Ça change....

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Saint Maïeul
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Re: Ca change....

Message par Saint Maïeul »

Sur le site Un autre regard http://autre-regard.org/ qui se présente par
L’équipe à l’origine de ce projet est constituée de bénévoles catholiques, motivés à communiquer de manière concrète et publique ce regard alternatif.
[...]
Les articles du journal ont pour objectif de donner, modestement, quelques clés de lecture originales, authentiques et réfléchies sur nos eco-systèmes. Leurs auteurs sont avant tout des journalistes – étudiants ou professionnels – décidés à nous faire réfléchir en profondeur sur l’actualité.
un article sur Renaud :

Date de publication : 11.10.12

L’oreille tendue d’Un Autre Regard sur Mister Renard
Auteur : Maxime Dallant


« C’est pas l’homme qui prends la mer …. », la chanson était pourtant claire !
Finalement, c’est pourtant bien l’amertume qui a pris notre homme … celle dont on remplit des tonneaux.



C’était inévitable, tôt ou tard le Docteur Renaud allait renouer avec Mister Renard. Il y revient toujours et jette depuis ses S.O.S dans toutes les bouteilles-à-l’amer qu’il vide.

Dernière tournée à la voix éraillée, nouvel album suspendu, carrière écrite à cheval entre le succès public et le drame privé et voilà que les tableaux hideux de la critique fleurissent dans les colonnes des tabloïds.

Alors d’un chanteur qui avait de la bouteille, on a fini avec un chanteur qui est rentré dedans … une, puis deux, puis trois… puis trop ! Sa chute a éveillé une bienveillante pitié chez tous ceux qui l’ont entouré et soutenu. Mais Mister Renard veille à mordre la main que l’on tend à Renaud.

Une femme a épousé ce couple et a essayé tant bien que mal. Un temps il y a eu, contre Mister Renard, une louve infatigable qui couvait le vieux « fatigué ». La louve cependant a lâché prise, rongée par un mal dont elle ne percevait pas la profondeur ; on ne guérit pas un alcoolique malgré lui !

Le show-bizz laisse ‘béton ; la presse s’est perdue en conjectures : Combien de temps jusqu’à ce que l’étincelle magnifique embrase à nouveau son cœur de poète ? et combien de temps pour qu’il échange les vers qu’il avait si faciles contre de nouveaux verres ? Pourtant il est reparti dans le sud pour s’arrêter de boire.



Au-delà de l’indécence qu’il y a à vouloir juger d’un homme que l’on ne connait finalement que par ses chansons, il n’en reste pas moins que l’on parle de Renaud : le bobo anti-bobo, le faux blouson noir, le vrai gaucho devenu révolté des salons parisiens.

Parolier « énervant » par son verbe innervé, poète aux rimes enivrantes et aux rythmes énervés, Renaud a cela de vrai qu’il a vu et chanté ses propres contradictions avant tout le monde (1).
Incassable non, inclassable sans doute. Chantant parfois des paroles vraies sur des airs faux (et souvent l’inverse !) Renaud doit finalement se comprendre, non pas avec un autre regard, mais plutôt une autre oreille – une ouïe a laquelle on ne sait pas dire non !

Laisse béton, Morgane de toi, Dès que le vent soufflera, Marche à l’ombre et Mistral Gagnant : elles ont toutes fait chanter un jour les plus à droite de nos oncles et nous également. Nombreux sont ceux qui, malgré les engagements de Renaud en contradiction avec une bonne partie des leurs, gardent une indulgence particulière pour ce crâneur sensible, ce zonard chanteur.



Le vent re-soufflerait, c’était attendu ! Mais justement, il n’a pas attendu qu’on lui rechante sa chanson… il est reparti, tout seul … avec son autre. Il n’est rien du Docteur Renaud sans Mister Renard ; l’alcool que boit l’un mange tout de l’autre !

Notre poète a un cœur gros où il puisait des textes vrais, mais écorché par la disparition de ces vieux amis, par une réussite qu’il n’a pas assumée et ses séparations, il n’a pas résisté au chant de la mélancolie alcoolisée. De son propre aveu, il s’est enfermé dans ses souvenirs et y a perdu son gout pour l’écriture, son inspiration : le mordant du vent qui devait souffler a laissé sa place à la brise nostalgique et douce d’un Mistral Gagnant (2).

Il a sombré et du chanteur « révoltant », Renaud nous laisse une épave noyée à Vingt mille lieues sous l’amer. Mais toutes les épaves renferment des trésors qui attendent qu’on les fasse remonter. Il savait, avec toute sa vulgarité poétique, attirait l’attention d’un monde sur la fragilité d’un autre.

Allez Renaud, « laisse pas béton » ! Toi, disciple de St-Pierre (3), qui faisait danser la soie sur la rivière Sorgues, tu sais mieux que tous tes critiques que la vie, comme la pêche à la mouche, est un enchainement infini de possible ; une raison sans cesse renouvelée d’espérer.

Tu l’as chanté : « Tant qu’il y aura des ombres (4) », tu pourras pêcher et tant qu’il y a des ombres… c’est qu’il reste de la lumière. Elle ne part jamais !

Dès que les vent tourneront, nous nous en allerons …avec toi !

(1) Docteur Renaud – Mister Renard – 2002

(2) Madeleine de Proust de Renaud Séchan – bonbon oublié

(3) Renaud partage avec votre serviteur une passion pour la pêche à la mouche.

(4) Chanson de Renaud sur la pêche à la Mouche : l’ombre (Thymallus thymallus) est un poisson.

source : http://autre-regard.org/2012/10/loreill ... er-renard/


et

Françoise Cardinal livre le 4 septembre 2012 un récit de sa rencontre avec Renaud à l'Isle-sur-la-Sorgue :
Histoire d’une “jolie rencontre”...

Mes enfants et moi, avons rencontré Renaud, “mon Renaud” de Mistral gagnant...
Je préviens les esprits carrés, les ironiques, les cyniques.... cette “jolie rencontre” n’est pas “pour ...vous”, ne prenez pas le peine de me lire....
Quant aux autres, les rêveurs, comme moi, et bien oui, c’était une “jolie rencontre”.....

Cela faisait quelques jours, que nous passions devant une terrasse, où Renaud était assis, mais jamais, oh grand jamais, je n’aurais jamais osé l’importuner dans sa vie privée.
Mais chaque fois je me disais (avec mes enfants) “un jour, j’oserai, peut être...ou peut être pas.....”

Il faut savoir que Renaud pour moi, ça représente tout un pan de ma vie...
Adolescente, assise à même la moquette dans ma chambre, avec ses 33 tours, “le retour de Gerard Lambert”, toutes ses chansons que j’aimais, ses idées, et puis tout ce qui me faisait rêver à l’époque dans ses textes.
Puis, jeune adulte, ce furent les concerts, d’autres disques, d’autres chansons... ensuite avec mon mari qui l’aime également, jusqu’aux derniers concerts de Forest National.
Puis, je suis devenue maman, et Mistral Gagnant, Morgane de toi.. ont résonné pour moi, “m’ont parlé”...
C’est dire combien Renaud a accompagné toute ma jeunesse et toute ma vie...

Et puis, là, voilà que je le vois, jour après jour, je parle de lui avec mes enfants, je le croise, je “vis à ses côtés” sans qu’il le sache, et jamais je n’ose l’aborder, car c’est sa vie, et il a, j’imagine suffisamment d’importuns au quotidien.

Et puis voilà, un jour, pourquoi ??? une envie d’oser? une peur d’avoir des regrets? de me dire que “j’aurais pu” ou “j’aurais du”?.... on lui achète une carte, que ma fille Romane choisit, avec un nounours brun jardinier, rien que pour lui.
Et on lui écrit un tout petit mot, rien que des mots “d’amour”, on ne lui demande rien, on veut juste le remercier, d’être là, tout simplement...

Et puis “on ose !!”, Romane et Loïc (mon fils) vont lui porter leur carte, et je me lance, en bafouillant, en bredouillant, en parlant trop vite, en parlant trop fort...
Je lui dis simplement que je ne vais rien lui demander, ni photo, ni autographe, ni rien de rien...
Juste envie de lui dire qu’il a “illuminé ma vie” et que pour ça “ MERCI, tout simplement”

Juste un acte “humain”, “gratuit”, sans attente de retour, juste pour dire à quelqu’un combien il a compté dans ma vie.

Et là, il ouvre l’enveloppe, jette un oeil à notre carte, regarde longuement et profondément mes enfants dans les yeux, comme rarement quelqu’un d’autre que mon mari et moi les avons regardé, et puis, il me dit simplement, de sa voix si particulière”, “merci, merci beaucoup”.
Et ses yeux se brouillent, se remplissent de larmes furtives, il retient son émotion, et le temps est suspendu, quelques instants...
Il aurait pu me dire que je l’importunais, il aurait pu ne pas nous regarder, il aurait pu ne pas m’écouter... Mais tout ça, il ne l’a pas fait ...
Nous avons vécu “quelques minutes particulières”, d’humain à humain, et je ne l’en remercierai jamais assez.

Ensuite, que dire... je “m’envole”, je suis sur je ne sais quel nuage, je continue à parler, lui dire combien mes enfants sont heureux de le rencontrer, comment je n’osais pas, jour après jour, ... et puis, on lui dit au revoir, un signe de la main, un signe sur le cœur, des yeux qui se parlent, et puis, un dernier “au revoir Romane” à ma fille de sa part.
Romane qui rayonne et me dit “il connait mon prénom!!”

Et voilà, nous voici sur le chemin, je rayonne, mes enfants sourient, nous avons rencontré “quelqu’un de bien”, “tout simplement”.....

Bien sûr, je lis ça et là qu’il ne va pas bien, bien sûr j’ai vu qu’il avait des jours avec le regard vide, et des jours plus sereins, des jours où il semble absent totalement du monde qui l’entoure, des jours où ses yeux sont ailleurs.....
Tout ce que je retiens de ça, c’est que nous avons vécu une vraie rencontre “humaine” au plus beau sens du terme mes enfants et moi, et que ça, nous ne l’oublierons jamais.
Cela a été court, mais cela a été tellement profond, tellement beau, rien qu’avec le coeur, des sourires, des yeux qui s’illuminent ou se remplissent de larmes, de l’émotion, et quelques mots...

Alors, pour tout ça, j’ai juste envie de dire “merci la vie”, “merci Renaud” , merci de nous avoir permis de vivre ce beau moment humain...

C’était une “jolie rencontre”, et nous ne l’oublierons pas de sitôt....
source : page facebook soutenons renaud séchan
Banalyse :)
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Marie la Belge
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Re: Ca change....

Message par Marie la Belge »

Marie la Belge a écrit :... des articles pleurnichards et consensuels agrémentés d'interviews de "proches".
Et j'aime bien !

http://blog.slate.fr/sagalovitsch/2011/ ... on-renaud/

Laisse béton, Renaud

On ne peut plus se suicider en paix. Renaud, le chanteur à la voix suavement crasseuse, le Rimbaud des classes populo, populaires, populistes, aux textes poético-réalistes, le Germinal au foulard rouge et au blouson clouté, ne va pas trop bien. Partout dans les gazettes, ses amis ou prétendus tels, son frère, son ex, pleurnichent à tout-va, en racontant à l’échotier de passage, que s’il continue ainsi, à danser une valse à deux temps, avec sa bouteille de Pastis, il va droit dans le mur. Et de se demander, les mains sur les hanches, le doigt interrogateur apposé sur leurs lèvres perplexes, le cervelet moulinant dans le vide, mais qu’est-ce qu’on peut faire pour l’empêcher de terminer sa course dans une coursive du Père Lachaise ?

Image

On pourrait peut-être commencer par lui foutre la paix, non ? Au lieu de créer des bénitiers de pages Facebook, appelant le chanteur à se ressaisir, le conjurant de mettre un terme à cette funeste comédie avant qu’il ne soit trop tard, l’implorant de penser à ses enfants, à sa petite fille, qui attendent que leur papa retrouve le chemin des écoliers.

Comprennent pas qu’il est comme fatigué, le Renaud. Qu’il n’a plus goût à rien. Ça arrive dans l’existence. De se lever un matin et d’envoyer tout balader. Le cirque des tournées, la prostitution de la promotion, l’obligation de sortir un album tous les deux ans, pour se prouver qu’on n’est pas encore carbonisé, et venir le prouver, en venant se raconter, sur le canapé de chez Drucker, se taper la visite de son instituteur, convoqué pour raconter une anecdote impayable du temps jadis, se bâfrer au beau milieu de l’après-midi d’un cassoulet mijoté par Jean-Pierre Coffe, tout en s’esclaffant aux pirouettes tordantes de Canteloup. Sourire à la ribambelle de fans qui vous clament leur amour avant de vous laisser seul, face à vous-même, dans la solitude glacée d’une chambre d’hôtel de province, à ressasser une vie qui n’a plus de sens.

Il y en a qui mettent les voiles, pagaient jusqu’aux Marquises, pour papoter avec des bonnes sœurs de passage, des alizés à venir, mettant à l’œuvre le principe de base édicté tout au début de Moby Dick : ” Quand je me sens des plis amers autour de la bouche, quand mon âme est un bruineux et dégoulinant novembre, quand je me surprends arrêté devant une boutique de pompes funèbres ou suivant chaque enterrement que je rencontre, et surtout lorsque mon cafard prend tellement le dessus que je dois me tenir à quatre pour ne pas, délibérément, descendre dans la rue pour y envoyer dinguer les chapeaux des gens, je comprends alors qu’il est grand temps de prendre le large. Ca remplace pour moi le suicide .”

Image

Renaud lui a mis le cap sur la Closerie des lilas, pour se cuiter tranquillement, à l’ombre du Luxembourg, papotant avec les fantômes de Fitzgerald et d’Hemingway, au milieu de la faune bon chic bon genre de bourgeoises désœuvrées et d’artistes attirés par le clinquant de l’endroit, où le prix du verre de Sancerre se décline sur ses deux chiffres. Ce qui, pour un chanteur ayant clamé à longueur de textes sa honte et son dégoût de vivre dans une société bouffie d’égoïsme, acclamant la vermine qui amasse de l’or sur le dos de l’ouvrier, constitue, pour le moins, une faute de goût.

Avant de commencer à essayer de le désalcooliser, il faudrait déjà songer à le délocaliser. Dans un rade bien glauque du côté de Bagnolet ou de Malakoff, avec vue imprenable sur le périph, où le tavernier sert des pastis à la pression à des consommateurs revenus de tout, claquant le reste de leurs économies à coup de Rapidos, gueulant contre le système qui se fout de leur gueule, fumant de colère contre les politicards, les richards de banquiers, les pleurnichards de footballeurs, et les tricards de la télé. Des bistrots qui sentent bon la sueur de l’ouvrier, le désespoir des classes laborieuses et la fatigue du cadre moyen, licencié économique depuis des années, enraciné à son tabouret, occupé à rêver à des Amériques qui n’existent plus ou alors seulement dans les livres d’enfants.

Image

Renaud n’est pas en train de mourir, il a seulement ouvert les yeux. Mis ses pas dans ceux de Fitzgerald et de Malcolm Lowry, en comprenant enfin que ” toute vie est un processus de démolition ”, et découvrant la vérité ultime de l’alcoolique qui proclame que ” quand je ne bois pas, c’est le monde que je ne supporte pas, et quand j’ai bu c’est le monde qui ne me supporte pas “. Renaud est parti en vacances pour une durée indéterminée. Peut-être ne reviendra-t-il jamais. Mais qu’on le laisse au moins aller, tranquille, au bout de sa descente en enfer, à la fin de son voyage au bout de la nuit, au terminal de ces nuits sans aube qui surprennent les paumés du petit matin, dans la blancheur grisâtre d’un ciel d’enterrement, tellement insupportable à contempler, que mieux vaut s’en servir un dernier, et puis encore un dernier, pour se supporter encore un peu, juste assez pour ne pas terminer toute de suite la partie engagée avec ses merveilleux démons.

Image

Mais non. Les braves gens qui dégoulinent toujours de bons sentiments, ne supportent jamais de voir l’un des leurs, surtout une célèbrité parce que le voisin ma foi…, sombrer sans donner l’impression de se battre. Même si les ennemis ne sont que des moulins à vent. S’éteindre à petit feu, en glougloutant un alcool jaune pisseux, c’est-y pas malheureux tout de même. Alors ils s’assoient à ses côtés et viennent l’emmerder en le sermonnant, ” écoute, c’est un ami qui te parles là. Si tu continues de la sorte, je te le dis avec toute l’honnêteté dont je suis capable, au nom de notre amitié, tu y vas tout droit. Je sais ce que c’est. Mon paternel est mort d’une cirrhose du foie. Il avait cinquante berges et je te jure, à la fin, il était pas beau à voir. “

Hughes Auffray, du haut de ses 82 printemps, s’est même offert de lui organiser une petite tournée rédemptrice. Avec lui pour assurer, la première partie.

Du coup, Renaud, a décidé de passer à la vitesse supérieure. Il s’est mis au mescal.

(Laurent Sagalovitsch)
Relu et re-relu cet article hier. Définitivement d'accord.
Elle quitte le vilain phenix mais aimera toujours Renaud.
Image
Pierre de Calvingrad
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Re: Ca change....

Message par Pierre de Calvingrad »

Marie la Belge a écrit :
Relu et re-relu cet article hier. Définitivement d'accord.
Moi pas; n'empêche quoiqu'il en soit que Renaud n'aurait jamais dû (signer chez Virgin, le début selon moi de la fin); et arrêter comme Brel la chanson avant qu'il ne soit trop tard -à 37 ans sauf erreur pour Jacques


Pierre
"Il faudrait s'efforcer d'être heureux,
ne serait-ce que pour donner l'exemple"

Jacques Prévert
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lucien
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Re: Ca change....

Message par lucien »

Qu'il est con, ce Pierre. Insupportable. Et totalement inintéressant.

Et l'article est magnifique. Todo esta aqui...
"La seule différence entre un fou et moi, c'est que moi, je ne suis pas fou".
Pierre de Calvingrad
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Re: Ca change....

Message par Pierre de Calvingrad »

lucien a écrit :Qu'il est con, ce Pierre. Insupportable. Et totalement inintéressant.

Et l'article est magnifique. Todo esta aqui...

Pour toi, c'est-à-dire pour personne.

Je dirais plutôt d'une terrifiante vulgarité (aux analphaconNEs :banalité)

Pierre
"Il faudrait s'efforcer d'être heureux,
ne serait-ce que pour donner l'exemple"

Jacques Prévert
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Marie la Belge
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Re: Ca change....

Message par Marie la Belge »

Marie la Belge a écrit :... des articles pleurnichards et consensuels agrémentés d'interviews de "proches".
Et j'aime bien !

http://blog.slate.fr/sagalovitsch/2011/ ... on-renaud/

Laisse béton, Renaud

On ne peut plus se suicider en paix. Renaud, le chanteur à la voix suavement crasseuse, le Rimbaud des classes populo, populaires, populistes, aux textes poético-réalistes, le Germinal au foulard rouge et au blouson clouté, ne va pas trop bien. Partout dans les gazettes, ses amis ou prétendus tels, son frère, son ex, pleurnichent à tout-va, en racontant à l’échotier de passage, que s’il continue ainsi, à danser une valse à deux temps, avec sa bouteille de Pastis, il va droit dans le mur. Et de se demander, les mains sur les hanches, le doigt interrogateur apposé sur leurs lèvres perplexes, le cervelet moulinant dans le vide, mais qu’est-ce qu’on peut faire pour l’empêcher de terminer sa course dans une coursive du Père Lachaise ?

Image

On pourrait peut-être commencer par lui foutre la paix, non ? Au lieu de créer des bénitiers de pages Facebook, appelant le chanteur à se ressaisir, le conjurant de mettre un terme à cette funeste comédie avant qu’il ne soit trop tard, l’implorant de penser à ses enfants, à sa petite fille, qui attendent que leur papa retrouve le chemin des écoliers.

Comprennent pas qu’il est comme fatigué, le Renaud. Qu’il n’a plus goût à rien. Ça arrive dans l’existence. De se lever un matin et d’envoyer tout balader. Le cirque des tournées, la prostitution de la promotion, l’obligation de sortir un album tous les deux ans, pour se prouver qu’on n’est pas encore carbonisé, et venir le prouver, en venant se raconter, sur le canapé de chez Drucker, se taper la visite de son instituteur, convoqué pour raconter une anecdote impayable du temps jadis, se bâfrer au beau milieu de l’après-midi d’un cassoulet mijoté par Jean-Pierre Coffe, tout en s’esclaffant aux pirouettes tordantes de Canteloup. Sourire à la ribambelle de fans qui vous clament leur amour avant de vous laisser seul, face à vous-même, dans la solitude glacée d’une chambre d’hôtel de province, à ressasser une vie qui n’a plus de sens.

Il y en a qui mettent les voiles, pagaient jusqu’aux Marquises, pour papoter avec des bonnes sœurs de passage, des alizés à venir, mettant à l’œuvre le principe de base édicté tout au début de Moby Dick : ” Quand je me sens des plis amers autour de la bouche, quand mon âme est un bruineux et dégoulinant novembre, quand je me surprends arrêté devant une boutique de pompes funèbres ou suivant chaque enterrement que je rencontre, et surtout lorsque mon cafard prend tellement le dessus que je dois me tenir à quatre pour ne pas, délibérément, descendre dans la rue pour y envoyer dinguer les chapeaux des gens, je comprends alors qu’il est grand temps de prendre le large. Ca remplace pour moi le suicide .”

Image

Renaud lui a mis le cap sur la Closerie des lilas, pour se cuiter tranquillement, à l’ombre du Luxembourg, papotant avec les fantômes de Fitzgerald et d’Hemingway, au milieu de la faune bon chic bon genre de bourgeoises désœuvrées et d’artistes attirés par le clinquant de l’endroit, où le prix du verre de Sancerre se décline sur ses deux chiffres. Ce qui, pour un chanteur ayant clamé à longueur de textes sa honte et son dégoût de vivre dans une société bouffie d’égoïsme, acclamant la vermine qui amasse de l’or sur le dos de l’ouvrier, constitue, pour le moins, une faute de goût.

Avant de commencer à essayer de le désalcooliser, il faudrait déjà songer à le délocaliser. Dans un rade bien glauque du côté de Bagnolet ou de Malakoff, avec vue imprenable sur le périph, où le tavernier sert des pastis à la pression à des consommateurs revenus de tout, claquant le reste de leurs économies à coup de Rapidos, gueulant contre le système qui se fout de leur gueule, fumant de colère contre les politicards, les richards de banquiers, les pleurnichards de footballeurs, et les tricards de la télé. Des bistrots qui sentent bon la sueur de l’ouvrier, le désespoir des classes laborieuses et la fatigue du cadre moyen, licencié économique depuis des années, enraciné à son tabouret, occupé à rêver à des Amériques qui n’existent plus ou alors seulement dans les livres d’enfants.

Image

Renaud n’est pas en train de mourir, il a seulement ouvert les yeux. Mis ses pas dans ceux de Fitzgerald et de Malcolm Lowry, en comprenant enfin que ” toute vie est un processus de démolition ”, et découvrant la vérité ultime de l’alcoolique qui proclame que ” quand je ne bois pas, c’est le monde que je ne supporte pas, et quand j’ai bu c’est le monde qui ne me supporte pas “. Renaud est parti en vacances pour une durée indéterminée. Peut-être ne reviendra-t-il jamais. Mais qu’on le laisse au moins aller, tranquille, au bout de sa descente en enfer, à la fin de son voyage au bout de la nuit, au terminal de ces nuits sans aube qui surprennent les paumés du petit matin, dans la blancheur grisâtre d’un ciel d’enterrement, tellement insupportable à contempler, que mieux vaut s’en servir un dernier, et puis encore un dernier, pour se supporter encore un peu, juste assez pour ne pas terminer toute de suite la partie engagée avec ses merveilleux démons.

Image

Mais non. Les braves gens qui dégoulinent toujours de bons sentiments, ne supportent jamais de voir l’un des leurs, surtout une célèbrité parce que le voisin ma foi…, sombrer sans donner l’impression de se battre. Même si les ennemis ne sont que des moulins à vent. S’éteindre à petit feu, en glougloutant un alcool jaune pisseux, c’est-y pas malheureux tout de même. Alors ils s’assoient à ses côtés et viennent l’emmerder en le sermonnant, ” écoute, c’est un ami qui te parles là. Si tu continues de la sorte, je te le dis avec toute l’honnêteté dont je suis capable, au nom de notre amitié, tu y vas tout droit. Je sais ce que c’est. Mon paternel est mort d’une cirrhose du foie. Il avait cinquante berges et je te jure, à la fin, il était pas beau à voir. “

Hughes Auffray, du haut de ses 82 printemps, s’est même offert de lui organiser une petite tournée rédemptrice. Avec lui pour assurer, la première partie.

Du coup, Renaud, a décidé de passer à la vitesse supérieure. Il s’est mis au mescal.

(Laurent Sagalovitsch)
Et je re-UPpe puisque Bloodi vient de me faire repenser à cet article que j'aime définitivement beaucoup.
Elle quitte le vilain phenix mais aimera toujours Renaud.
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lucien
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Re: Ca change....

Message par lucien »

Magnifique... Rien à rajouter, ni à enlever.
"La seule différence entre un fou et moi, c'est que moi, je ne suis pas fou".
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Abricotine
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Re: Ca change....

Message par Abricotine »

Cet article est bouillonnant de sincérité, de vérité. C'est abrupte, vertical. Mais ça explique tout sans tomber dans le larmoyant. On en a que trop du larmoyant, des vérités enrobées de pleurs, d'excuses à deux balles. Autant écrire pour dire ce qui est vraiment. Noir sur blanc, sans enrobage à la sauce pitié.
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Yann quib
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Re: Ca change....

Message par Yann quib »

c'est surtout l'apologie de l'egoisme, du renoncement et de l'alcoolisme ! et vous etes les premiers a parler de partage et d'empathie ? :x
E kreiz an avel, atao!
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Abricotine
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Re: Ca change....

Message par Abricotine »

Yann quib a écrit :c'est surtout l'apologie de l'egoisme, du renoncement et de l'alcoolisme ! et vous etes les premiers a parler de partage et d'empathie ? :x
Je ne vois pas en quoi dire des vérités est faire l'apologie de l'égoïsme, du renoncement et l'alcoolisme. Si la personne en face ne veut pas s'en sortir, n'en a pas pris conscience, ne se sent peut-être pas assez fort ou prêt à le vouloir, tu auras beau essayer de partager, d'être dans l'empathie, tu n'en tireras rien.

La démarche est personnelle avant tout. Le déclic se fait ou pas. La souffrance est personnelle aussi. Et personne, personne ne peut aider. A part le premier concerné.
Sans haine, sans violence, sans pizza
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Sophie du moulin
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Re: Ca change....

Message par Sophie du moulin »

Moi aussi je suis très partagée ! :? D'accord, on ne peut rien pour lui (à part peut-être quand même lui dire qu'on pense à lui, qu'on ne l'oublie pas), d'accord c'est pathétique de lui faire la morale en lui parlant de ses proches mais alors quand il insinue que Renaud a perdu le sens des réalités et qu'il ne connait plus les souffrances des petites gens, ça me met en boules ! :twisted: Parce que moi ce passage me choque :
Avant de commencer à essayer de le désalcooliser, il faudrait déjà songer à le délocaliser. Dans un rade bien glauque du côté de Bagnolet ou de Malakoff, avec vue imprenable sur le périph, où le tavernier sert des pastis à la pression à des consommateurs revenus de tout, claquant le reste de leurs économies à coup de Rapidos, gueulant contre le système qui se fout de leur gueule, fumant de colère contre les politicards, les richards de banquiers, les pleurnichards de footballeurs, et les tricards de la télé. Des bistrots qui sentent bon la sueur de l’ouvrier, le désespoir des classes laborieuses et la fatigue du cadre moyen, licencié économique depuis des années, enraciné à son tabouret, occupé à rêver à des Amériques qui n’existent plus ou alors seulement dans les livres d’enfants.
Et c'est vrai qu'on a l'impression qu'il cherche à faire l'apologie de certaines idées perso, de sa vision du monde et ça m'ennerve aussi :
Renaud n’est pas en train de mourir, il a seulement ouvert les yeux.
Sombrons tous dans le désespoir ou encore mieux suicidons nous tous ! :twisted:
J'ai parfois la vie qui me pique les yeux mais je n'envie pas ceux qui gardent les yeux secs....
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Abricotine
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Re: Ca change....

Message par Abricotine »

Pour moi, ce n'est pas une question de sombrer dans le désespoir. Mais juste voir la réalité telle qu'elle est. Dans sa description des bistrots, il n'a pas tort, pas tort du tout d'ailleurs. Après, imposer sa vision du monde, pas la peine, je la connais déjà. Elle ressemble à s'y méprendre à la mienne.
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Marie la Belge
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Re: Ca change....

Message par Marie la Belge »

Yann quib a écrit :c'est surtout l'apologie de l'egoisme, du renoncement et de l'alcoolisme ! et vous etes les premiers a parler de partage et d'empathie ? :x
C'est surtout une apologie de : Foutez-lui la paix, arrêtez d'inonder le Web avec vos "Renaud c'est quand que tu revient" et vos comms de Bisounours pleins de bons conseils larmoyants. Pour une fois je suis d'accord avec PatK !
Sinon, ce n'est pas une apologie, c'est un constat. Et si vous preniez la peine de lire cet artile avec un peu de lucidité vous vous rendriez compte que l'analyse ne doit pas être très loin de la réalité.
Elle quitte le vilain phenix mais aimera toujours Renaud.
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Sophie du moulin
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Re: Ca change....

Message par Sophie du moulin »

Marie la Belge a écrit : C'est surtout une apologie de : Foutez-lui la paix, arrêtez d'inonder le Web avec vos "Renaud c'est quand que tu revient" et vos comms de Bisounours pleins de bons conseils larmoyants. Pour une fois je suis d'accord avec PatK !
Sinon, ce n'est pas une apologie, c'est un constat. Et si vous preniez la peine de lire cet artile avec un peu de lucidité vous vous rendriez compte que l'analyse ne doit pas être très loin de la réalité.
Moi la seule chose que je trouve bien c'est le fait qu'il dénonce le fait que dans notre société, on se doit d'aller bien et qu'on n'a pas le droit d'avoir le "spleen". Notre société cache ses vieux, cache ses morts, donne des médoc ou des "recettes" dès qu'on a le malheur de dire "je ne me sens pas bien; je suis triste". Alors oui, moi je trouve pathétique qu'on ne lui laisse pas le droit d'être triste mais par contre l'analyse du pourquoi comment, je suis perplexe; c'est plutôt de la psycho de bazard. Comparer la situation de Brel à Renaud, mouais. Je ne connais pas bien la vie de Brel mais il me semble que quand il a fait le choix de s'éloigner , il se savait malade et je ne crois pas qu'il souffrait d'une addiction ! Quant à la théorie "il a ouvert les yeux; le monde il est dégueulasse! "
en comprenant enfin que ” toute vie est un processus de démolition ”
j'espère sincèrement qu'il se gourre parce que Renaud jusqu'alors a toujours eu un amour profond de la vie et de l'être humain....Alors peut-être qu'il a été déçu mais de là à supposer qu'il voit la vie et les humains de la manière la plus sombre ! :x
J'ai parfois la vie qui me pique les yeux mais je n'envie pas ceux qui gardent les yeux secs....
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Yann quib
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Re: Ca change....

Message par Yann quib »

Abricotine a écrit :
Yann quib a écrit :c'est surtout l'apologie de l'egoisme, du renoncement et de l'alcoolisme ! et vous etes les premiers a parler de partage et d'empathie ? :x
Je ne vois pas en quoi dire des vérités est faire l'apologie de l'égoïsme, du renoncement et l'alcoolisme. Si la personne en face ne veut pas s'en sortir, n'en a pas pris conscience, ne se sent peut-être pas assez fort ou prêt à le vouloir, tu auras beau essayer de partager, d'être dans l'empathie, tu n'en tireras rien.

La démarche est personnelle avant tout. Le déclic se fait ou pas. La souffrance est personnelle aussi. Et personne, personne ne peut aider. A part le premier concerné.

bin parce que dire la vérite c'est le meilleur moyen d'etre méchant a coup sur ! comme on dit, toutes les vérités ne sont pas bonnes a dire, sauf si on veut se faire mousser dans un article .... et laisser les gens crever tout seul dans leur malheur, c'est pour moi une assez bonne definition de l'egoisme .
je suis persuadé au contraire que si tu peux te sortir de l'alcoolisme, il faut un fait déclancheur, et ça ne peut venir que de quelqu'un qui t'aide, vu que seul, tu n'es plus assez lucide pour analyser ....
apres, c'est sur que ce ne sont pas les fans qui pourront lui apporter ça, mais plutot une femme, un ami ou sa famille !
E kreiz an avel, atao!
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