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Renaud casse la baraque - Le kiosque à journaux
Entrevues Marianne, le par fr.
Mis en ligne dans le kiosque le 14 décembre 2000.

Renaud casse la baraque

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MARIANNE DU 26 JUIN AU 2 JUILLET 2000

RENAUD CASSE LA BARAQUE

Depuis près de sept ans, la star « à l'insu de son plein gré » se taisait. Mais pour Marianne, l'artiste a accepté de déballer son sac. Sur les médias, les fausses rumeurs et son public. Propos sans détours. Par Pascal Fioretto

Vingt-cinq ans de carrière, près de 12 millions de disques vendus, Renaud Séchan, 48 ans, plus connu de ses nombreux fans sous son seul prénom, est un artiste comblé, sinon complet. La plupart de ses confrères préfèrent cajoler les médias qu'affronter leur public. Lui, l'ex-« barricadier » de Mai 68 tourné star à l'insu de son plein gré, poursuit depuis octobre – et sans la moindre promo – une tournée marathon aux quatre coins de la France qu'il affectionne, loin de Paris et de ses mauvaises querelles. Entretien avec un chanteur qui n'en a pas accordé depuis 1993.

Marianne : Tes rapports avec les médias ont toujours été compliqués. Tu dis régulièrement : « plus de presse, plus de télé, ni de radio » et effectivement, tu n'as pas donné d'interviews à la presse depuis longtemps. Comment tu expliques ça ?

Renaud :J'explique pas. Je n'ai pas de stratégie ou de plan média. Je ne fais quasiment rien (avec la presse) depuis des années. Je ne veux plus participer au « brouhaha ambiant ». Je ne suis pas de ces chanteurs qui la ramènent à tout bout de champ et, de plus, je n'ai rien à vendre. Ma tournée de 200 concerts affiche complet partout sans une once de promo. Pourquoi m'emmerder à aller faire des télés minables ? Quant à la presse et à la radio, si je leur refuse globalement les interviews, c'est que j'ai le sentiment, à tort ou à raison, que je n'ai rien d'intéressant à raconter sur ma vie, sur ma carrière, ni sur le monde. Et puis, pour vivre heureux, vivons cachés… Mais il est vrai que, lorsque je sors un nouvel album et qu'il faut bien communiquer pour faire connaître son existence, je fais des choix étonnants. Je préfère faire Pascal Sevran à 15 heures que Foucault à 20 h 30 ou une beauferie pseudo-branchée sur Canal +. J'évite les émission vulgaires, point final. Libre à moi de préférer Drucker à Nagui et Télé 7 Jours aux Inrockuptibles. La presse dite populaire est parfois plus honnête intellectuellement que les directeurs de conscience de certains torchons branchés ou leaders d'opinion…

Et Marianne ?

Marianne, c'est plutôt digne. Et puis, c'est l'un des hebdos les plus diffusés en province. Ca aère du microcosme parisien dont on a parlé plus haut...

Alors, comme ça, tu es méchamment malade ? Un quotidien du matin a récemment lancé une rumeur concernant ton état de santé...

Ben oui, récemment, je me suis chopé un rhume qui a bien duré trois jours. Comme j'en avais déjà eu un en 1995, je commence à être inquiet pour mon système immunitaire. Bon, sérieusement, je me porte comme un charme. Mes rares bobos depuis vingt ans n'ont jamais nécessité d'autre médecine qu'un Aspégic 1000. Le quotidien dont tu parles, c'est Libé. Ils n'ont pas fait que lancer ce qu'ils appellent eux-mêmes une « mauvaise rumeur », ils l'ont illustrée. Leur journaliste, sûrement un genre de toubib contrarié, m'a trouvé très mauvaise mine, « voûté, bouffi, dégoûté » de moi-même et, pour essayer de planquer tout ça, forcément « grimé comme une poupée ». Il ne manque que les « doigts crochus » et on n'est pas loin de la prose de Je suis partout.

Les rumeurs sont tenaces ; les démentir, c'est parfois les renforcer. Tu crois que ta simple bonne foi suffira à faire taire celle-ci ?

Tu veux publier mon dernier check-up ? Il ferait bien des envieux. Tout est limpide, malgré mes abus autodestructeurs en bibine et en nicotine.

C'est rare que Libé se paye ainsi un artiste.

Non. En général, ils ne sont pas les derniers à s'indigner des ignobles rumeurs qui courent dans le show-biz.

Tu ne les aurais pas un peu cherchés, par hasard ?

Ben si… J'ai parlé, dans deux ou trois chansons, des « précieuses ridicules » qui officient dans les pages culturelles. J'ai aussi ricané du carriérisme de ces ex-rebelles. Il faut dire que ces enfoirés m'allument depuis quinze ans avec une haine et un acharnement qui relèvent du règlement de comptes.

Il paraît que tu t'essaies aussi au beaufisme ?

Ah oui... Dans le même papier, j'ai découvert que j'étais devenu un gros beauf parce que je parlais de football, de gonzesses et que je taquine mon macho de guitariste, Jean-Pierre Buccolo, sur sa pseudo-homosexualité... et puis, si chambrer les footeux, les hooligans, maintenant, c'est être beauf, c'est nouveau ! Non, ce qui me débecte dans ces remarques, c'est que mon public, qui s'éclate de rire pendant deux heures à mon spectacle, serait, du coup, un « public de beaufs » incapable de saisir le deuxième degré de certaines de mes vannes... De toute façon, pour ces petits messieurs plumitifs et fielleux, tout ce qui n'est pas branché, ultramode et parisien est beauf...

Ils parlent aussi de « glissements vulgaires »...

Ce sont eux, les vulgaires. Des centaines de journalistes de province ont vu mon spectacle et n'ont parlé que de tendresse, d'humour et d'intelligence. Et puis, surtout, eux, ils parlent de mes chansons. Libé n'en dit pas un mot, pas une ligne. Seraient-elles à ce point inattaquables qu'ils n'osent s'aventurer à les évoquer ?

Un dernier mot sur ce papier... Tu te fais aussi taxer de « mitterrandiste qui n'assume pas ».

Il paraît que j'essaye de « nier toute connivence avec Tonton ». Quelle bande de tarés ! Au contraire, sur scène, je revendique cette connivence. Tout en affirmant avoir aimé l'individu, je parle de sa « politique à la con ». Je n'ai jamais tenu un autre discours !

Et ça nous mène à ta tournée actuelle à travers la France. Sans avoir sorti de nouvel album, tu tournes depuis octobre 1999. Déjà 120 concerts, qualifiés par les quotidiens régionaux d' « intenses moments de retrouvailles avec ton public »...

J'ai appelé ce très long tour de France « Une guitare, un piano... et Renaud ». On est trois sur scène (Jean-Pierre Buccolo à la guitare et Alain Lanty au clavier), et c'est vrai que c'est le bonheur. Quand je chante dans des théâtres de 900 places ou des salles de 3 000, je retrouve la complicité et l'amitié de mon public. Cet incroyable mélange de trois générations de fidèles qui chantent en chœur, sont émus... Ca, c'est un vrai privilège.

Donc, ça marche ?

Bourré tous les soirs... les salles je veux dire. On continue jusqu'en décembre et, paradoxalement, comme je ne fais pas de télés, je croise tous les jours des gens qui me demandent pourquoi j'ai arrêté la chanson...

Tu veux prouver quelque chose avec cette tournée qui fait un peu retour aux sources, période Pizza du Marais, tout seul avec ta guitare ?

C'est peut-être un peu prétentieux comme démarche. J'ai voulu montrer que mes chansons n'avaient pas besoin d'une armada de musiciens pour se défendre, qu'un accompagnement minimaliste pouvait les mettre encore plus en valeur. Visiblement, si j'en crois les témoignages du public, c'est gagné.

C'est un nouveau départ ?

Pas du tout. Je continue l'aventure commencée il y a vingt-cinq ans avec un spectacle différents. Ma prochaine tournée se fera forcément avec une autre formation musicale. L'accordéon reviendra...

Dans une interview, il y a quelques années, tu as dit à peu près : « J'aurais sûrement à payer ce succès un jour ». C'est un vague sentiment de culpabilité que tu traînes ou tu crois vraiment que le bonheur, la réussite finissent un jour par renvoyer l'addition ?

Les deux. C'est vrai que je me suis toujours senti un peu coupable de mon succès ; un psy pourrait peut-être m'expliquer pourquoi. C'est vrai aussi que je ne crois pas au bonheur. La vie m'a appris à m'attendre toujours au pire, qu'il est toujours à venir, surtout lorsque tu as connu le meilleur.

Tu annonces que ton prochain disque est prêt mais que c'est un 45 tours. Tu as décidé de vivre de tes rentes ou est-ce si dur que ça d'écrire des chansons ?

C'est absolument l'enfer ! Je n'ai réussi à pondre, péniblement, que cinq chansons depuis cinq ans. Cinq qui me plaisent, en tous cas… Je gamberge jour et nuit aux suivantes ; elles peuvent venir demain, dans six mois, comme ne jamais venir. On verra… Si, dans un an ou deux, rien n'est venu, je songerai à ma reconversion. L'absence définitive de talent me poussera peut-être à postuler à un poste d'écrivaillon dans les pages culturelles de Libé...

Tu sembles moins ouvert sur le monde, moins révolté par ses scandales et ses horreurs qu'il y a quelques années, moins engagé. Fatigué d'être indigné, en colère ?

Je suis un révolté de naissance et les raisons de l'être ne manquent pas vraiment. Mais je m'expose moins qu'à une certaine époque, c'est vrai. J'ai reçu pas mal de coups dans la gueule, suite à mes engagements. J'en ai donné, aussi. A droite, pas mal, mais même à gauche. Néanmoins, ça ne m'empêche pas à continuer à mener des combats pour quelques causes qui me tiennent à cœur. Dernier exemple en date, mon récent concert à Biarritz, dont les recettes sont allées aux familles des prisonniers politiques basques qui luttent pour leur regroupement dans les prisons d'Euskadi.

Et toujours l'humanitaire ?

Les Restos du cœur, bien sûr, Emmaüs, les Enfants de la terre, récemment...

On étudie tes chansons dans les manuels scolaires, elles font l'objet de thèses en France et à l'étranger ; certaines, comme Mistral gagnant, Dès que le vent soufflera, traversent les générations. Quel effet ça fait d'être classé monument historique ?

Ca donne juste envie de continuer à écrire ; c'est le plus grand bonheur de ma vie.

Dans une chanson, Cent ans, tu mets en scène un vieux monsieur qui a fini la traversée de la vie. Dans une autre, Putains de cheveux blancs, tu craques devant ton miroir. Tu trouves que tu vieillis bien ?

J'espère que je me décompose moins vite que le monde... »

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