un article sur Renaud :L’équipe à l’origine de ce projet est constituée de bénévoles catholiques, motivés à communiquer de manière concrète et publique ce regard alternatif.
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source : http://autre-regard.org/2012/10/loreill ... er-renard/Date de publication : 11.10.12
L’oreille tendue d’Un Autre Regard sur Mister Renard
Auteur : Maxime Dallant
« C’est pas l’homme qui prends la mer …. », la chanson était pourtant claire !
Finalement, c’est pourtant bien l’amertume qui a pris notre homme … celle dont on remplit des tonneaux.
C’était inévitable, tôt ou tard le Docteur Renaud allait renouer avec Mister Renard. Il y revient toujours et jette depuis ses S.O.S dans toutes les bouteilles-à-l’amer qu’il vide.
Dernière tournée à la voix éraillée, nouvel album suspendu, carrière écrite à cheval entre le succès public et le drame privé et voilà que les tableaux hideux de la critique fleurissent dans les colonnes des tabloïds.
Alors d’un chanteur qui avait de la bouteille, on a fini avec un chanteur qui est rentré dedans … une, puis deux, puis trois… puis trop ! Sa chute a éveillé une bienveillante pitié chez tous ceux qui l’ont entouré et soutenu. Mais Mister Renard veille à mordre la main que l’on tend à Renaud.
Une femme a épousé ce couple et a essayé tant bien que mal. Un temps il y a eu, contre Mister Renard, une louve infatigable qui couvait le vieux « fatigué ». La louve cependant a lâché prise, rongée par un mal dont elle ne percevait pas la profondeur ; on ne guérit pas un alcoolique malgré lui !
Le show-bizz laisse ‘béton ; la presse s’est perdue en conjectures : Combien de temps jusqu’à ce que l’étincelle magnifique embrase à nouveau son cœur de poète ? et combien de temps pour qu’il échange les vers qu’il avait si faciles contre de nouveaux verres ? Pourtant il est reparti dans le sud pour s’arrêter de boire.
Au-delà de l’indécence qu’il y a à vouloir juger d’un homme que l’on ne connait finalement que par ses chansons, il n’en reste pas moins que l’on parle de Renaud : le bobo anti-bobo, le faux blouson noir, le vrai gaucho devenu révolté des salons parisiens.
Parolier « énervant » par son verbe innervé, poète aux rimes enivrantes et aux rythmes énervés, Renaud a cela de vrai qu’il a vu et chanté ses propres contradictions avant tout le monde (1).
Incassable non, inclassable sans doute. Chantant parfois des paroles vraies sur des airs faux (et souvent l’inverse !) Renaud doit finalement se comprendre, non pas avec un autre regard, mais plutôt une autre oreille – une ouïe a laquelle on ne sait pas dire non !
Laisse béton, Morgane de toi, Dès que le vent soufflera, Marche à l’ombre et Mistral Gagnant : elles ont toutes fait chanter un jour les plus à droite de nos oncles et nous également. Nombreux sont ceux qui, malgré les engagements de Renaud en contradiction avec une bonne partie des leurs, gardent une indulgence particulière pour ce crâneur sensible, ce zonard chanteur.
Le vent re-soufflerait, c’était attendu ! Mais justement, il n’a pas attendu qu’on lui rechante sa chanson… il est reparti, tout seul … avec son autre. Il n’est rien du Docteur Renaud sans Mister Renard ; l’alcool que boit l’un mange tout de l’autre !
Notre poète a un cœur gros où il puisait des textes vrais, mais écorché par la disparition de ces vieux amis, par une réussite qu’il n’a pas assumée et ses séparations, il n’a pas résisté au chant de la mélancolie alcoolisée. De son propre aveu, il s’est enfermé dans ses souvenirs et y a perdu son gout pour l’écriture, son inspiration : le mordant du vent qui devait souffler a laissé sa place à la brise nostalgique et douce d’un Mistral Gagnant (2).
Il a sombré et du chanteur « révoltant », Renaud nous laisse une épave noyée à Vingt mille lieues sous l’amer. Mais toutes les épaves renferment des trésors qui attendent qu’on les fasse remonter. Il savait, avec toute sa vulgarité poétique, attirait l’attention d’un monde sur la fragilité d’un autre.
Allez Renaud, « laisse pas béton » ! Toi, disciple de St-Pierre (3), qui faisait danser la soie sur la rivière Sorgues, tu sais mieux que tous tes critiques que la vie, comme la pêche à la mouche, est un enchainement infini de possible ; une raison sans cesse renouvelée d’espérer.
Tu l’as chanté : « Tant qu’il y aura des ombres (4) », tu pourras pêcher et tant qu’il y a des ombres… c’est qu’il reste de la lumière. Elle ne part jamais !
Dès que les vent tourneront, nous nous en allerons …avec toi !
(1) Docteur Renaud – Mister Renard – 2002
(2) Madeleine de Proust de Renaud Séchan – bonbon oublié
(3) Renaud partage avec votre serviteur une passion pour la pêche à la mouche.
(4) Chanson de Renaud sur la pêche à la Mouche : l’ombre (Thymallus thymallus) est un poisson.
et
Françoise Cardinal livre le 4 septembre 2012 un récit de sa rencontre avec Renaud à l'Isle-sur-la-Sorgue :
source : page facebook soutenons renaud séchanHistoire d’une “jolie rencontre”...
Mes enfants et moi, avons rencontré Renaud, “mon Renaud” de Mistral gagnant...
Je préviens les esprits carrés, les ironiques, les cyniques.... cette “jolie rencontre” n’est pas “pour ...vous”, ne prenez pas le peine de me lire....
Quant aux autres, les rêveurs, comme moi, et bien oui, c’était une “jolie rencontre”.....
Cela faisait quelques jours, que nous passions devant une terrasse, où Renaud était assis, mais jamais, oh grand jamais, je n’aurais jamais osé l’importuner dans sa vie privée.
Mais chaque fois je me disais (avec mes enfants) “un jour, j’oserai, peut être...ou peut être pas.....”
Il faut savoir que Renaud pour moi, ça représente tout un pan de ma vie...
Adolescente, assise à même la moquette dans ma chambre, avec ses 33 tours, “le retour de Gerard Lambert”, toutes ses chansons que j’aimais, ses idées, et puis tout ce qui me faisait rêver à l’époque dans ses textes.
Puis, jeune adulte, ce furent les concerts, d’autres disques, d’autres chansons... ensuite avec mon mari qui l’aime également, jusqu’aux derniers concerts de Forest National.
Puis, je suis devenue maman, et Mistral Gagnant, Morgane de toi.. ont résonné pour moi, “m’ont parlé”...
C’est dire combien Renaud a accompagné toute ma jeunesse et toute ma vie...
Et puis, là, voilà que je le vois, jour après jour, je parle de lui avec mes enfants, je le croise, je “vis à ses côtés” sans qu’il le sache, et jamais je n’ose l’aborder, car c’est sa vie, et il a, j’imagine suffisamment d’importuns au quotidien.
Et puis voilà, un jour, pourquoi ??? une envie d’oser? une peur d’avoir des regrets? de me dire que “j’aurais pu” ou “j’aurais du”?.... on lui achète une carte, que ma fille Romane choisit, avec un nounours brun jardinier, rien que pour lui.
Et on lui écrit un tout petit mot, rien que des mots “d’amour”, on ne lui demande rien, on veut juste le remercier, d’être là, tout simplement...
Et puis “on ose !!”, Romane et Loïc (mon fils) vont lui porter leur carte, et je me lance, en bafouillant, en bredouillant, en parlant trop vite, en parlant trop fort...
Je lui dis simplement que je ne vais rien lui demander, ni photo, ni autographe, ni rien de rien...
Juste envie de lui dire qu’il a “illuminé ma vie” et que pour ça “ MERCI, tout simplement”
Juste un acte “humain”, “gratuit”, sans attente de retour, juste pour dire à quelqu’un combien il a compté dans ma vie.
Et là, il ouvre l’enveloppe, jette un oeil à notre carte, regarde longuement et profondément mes enfants dans les yeux, comme rarement quelqu’un d’autre que mon mari et moi les avons regardé, et puis, il me dit simplement, de sa voix si particulière”, “merci, merci beaucoup”.
Et ses yeux se brouillent, se remplissent de larmes furtives, il retient son émotion, et le temps est suspendu, quelques instants...
Il aurait pu me dire que je l’importunais, il aurait pu ne pas nous regarder, il aurait pu ne pas m’écouter... Mais tout ça, il ne l’a pas fait ...
Nous avons vécu “quelques minutes particulières”, d’humain à humain, et je ne l’en remercierai jamais assez.
Ensuite, que dire... je “m’envole”, je suis sur je ne sais quel nuage, je continue à parler, lui dire combien mes enfants sont heureux de le rencontrer, comment je n’osais pas, jour après jour, ... et puis, on lui dit au revoir, un signe de la main, un signe sur le cœur, des yeux qui se parlent, et puis, un dernier “au revoir Romane” à ma fille de sa part.
Romane qui rayonne et me dit “il connait mon prénom!!”
Et voilà, nous voici sur le chemin, je rayonne, mes enfants sourient, nous avons rencontré “quelqu’un de bien”, “tout simplement”.....
Bien sûr, je lis ça et là qu’il ne va pas bien, bien sûr j’ai vu qu’il avait des jours avec le regard vide, et des jours plus sereins, des jours où il semble absent totalement du monde qui l’entoure, des jours où ses yeux sont ailleurs.....
Tout ce que je retiens de ça, c’est que nous avons vécu une vraie rencontre “humaine” au plus beau sens du terme mes enfants et moi, et que ça, nous ne l’oublierons jamais.
Cela a été court, mais cela a été tellement profond, tellement beau, rien qu’avec le coeur, des sourires, des yeux qui s’illuminent ou se remplissent de larmes, de l’émotion, et quelques mots...
Alors, pour tout ça, j’ai juste envie de dire “merci la vie”, “merci Renaud” , merci de nous avoir permis de vivre ce beau moment humain...
C’était une “jolie rencontre”, et nous ne l’oublierons pas de sitôt....





