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Il était une fois dans le Nord, Renaud joue Étienne dans Germinal - Le kiosque à journaux
Germinal Charlie-Hebdo, le par fr.
Mis en ligne dans le kiosque le 3 décembre 2000.

Il était une fois dans le Nord, Renaud joue Étienne dans Germinal

> Charlie-hebdo Bille en tête, 7 Octobre 1992

IL ETAIT UNE FOIS DANS LE NORD
Renaud joue Étienne dans Germinal

Cette semaine, bande de petits veinards, je vais vous raconter en exclusivité mondiale le tournage du film Germinal, tournage auquel j'ai actuellement, et pour cinq mois encore, le plaisir de participer. Exclusivité mondiale, en effet, car, jusqu'à aujourd'hui, nul journaleux n'a encore rendu compte de l'aventure, même si certains, annonçant le projet, m'ont déjà attribué le rôle d'Émile Lantier alors que c'est Étienne, même si d'autres ont écrit que j'allais tourner Gervaise, un dernier m'offrant même le " rôle " de Germinal.

Vous connaissez l'histoire: C'est un mec, y débarque dans une mine de charbon, tout va bien, les mecs, y travaillent comme des bœufs, y sont payés des clopinettes, pis des fois y meurent. Alors le mec, comme il a des idées de justice, il pousse tout le monde à la grève pis l'armée arrive qui tire dans le tas pis tous ceux qui sont pas déjà morts de faim y meurent de feu. Après y a un anarchiste qui fait péter la mine et les survivants qui ont repris le travail y meurent aussi mais pas le mec. Le mec, c'est moi. A la fin je m'en vais, avec toujours mes idées de justice et quelques cadavres derrière moi, et tout le monde a repris le travail encore pire qu'avant.

Bon, c'est un résumé succinct... Ca s'ra mieux expliqué dans Télé-Star quand ça passera à la télé dans cinq ans. C'est quand même une vach'ment belle histoire pass'que en même temps y a une belle histoire d'amour entre le mec et une fille mineuse de toute façon on sent bien que c'est le mec qui à raison pass'qu'on a toujours raison de se révolter.

Moi y m'ont filé un chapeau. Y trouvaient qu'une gapette ça faisait trop chanteur. Là, je sais pas ce que ça fait trop. Mais heureusement, le chapeau, je l'ai pas tout le temps dans le film. Des fois j'ai rien, juste mes cheveux. Ils me les ont teints en marron, pass'que jaune y trouvaient aussi que ça faisait chanteur. J'ai pus ma frange, y m'ont coiffé tout en arrière, comme ça on voit mon grand front intelligent qui fait pas trop chanteur j'espère. Tous les matins une assez belle gonzesse me coiffe, des fois que je sache pas, et un mec pas mal aussi me maquille mais pas beaucoup. Y a aussi une fille qui m'habille, enfin, qui m'aide à m'habiller, des fois que j'oublie mon chapeau, et c'est vrai que je l'oublie souvent. Y en autre qui vérifie que j'ai bien pensé à enlever ma montre et mon anneau dans l'oreille et ma huguenote, et pis une autre qui m'amène un café. Comme la production a beaucoup d'argent, je vais peut-être exiger une fille pour mélanger le sucre . Y en a une autre qu'est sympa, c'est celle qui court partout avec un talkie-walkie pis qu'a toujours peur que je sois pas là quand on a besoin de moi alors que je suis là tout le temps, même quand on n'a pas besoin. Des fois, dans les scènes de mine, le maquilleuse me maquille au charbon de bois, c'est un peu sale ça fait joli quand mes yeux verts ressortent sur fond noir.

Dans l'ensemble, tout le monde est gentil, surtout les filles mais même les garçons.

Y a environ cent vingt personnes qui bossent sur place pour ce film (plus deux cents figurant), des électros, des machinos, des habilleuses, des costmières, des assistantes, des décorateurs, tout le bordel habituel, quoi... Pis environ une personne qui bosse pas pis qui fait chier tout le monde mais qui va pas tarder à se faire virer. Pass'que ça rigole pas. Claude Berri est un poil moins tyrannique que Saddam Hussein mais quand même faut pas déconner. Des fois y râle vach'ment fort et ça fait peur à tout le monde mais moi j'ai même pas peur pass'que je sais qu'après il est content et que sa colère il y pense même plus. Quand c'est à moi de tourner, après " Moteur ! " et " Ça tourne ! ", y m'dit " Vas-y, mon chéri ! ". Alors moi je suis un peu gêné, surtout vis-àvis des machinos, mais c'est une façon de parler, il est simplement très affectueux. Des fois aussi y m'engueule mais un petit peu moins fort que les autres parce que je suis quand même un peu son chouchou, c'est normal, je débute...

Pour un débutant, d'ailleurs, je m'en sors pas trop mal, je l'sais, c'est le mec de la cantine qui me l'a dit. Le chef monteur a dit aussi que je lui rappelais Reggiani dans Casque d'or. Le jour où on m'a répété ça, je peux vous dire que j'étais content, y paraîtrait même qu'on m'aurait vu sourire. Sans déconner, le cinoche c'est pas évident, surtout quand tu dois jouer des scènes émouvantes devant plein de gens, ou des scènes d'amour avec des filles (une chance...), ou des scènes de bagarre avec un mec plus fort que moi. Les scènes d'amour je m'en fous, j'ai fait rajouter une clause à mon contrat. Quand j'ai lu dans le scénario: " Étienne empoigne Catherine dans un soudain réveil de sa virilité... ", j'ai demandé la taille du réveil et si on le verrait à l'écran. Quand j'ai lu " Étienne sort nu de son bain ", j'ai exigé une doublure, un qui serait foutu comme moi, mais on n'a pas trouvé, même en Belgique. Finalement, la scène, je l'ai tournée, les machinos, la scripte, les électros, les assistants, le chef opérateur ont vu ma bite, depuis on m'appelle Monsieur. Quant aux scènes de bagarre, pour l'instant, j'en ai eu qu'une, c'était y a huit jours, j'ai encore rnal partout. Vous connaissez Jean-Roger Milo ? Un bon acteur... Un tout petit peu moins violent que la crue de l'Ouvèze mais à peine... C'est avec lui que je me bats. Enfin, normalement j'aurais " dû " me battre, j'ai pas pu en placer une, y m'a explosé la chetron, fracassé contre les murs et fait traverser une porte vitrée en vrai verre qui coupe. C'est marrant parce que normalement, dans le scénar', c'est mou qui gagne... On continue cette scène de baston dans huit jours. Je vous enverrai ma prochaine chronique directement de l'hôpital.

Faut pas que j'oublie de vous parler de mes partenaires. Y a Depardieu, qui est un tout petit peu plus gentil que le mec le plus gentil du monde mais plus drôle, des fois y pète à table et ça fait rire tout le monde, surtout Jean Carmet, y a Jean Carmet qui a bu l'autre jour un verre d'eau mais c'était pour le film, Miou-Miou qui est très gentille aussi pour une fille, Laurent Terzieff je vous dis même pas, et Henry qui joue celle que j'aime dans le film mais dans la vraie vie je l'aime beaucoup aussi pass'qu' elle très gentille et protestante. Pis y a aussi Marcel, le chef accessoiriste qui ressemble à Jean Gabin dans Quai des brûmes, et qui m'a fait l'autre jour un pôt au feu j'ai jamais rien mangé d'aussi bon de ma vie, à part peut-être des nouilles.

Pis y a ma copine Sandrine, une petite fille de douze ans qui joue une petite fille de douze an. Une môme du coin, une Ch'ti. C'est un éducateur qui l'emmène sur le tournage le matin, because sa vraie vie c'est un peu du Zola aussi. C'est ma préférée. Elle m'appelle " Étienne " et me colle aux basques toute la journée, mais les jours où elle est pas là, moi aussi j'ai envie de faire grève, d'appeler la troupe, de faire péter la mine.

La semaine prochaine je vous parlerai des décors, des figurants, je vous dirai qui est le cameraman qui les preneurs de son sont.

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