rend égal à lui-même, et ce, par rapport à tout ce qu’il aborde : « Je ne sais pas ce que le public veut entendre, je sais cependant ce que je veux dire[14] ». Son public apprécie particulièrement que Renaud continue de croire « qu’il peut changer des choses dans le monde par ses chansons ».

            Individuellement, les récepteurs québécois de Renaud considèrent qu’il a conservé, depuis qu’ils le connaissent, son style vestimentaire et musical, ses opinions politiques, sociales et culturelles et que ses valeurs sont restées inchangées. La fidélité à des idéaux étant une valeur extrêmement importante pour les Québécois, ils voient dans la constance de Renaud une raison de plus de l’estimer : « Depuis sept ans, Renaud a été constant et fidèle au public québécois. Ce pays lui a tellement plu qu’il s’y est acheté une maison qui lui coûte, assure-t-il, une fortune d’entretien[15] ».

            Renaud est resté fidèle à lui-même, à ses thèmes et à sa vision du monde mais n’a pas pour autant sombré dans l’immobilisme. Au contraire, son évolution est constante mais cohérente « parce qu’elle s’est faite naturellement, sans changements brusques ». il a conservé son essence profonde « parfois en s’adaptant superficiellement : il ne s’habille plus pareil mais toujours comme un rebelle ». Cette rébellion qui habite Renaud le rapproche du Québec où son public le perçoit comme tel :

Renaud sait encore qu’au Québec, il n’est pas « rentable », malgré l’ampleur de son succès. « Je ne prends pas de cachet quand je chante à Montréal. Je ne viens pas pour faire du fric, dit-il. Au fait, je paierais pour chanter chez vous »… Pour lui, le Québec demeure un peu sa wild card ; sa façon de rester l’éternel gringalet du temps de Société, tu m’auras pas …[16] .

            C’est l’intégrité de Renaud qui lui confère peut-être cette éternelle actualité. A la question « a-t-il encore quelque chose à dire ? », la quasi-totalité des gens interrogés ont déclaré que oui, qu’il avait toujours une vision artistique du monde à transmettre à son public. Son public sait qu’il est grandement responsable de l’inspiration de Renaud. En effet, celui-ci affirme que c’est en écoutant les gens lui parler qu’il puise souvent la force de continuer à écrire : « Tant qu’il y en a qui me diront : « N’arrête pas », je continuerai[17] »

            Que les récepteurs québécois de Renaud intègrent sa musique à leur vie ne fait aucun doute. Presque toutes les personnes interrogées déclarent suivre de près son évolution musicale depuis qu’il a amorcé sa carrière au Québec en 1983. comme ils consacrent beaucoup de temps à l’écouter chanter – environ une fois par semaine en étant assez attentifs – et que plus de la moitié d’entre eux se déclarent inconditionnels de Renaud à différents degrés, ils connaissent généralement très bien son œuvre.

            Les Québécois qui aiment Renaud fournissent des efforts remarquables pour bien le connaître, et ce au-delà des limites des albums disponibles, puisque, chose étonnante, la moitié des répondants connaissent Amoureux de Paname, le premier disque, sorti en 1975 et toujours introuvable au Québec, à ce jour. Il est d’ailleurs pertinent de souligner que près de la moitié des personnes interrogées possèdent au moins une douzaine d’albums, « Incidemment, les Québécois ont acheté depuis l’automne 84 plus de 20 000 exemplaires de ce microsillon [Mistral gagnant], ce qui constitue un chiffre fort important pour un artiste français ici[18] ». On peut supposer que l’intérêt que portent les fans de Renaud à leur idole les dispose à collectionner son œuvre complète. Ils ne se satisfont pas d’une écoute sommaire qui se limite à la radio ou aux moyens promotionnels. Au contraire, ils veulent posséder le pouvoir d’écouter Renaud quand ils le veulent. S’ils investissent beaucoup d’argent dans l’achat des produits artistiques, les répondants considèrent aussi qu’il est important de payer pour le voir chanter. Ainsi, les trois quarts d’entre eux l’ont vu au moins une fois et ceux qui n’ont jamais assisté à ses concerts souhaitent pouvoir le faire un jour : « Je ne l’ai jamais vu en spectacle. Paraît-il qu’il est très bon ». Les spectacles de Renaud, au Québec, sont très courus et les spectateurs qui y assistent sont parfois considérés comme chanceux : « Marchand de Cailloux est fidèle aux sonorités un peu celtiques entendues par les quelques privilégiés du dernier festival d’été de Québec [en 1991] [19] »

            Les récepteurs québécois de Renaud connaissent bien son œuvre puisqu’ils l’ont intégrée à leur vie et sont en mesure d’identifier les forces et les faiblesses des chansons. Beaucoup de Québécois préfèrent l’album Morgane de toi, un peu fétiche puisqu’il marque l’arrivée du « chanteur énervant ».Dans ces dix chansons, l’auteur « exploite des valeurs contemporaines », renouvelle son inspiration et fait un bon partage entre les chansons d’humour et les chansons à texte plus sérieuses. Le compositeur qu’est Renaud crée des musiques variées, soutenues par des orchestrations de qualité, tandis que l’interprète laisse tomber son armure et maîtrise mieux sa voix.

            Putain de Camion, qui date de 1988, est généralement pointé du doigt lorsqu’il s’agit de nommer le moins bon album du parcours de Renaud. Les Québécois connaissent mieux cet album que les Français puisque Renaud avait, au moment de sa sortie, décidé de n’en faire la promotion qu’au Québec : « [il] ne faisai[t] de la promotion qu’au Québec pour Putain de Camion, parce qu’en France, [il] avai[t] décidé de boycotter tous les médias[20] ». Les auditeurs québécois sont en mesure de faire une comparaison et d’observer qu’au moment de la conception de Putain de Camion « il était peut-être fatigué, on dirait qu’il se copie lui-même ». Ses « textes sont souvent pauvres », il y a trop de place accordée aux claviers électroniques et le tout manque d’unité musicale. Les arrangements sont trop commerciaux et certaines chansons pas assez achevées. Cet échec déçoit les amateurs de Renaud qui comptaient sur ce disque pour enrichir leur collection : « pour un album qui fut longtemps attendu, voire espéré, il n’y a pas beaucoup de profondeur ».

            L’étude des comportements des auditeurs prouve que les chansons de Renaud sont parfaitement intégrées à leur vie quotidienne et que la satisfaction qu’ils en retirent crée constamment un besoin plus grand d’écouter les albums. L’expérience esthétique qui en découle est donc très probablement authentique puisque l’authenticité de l’écoute s’entend aussi comme un élément d’enrichissement aux autres expériences de la vie. Mais pour comprendre encore mieux l’expérience esthétique, il faut l’observer en fonction de l’objet lui-même, à savoir les chansons de Renaud d’après leur contenu et leur forme.

 

L’expérience par rapport aux thèmes

            La quasi-totalité des personnes interrogées sont très satisfaites ou assez satisfaites intellectuellement des textes de Renaud. Par ses thèmes, Renaud arrive à satisfaire pleinement ses auditeurs québécois et à leur procurer une expérience esthétique authentique et enrichissante qui produit des effets bénéfiques dans les autres domaines de leur vie, comme l’a démontrée l’analyse des cinq fonctions de la communication de Eco. Il convient alors d’observer quels sont les thèmes développés qui concernent plus particulièrement les récepteurs québécois et qui forment donc une partie de leur expérience esthétique.

 

Thèmes contestataires

            Les amateurs québécois transforment parfois un peu les thématiques qu’énonce Renaud par leur regard pour les adapter à leur réalité. Il en est ainsi de l’anti-bourgeoisie ou de l’anti-militarisme qui prend une couleur différente selon qu’on se trouve au Québec ou en France. Par contre, d’autres sujets ne peuvent être modifiés. Ainsi, lorsque dans ses albums, surtout les premiers, Renaud chante la ville de Paris, les récepteurs québécois ne peuvent déformer le lieu pour y voir une allégorie de Québec. Ceci n’empêche cependant pas une proportion importante de personnes interrogées de voir dans la manière qu’a Renaud d’aborder l’urbanité dans son contexte général un thème qui les rejoint dans leur vie quotidienne.

 

La contestation des classes sociales

            Renaud critique la société dans son ensemble mais aussi dans ses particularités. La bourgeoisie par exemple est une classe sociale qu’il méprise au plus haut point comme il l’affirme dans « Camarde bourgeois » :

                    camarade fils à papa, je sais,
                    ton père est patron
                    faut pas en faire un complexe
                    le jour d’la révolution,
                    on lui coupera qu’la tête

            L’anti-bourgeoisie que développe Renaud est un thème qui touche une proportion importante de ses auditeurs québécois et, chose étonnante, encore plus que la simple contestation des classes sociales. Pourtant, même si les classes sociales sont moins marquées ici qu’en France, elles existent et les confrontations qu’elles provoquent sont inévitables. Cependant, la bourgeoisie telle qu’elle est vue et décrite par Renaud est un phénomène assez rare au Québec. Les Québécois ayant répondu à l’enquête pensent peut-être que c’est la classe bourgeoise qui provoque une partie importante des problèmes sociaux.

 

La contestation de l’ordre social

            En tête de liste des thèmes abordés par Renaud qui touchent les auditeurs québécois, apparaît la critique sociale. C’est en effet le thème majeur de l’œuvre de Renaud et de nombreuses chansons dont « Fatigué » y sont consacrées, montrant à quel point l’auteur juge sévèrement les institutions sociales :

                    Fatigué d’habiter sur la planète Terre (…)
                    berceau de la bêtise et royaume du mal
                    où la plus évoluée parmi les créatures
                    A inventé la haine, le racisme et la guerre
                    et le pouvoir maudit qui corrompt les plus purs
                    et amène le sage à cracher sur son frère

            Les rapports sociaux, même s’ils sont sur certains points différents d’un continent à l’autre, occasionnent toujours des frictions, des injustices ou des inégalités. Ce sujet touche autant l’émetteur français que les récepteurs québécois et c’est pourquoi la totalité des personnes interrogées se sont dites proches de ce thème, développé dans bon nombre de chansons de Renaud.

            Qu’on se trouve d’un côté de l’Atlantique ou de l’autre, il apparaît toujours que la violence fait rage où l’on n’est pas. Renaud contourne ce préjugé dans un grand nombre de chansons pour montrer la violence qui règne chez lui, dans son quartier. Cette sincérité dans la manière d’aborder la violence touche ses récepteurs québécois qui se sentent plus proches du phénomène qu’il décrit. La violence n’est pas pire ailleurs que chez soi. Renaud la présentant comme une tare universelle et éternelle, les Québécois comprennent parfaitement les misères du jeune délinquant arabe de « Deuxième génération » ou l’assassinat, par la brigade anti-gang, du voleur dans « Les charognards ».

            Les criminels ne possèdent pas le monopole de la violence et de la misère qui en découle. L’armée arrive également à faire beaucoup de tort. Avec des chansons comme « Déserteur », Renaud critique les militaires et leurs engagements :

                    Pi surtout c’qui m’déplaît
                    C’est que j’aime pas la guerre
                    Et qui c’est qui la fait
                    Ben, c’est les militaires (…)
                    Je n’suis qu’un militant
                    Du parti des oiseaux
                    Des baleines, des enfants
                    De la terre et de l’eau

            Il déteste d’autant plus l’institution qu’en France le service militaire est imposé à tous les hommes. Qu Québec, au contraire, l’armée n’est pas très visible puisque l’enrôlement n’est pas obligatoire. Pourtant, les personnes qui ont répondu à l’enquête ont affirmé, dans une très large proportion, se sentir concernées par l’anti-militarisme que prône renaud. Leurs motifs sont forcément plus idéologiques que profondément ancrés. Les Français s’insurgent contre la milice parce qu’ils sont tenus d’y sacrifier près d’un an de leur vie tandis que les Québécois, avec du recul, en considérant les malheurs que provoque la guerre, en arrivent à souhaiter une démilitarisation complète. Il s’agit bien sûr de manières différentes d’aborder un même thème, mais elles puisent leur source dans les chansons de Renaud.

            Selon Renaud, la commercialisation de l’art est une autre tare qui s’attaque à toutes les sociétés occidentales. Dans « Allongés sous les vagues », Renaud s’indigne :

                    Qu’est-ce qu’y faut pas chanter
                    Comme conneries affligeantes
                    Pour espérer entrer
                    Un jour au top cinquante

            Les récepteurs québécois de Renaud sont portés à penser comme lui puisque les trois quarts d’entre eux se sont sentis personnellement concernés par cette thématique et n’ont d’ailleurs pas hésité à critiquer Renaud lorsque celui-ci s’est laissé aller à la facilité en commercialisant un peu trop sa musique.

Thèmes paisibles

            Les auditeurs québécois de Renaud ne se sentent pas concernés que par ses thématiques contestataires. Au contraire, ils se sentent proches de ses thématiques paisibles comme l’admiration vouée aux femmes. L’admiration que Renaud leur porte devient parfois une pure glorification comme c’est le cas dans « Miss Maggie » :

                    Femmes du monde ou bien putains
                    qui, bien souvent, êtes les mêmes
                    Femmes normales, stars ou boudins
                    femelles en tout genre, je vous aime
                    Même à la dernière des connes
                    je veux dédier ces quelques vers
                    issus de mon dégoût des hommes
                    et de leur morale guerrière

Les Québécois interrogés considèrent aussi qu’il est bon que Renaud s’attarde sur les qualités des femmes. Même si l’égalité des sexes est un modèle social plus respecté en Amérique qu’en France, les répondants jugent qu’il reste peut-être du chemin à faire et qu’encenser un sexe en quête de ses droits ne peut qu’être bénéfique à l’ensemble de l’humanité. L’humour qu’utilise Renaud pour véhiculer ce message, qui pourrait être acerbe, plaît à ses auditeurs québécois.

L’humour de Renaud est d’ailleurs un élément fort important de l’expérience esthétique des récepteurs québécois. Il est vrai que les Québécois adorent rire et que l’industrie qui s’y rattache est, de ce fait, florissante : « la bonne humeur des Québécois, leur propension à rire de tout et de rien, leur immense talent de conteur naissent de la nécessité où ils ont toujours été de se défendre contre des éléments, des évènements et des groupes qu’ils n’ont jamais contrôlés[21] ». Conscient  de l’importance de cette valeur, Renaud exploite cette carte lorsqu’il chante au Québec ou lorsqu’il en parle : « Et s’il lance aujourd’hui un petit clin d’œil au Québec dans la suite de « Ma chanson leur a pas plu » […] Renaud ne voit pas encore le jour où il choisira la Belle Province comme sujet de ses sarcasmes […] « Mais peut-être que je devrais essayer d’écrire une chanson gentille, là ce ne serait pas un problème[22] » ».

L’expérience par rapport à la forme

            Les textes de chansons, même en étant aussi près des auditeurs que possible, ne peuvent en aucun cas procurer une expérience esthétique satisfaisante si la forme qui les soutient déplaît aux récepteurs. Il apparaît alors fondamental d’observer la forme textuelle puis musicale des chansons de Renaud pour arriver à avoir une perspective d’ensemble de l’expérience des récepteurs québécois.

 

Les textes

            Puisqu’il arrive que le texte détermine les récepteurs d’une chanson, par le choix de la structure poétique ou du niveau de langue utilisé, en plus de supporter la fonction messagère, son importance est plus que matérielle. Il constitue en effet le principal pôle de l’expérience esthétique intellectuelle des récepteurs. Chez Renaud, le rôle omniprésent des mots, c’est-à-dire l’importance et la puissance du texte, rapproche l’auteur de son public : « Je savais qu’on pouvait trouver Renaud dans le filet de ses propres mots, c’est-à-dire à travers son vaste répertoire de chansons, traces très vivantes, lambeaux vifs où il révèle les dissonances du monde et aussi les moments précieux de son existence[23] ».

 

Les formes poétiques

            Grâce aux formes poétiques qu’il utilise, Renaud parvient à solliciter les fonctions ludique et poétique de ses récepteurs québécois. Les innovations poétiques telles que celles retrouvées dans « Greta » amusent les auditeurs québécois et français :

                    Oh oui je t’aime Greta
                    oh ouaime je t’a gretoui,
                    oh oua je t’oui gretaime,
                    dis-moi pourquoi Greta,
                    dis-quoi pourta gremoi,
                    dis-ma pourqua gros tas,
                    y’a un mur entre toi et moi

qui y voient une forme de jeu. En revanche, faire intervenir la forme poétique demande un peu plus d’effort de la part de l’auteur. Toutefois, si l’on en juge par les réponses des personnes interrogées, Renaud y est parvenu et il mérite le statut de poète. Il recherche l’image et joue avec le langage pour que « ses textes possèdent une qualité littéraire certaine ». En tenant « aussi compte de la forme que du fond », Renaud arrive à « faire naître en nous des émotions » « parce qu’il écrit des choses qui le touchent ». En outre, Renaud peut aspirer au titre de poète « si le poète est celui qui joue avec le langage et qui s’efforce de représenter esthétiquement la réalité ». En effet, selon un répondant, « il a toujours su voir dans le quotidien une source d’inspiration poétique, parfois triste (« Les charognards »), nostalgique (« Mistral gagnant ») ou comique (« Pochtron ! »). Comme Baudelaire, il fait de l’or avec la « boue » de tous les jours ».

 

Les formes linguistiques

            La forme des chansons ne correspond pas uniquement aux formes poétiques mais aussi à la manière dont l’auteur transmet son message. En écrivant en argot parisien, Renaud donne une couleur exotique à ses chansons qui, très souvent, ajoute au plaisir de ses auditeurs québécois et identifie une partie de ses destinataires explicites. Mais au-delà de l’argot, Renaud joue avec la langue elle-même, un peu à la façon de la culture hip-hop qui, loin d’adhérer à une esthétique qui voue un véritable culte à l’œuvre intouchable, (…) offre les plaisirs de l’art déconstructeur [c’est-à-dire] la beauté saisissante qu’il y a (…) à démanteler le familier et l’ennuyeux pour en faire quelque chose de différent et de stimulant[24].

            Thierry Séchan va même jusqu’à dire que « c’est dans le délire verbal qu’il montre tout son génie[25] ». Puisque les mots sont aussi faits pour jouer, Renaud ne s’en prive pas. A la manière des enfants, il invente des mots ou les détourne de leur sens habituel, quand il ne pratique pas le non-sens ou brouille la syntaxe. Bien sûr, ça crée assez souvent des problèmes aux Québécois qui l’écoutent ; mais au-delà de la compréhension stricte du texte, ils arrivent à saisir le sens de la chanson et à l’apprécier, comme l’explique ce récepteur québécois : « Il joue avec les mots, il donne un rythme à ses chansons. Il donne de la couleur à ses textes ».

 

La musique

            Comme la musique constitue le pilier des chansons au niveau sensoriel, l’intérêt qu’y portent les récepteurs influencera leur perception de la chanson toute entière. D’après l’enquête effectuée, un grand nombre de Québécois sont très satisfaits auditivement de la musique et des orchestrations de Renaud ; ils sont unanimes lorsqu’il s’agit des rythmes qui les atteignent souvent physiquement.

 

Les influences musicales

            Les auditeurs québécois goûtent aussi intellectuellement la musique de Renaud mais à un degré moindre. Si la totalité des personnes interrogées a déclaré apprécier les nombreux emprunts musicaux auxquels se livre Renaud, comme les rythmes traditionnels français, la majorité d’entre elles ne croit pas que son style soit pour autant folklorique[26] : Renaud « emprunte un peu tous les styles, quelquefois le folklorique » « mais reste quand même un chanteur à texte ». Il est évident que Renaud appartient à une certaine tradition de la chanson française et qu’« il a une couleur très locale mais elle est contemporaine et non tournée vers les valeurs du passé ». Il est cependant vrai que certaines chansons ont une allure folklorique « à cause des thèmes (Bruand), des orchestrations (musette), du vocabulaire (argot) » et parce qu’il « prend plusieurs éléments du folklore : interprétations, instruments, etc. ». Les récepteurs québécois de Renaud comprennent que s’il choisit d’utiliser une couleur musicale qui est rarement employée, c’est pour lui une nouvelle manière de s’exprimer et de s’éloigner des formes conventionnelles qui correspondent à un modèle social qu’il conteste : « il aborde la musique de la façon qui lui plaît, sans toujours s’empâter dans un style en particulier ».

 

Les instrumentations

            Les instrumentations et les sonorités des chansons de Renaud découlent directement des influences musicales qui l’inspirent. Les auditeurs québécois apprécient les influences françaises et américaines de Renaud et trouvent le plus souvent que ses arrangements s’harmonisent bien avec les thématiques et les formes textuelles comme c’est le cas dans « Tu vas au bal » où l’instrumentation genre bal musette soutient l’histoire d’une sortie entre garçons.

            Si la voix de Renaud fait presque l’unanimité parmi les répondants québécois quant au timbre et à la diction, elle est huée lorsqu’on parle de sa puissance. Ceci n’entrave cependant que légèrement la qualité de l’expérience esthétique. En effet, la force de sa voix constitue un défaut mineur pour les amateurs québécois de Renaud. Ils éprouvent un plaisir somatique à l’écouter chanter même lorsqu’ils considèrent que sa voix est faible. La moitié des personnes interrogées pensent enfin qu’il chante juste, mais précisent bien qu’il reste toujours de la place à l’amélioration.

 

Entre l’expérience esthétique et les conclusions

            Après avoir observé les résultats concernant l’expérience esthétique de quelques récepteurs québécois de l’œuvre chansonnière de Renaud Séchan, il apparaît pertinent de marquer certaines conclusions. La personnalité de Renaud, autant son allure physique que son comportement, contribue dans une large mesure à lui assurer un succès commercial de ce côté-ci de l’Atlantique. Mais c’est à la qualité de ses chansons que Renaud doit le respect et l’estime de ses admirateurs québécois. Par les thèmes qu’il aborde et sa manière d’utiliser l’argot pour en faire de la poésie, Renaud arrive à solliciter chez ses récepteurs un nombre record des fonctions possibles de l’art. Dès lors, il est permis de penser que malgré les différences importantes entre les contextes de production et de réception, l’expérience esthétique des récepteurs québécois est authentique.


 

[1]              Dont parlait A. Moles dans son tableau des canaux multiples d’accès à l’individu.

[2]              Selon Peirce, le représentamen est un signe (par exemple le texte ou la musique d’une chanson) qui renvoie à un objet, modifié selon un interprétant non figé.

[3]              Analyse théorique dans la mesure où les auditeurs étaient représentés par les critiques et journalistes qui, étant considérés comme des indicateurs sociaux, constituaient le pôle de la réception.

[4]              Selon certains, dont Pierre Bourdieu, l’intention du producteur définit le caractère artistique d’un produit. Selon cette approche, les fameuses Boîtes de Brillo d’Andy Warhol possèderaient le statut d’œuvre d’art, alors que les objets de consommation correspondant –en tous points semblables- se verraient rejetés du monde artistique. Pierre Bourdieu, « Disposition esthétique et compétence artistique », Les temps modernes, Février 1971.

[5]              Par exemple, le grand art ou l’art populaire.

[6]              Richard Shusterman, op. cit., p. 152.

[7]              Carole le Hirez et Bernard N’Guyen, op.cit.

[8]              Umberto Eco, op. cit., p. 27.

[9]              Richard Shusterman, op. cit., p. 26.

[10]             Pierre Bourdieu, op. cit., p 1370.

[11]             Pour les références à l’enquête, voir les annexes A et B.

[12]             Francine Julien, « Le Français terrible nous lance le Marchand de Cailloux », op. cit.

[13]             Nathalie Petrowski, « Putain de métier », op. cit.

[14]             Sylvain Prevate, op. cit.

[15]             Manon Guilbert, op. cit.

[16]             Pierre Leroux, op.cit., p.35.

[17]             Manon Guilbert, op. cit.

[18]             Louis Tanguay, op. cit.

[19]             Francine Julien, « Le Français terrible nous lance le Marchand de Cailloux », op. cit.

[20]             Gaston Dugas, op. cit.

[21]             Marcel Rioux, Les Québécois, 1980, Paris, Seuil, collection « Le temps qui court », p. 64.

[22]             Francine Julien, « Le Français terrible nous lance le Marchand de Cailloux », op. cit.

[23]             Suzy Turcotte, op. cit., p. 13.

[24]             Richard Shusterman, op. cit., p. 191.

[25]             Thierry Séchan, op. cit., p.91.

[26]             Par folklorique, j’entends une définition plus technique que celle généralement admise. Le folklore suppose en même temps un autrefois incertain et l’anonymat de son créateur. Ces deux incertitudes, si elles empêchent l’originalité du produit artistique, ont donné les bases d’un genre, qui tente de se rapprocher le plus possible du véritable folklore.


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