Concerts : Compte-rendus et annonces Le Devoir, le par ca.
Mis en ligne dans le kiosque le 28 janvier 2002.

Pourquoi laisser béton ?

> Le Devoir Le Cahier du Samedi, Samedi 18 juillet 1992 B6

Spectacles

Pourquoi laisser béton ?
Pontoreau, Pascale


HABITUELLEMENT, les acteurs rêvent de chanter. Richard Berry, Patrick Bruel, Isabelle Adjani, Catherine Deneuve... et puis, il y a les chanteurs qui rêvent de faire du cinéma, quand ils n'en font pas déjà un brin sur scène.

Eh bien, il ne reste plus que quelques semaines à Renaud pour faire le grand saut. Dès le début du mois prochain, et pour une durée de huit mois, le loubard parisien se retrouvera devant la caméra, premier rôle, oui monsieur ! en charmante compagnie. Rien de moins que Miou-Miou et Depardieu à ses côtés, dans un film de Claude Berri et un grrros budget de quelques 32 millions de dollars pour l'adaptation du Germinal de Zola.

«Je suis très angoissé en pensant au moment où Berri dira «Moteur!». Je pense que j'ai encore plus peur que la première fois que je suis monté sur scène. Parce que là, ce n'est pas du tout mon élément. Pour l'instant, je me maudis vraiment d'avoir accepté un tel projet!» En attendant, Renaud vient se relaxer aujourd'hui au Parc des îles de Montréal, et lundi soir à l'Agora de Québec.

Renaud n'est tendre avec personne. Ni avec lui, ni avec les autres. Et ce n'est pas nouveau. En 1974, quand il a commencé, à 22 ans, il donnait plutôt dans la dérision. Des textes qui parlaient de banlieue parisienne, de mobylettes et de baston.

Puis, ce fut le côté coeur avec l'apogée de Mistral gagnant. Vint, la désillusion acerbe de Putain de camion. Avec son dixième bébé, Marchand de cailloux sorti en octobre dernier, Renaud retourne à la tendresse mais la plume n'a rien perdu de sa causticité.

«Il y a plusieurs générations de pasteurs dans la famille de mon père. Et, je me sens très proche de la rigueur et de la générosité de cette communauté qui a toujours lutté contre l'injustice et défendu les opprimés. Je me sens bien avec l'éducation protestante austère et puritaine que j'ai reçue. C'est sûrement pour cela que je ne peux m'empêcher de dénoncer. Mon défaut, c'est de choisir mon camp un peu trop vite et du coup, de parler parfois sans trop savoir. Je manque de retenue, j'agis sur des certitudes.»

D'habitude avec l'âge, l'agressivité laisse tranquillement sa place à la lassitude. Renaud a beau essayé de s'en tenir à des histoires qui plaisent à sa blonde - comme le tendre Dans ton sac sur lequel j'ai quasiment versé une larme! - il ne peut renoncer au combat contre la bêtise, les excès, les cons...

Sur Marchand de cailloux, les cons prennent les allures de «500 blaireaux sur leurs motos / Ça fait un max de blairs / Aux portes du désert...». La course Paris-Dakar, ses millions de dollars et ses enfants Africains tués chaque hiver n'ont qu'à bien se tenir. «Les enfants sont la seule cause pour laquelle je n'arrêterai jamais de me battre,» précisera Renaud Séchan.

L'enregistrement de l'album à Londres avec le producteur Irlandais Pete Briquette laisse d'excellents souvenirs au chanteur.

«Les musiciens anglais ont contredit la réputation selon laquelle ils méprisent tout ce qui vient de France. Ils m'ont accepté alors qu'ils ne me connaissaient pas du tout. Ils ont travaillé comme des fous sans passer leur temps à réclamer des hausses de salaire et le paiement d'heures supplémentaires comme l'exigent les Américains. J'ai vraiment beaucoup apprécié de travailler avec eux. Et puis le fait d'être à Londres me donnait un air de vacances.» Peut-être ces conditions justifient-elles l'atmosphère paisible qui émane du disque.

À force de tirer des boulets chauds sur tout ce qui bouge croche - «Je suis sollicité quotidiennement pour, au mieux signer une pétition, mais aussi pour un concert (la semaine dernière, nous avons organisé un spectacle au Pays Basque pour sauver les 13 derniers ours des Pyrenées) un soutien financier, un meeting, etc» - le chanteur risque de perdre quelques plumes dès que sa ligne de conduite s'égare. En France, il a déjà pas mal payé remarquez. Cependant, si on le lui demandait, il viendrait sans hésiter à la rescousse du français d'ici. Peut-être est-ce cela le charme de Renaud.

Moi qui l'ai approché avec des préjugés gros comme le bras, j'ai capitulé devant son honnêteté, sa gêne. Comme un adolescent, il fonce dans le tas, se rebellant contre les gros et les méchants. Comme un enfant, il attendrit. Son public de jeunes a d'ailleurs suivi. Il y a de nouveaux jeunes, mais il y a aussi les jeunes de son époque qui ont vieilli. Ceux qui rêvent encore de justice le suivent toujours. Ceux qui ont viré de bord le dénigrent.

Une chose certaine, son retour aux sources de balades irlandaises ne peut que séduire le romantique qui sommeille en nous.

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