Concerts : Compte-rendus et annonces 24 heures, le par ch.
Mis en ligne dans le kiosque le 18 août 2001.

La dèche rebelle

> 24 heures (journal romand) du 18 novembre 1999

signé Boris Senff

Concert à Yverdon le 16.11.99

Yverdon-les-Bains - Le concert de Renaud complet depuis plus de deux mois.

La dèche rebelle

Il chante comme un pot fêlé, sans nouvel album en poche, mais porte ses tatouages et son humanité à fleur de peau. Cest Renaud Séchan, tout simplement. Le chanteur était mardi à la Marive.

Cela faisait quelques années que le visage pâle sest fait porter pâle dans la région. Disparu on ne sait où, dans la débine, le Ricard ou le brouillard, comme son personnage de flic dans la Ballade de Willy Brouillard, titre qui ouvrait dailleurs son concert, mardi soir à Yverdon, seule date suisse de sa tournée actuelle.

Pour son retour sur scène, Renaud, léternel gavroche de 47 ans, a choisi décumer les salles périphériques, les coins reculés, pour aller au-devant dun public moins gavé de spectacles que celui des villes. Doù un concert à Yverdon (complet depuis plus de deux mois) et non à Genève ou à Lausanne.

Et au vu du résultat, grand bien lui a pris. Car le public du Nord vaudois, environ mille personnes dans la salle de la Marive, sest manifesté avec une belle chaleur, transformant ce concert en fort moment démotion. Et de partage, puisque les échanges houleux ou amicaux avec le chanteur furent nombreux. Comme cette fan déplorant à grands cris : « On est assis, comme des bourgeois ! » A laquelle il répondait qu »un peu de confort, cest bien pour être entre nous, cest pas bourgeois ». Flanqué de seulement deux musiciens, pianiste et guitariste, Renaud se dévoilait dans lintime un intime à la poésie dailleurs plutôt grave et tristounette mais discutant volontiers le bout de gras entre deux morceaux. Sans oublier les constats confondants dhonnêteté, du genre : « Si vous vouliez entendre un chanteur à voix vous seriez allés voir Francis Bruel. »

Il est vrai que les cordes vocales du faux blond évoquaient irrémédiablement le bruit dune pièce de monnaie tournoyant dans un cendrier, mais peu importe : Renaud cest une poésie populaire, tout en franc-parler et en gouaille tendre, lun des rares chanteurs à pouvoir gazouiller que le petit chat est mort, sans tomber dans la niaiserie effarante.

Entre deux piques sur Yverdon éliminé de la coupe (« les supporters de foot sont tous des blaireaux, je le sais : jen étais un » ) ou sur le service militaire suisse, Renaud parlait beaucoup de lui ses amours perdues, ses difficultés actuelles de composer de nouvelles chansons et évitait les rengaines coup-de-poing, explorant plutôt les facettes délicates, rêveuses et mélancoliques, de son répertoire avec des titres comme La chanson pour Pierrot (sur le fils quil aurait toujours voulu avoir), Cent ans (sur une longévité quon lui souhaite) ou La pêche à la ligne (loccasion de rigoler avec son guitariste Jean-Pierre Buccolo, grand amateur dhameçons), sans oublier les titres militants comme Déserteur ou Son bleu.

Bref, Renaud montrait son visage humain, proche des gens, toujours autant à lécoute de la misère du monde... comme de la sienne. Evoquée, entre autres, par lune des deux seules chansons quil a composées ces cinq dernières années : Boucan denfer, un nouveau titre qui évoque la déprime raide et la mort, avec toujours cette même franchise (« je vous avais averti : cest pas rigolo-rigolo ») qui ne la jamais quitté de toute la soirée et quil soulignait de façon récurrente par le geste décarter les bras. Lair de dire : Cest comme ça, quest-ce que vous voulez que jy fasse ?

Cest donc un public sous le coup de lémoi, après deux heures et demie de concert et plusieurs rappels (dont le très touchant Manu et lincontournable Mistral gagnant qui mettait le point final et ...optimiste ?), qui saluait le départ de ce chanteur à la voix cassée mais aux émotions intactes.

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