Livres Le Journal de Montréal, le par ca.
Mis en ligne dans le kiosque le 22 février 2016.

Renaud grandeur nature

Évoquer Renaud, c’est renouer avec une certaine image de la chanson française. C’est l’époque de l’après-mai 68, alors que la chanson fait corps avec les nouvelles luttes et devient engagée, reprenant le combat des Brassens et Ferré. Il faut dire qu’il a de qui tenir, Renaud Séchan, avec des parents communistes qui n’hésitent pas à descendre dans la rue pour défendre leurs idées et braver la police.

leftLes étudiants ont montré la voie, le système est pourri, il faut renverser l’ordre établi, ériger des barricades et Renaud consacrera une bonne partie de sa vie à le faire, envers et contre tous. Ces barricades, souvent symboliques, tourneront autour de son alcoolisme. Des barricades souvent très hautes, qui l’empêchaient de communiquer avec son public, lors de son dernier séjour à Montréal (au Spectrum, je crois) en 2001. Ce fut un véritable désastre et le public montréalais lui en a longtemps voulu.

Le biographe de Renaud, Erwan L’Éléouet, fait certainement partie de la garde rapprochée du chanteur et il dresse un portrait grandeur nature de Renaud, le gavroche à la belle gueule que le hasard a mis sur la route du comédien Patrick Dewaere et de Sotha, sa femme, comédienne elle aussi. Tous deux tombent sous son charme et l’invitent à venir les rejoindre sur la scène d’un petit café-théâtre parisien, Le Café de la Gare. C’est là qu’il rencontre Michel Colucci, dit Coluche. Une rencontre décisive qui débouchera sur une solide amitié.

Fasciné par le jeu des comédiens qu’il découvre sur cette scène, un intrigant laboratoire de Montparnasse, Renaud rêve d’être acteur et c’est là qu’il fera ses premières armes, en remplaçant au pied levé un comédien qui a fait défection, jusqu’à ce qu’un autre jeune premier prenne la relève, Gérard Depardieu. En attendant les propositions intéressantes, Renaud multipliera les petits boulots. J’ai été marchand de fringues, magasinier, libraire, marionnettiste, coursier, chauffeur-livreur, barman, plongeur...

L’aide de Coluche

Coluche, c’est sa bonne étoile. Renaud lui propose de faire la première partie de son spectacle qui joue à guichets fermés. Pour l’instant, son répertoire est mince, il n’a écrit que quelques chansons, qu’il interprète en grattant sur sa guitare, accompagné d’un ami accordéoniste. Sa chanson Hexagone fera un tabac : La France est un pays de flics/À tous les coins d’rue y’en a cent/Pour faire régner l’ordre public/Ils ­assassinent impunément.

Une découvreuse de talents, qui travaille pour la maison de disque Barclay, tombe sous le charme de ce jeune garçon habillé en gavroche, coiffé d’une casquette, blond, joli comme tout. Elle le convainc d’enregistrer un premier disque. Sa carrière est lancée. Les entrevues télévisées, les tournées puis la gloire et la célébrité. Une célébrité qui le mènera aux quatre coins du monde et qui lui apportera la richesse, une richesse encombrante pour ce fils de prolétaires. Bateau, voyages, maisons, alcool, mariages, divorces, puis la solitude et la ­dépression.

Aux dernières nouvelles, Renaud, tel un phénix, renaissait pour la énième fois. C’est un Mistral gagnant. Il est sorti de sa retraite, de sa dépression et de l’alcoolisme et a accepté d’être suivi par un orthophoniste, pour soigner sa voix meurtrie par l’alcool et la cigarette. La mort de Coluche, puis les attentats contre ses potes de Charlie Hebdo n’ont pas aidé. L’inspiration lui est revenue. Il prépare un nouvel album. Mais on n’y retrouvera pas les paroles de la chanson Société, tu m’auras pas : Demain, prends garde à ta peau/À ton fric, à ton boulot/Car la vérité vaincra/La Commune refleurira.

Chacun a sa petite histoire sur Renaud. Ce livre nous dévoile quelques-uns de ses mystères.

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