Voici à quoi ont ressemblé mes mois de janvier et février 2016 au cinoche :
2 bons films :

Un jour avec, un jour sans
Hong Sang-Soo livre ici son meilleur film (bon, je n’ai pas tout vu, mais parmi les 4 ou 5 que j’ai vus, c’est mon préféré). Moins de beuveries (même s’il y en a quand même - les Coréens ont l’air d’avoir de gros problèmes avec l’alcool… et Hong aime mettre ça en scène), moins de tarés, plus de maîtrise… C’est une variation sur le même thème, l’histoire d’une brève rencontre. Il y a du Resnais (genre Smoking/No Smoking), du Rohmer, dans ce film. C'est aussi une sorte d'ode à l'honnêteté, quelque part. Aucune action, mais c'est beau et intelligent, et ça fait du bien par où ça passe. Bref, j’ai beaucoup aimé (et puis j’ai trouvé une énième égérie, Kim Min-Hee, l'actrice principale, charmante tout plein).
The Revenant
Bon, a priori ce n’est pas le genre de films que je vais voir. Mais c’est signé Alejandro Gonzalez Inarritu. Alors je me suis dit que ça allait au minimum être intéressant, intelligent et virtuose. Ça l’est. Même si c’est violent, bestial, féroce, épique... (interdit aux moins de 12 ans, ce qui est parfaitement justifié). Eprouvant aussi, tout y est hostile. Hostile, la nature, hostiles, les hommes. La masculinité dans toute sa "splendeur", toute sa connerie. Le genre de film où, à aucun moment, on ne se dit "c’était mieux avant" (ça fait toucher du doigt à la fois la préhistoire et les origines du capitalisme). Pas de manichéisme ni d’angélisme, pas de méchants indiens et de bons occidentaux (ici anglais et français), et inversement, juste la nature humaine exposée sans fard. Et c’est formellement virtuose, comme Birdman. Western, film de guerre, film de survie, film de vengeance, c’est typiquement le genre de film que je ne reverrai jamais, mais que je ne regrette pas d’avoir vu quand même au cinéma.
2 films pas mal du tout :

Les Délices de Tokyo
Naomi Kawase ne réussit pas toujours ses films, mais celui-ci est très chouette. Les trois personnages principaux sont attachants et bien incarnés, un pour chaque génération, chacun avec ses problèmes, passés et présents, qui permettent à la réalisatrice d’aborder avec délicatesse certains dysfonctionnements de la société japonaise (et pas que japonaise), et les vicissitudes du temps qui passe.
Ave, César !
Ça manque un peu de rythme et ce n’est pas un grand Coen, mais, pour peu qu’on aime le cinéma hollywoodien des années 50 (ce qui est mon cas), c’est savoureux et on passe un bon moment. Les parodies de films de genre (péplum, western, comédie musicale, comédie de mœurs sophistiquée, film noir…) de l’époque sont parfaitement dosées, entre ironie et révérence, très bien vues et bien réalisées, et la peinture du milieu hollywoodien de l’époque est bien brossée, sous tous ses aspects. Comme à leur habitude, les frères Coen tournent tout en dérision : les religions, les idéologies, le monde du cinéma, la société américaine… Ça garde donc un petit côté jouissif, comme d'hab'.
3 films corrects mais sans plus :


Spotlight
Ce qui fait la force et la faiblesse de ce film, c’est sa sobriété. Sa force parce qu’on suit l’enquête journalistique pas à pas, sans fioritures ni parasitages inutiles. Sa faiblesse parce que, du coup, formellement, on s’emmerde un peu. Heureusement que le fond est plutôt intéressant parce que sinon j’aurais totalement décroché en cours de film. Il n’y a aucune tension, quasiment aucune surprise. Et je n’ai rien ressenti, je n’ai pas vibré avec les personnages, auxquels on ne s’intéresse pas trop non plus, au final. Tout le contraire d’un excellent film du même réalisateur que j’avais vu il y a quelques temps : The Station Agent, que je conseille à tout les amateurs de cinéma indépendant américain. Mais sinon, ça se regarde bien quand même hein.
Anomalisa
C’est tourné en stop-motion avec des marionnettes, ce qui rendait le film attrayant, mais le procédé n’est pas justifié et tourne, du coup, un peu à vide. Ça oscille entre une partie du Bird People de Pascale Ferran et le Lost in Translation de Sofia Coppola, mais ça n’a ni l’intérêt ni la classe de ces deux excellents films. Ça aurait pu être un court-métrage classique, tourné avec de vrais gens, car, hélas, la technique du stop-motion n’apporte rien de plus. On s’attend à tout moment à ce que le film bascule dans le fantastique ou l’étrange, mais il reste très terre à terre, même s’il y a quelques bonnes idées. La meilleure scène du film est étrangement une longue scène de sexe en temps réel (environ 10 minutes, je dirais), d'une justesse bien plus impressionnante que dans bien des films classiques. Bon, l’ensemble n’est pas mauvais et il y a pas mal de choses bien vues, mais on reste un peu sur sa faim, en sortant de la salle.
Mistress America
Noah Baumbach et Greta Gerwich creusent leur sillon, entre film de hipster et sous-Woody Allen. Et, comme d’habitude, c’est moyen. Ça se regarde mais ça ne marque pas. Greta Gerwich (une actrice que j’aime bien) est encore plus insupportable que d’habitude, mais il y a moins de tics de réalisation pour faire cinéma indépendant que dans Frances Ha, par exemple, qui en faisait des caisses, ce qui est déjà pas mal. Et j’ai pas tout perdu, j’ai découvert deux actrices intéressantes au passage : Lola Kirke et Heather Lind.
2 mauvais films :

Carol
Chiant au possible. Todd Haynes m’avait habitué à beaucoup mieux. On ne ressent rien, ce qui est quand même le comble pour une histoire d’amour. Rooney Mara sauve un peu le film, mais Cate Blanchett est insipide, et la réalisation, bien que chiadée, est sans saveur. Too bad, Todd.
Encore heureux
Sandrine Kiberlain et Edouard Baer sont excellents ! Et c’est bien là le seul intérêt du film. Degré zéro de la réalisation, à peine digne du moindre téléfilm de base, scénario avec du potentiel mais mal exploité. Vraiment dommage.





