Charlie Brown a écrit : ↑22 nov. 2017, 01:57
lucien a écrit : ↑13 nov. 2017, 20:37
Bref, comme toi je n'ai pas aimé ce qui naissait à cette période (celle où j'ai réellement découvert la musique, d'ailleurs) mais je me suis régalé avec plein d'autres groupes...et ça ne me déplaisait pas d'être le seul à connaître tel ou tel groupe, à les suivre de près.
Je comprends.
Mais il m'était impossible d'avoir ce profil.
Je m'explique.
J'entre au collège en 1982 (j'ai 11 ans, quoi). Le collège, c'est le moment où on commence vraiment à s'intéresser un peu à la musique de son temps. J'habite dans un village où, en matière de radio, on ne capte que… RMC ! (Beaucoup moins ouverte sur la musique non dite "de variétés" que ses consœurs France Inter ou Europe 1). Et il n'existe que 3 chaînes de télé, peu portées sur la musique (à part
Les Enfants du Rock, mais ça passe trop tard pour que je puisse regarder. Je me souviens plus de
Platine 45, par exemple, qui passait l'après-midi). Pas de bibliothèque municipale où emprunter des disques. Peu de potes qui pourraient m'en prêter.
En 1984 débarquent NRJ sur la bande FM, qu'on peut enfin capter dans mon bled, et Canal+ avec son Top 50 en clair. Bon, j'ai 13 ans, je peux me vautrer là-dedans. Disons qu'à partir de 1984, je connais tous les singles des années 80 qui passent sur NRJ ! Je ne suis pas fan de grand chose dans le tas, mais des trucs me bottent quand même, surtout ce qu'on appellera plus tard le "classic rock" (U2, Dire Straits ou Midnight Oil, par exemple) ou des trucs très pop, des trucs même totalement "synthétiques", parfois, mais que je trouve bien fichus, qui me parlent esthétiquement (Bronski Beat, Depeche Mode, Simple Minds, Niagara, Etienne Daho, entre autres choses…).
Parallèlement, en grandissant, au hasard des rencontres, des gens de mon âge essaient de me faire découvrir le rock alternatif français. J'écoute tout (Bérurier Noir, Les Garçons bouchers, Ludwig von 88… etc…). Je rends tout sans rien enregistrer sur K7. Je déteste tout : la musique, les paroles, l'état d'esprit. Pas mon truc, vraiment. J'accroche un peu plus aux trucs moins hardcore, comme Noir Désir (mais faudra surtout attendre le morceau
Du ciment sous les plaines pour que mon intérêt s'éveille un peu, et le morceau
Tostaky pour que je commence vraiment à m'y intéresser un brin. Avant, ça me fait chier) ou la Mano Negra, un peu, mais je suis pas très fan non plus. D'autres essaieront de me faire goûter au métal (via AC/DC, Iron Maiden ou Metallica, surtout, voire Joe Satriani), mais ça ne prend pas non plus. De toute façon, je n'aime ni le gros rock qui tache, ni la vélocité. D'autres encore essaieront de m'initier à la new wave non commerciale, dark, cold, goth (dans le genre The Cure des débuts et tous les groupes de Blaise). Sans succès non plus. Je n'ai jamais eu accès au reste.
Ce qui m'a sauvé, dans les années 80, c'est que vers 15 ans (vers 1986, quoi), je découvre les années 60 et 70 (Pink Floyd, The Beatles, Neil Young, The Who, Deep Purple, Frank Zappa… etc…). Et là, c'est la claque de ma vie ! Je me dis : "Ah mais putain, en fait, la musique, ça existe vraiment !". C'était beau ! J'en aurais chialé ! (J'en ai sûrement chialé, même). Après, mettre la main sur les albums, c'était coton ! Parce que j'avais pas de sous et qu'il fallait que je trouve des gens pour me prêter des disques. J'ai commencé par faire le tour de mes oncles et tantes assez jeunes pour avoir vécu les années fin 60 et début 70 en tant qu'adolescents ou jeunes adultes, qui m'ont fourni dans la mesure des stocks disponibles. Je copiais tout sur des K7 que j'usais jusqu'à la corde. Je continuais à écouter ce qui se faisait à mon époque, mais je trouvais ça tellement insipide, à côté. Je baignais dans le psychédélisme, le rêve hippie, le flower power, mai 68, Woodstock… La décennie 1965-1975 est devenue ma décennie de référence, l'alpha et l'oméga de la musique. Le rock et la pop de cette époque m'ont ouvert des horizons et des univers insoupçonnés : le folk, la soul, le blues, le jazz (à commencer par le free jazz), la musique dite "contemporaine", et même "concrète", la musique classique… Cette époque foisonnante où tous ces genres se rencontraient, dialoguaient, se répondaient l'un l'autre, voire fusionnaient. Une orgie de sons mettant en éveil tous mes sens. Un véritable orgasme musical. Cette découverte s'est poursuivie durant toutes les années 90. Cette fois, j'avais accès à une bibliothèque municipale pleine de disques et des potes étudiants pouvaient parfois me fournir le reste de ce que je ne pouvais pas encore acheter.
Après 1975, la magie s'effondre. Le Glam Rock, le Hard Rock puis le Métal, le Punk, le Disco… etc… auront raison de tout ce qui me faisait vibrer, ils auront la peau de la décennie fantastique, même s'ils n'auront fait que prendre la place d'une dynamique qui s'essoufflait, d'un mouvement qui touchait à sa fin, qui s'effondrait de lui-même. Mais aucune autre époque que la décennie 1965-1975 ne me fera plus jamais cet effet jouissif de la découverte musicale.
Bref, comme toi, j'écoutais plein de trucs que les autres n'écoutaient pas, mais, contrairement à toi, c'était pas des trucs de mon époque et, du coup, je ne pouvais pas suivre les groupes de près, la plupart s'étant désintégrés avant les années 80, les autres étant entrés dans l'ère la moins inspirée de leur production.