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118 articles publiés dans le kiosque pendant l'année 2001.

18 décembre 2001

Lyon Capitale
  • 26 avril 2000, L'anti-tout attachant > Lyon Capitale N° 271 - mercredi 26 avril 2000 Article original sur http://www.lyoncapitale.fr/anciens/sup-271-musique.html Renaud, le visage pâle, fait sa réapparition après cinq ans d'absence. Et il n’est pas encore largué. L'anti-tout attachant Indubitablement, l'engouement de la jeunesse pour Renaud assied le chanteur comme une valeur sûre. Étonnant, Renaud séduit encore les adolescents aujourd'hui. Comme Indochine, le père Séchan se paye une sacré cote de popularité auprès des 15-25 ans qui se ruent sur sa nouvelle tournée. Certes, on connaissait l'engouement des nostalgiques de la panoplie Santiags-Perfecto-bandana pour le titi gouailleur. Malgré cinq ans d'absence discographique et un refus catégorique de se livrer aux médias, l'auteur-compositeur-interprète les fait toujours vibrer, leur vendant à tour de bras toutes ses fameuses galettes. Mais, on avait du mal à croire que la star d'il y a 20 ans, le chanteur énervé-énervant, ait de quoi ensorceler une jeunesse désormais plus aux prises avec les semelles compensées, les t-shirt moulants et autres survet’ imposés par les musiques en vogue que le vieux jean à trous. D'autant plus même lorsqu'on sait que c'est Pascal Obispo qui lui tient lieu d'idole absolue dans le domaine de la chanson française. Eh bien, c'était sans compter sur les fans de la première heure de l'artiste rebelle, aux cheveux jaunes et au blouson noir, qui ont su refiler le virus à la nouvelle génération. Un nouvel album en prévision Comme la précédente, celle-ci s'est laissée prendre au jeu de cet anar, écolo, antiraciste, antimilitariste, anticlérical, antitrust… et de ses chansons. Sans pour autant adopter le look du gavroche, et notamment ses badges, ce nouveau public a succombé au charme de ce personnage plus attachant par sa personnalité que par, il est vrai, ses qualités artistiques. D'accord, Renaud a beau chanter faux mais le bonhomme n'a jamais bougé d'un iota et fait partie des premiers à avoir chanté la cité (cf. Mon HLM), en verlan de surcroît. Bref, avec son engagement et sa poésie, la gueule noire du film de Berry, Germinal, est devenue une véritable institution. En attendant la sortie prochaine d'un nouvel opus, le “visage pâle” repart en tournée mais sans la grosse cavalerie cette fois. À trois sur scène, accompagné d’une guitare et d’un piano, le pote de Coluche revisite sa carrière et ses plus grands succès. Des titres comme Laisse béton, Marche à l'ombre, En cloque, Dès que le vent soufflera… que l'auteur interdit de passage radio à ses débuts avec Hexagone vient de rééditer sur une compilation. À l'heure où les années quatre-vingt connaissent un revival auprès du jeune public, l'engouement pour Renaud intervient comme la consécration d'une valeur sûre, ce qui n'est pas le cas d'Indochine. Richard L
    • Look "renaudien"
    • Pascal Obispo
    • Cinéma Germinal
    • Pays Indochine

11 décembre 2001

Stars
  • , Chanson Ethiopie > Stars - Dates inconnues Ces derniers temps, la Renaud-mania a remontré le bout de son nez. Pas à cause de son album, dont les ventes commencent quand même à se tasser, ni à cause de sa tournée, qui est maintenant bien loin, mais en raison de sa participation active à l'opération " Chanson pour l'Ethiopie ". Un projet que certains ne se sont pas privés de critiquer de militantisme ringard, de mode ou d'autopromotion déguisée… Le militantisme ringard, Renaud est trop nuancé dans ces propos pour que l'on puisse l'en accuser. Il a déjà trop souvent manifesté un certain scepticisme devant telle ou telle organisation pacifiste, tiers-mondiste ou antiraciste, pour que l'on puisse lui reprocher de s'enflammer naïvement pour toutes les causes. Ce qui ne l'empêche pas, à l'occasion, de dénoncer le racisme et l'injustice, ou de participer à certains galas de soutien. La mode, Renaud a suffisamment montré qu'il n'en avait rien à cirer. Suffit de regarder sa coupe de douilles, qui, même s'il vient de la changer récemment, reste quand même largement en dehors des normes en vigueur. Par ailleurs, lorsqu'il a décidé de se lancer dans ce projet, Renaud ignorait tout du Band Aid et de USA For Afric, dont il n'avait jamais entendu les disques. C'est dire si la mode le préoccupe… Enfin, en ce qui concerne l'autopromotion, on vient suffisamment de faire le point sur le succès de Renaud pour qu'on comprenne que celui-ci n'a pas besoin de passer par ce genre de biais pour vendre sa salade. D'ailleurs, et on l'ignore souvent, ce n'est pas Renaud mais la chanteuse Valérie Lagrange qui est à l'origine du projet. Elle l'appelle un jour, lui parle de Bob Geldof, de " Do They Know It's Christmas ", de " We Are The World ", et de " Tam Tam pour l'Ethiopie ", et elle lui soumet l'idée de réunir quelques chanteurs français autour d'une chanson qu'elle lui propose d'écrire. Renaud est flatté et intéressé, mais il est lui-même en plein travail sur de nouvelles chansons, et avoue qu'il se sent un peu démuni d'idées sur la manière d'aborder un tel problème. Mais il parle autour de lui, et l'un de ses musiciens lui apporte un jour une mélodie qui le fait craquer. Ce musicien, c'est Franck Langloff, qui avait déjà composé plusieurs morceaux de son dernier album. En écoutant cette mélodie, Renaud sent les mots lui venir au bout du stylo, et la chanson naît en quelques heures. Il n'y a plus qu'à rappeler Valérie Lagrange. Celle-ci, en compagnie de Franck Langloff et de Thomas Noton, est directeur chez Pathé-Marconi, et de maison de disques a accepté de produire la chanson sans faire aucun bénéfice. La sélection est complètement arbitraire : on en parle avant tout aux gens avec lesquels on se sent des affinités. Des Sardou et des Dalida se plaindront après de n'avoir pas été contactés, et Renaud leur répondra sèchement qu'ils n'ont qu'à faire leur propre chanson… En quelques jours sont rameutés par ordre alphabétique : Hugues Aufray, Josianne Balasko, Didier Barbelivien, Axel Bauer, Michel Berger, Richard Berry, Gérard Blanchard, Francis Cabrel, Luis Chedid, Christophe, Julien Clerc, Coluche, Charlélie Couture, Hervé Cristiani, Michel Delpech, Gérard Depardieu, Olive de Lili Drop, Diane Dufresne, France Gall, Jean-Jacques Goldman, Goteiner, Jacques Higelin, Catherine Lara, Maxime Leforestier, Jeane Manson, Nicolas Peyrac, Véronique Sanson, Alain Souchon, Jean-Louis Aubert, Diane Tell, Fabienne Thibault, Trust et Laurent Voulzy. Il y aura quelques oublis, quelques refus polis, et des réponses désolées de Balavoine, Bashung, Jeanne Mas et Gainsbourg, qui sont impérativement retenus ailleurs pour des raisons professionnelles ou familiales. La chanson est enregistrée dans la bonne humeur, comme le montre le clip, et quelques semaines plus tard, elle monte en tête du Top 50 et se classe parmi les meilleures ventes de 45 tours jamais réalisées dans le pays…
    • Album "Chanteurs pour l'Ethiopie"
    • Valérie Lagrange
    • Bob Geldof
    • Franck Langloff
    • Tomas Noton
    • Hugues Aufray
    • Josiane Balasko
    • Didier Barbelivien
    • Axel Bauer
    • Michel Berger

3 décembre 2001

Quelques nouveaux thèmes et commentaires d'articles.

22 novembre 2001

Les autres articles de la Voix du Nord.

La Voix du Nord
  • ?-05-93, Le Coup de cœur de Renaud pour la Chanson du Nord > La Voix du Nord - .. /05/1993 Le Coup de cœur de Renaud pour la Chanson du Nord Douze titres pour un disque tout neuf Renaud bientôt en concert à Lille... On parle beaucoup de ce chanteur, en ce moment, dans la région. Lui, comme souvent, se fait discret et prudent, même si le jeu classique artiste-médias fait partie du métier qui est le sien. Il est content, Renaud, d'avoir enregistré à Lille, cet hiver, son dernier C.D. "Renaud cante el'Nord". De passage, hier, à Lille, il nous confiait : « J'ai vraiment l'impression que c'est un disque de moi. C'est mon bébé... ». Un bébé aux parents multiples, pourtant, puisque ce nouveau disque est composé de 12 chansons déjà inscrites dans le répertoire de deux artistes du Nord : Edmond Tanière et Simon Colliez. Le premier, un ancien mineur devenu chanteur, est décédé accidentellement, voici deux ans. Le second "tourne" depuis plusieurs années dans la région, avec un paquet de chansons (plus de 150) bien ficelées, inspirées de situations et de personnages réels, glanés dans cette région du Pas-de-Calais qui est la sienne. Auteur-compositeur, Renaud l'est, bien sûr, mais cette fois, il reconnaît : « Ça fait du bien d'être interprète... ». Sur le tournage de Germinal Ce disque qui sort actuellement est une suite directe de la présence de Renaud sur Germinal, le film de Claude Berri. C'est là qu'il entendit des figurants fredonner en patois des chansons du Nord. Surpris, il crut un instant qu'il s'agissait de vieux airs traditionnels puis apprit que ces textes et ces mélodies étaient, on ne peut plus contemporains (ou presque). Le déclic se produisit très vite. Même si son grand-père "Oscar", était mineur dans le Nord, Renaud n'a guère de souvenirs liés à la région. Pourtant, à l'âge de 6 ans, il se rappelle avoir participé à des réunions de famille aux environs de Liévin. Et malgré plus de 20 ans d'absence, il reconnaît ; « Quand je viens dans le Nord, je sais que je me sens chez moi !». Retour aux sources, coup de cur, ce disque est tout cela. Sur la pochette du C.D., Renaud est assis sur une estrade en bois. Un accordéon aux lanières passées sur les épaules ; un enfant est assis sur une chaise et des demis de bière sont posés à même le sol. Image sans âge, sobre et très belle. A l'écoute, des histoires et des gens : le vieux mineur "Tout in haut de ch'terril"; "el'pinsionnée"; "eun'goutt'ed'jus", sans oublier "Y'in a qu'pour li", cette chanson de Simon Colliez où l'homme est jaloux du "p'tit chien à sa mémère!". « La vie des petites gens qui touche le cœur » Autant de tableaux dont Renaud a aimé l'humour et l'authenticité : « Ce n'est pas différent des disques précédents ; il y a des choses rigolotes, d'autres plus tristes ; c'est le même esprit ». Des chansons comme il les aime : « La chanson populaire, réaliste, c'est la plus belle, la plus noble. Celle qui raconte la vie des gens, des petites gens, qui touche le cœur... ». Il sait que ce disque ne laissera pas les gens du Nord indifférents ; ailleurs, comment sera-t-il perçu ? Réponse : « C'est l'inconnu total ; ce n'est pas vraiment un souci. Je ne vise pas les scores. Je ne me suis pas fixé un niveau de disques vendus à partir duquel je serai content. Ce sera la surprise. Au départ, je me suis dit que ce disque était fait pour les gens du Nord ; après, que ça devait toucher tout le monde... ». M.BERRY 12 titres et leurs auteurs Les 12 chansons de « Renaud cante el'Nord » : "Tout in haut de ch'terril" (Arthur Wéry/Charlys); "El'pinsionnée" (Edmond Tanière); "Ch'méneu d'quévaux" (Arthur Wéry); "Les tomates" (Roland St-Yves); "Le tango du cachalot" (R. St-Yves et Edmond Tanière); "Adieu ch'terril d'Rimbert" (Guy Dubois et Simon Colliez); "Eun'goutt'ed'jus" (E.Tanière); "M'Iampiste" (trad. Adaptation E. Tanière); "Y'in a qu'pour II" (Simon Colliez); "Les molettes" (Edmond Tanière); "I bot un d'mi" (Simon Colliez); "Du qu'i sont" (Guy Dubois/Simon Colliez). Renaud sur le tournage de Germinal,
    • Relations avec les médias
    • Album Renaud cante el' norte
    • Cinéma Germinal
  • 9 février 1994, Une Victoire en Nord pour Renaud > La Voix du Nord du 09/02/1994 Une Victoire en Nord pour Renaud Décidément, 1993 aura été une année "en Nord" pour Renaud ! Avec la "Victoire de l'album de musiques traditionnelles de l'année" pour son disque "Renaud cante el Nord", c'est là consécration d'une démarche à la fois originale et «viscérale» de la part de ce chanteur qui n'est jamais avare d'engagements personnels. 1992 : Renaud vit sa première expérience d'acteur dans un film dont on parlera beaucoup "Germinal"; est-ce la peine de la nommer ? et qui, lui aussi, s'annoncera quelques semaines après sa sortie sur les écrans, comme un succès commercial indéniable. Mais ce nouveau "Lantier" de Zola, qui connaîtra des moments tendus et difficiles pendant le tournage, sous la houlette d'un Claude Berri intraitable, profitera des nombreux temps morts entre les prises de vue pour découvrir les chansons du Nord que fredonnent des figurants. Un "déclic" entre ces hommes du Nord et le chanteur-acteur, dont le grand-père était mineur, se produit alors. Et son envie d'enregistrer un disque ne tardera pas. Comme Renaud est dans la région pour plusieurs mois, il enregistrera aussi dans la région : à Lille, aux studios Gorgone que le chanteur a d'ailleurs remerciés lors de la cérémonie de remise des récompenses, lundi soir. A de nombreuses reprises, il fera la route entre Valenciennes et Lille, après le tournage, pour ce C.D. de douze titres empruntés essentiellement à deux chanteurs du Nord : Edmond Tanière (mort en 1991) et Simon Colliez. Avant de les chanter en public, lors du fameux festival "Wazemmes l'accordéon", en juin dernier. Renaud, lors de la sortie du disque, en mai dernier, dira : «J'ai vraiment l'impression que c'est un disque de moi. C'est mon bébé... ». Ils seront nombreux à se pencher sur le berceau de ce bébé très attendu, chantant des airs devenus aujourd'hui de grands succès : "Tout in haut de ch'terril", "M'Iampiste" ou "Eun' goutte edjus". Une attention qui aura porté ses fruits puisque plus de 200.000 exemplaires du C.D. ont été vendus à ce jour, tant dans notre région (50.000 disques) que dans l'ensemble de l'Hexagone M. BERRY Un grand bonheur «C'est un grand bonheur, surtout quand on n'en a jamais eue », a commenté Renaud à la suite de cette "Victoire de la musique"; «C'est une vraie victoire puisque c'est le public qui la décerne mais aussi les gens du métier ; être aimé à la fois du public et de ses pairs, c'est rare !». A la question de savoir ce qu'il ressentait pour cette récompense dans la catégorie "musique traditionnelle", il a dit notamment : «D'abord, j'ai été un peu vexé puisque je n'ai jamais obtenu de victoire pour mes propres chansons ; mais ensuite, je me suis dit que cette récompense allait aussi aux auteurs-compositeurs des chansons et que c'était bien ainsi ; ça prouve aussi que les gens ont été touchés, même dans un métier où tout le monde est blasé... Finalement, cette victoire "hors carrière" me fait encore plus plaisir ».
    • Victoires de la Musique
    • Album Renaud cante el' norte
    • Cinéma Germinal
  • ?-11-99, Renaud revient en force > La Voix du Nord de Novembre 1999 Jeudi 11, à Aulnoye Renaud revient en force Tout comme Maxime Leforestier, Renaud aime varier les plaisirs : aucun spectacle ne ressemble à l'autre. Le public aime et en redemande, reprend une rasade. L'ambassadeur de la chanson bien française et du bandana rouge devrait faire de nouveau salle comble à Aulnoye-Aymeries, le jour du 11 novembre. Cette fois, Renaud donnera dans le sobre, presque l'épuré : (avec Alain Lanty, tout de même) composeront les seuls atouts du spectacle. Mais quels atouts. Le trio ne laissera sans doute pas de marbre les fans présents depuis le début du chanteur a la « chetron sauvage ». Jeudi 11 à 18h, théâtre Léo Ferré à Aulnoye.
  • 19 juillet 1996, C'est le Nord qui prend l'homme > La Voix du Nord du 19/07/1996 Renaud est revenu hier soir, pour un concert unique… et quelques confidences. C'est le Nord qui prend l'homme Cheveux coupés, roux et en bataille, treillis kaki et lunettes de Soleil, Renaud est arrivé, en milieu d'après-midi, hier, pour monter presque aussi sec sur la scène. Répétition sérieuse obligatoire avant le concert du soir, car lui et ses six musiciens n'ont pas répété depuis un mois. Ce qui lui fait dire qu' « il faudra être indulgent avec nous, ce soir ». Réponse demain lorsque nous reviendrons sur le concert, et la façon dont il s'est déroulé. C'est à l'appel de la Caravane des quartiers qu'il est venu à Valenciennes. Copain d'un des organisateurs (un membre de la Mano Negra), il aime bien ce qu'ils font au cours de leurs étapes. C'est pour ça que, même si ça n'est que la première fois qu'il travaille avec eux, il les a aidés à financer le tout. De plus, il reversera les bénéfices de ses trois prochains concerts (à Berck, Spa et Carcassonne) à la Caravane. Quand il aime, il ne compte pas. Générosité Généreux, Renaud l'est aussi avec les Valenciennois. Surtout ceux qu'il a connus lors du tournage de "Germinal", il y a bientôt quatre ans :« J'espère bien retrouver de vieux potes, qui ont été figurants dans le film. Je ne les connais pas tous, mais je suis bien copain avec une cinquantaine d'entre eux ». Quand on lui demande ce que ça lui fait de revenir dans la cité des Dentellières, il répond juste : « Ça me rend nostalgique ». Il faut dire que lors de son long passage dans le Valenciennois, Renaud n'a pas fait qu'un film. Membre de l'association, Germinal, créée par Claude Berri, parrain du comité de soutien du terril des Orchidées, Renaud a laissé des traces dans le coin. Peut-être parce que la région correspond plus à ses chansons que le reste de l'hexagone. «C'est sûr que je préfère donner un concert ici que sur la Côte d'Azur, même, si je n'apporte que de la musique », explique-t-il. Malheureusement, même si les idées étaient bonnes au départ, la suite ne correspond pas toujours à ce qu'il aurait aimé. Exemple : le projet de l'association (qui pourrait se concrétiser sous une autre forme) de créer une brasserie artisanale pour vendre de la bière "Germinal", histoire de donner un (petit) coup de pouce à l'emploi. Miss Maggy Mais les "miss Maggy" que Renaud dénonce dans sa chanson du même nom n'en auraient pas voulu ainsi : « Une fois de plus, l'administration, la politique, ou peut-être même quelques magouilles ont coulé un beau projet ». N'empêche, Renaud était là hier, sur le parking du stade Nungesser. Un endroit « mythique » pour ce supporter de l’OM, « au moment où le club en a vraiment besoin, pas quand tout marchait bien pour lui, quand on pouvait voir toutes les stars du show-biz et de la politique dans les gradins ». Une pierre de plus dans les jardins des politiciens... Malgré toutes ces déceptions, Renaud garde espoir. Pas question de laisser béton. A croire qu'il attend son tour, toujours en train de chanter (un nouvel, album est en préparation), de faire des films. Pour être prêt dès que le vent soufflera... Vincent TRIPIANA
    • Cinéma Germinal
    • Sport Olympique de Marseille
    • Sport Football
  • 20 septembre 1993, Renaud-la-générosité > La Voix du Nord du 20/09/1993 Renaud-la-générosité Chacun le sait maintenant, Renaud, alias Etienne Lantier dans le « Germinal » de Claude Berri, a retrouvé les gens du Nord -et du Pas-de-Calais, leur générosité, pendant le tournage de l'adaptation filmée du célèbre roman de Zola. L'occasion, aussi, pour ce petit-fils d'un mineur de la fosse 4 de Lens, de renouer avec ses origines. Le premier juin dernier, Edouard Papalski, l'organisateur, de la fête au village d'Hesdigneul (une fête qui draine, chaque troisième dimanche de septembre, plusieurs milliers de visiteurs vers ce village de 800 âmes situé près de Bruay-La-Buissière), lui envoyait une lettre s'étonnant que toutes les manifestations liées à la sortie du film se fassent (presque) uniquement dans le département du Nord. Pour Renaud, cette supplique relayait « des propos déjà entendus ». N'en ayant eu connaissance que vendredi dernier, deux jours avant la tenue de la fête, ', donc, il décida aussitôt d'y répondre favorablement, prenant à sa charge le rapatriement de ses onze musiciens et du matériel ad hoc. Son tour de chant, il le fit devant des gens « qui me considèrent comme un des leurs ». Bref, Renaud-Lantier était là très à l'aise. Beaucoup plus, sans doute, qu'il ne le sera à Lille, le 27 septembre prochain. En aparté, il nous a confiés : « J'aimerais être dans un trou de souris ce jour-là ! ». Bah, « Le métier doit rentrer !», disaient à peu près les mineurs d'autrefois. J.-M.O.
    • Cinéma Germinal
  • 24 avril 1993, Renaud et le Nord : Un disque et un concert > La Voix du Nord du 24/04/1993 Coup de Foudre Renaud et le Nord : Un disque et un concert L'histoire d'amour qui lie Renaud à notre région depuis le tournage de Germinal, ne pouvait que se traduire en chansons : celles que le chanteur a repris d'Edmond Tannière et de Simon Colliez, leur filant au passage un sacré coup de pub. Le tournage est terminé depuis un mois et demi (le film de Berri sortira, rappelons-le, en octobre), Renaud a réintégré ses pénates parisiens, mais en souvenir des six mois qu'il a passés à Valenciennes (où sa mère, avant lui, avait vécu), il nous délivre le plus beau des messages d'amour. Sous la forme d'un album annoncé chez Virgin pour le 21 mai. Pour ces chansons « ch'tis », le « titi » s'est fait accompagner d'une guitare, d'un accordéon et d'une batterie. Mais ce n'est pas tout. Ce disque, Renaud viendra lui-même en faire la promotion dans notre région, huit jours après sa sortie : le chanteur donnera un concert gratuit le samedi 29 mai à Lille. C'est plus qu'un coup de cœur, un vrai coup de foudre...
    • Cinéma Germinal
    • Album Renaud cante el' norte
  • ?-?-96, Renaud : une étape de plus dans le Nord > La Voix du Nord du 04/12/1996 Renaud : une étape de plus dans le Nord Renaud a fait étape à Lille, lundi soir. Devant une salle comble et pour une soirée ô combien chaleureuse. L'occasion de retrouver, quelques années après, l'interprète de Lantier dans Germinal. En septembre 1993, Renaud se trouvait dans la même salle que cette semaine ; mais pas sur la scène : sur les fauteuils du Nouveau Siècle, au milieu du public et aux côtés de Claude Berri, de François Mitterrand, de Jean Carmet pour la première du film tiré du roman de Zola. N'épiloguons pas d'avantage. Le temps a passé ; ce souvenir nest pas forcément excellent dans la mémoire de Renaud. Meilleur l'est sans doute celui du festival daccordéon en plein Wazemmes, quelques mois plus tôt. Bref, Renaud et le Nord, c'est toute une histoire. - Comment se présente cette tournée 96 ? « Dans ma précédente tournée, javais un orchestre de cordes et de cuivres, avec dix-neuf musiciens. Cette fois, ils sont sept et je suis revenu à un style plus acoustique, encore que ça ne veut pas dire grand chose. Il y a huit ans que je nétais pas parti en tournée. » - Et les chansons de Brassens, quelle place tiennent-elles dans le concert ? « II n'y a que deux chansons. Je crois que les gens sont là pour écouter Renaud. Brassens, cest une petite respiration... J'ai enregistré ce disque de chansons de Brassens en hommage à ce type que beaucoup de gens de ma génération ne connaissent pas...ou qui se disent que c'était un papy qui faisait de la chanson de qualité ! » - Et l'écriture ? Vient de sortir chez Ramsay « Envoyé spécial chez moi » : un livre d'auteur ? » « Ce n'est toujours pas un vrai bouquin. C'est une série de chroniques que javais écrites pour Charlie Hebdo entre janvier 1995 et juin 1996. Mon éditeur m'a demandé d'en faire un livre à la suite de Renaud bille en tête, je lai fait. » - Quel souvenir marquant garderez-vous de votre passage à Lille cette année ? « Je suis allé au musée dhistoire naturelle. Je suis émerveillé par la connaissance, lart, la culture, la science, le savoir. Le musée de Lille est un vrai plaisir ! » - On approche de l'an 2000 ; comment voyez-vous cette échéance ? « Je ny pense pas vraiment ; je me dis simplement que ma fille aura vingt ans ! » Michel Berry
    • Politique F.Mittérand
    • Cinéma Germinal
    • Album Renaud cante el' norte
    • Album Renaud chante Brassens
    • Georges Brassens
    • Chroniques Charlie-Hebdo
  • , Renaud a « regoûté » à Germinal > La Voix du Nord Date inconnue Avec Claude Berri, le chanteur a découvert le dernière brassée à Saint-Amand Renaud a « regoûté » à Germinal « Elle n'est pas mauvaise du tout cette bière. Pour moi qui les aime très blonde, très amère, c'est parfait. » Petit sourire en coin, Renaud apprécie en connaisseur la « Germinal », dernière cervoise brassée à Saint-Amand-les-Eaux. Avec son pote Jean-Roger Milo et le cinéaste Claude Berri (mais sans Depardieu ni Miou-Miou...), le chanteur qui prend parfois la mer a débarqué samedi dans la cité de l'eau. Histoire de rappeler que l'association Germinal existait toujours, « même de façon modeste ». Les artistes réunis ont ainsi touché leur premier chèque (1 500 F) du brasseur Olivier Forest, en vue de soutenir différents projets économiques.
    • Vie Bière
    • Cinéma Germinal

21 novembre 2001

Voici le premier des 9 articles de la Voix du Nord que Christian J. m'a envoyés.

La Voix du Nord
  • 1er juin 1993, Quand Renaud « cante el Nord », la mer monte à Wazemmes > La Voix du Nord - 01/06/1993 Quand Renaud « cante el Nord », la mer monte à Wazemmes Rarement un concert avait fait tant parler de lui avant même quil ne commence : celui de Renaud chantant les titres enregistrés dans son dernier CD composé uniquement de textes en patois du Nord. Un récital qui concluait le Festival « Wazemmes laccordéon », commencé huit jours plus tôt. La rumeur, une fois encore, avait gonflé l'événement, les jours précédents. On attendait une foule astronomique, on évoquait des débordements éventuels. Mais la réalité ne fut pas vraiment cela. Un public chaleureux, certes, et plusieurs milliers de personnes, moins sans doute que ce que l'on avait pu annoncer... Quatre à cinq mille personnes se sont retrouvées sur le coup de 10 heures du soir sur cet énorme terrain vague entre la rue d'Iéna et la place de la Nouvelle-Aventure. Services de sécurité à l'entrée et forces de police sont là pour parera toute éventualité. La foule, doucement, s'est infiltrée entre les barrières. Depuis le début de la soirée, l'accordéon a repris ses droits au cur de Wazemmes ; deux groupes se suivent sur le large podium installé au fond du terrain : « Wazem » et « Les frères Brozeur ». Une brève pause, puis voici venu Renaud sur scène. Blouson en cuir noir, tee-shirt rayé et foulard rouge autour du cou. Première chanson comme sur le disque, lune des plus connues : « Tout in haut de chterril », lhistoire de celui qui passe ses vacances tout là haut, jusquà ce quil ne puisse plus y grimper. « Ca va mes gins ? ». Renaud laffirme, il a enregistré ses chansons en patois du Nord, mais il nest pas là pour parler en chtimi. Point trop nen faut. Il dit, entre deux chansons, quil est content davoir pu participer, via la musique rock, à la réhabilitation de laccordéon. Il salue « le maire de Wazemmes » et les organisateurs du festival, et visiblement, il est content dêtre là. En face, il y a le maire de... Lille, Claude Berri et Cédric, le petit garçon que lon voit en arrière plan sur la pochette du disque. Ambiance Germinal indissociable de cette soirée qui fait suite à la longue rencontre de Renaud avec le Nord, à l'enregistrement du disque à Lille cet hiver. Sur la scène, une dizaine de musiciens et de choristes; presque tous des « Premiers Prix du Conservatoire de Lille » et, dit Renaud, « Casadesus, naura plus rien !» Tous des complices de ce disque aux accents du Nord. Des chansons qui, en plein cur de Wazemmes, auront fait revivre «Elpinsionnée», «Les tomates », «Le tango du cachalot » ou le souvenir de «ch'terril d'Rimbert» qui « est parti rogné par chés bulldozers » Autour du terrain où la scène, vue de loin, ressemble à un étrange navire dont le mât serait le clocher de l'église St-Pierre, des habitants du quartier se sont assis sur les appuis de fenêtres des maisons.' Comme autant de passagers , embarqués sur ce bateau. Renaud a chanté (pas ce soir-là), « c'est pas lhomme qui prend la mer, cest la mer qui prend lhomme » II a juré qu'il rembarquerait un de ces jours dans l'univers des chansons du Nord avec « Quand la mer monte » et dautres titres  « de chez nous ». A bientôt sur les quais de Wazemmes ou dailleurs Michel Berry
    • Album Renaud cante el' norte

14 novembre 2001

La Voix du Nord
  • 13 mars 1986, Renaud à Lomme background="../communs/faldofond2.jpg"> Article paru dans La Voix du Nord le 13 mars 1986 RENAUD A LOMME Une multinationale de cœur à lui tout seul Quand il était une bande de jeunes, à lui tout seul, Renaud se trimbalait partout avec sa vieille guitare sous le bras. Aujourd'hui il est presque devenu une multinationale, Renaud, et le bilan chiffré, impressionnant, s'impose. Le nombre de ses potes d'abord : seize mille en deux soirs, hier et avant-hier A Lomme, près de Lille. Et, coté régie. Renaud ce n'est pas mal non plus : quatre semi-remorques et une quarantaine de personnes, ce qui est loin d'être trop pour monter la sono et le décor (neuf heures de montage chaque jour !). Un décor complètement fou, que Renaud avait envie de s'offrir, qu'il avait envie d'offrir à son public. Un décor de B.D., totalement surréaliste dans lequel il se passe toujours quelque chose. Un décor au milieu duquel un « poor Lonesome » héros, promène ses santiags fatiguées et ses histoires à rêver debout. Des histoires écrites à l'encre sympathique même lorsqu'elles cognent. Parce que Renaud se dit incapable de 'faire du mal volontairement. D'ailleurs, son truc à Renaud, c'est la sincérité, la spontanéité, cette espèce de chaleur indéfinissable que seuls possèdent les artistes vraiment populaires. Et il l'est tellement, populaire, Renaud, qu'il a fallu lui monter un chapiteau à Lomme. Un chapiteau énorme, à la « Barnum ». Avec de la paille par terre et de la sueur sur les bâches. Avec une réverbération assez désagréable question son. Mais avec une atmosphère irréelle qui va tellement bien à la « chetron sauvage », à  Renaud l'indomptable... P.J.
  • 25 mars 1986, Renaud en zone bleu background="../communs/faldofond2.jpg"> Article paru dans La Voix du Nord le 25 mars 1986 RENAUD EN ZONE BLEUE Même en cherchant bien, vous n'avez aucune chance de repérer la « mob » de Renaud, garée à la porte des salles de concert où il se produit (1). Renseignement pris auprès de l'intéressé, Renaud n'a plus de «mob». Et c'est tant mieux, parce que même avec des grandes sacoches,  il n'aurait pas pu emmener les deux disques de platine et le disque d'or qui consacrent 75O OOO albums « Mistral gagnant » déjà vendus et qu'on lui a remis jeudi dernier dans les loges du Zénith, tandis qu'il bousculait négligemment un flipper pour tenter de gagner à la loterie. Ça ne fait plus partie de son univers, les « mobs ». C'est comme la « zone ». Maintenant, Renaud gare ses rêves en zone bleue. Bleu-mer comme son étonnant et superbe décor de scène : un véritable port de pêche, avec ses mouettes rieuses, son bistrot où on sirote le « passetisse », avec son bateau de pirates, le  Karaboudjan » (carambar, bout d'zan ?). Bleu-horizon, comme la ligne où il plonge son regard d'homme libre aux poches pleines d'histoires. Renaud appartient à cette race bénie des conteurs. Il écrit des histoires magiques, parce que suffisamment proches de nous pour être crédibles et suffisamment folles pour conserver l’aura de l'imaginaire. Alors tout naturellement, son spectacle à la beauté fatale des belles histoires (parfois féroces) que les papas et les mamans racontent pour endormir leurs enfants. Des histoires que quand Renaud vous les raconte, vous avez envie de sucer votre pouce et de vous coucher dans position du fœtus. Parce qu'en plus. II les racontent drôlement bien, ses histoires. En 2 h 30, il aligne tous ses hits avec une élégance toute populaire, qui peut le faire passer d'un solo d'accordéon anachronique, à une idée vraiment ringarde (un « pot pourri». En 1986 !) sans jamais paraître ringard. Parce que Renaud est spontanément populaire, avec les défauts que cela implique : il parle beaucoup, et il caresse un peu trop le public dans Ie sens du poil. Mais avec les qualités aussi. A savoir, un sens inné du contact. Ses chansons grimpent au cerveau aussi vite qu'une bouffée d'ammoniaque. Et son spectacle, est l'un des plus aboutis que l'on puisse voir parce qu'il est généreux et qu'il fourmille de trouvailles (notamment visuelles). De ces spectacles trop beaux pour qu'on puisse en parler sans tomber dans la phrase creuse (voir ci-dessus). A moins d'être poète, mais je ne suis pas poète. Et Je n'oserais pas écrire que j'avais les yeux embués d'émotion en sortant du Zénith un certain jeudi 20 mars, de peur de passer pour un nigaud de première (quand on est journaliste, il est de bon ton de ne pas aimer certains artistes : Goldman, Thiéfaine, Renaud...). Je préfère ne rien dire du tout. Laissons plutôt parler l'artiste. Plus souvent lâche que timide V.D.N. : Tes fans osent-ils encore t’approcher ? RENAUD : Ceux que j'aimerais voir, non, ils sont terrorisés. Quand ils me rencontrent dans la rue. Ils sont tellement étonnés de voir que j'achète du pain et du steak haché comme eux, qu'ils n'ont pas le temps de réaliser et de me demander quoi que ce soit. Les pochtrons par contre n'ont pas peur, eux. RENAUD : Hier soir, je rentre chez moi à trois plombes, et il y en avait deux dans mon escalier, qui commencent à me demander pourquoi Je ne chante plus « Hexagone », qui m'invitent à redescendre boire un pot avec eux. Ça me gonfle, ils sont toujours là quand il ne faut pas. Quand tu t'es engueulé avec ta gonzesse ou quand t'es à la bourre parce que tu dois conduire ta gosse à l'école. Si tu les envoies promener, t'es un enfoiré, si tu leur donnes le petit doigt, ils prennent le bras. V.D.N. : Alors tu leur donnes quoi? RENAUD : La main, l'avant-bras... mais je les comprends. A 16 ans, je dormais dans l'escalier d'Hugues Auffray... Je déteste l'idolâtrie et la fascination que je peux exercer sur ces mômes, car c'est pas humain. Soyez vous-mêmes, pas vos idoles ! Je ne peux rien donner de plus que ce que je donne dans mes chansons. V.D.N. : On dit que tu es un grand timide. RENAUD : Je suis plus souvent lâche que timide. Quand je ne sais pas dire non et que Je dis oui, on croit que c'est par gentillesse, en fait, c'est de la lâcheté, la peur de faire mal. Comme hier soir avec ces deux mômes de 18 ans. J'aurais dû les fiche dehors, leur expliquer que j'étais crevé, que c'est chez moi... Mais à la place, de peur de passer pour un enfoiré, j’ai discuté avec eux pendant vingt minutes. V.D.N. : Ta vie, c'est la chanson ? RENAUD : Non ! Ça la remplit bien, c'est une de mes passions. Ma vie, c'est mes potes, ma famille, ouvrir les yeux te matin et voir que je suis le et qu'il fait jour. La chanson m'est tombé dessus un peu par hasard. Ce qui me plaît, c'est les deux heures sur scène, et le moment où je chante pour la première fois une nouvelle chanson à ma gonzesse. Le reste, la promotion, la maison de disques...Pffft... Je préfère ça à l'usine ou au chômage, mais c'est pas ça qui me fait vivre. Le  contrat du siècle V.D.N. : Ton public n'a-t-il pas du mal à comprendre qu’un « chanteur loubard» de gauche signe le «contrat du siècle» avec une maison de disques comme tu l'as fait avec Virgin ? RENAUD : Je ne sais pas ce que mon public pense de ce contrat du siècle entre guillemets. J'ai surtout eu des réactions de journalistes. Apparemment, vu l'affluence chaque soir, ça ne doit pas trop gêner mes fans. Ils ont peut-être le bon goût de penser que c'est mérité, que c'est de l'argent gagné proprement. Pourquoi j'aurais honte ? Même si j’ai parfois du mal à assumer... Ce qui compte, c'est la façon de dépenser ton fric : si j'achetais une Rolls, des villas sur la côte, que je passais toutes mes nuits chez Castel, je ne dit pas... V.D.N. : Un canard parisien t'as récemment attaqué sur ton accent  RENAUD : J'ai un accent ? J'ai pas l'impression de parler comme Maurice Chevalier ou comme Coluche. C'est peut-être pas la voix et l'accent que j'avais à 18 ans. Et je ne parle pas de la même façon à un loubard qu'à une salle de 7.000 personnes. V.D.N. : La vieillesse te fait peur ? RENAUD : Non... j'aime bien... Ouais ! C'est synonyme de sagesse pour moi (il a 33 ans - N.D.L.A.). Je m'y fais très bien. Je me vois assis sur un banc de pierre dans un village du sud de te Loire, à regarder passer les gens, appuyé sur ma canne. Ça me fascine. V.D.N. : La «zone», c'est quoi pour toi ? RENAUD : Je ne sais pas... T’as qu'a mettre trois petits points, comme ça, tes gens qui ne m'aiment pas diront que je sais même plus parler de la zone !... V.D.N. : Et le plaisir ? RENAUD : Le plaisir, c'est voir ma fille entre ma femme et moi dans le lit, le matin. Non, ça ce n'est pas le plaisir, c'est le bonheur. Le plaisir ? La fin d'une interview ! Patrick JANKIELEWICZ               (1)     Renaud se produira à Lille sous chapiteau (Esplanade) les 11 et 12 avril prochains à 20 h 30. Pour tout renseignement. tel : 30.30.72.30. Prix des places 115 francs et 100 francs (groupes).
    • Fans de Renaud
    • Hugues Aufray
    • Virgin : Contrat du siècle
    • Vie Vieillir
  • 6 janvier 1993, On a volé la guitare de Renaud > Article paru dans La Voix du Nord le 6 janvier 1993 On a volé la guitare de Renaud Renaud a le blues. Pendant les fêtes, il s'est fait dérober sa guitare, parmi d'autres choses. Cette guitare, il y était  particulièrement attaché. Sous le titre "Stances à un cambrioleur" emprunté à Brassens, il a fait parvenir cette "con-plainte" à notre rédaction de Valenciennes. Du Renaud dans le texte. «... Respectueux du brave travailleur, tu n'as pas cru décent de me priver de ma guitare, solidarité sainte de l'artisanat... », chantait Brassens il y a dix ans dans cette formidable chanson "Stances à un cambrioleur". Il faut croire que le "prince des monte-en-l'air" qui avait visité la maison de Tonton Georges était autrement plus courtois que celui qui a eu la bonne idée de visiter la mienne, à Valenciennes, pendant les fêtes de Noël. Je ne vais pas vous faire le détail de ce que ce "Père Noël à l'envers" (qui rentre par la fenêtre et ressort avec des cadeaux) a emporté, mais ma guitare, l'enfoiré aurait pu avoir l'élégance de me la laisser. C'était mon outil de travail. Pis, elle m'avait accompagné sur tellement de scènes qu'elle avait une valeur sentimentale qu'aucun assureur ne compensera jamais. Si tu lis ces lignes, crétin, garde tout, vend tout, ma douze cordes te crache à la gueule, et Brassens et moi on te méprise. Pas du tout parce que t'es un voleur, simplement parce que t'es un con. Voir La guitare de Renaud retrouvée
    • Cinéma Germinal
    • Georges Brassens
  • 20 janvier 1993, La guitare de Renaud retrouvée > Article paru dans La Voix du Nord le 20 janvier 1993, suite de On a volé la guitare de Renaud La guitare de Renaud retrouvée Renaud a retrouvé le sourire en même temps que sa guitare. L'appel que le chanteur avait lancé dans ces colonnes au voleur le 6 janvier, a-t-il été entendu ? Il faut croire que oui... Hier, en effet, vers 1 heure du matin, un coup de sonnette a retenti au domicile valenciennois du chanteur. Lorsque celui-ci a ouvert, il n'y avait personne, mais ses deux guitares étaient là, en particulier celle qu'il utilise sur scène depuis des années et qui, pour cette raison lui tenait particulièrement à cœur. Il est vrai qu'elle ne passe pas inaperçue : le manche est incrusté de décorations en nacre, représentant une croix occitane et des colombes. C'est pendant les fêtes, le tournage de "Germinal" étant alors arrêté, qu'avait été cambriolée la maison que Renaud partage à Valenciennes avec Eric Bartonio, assistant de Claude Berri. Par notre entremise, Renaud avait alors écrit une lettre ouverte à son voleur, qu'il avait intitulée : "Stances à un cambrioleur" d'après la chanson de Brassens. Il y établissait en effet un parallèle avec Brassens, qui l'avait écrite après avoir été lui-même cambriolé mais dont le voleur avait eu l'élégance de ne pas emporter son instrument de travail, c'est-à-dire sa guitare. Autre époque, autre comportement, Renaud déplorait ne pas avoir eu la même chance et concluait en ces termes : « Si tu lis ces lignes, crétin, garde tout, vend tout, ma douze cordes te crache à la gueule et Brassens et moi on te méprise. Pas du tout parce que t'es un voleur, simplement parce que t'es un con ». Le "con" a fini par rendre la guitare. Renaud en tirera-t-il une chanson ? B.DEF.
    • Cinéma Germinal
    • Georges Brassens

11 novembre 2001

Une trentaine de thèmes, essentiellement pour les articles de Charlie-Hebdo, a été ajoutée pour enrichir les classements, et ce n'est qu'une continuation !

14 octobre 2001

Les résultats des sondages sont désormais disponibles dans le kiosque. Merci à tous ceux qui y ont participé.
Le Kiosque change son système de gestion des articles. Cela se traduit pour vous par un affichage différent des articles et par des fonctions avancées de recherche. Petit à petit je mettrai en place les thèmes contenus dans les articles. J'attends vos remarques Merci

10 octobre 2001

Laure, grande artisante du kiosque et du HLM en général, nous a laissés. La où tu es, sache que l'on pense à toi...

Le Nouvelliste
  • 12 octobre 1996, Renaud envers et contre tous background="../communs/faldofond2.jpg"> Le nouvelliste du 12 octobre 1996. Renaud envers et contre tous Il se produira ce soir à Châteauneuf-Conthey Renaud sera sur la scène conthéysanne ce soir dès 20 h 30. CONTHEY. On l'aime ou on le déteste. Mais inpossible de rester indifférent au personnage de Renaud. Chanteur de cœur pour les uns, chanteur insupportable pour d'autres, l'interprète français foulera la scène de la salle polyvalente de Conthey aujourd'hui samedi 12 octobre dès 20 h 30. L'inimitable Sarcloret assurera la première partie du spectacle. L'occasion pour les Valaisans de retrouver l'artiste de l'Hexagone, après quatre ans d'absence. Renaud fête d'ailleurs cette année ses vingt ans de carrière. Le premier disque date en effet de 1975. Renaud chante alors dans un caf'conc des Champs-Elysées, en première partie de Coluche. Déjà Renaud s'énerve. Ses coups de gueule en musique frappent, choquent parfois et plaisent souvent aux anarchistes. Tendre et rebelle Peu à peu, l'artiste égratigne les « monstres » politiques de son temps et affiche ses préférences. Il boycotte même les médias à une certaine période de sa vie. « Je préfère passer tard sur une chaîne câblée qu'aller faire le clown à 20 h 30 sur la chaîne du béton et de la vulgarité », a-t-il déclaré dans une interview. Même s'il n'oublie pas son côté rebelle, Renaud laisse une large place à la tendresse. Et touche, avec ses mots à lui. Ce soir, il interprétera des airs connus comme « Dans son HLM » ou « Socialiste » avec son entrain habituel. Quant à Sarclo, il chantera encore et toujours l'amour à sa façon. Peu conventionnel, l'artiste donnera la preuve de son talent sur la scène contheysanne. Location des billets dans les succursales SBS ou directement au secrétariat de Spectacle services par téléphone au (027) 31 71 31. (sav) Thierry Rajic

8 octobre 2001

Les nouvelles arrivent désormais directement chez vous ! de plusieurs façons !

8 septembre 2001

Une extraordinaire ascension : un article illustré de nombreuses photos

Le Soleil
  • 6 juillet 1996, The Meilleur of Renaud 1985/95 > Le Soleil du 6 juillet 1996 The Meilleur of Renaud 1985/95 Renaud me touche tellement, que j'ai peine à écrire lorsque ses chansons passent par mes écouteurs. Les yeux rivés sur le livret, je relis ses paroles, touchantes ou acrimonieuses. Et je m'en délecte. En me demandant dans quelle encre il trempe sa plume pour accoucher de phrases si pleines et si vraies. Pour la première fois, les meilleures chansons de Renaud endisquées sous étiquette Virgin sont rassemblées dans un même album, The Meilleur of Renaud... 1985-1995. Une compilation qui a toute mon indulgence, dans laquelle le Renaud tendre côtoie l'ironique et le rebelle. Les 15 chansons qui y figurent sont toutes inoubliables, de Miss Maggy à Mistral gagnant, avec, en prime, l'inédite Welcome Gorby. Le livret de 20 pages est très chouette, avec les textes, le résumé du parcours professionnel de l'artiste et une jolie présentation. Lucide, mais réjouissant.
    • Album The Meilleur of Renaud
  • 6 janvier 1996, Renaud chante Brassens > Le Soleil du 6 janvier 1996 Renaud chante Brassens Voulant se faire pédagogue et faire connaître Brassens aux jeunes (c'est lui-même qui le dit), Renaud a enregistré 23 chansons de son premier maître à penser, celui qui lui a donné envie d'écrire des chansons et des poèmes. Le mariage est tout naturel, la voix et le ton de Renaud convenant parfaitement aux airs et aux textes gentiment coriaces de l'auteur des bancs publics. Une belle sélection, privilégiant certaines chansons moins connues, et une inédite, Les illusions perdues, retrouvée dans les archives des proches de Brassens. Un bel album, pour se faire plaisir.
    • Album Renaud chante Brassens
  • 17 décembre 1994, A la belle de Mai > Le Soleil du 17 décembre 1994 A la belle de Mai Renaud Séchan se rend à la foire. À la Belle de mai revient avec 12 nouvelles chansons enveloppées elles aussi dans une pochette remarquable: boîte de tôle mince, dessins de foire, et disque à l'apparence d'une cible. L'album lui-même est un peu moins remarquable quoique les inconditionnels apprécieront. Après dix albums, Renaud réussit quelques belles ballades, dont celle de Willy Brouillard et C'est quand qu'on va où?, le premier extrait. Ces deux chansons sont parmi les meilleures d'un dixième album assez intéressant, même agréable. Cependant, il y manque quelque chose, cette chère méchanceté de Renaud, ce regard coriace et rebelle. Bien sûr, on ne peut lui reprocher d'opter pour une musique et des thèmes plus doux, plus gentils, quoi. Mais À la Belle de mai manque un peu de relief, même si on s'y fait à l'habitude. Malgré tout, l'humour n'est pas absent de l'album et que Renaud prouve encore une fois ses talents de paroliers. Quant à la musique elle-même, elle est simple, plutôt acoustique, et appuie bien les textes, sans s'imposer non plus.
    • Album A la Belle de Mai
Salut !

3 septembre 2001

Les nouvelles arrivent désormais directement chez vous !

Je Bouquine
  • ?-02-87, Bouquins à choisir, Hit Parade > Je bouquine, n°, février 1987. L'article est inclus dans un hit-parade des livres pour la jeunesse. Il paraît à la page 73 dans la rubrique : Bouquins à choisir, Hit parade. " VOICI POUR LA PREMIERE FOIS DANS Je bouquine LE HIT PARADE DES ROMANS LES PLUS VENDUS AUX JEUNES ENTRE 10 ET 14 ANS ! NOUS AVONS DEMANDE A DIX LIBRAIRES DE DIFFERENTES VILLES DE France DE BIEN VOULOIR NOUS COMMUNIQUER LES TITRES DES LIVRES QUI VOUS INTERESSERAIENT LE PLUS. LES VOICI.(…) Mistral Gagnant – Ed. Points. Virgule seuil. Toutes les chansons de Renaud que vous aimez, avec, en prime, des dessins qu'il a faits lui-même ! Dans ses chansons, tout le monde y passe, pas de jaloux ! Les étudiants, les baby-sitters, les punks, les bourgeois, les prolos, les branchés, les ringards, les mecs, les nanas, les auto stoppeuses, les soûlards, les drogués ? Avec lucidité, tendresse, amour des gens et de la vie. Renaud, on l'aime ! Librairie Comptines 20, rue de Castillon 33000 Bordeaux

18 août 2001

La Tribune de Genève
  • 26 juillet 2000, La gueule de Renaud > La Tribune de Genève  du 26 juillet 2000 Concert du Paléo à Nyon le 25.07.00 La gueule de Renaud Et puis le tutoiement. Parce qu’il va bien falloir parler de Renaud. C’est lui, là, sur scène, qui provoque les applaudissements dès que son ombre paraît. Alors, oui, Renaud, je dis « tu » à tous ceux qui s’aiment et surtout à tous ceux qui t’aiment. Surtout là. Surtout lorsque la voix s’engouffre dans la gorge comme un chagrin trop longtemps mûri. Mais les as-tu comptés ? Ils t’applaudissent avant que, soudain rendu à ton âge, tu ne déploies des trésors de nostalgie. On appelle ça l’amour. Ca change un peu de l’absence d’humanité sur scène. C’est terrible, cette incapacité à exprimer tout ce qui résonne en soi, parce que soi, c’est déjà trop loin, et que jamais la douleur ne fait écho. C’était hier – combien d’années déjà ? – tu chantais « Hé Manu, vivre libre, c’est souvent vivre seul, ça fait p’t’être mal au bide, mais c’est bon pour la gueule » Alors ce soir Renaud, ta gueule chante avec tous ceux qui connaissent tes paroles par cœur. Tu as beau te refermer sur Buccolo (guitare) et Lanty (piano), c’est ici et maintenant que ça se joue... . Qu’importe que ta voix soit mal assurée, qu’elle évolue comme en apnée, c’est à ça qu’ils s’accrochent, ce fil ténu, cette manière d’être mal à l’aise avec le monde. Nul n’est à l’abri du désenchantement et surtout pas ceux qui ont cru – vulgaire croyance – qu’il suffisait d’être pour être sincère. Tiens puisque nous sommes dans la poésie, écoute Eluard : « Je n’ai jamais trouvé ce que j’aimais dans ceux que j’aime ». Alors Renaud, c’est quand qu’on va où ?.
    • Une guitare, un piano et Renaud
    • Festival Paléo
France 5
  • 22 juillet 2001, les lumieres du music hall : Renaud > Article paru pour l'émission du dimanche 22/7/01 à 17h33 sur la Cinquième "les lumieres du music hall: Renaud". article original LES LUMIÈRES DU MUSIC-HALL : RENAUD Malgré les années, les chansons de Renaud n'ont pas pris une ride. C'est l'une des leçons de cet épisode des "Lumières du music-hall" , coproduit par La Cinquième et P6 Productions, consacré cette semaine au chanteur rebelle. Le moteur Renaud A cette époque, le boulevard périphérique venait à peine de naître des cendres des fortifications de Paris. Tout autour de cette grande ceinture, des terrains vagues. Les mômes venaient y jouer le jour pendant que les grands y réglaient leurs comptes la nuit. Atmosphère bon enfant et trouble à la fois. Renaud Séchan naît au milieu de cet univers, dans le quartier de la porte d'Orléans, petit dernier d'une troupe de six enfants. Une famille de la petite bourgeoisie. Papa est professeur d'allemand, maman mère au foyer. Papa traduit également des livres et en écrit. Plutôt bien puisqu'il décrochera avec l'un d'entre eux le prix des Deux-Magots. Doué pour les études, Renaud ne l'est pas vraiment. Seules la rue et son atmosphère l'intéressent et nourrissent son imagination. Avec ses copains, il vit dix ans d'aventures à courir notamment après les bonbons. "A l'école, se souvient-il, nous formions avec quelques potes la bande des 'rats poilus'. Notre activité était presque exclusivement tournée vers un seul but : extorquer aux autres leur réserve de Carambar". Ses camarades d'école n'étaient pas les seuls à subir ces prélèvements obligatoires. Dans Mistral gagnant, l'un de ses titres majeurs, Renaud évoque avec délectation "ces bonbecs fabuleux qu'on piquait chez le marchand"... Mais la passion des Carambars n'a qu'un temps. Fan d'Antoine, d'Hugues Auffray et de Georges Brassens, Renaud s'est mis en tête d'écrire lui aussi des chansons. Mai 68 nourrit sa révolte. Il a 16 ans, compose déjà. "Je suis auteur par plaisir, compositeur par nécessité et interprète par provocation", confessera-t-il plus tard. Il quitte l'école, travaille dans une librairie, côtoie de jeunes acteurs du Café de la Gare comme Patrick Dewaere ou Coluche, et chante dans les rues, guitare à la main, accompagné d'un accordéoniste. Paul Lederman, producteur de Coluche, lui offre un jour la notoriété. "Ses textes, sa voix ne ressemblaient à rien d'autre connu. J'ai tout de suite compris que j'avais affaire à un homme hors du commun." La suite lui donnera raison.
    • Le Paris de Renaud
    • Mai 1968
    • Salle Café de la Gare
    • Patrick Dewaere
    • Coluche
    • Paul Lederman
24 heures
  • 18 novembre 1999, La dèche rebelle > 24 heures (journal romand) du 18 novembre 1999 signé Boris Senff Concert à Yverdon le 16.11.99 Yverdon-les-Bains - Le concert de Renaud complet depuis plus de deux mois. La dèche rebelle Il chante comme un pot fêlé, sans nouvel album en poche, mais porte ses tatouages et son humanité à fleur de peau. Cest Renaud Séchan, tout simplement. Le chanteur était mardi à la Marive. Cela faisait quelques années que le visage pâle sest fait porter pâle dans la région. Disparu on ne sait où, dans la débine, le Ricard ou le brouillard, comme son personnage de flic dans la Ballade de Willy Brouillard, titre qui ouvrait dailleurs son concert, mardi soir à Yverdon, seule date suisse de sa tournée actuelle. Pour son retour sur scène, Renaud, léternel gavroche de 47 ans, a choisi décumer les salles périphériques, les coins reculés, pour aller au-devant dun public moins gavé de spectacles que celui des villes. Doù un concert à Yverdon (complet depuis plus de deux mois) et non à Genève ou à Lausanne. Et au vu du résultat, grand bien lui a pris. Car le public du Nord vaudois, environ mille personnes dans la salle de la Marive, sest manifesté avec une belle chaleur, transformant ce concert en fort moment démotion. Et de partage, puisque les échanges houleux ou amicaux avec le chanteur furent nombreux. Comme cette fan déplorant à grands cris : « On est assis, comme des bourgeois ! » A laquelle il répondait qu »un peu de confort, cest bien pour être entre nous, cest pas bourgeois ». Flanqué de seulement deux musiciens, pianiste et guitariste, Renaud se dévoilait dans lintime un intime à la poésie dailleurs plutôt grave et tristounette mais discutant volontiers le bout de gras entre deux morceaux. Sans oublier les constats confondants dhonnêteté, du genre : « Si vous vouliez entendre un chanteur à voix vous seriez allés voir Francis Bruel. » Il est vrai que les cordes vocales du faux blond évoquaient irrémédiablement le bruit dune pièce de monnaie tournoyant dans un cendrier, mais peu importe : Renaud cest une poésie populaire, tout en franc-parler et en gouaille tendre, lun des rares chanteurs à pouvoir gazouiller que le petit chat est mort, sans tomber dans la niaiserie effarante. Entre deux piques sur Yverdon éliminé de la coupe (« les supporters de foot sont tous des blaireaux, je le sais : jen étais un » ) ou sur le service militaire suisse, Renaud parlait beaucoup de lui ses amours perdues, ses difficultés actuelles de composer de nouvelles chansons et évitait les rengaines coup-de-poing, explorant plutôt les facettes délicates, rêveuses et mélancoliques, de son répertoire avec des titres comme La chanson pour Pierrot (sur le fils quil aurait toujours voulu avoir), Cent ans (sur une longévité quon lui souhaite) ou La pêche à la ligne (loccasion de rigoler avec son guitariste Jean-Pierre Buccolo, grand amateur dhameçons), sans oublier les titres militants comme Déserteur ou Son bleu. Bref, Renaud montrait son visage humain, proche des gens, toujours autant à lécoute de la misère du monde... comme de la sienne. Evoquée, entre autres, par lune des deux seules chansons quil a composées ces cinq dernières années : Boucan denfer, un nouveau titre qui évoque la déprime raide et la mort, avec toujours cette même franchise (« je vous avais averti : cest pas rigolo-rigolo ») qui ne la jamais quitté de toute la soirée et quil soulignait de façon récurrente par le geste décarter les bras. Lair de dire : Cest comme ça, quest-ce que vous voulez que jy fasse ? Cest donc un public sous le coup de lémoi, après deux heures et demie de concert et plusieurs rappels (dont le très touchant Manu et lincontournable Mistral gagnant qui mettait le point final et ...optimiste ?), qui saluait le départ de ce chanteur à la voix cassée mais aux émotions intactes.
    • Une guitare, un piano et Renaud
    • Jean-Pierre Bucolo
    • Festival Paléo
  • 26 juillet 2000, Concert du Paléo à Nyon > 24 heures (journal romand) du 26 juillet 2000 signé Xavier Alonso Concert du Paléo à Nyon le 25.07.00 Putain de bouchon ! Putain de monde... Renaud, seule vraie star de cette soirée surprise, déflorée depuis dimanche, glisse quelques pensées rageuses lorsquon sapproche du terrain de lAsse. Soyons chrétiens, ils sont plus de trente-six mille à se faufiler, jouer des coudes, pousser et sentremêler pour cette première soirée de la 25ème édition du Paléo Festival de Nyon. Compacte encore, la foule sest donné rendez-vous sous le Chapiteau où le chanteur énervant râle plus quil ne chante. Ça déborde de partout. Malgré six années de silence discographique, Renaud demeure blotti dans le cœur de ses fans de tous âges qui entonnent les chansons dès les premières mesures. Sobrement accompagné dun pianiste et de lincontournable guitariste Jean-Pierre Buccolo, Renaud traverse son répertoire avec la grâce dun tracteur labourant son champ. Tel un boxeur un peu groggy, il dégage une impression de lassitude par son allure déchalas maladroit. La voix déraille plus que daccoutumée, sa diction sembourbe. Mais ce ne sont que détails, sa charrue laboure la terre du souvenir avec une envie palpable. « Germaine, Germaine, un rocknroll ou un slow. Cest du pareil au même pour te dire que je taime, que je tai dans la peau... » Le refrain de Germaine repris à lunisson par le parterre comme tant dautres thèmes résume le lien qui unit le public fidèle et léternel titi parisien. Lémotion sertie parfois dune larme à lil parcourt lassistance. Autant pendant linterprétation des hymnes renaudiens que lorsquil sépanche en confidences sur sa vie ou ses chansons. Miss Maggie, qualifiée de charogne increvable lui vaut une belle ovation. La famille est venue prendre des nouvelles du patriarche, de cet ami de vingt ans, et elle se délecte de ses bons mots. Mais quelles nouvelles ? Pas des chansons puisquil avoue que son prochain disque sera un 45 tours : en six ans, deux maigres compositions seulement. Par contre, la La pêche à la ligne, sa fille Lola « une princesse de 20 ans », lalcool « comme sport, je ne pratique que les bars parallèles et parfois les bars fixes »(hi ! hi !) ou le foot, loccasion de balancer quelques vannes bien dans lesprit à son guitariste rital pour cause de finale du Championnat dEurope perdue par les Azzurri, sont autant dhistoires partagées. Le public exulte, car si lunivers de Renaud nétait fait que de notes, il y a longtemps quil serait disqualifié pour non-conformité. Cette remarque ne sapplique quau chanteur, car son guitariste et le pianiste assurent de magnifiques plages musicales. Au final, pari gagné pour Renaud qui ne parvient pas à quitter les planches, rappelé avec ferveur. Dès que le vent soufflera lemporte pour un dernier baroud dhonneur. Il soufflera, le vent et la pluie, moins dune heure après son show.
    • Une guitare, un piano et Renaud
Le Matin
  • 26 juillet 2000, Concert du Paléo à Nyon > le Matin (journal romand) du 26 juillet 2000 Frédéric Juillard Concert du Paléo à Nyon le 25.07.00 Le concert de Renaud s’est terminé en triomphe hier pour le chanteur énervant. Pourtant, que les débuts furent laborieux ! Mal assuré, forçant une voix rauque à la Gainsbourg, peinant très nettement dans les aigus, c’est un Renaud en petite forme qu’on a vu arriver sur le terrain de l’Asse. Accompagné seulement d’un clavier et d’un guitariste, il s’est tout de suite orienté vers un registre sombre et mélancolique. De son répertoire plus primesautier, notamment celui du dernier album, il ne fut pas question : le ton était à la nostalgie. A part pour quelques titres, comme Miss Maggie ou Germaine, cette dernière permettant de relancer la machine, dans le bon sens cette fois : plus concerné le public a alors suivi avec enthousiasme une prestation de plus en plus convaincante. On restait pourtant dans le spleen, et, si l’humour apparaissait dans ses interventions entre les chansons, c’était sans grande conviction. L’émotion a finalement pris le dessus à mesure que les titres défilaient ; atteignant même des instants poignants, comme avec Pierrot. Les fans retrouvaient là le Renaud qu’ils aiment. Le final, malgré quelques problèmes persistants de justesse, atteignait enfin le niveau que l’on était en droit d’attendre, avec tour à tour Dès que le vent soufflera, Manu et Mistral gagnant. Renaud s’est même fendu d’une chanson inédite, Elle a vu le loup. Un des... deux titres destinés au nouvel album à être aujourd’hui achevés. A ce rythme-là, le CD devrait sortir en ...2030, si l’on en croit Renaud. Mais rassurez-vous : il promet d’accélérer la production. Peut-être pour le 50ème Paléo, alors... .
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    • Festival Paléo
Le Nord Vaudois
  • 18 novembre 1999, Une tranche de vie pleine d'humilité > Le Nord Vaudois(journal d’Yverdon) du 18 novembre 1999 Martial Messeiller Concert à Yverdon le 16.11.99 Renaud a donné son seul concert suisse mardi soir à Yverdon-les-Bains Une tranche de vie pleine d’humilité Renaud a enthousiasmé le public de la salle de la Marive mardi soir à Yverdon-les-Bains au cours de l’unique arrêt sur sol helvétique de sa tournée « Une guitare, un piano et Renaud ». Un concert généreux et deux heures et demie d’un bonheur intense partagé avec un petit millier de privilégiés qui ont pu retrouver toute la verve et l’esprit du chanteur impertinent, absent des bacs des disquaires depuis cinq trop longues années. « Bonsoir euh..., Yverdon ! Enlevez-moi tout de suite d’un doute. C’est bien la première fois que je viens à Yverdon ? La première,... et peut-être la dernière, parce que c’est mes adieux au music-hall ». Un concert de Renaud, c’est toujours l’événement et surtout cela ne ressemble à rien d’autre qu’à un concert de Renaud. D’abord un brin timide, le chanteur blond au blouson de cuir prend très vite ses marques sur l’avant scène qu’il affectionne. Il se rapproche d’un public avec lequel il ne cesse de dialoguer sur les va-et-vient des petits et du grand monde jusqu’à en faire une vaste causerie sur la vie, que les chansons, choisies avec le cœur, illustrent avec beaucoup de chaleur et d’humilité. C’est la misère des enfants avec Deuxième génération et Morts les enfants, la contestation militaire avec Déserteur et La Médaille, ce sont aussi et surtout les femmes et la sienne en particulier. « Celle que je suis plus avec et qui est partite », confie-t-il avant d’interpréter l’une des deux nouvelles chansons qui devraient figurer sur le prochain album attendu depuis cinq ans : Boucan d’enfer, ou quand « on reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va ». Après chaque chanson, comme un rituel, Renaud ouvre les mains et désigne de chaque côté de lui les deux musiciens qui l’accompagnent sur cette tournée de 60 concerts. A sa gauche, la guitare de Jean-Pierre Buccolo, dit Titi, son ami de toujours et à sa droite le piano d’Alain Lanty, imitateur né de Gainsbourg, fonctionnent comme deux plateaux d’une balance sur laquelle Renaud trouve son équilibre. Dans la salle, un public très jeune et connaisseur découvre ou redécouvre les joies d’une communion fraternelle avec un chanteur toujours aussi virulent quand il s’agit de parler de Mme Thatcher ou de dénoncer les aberrations des politicards. Mais ce public, qui se délecte des bons mots distillés à la pelle, a aussi mal pour son idole. Renaud recherche désespérément une voix sans faille qui lui fait cruellement défaut dès les premières notes du concert. Toutefois, personne ne lui en tiendra rigueur, tant l’échange est agréable. Renaud ne cesse de jouer sur le nom d’Yverdon-les-Bains, le transformant en Yverdin les Bonnes. Il s’y plaît, revient deux fois sur scène à la demande d’une audience conquise. Après deux heures et demie de retrouvailles, il interprète Morgane de toi, « spécialement pour la petite Morgane et pour Yverdon-les-bains » et quitte la scène, non sans avoir évoqué le bon vieux temps de Mistral gagnant, un vent qui vient du cœur. Les bons mots de Renaud Les concerts sont aussi l’occasion pour Renaud de discourir à bâton rompu sur la vie quotidienne et les événements de ce monde. Voici quelques morceaux choisis à la Marive mardi soir : « Pour ceux qui ne me connaissent pas, je me présente. Je m’appelle Renaud. J’ai 27 ans et moi non plus, je n’ai pas changé. » Parlant du football et des supporters : « Yverdon, ils se sont pris une branlée ce week-end, je l’ai lu hier dans Le Nord Vaudois » « Je ne connaissais pas. C’est très joli Yverdon-les-Bains, surtout le Lido » Sur François Mitterand : « En France, on avait un président. On l’appelait Tonton. C’est con à dire quand on est comme moi, mais je l’aimais bien. Eh bien oui, ça ne s’explique pas. C’est l’amour, c’est comme ça. Malgré tout, lorsqu’il a décidé d’aller faire la guerre là-bas en Irak, je ne me suis pas gêné de rechanter Déserteur » « Moi aussi je peux remplir des Zénith, mais je préfère construire un petit peu ici entre nous. C’est pas mieux ? » « Les gonzesses, il y en a un milliard et demi. Je les aime à peu près toutes. Et elles m’aiment toutes sauf une. Je l’avais oubliée, mais j’ai soudain revu cette empaffée de Margaret Thatcher, lorsqu’elle est allé trouver Pinochet en prison, à l’hôpital. » Enlevant son blouson : « Je viens d’arrêter la musculation. Maintenant, comme sport, je fais bars parallèles. Je rentre dans un bar, je traverse la rue et je vais dans un autre bar... Je fais aussi bar fixe, mais c’est plus déprimant. » « Cela fait cinq ans que je n’ai pas sorti de disque. Mais j’y travaille. J’ai cinq nouvelles chansons, mais en fait il me manque encore les paroles et la musique, alors j’en ai ...deux » Sur l’absence de son accordéoniste Jean-Louis Roques, en tournée avec Francis Cabrel : « Il m’a dit, tu comprends Renaud, chez Francis, c’est mieux payé et il y a plus de monde. » « Moi aussi, j’imite Gainsbourg. Mais pas au niveau des gestes ou de la voix. » (faisant mine d’avaler un verre) « je l’imite tellement que je crois que des fois je le dépasse » Sur sa nouvelle chanson : « C’est incroyable. Je la chante depuis un mois et demi en concert et elle est déjà sur internet. Il paraît, parce que moi, je ne suis pas plugé, je ne surfe pas ».
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Le Temps
  • 26 juillet 2000, Concert du Paléo à Nyon Donné pour mort suite au naufrage de son couple, sujet privilégié de son répertoire depuis toujours, ou presque, Renaud est effectivement apparu fatigué sur la scène d'un chapiteau plein à craquer. Ovationné dès son entrée par un public quasi fanatique, le chanteur énervant a présenté un véritable best of de sa carrière sur un mode intimiste, alignant sous les vivats constants de l'auditoire des titres comme La pêche à la ligne, En cloque et Mistral gagnant. Malgré un filet de voix douloureux et approximatif, et en dépit d'un accompagnement piano-guitare peu inspiré, la magie opère, le public renouant avec la ferveur des plus belles années du chanteur dans une osmose étonnante, compte tenu de la moyenne d'âge de l'assistance. Composés en majorité d'adolescents qui n'ont pas pu connaître ces titres à l'époque de leur création, les festivaliers reprennent en ch½ur tous les couplets écolo-anars distillés par l'auteur de Manu. Un triomphe de nature à rassurer les organisateurs de Paléo, qui ont visiblement trouvé là les moyens de répondre aux attentes d'un public assez confiant pour acheter ses billets à l'aveugle.
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9 août 2001

Salut !
  • 28 août 1985, Renaud chez les Soviets > SALUT! n°259 du 28 aout au 10 septembre 1985. RENAUD CHEZ LES SOVIETS A l'occasion du festival de la paix à Moscou, Renaud qui était invité, a découvert pour la première fois ce pays secret si mal connu du reste de l'Europe. Salut! vous offre les plus belle photos de son séjour. C'est caché derrière d'étranges petite lunettes rondes et noires et coiffé d'un chapeau que l'on aurait plutot vu dans un safari au Kenya, que Renaud a posé pour la première fois le pied sur la terre russe. Dès l'arrivée à la douane, lui et ses musiciens déclenchent un joyeux remue-ménage assez inattendu dans l'austère aéroport de Moscou. Tout ce petit monde turbulent et curieux fut conduis à l'hôtel Ukrainia, situé dans le centre, qui n'avait jamais hébergé une troupe aussi fantaisiste. C'est le grand stade Lénine qui accueillait toutes les délégations étrangères conviées à participer au Festival de la paix. Renaud qui était aussi invité aurait préféré musarder dans les rues. Il prit quand même le temps d'acheter un superbe ballon rouge qui aurait fait la joie de sa petite fille. Son premier concert se déroula au théatre des variètés et c'est la plus célèbre des chanteuses russes, Ala Pougatchova, qui le présenta au public. Le deuxième concert eût lieu en plein air au théatre de Verdure, au parc Gorki. Mais les concerts en Russie, ne ressemblent pas à ceux organisés en France où il règne toujours une sympathique pagaille. En Russie n'entre pas qui veut, il faut montrer patte blanche, c'est à dire une invitation, pas de barrière mais un service d'ordre tel que les resquilleurs n'essaient pas de s'y frotter. Ce fût un moment étrange quand la voix gouaillleuse de Renaud s'éleva au dessus de Moscou pour interpréter "Le déserteur". Après le concert, c'est la traditionnelle remise des badges. Les russesen sont très friands et dans tous les magasins on trouve des petits badges, le plus souvent à la gloire de la nation russe. Troisième et dernier concert au théatre de l'armée rouge où Renaud reçu un accueil délirant et il dû, comme en France, se plier à la cérémonie des autographes. Mais Renaud n'a pas voulu quitter Moscou sans aller faire du shopping à "Perspective Kalinine", l'équivalent de nos Champs Elysées. Bien entendu il a trainé dans les vitrines de jouets pour ramener un souvenir à Lolita. Des souvenirs, Renaud en a ramené plein la tête. Peut être un peu déçu, notre ami, il aurait aimé pouvoir mieux connaitre ce peuple soviètique qui, quand on peut mieux le connaitre et l'approcher, s'avère tellement attachant. Et c'est avec plaisir que Renaud a retrouvé sa petite famille, son bateau et son pays.
    • Concert à Moscou 1985
    • Pays URSS
  • 3 décembre 1986, Renaud en vacances à la Réunion > SALUT! n°292 du 03 au 16 décembre 1986. RENAUD EN VACANCE A LA REUNION La Réunion est à la mode actuellement, de nombreux magazines nous vantent les beauté de cette île, son soleil, ses plages, ses habitants. Carlos en fait même une pub acharnée sur les ondes, et de nombreux chanteurs y partent en vacance. Ce séjour familial à la Réunion était aussi pour Reanud, une occasion de faire de la promotion télé, radio et un unique concert à St Gilles. Amaury Blanchard est son batteur depuis près de 6 ans, un musicien mais aussi un copain, un fidèle bien qu'il ait déjà accompagné Jacques Higelin et Jean Luc Lahaye avec qui il travaille en ce moment. "Après plus de 15 heures de vol, nous explique amaury, alors que Renaud était déjà là depuis quelques jours, nous avons dû répéter très vite car le concert avait lieu le soir même. Mis à part la fatigue, nous avons dû jouer sur un matériel qui n'était pas le nôtre, donc difficile, mais l'accueil a été tellement génial que nous avons fait le maximum. Plus de 7000 personnes ètaient là, sous chapiteau. C'est toujours très agréable de travailler avec Renaud. Depuis le début de l'année nous avons fait une centaine de concerts en France et au Canada". Comment avoir réussi à photographier Renaud alors qu'il était en famille entre Dominique et Lolita ? " Je n'ai bien sûr pas fait ces photos à son insu, un copain à moi devait faire ce reportage mais il a eû un empêchement, j'ai donc pris mon Canon et j'ai mitraillé Renaud". Un père attentif Je pense que ça a été plus facile du fait que ce soit moi. Un photographe qu'il n'aurait pas connu l'aurait peut être gêné. Durant ce séjour, Renaud a fait du tourisme et de la pêche au gros, bien sûr, car tout le monde le sait c'est son hobby. Il a également emmené Lolita voir les dauphins, une des distractions de l'île. Sur la plage de l'hôtel Novotel où il était descendu, Renaud n'a pas été dérangé par les chasseurs d'authographes car, à cette époque, c'est relativement calme. Renaud a été un vrai père de famille, attentif, pas de baby sitter dans ce voyage. Du repos, oui, car depuis de nombreux mois Renaud n'a pas cessé de travailler mais je pense qu'à partir de cette fin d'année, il va lever le pied, abandonnant momentanemément la scène et se consacrant davantage à la composition et à l'écriture des chansons qui figureront sur son prochain album".Que dire d'autre sur Renaud, pas grand chose car si sa carrière marche très fort depuis quelques années, il se fait très discret sur ce qui se fait hors métier, il a son jardin secret, sa vie privée, très privée et Renaud protège les 2 femmes de sa vie, Dominique et Lolita, des chasseurs d'indiscrétion. Nous aimons Renaud depuis ses débuts, ses chansons nous plaisent tout comme sa façon de mener sa carrière sans coup de pub, mais avant tout avec le coeur. Daniel Moyne.
    • Vie La pêche
    • L'Île de La Réunion
  • 22 mai 1985, Renaud, Goldman : « Pourquoi nous chantons pour l'Ethiopie » > SALUT! n° 252 du 22 mai au 4 juin 1985 Renaud, Goldman : "Pourquoi nous chantons pour l'Ethiopie" Daniel Moyne Retranscription de Ludovic Lorenzi Après le disque des anglais, puis celui des américains, des chanteurs français se sont réunis pour venir en aide aux Ethiopiens. "Chanteurs sans frontières" est interprété par Michel Berger, Alain Souchon, Diane Dufresne, Louis Chédid, Didier Barbelivien, Catherine Lara, Nicolas Peyrac, Véronique Samson, Jacques Higelin, Josiane Balasko, Michel Delpech, Coluche, France Gall, Trust, Charlélie Couture, Axel Bauer, Jean-Jacques Goldman, Lily Drop, Gérard Depardieu, Jean-Louis Aubert, Gotainer, Gérard Blanchard, Richard Berry, Jeane Manson, Laurent Voulzy, Valérie Lagrange, Christophe, Diane Tell, Francis Cabrel, Fabienne Thibault, Julien Clerc, Renaud, Hugues Aufray, Hervé Christiani, Maxime Leforestier. En exclusivité pour Salut !, Renaud et Goldman vous parlent de cette formidable opération. On se demandait si les chanteurs français allaient suivre l'exemple des pays étrangers et unir leurs talents pour aider l'Ethiopie. Depuis quelques semaines, "Chanteurs sans frontières" est sur toutes les radios et le disque reçoit un très bel accueil. Vous êtes également très nombreux à avoir acheté cette galette exceptionnelle. Pour parler de cette aventure, Salut ! a choisi deux numéros un, Renaud et Jean-Jacques Goldman. C'est tout d'abord Renaud, l'auteur de cette chanson qui nous en parle. Renaud : C'est Valérie Lagrange qui, un jour, m'a appelé en me disant : il faut faire quelque chose comme les anglais pour l'Ethiopie. J'ai dit oui, c'est vrai, mais je suis en pleine composition de mes chansons et je ne vois pas comment je pourrais faire et j'avoue que je n'avais aucune idée précise pour ce disque. Puis, un jour, Franck Langolff m'a apporté une musique qui m'a fait complètement craquer et c'est à partir de ça que j'ai écrit un texte en deux heures. Je n'avais jamais écouté la chanson anglaise, ni l'américaine. il faut dire que je ne suis pas trop branché radio. Après, avec Thomas Noton, directeur de la production chez Pathé Marconi, et Franck, nous avons mis la machine en route et nous avons commencé à contacter des chanteurs. Nous avons eut quelques refus mais nous avons également fait une sélection un peu arbitraire des gens qu'on aimait bien et qu'on considérait faire partie de la "même famille". Malheureusement, il y a des chanteurs qu'on voulait et qui étaient absents comme Balavoine, Bashung, Mas. Maintenant, il y a la promotion de ce disque et il faut faire le minimum. Je suis le détonateur de ce disque mais je ne peux quand même pas harceler les autres, c'est vrai qu'ils devraient le faire spontanément. Goldman est d'accord pour tout faire et c'est bien comme ça. Ce disque marchera, se vendra et les mômes boufferont peut-être à leur faim. Maintenant, je vais continuer la composition de mes chansons pour être prêt en septembre à enregistrer, mais il me reste tout l'été sur mon bateau pour écrire et commencer les maquettes. L'album devrait sortir cet automne. Après, c'est le Zénith fin février, cinq semaines, un spectacle très visuel avec de très beaux éclairages signés Jacques Rouverolis qui a fait les lumières de Julien Clerc, spectacle que j'ai adoré en bloc. Tout est parfait, le son, les musiciens, les lumières, le mec, c'est très rock et il le fait tellement bien ! Tous ces nouveaux spectacles donnent envie d'aller plus loin. Daniel Moyne : Et toi, Jean-Jacques, pourquoi as-tu voulu participer à ce disque ? Jean-Jacques Goldman : Au départ, c'était contre mes convictions. J'ai été élevé dans une ambiance où on disait que la charité était à droite et la justice sociale à gauche, mais on se rend compte qu'on a beau tenir ce genre de raisonnement, les images arrivent de là-bas et finalement, on n'a pas le droit de rester spectateur, on n'a plus les excuses que les gens avaient en 40 car ils ne pouvaient pas savoir. Maintenant, il y a l'information et cette information fait que l'on ne peut pas avoir bonne conscience. J'ajouterai même qu'aucune attitude politique ne peut être contre cette démarche. Ce disque s'est fait avec des gens qui avaient un peu des rapports mais on n'a pas fait ce disque pour se faire plaisir. Je ne pense pas que ce disque ait besoin d'une énorme promotion, d'une part parce que c'est une bonne chanson, d'autre part parce que les interprètes ne sont pas mauvais et enfin, parce qu'il y a un clip-vidéo qui est bien.
    • Album "Chanteurs pour l'Ethiopie"
    • Michel Berger
    • Alain Souchon
    • Diane Dufresne
    • Louis Chédid
    • Didier Barbelivien
    • Nicolas Peyrac
    • Véronique Sanson
    • Jacques Higelin
    • Josiane Balasko
  • 26 février 1986, Renaud en avant la Chetron > SALUT! n°272 du 26 février au 11 mars 1986. RENAUDEN AVANT LA CHETRON Ca y est, le zénith, célèbre temple rock'n'roll de la porte de pantin, s'est trouvé un nouveau locataire. Après jean-jacques Goldman qui aviat habité les lieux au mois de décembre, c'est au tour de Renaud d'occuper la place. Gageons qu'il ne sera pas tout seul; en plus de ses musiciens et copains, 7000 personnes viendront lui tenir compagnie chaque soir pendant ses spectacles. Vendredi après midi, à Belleville. Le week-end sonne ses premières heures. Malgré le froid secqui s'est abattu sur la capitale, le quartier bouilonne d'animation. Avertisseurs et titis parisiens râleurs offrent un concerto assourdissant. La chaleur et la quiétude des bureaux des disques Virgin sont un contraste reposant. C'est ici qu'il reçoit. Dans la pièce de verre qui lui fait office de boudoir, Renaud a vu défiler tout ce que la presse compte de journaliste rock, et les autres. Entre deux rendez vous c'est à moi pour Salut!. Bonne mine, l'air reposé, pas rasé, le bandana rouge classique noué autour du cou et un bleu à la cheville, Renaud s'apprete à entamer sa xième interview de la journée. Chose agréable quand il répond, il donne toujours l'impression que c'est la première fois que telle question lui est posée et ne transforme pas ses réponses en récitation. L'INTERVIEW LE ZENITH PENDANT UN MOIS, 7000 PERSONNES PAR SOIR, C'EST UN CHALLENGE ENORME, CA TE FAIT PEUR ? Non, le zénith ne ma fait pas peur. Au départ, j'avais une raison d'avoir peur, savoir si les gens allaient venir ou pas. Ils vont venir c'est déjà plein. Maintenant, il faut voir si les gens vont aimer. Plus il y a de gens plus c'est difficile de leur faire plaisir. A QUOI RESSEMBLERA LE SPECTACLE ? Ce sera un spectacle très maritime. Le décor représentera un port. Un port qui pourrait etre n'importe quel port. Celui d'Aukland, de Macao ou de la Hague. J'ai participé au décor, dans sa conception et j'ai choisit le projet et ceux qui l'ont construit. Et puis je suis allé voir comment cela se passait ... on essaiera d'utiliser le décor au mieux. J'espère que mes musiciens seront bons, parce que la salle est dur à sonoriser. Sinon le spectacle durera environ 2 heures avec 25 ou 30 chansons. Voilà ... LA MER C'EST UNE GRANDE PASSION. C'EST VENU COMMENT ? Par hasard. J'avais des copains qui construisaient un bateau. Je suis allé voir, j'ai lu les bouquins d'antoine. Ca m'a plu. J'avais de l'argent à investir, plutôt qu'une maison de campagne, je me suis fait construire un bateau et je suis parti dessus. CA T'APPORTE QUOI ? Je découvre des gens avec qui les rapports ne sont pas faussés. Je m'aperçois que je ne suis pas encore trop pourri et que j'arrive encore à séduire les gens. Surtout, ça m'ouvre à d'autres cultures, d'autres traditions .... quand on arrive par la mer on est toujours considéré comme un aveturier. Tu peux venir de n'importe où. La mer ce n'est jamais gagné d'avance .... on va dans des prots de pêche ou de commerce. On arrive directement au coeur de la vie des gens, loin des touristes. C'EST QUOI L'AVENTURE POUR TOI ? J e ne sais pas. ( Il hésite un moment ). Traverser l'Atlantique en planche à voile, escalader une montagne ou changer de pays, de vile, de métier, tout recommençer. COMMENT CHANGER DE MAISON DE DISQUES ... Cela faisait presque 5 ans que Polydor ne s'occupait plus de moi. Je vendais des disques et on me laissait dans mon coin. Puis leur PDG a changé mais leurs efforts sur la fin n'ont pas suffi. Après 10 ans il fallait voir autre chose. Je suis allé chez Virgin. C'est enthousiasmant de recommençer. La première fois que je suis allé dans leur bureau, j'avais envie de séduire tout le monde, de la standardiste au PDG. Je crois qu'ils sont contents de moi. Le disque marche bien, il est à 600000. Si ça avait été un bide, j'aurais été très mal. C'est minat de se faire exploiter, mais cela l'est aussi de faire dépenser de l'argent à des gens qui ne vont pas en gagner. POUR EN REVENIR A L'AVENTURE, CROIS TU QUE LA CONQUETE DE L'ESPACE EN SOIT UNE ? Oui, mais pourquoi on ne fout pas la paix aux étoiles ? je préférerais que ls millions de dollards de la conquete de l'espace soient dépensés pour la lutte contre la famine dans les pays d'Afrique. QUE PENSES TU DE CETTE NOUVELLE AIDE, ACTION-ECOLE ? Je n'en ai pas fait partie, mais si j'avais été sollicté, j'aurais surement accepté. Action-ecole est un mouvement qui a eu son départ après l'echec de la Courneuve par ceux qui ont le plus bavé sur ce concert : Gall, Berger, Rotcage et Balavoine. Ils ont mis chanteurs sans frontière et ont préférés travailler directement avec Geldof ... Enfin ce sont des histoires sans importance et si ça marche tant mieux. L'essentiel est que des gosses d'Afrique aient de quoi manger. CE N'EST PAS UN PEU INJUSTE APRES TA PARTICIPATION POUR AIDER L'ETHIOPIE ? Injuste, non ! Dire que c'est injuste, cela serait donner raison à tous ceux qui ont été mécontents de nepas avoir participer au disque de l'Ethiopie. Moi je l'ai fait comme ça. J'en ai oublié. Pour action-ecole ils n'ont pas beaucoup d'artistes pour les soutenir. SUITE A TON "MISS MAGGIE" LES REACTIONS ONT ETE TRES NOMBREUSES. EN ANGLETERRE SURTOUT. CERTAINT ONT ETE ENCHANTES DE TA CHANSON. D'AUTRES L'ONT SEVEREMMENT CRITIQUEE. DEPUIS, LES ANGLAIS ONT SORTI UNE CHANSON REPLIQUE. En Angleterre tout est prétexte pour réveiller l'antipathie qu'ils ont pour nous. Là, les anglais ont vraiment prouvés qu'ils n'avaient pas le sens de l'humour. Ma chanson n'attaque pas les anglais mais seulement Margaret Thatcher. Leur chanson à eux est seulement anti française ... Tant mieux ! comme cela tout le monde m'a défendu. Même le figaro ! au lieu d'etre un match nul, c'est un score de 2-0 pour moi ... Virgin Allemagne et Virgin Hollande m'ont demandé une version anglaise. Mais elle ne sortira pas en Angleterre. Cela serait de la provocation .... sutout que je veux sortir un album en anglais. Ca serait quand même une mauvaise carte de visite. Propos recueillis par Cécile Tesseyre.
    • Zénith
    • Album "Chanteurs pour l'Ethiopie"
    • Chanson Miss Maggie
    • Politique Thatcher

9 juillet 2001

Charlie-Hebdo
  • 15 novembre 1995, envoyé spécial chez moi - Super ou ordinaire, la pendaison ? > CHARLIE HEBDO N° 178  du 15 novembre 1995 Renaud envoyé spécial chez moi Super ou ordinaire,la pendaison ? Combien de points ShellPour une potence gratuite ? J’AI RÉCUPÉRÉ dans la boîte à gants de ma bagnole tous les « points Shell » accumulés après quelques pleins de super et je suis allé les rapporter à mon pompiste au coin de la rue. -Tenez, j'en veux plus de vos saloperies! Gardez vos verres Mickey et vos assiettes en carton, et c'est pas demain la veille que je reviendrai faire mon sans-plomb chez vous! Bande d'enfoirés! -Mais... -Y a pas de mais! Il y a quelques semaines, Greenpeace a lancé un peu à la légère un appel au boycott de votre compagnie pour empêcher l'immersion d'une plate-forme pétrolière en mer du Nord, je regrette qu'ils n'aient pas, plus intelligemment, décidé un boycott mondial de la Shell pour empêcher l'assassinat de Ken Saro Wiwa et de ses huit camarades du « Mouvement pour la survie du peuple agoni » ! Les compagnies pétrolières, la vôtre en tête, sont de véritables puissances occupantes au Nigeria, elles ont, en pays ogoni complètement détruit l'économie locale fondée sur la pêche et l'agriculture, les opposants à la junte militaire au pouvoir ne réclamaient qu'un partage plus équitable des revenus pétroliers! -Oui, je sais, mais... -Ah, vous savez! Mais ça vous dérange pas de bosser pour un trust pétrolier qui saigne un peuple, détruit son environnement, enrichit ses dirigeants et cautionne la politique sanguinaire d'un quarteron de généraux corrompus jusqu'à la moelle ? Ah, elle a beau jeu, la communauté internationale, de s'indigner maintenant de la pendaison de ces neuf pseudo" conjurés ". Un simple coup de poing sur la table des dirigeants de la Shell qui exploite près de la moitié des ressources pétrolières du Nigeria aurait sauvé la vie de ces hommes! - Je vais en parler à mon patron, mais... - Ton patron ? Complice, pareil ! Tous complices! Comme ces enfoirés d'Américaine qui viennent d'annoncer un embargo total sur les armes et sur la maintenance des matériels militaires contre le régime d'Abuja, avouant du même coup avoir armé la dictature ! Marchands de canons, marchands de pétrole, tous pourris ! Et Bouygues qui construit les plates-formes pétrolières au Nigeria, tu crois que ces pendaisons l'empêchent de dormir ? TF1 complice! Greenpeace accusé la Shell de complicité de meurtre, mais toutes les multinationales installées dans le tiers monde sont complices de tous les crimes crapuleux qui y sont perpétrés! Crimes contre les hommes, contre l'environnement, contre la démocratie ! - Oui, mais moi... - Toi, tu me reprends mes points Shell ! - Ben, je veux bien, mais qu'est ce que j'en fais ? C'est une station Esso, ici... RENAUD
  • 22 novembre 1995, envoyé spécial chez moi - Un ptit Scrabble ? > CHARLIE HEBDO N° 179  du 22 novembre 1995 Renaud envoyé spécial chez moi Un p’tit Scrabble ? Avec le « FN » sur un « mot compte triple », Je gagne ou je perds ?  L’AUTOCAR va bientôt arriver à Pau, les musiciens sont à l'arrière dans un pauvre poker à dix balles, le chauffeur essaie de s'endormir au volant mais c'est pas fastoche avec la cassette de salsa minablos que nous a mise le bassiste, Toto roupille, et moi, une fois de plus, je suis tout seul. Je crois que j'ai compris pourquoi personne me parle: c'est parce que je les ai tous battus (plusieurs fois) au Scrabble. Ils ne me pardonneront jamais ma supériorité intellectuelle. Je les avais prévenus, pourtant... Les notes. Les gammes, l 'harmonie la mesure, O.K., je vous accorde que je fais pas le poids, mais le vocabulaire, la grammaire, les conjugaisons, je vous prends un par un les doigts dans le nez. Ça a pas loupé, dix-neuf parties, dix-neuf victoires! Vous mesurez pas à plus fort que vous, les p'tits gars! J'ai perdu qu'une seule fois au Scrabble dans ma vie, en 71 je crois, un jour où j'avais peut-être présumé de mes forces en acceptant le handicap de jouer à l'aveugle, les yeux bandés. J'avais formé le mot « flhijkqm » mais ça m'avait pas fait de points puisque je l'avais posé dans le cendrier. Non contents de pas me parler les musiciens me répondent pas non plus. Trois jours que je leur demande de me souffler une idée de chronique pour cette semaine, trois jours qu'on me dit « bof... ». Même Amaury‑le‑rouge et Colonel Jean‑Louis refusent de collaborer. «C'est dix mille balles l'idée! » m'a juste dit Amaury‑le‑gaucho. Merci les mecs! Vous balisez parce qu'on arrive bientôt à Toulon, vous crai­gnez que je vous implique, c'est ça ? Laissez tomber, vous avez rien à redouter, je vous rappelle qu'à part le bassiste y en a pas un parmi vous qui a signé la pétition contre le F.N.  Un p'tit Scrabble ? Avec le « c » de musicien, je peux peut‑être écrire« pétochard » RENAUD
  • 29 novembre 1995, envoyé spécial chez moi - A qui la honte ? > CHARLIE HEBDO N° 180 , 29.11.1995 renaud envoyé spécial chez moi A qui la honte ? F comme fasciste ! N comme nazi ! A bas le Front national! C'est par ces mots scandés par un chœur trois mille bouches que le concert a débuté. C'est aussi par ces mots qu'il s'est conclu. Rien que pour ça je ne regretterai jamais cette décision (controversée) de ne pas boycotter Toulon. Dans les jours qui avaient précédé notre venue à Facholand, un léger sentiment de paranoïa s'était installé: les menaces contre l'équipe de Charlie, la réponse de la mairie à la demande de protection formulée par Philippe Val, le chantage de la municipalité menaçant d'interdire le concert si des caméras de télévision couvraient l'événement et lui donnaient un aspect politique (!), avaient réussi à créer une semi‑psychose parmi mon équipe comme parmi celle du journal, mais, finalement, les seuls gros bras à nuque rasée et regard patibulaire susceptibles de nous chercher des poux dans la tête avaient été embauchés par le Zénith pour assurer le bon déroulement du concert. Situation légèrement paradoxale mais bon... Il fut rassurant de constater qu'à Toulon (comme ailleurs, je l'espère) le F.N. n'a aucune capacité de mobilisation, que lorsqu'une poignée de citoyens déterminés vient regagner le terrain conquis par les idées du gros borgne l'électeur F.N. moyen reste devant sa télé -devinez quelle chaîne- et le militant pur et dur devant son crucifix à astiquer sa batte de base‑ball. Le spectacle démarra sur les chapeaux de roue avec les potes de «Blue Jean Society » (qui finiront bien un de ces quatre par adopter un nom de groupe moins nunuche), les mômes un peu inquiets d'essuyer les plâtres dans cette salle où, selon la rumeur, la centaine de places attribuées contractuellement par le Zénith à la municipalité avaient été distribuées à des provocateurs F.N., ont fait un véritable tabac. Pas un boulon, pas un sifflet, que de l'amour, que de la joie, des bravos. Moi, j ai fait sensiblement le même spectacle que la veille, le même que le lendemain, sauf que j'ai exprimé en arrivant mon désaccord avec les artistes qui ne viennent pas ici à cause des 30 % de Toulonnais qui ont mal voté, et j'ai expliqué que je venais pour les 70 % qui avaient bien voté. J'ai juste oublié de préciser que « bien voter », vu le choix qu'on a généralement, c'est une façon de parler, et que dans le Var, plus précisément, c'est une expression un peu surréaliste... Philippe Val m'a rejoint au milieu de mon tour de chant, on a balancé en duo sa version d'Hexagone puis il nous a poussé quelques chansons en solo, ce qui a fini de mettre le feu à la salle. A la fin du spectacle, toute l'équipe du journal est venue sur scène se faire ovationner, les dessinateurs ayant passé la soirée à réaliser de chouettes dessins diffusés simultanément sur deux écrans géants de part et d'autre de la scène. Au début du concert, lorsque j'ai évoqué la mairie aux mains du F.N., une gamine au premier rang m'a crié:  « On a honte ! » Faut pas, ma belle, c'est le F.N. à la mairie la honte, c'est le racisme qui est honteux, c'est l'extrême droite la plus puissante d'Europe chez nous la honte, c'est la bête immonde qui montre son groin cinquante après qu'elle fut terrassée la honte ! La honte, laisse‑la aux socialos qui ont fait une politique de droite et qui, de ce fait j ont engendré la misère sociale sur laquelle l'extrême droite a prospéré, laisse‑la aux habiles manoeuvriers élyséens qui, pour diviser la droite, ont favorisé la montée du F.N., laisse‑la à la majorité actuelle qui, pour récupérer l'électorat de Le Pen, met en pratique sa politique dégueulasse, laisse‑la aux médias qui, pour faire de l'audience (donc du pognon en espaces publicitaires), ont déroulé un tapis rouge au F.N. et à son leader. Jeudi dernier, au Zénith de Toulon, ton petit poing levé au milieu des milliers d'autres, ça ressemblait au contraire à de la dignité. RENAUD

20 juin 2001

Dauphiné Libéré
  • 30 novembre 1995, Renaud a vingt ans > Le Dauphiné Libéré du 30 novembre 95. Annecy "RENAUD A VINGT ANS"   C'est un public nombreux et enthousiaste qui a accueilli le retour de Renaud mercredi à Annecy au hall des expositions. La guitare en bandoulière, un foulard rouge dans la poche arrière d'un jean qui a bien vécu...Si les années passent, l'image de rebelle nonchalant qu'il promène depuis deux décennies reste la même. De la "ballade de Willy brouillard" à "Manu", en passant par "Mistral gagnant" et "hexagone", Renaud passe à merveille de ses anciens succès à ceux, moins virulent et plus nostalgiques, de "Belle de mai", tous repris mot par mot par une salle conquise. Sans décors, ni éclairage superflus, le luxe consiste ici en une équipe de douze musiciens parmi lesquels Jean-Louis Roques, compositeur, dont les arrangements ajoutent au répertoire un vrai regain d'énergie. Au milieu de cette gerbe de succès vient se greffer deux titres du double album "Renaud chante Brassens" sorti à l'automne. La soirée s'achève sur la promesse d'une abence moins longue, alors à bientôt "rebelle de mai". G.N
La Tribune de Genève
  • 30 novembre 1995, Renaud casse la baraque à l'Arena > La Tribune de Genève du 30 novembre 95 Par : Boris SENFF   RENAUD CASSE LA BARAQUE A L'ARENA Chanson / Donnant au passage un coup de pouce à Sarclo, il a donné un concert fleuve devant 5000 fidèles. Drapeaux rouges au vent, balade dans la zone, clin d'œil à Brassens et tendresse omniprésente. Cela faisait une paie que Renaud, le petit prince des pavés, n'avait pas fait un crochet par la Suisse romande. A part un passage à Morges, au début des années 90, cela faisait sept ans que l'on attendait ce gavroche des banlieues et sa poésie argotique dans une grande salle. Alors forcément, jeudi soir à l'Arena, c'était une foule serrée -petits voyous venus voir le grand frère, potes de longue date, amateurs de rimes qui font chaud au cœur- qui se pressait pour ce rendez-vous exceptionnel. Pas d'accès au poulailler, puisque la salle modulable de l'Arena était coupée en deux par des rideaux noirs comme l'anarchie, mais le parterre débarrassé de ses sièges pour l'occasion, était couvert d'une foule compacte qui patientait en tanguant d'enthousiasme. En tout 5000 personnes attendaient le chanteur aux santiags et au foulard rouge. Les lumières s'éteignent et la voix de Renaud retentit dans la salle. "Salut Genève, c'est Renaud. Ce n'était pas vraiment prévu au programme, mais il av y avoir une première partie. Un chanteur que les Genevois connaissent bien. Le genre de type qui, s'il avait lancé un pot de fleurs sur les flics, ne les aurait pas ratés. Mon pote Sarcloret." Et Sarclo de débouler sur scène avec le guitariste Denis Margadant pour un petit tour de chant à brailler j'en ai marre et du brun, en assurant à ceux qui réclament Renaud que "ça sera vite fini". Joli geste spontané de Renaud les organisateurs n'ont appris qu'une demi-heure avant le début du concert.   TOUCHANTE COMEDIE HUMAINE Un peu plus tard, c'est sous les cris que le chevalier Renaud, grand pourfendeur d'infustices sociales, aux tatouages comme des baisers de parpaing mouillé, débarque sur scène au milieu de ses musiciens, à grands pas frêles et mesurés, modeste devant les acclamations qui tonnent. Avec la ballade de Willy Brouillard, Renaud, en marin de la chanson qui a mis plus d'une fois son bateau en bouteille, affrète son concert comme capitaine au long cours. Les paysages traversés seront ceux de la rue (la chanson du loubard), de la mer (Dès que le vent soufflera) des banlieux "achèlème" (deuxième génération) et des révoltes qui grondent (Où c'est qu'j'ai mis mon flingue ?), les souvenirs d'enfance (Le sirop de la rue) et les sentiments qui font mal. L'occasion de dérouler une galerie de personnages aux traits typés, de la pute au malfrat, en passant pas le révolutionnaire et le curé, l'ouvrier et la femme En cloque qui forment la touchante comédie humaine du Séchan, visant les tripes là où elles sont tendres.   Fragile et survolté, Renaud aura fait s'enchîner plus de 35 chansons (dont deux de Brassens) sans rien renier de son engagement anarcho-communiste (Hexagone, Société tu m'auras pas : le Che était d'ailleurs dans la salle, sur un drapeau). Seul sur scène avec sa guitare en bandoullière comme le premier des chanteur de rue, ou s'amusant à un duo d'accordéons avec son complice Jean-Louis Roques, Renaud a traversé son répertoire avec une superbe chaleur humaine, plein d'humour avec ses musiciens et en accointance parfaite avec un public reconnaissant qui lui lançait des roses qu'il ne manquait jamais de ramasser respectueusement. Après plus de deux heures et demie d'émotion et des rappels comme des ouragans, Renaud terminait son concert avec Manu. A la sortie, les mistrals étaient gagnants.
Le Soleil
  • 21 juillet 1992, Renaud à l'Agora : Un p'tit show bien poli > Le Soleil, Québec, mardi le 21 juillet 1992 Dès le début du spectacle, Renaud annonce qu'il a passé la nuit de la veille à célébrer le 350e anniversaire de la ville de Montréal. Renaud à l'Agora : Un p'tit show bien poli Le croiriez-vous si je vous disais que Renaud s’est fait huer hier, par le public de Québec ? Eh oui, la foule n'a pu s'empêcher d'exprimer sa grande déception lorsqu'il a refusé de donner plus qu'un rappel bien poli et bien standard, après tout de même un bon deux heures de spectacle en continu, à l' Agora du Vieux-Port. Une critique de FRANCINE JULIEN LE SOLEIL La mauvaise humeur du temps a t elle influencé celle du chanteur français ? D'entrée, Renaud remarque le son médiocre causé par ; la pluie, puis explique qu'il a célébré un peu fort le 350e anniversaire de Montréal, la veille... Mauvais présage. Pourtant, plusieurs ingrédients étaient là pour que cette soirée s'inscrive sous la magie de maître Renaud. D'abord par la qualité de l'orchestre qui accompagnait le chanteur, dont le fidèle Jean- Louis Roc, mais aussi le multi-instrumentiste Geoffrey Richardson (celui qui donne le ton celtique au disque Marchand de cailloux). Et puis. Par le choix des chansons : aux titres plus récents et à ses chansons fétiches, Renaud a puisé quelques pièces de choix dans son très très vieux répertoire, et pas seulement Hexagone et Manu ! Etait aussi au rendez-vous la générosité de ce public plus respectueux et moins nombreux que lors du dernier "Festival d'automne" ; mais ce public arrivait même à lui fredonner les paroles de Banlieue rouge, lorsqu'il s'est trompé dans les couplets. "Décidément, c'est pas mon soir !", a-t-il commenté. N’y manquait, en fait que Renaud ! Renaud nous a offert une soirée en dents de scie avec quelques moments d'éclat. comme lorsqu 'il a récité plus que chanté son Déserteur. Ou lorsqu'il a présenté un titre inédit Welcome Gorby une gigue celtique en hommage à Michaël Gorbatchev qui aurait dû mener ses chars sur la France pour débarrasser le pays de ses connards... On comprend pourquoi il ne l'a pas endisquée celle là. Mais celui qui a l’habitude d'être un véritable moulin à paroles était étrangement silencieux, hier - soir. Peut être qu'après toutes ces visites à Québec, toutes ces belles a émotions qu'il nous a procurées depuis près de 10 ans, on place la barre un peu trop haute pour Renaud. Bref, l'âme n’y était pas Qui sait ? C'est peut-être au Clarendon que le party a véritablement eu lieu tard dans la nuit. comme en 1984..    
Télé-Loisirs
  • 19 mai 2001, RENAUD : toujours là ! > Télé-Loisirs n°2105 du 19 mai 2001 RENAUD : toujours là! Après trois annéees de silence médiatique, Renaud, le gavroche de la chanson française, remontait sur scène aux Victoires de la musique en mars dernier, les larmes aux yeux, devabt un public choisi, pour chanter "Mistral gagnant". Ému, mais surtout mélancolique, Renaud est reparti avec une victoire d'honneur. Le visage empâté, la silhouette alourdie, tout le monde le trouve changé. En effet, depuis qu'il est séparé de sa femme, Renaud va mal. Pour ne rien arranger, ses amis, Coluche, Gainsbourg ou Doisneau, ne sont plus là et l'idée de mourir seul l'angoisse! Mais il n'a pas cessé de chanter pour ses fans, qui sont toujours présents, notamment lors des concerts qu'il a donnés tout au long de l'an dernier. En effet, celui qui a fêté ses seize ans sur les barricades de mai 68, l'idole des loubards, le porte-parole des opprimés, a également des admirateurs parmi les jeunes d'aujourd'hui. La sortie de l'album "Hexagone 2001", dans lequel quinze groupes de rap reprennent ses chansons, le prouve! Marie Préchac
    • Victoires de la Musique
    • Une guitare, un piano et Renaud
    • Album Hexagone 2001
    • Chanson Mistral Gagnant
    • Vie Amour
    • Vie Vieillir
Télé Magasine
  • 5 mai 2001, Renaud revient au charbon > Télé Magasine n° 2374 du 5 au 11 mai 2001 Renaud Revient au Charbon Il a hésité avant de descendre à la mine. Mais il a fini par aller au charbon. Un premier rôle exceptionnel pour Renaud. Ce Germinal là, c'est bien sûr la découverte de l'univers des mineurs d'Emile Zola, en 1860, mais aussi celle d'un nouvel acteur, Renaud. Quand Claude Berri lui propose le rôle de Lantier, Renaud est très surpris. "Finalement, je me suis dit que si je ne faisais pas ce film-là, je ne ferai jamais de cinéma." Un nouvel album d'ici la fin de l'année Mais qui mieux que ce chanteur engagé et petit-fils de mineur pouvait se mettre dans la peau de Lantier ? Un personnage à la mesure de ses idées. "Lantier, c'est une sorte de messie, dit Renaud. C'est un type qui veut changer le monde, faire en sorte que les gens soient meilleurs. Il se brûle les ailes à la dure réalité de l'injustice. Il en faut des Lantier !". Le personnage l'a subjugué et le tournage l'a profondément marqué. "J'ai croisé des hommes de soixante-dix ans qui avaient passé près de quarante ans de leur vie dans la mine. Quand j'ai vu ces vieux, j'ai eu, je l'avoue sans honte, la larme à l'œil, dit Renaud. Ce sont eux, les figurants, l'âme du film." Son rôle dans Germinal fut si fort, si émouvant, que Renaud n'est plus apparu au cinéma depuis. Mais neuf ans plus tard, il a enfin un projet. L'histoire de petits braqueurs français qui vont faire un coup à Chicago. N'allez pas croire que Renaud n'ait rien fait ces derniers mois. Il vient tout juste de terminer une tournée où il a rempli les salles, deux cent deux concerts en dix-huit moi. Une tournée discrète loin des micros et des caméras. Mais ce que tous ses fans attendent c'est, bien sûr, un nouvel album. "Promis, juré d'ici la fin de l'année", dit Renaud. Et ce chanteur là n'a qu'une parole. Martine Touhet A la fin du tournage, Renaud a créé l'Association des anciens de "Germinal" qui se réunit désormais chaque année.
Le Provençal
  • 24 avril 1996, Après Renaud chante Brassens, Renaud chante l'OM > Le Provençal du 24 avril 1996 Après Renaud chante Brassens, Renaud chante l'OM Finalement vous aviez raison, le foot, ça rend con. Pour vous expliquer comment j'en suis arrivé à cette évidence, il me faut vous raconter un peu tout début le début. Vous n'êtes pas sans ignorer que je passe la plus grande partie de mes vacances à L'Isle-sur-la-Sorgue, une charmante petite ville du Vaucluse située à soixante-dix bornes de Marseille. Il y a environ six ans un voisin m'a proposé de m'emmener au Stade Vélodrome assister à un match de l'OM. J'aime bien le foot (je vous en veux même pas de ne pas l'aimer) et, au début des années 1980, je m'étais déjà fourvoyé dans un stade, en l'occurrence au Parc des Princes, pour soutenir Saint-Etienne puis Lens face au PSG. Puis le drame du Heysel et le hooliganisme en général m'avaient définitivement écœuré de la fréquentation de ces lieux où quarante mille têtes semblent se partager un seul cerveau atteint d'encéphalopathie spongiforme. Mais, ce jour-là, sensible aux arguments de mon Marseillais de voisin quant à l'ambiance bon enfant qui, selon lui, animait les tribunes du Stade Vélodrome, je l'accompagnai. Dans les quarts de virage, au milieu du petit peuple de Marseille, j'avoue que je fus conquis. Lorsqu'un de mes voisins de gradins cria à l'arbitre "Salaud!" une dizaine de supporters se tournèrent vers lui avec des "Ohhh!" indignés. "Soyez poli quand même, pas la peine de l'insulter!" déclara un vieux à l'intrépide. "Eh ça va ? Tout à l'heure vous le traitiez d'enculé!" Le vieux répondit alors avec l'accent du Vieux Port :"Ah mais, c'est pas pareil, enculé c'est pas une insulte, c'est son prénom!" Je retournai alors régulièrement au Stade et je rigolais bien. Marseille brilla pendant plusieurs saisons, affronta les plus grands clubs d'Europe et remporta la Coupe au grand désespoir des Parisiens qui courent encore après. Pour une fois, c'était le Sud, Marseille la pauvre, la Méditerranéenne, la cosmopolite (la magnifique), qui faisait la nique à la capitale bourgeoise et arrogante. Seule ombre au tableau de ma satisfaction, Bernard Tapie, que, décidément, malgré le prestige dont il bénéficiait à Marseille, je ne pouvais pas encadrer, trop attaché que je suis à la morale et l'honnêteté. Les magouilles d'icelui amenant l'OM au purgatoire de la D2, le show-biz, les médias, les chroniqueurs sportifs, tels des rats quittant le navire en détresse, commençant à baver sur cette Marseille qu'ils avaient adulée quelque temps auparavant, mon intérêt se transforma en acharnement. Je pris ma carte d'abonné du virage sud et m'intégrai chez les Winners, le club de supporters où mes potes Rachid, Moïse et Christian affichent des drapeaux du Che, des banderoles "Stop Nazis!" et des drapeaux israéliens, comme un défi aux nazillons du Kop de Boulogne du PSG. Depuis quelques mois une jeune journaliste de "Télé-foot", Marianne Mako, ayant eu vent de ma présence régulière chez les Winners, souhaitait m'arracher quelques mots d'interview. La semaine dernière, à l'occasion d'un match contre Auxerre, je finis par céder à son insistance et lui proposai de la rencontrer trois minutes dans un bistrot près du stade. Comme je suis trop gentil ou trop con, j'acceptai qu'elle et sa petite équipe, caméra et son, me suive pour filmer mes réactions durant tout le match. Arrivés au virage sud, au milieu de mes potes, elle se fit bien un peu chambrer, cinq mille voix entonnant sur l'air des lampions "Marianne Mako est à genoux devant nous et elle nous suce le bout!" Mais elle ne s'offusqua point de ce fantasme collectif si ouvertement avoué. Mieux, elle sympathisa avec les plus acharnés et trouva l'ambiance extraordinaire, chaleureuse et sympathique. Après la défaite (imméritée...), alors que nous quittions le stade et que je lui vantai la fraternité qui régnait dans ces tribunes, que je lui expliquais qu'ici il n'y avait ni racisme ni violence, que je n'avais jamais assisté au moindre baston, elle eut la mauvaise idée de me proposer encore trois mots d'interview, juste pour que j'exprime ma déception après cette victoire des Auxerrois. Des milliers de personnes qui, dans notre dos, quittaient le stade légèrement dépités, une centaine de braillards hystériques attirés par le projo de la caméra se détachèrent alors pour venir nous entourer, d'abord en chantant leur amour pour l'OM puis leur haine pour la rivale de toujours, Paris-Saint-Germain. Jusque-là ce fut bon enfant... Jusqu'à ce qu'un plus excité commence à insulter la journaliste parce que TF1 = Paris, parce que Paris = PSG, même si je suis la preuve vivante que pas forcément. En quelques secondes la foule devint furieuse, le cameraman reçut un bourre-pif, le preneur de son un caillou, Marianne Mako se fit cracher au visage par dix bons enfants et les trois se firent traiter de quelques noms d'oiseaux même pas dans le dictionnaire. Avant qu'ils ne se fassent véritablement lyncher par cette meute hystérique, nous avons tous promptement entamé un repli stratégique vers une autre sortie. Finalement vous aviez tort. C'est pas le foot qui rend con, c'est la foule. Renaud
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18 juin 2001

Charlie-Hebdo
  • 19 novembre 1995, envoyé spécial chez moi - A qui la honte ? > Charlie-Hebdo du 19 novembre 1995 Chronique de RENAUD après son concert à Toulon A qui la honte ? F comme fasciste ! N comme nazi ! A bas le Front national ! c'est par ces mots scandés par un chœur de trois mille bouches que le concert a débuté. C'est aussi par ces mots qu'il s'est conclu. Rien que pour ça je ne regretterai jamais cette décision (controversée) de ne pas boycotter Toulon. Dans les jours qui avaient précédé votre venue à Facholand, un léger sentiment de paranoïa s'était installé : les menaces contre l'équipe de Charlie, la réponse de la mairie à la demande de protection de Philippe Val, le chantage de la municipalité menaçant d'interdire le concert si des caméras de télévision couvraient l'événement et lui donnaient un aspect politique (!), avaient réussi à créer une semi-psychose parmi mon équipe finalement, les seules gros bras à nuque résée et regard patibulaire susceptibles de nous chercher des pox dans la tête avaient été embauchés pas le Zénith pour assurer le bon déroulement du concert. Situation légèrement paradoxale mais bon... Il fut rassurant de constater qu'à Toulon (comme ailleurs je l'espère) le F.N n'a aucune capacité de mobilisation, que lorsqu'une poignée de citoyens déterminés vient regagner le terrain conquis par les idées du gros borgne l'électeur F.N moyen reste devant sa télé -devinez quelle chaine- et le militant pur et dur devant son crucifix à astiquet sa batte de base-ball. Le spectacle démarra sur les chapeaux de roue avec les potes de "Blue Jean Society" (qui finiront bien un de ces quatre par adopter un nom de groupe moins nunuche), les mômes, un peu inquiets d'essuyer les plâtres dans cette salle où, selon la rumeur, la centaine de places attribuées contractuellement par le Zénith à la municipalité avaient été distribuées à des provocateurs F.N, ont fait un véritable tabac. Pas un boulon, pas un sifflet, que de l'amour, que de la joie, des bravos. Moi j'ai fait sensiblement le même spectacle que la veille, le même que le lendemain, sauf que j'ai exprimé en arrivant mon désaccord avec les artistes qui ne viennent pas ici à cause des 30 % de Toulonnais qui ont "mal voté", et j'ai expliqué que je venais pour les 70 % qui avaient "bien voté". J'ai juste oublié de préciser que "bien voté", vu le choix qu'on a généralement, c'est une façon de parler, et que dans le Var, plus précisément, c'est une expression un peu surréaliste... Philippe Val m'a rejoint au milieu de mon tour de chant, on a balancé en duo sa version d'hexagone, puis il nous a poussé quelques chansons en solo, ce qui a fini de mettre le feu à la salle. A la fin du spectacle, toute l'équipe du journal est venue sur scène se faire ovationner, les dessinateurs ayant passé la soirée à réliser de chouettes dessins diffusés simultanément sur deux écrans géants de part et d'autre de la scène. Au début du concert, lorsque j'ai évoqué la mairie aux mains du F.N, une gamine au premier rang m'a crié : "on a honte !" faut pas, ma belle, c'est le F.N à la mairie la honte, c'est le racisme qui est honteux, c'est l'extrême droite a prospété, laisse-la aux habiles manœuvriers élyséens qui, pour diviser la droite, ont favorisé la montée du F.N, laisse-la majorité actuelle qui, pour récupérer l'electorat de Le Pen, met en pratique sa politique dégueulasse, laisse-la aux médias qui, pour faire de l'audience (donc du pognon en espaces publicitaires), ont déroulé un tapis rouge au F.N et à son leader. Jeudi dernier, au Zénith de Toulon, ton petit poing levé au milieu des miliers d'autres, ça ressemblait au contraire à de la dignité. RENAUD

17 juin 2001

Le Monde
  • ?-?-75, Les Charognards > Le Monde de 1975 « Le 5 décembre 1975, y’a eu un hold-up avec prise d’otages, dans une banque de l’avenue Bosquet à Paris. Les mecs se barrent vers 2 heures du mat au volant d’une super bagnole que les bourres leur avaient prêtée, avec dedans 2 otages, 500 briques et quelques lingots. A l’angle de la rue François 1er et de la rue Pierre Charron, ils se plantent de plein fouet dans la SM d’un politicard qui s’en revenait peinard du Sénat où venait de s’ achever un débat sur la répression du banditisme et des prises d’otages. Les flics qui suivaient pas très loin derrière profitent de l’accident pour défourailler et canarder les deux mecs qui commencent à s’dirent que ce p’tit braquage tranquille c’est mal barré… J’sais plus d’où j’venais mais j’étais pas loin. Tous ces gyrophares et ces gens qui courrent, je pense d’abord à une manif, j’y vais. C’était la première fois que je voyais un mort. Un des deux mecs. L’autre agonisait plus loin sous les crachats du bon peuple parisien et les insultes des flics. Ils avaient tout deux reçu plus de bastos qu’il n’en faut pour tuer un bœuf. Malgré cela, et bien qu’ayant perdu son sang dans le caniveau pendant plus d’une demi-heure avant l’arrivée d’une ambulance, qui se faisait bizarrement attendre, l’agonisant a survécu aux balles dum-dum de l’antigang et à la haine du badaud. Il était d’ailleurs unanime le badaud. Unanime dans sa haine de l’Arabe, du blouson d’cuir, du voleur qui lui vole son argent dans sa banque, unanime dans son admiration pour ces braves policiers qui, décidement, font un métier dangereux. Tiens ? Pas loin, y’a un badaud unanime, en cuir clouté, qui s’fait prendre à partie par un groupe de manteaux gris. Il dit qu’les flics ont la détente facile et que c’qu’y vient de voir s’appelle une mise à mort. « Et si z’avaient pris ta mère comme otage ! » lance un mec. « Et si c’était ton fils le type qui créve par terre en ce moment ! » qu’y répond. Y’a du lynchage dans l’air, j’me barre. Va falloir que j’raconte tout ca aux potes demain. J’rentre chez moi et j’écris « Les Charognards. » ». Renaud.
    • Chanson les Charognards

11 juin 2001

Charlie-Hebdo
  • 3 mars 1993, Bille en tête - Un Mac' est une femme > Charlie-Hebdo Un Mac' est une femme 3 mars 1993 Renaud a une touche J'étais installé peinard dans un coin de bistrot, les yeux rivés sur l'écran vide de mon Macintosh Power-Book 140, la tête perdue dans l'angoisse hebdomadaire que m'inflige la rédaction de cette chronique que l'ami Philippe Val exige de moi chaque semaine, malgré mes supplications pour la voir devenir mensuelle, malgré mes allusions répétées au secret espoir que j'entretiens de voir la rédaction de Charlie se réunir à huis clos et voter mon exclusion pour cause d'inspiration fantomatique (énervé malgré tout à l'idée que certains lecteurs puissent l'espérer aussi), lorsque, et ma phrase un peu longue va finir, une demoiselle, passant devant ma table, s'arrêta et se pencha sur mon " Mac ". C'est le 140 ? Je pensais m'acheter le même... Vous en êtes satisfait ? Heu... oui... C'est très pratique. Je peux écrire au bistrot. Comme avant avec mon stylo, sauf que j'ai plus besoin de stylo. Vous avez 40 Mo de mémoire vive ou 80, sur votre disque dur ? La question à la con. Je sentais que j'allais pas tarder à passer pour un guignol aux yeux de cette demoiselle. Allais-je oser lui avouer que je n'entravais que dalle à l'informatique, aux microprocesseurs, que je ne me servais de mon gadget que comme d'une machine à écrire portable, sans carbone pour les copies, sans Tipp-Ex pour les fautes, sans feuilles blanches pour l'angoisse ? Je décidai de jouer les érudits en lui racontant n'importe quoi: Vous voulez rire ? J'ai 120 Mo ! Et puis j'ai un connecteur d'extension pour carte de 4 Mo qui gère jusqu'à six périphériques SCSI. Tiens, prends ça dans les dents, ma belle ! pensai-je par-devers moi... Ah ! oui... Ça vous permet le transfert rapide des fichiers... Et l'écran ? C'est un super twist rétro éclairé à matrice active 640/400 pixels ? Et merde ! Elle commençait à m'gonfler avec ses questions de prix Nobel de physique nucléaire ! Je décidai de conclure: Bien sûr ! Mais à la longue il fatigue un peu les yeux, c'est pour ça que je vais bientôt craquer pour le nouveau modèle de chez Toshiba. I1 n'a pas d'écran, et sa mémoire vive est de zéro. (Panique dans le regard de mon interlocutrice...) C'est-à-dire que vous tapez des informations sur votre clavier et que l'ordinateur ne les retient pas, ne les restitue pas, d'ailleurs le clavier lui-même n'est constitué que de touches blanches. Un peu comme au Scrabble, les blanches qui remplacent n'importe quelle lettre... Mais... A quoi ça sert ? C'est un formidable outil de communication, mademoiselle ! Comme il n'est d'aucune utilité, ni pour écrire ni pour lire, il oblige à parler. La jeune fille revint à mon Macintosh et finit par me poser les deux seules questions importantes, à savoir combien ça coûte et combien ça pèse. Ces questions fondamentales, je les avais posées moi même quelques mois plus tôt au vendeur de chez Apple qui m'expliquait que " ce modèle était équipé d'un disque dur de 40 mégabits ". Ce à quoi j'avais répondu qu'un ou deux bits de taille moyenne me suffiraient peut-être pour l'usage que j'en aurais... Ne riez pas, monsieur. 40 mégabits, ça représente 40 millions de signes typographiques, soit environ l'équivalent de cent bouquins de 250 pages chacun ! Un homologue à moi, chroniqueur québécois, écrivait récemment dans la Presse de Montréal que ce genre d'argument de vente amenait parfois le client à 'imaginer que l'ordinateur allait lire, étudier, voire écrire ces cent livres à sa place. J'ui en demande pas tant, moi, à mon Mac. M'enfin, si cette semaine il avait pu m'écrire ma chronique à ma place, la gonzesse je l'aurais pas laissée ne quitter comme ça. Je l'aurais invitée à s'asseoir, on aurait bu un coup, pis je lui aurais montré mes disquettes... 40 mégabits ! Ça laisse rêveur, non ?
  • 10 février 1993, Bille en tête - J'veux pas faire « 7 SUR 7 » !!! > Charlie-Hebdo J'VEUX PAS FAIRE "7 SUR 7" !!! 10 février 1993 Ils n'ont qu'à inviter Zola ! Anne Sinclair a les plus beaux yeux du PAF. C'est entendu. Peut-être le plus beau paf aussi mais on le voit jamais, elle est toujours assise. On lui pardonné, quand tellement de ses confrères sont à genoux ou couchés. Anne Sinclair est une journaliste formidable, bien qu'on puisse trouver antinomique cette association, tellement de ses confrères ayant mérité de notre mépris. Anne Sinclair est probablement une femme formidable aussi, peut-être encore un peu socialiste, mais bon, ça lui passera comme ça nous est passé... Anne Sinclair reçoit Édouard Balladur à " 7 sur 7 " et puis d'autres hommes politiques aussi, mais moins souvent. Contrairement à de Virieu, grand attaché de presse du Front national, Anne Sinclair a toujours refusé d'offrir une tribune, via son émission, aux éructations démagogiques et xénophobes de Jean-Marie Le Pen. Cela l'honore. C'est une conception particulière de la démocratie mais Anne Sinclair considère que la mémoire est aussi garante de la démocratie que la liberté d'expression, lorsque l'expression est haineuse. Anne Sinclair ne ménage pas forcément les hommes politiques qu'elle invite le dimanche soir. Elle leur balance même, trés poliment, quelques vacheries et n'a pas l'air de s en laisser conter. I1 y a quelques années, elle avait invité Ibrahim Souss, représentant de l'OLP en France, et avait été, ce jour-là, franchement désagréable. Tellement désagréable et pas polie que je lui en ai voulu au point de la taxer de-ci de-là de sionisme aigu. Ce qui me vaut en retour d'être, deci de-là, taxé d'antisémitisme sournois... Mais Anne Sinclair reçoit aussi parfois des artistes. Des Sardou, des Julien Clerc, des Bruel Madonna, Johnny et j'en oublie. Anne Sinclair, sans être une midinette, aime beaucoup les artistes. Elle leur concède probablement plus de qualités de cur qu'aux politichiens. Plus de questions embarrassantes, plus d'impertinence, une présentation frôlant le panégyrique, une façon émouvante de guider, de driver son interlocuteur pour lui faire sortir le meilleur de lui-même, et un regard plein d'amour, voire de fascination, pour ces grands témoins de l'actualité du monde. C'est plutôt sympathique de sa part, mais souvent ça donne ce genre de dialogue: Alors, Michel, nous venons de voir ces images atroces de Sarajevo, quel commentaire cela vous inspire-t-il ? Vous avez raison, c'est atroce ! I1 faut que le sang arrête de couler, que les civils soient protégés, que cesse cette guerre ignoble... Oui... Un peu ce que vous dites dans votre chanson La guerre est ignoble, dans laquelle vous prenez courageusement position contre le malheur. Mais, concrètement, avez-vous une solution pour résoudre ce conflit ? C'est très dur, Anne, je sais que je vais me faire des ennemis, mais je crois qu'il faut que nous ayons le courage d'envoyer nos bombardiers raser les villes des méchants, car nous les connaissons, personnellement j'ai les noms ! Non, mais, vous m'imaginez à "7 sur 7 " ? Alors, Renaud, nous venons de voir ces images atroces de l'accident d'avion sur l'école maternelle de Tremblay-lès-Gonesse... Quel commentaire cela vous inspire-t-il ? Je crois que récemment vous avez signé une pétition contre les accidents d'avion, non ? C'est exact, je trouve cela atroce. Quand on pense que cet avion partait pour une mission de bombardement sur les écoles maternelles de Belgrade pour que cesse cette guerre atroce... Je veux pas faire " 7 sur 7 "... L'attaché de presse de Germinal a négocié (dans mon dos) ma participation à cette émission une semaine avant la sortie du film, en octobre. Je veux pas y aller... Maman, j'ai peur ! Au secours ! Hé, les mecs, dites-moi que j'ai raison... Que les saltimbanques ont rien à foutre chez Anne Sinclair le dimanche soir... Madame Sinclair, si vous lisez ces lignes, je préférais quand on était fâchés, j'aime pas refuser l'invitation de si jolis z'yeux. Maintenant, si vous voulez vraiment qu'on cause, invitez-moi à dîner... Je vous jure que je viens !
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  • 10 mars 1993, Bille en tête - Un dimanche à la con > Charlie-Hebdo Un dimanche à la con 10 mars 1993 Long comme un jour sans charbon On est encore dimanche. C'est pas vrai ! Tu m'étonnes qu'on vieillisse trop vite, à la vitesse où les jours passent. Moi qui peux pas saquer les dimanches, je suis gâté, c'est environ mon 2 1 50é que je me vis d'affilée. Avec autant de semaines autour... Les semaines, encore, ça va, les mois, les années aussi après tout on peut toujours se dire que plus on en vit plus on nique la mort, cette salope qu'attend pas toujours que ton film soit fini avant de foutre le feu à la péloche, mais les dimanches, je m'y ferai décidément Jamais. C'est comme un p'tit coma hebdomadaire. D'abord, j'aime pas le bruit de la rue ce jour-là. L'est pas pareil que les autres jours. C'est un bruit trop silencieux. Un bruit qui sent pas la vie, juste la visite chez les beaux-parents, les courses au marché les fleurs au cimetière, la grasse matinée. Matinée séchée, matinée foutue, oui ! On est encore dimanche, et il est près de midi. Je suis presque sûr que dehors il fait ni beau ni moche Y doit faire un temps de dimanche, un temps de rien Si, dans cinq minutes ma fille n'est pas venue me rejoindre dans mon plume, se glisser entre sa mère et moi pour un câlin, je me lève et je fais les p'tits déj's. Tu parles, elle doit encore être plongée dans Scarlett. Ma Doudou a d'abord craqué pour Autant en emporte le vent - le film, qu'elle a vu douze fois, puis elle a lu le roman, maintenant elle finit les huit cents pages de la suite. Aux murs de sa chambre, les photos de Clark Gable ont remplacé celles de MacGyver qui m'avait détrôné moi. A sa mère qui lui demandait l'autre jour si elle avait un amoureux, Mademoiselle a répondu: " Non, j'attends mon Rhett Butler ! Il viendra un jour me chercher sur son cheval blanc... " Bien, ma fille... Tu as fixé la barre un peu haut, mais vaut mieux ça que d'en pincer pour un p'tit con en mobylette bleue. Journée à la con. J'ai encore raté " Télé-Foot ", je vais quand même pas allumer la télé pour me cogner " L'Heure de vérité "... C'est pas le jour, hein ! Leurs mensonges un dimanche matin, merci ! Allez, courage, faut qu'j'émerge, j'ai promis à ma fille de l'emmener au salon de l'Agriculture voir cette exposition d'authentiques paysans avant qu'ils ne disparaissent, à ma femme de l'emmener au Grand Palais voir les bijoux de la reine Tiyi - non, chérie, c'est pas à vendre - et à mon chien de l'aller faire pisser. A part pour le clebs, je sens que j'ai bien choisi mon jour. Y'aura juste quelques millions de blaireaux qu'auront eu la même idée que moi... Faire la queue pour mater un taureau en albâtre de 3000 ans avant Jésus-Christ, passe encore, mais pour admirer un buf en viande de six mois après Maastricht, bonjour... Téléphone. C'est Valérie de Charlie qui me rappelle qu'il leur faut ma chronique avant " hier soir dernier délai ". Cette semaine encore on consent à m'accorder un petit rab, " disons jusqu'à 18 heures aujourd'hui ". Bon... Ben, j'vais m'y mettre... Quand je vous dis que ça va encore être un dimanche à la con ! Manquerait plus que l'autre débarque sur son cheval blanc...
  • 17 février 1993, Bille en tête - Tonton et l'agneau, Pierre et le loup > Charlie-Hebdo Tonton et l'agneau, Pierre et le loup 17 février 1993 Echangeriez-vous votre prix Nobel de lapaix contre un char Leclerc ? J'avais réglé mon radio-réveil sur France-Intox. A 8 heures, quand il a sonné, un sourire béat illumina mon beau visage endormi. Dans ce que je croyais être un rêve, une voix m'annonçait que François Mitterrand venait d'être proposé comme candidat au prix Nobel de la paix 1993. L'humour n'étant pas franchement une des vertus premières des journaleux, j'admirais mon imaginaire qui venait de me balancer cette bonne blague, un peu cynique, mais bon... J'aurais rêvé que Garretta était nommé prix Nobel de médecine, je sais pas si j'aurais autant ri... Tonton. Mon brave Tonton, celui-là même qui, il y a deux ans, nous expliquait la nécessité de participer à l'opération " Tempête du Désert " aux côtés de son maître George Bush, ce Tonton si fier de l'issue de cette guerre qui anéantissait 200 000 civils irakiens et épargnait Saddam Hussein, mon bon Tonton qui poussa les Kurdes à la rébellion contre Bagdad et leur envoya Madame Tonton leur livrer du sparadrap lorsque, décimés par Saddam, abandonnés par nous, ils se retrouvèrent exilés et nus dans les montagnes enneigées du nord de l'Irak. Mon vieux Tonton qui se garde bien encore d'intervenir auprès des Nations unies pour faire cesser l'embargo économique contre l'Irak, cet embargo qui tue chaque mois 15 000 enfants, faute de soins, de médicaments. de nourriture... Tonton, grand pacifiste devant l'éternel quoique président du pays troisième exportateur d'armes du monde, Tonton chef des Armées, de ces armées qui mettent actuellement la Somalie sous tutelle, Tonton qui offre généreusement l'asile en France à toutes sortes de tyranneaux exotiques après les avoir fournis en armes, après avoir cautionné leurs régimes, Tonton garant d'un système économique qui affame les trois quarts de la planète pour faire crever d'abondance le quart restant, quart qui s'arroge le titre de seul détenteur des valeurs de Démocratie et de Liberté. Prix Nobel de la paix !!! Quand j'ai réalisé que j'avais pas rêvé, que l'information était sérieuse, j'ai balancé mon radio-réveil par la fenêtre. I1 est tombé juste à côté du téléviseur que j'avais balargué la veille au soir après avoir vu la retransmission des " Victoires de la Musique ". Pas balancé quand ils ont offert un trophée à Bedos et Robin dont on se demande ce qu'ils ont à voir avec la musique, pas non plus quand ce crétin de Nagui a cité pour la douzième fois RTL et " Taratata ", non, j'ai craqué quand on a annoncé la Victoire du meilleur disque pour enfants de l'année: Lambert Wilson raconte Pierre et le loup. Original, par rapport à l'année dernière. .. En 92, en effet, la victoire était allée à Julien Clerc raconte Pierre et le loup. François Mitterrand devrait peut-être nous raconter Pierre et le loup. Des fois qu'on lui refuse son Prix Nobel de la paix, il pourrait toujours espérer une Victoire de la Musique. De la musique militaire, bien sûr...
  • 24 février 1993, Bille en tête - La moitié de 18 > Charlie-Hebdo La moitié de 18 24 février 1993 J'ai arrêté de lire L'Aurorequand Zola est mort Et pourquoi Siné, y'a quelques semaines, alors qu'il se la coulait douce en Californie, il s'est permis de pas nous écrire sa chronique hebdomadaire, et pourquoi moi qui travaille comme un buf j'aurais pas droit à un petit répit ? Cette semaine, j'ai rien envie d'écrire. Pas d'idée. La semaine dernière non plus, mais ça s'est pas vu. D'abord, je suis au courant de rien. Depuis bientôt six mois que je fais du cinoche dans le Nord j'ai un peu décroché de l'actualité. Pas le temps de regarder la télé, on m'a taxé mon autoradio, pis, à part la Pêche et les poissons, j'ai plus de journal préféré. Autrefois, mon marchand de journaux me déroulait un tapis rouge quand y m'voyait débarquer. Je lui prenais de tout: des quotidiens, des hebdos, des mensuels, entre l'Équipe, I'Express et Géo je glissais discrétos un journal cochon genre Playboy ou Minute. Aujourd'hui, il ramasse avec mépris les pauvres dix balles que je lui laisse chaque semaine en échange d'un Charlie Hebdo que j'achète juste par solidarité avec moi-même. J'ai arrêté d'acheter Libé quand ils ont titré " Andréas Bauder se suicide dans sa cellule ", en 1979 je crois. L'absence de guillemets au mot " suicide " leur a fait perdre un lecteur tatillon sur la ponctuation des idées. Ce jour-là, avec Baader, c'est Serge July qui est mort. J'ai arrêté d'acheter Actuel quand j'en ai eu marre qu'on m'explique que j'étais pas vraiment branché puisque j'allais pas danser le pogo chez " Gégène " à Kinshasa ou le paso doble dans les catacombes de Paris, arrêté d'acheter l'Huma quand la gauche a pris le pouvoir en 81, recommencé un peu quand elle l'a perdu en 83, arrêté de lire le Nouvel Obs quand a débarqué l'Événement du jeudi que j'ai laissé tomber le mardi, arrêté Rock and Folk quand j'ai désespéré d'être jamais ni l'un ni l'autre, arrêté Politis chaque fois qu'ils ont coulé et le Canard enchaîné quand il est devenu si subversif qu'on n'a plus jugé utile de leur envoyer de vrais-faux plombiers. Mais je me tiens quand même un petit peu informé... Je demande aux gens c'qu'y s'passe. Tous les~ matins, sur le tournage, quand je dis bonjour aux figurants par exemple, je leur demande: " Ça va ? Quoi d'neuf depuis hier ? " Milou me répond " Quoi de neuf ? La moitié de dix-huit ! ", Bombardier me répond " Mi cha va, et ti ? Cha va min t'cho père ? " et Sigismond me dit qu'on fait aller. Alors moi, j'en conclus que ça va vraiment. Que la guerre en Yougoslavie c'est finalement p't'être pas une vraie guerre, juste un avant-goût, une répète, que la droite qui revient c'est finalement p't'être pas une vraie droite, juste les mêmes que nos socialos, en un peu plus cyniques, et que l'opération humanitaire en Somalie, c'est finalement p't'être pas une enculerie militaire, juste de la politique étrangère... Je m'dis que le monde tourne pareil quand je sais pas comment il tourne. Pis que ça fait du bien de temps en temps de se dire que le monde c'est seulement là où tu es, avec ceux que tu aimes, que, quand ils vont bien, le monde va bien... Mais ça fait p't'être pas une chronique... La semaine prochaine, je vous raconterai comment on voit le monde dans la Pêche et les poissons.
  • 24 mars 1993, Bille en tête - Echange poster Fabius contre Tee shirt Guevara > Charlie-Hebdo Echange poster Fabius contre Tee shirt Guevara 24 mars 1993 ... Ou un B.-H. L. dédicacé contre un mégot du " Comandante " Y s'emmerde pas, le père Siné. Quand Monsieur sèche sur sa chronique, il nous fait ses fonds de tiroir pour nous dénicher de vieilles lettres de Jean Genet dont il nous livre de larges extraits. Je vais faire pareil, moi, tiens ! C'est pas du Jean Genet, mais c'est joli quand même... " Chère Renaud Je t'écrie pour te dire que j'aime bien ton styl et tes chansons la franchise qui a de dans et ton look: j'ai 12 de puis 7. Je pense a toi: Je suis né le 31/01/80 et je sais que tu connait Frédéric et son groupe qui ton anvoye une cassette je te souhait une bonne année et une santé et beaucoup de succes dans tes concert. a bientôt: Ludovic. " Ben voilà ! Ça m'est arrivé cette semaine chez Charlie. Comme ce petit Ludo qui a " 12 de puis 7 " (?), vous êtes nombreux à m'écrire au journal. Faut qu'j'vous dise, y faut plus trop ! Je n'y passe que très irrégulièrement, le courrier s'accumule et, lorsque je trouve le temps de vous répondre, ça me prend la tête une semaine. Comme je suis un garçon bien élevé, je me force à répondre à tous, même aux casse-burnes et, du coup, j'ai plus de temps pour ma chronique. Vos lettres sont toujours un peu métal... Pourquoi y'a que les râleurs et les pinailleurs qui m'écrivent ? Et pas plus souvent des " 12 de puis 7 " ? Mais je vous en veux pas, vous avez parfois raison. Quand, par exemple, j'attribue au Pays basque la tradition landaise des bergers sur échasses, je comprends que ça fasse un peu bougonner les Basques et les Landais... Un lecteur me concède néanmoins que mon " erreur " est excusable car " il est vrai que les échassiers landais sont souvent présents dans les défilés folkloriques du Pays basque ". Y m'semblait bien... Quoi qu'il en soit, je présente mes plus humbles excuses aux moutons des deux bords et à leurs parents... Dis donc, Siné, y'a quinze jours tu étais pote avec Malcolm X, la semaine dernière avec Genet, t'as pas connu Che Guevara, des fois ? Si tu m'trouves une lettre de lui, un briquet, un meuble, un vieux teeshirt, n'importe quoi qu'était à lui, je suis preneur ! Je t'échange n'importe quel mégot de cigare du " Comandante " contre, je sais pas, moi, un taillecrayon ayant appartenu à Hitler, un B.-H. L. dédicacé, un pints de Marie-France Garaud, un haut de survêt de Dominique Rocheteau, le premier 45 tours de Font et Val (1959), une mèche de cheveux de Francis Lalanne ou un morceau du mur de Berlin avec écrit dessus " Ich abe 12 der von 7 ". Pis sinon, j'voulais te demander, tu dessines toujours dans l'Événement du jeudi ? T'as vu leur couverture, cette semaine ? " Les vrais salaires des Français. " J'ai l'impression que ça fait dix-neuf fois cette année qu'ils nous la font, celle-là, non ? Dis, tant qu'à être indiscret, pourquoi y nous font pas la semaine prochaine " La vraie taille de la bite des Français " ? Bon, je vais arrêter de vous gonfler avec ma correspondance personnelle avec Siné, le bougre serait capable de vous la ressortir dans vingt ans, histoire de boucher un trou dans sa chronique. Hé, Bob ! Sûr que c'est pas du Genet, mais t'as vu un peu le styl qui a de dans... P.-S.: A l'heure où paraîtront ces lignes, le premier tour des législatives aura déjà eu lieu. (Sans moi...) Je pouffe à l'idée que, pour punir la gauche d'avoir fait une politique de droite, la gauche aura voté à droite en espérant qu'une fois élue elle fera une politique de gauche... Re P.-S.: On est dimanche, il est 16 heures, finalement j'vais p't'être aller voter Voynet. Pour ses cheveux jaunes et ses idées vertes.
Le Monde
  • 20 avril 2001, HEXAGONE 2001 > Notre sélection hebdomadaire de disques LE MONDE | 20.04.01 | 14h50 Page 27 [...] HEXAGONE 2001 Nier la musique, l'appauvrir : nouvelle tendance du rap français ? Regrettable lissage mélodique chez MC Solaar, désopilante désertion chez Doc Gynéco, dont le Quality Street est en passe de paraître, et saccage insupportable des chansons de Renaud dans ce projet dénommé Hexagone 2001... rien n'a changé... Nos rappeurs les plus inventifs du moment (Diziz La Peste, Saïan Supa Crew, Big Red, Oxmo Puccino) se sont unis pour mettre à mal Marche à l'ombre, Laisse béton ou Etudiant-poil aux dents. Débarrassées de leur rock-musette, des flonflons séducteurs de Renaud, ces chansons à contenu social deviennent des gimmicks publicitaires pour le rap, comme genre sombre et scandé, avec ses tics (accent des cités, lignes de basses pauvrettes). Caricatural autant que les pires moments de Hip-hopée, recueil de chansons françaises classiques (Brel, Brassens, Gainsbourg...) revisitées par le rap, Hexagone 2001 apporte la preuve que si les rappeurs ne sont pas sourds aux textes du répertoire français, la notion mélodique qui va avec leur demeure étrangère. Renaud, avant d'être un asocial, est un chanteur de variétés (dans son acception la plus laudative). Rien n'a changé1 CD Virgin 7243 850994-2. Véronique Mortaigne
L'Avenir du Luxembourg
  • 20 février 2001, Renaud avait bien dit qu'il « revenira » à Arlon > L'Avenir du Luxembourg du 20 février 2001 Renaud avait bien dit qu'il « revenira » à Arlon Dimanche, Renaud était de passage à la maison de la culture d'Arlon pour la deuxième fois en quelques mois. « J'avais dit que je revenira, je suis revenu ! », s'exclame Renaud après sa première chanson. Et il est apparu en meilleure forme qu'au mois de décembre, même s'il avait toujours la « crève ». « Je me sui réveillé hier avec un mal de gorge, c'est psychosomatique, c'est parce que je passais à la télé, hier j'ai reç une Victoire de la Musique pour mes 25 ans de carrière, toujours une que Patrick Bruel n'aura pas ! » Toujours aussi corrosif, Renaud. Sa « crève » ne l'a pourtant pas empêché d'être très présent sur scène et de taquiner le public entre les chansons. « J'aime bien vous énerver », dit-il en riant. « Je ne resterai que 40, 45 minutes sur scène, ben c'est dimanche ! », annonce-t-il au public dès le début de son concert. « Ouhhh », crient les spectateurs. C'est que renaud aime bien se faire prier. Come lorsqu'il annonce qu'après sa tournée, il fera ses adieux à la chanson, là aussi il se fait huer. Renaud a besoin d'être rassuré, de savoir qu'il est apprécié. Un grand sentimental... On t'aime, nous! Très loquace dimanche soir à Arlon, Renaud est apparu serein er a pu évoquer le départ de sa femme. « Je vais vous chanter une chanson triste que j'ai écrite quend ma femme est partie, elle s'appelle Boucan d'enfer », et comme s'il allait mieux, il dit avec humour : « En plus, mon copain Titi (NDLR : le guitariste) m'a composé une musique de cimetière, c'est déprimant. » C'est à ce moment qu'une fan lui crie : « On t'aime, nous ! ». « J'espère bien », rétorque Renaud. Preuve qu'on l'aime, plusieurs enfant sont montés sur scènes pour lui offrir des peluches, des chocolats et des fleurs. Le chanteur a répondu de manière très chaleureuse à ses jeunes fans. On a bien sûr retrouvé la touche d'écorché vif de Renaud. Une autre face de sa personnalité qui fait tout son charme. Il a trouvé que son guitariste avait un prénom de crétin. « Mais oui, Jean-Pierre Papin, Jean-Pierre Foucault, Jean-Pierre Chevènement, etc, ce sont tous des couillons ! ». Et il s'est fait une joie de rechanter Miss Maggy en référence à la dame de fer ou encore Le déserteur en ayant une petite pensée pour Tonton (alias François Mitterand). Renaud a aussi chanté quelques titres inédits de son nouveau disque qui sortira normalement en juillet. Elle a vu le loup est une des nouvelles chansons, elle s'adressse à sa fille Lolita, qui a aujourd'hui 20 ans. Toujours en hommage à sa fille, il a aussi interprété Morgane de toi. Renaud est revenu sur scène après deux rappels avec Manu, Dès que le vent soufflera et Mistral gagant pour le plaisir du public. On a perçu que Renaud donnait le meilleur de lui-même et avait beaucoup de respect pour son public. A. Le.
Délit français
  • 23 janvier 2001, Renaud : un public, aucune voix « Hugo Duchesne » > Le du 23 janvier 2001 Montréal, édition du 23 janvier 2001 Renaud: un public, aucune voix "Hugo Duchesne" Renaud a renoué avec la foule montréalaise après une absence de près de dix ans. La foule lui a réservé une ovation monstre, triomphale, alors qu'il n'avait pas encore chanté une note. Déjà, le Spectrum était Morgane de lui.La tournée discrète de Renaud, Une guitare, un piano, Renaud, commençait à Québec, passant par l'Assomption et Ste-Thérèse avant d'atterrir à Montréal pour six soirs. Urbain Desbois assurait la première partie qui n'avait même pas été annoncée. Il nous a présenté sept petits bouts de chanson modestes, mais réussis. Les textes étaient drôles et les enchaînements des plus laconiques. Il a conclu en disant: «Je suis comme vous: j'ai hâte de voir le spectacle de Renaud». Visiblement, il était flatté que Renaud accepte de faire sa deuxième partie.Pendant l'entracte, une chanson a retenu l'attention de tous les auditeurs: c'était l'«Hexagone», chantée par Renaud en algérien. C'était fait. Cris et agitations, la tête jaune et grise est apparue. L'air goguenard, toujours farouche, Renaud s'est mis à chanter plusieurs succès des albums Mistral gagnant et Morgane de toi. Le public, parfois un peu imbécile, quémandait quelques incontournables qui lui étaient poliment, humoristiquement refusés, sous prétexte que ses musiciens (Alain Lantier et Jean-Pierre Buccolo) ne savaient pas les jouer.Tout y était donc. L'histoire d'amour entre Renaud et ses fans, l'ironie corrosive de ses monologues et la tendresse intéressée de ses dialogues: «Qu'est-ce que vous devenez ? Toujours pas indépendants?» Le public revoyait son poète rebelle, son réfractaire inconditionnel, son anti-impérialiste, son pourfendeur de bourgeois, son défenseur de la nature opprimée et son héros du prolétariat. L'arrogant polémiste n'avait rien perdu de son militantisme, de sa révolte en filigrane et de son engagement; Renaud n'a pas changé, il a tout simplement troqué le bruit pour l'intimité. Ses convictions sont aussi enracinées, ses mots aussi crus. L'homme s'y prend différemment pour les faire passer. Tout y était: les retrouvailles, les vieilles chansons, les interstices de guitare, les poèmes saisissants; bref, tout y était à part une chose. Il y avait un Renaud, un public, mais aucune voix. Renaud n'a plus de voix.Renaud voulait, le public voulait encore plus, c'est la voix qui ne voulait plus. Une récitation de ses chansons l'aurait mieux servi, mais Renaud est courageux. Il n'a pas pris la sortie de secours. Il a chanté, en prenant bien soin à quasiment toutes les chansons, de s'excuser pour sa voix, invoquant par le fait même qu'elle était pourrie et que ses cordes vocales étaient altérées par la nicotine. C'est l'obstination de l'homme qui prenait le dessus sur la voix.On aurait dit que malgré cette mauvaise voix, le public était apte à recréer les chansons telles qu'elles avaient été chantées il y a dix ou quinze ans. Dès ce moment, la voix ne comptait plus, elle était remplacée par l'homme devant eux. Les spectateurs voulaient davantage le voir que l'entendre. Oui, il faussait. Oui, il forçait et il le savait. Il demandait une certaine indulgence puisqu'on lui donnait beaucoup d'affection.C'était un spectacle pour initiés, pour vendus d'avance. Devant une performance si intime et touchante, les gens pardonnaient tout d'avance jusqu'à en perdre, par moment, leur esprit critique. Il faut croire que la foule allait au Spectrum pour continuer à aimer, pour raviver le souvenir des chansons de Renaud. La distance critique prend le bord, quand on est Morgane de… x

28 avril 2001

TéléPoche
  • ?-04-01, Les victoires en chantant > Télé Poche d'avril 2001 Les victoires en chantant Le triomphe de la chanson populaire ! Les 16e victoires de la musique ont consacré cette fois les artistes préférés du public. Pour Hélène Ségara, artiste interprète féminine de l'année, "la musique populaire c'est pas péjoratif. Mes chansons s'adresse aussi bien à mon boulanger qu'à mon avocat. Le peuple, c'est la vie !". Daniel Levy et son "Envie d'aimer" ont également été récompensé : "Je remercie mes parents qui se sont sacrifiés pour me payer des cours au Conservatoire." La plus émue était certainement la chanteuse québécoise Isabelle Boulay : "Les artistes qui ont écrit pour moi, Patrick Bruel, dont j'étais amoureuse à 15 ans, et Serge Lamas ont senti l'amour que j'ai des chansons." Quand à Henri Salvador, il était heureux que "la profession s'aperçoive enfin que j'ai du talent !" La soirée fut aussi marquée par l'hommage rendu à Renaud. "Un moment terrorisant, touchant, émouvant. Je n'ai pas toujours été tendre avec la profession et je ne savais pas que j'étais aimé à ce point là, même si j'aurais préféré gagner une victoire, lors de mes neufs nominations précédentes."
    • Victoires de la Musique

15 avril 2001

Libération
  • 14 avril 2001, Hexagone 2001 Rien n'a changé > Libération du 14 avril 2001 « Hexagone 2001 Rien n'a changé (Virgin) La légende veut que la fille de Renaud ait découvert les textes de son père en écoutant ses morceaux réinterprétés par des rappeurs. Ca doit donner un coup de vieux. En revanche, dans la bouche des Saïan Supa Creww, d'Oxmo Puccino, Jean Gab'1… les Laisse béton ou Marche à l'ombre n'ont pas vieilli. Les MC's n'ont presque pas touché au texte sauf quand l'ego risquait d'être égratigné. Rohff préfère par exemple rapper « Renaud a dit qu'il se défonce » plutôt que de chanter lui-même « J'me défonce avec c'que je peux », une broutille à l'écoute de ses textes misogynes sur son propre album. Les autres ont à peine rajouté quelque « quoi », « même que », pour le rythme certainement, et remplacé « les groupes de rock » par « groupes de rap ». En effet, pas grand chose n'a changé en banlieue, juste la bande son. Puccino, comme sur la compilation Hip Hopée où il reprenait Brel, se réapproprie Une bande de jeunes, la meilleure version de cet album avec Les charognards de Less du Neuf, un groupe à suivre. Big Red se replonge dans l'univers musical de son précédent album Red-Emption avec Où c'est qu'j'ai mis mon flingue ? Et La Brigade rend justice au Marchand de cailloux, un texte récent et trop peu connu de Renaud. »  
L'Est Républicain
  • 26 octobre 2000, Renaud, la tendresse et tout et tout... > L'Est Républicain du 26 octobre 2000 Renaud, la tendresse et tout et tout... Pendant deux heures, Renaud a charmé son public de fidèles. Un tour de chant exceptionnel, qui a fait oublier qu'il avait complétement décroché des grands médias nationaux GERARDMER. - Depuis qu'il a cessé de s'exprimer avec la presque totalité des médias, on ne sait plus très bien ce que devient le chanteur Renaud. Difficile d'avoir une petite information sur ses angoisses, ses chagrins, ses amours, sur ce qu'il pense de la vie politique et sociale en France. A moins d'être un de ses proches, ou d'assister à un de ces concerts, comme l'ont fait, hier soir, 700 personnes dans la salle de l'Espace LAC à Gérardmer. Cela étant, ce n'est peut-être pas plus mal. Renaud garde une partie de son mystère et le délivre au compte-gouttes, lors de ses apparitions sur scènes qu'il veut intimistes, loin du strass et des paillettes du showbiz , accompagné de ses complices de toujours, Alain Lanty au piano et Jean-Pierre Buccolo à la guitare. Visiblement, la situation convient parfaitement à ses fans qui l'ont applaudis comme il se doit, dès le lever du rideau. « Tin-tin-tin ». Le mot est juste et rassure l'assistance. Renaud, sans son célèbre clin d'oeil, ne serait pas vraiment le chanteur tellement aimé du public. Et puis il enchaîne avec « La mère à Titi », son pote, son copain, celui qui l'accompagne partout, celui qui crée une grande partie de ses musiques. Pendant presque deux heures, Renaud joue avec son public, avec ses sentiments, avec ses chansons qu'il connait depuis peut-être trop longtemps. Peu importe, il se dégage de ce véritable poête des temps modernes, une grande douceur, même si parfois le verbe est cru et la dent très aiguisée. Et puis Renaud est drôle, très drôle, il « balance » un peu sur le monde de la télévision, des chanteurs d'aujourd'hui , en fait il se moque surtout de lui-même. Le personnage est sans conteste atypique et se réserve uniquement le droit de chanter pour son public. Un public très hétérogéne, où se mélangent, avec une grande familiarité, les ados et les septuagénaires. Renaud est devenu, en deux décennies, un véritable mythe, une véritable bouffée d'oxygène, alors qu'il voudrait, comme il le dit lui-même dans une de ses chansons, rejoindre « l'aquarium ». Sur ce points, ses fidèles ne sont pas prêts à le suivre, ni même prêts à l'inciter à retrouver le petit bonhomme derrière ses cailloux de toutes les couleurs. Merci M. Renaud. Philippe Jeandel

18 mars 2001

Merci à Liz qui a tapé tous ces articles

L'Humanité
  • 17 février 2001, « Les Victoires honorent Renaud » > L'Humanité Hebdo, 17 février 2001 « LES VICTOIRES HONORENT RENAUD Un trophée est réservé au chanteur. Mais le plus bel hommage lui est rendu par le gratin de la nouvelle vague rap. Les 16e Victoires de la musique, F2, samedi 26, 20h55 Quarante-huit balais. Douze millions de disques. Des tournées et des concerts qui, sans promotion spéciale, affichent complet. Depuis plus de vingt-cinq ans, le Petit Poucet de la chanson française continue son bonhomme de chemin, dans l'engrenage huilé du show-business. Ce soir, les victoires de la musique lui décerneront un trophée en honneur à sa carrière. Celui qui a toujours fait la nique au « showbise » viendra-t-il à l'Olympia, où se déroulera la remise des prix ? Ses rapports avec les médias n'ont jamais été simples. « Je ne veux plus participer au brouhaha ambiant », confiait-il à l'hebdomadaire Marianne en juin 2000 Voir l'article, après sept années de silence médiatique. Dans le passé, il en a surpris plus d'un, en choisissant de répondre à Télé 7 jours plutôt qu'à un journal intello à la mode. Les branchés l'agacent autant que les blaireaux. Pas étonnant que son œuvre interpelle les artisans du hip-hop made in France. Ces derniers ne sont-ils pas, au bout du compte, ses frères d'âme, comme lui « loubard de fond » et poètes flamboyants du gris quotidien ? Une escouade de rappeurs sans peur et sans reproche vient de boucler un disque, où ils ont repris des titres de l'empêcheur de rimer en rond. Quand on entend la verve de Saïan Supa Crew investir Marche à l'ombre – la bombe de 1980 – on pourrait croire que le fameux groupe hip-hop parisien en a signé les paroles. C'est vrai que, deux décennies plus tard, la société, « elle est toujours pas bonne » et, aujourd'hui encore, le mec dans son HLM a les boules. Les rappeurs de la Brigade revisitent Marchand de cailloux (publié par Renaud en 1991). Ils n'en ont pas changé une ligne. Tout leur art se cristallise dans la manière de se réapproprier la chanson. « Je connaissais les textes les plus célèbres comme « Laisse béton », explique Loïc, un des « Brigadiers ». Je n'avais pas entendu celui-là. Mais l'écriture de Renaud n'a pas d'âge. Comme nous, rappeurs, le faisons, elle puise à la vie de tous les jours et au langage populaire, pour essayer de forger quelque chose de créatif et poétique. » Dans le disque Hexagone 2001 (dont le sous-titre, Rien n'a changé, souligne le statu quo social), Oxmo Puccino réinterprète Je suis une bande de jeunes, tandis que Disiz la Peste (qui, fin 2000, a explosé les hits parades avec J'pète les plombs) squatte magistralement Dans mon HLM. Complètement véridique, aussi, la version des Charognards par Less' du Neuf. Cela parle de la mort d'un braqueur « qui vécu à Sarcelles et qui crève sur les Champs-Élysées ». « J'ai la connerie humaine comme horizon funèbre / Et le regard des curieux comme unique linceul » raconte le mourant, sur lequel se penche un cortège de racistes, de fiers combattants d'Indochine et autres va-t'en-guerre. Pour les rappeurs, ça doit faire bizarre de savoir que l'hymne en colère, Où c'est qu'j'ai mis mon flingue (revisité par Big Red, dans Hexagone 2001), ne fut l'objet d'aucune censure. « A Longwy comme à Saint-Lazare / Plus de slogans face aux flicards / Mais des fusils, des pavés des grenades ». Thierry Séchan, frère du chanteur et auteur du livre le Roman de Renaud, écrivit : « L'Etat giscardien se sentait sans doute assez fort pour laisser passer ces « espiègleries » radicales ». Les victoires de la musique qui ne distinguèrent pas le gavroche inspiré avant 1993 (pour l'album Renaud cante el'Nord), le saluent maintenant. Mais le plus bel hommage s'appelle Hexagone 2001, habité de ces nouvelles générations d'artistes qui trempent leur plume dans le bitume et crient leurs rêves sans baisser la tête. Fara C CD à paraître le 27 mars : Hexagone 2001 (Virgin), avec Saïan Supa Crew, la Brigade, etc. En tournée, notamment le 20 au Mans, palais des Congrès ; le 24, Bordeaux, le Fémina ; le 25 à Toulouse
Le Monde
  • 11 février 2001, Renaud aux « Victoires » > Le Monde, supplément radio-télévision du 11 février 2001 Renaud aux « Victoires » Les XVIes Victoires de la musique, organisées samedi 17 février à l'Olympia, mettront à l'honneur le chanteur-compositeur Renaud. La cérémonie, diffusée en direct à 20 h 55 sur France 2 et sur Europe 2, sera animée par Jean-Luc Delarue et Frédérique Bedos. Une académie de 2700 personnes – artistes, producteurs, distributeurs, techniciens et journalistes – a procédé aux votes, dans une quinzaine de catégories. Un Prix du public sera en outre décerné à la « chanson de l'année ».
Nouvel Observateur
  • 22 février 2001, Hexagone 2001 > Nouvel Observateur du 22 février 2001 On se souvient, il y a trois ans, de l'hommage rendu par Philippe Val à Renaud dans une chanson intitulée « HLM de Paris » sur les cuisines et dépendances municipales… En mars, cen est une version rap qui sera dans les bacs, le chanteur ayant donné à Disiz la Peste, Oxmo Puccino et quelques autres l'autorisation de remanier ses plus grands succès. Anne Crignon (avec le service Culture)
    • Philippe Val
    • Album Hexagone 2001
Ouest-France
  • 10 avril 2000, 1 250 entrées pour le chanteur aux santiags, vendredi soir Herbauges morgane de Renaud > Ouest-France du 10 avril 2000 1 250 entrées pour le chanteur aux santiags, vendredi soir Herbauges morgane de Renaud Renaud a déchaîné une salle d'Herbauges archicomble, vendredi soir. Flanqué d'un guitariste et d'un pianiste, le chanteur a établi un contact chaleureux et puissant avec ses admirateurs. Le concert était à la hauteur de toutes les attentes. « J'me présente : Renaud. J'ai 27 ans. Si, c'est vrai ! » Ainsi a-t-il fait son entrée en scène après « La ballade Willy Brouillard » vendredi soir, devant un bon millier de fans. Chemise noire arborant un accordéon brodé, santiags aux pieds, ses jambes arquées comme celles d'un Lucky Luke qui descend de cheval. Il est comme ça Renaud, et ça fait 25 ans de carrière que ça dure. Il n'a pas besoin d'en faire des tonnes pour déchaîner les foules. Seulement accompagné par Alain Lanty au piano et Jean-Pierre Bucolo, le « Titi » de la chanson qui vit chez sa mère, à la guitare, ou plutôt aux guitares, l' « amoureux de Paname » a interprété des morceaux tirés de tous ses albums. Même s'il a un peu perdu sa voix du temps des « Mistral gagnant », « mes cordes vocales ne sont plus qu'une unique ficelle encrassée par la nicotine », avoue le chanteur, ses yeux sont toujours aussi bleus. Une guitare et un piano, ça suffit. On croit ainsi retrouver le Renaud des débuts, le loubard en « mob » aux cheveux longs et « blonds cendrés naturels ». L'atmosphère est plus chaleureuse, plus intime. Et on redécouvre sa poésie, sa tendresse et sa révolte avec bonheur. Les fans ne s'y sont pas trompés, battant des mains et reprenant en chœur comme des hymnes « La mère à Titi », « En cloque », « Déserteur », « La ballade Nord-irlandaise », « Chanson pour Pierrot » ou encore « Morgane de toi ». Des émotions intactes Chaque chanson est saluée par un tonnerre d'applaudissements, les sifflets fusent, les briquets s'allument. Des filles crient. Entre deux morceaux, il prend le temps de discuter avec le public. Il parle « virées », foot, pêche à la ligne, service militaire… Il fait se marrer la galerie. L'éternel rebelle n'a rien perdu de sa verve : « Je voudrais voir cette empaffée de Margaret Thatcher tomber sous la baïonnette ». Il nous fait même l'honneur de chanter un extrait de son prochain album « qui sortira en 2014 ou 2016, si ça continue comme ça ». Eh oui, il déprime notre Renaud national, car l'inspiration s'est envolée. Touchant, attachant, les mains serrées autour du micro, la tête inclinée, le regard perdu au loin, Renaud fait passer des frissons sur l'échine de son public. Au cours de deux rappels, il offre « Manu » et « Dès que le vent soufflera ». La foule, qui ne tient plus en place, s'est jetée au bord de la scène et tend ses mains. Il s'excuse pour sa voix éraillée, pour le manque de batterie et d'accordéon, demande si ses textes sont encore à la mode. T'inquiète pas Renaud, change rien ! Et comme tu le dis toi-même : « si vous vouliez un chanteur à voix, vous n'aviez qu'à aller voir Francis Bruel ou Céline Fabian ! ». Julien Belaud
Le Parisien
  • 9 décembre 1996, Renaud : « Ma priorité c'est l'amour » > Le Parisien du 9 décembrer 1996 Il se produit sur la scène de l'Olympia à partir de ce soir pour une semaine Renaud : « Ma priorité c'est l'amour » Au terme de dix-neuf mois de concert, Renaud nous offre à partir de ce soir une semaine à l'Olympia dans la formule acoustique qu'il avait choisie pour la deuxième partie de sa tournée. Parallèlement, il publie un livre de chroniques particulièrement toniques. Bien tôt il s'apprêtera à finir l'écriture de son nouvel album. Confidences. - Depuis que vous êtes revenu sur scène, le 1er mai 1995, vous avez proposé deux spectacles très différents au fil de votre gigantesque tournée. Avec lequel allez-vous, à l'Olympia, terminer votre marathon ? Renaud – Avec la formule acoustique. Je me suis aperçu cet été qu'une conception plus intimiste du spectacle pouvait passer partout et je m'y suis attaché. On sent mieux les gens. On se rend compte qu'ils sont venus juste pour votre petite tête, écouter vos chansonnettes. Cela fiche le frisson. - Votre succès vous étonne encore ? Renaud – C'est ahurissant de voir l'effet que peuvent avoir les petits couplets qui sont nés de vos tripes et qui se contentent de raconter vos sentiments, vos humeurs, vos passions, vos colères... Bref, des tas de trucs dont rien ne laissait prévoir qu'ils pouvaient toucher les autres. - Des « trucs » souvent politiques, non ? Renaud – J'essaie d'abord de faire des chansons qui ne soient pas sous influence. Il n'y a d'ailleurs rien de plus démodable qu'une chanson liée à l'actualité. Mais quand on met son petit talent sur l'établi à refrain et qu'on peaufine du mieux qu'on peut, on a envie de rendre au public un peu de l'amour énorme qu'il a témoigné. Alors, forcément, on lui dit des choses qu'on croit utiles au bonheur général. Ca, c'est déjà politique. - Vous dénoncez souvent les défauts de la société mais, au fait, qu'ils sont les vôtres ? Renaud – Mon pire : je suis rancunier ! Surtout avec ceux qui me trahissent. Les réconciliations n'ont lieu que si les gens font le premier pas. Sinon, je peux bouder très longtemps. C'est con mais c'est comme ça. Même avec ma femme je suis pareil. (Sourire). - Vous chantez pourtant : « L'essentiel à apprendre, c'est l'amour du prochain... Même si c'est un beau salaud »... Renaud – Petit relent de christianisme, sans doute ! C'est vrai que c'était une belle idéologie. Mais essayer de comprendre n'est pas abdiquer. Je ne tends pas encore l'autre joue et je n'ai pas envie d'aller au-devant de mes ennemis. - Fidèle à vos amours, à vos idées et à vos colères, dans quel ordre établissez-vous la priorité ? Renaud – L'amour d'abord, bien sûr. C'est peut-être un peu égoïste, mais si on est vraiment sans amour, on aura autant de mal à exprimer ses colères qu'à lutter pour ses idées. Propos recueillis par Alain Morel
Télérama
  • ?-01-95, Renaud A la belle de mai > Télérama, janvier 1995 Mélancolie RenaudA la belle de mai Le disque est emballé dans une boîte métallique, comme des crayons de couleur. Ca donne une bonne idée du contenu, pour une grande part voué à l'enfance. Et même si Renaud, sur le couvercle, semble tenir un stand de tir, il ne tire pas sur grand monde ; comme le dit la pancarte : « Tir Renaud. 3 ballons crevés gagnent un transistor. » Les ballons du titi sont crevés, on l'entend pleurer dans le transistor. Il ne pleure pas tout le temps : A la belle de mai, en parler marseillais et en musique mariachi, met en scène un Tartarin-Tapie dont rigolent les autochtones : Cheveu blanc moque le quadra effondré devant son miroir ; Devant les lavabos s'interroge sur les mystères féminins. Et avec Mon amoureux, le narrateur joue le rôle de sa fille, alarmée à l'idée de présenter son petit ami au jaloux auteur de ses jours… A plusieurs reprises, Renaud adopte le point de vue de l'enfant. Notamment, et curieusement, celui d'un petit Colombien qui cultive la coca avec son papa sur un air de samba. Celui des écoliers aussi : Julien Clerc a signé la musique de ces deux chansons, C'est quand qu'on va où et Le Sirop de la rue , pleines de tendresse et de vraies beauté d'écriture. Mais ce portrait d'homme en nostalgique de l'enfance qui passe à sa fille, dans Lolito Lolita, le relais de la révolte sonne étrangement. Comme un retour en arrière : « Après l'enfance c'est/quasiment fini »… Comme si le citoyen se mettait en préretraite. Les beaux arrangements de l'accordéoniste Jean-Louis Roques, tout en douceur et en mineur, participent de cette mélancolie remâchée. Que l'on a envie de secouer en réécoutant le dernier Souchon, qui a choisi de ne plus se dépeindre, et nous dépeindre, en hommes-enfants.
    • Album A la Belle de Mai
Journal Inconnu
  • ?-?-84, « Je ne peux pas m'insurger contre les mecs qui piratent les disques » > Journal inconnu de 1984 « Je ne peux pas m'insurger contre les mecs qui piratent les disques » L'Evènement du Jeudi a titré à la une « La chanson française sous la crise ». Lorsqu'on vient de vendre un million d'albums comme toi, cela ne prête pas à sourire ? Non. Vrai que c'est la crise, même si suis un privilégié, comme peuvent l'être aussi d'ailleurs Peter et Soane avec « Besoin de rien, envier de chier. Les chiffres sont là pour prouver que le disque est un marché en perte de vitesse. Les gens n'achètent plus de disques, piratent sur cassette un maximum, et …ils ont de plus en plus raison. Jamais, je ne pourrais m'insurger contre les mecs qui piratent même si c'est catastrophique pour ceux qui ne vendent que 3 000 disques. En général d'ailleurs, ce ne sont même pas ces gens-là qu'on pirate. Moi-même, je pirate parce que cela me fait chier quelquefois d'acheter un disque 60, 75, ou 91 balles et où il n'y a que deux ou trois chansons qui me plaisent. A long terme, c'est pourtant un vrai grave problème pour les auteurs compositeurs, mais je ne peux pas me désolidariser des mecs qui piratent. D'ailleurs je ne pense pas que cela soit le principal problème. Nous vivons dans une conjoncture de crise économique où paradoxalement le marché du disque enfante de plus en plus de produits. Si les mômes achetaient tout ce qui leur plaît, cela coûterait un pognon monstre. Ils achètent maintenant ce qu'ils adorent. La seule mesure que pourrait prendre les pouvoirs publics serait de supprimer la TVA sur le disque et de faire comme au Québec où les radios libres (appelées là-bas communautaires) sont obligées d'inscrire à leur cahier des charges 45 % de chansons francophones, chose qu'elles respectent d'ailleurs. Du coup, c'est plus agréable d'écouter la radio entre Québec et Montréal qu'entre Paris et Lyon…. Propos recueillis par Didier Varrod.
France Dimanche
  • 9 février 2001, Il traîne Lara Fabian dans la boue ! > France Dimanche n°2841 du 9 février 2001 Sa tournée à Montréal a provoqué un vrai scandale RENAUD Il traîne Lara Fabian dans la boue !   « Une guitare, un piano… et Renaud », ainsi s'intitule la tournée que Renaud a entamé mi-janvier au Québec. Après neuf ans d'absence, ses fans étaient ravis à l'idée de retrouver enfin leur chanteur sur scène et, très vite, toutes les dates affichaient complet. Ils étaient nombreux à attendre le moment où l'homme à la « chetron sauvage » entonnerait ses standards. Séparation Mais c'est un Renaud bien changé qui renouait, le jeudi 18 janvier, avec le public montréalais. Le chanteur affichait le poids des années et de sa peine de cœur : la séparation d'avec la femme de sa vie, Dominique, après vingt ans d'amour. Quarante-huit ans et l'air d'en avoir beaucoup plus, sa tignasse est désormais grise et sa silhouette de moineau, jadis comme un sandwich SNCF, a bien épaissi. Qu'importe, passée la surprise c'est une ovation monstrueuse qui l'accueille à son entrée sur scène. Deux chansons pour casser la glace et le dialogue s'installe. Pendant que le public lui réclame ses classiques, Renaud fait le point sur sa vie et s'explique de cette longue absence : « J'ai fait du cinéma, j'ai arrêté de fumer, je suis redevenu célibataire ». Au passage, il se permet également une réflexion personnelle sur les chanteurs québécois tels que Garou, Bruno Pelletier, Isabelle Boulay, Lynda Lemay ou encore Daniel Lavoie. « C'est pas la peine de nous envoyer les vôtres, de chanteurs à la con, nous avons les nôtres… » Mais l'attaque la plus directe et la plus blessante sera pour Lara Fabian, lorsqu'il la traite ouvertement de truie ! Des attaques inutiles et méprisantes auxquelles les Québécois ne sont vraiment pas habitués. Là-bas, le respect de l'autre est une chose primordiale et des propos aussi violents ont de quoi les choquer. Mais la soirée ne fait que commencer et le spectateurs ne sont pas au bout de leur déceptions… Plus le tour de chant avance plus les performances vocales de l'artiste sont déplorables. Que se passe-t-il ? Sa débâcle amoureuse aurait-elle fait à ce point des ravages ? Le public pardonne, à mi-chemin entre malaise et perplexité, et prouve son indéfectibilité en rappelant à quatre reprises le « chanteur énervant ». Toutefois, le lendemain, plusieurs de ses fans demandent d'être remboursés se déclarant déçus du spectacle. Les critiques sont négatives et tout le monde s'interroge sur la raison de ce manque de professionnalisme. La réponse ne s'est pas faite attendre car le jour même Renaud présentait publiquement ses excuses. Il a mis sa difficile prestation de la veille sur le compte de l'alcool : « Je m'étais tapé toute l'intégrale de Robert Charlebois… Ca a commencé par la Maudite, ça a continué avec la Fin du Monde et l'Eau Bénite, et s'est terminée avec la U ». Pour résumer, Renaud avait ce soir-là plus d'un verre dans le nez ! Il avait bu toutes les sortes de bières que brasse Robert Charlebois. Pour tenter de se faire pardonner, il a ajouté qu'il était content de venir à Montréal et que la prochaine fois il attendrait d'avoir terminé son récital pour faire la fête. Certes, son passage n'aura pas passé inaperçu mais pour celui qui n'a pas sorti d'album original depuis 1994, était-ce bien la meilleure façon de se faire remarquer ? Louise Hubert France Dimanche – 9 février 2001
    • Une guitare, un piano et Renaud
    • Lara Fabian
    • Robert Charlebois
    • Montréal
  • 2 mars 2001, Il est apparu métamorphosé aux Victoires de la musique > France Dimanche du 2 au 8 mars 2001 Il est apparu métamorphosé aux Victoires de la musique…. RENAUD Le naufrage de son couple l'aplongé dans l'alcool Méconnaissable ! Lors de l'hommage qui lui a été rendu par ses pairs aux Victoires de la musique, le chanteur est apparu métamorphosé. Le visage empâté, la silhouette alourdie (il accuse 79 kg alors qu'il n'en pesait que 67 au temps de sa gloire), Renaud paraissait à la fois ému et mélancolique. Et c'est les larmes aux yeux qu'il a interprété Mistral gagnant, sa chanson préférée, devant ce parterre choisi. Un air qui lui colle à la peau, l'expression de sa nostalgie d'une enfance perdue et pourtant éternelle. Après trois ans de silence médiatique, cette apparition n'est bien sûr pas passée inaperçue. Tous ceux qui gardent une tendresse pour cet artiste écorché vif ont voulu connaître la cause de sa transformation. Et Renaud a fini par faire un terrible aveu à notre confrère Nice Matin : c'est le naufrage de son couple qui l'a plongé dans l'alcool ! Voir l'article « J'aime toujours Dominique. C'est la femme de ma vie », a-t-il confié à Alain Lanville. Parce qu'après plus de vingt ans d'amour leurs routes s'étaient séparées, il s'est mis à la bière et au pastis. Deux cures de désintoxication n'ont pas réussi à l'arracher à sa maladie. Même les psychanalistes n'ont rien pu faire pour lui : « J'en ai vu six, précise-t-il. J'ai voulu les changer, pour retourner le problème, mais ils n'ont pas voulu ! Je trouve plus de réconfort auprès d'amis, comme mes musiciens, qu'auprès d'eux. Et ils ne me prennent pas 800 F la demi heure… » En fait, l'absence de celle qu'il aime n'a fait qu'attiser son anxiété naturelle : « Le succès m'a plus perturbé que je ne l'imaginais. Cette pression des gens qui m'aiment ou me détestent. Mon proverbe préféré est 'Pour vivre heureux, vivons cachés', pas facile pour un homme public… » Pour ne rien arranger, ses meilleurs potes ne sont plus là pour l'aider. Desproges, Boudard, Dard, Coluche, Doisneau et bien sûr Gainsbourg ne sont plus de ce monde… Alors le seul remède qu'il ait trouvé pour exorciser sa peine, c'est de revenir sur scène. Une tournée triomphale qui s'achèvera le 9 mars à Chaville, au terme d'un marathon de deux cents deux concerts. Une épreuve qu'il ne finit pas épuisé mais régénéré : « tu peux pas savoir la somme d'amour qu'on reçoit sur scène ! » Et, après sa Victoire, sa deuxième pour neuf nominations, Renaud a reçu un autre hommage émouvant de la jeune génération. Pour fêter les 25 ans de son premier grand succès, Hexagone, quinze groupes de rap reprennent ses tubes dans un album intitulé Hexagone 2001, qui sortira chez Virgin le 13 mars. Mais ni cette bonne nouvelle, ni même son prochain disque ne lui font oublier son angoisse profonde : « Quand je suis seul pendant des heures, je gamberge. Je me dis que le pire serait de vieillir et de mourir tout seul… » Fabrice Allais
Boys and Girls
  • 16 mars 1986, Questions coup de poing pour Renaud > Boys and Girls du 16 mars 1986 QUESTIONS COUP DE POING POUR RENAUD Renaud est actuellement sur la scène du Zénith, chaque soir c'est un véritable triomphe. Renaud le provocateur, Renaud la tendresse, Renaud défenseur de causes. Il a accepté d'expliquer avec sa gouaille habituelle ses faits et gestes dans Boys and Girls. Lisez vite… . Question : A l'écoute de tes deux derniers albums « Morgane de toi » et « Mistral gagnant » on a la sensation que ta fille Lolita est devenue ta grande source d'inspiration… Renaud : C'est vrai j'écris de plus en plus souvent en pensant à elle parce qu'elle est dans ma tête en permanence. Elle a pris autant de place dans mes chansons que dans ma vie. Q : Tu n'as toujours pas envie d'avoir un autre enfant ? R. Disons qu'il y a deux ans j'étais encore hésitant, je pensais et je le pense toujours qu'il vaut mieux avoir un seul gosse et bien s'en occuper plutôt que plusieurs pour lesquels on n'a pas assez de temps. Aujourd'hui je me sens prêt. Reste à convaincre ma femme… Et puis je voudrais adopter un garçon de préférence puisque j'ai déjà une fille, un petit black ou un chinetoque. Là aussi il faut que j'arrive à convaincre ma femme. Pour nous les hommes c'est différent : tu adoptes un gosse et dès qu'on te le met dans tes bras il est vraiment ton enfant et tu es vraiment père. Les femmes, c'est autre chose. Un enfant, elles le portent pendant neuf mois. Elles le sentent vivre en elles avant même qu'il soit né. Alors j'ai dit à la mienne : « Je te fais un enfant et ensuite on en adopte un ». Alors espérons que ça va marcher… Q : Depuis que tu es marié et père de famille, les copains c'est toujours aussi important ? R. C'est même plus important car malgré tout le bonheur que peut apporter la vie de famille, c'est parfois des chaînes ! Une sorte de cage même si elle est dorée. Alors de temps en temps, on a besoin de s'évader et on va vers ses potes et comme on les voit moins on a envie de les apprécier plus. D'en profiter mieux qu'à l'époque où on ne les quittait pas. Q : Qu'est-ce qui te fait rire ? R. Les professionnels du rire comme Coluche mais aussi les amateurs . Chirac et tous les autres politiciens. Je les trouve aussi drôles que les vrais comiques même si eux ne font pas vraiment exprès de nous amuser…. Q :Il y a des choses qui te mettent en colère ? R : Pas grand chose en fait. D'abord je ne suis pas d'un tempérament coléreux et puis je suis assez indulgent… par rapport à la bêtise par exemple. La méchanceté en revanche aurait tendance à me mettre en colère et ça depuis toujours. Q : La dernière fois que tu as pleuré ? R : Une petite fille était en train de se noyer dans la boue, en Colombie et sur mon écran de télévision, devant des millions de voyeurs et de charognards dont je faisais partie. Je ne comprends d'ailleurs toujours pas que la télé ait pu passer ça. C'est pousser au-delà du supportable le doit à l'information. Q : Qu'est-ce que tu détestes le plus dans la vie ? R : Ca : les enfants qui meurent, que ce soit pour des raisons divines ou sismiques, victimes d'une guerre ou d'un père qui a bu un verre de trop avant de prendre le volant. La mort peut être acceptable pour les adultes, pas pour les gosses. Q : Le comble du malheur ? R : Se croire sauvé parce qu'on vient d'échapper à la mort. Q : L'accident du Paris-Dakar dans lequel Daniel Balavoine a trouvé la mort ça t'inspire quelle réflexion ? R : Ca m'incite à persister dans mon refus de monter pour quelle que raison que ce soit dans un hélicoptère. J'ai eu bien des occasions dans ma vie mais j'ai toujours refusé, je trouve ça beaucoup trop dangereux et je n'ai d'ailleurs pas attendu pour cela l'accident du Paris-Dakar. En-dehors de ça, ça m'inspire un sentiment d'horreur et puis la tristesse d'avoir perdu un mec bien même si je ne le connaissais pas suffisamment pour qu'il soit un ami. Q : Tu accepterais de faire le jeu de la vérité ? R : Jamais ! Le tribunal, très peu pour moi ! Cela dit je n'en rate pas un seul car j'adore voir les autres aller au casse-pipe. Tu comprends, on a tous un jour ou l'autre dit des conneries, des trucs qu'on regrette, parce qu'on ne les pensait pas vraiment ou parce que depuis on a changé d'avis… et là on te ressort tout en bloc et il faut te justifier sur tout, y compris sur une opinion que tu as pu émettre dix ans avant ! Q : L'émission la plus nulle de la télé ? R : Ce n'est en tous cas pas le Jeu de la vérité qui est une bonne émission. Non, je dirais plutôt « Thé dansant » le truc du dimanche après-midi avec Jacques Martin. Il paraît qu'il ne m'aime pas… Comme ça, cela lui fera une bonne raison ! Q : Il t'arrive de rougir ? R : La télé a passé un reportage sur le tour de chant que j'avais effectué à Moscou. Les choses s'étaient mal passées, j'ai craqué et on m'a filmé dans les coulisses alors que j'étais loin d'être dans mon état normal. J'avais demandé à ce que ce passage soit coupé, on me l'avait promis et puis il a été diffusé quand même. J'ai eu honte que les gens me voient ainsi. Q : Tu penses que tu chanteras encore dans dix ans ? R : J'en ai peur… En tous cas, j'essaierai de m'arrêter avant qu'on m'arrête… La vraie limite c'est ça.   Julian English

24 février 2001

Charlie-Hebdo
  • 8 novembre 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - A l'heure du laitier > CHARLIE HEBDO N° 177 , 08.11.1995 Renaud envoyé spécial chez moi A l'heure du laitier Allo la gestapo ?Je vous signale Que mon batteur est de gauche C'EST TOUJOURS À L'AUBE qu'ils viennent frapper à votre porte. A l'heure du laitier, comme on dit... Après la prise du pouvoir par le F.N., y en a quelques-uns qui auront intérêt à se lever très tôt pour surveiller les bruits de bottes dans l'escalier... Hier, nous parlions de ça avec mon batteur Amaury, il m'a dit que mon nom était probablement déjà sur la liste. « Tu rigoles, j'ai dit, ils commenceront comme d'habitude par les intellectuels, les Juifs, les communistes et les homo- sexuels. Je suis rien de tout ça, que je sache, j'aurai largement le temps de me barrer! - Mon pauvre Renaud ! (Il m'appelle comme ça mais je sais qu'il le pense pas vraiment...) Ils s'occuperont de la culture en général, de tous ceux qui donnent dans les arts, la musique, l'écriture. de tous ceux qui apportent l'émotion, la réflexion, la subtilité, toutes ces ridicules manifestations de l'esprit que l'extrême droite a toujours combattues. Non, je te dis, les artistes y passeront en premier. D'ailleurs, si tu connais un artiste juif, pédé et communiste, tu lui dis qu'il peut déjà préparer ses valises... -Ouais, bon, d'accord, les artistes peut-être, mais pas les chanteurs. Ou alors les bons... Moi je chante quand même pas terrible... – Ouah l'autre, eh ! Dégonflé ! T'y passeras comme tout le monde, mon pote ! Peut-être même avant tout le monde ! – Bon, eh ben je m'en fous ! je dis, si y viennent me choper, je balance l'orchestre ! Y a pas d'raisons, après tout vous êtes largement complices. Allez hop ! Tous au Grand Stade avec moi! -Ça va pas la tête, non ? Je suis batteur, moi, pas musicien ! Y vont pas emmerder un mec qui tape sur des tambours ! Moi mon truc c'est "dzing- boum-boum", je cautionne pas une seconde tes paroles énervantes, d'ailleurs je les entends même pas. Ça fait quinze ans que je t'accompagne, je sais toujours pas ce que tu chantes... -Ouah l'autre, eh ! Dégonflé aussi ! Tu crois pas que tu vas t'en tirer comme ça, non ? C'est des "dzing- boum-boum" de gauche que tu balances, mon pote ! Le Front n'aime les tambours que sur les marches militaires ! D'ailleurs, je rappelle aux chemises brunes que tu t'appelles Amaury Blanchard et que tu habites l'île Saint- Denis. N'hésitez pas, les mecs ! Il se lève à pas d'heure, vous pouvez débarquer chez lui n'importe quand! Il est abonné au Monde diplo et à Charlie Hebdo, il regarde Arte, il lit plein de livres, moins raciste que lui tu meurs, il croit même pas en Dieu, il vous déteste à mort et moi il m'adore. On est comme cul et chemise, il pense tout pareil comme moi, j'ai plein de chansons c'est lui qui m'a filé l'idée, d'ailleurs c'est quasiment à cause de lui que je chante des trucs comme ça ! Tout petit il me forçait à lire Lutte ouvrière ! A mon avis, il devrait même y passer avant moi. C'est plus qu'un complice, c'est quasiment mon âme damnée... -Bon, d'accord, O.K. ! Ils viendront me chercher, on se retrouve au Goulag. Mais je te préviens qu'au premier interrogatoire je te balance ! -Moi c'est pareil ! Je raconte que je t'ai vu pisser sur la statue de Jeanne d'Arc. » A ce moment de la conversation, notre ami Jean-Louis, l'accordéoniste, est venu nous traiter de collabos. Alors Amaury et moi on s'est mis d'accord : finalement, l'accordéoniste, en tant que chef d'orchestre, c'est un peu notre Jean Moulin à nous, la tête pensante de notre réseau de résistance, si y en a un qui doit morfler avant les autres, pour les autres, même, c'est quand même lui... On lui a pas parlé du croc de boucher qui l'attend dans les sous-sols de la rue Lauriston, on a fait comme si de rien n'était. Mais depuis ce matin il se demande pourquoi on l'appelle « chef »... RENAUD
  • 18 octobre 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - C'est ma tournée ! > CHARLIE HEBDO N° 174 , 18.10.1995 Renaud envoyé spécial chez moi C'est ma tournée ! Après Jean-Claude Bourret, Renaud Affirme nous ne sommes plus seul JE DEVRAIS PARTIR en tournée plus souvent. Sept ans que j'avais plus brûlé les planches des tristes palais des Sports qui, dans nos belles provinces, tiennent lieu de salles de spectacles. A l'exception de quelques « Printemps de Bourges », « Franco- folies », « Eurockéennes » et autres festivals fréquentés occasionnellement ces dernières années, je n'avais, depuis 1988, plus fait de tournée comme celle que je viens d'entamer il y a une semaine. Après quatre concerts proprement délirants, me voilà d'abord définitivement rassuré sur ma popularité que, porté par une immense confiance en moi et une paranoïa raisonnable, je persistais à imaginer sous le niveau ' zéro (popularité dont, humblement, je ne m'autorise à vous faire part qu'en la mesurant au nombre des entrées...), mais, surtout, rassuré par la conscience politique de cette nébuleuse assez floue que l'on appelle « les jeunes » et qui constitue apparemment toujours l'essentiel de mon public. Ah bon, la jeunesse n'est plus branchée que « cyberculture », dance-music et cocooning ? Ah bon, les étudiants ne songent qu'à leur avenir et, au contraire de leurs aînés soixante-huitards, se désintéressent de la politique, des luttes sociales, du tiers monde, de l'écologie ? Ah hon, l'extrême droite s'est banalisée, l'anti- racisme ne fédère plus, l'antimilitarisme est une notion « has been » ? Ah bon, la gauche est morte après quatorze ans de socialisme ? Que les plumitifs en mal d'analyse sociologique de bazar qui, depuis quelques années, nous tiennent ce discours réducteur viennent donc faire un petit tour dans les villes où je me produis. Peut-être réussiront-ils à m'expliquer d'où sortent les milliers de zombies qui s'enflamment aux chansons le Déserteur et la Médaille – brûlots antimilitaristes qui me vaudront le peloton ou le grand stade quand le F.N. aura pris le pouvoir –, qui, d'enthousiasme, font littéralement trembler les murs des salles de spectacles lorsque j'entonne Hexagone, qui chantent à pleins poumons le « merde aux hommes et merde à Dieu ! » de la chanson Son bleu, hymne à la gloire de la classe ouvrière et aux anarchistes révolutionnaires, qui, enfin, manifestent leur colère d'une seule et même assourdissante voix aussitôt que j'évoque en chansons ou en interventions parlées le nucléaire, les flics, les religions, l'armée, le F.N. et toutes ces sortes de saloperies que l'on s'imagine toujours si seuls à vomir. Je devrais partir en tournée plus souvent. Outre cet amour insensé que me porte ce formidable public, il est infiniment gratifiant de constater que cette « chanson engagée », comme l'appellent avec un peu de condescendance et une pointe d'ironie les journalistes qui, m'interrogeant, s'étonnent de la constance avec laquelle je la défends (me soupçonnant de radotage ou de soixante-huitardisme attardé lorsque mes albums en regorgent et de renoncement lorsqu'ils sont un poil plus sages), que cette chanson-là, donc, a toujours, voire plus que jamais, un écho chez tant d'auditeurs. Je ne m'en réjouis pas seulement parce qu'elle est mienne : le succès de Font et Val en tournée confirme tout autant mon sentiment. Succès d'autant plus significatif qu'il se bâtit chez eux depuis toujours, chez moi depuis longtemps, par une présence sur les plateaux de télé des plus rarissimes. Voilà. Vous me pardonnerez j'espère si l'éloge que j'ai voulu faire de cette foule anonyme et enflammée m'a contraint à évoquer l'objet de leur enthousiasme (ma pomme et mes chansons), on ne m'y reprendra plus, la semaine prochaine, promis, je me taille un costard. A moins que, d'ici là, vous vous en chargiez dans vos lettres, ce dont je ne saurais vous tenir rigueur RENAUD
Croc
  • ?-01-93, LOQUES 'N' ROLLE, ZE FRENCHE WAY > Croc de Janvier 1993 LOQUES 'N' ROLLE, ZE FRENCHE WAY Au risque d'ébranler ce naïf sentiment de sécurité que vous éprouvez en n'écoutant que de la chanson française, précisons que les chanteurs de charme et autres pseudo-rockeurs français de passage se soucient aussi peu des considérations légales et morales que du savon. Laissant épouses et progéniture loin derrière eux, ils viennent chanter fleurette aux gentilles petites Québécoises (ces «proies faciles» comme ils se le disent si bien entre eux) que sont leurs admiratrices indigènes. C'est ce qui vous vaut autant de visites de la part des Clerc, Bruel, Eicher, Cabrel et autres Renaud si sensibles, si vrais, et si exotiques pour les pauvres colons incultes que nous sommes. C'est vrai qu'ils chantent l'amour et en parlent si bien. Par contre, quand vient le temps de s'exécuter, c'est autre chose, paraît-il, la quantité astronomique d'alcool qu'ils consomment se mettant en travers de leurs bonnes intentions. Mesdemoiselles! Attention! Ne vous croyez pas spéciales s'ils vous laissent leur adresse dans leur patelin natal! Rassurez-vous, l'adresse est exacte. Mais résistez à l'envie d'aller surprendre votre flirt d'un soir dans son habitat naturel. Plusieurs compatriotes l'on fait avant vous et se sont heurtées à une épouse et à des enfants de fort méchante humeur, qu'on avait oublié de leur mentionner. Un dernier avertissement en terminant. Mesdames, savez-vous où étaient vos petits garçons lorsque Charles Trenet était en ville ?
Ciné-télé revue
  • 15 février 2001, Ivre et insultant, extrait > Ciné-Télé Revue du 15/2/2001: "Ivre et insultant" Quelle mouche à donc piqué Renaud sur scène à Montréal ? Le chanteur, cheveux gris et épaissi par l'âge (48 ans), non content d'avoir réalisé une prestation très critiquée (plusieurs de ses fans ont demandés à être remboursés), s'est amusé à tirer à boulets rouges sur ses collègues québécois de l'actuelle génération : Garou, Bruno Pelletier, Isabelle Boulay, Lynda Lemay ou Daniel Lavoie. "C'est pas la peine de nous envoyer les vôtres, de chanteurs à la con, nous avons les nôtres...", a-t-il déclaré, traitant encore Lara Fabian de truite... Le lendemain, confus, Renaud a expliqué qu'il était entré en scène après avoir testé les bières que brasse Robert Charlebois.  >---
    • Une guitare, un piano et Renaud
    • Pays Québec
    • Montréal
    • Chansons québécoises
    • Garou
    • Bruno Pelletier
    • Isabelle Boulay
    • Lynda Lemay
    • Daniel Lavoie
    • Lara Fabian
Fluide Glacial
  • 26 janvier 2001, Renaud : Une bande de rap à lui tout seul ! > FLUIDE GLACIAL N°296 FÉVRIER 2001 PIPOLE A GRATTER PAR FIORETTO, ILLUSTRATION : SOLE Avec cette nouvelle rubrique, nous voudrions faire découvrir et partager d'autres formes d'humour en donnant la parole à des musiciens, des chanteurs, des cinéastes, des comédiens qui, comme nous, cultivent leur différence en gardant un esprit tout à fait Fluide. RENAUD : UNE BANDE DE RAP A LUI TOUT SEUL ! NE PAS DÉRANGER. Renaud n'est là pour personne. sauf pour ses copains et pour les causes qu'il continue à défendre, loin du brouhaha médiatique. Le chanteur énervant, celui que Brassens aimait, l'homme aux 12 millions d'albums vendus, poursuit une tournée phénomène sans promo et... écrit son prochain CD ! Pour nous faire patienter, les rappeurs français ont repris quelques-unes de ses chansons dans un album qui sort ces jours-ci. Hommage discographique sans précédent. du genre qui décoiffe. Et interview exclusive, yo ! On pourrait se vouvoyer pour faire plus sérieux ? T'as raison. La déontologie, c'est important dans ton métier. Fidèle à ton habitude, tu fuis les médias, tu refuses les télés, et tu acceptes une interview en exclu pour Fluide Glacial. Tu te fous de qui ? D'une certaine presse branchée et soi-disant "leader d'opinion" qui prétend faire et défaire les modes, dire ce qu'il faut penser, ce qu'il faut aimer, etc. Des médias qui décident à la place des gens, qui traitent de "beaufs" tous ceux qui ne sont pas des branchés parisiens. Au fond, Fluide c'est plus honnête et en tout cas plus drôle que pas mal de torchons "tendance"... Quand j'ai un truc à dire, une sortie d'album à annoncer, je préfère faire ces choix qui semblent aberrants aux professionnels de la profession. Mon public, qui a oublié d'être con, s'y retrouve. Et puis toi, t'es un pote. Pas très déontologique ça ! ? RAB, comme dirait Gotlib... On peut, aujourd'hui, poursuivre une carrière loin des grands médias ? Oui. On peut bourrer des salles1, être disque d'or, sans une once de promo. Il suffit de passer dans Fluide ! (NDLA : ma parole, il se fout de nous aussi !) Tout le gratin du rap s'est réuni pour enregistrer tes chansons et les réunir en un album qui sort ces jours-ci 2. À ma connaissance, il n'y a que Brel, Brassens et Trénet qui de leur vivant ont reçu un tel hommage de toute une génération. Après les thèses universitaires, les manuels scolaires, les grands prix du disque... les rappeurs. ça fait quoi ? C'est un hommage de la rue, et ça, ça vaut largement les hommages de toutes les Académies. C'est la vocation de la chanson populaire d'être reprise, colportée, voire transformée. Moi, à vingt ans, je chantais Bruant, Brassens, Fréhel. Je ne suis pas mécontent d'être à mon tour repris par d'autres, par des p'tits lascars à priori plus modernes que moi. Tu écoutes du rap ? De temps en temps, quand je tombe sur les radios FM spécialisées. Mais pas tout. Loin de là. Certains rappeurs sont en uniforme, sont armés, n'ont pas une once d'humour et des gueules de frappes : des militaires quoi ! Je suis surtout intéressé par les textes, les atmosphères, les personnages qu'ils décrivent. Leur révolte. J'aime bien ce que font des gens comme Akhenaton, Ministère Amer, Doc Gynéco,... Si j'en oublie, et j'en oublie évidemment, ça va gueuler, y vont m'envoyer leurs Pitbulls ! – Comment ça c'est passé, l'enregistrement de cet album ? II a d'abord fallu que ma maison de disques (NDLA : Virgin) mette d'accord entre eux tous les "labels". Un sacré job quand tu connais le milieu du rap, où on se tire souvent la bourre! On a filé les textes de mes chansons aux rappeurs. Ils ont choisi ceux qui leur plaisaient. Dans l'album, il y a des titres marrants, énervés, tendres,... Je te recommande : Les Charognards, par Less du Neuf, 'achement bien, surtout les paroles ! (rires). Certains n'étaient pas nés quand tu as commencé à chanter et ne connaissaient que tes tubes. Comment ont-ils réagi en découvrant tes textes ? On m'a raconté que certains n'arrivaient pas à croire que j'ai chanté des trucs comme "Hexagone", "Où c'est que j'ai mis mon flingue", "Société tu m'auras pas",... il y a vingt ans, dans la France de Giscard ! Ils ont souvent été surpris par le côté "teigneux "de quelques-unes de mes chansons. D'autres ne savaient même pas ce qu'étaient les santiags que je me fais chouraver dans "Laisse béton"! Ils les ont peut-être remplacées par des Reebok ou des Nike dans la version rap... Il y a aussi les allumés du Saïan Supra Crew qui m'imitent dans "Marche à l'ombre"! Ils ont rappé sur tes musiques ? Non, la plupart ont fait leurs propres arrangements. Il ne reste plus grand-chose de mes musiques d'origine. Ils ont parfois glissé un brin d'accordéon dans leurs arrangements, ça c'est plutôt rare dans un album de rap ! Tu aimes le résultat ? Totalement intéressant, mais complètement déroutant. Ca balance vraiment bien, surtout le "flow", le phrasé, la tchatche comme ils disent, mais j'avoue que musicalement, c'est pas trop mon truc. J'aime les mélodies et là, y en a plus beaucoup. Et puis, il faudra m'expliquer comment ça se danse ! Tu préfères "Mistral Gagnant" repris par Yves Duteil ou "Dans mon HLM" rappé par Disiz la Peste ? Je préfère "Renaud chante Brassens" ! Je déconne... J'aime bien la version qu'a faite Duteil de "Mistral". Dussé-je faire rire les rappeurs, Duteil, je respecte. C'est sûr que la version rap du "Petit pont de bois" par Disiz la Peste, ça doit killer à mort!... (rires) Question vachement déontologique : avec la carrière que tu as derrière toi, les honneurs, la reconnaissance, l'argent... tu te considères encore crédible dans le rôle du « révolté » ? Ce n'est pas un rôle, c'est de naissance. C'est même dans mon nom : selon le Larousse, « être en renaud » , « renauder », c'est être en colère, râler. Le succès n'y changera jamais rien Comme dit la chanson : « c'est sûrement pas un disque d'or, un Olympia pour moi tout seul » qui m'empêcheront jamais d'aller chanter à l'UNESCO pour les enfants de l'Intifada ou au pays Basque, en soutien aux prisonniers politiques basques qui luttent pour leur regroupement dans les prisons d'Euskadi. La banlieue a toujours été présente dans tes chansons. « La chanson du loubard », « Banlieue rouge »,... Mais entre les premiers textes avec leurs personnages et leurs bastons pittoresques et les dernières comme « Willie Brouillard », le regard a changé, plus sombre. II a changé en même temps que la banlieue : entre le désespoir et la violence, la misère sociale et les ravages du chômedu, pas toujours évident de porter un regard tendre et humoristique. C'est sans doute pour ça aussi que les rappeurs ne sont pas franchement des comiques.. Dans Charlie Hebdo, tu as écrit que tu donnerais toutes tes chansons pour savoir dessiner comme Cabu ou Luz. Tu es toujours autant amateur d'art graphique, de bande dessinées ? Je me suis amusé pendant quinze ans à constituer une magnifique collec' de BD. Depuis que j'ai toutes mes préférées, ]e me suis un peu calmé de ce côté-là. Maintenant je collectionne les Van Gogh originaux, j'en ai déjà zéro. Quelle est ta plus belle pièce en BD ? Une double planche originale en noir et blanc de Hergé, extraite du "Sceptre d'Ottokar". Parmi les contemporains, j'aime bien aussi Bilal, Tardi, Manara, Goossens, et bien sûr toute l'équipe de Fluide (rires déontologiques). Et à part nous, qu'est-ce qui te fait marrer ? Où t'as vu que vous me faisiez marrer ? (rires consternés). Sérieusement... tu veux savoir ce qui me fait rire ? Jean-Yves Lafesse... et les éditos des Inrocks. 1. voir encadré. 2. NDLR : les dates de la tournée "Une guitare, un piano,...et Renaud "sur backline.fr Le titre :HEXAGOME 2001 Le sous titre : Rien n'a changé La critique hyper objective : c'était pas gagné d'avance... On savait déjà qu'il ne restait rien, ou presque, des musiques, les textes, eux, allaient-il a résister au « rappage » Après deux écoutes et deux plainte des voisins (car ça s'écoute à fond ), réponse évidente: ça marche, man ! Comme si toute une génération musicale avait enfin trouvé les mots qui souvent lui manquait. Comme si Sliman, le p'tit beur de « deuxième génération » qui, dans la chanson , n'a rien à gagner. rien à perdre , même pas la vie, avait fini par le faire son disque avec ses potes !La classe du meilleur auteur français en sus … Les pipoles Réalisation : Mitch Olivier Enregistré au studio Twin Rang Davout Mixé au studio Ramsès Masterisé à New York Avec,. par ordre d'apparition les woofers : Big Red : Où c'est qu'jai mis mon flingue Saïan Supa Crew : Marche à l'ombre Disiz la Peste : Dans mon HLM Rohff : Deuxième génération Oxmo Puccino : Je suis une bande de jeunes K'ommando Toxic 1 Mathieu Ruben : Etudiant – Poil aux dents Less du Neuf : Les charognards Rocca : Morts les enfants Expression Direkt : Société tu m'auras pas Nap : Fatigué La brigade : Marchand de cailloux Mc Jean Gab'1 : Laisse béton Cinefro, EJM, Aspik, Awaw, D Dy, Doudou Masta : Hexagone La sortie nationale : Vers le 10 Février.
Journal Inconnu
  • , Renaud, article 88 ou 89 > Journal inconnu date inconnue RENAUD Quel parcours! Quel itinéraire ! Quelle route accomplie jusqu'à aujourd’hui par le garçon dont d’aucuns pensent qu’il est quelque peu fini puisque pour lui c’est déjà hier ! de le faire passer pour un has been relève purement et simplement de la calomnie. Oui il s’est parfois trompé, et quand il n’avait rien à dire, il aurait effectivement mieux fait de fermer sa gueule. Seulement voilà, n’est pas Renaud qui veut ! Mais est Renaud qui peut ! Tout commence en 1952… La France renaît des cendres de sa drôle de guerre et à l’époque on fait des enfants dans le noble espoir de repeupler l’hexagone. Le 11 mai de cette année là, une date à retenir, toute la famille Séchan est en émoi… Un petit garçon de race blanche, le cheveu blond, l’œil bleu, un bon arien quoi ! voit le jour. On le baptise Renaud parce que ! et alors. Papa agrégé d’allemand, Maman, fille de mineurs de fond ne soupçonnent pas encore qu’ils viennent de mettre au monde un sacré emmerdeur…  Très tôt ils comprendront leur amère douleur ! car à la communale déjà, le petit brille par sa présence. Il envoie en effet ses profs dans les roses de sa mauvaise humeur et privilégie l’école buissonnière aux prix de bonne conduite. Subversif, rentre dedans, Renaud n’est pas mec à perdre son temps sur les bancs universitaires. Il claque à 16 ans, la porte du lycée et ce au grand dam de son paternel. Plus intello que lui tu meurs. Traînard, couche tard, grand dragueur de gonzesses devant les bistrots éternels. C’est au café de la gare, au moment où 68 tourne le dos aux valeurs de maman, qu’il fixe le lieu de ses errances. Il y rencontre des garnements tout aussi fous que lui, qui ont pour nom : Coluche, Dewaere, Depardieu, Lanvin, Miou Miou et plein d’autres. A travers cette bande de jeunes, Séchan, le fils indigne se fend la gueule. Il gratouille sur sa guitare des morceaux anarcho, médusards ! il crache dans la soupe et à mesure qu’on le refoule, il défoule les atmosphères. Comédien de 20e zone, sans avenir prometteur, Renaud ne connaît pas d’emblée le succès, bien au contraire. C’est la galère. Via Panam, c’est la bohème version Aznavour… ET puis, la plume efficace, la veine chansonnièrement transmissible, ce garçon original finit par se faire entendre du métier. On parie sur lui, on n’a pas tort ! Et son « Hexagone » ne marche pas plus longtemps à l’ombre de l’anonymat. Renaud, un prénom mieux, un identité, voire une référence, existe depuis bientôt 15 ans… Chiant, Prêchi, prêcheur de toutes bonnes causes, on a envie de lui suggérer parfois « mais de quoi tu te mêles ».  Propalestinien en pleine guerre de Kippour. Éthiopien pendant la sécheresse, Pro mitterrandiste avant les élections, Renaud est partout même là où on ne lui demande pas d’y être ! Engagé, il nous casse les bonbons. Empêcheur de tourner en rond, on se demande « mais de quel droit nous assène-t-il de telles leçons ». Et puis Renaud, c’est aussi la tendresse pure et douce, la poésie façon faubourg Montmartre de « Manu » à « en Cloque » en passant par « Mistral gagnant ». Papa poule d’une Lolita de 8 ans d’âge, époux fidèle d’une Dominique à qui, il serine à longueur de journée « Me jette pas ».  Renaud habite Paris, monte en bateau et auprès de ses arbres à la campagne, rejoint ses racines. Écorché, tous les malheurs du monde trébuchent sur ses santiags et ce bourgeois, culpabilise d’avoir réussi dans la vie ! C’est dur d’être et célèbre. Oh oui !
Var-Matin
  • 18 février 2001, Renaud : « Je prépare enfin, un nouvel album » > Var-Matin du 18 février 2001 Article Original Renaud : « Je prépare enfin, un nouvel album » Une Victoire d'honneur, hier soir, lors des Victoires de la musique, en direct sur France 2, et derrière son silence médiatique de trois ans, bien des douleurs. Il en parle, avec dignité. Notre interview du dimanche Renaud termine sa tournée triomphe le 9 mars, à Chaville, près de Paris. 202 concerts, en 18 mois, dont un à Six-Fours, dans le Var. Il lui arrive, entre deux, d'aller à la pêche à la ligne, comme dans la chanson, avec Buccolo, son guitariste, qui en a écrit la musique. A la Closerie des Lilas, à Paris, bar mythique où se sont abreuvés Hemingway, et tant d'autres, Renaud attend. Plus qu'une interview, la rencontre des copains d'abord. « On peut s'étonner que tu acceptes une Victoire d'honneur... - J'aurais préféré la gagner (1). Pour une fois que le métier me rend hommage, je n'allais pas cracher dessus. J'ai déjà la reconnaissance du public.   - Un public qui se dit que tu l'oublies... - J'en suis à 250 000 spectateurs en dix-huit mois. On est trois sur scène, avec Buccolo à la guitare et Lanty au piano. Partout, ils sont là à nous attendre. Je ne suis plus tributaire des modes, des tubes, des hits parades. Je suis devenu une institution, comme Barbara et Reggiani qui remplissaient des salles sans promo. C'est le privilège de l'âge ! Quarante-neuf ans, le 11 mai.   - Le prochain album, c'est pour quand ? - Promis, juré, d'ici la fin de l'année. J'enregistre avant l'été. L'inspiration n'est plus morte. J'ai la banane. Encore trois chansons. J'ai en neuf, sept totalement inédites (deux rigolotes, cinq tristes), et deux que je chante, déjà, sur scène, Elle a vu le loup et Boucan d'enfer.   - C'est quoi, ce boucan ? - Il vient de mes problèmes conjugaux. La séparation d'avec ma femme depuis deux ans, après plus de vingt ans. Tout sauf une rupture. On s'aime toujours. C'est la femme de ma vie. Je suis l'homme de sa vie. Seulement, on ne cohabite plus.   - Une autre femme ? - Pas l'ombre d'une. Dominique est une femme intelligente. Elle ne m'aurait pas quitté, pour de minables problèmes d'adultère. Elle est heureuse. Je suis malheureux. Désespéré. La mésentente vient de là.   - Un jour, cela a été votre constat ? - C'est venu petit à petit. ça a craqué. C'est dur de vivre avec un homme désespéré. Bizarrement, l'harmonie est revenue depuis qu'on est plus ensemble.   -Vous vous voyez toujours ? - L'été dernier, pour les vacances, on a loué une maison au Cap Ferret. Demain, c'est son anniversaire. On dîne ensemble.   - Un cadeau ? - Un petit pull en cachemire, rapporté du Québec.   - Dans votre maison, près d'ici, où elle habite toujours, il y a tes collections de BD, de disques de Brassens... - Le décor me manque un peu. J'y vais souvent. J'y retournerai un jour.   - Tes collections ne te manquent pas ? - J'ai moins de passions qu'avant, car je suis moins heureux. Quand j'étais heureux, les malheurs du monde me bouleversaient. Je m'interroge moins sur la misère des autres.   - Que devient votre fille Lolita ? - Elle a 20 ans. Elle fait une école de cinéma, pour devenir metteur en scène.   - Son avis, sur tout ça ? - On parle beaucoup. Elle a un caractère à la Renaud. Très pudique, très indépendante, sévère, pas nunuche. Je suis comme un petit bébé devant elle. Elle observe ça de l'extérieur, parfois avec des larmes, parfois avec du fatalisme. Elle m'aime tellement, qu'elle veut pas me voir me détruire.   - Il y a autre chose encore. On peut en parler ? - Je suis un peu tombé dans l'alcool. Pastis ou bière. Je ne culpabilise pas trop. Je ne suis jamais bourré. Je ne perds jamais le contrôle de moi-même.   - Et avant ? - Je buvais très peu.   - Tu ne cherches pas à guérir ? - J'ai passé deux fois quinze jours dans une clinique de désintoxication. Cure de repos, à boire de l'eau. C'est dur d'arrêter. J'ai envie, pour mes kilos en trop. J'étais à 67. Je suis à 79. J'ai pas envie qu'on dise : « Il a grossi, il est bouffi ». Les gens parlent sans savoir.   - Et tu reçois dans un bar... - Ici, c'est mon bar, ma salle à manger, mon resto, quand je suis à Paris. J'habite une chambre, au dessus. Le hasard.   - Tu sembles en forme, pourtant... - J'étais malheureux comme les pierres. Je m'étiolais. Des potes m'ont dit : « Tu veux de l'amour. Pars en tournée ». Tu peux pas savoir la somme d'amour qu'on reçoit sur scène. L'autre jour, trois générations sont venues en coulisses. La gamine de 10 ans, la mère de 30 et la grand-mère de 50. Celle-ci en avait 25, quand j'ai écrit Hexagone.   - Et les psys, ils ne peuvent pas te guérir ? - J'en ai vu six. J'ai voulu les changer, pour retourner le problème. Ils n'ont pas voulu ! Je trouve plus de réconfort auprès d'amis, comme mes musiciens, qu'auprès des psys, et ils ne me prennent pas 800 F la demi-heure.   - Le plus important, c'est l'amour ou l'amitié ? - L'amitié est plus durable, sans doute. La différence, c'est le lit qu'on ne partage pas. Quoi que, des fois, je dormirais bien dans le même lit qu'un copain, pour la présence physique. Si t'écris ça, on va dire que je suis devenu pédé !   - Ce mal de vivre, il a bien une raison. - La vie, l'âge. Et puis, le succès m'a plus perturbé que je ne l'imaginais. Cette pression des gens qui m'aiment ou de ceux qui me détestent. Mon proverbe préféré est : « Pour vivre heureux, vivons caché ». Pas facile, pour un homme public.   - Pourtant tu aimes la vie, malgré tout... - Je suis vivant. ça me donne la banane. Je voudrais vivre jusqu'à 100 ans. Pourtant, quand je suis seul, pendant des heures, je gamberge. Je me dis que le pire serait de vieillir et de mourir tout seul.   - Pourquoi ce silence médiatique de trois ans ? - Je n'ai rien à dire. J'ai toujours eu plus d'humilité, que de prétention.     Renaud bis passe, nous tape sur l'épaule. Thierry Séchan, son frère ainé, qu'on a connu chanteur, écrivain, polémiste.   Curieusement, je suis plus proche de lui que de David, mon jumeau. On habite ensemble. Je suis soutien de famille !   - Et ton père, qui t'a fait découvrir Brassens ? - Toujours là, à 90 ans. Je vais le voir, le dimanche après-midi. Il a été un écrivain fabuleux. J'aimerais qu'on le redécouvre (2). Ma mère est là aussi. ça fait chaud au cœur.   - Es-tu toujours Mitterrandolâtre ? - Je ne me renie pas. Malgré l'inventaire, malgré la trahison de ses amis et le fiel de ses ennemis, il reste un grand mec politique que j'ai rencontré et que j'aime. Il avait l'intelligence, l'humour et même, le machiavélisme. C'était le plus fort. Quand j'ai chanté à Cognac, il y a un an, j'ai fait les quinze bornes, jusqu'à sa tombe, à Jarnac. J'ai déposé une petite rose.   - Sentimental... - Qui peut le remplacer ? Qui peut inspirer une telle impulsion ? Ni Jospin ni les autres socialistes ni quelqu'un de droite, bien sur.   - Tu votes toujours ? - J'ai honte de l'avouer, vu que je suis libertaire.   - Toujours de gauche ? - Quand je vois ce qui arrive à Jean-Christophe Mitterrand et Roland Dumas, je n'ai plus envie de voter à gauche. Comme je ne veux pas tomber dans le discours, « Tous pourris », j'y vais quand même.   - Tes nouvelles chansons sont-elles engagées ? - Moins qu'avant. Avec l'âge, on se désintéresse de la politique, de la vie du monde. J'ai plus de chansons personnelles qu'universelles. Je parle des petites gens.   - Tu chantes toujours Putain de camion ? - Coluche me manque. L' ami, le frère mais aussi le personnage social et politique. On aurait bien besoin de son grain de sel dans le débat.   - C'était le parrain de ta fille... - Au sens originel du mot. Il n'arrêtait pas de nous dire qu'il s'occuperait d'elle, serait son tuteur, si nous disparaissions. C'est tout juste, s'il ne voulait pas qu'on lui signe un papier. Et puis, putain de camion.   - Tu as perdu pas mal de potes... - Je leur porte malheur ! Desproges, Boudard, Dard, mon autre père, Doisneau, amour de petit bonhomme, à qui j'ai dédié Rouge-gorge, et Gainsbourg. Lui m'appelait à trois heures du matin : « Prends un taxi, gamin. Bambou m'a quitté ». J'allais lui tenir la main, jusqu'au petit jour.   - Pas très gai, tout ça... - La vie, c'est du beau et du moche. J'ai une nièce qui est morte, il y a six mois, d'une rupture d'anévrisme, à 27 ans. Tu crois que c'est juste ?   - Après Germinal, est-ce qu'on te reverra au cinéma ? - J'ai un projet avec, comme réalisateur, Brad Mirman, scénariste de Highlander III. Johnny a signé. Kiefer Sutherland est prévu. C'est l'histoire de petits braqueurs français qui vont faire un coup à Chicago.   - La Chance aux chansons assassinée ? - Le mépris des petites gens. C'était un peu kitsch, jamais vulgaire. J'aimais y chanter. C'est une cabale contre Sevran. De l'accordéon à quatre heures de l'après-midi n'est pas la tasse de thé des « Inrockuptibles » !   - Quelle est la chanson de toi que tu préfères ? - Mistral gagnant, que j'ai choisie pour les Victoires.   - Pour l'éternelle enfance ? - Je parle à l'enfance, à mon enfance. Je parle à un enfant, à tous les enfants. Les enfants, ce qui me touche le plus.   - Tu voulais appeler un futur fils, Pierrot... - J'aurais aimé l'avoir avec la femme de ma vie. C'est un peu tard. Avec une autre, jamais.   - Tu a écris : « La femme est l'avenir des cons »... - A l'époque, c'était juste pour emmerder Aragon et les communistes ! »     1. Après neuf nominations, Renaud n'a obtenu qu'une Victoire, pour l'album de reprises de chansons de Brassens.   2. Olivier Séchan, prix des Deux Magots, prix Cazes, grand prix du roman d'aventure. Par Alain LAVILLE Dimanche 18 Fevrier 2001 Tous droits réservés - © Nice-Matin

10 février 2001

Actuel
  • ?-?-77, ¿ Titre ? > Actuel de 1977 200000 disques vendus en trois mois : « Laisse Béton », asséné sur toutes les radios. Après trois ans de galères, un succès qui est venu tout à coup. Presque trop vite. Et avec lui, la crainte d'être piégé. Par le public. Par les médias. En attendant, Renaud navigue à vue, avec dée réconfortante de tout arrêter s'il se sent bouffé. Mais aura-t-il les moyens de s'en rendre compte ? Après un arrêt de deux mois, il part en tournée avec un nouveau groupe ou l'électrique remplace l'accordéon. Mourad Malki (guitare électrique), Kaled Malki (claviers et percussions), Bejo (batterie), Michel Galliot (basse) et José Ferez (guitare pedal steel). Il y a trois ans, Renaud chantait un peu partout dans les rues. Le propriétaire d'un cabaret l'entend et lui offre la première partie de Coluche. Là, un des producteurs d'une petite boîte de disque, « H.B. .», lui propose de faire un disque. « ... Et j'ai eu le plus immonde des contrats qu'on puisse faire signer à un chanteur : je devais toucher 5% du prix de gros hors-taxe et uniquement pour les ventes au-dessus de 2 000 exemplaires (1). Ça, c'est soi-disant pour la promotion, en fait ça permet au producteur de payer le disque. Ensuite, je devais toucher 60 centimes par 33 tours vendu. J'ai vendu 5 000 disques mais Ils ne m'ont rien payé. Au moment de signer le contrat, je ne comprenais rien : « Tacite reconduction », « Unilatéral »... et je voulais le montrer d'abord à mon beauf qui est avocat. Le producteur n'a jamais voulu. Secret professionnel ! II m'a expliqué, ce truand, que je signais pour trois ans ! Je me suis fait arnaquer jusqu'à l'os : prisonnier pour sept ans, pendant que, eux, n'étaient obligés de me faire faire que deux 45-tours par an, tirés à 400 exemplaires ! Pour l'enregistrement, le producteur s'est délégué « directeur artistique » et, pour ne rien avoir à payer, a obtenu une avance de cinq briques de Polydor qui distribuait ses disques. Le résultat ne ressemble à rien. Le mixage est pourri, les orchestrations et la voix aussi... Ils auraient pu me faire chanter plusieurs fois, il y a des fois où je chante faux ! La pochette est immonde... Ils voulaient faire de moi le gavroche de la chanson parce qu'à cette époque, je portais une casquette ! Pour le deuxième 30 cm, je l'ai fait toujours avec des moyens dérisoires, mais j'ai pu imposer mes musiciens. Caratini et Le Douarin sont venus le matin de l'enregistrement. Ils étaient payés avec un lance-pierres comme musiciens et pas comme arrangeurs - et on a dû voir très vite tous les trois ce qu'on pouvait faire sur chaque chanson. On l'a fait en cinq jours ! Mais je préfère ce résultat au pseudo-professionnalisme du premier disque. J'ai pu imposer ma pochette, mes titres comme « Les charognards » dont ils ne voulaient pas parce que c'était « l'apologie du gangstérisme » ! Ils en ont tiré un 45t avec « Laisse béton » et ça a été la folie en radio et en télé. Alors, Polydor qui distribuait le disque et avait re-prêté cinq briques pour le produire, s'est intéressé à moi. Pour me récupérer, ils m'ont aidé à rompre mon contrat avec mes anciens producteurs... Juste au moment où je venais de vendre 100 000 45 tours ! Ça s'est su très vite dans le métier et j'ai eu des offres d'autres bottes : Barclay, Philips... Je suis allé les voir et ça m'a servi à discuter avec Polydor. Barclay, par exemple, me proposait des briques en dessous de table, nets d'impôts... Quand j'ai eu l'Impression d'avoir assez tiré sur la ficelle, j'ai signé chez Polydor. Mais ils m'ont dit eux-mêmes que j'aurais pu obtenir quatre fois plus. Moi, j'avais des scrupules parce que je traitais avec un mec sympa. Alors que lui traitait simplement pour une multinationale « Polydor-Polygram-Phonogram » plus ou moins branchée avec I.T.T. J'aurais pu arracher beaucoup plus. Enfin, j'ai signé pour cinq ans, sans prime à la signature comme Barclay mais à 10% du prix de gros et une garantie de 30 000 albums vendus par an. Un genre de salaire minimum. Plus une fleur : ils me payent les royalties que les anciens producteurs ne m'avaient pas versées. Quand j'ai enregistré mon premier disque, il y a trois ans, je n'avais rien envie de faire dans la chanson, ce n'était pas ma vocation. C'était un passe-temps que je faisais en dilettante. Je faisais des petits boulots depuis que j'avais arrêté mes études à 16 ans et demi. La chanson, c'était aussi un petit boulot et je ne pensais pas en gagner des fortunes. Et puis, j'avais de petits besoins, j'habitais chez mes parents : j'avais un toit et un repas par jour. J'ai pas mal tourné, beaucoup en Belgique et un peu en France. Ce n'était pas la misère, mais ce n'était pas Byzance ». Et il y a quelques mois, tout a changé ? «Je ne sais pas comment ça s'est passé. « Laisse béton » qui est au hit-parade, je l'ai écrite en une demi-heure sur une table de restau. On l'a enregistrée très vite et très mal et la productrice n'y croyait pas. Ce n'est pas un boulot trop chiant ni trop tuant, le succès m'a incité à continuer. En me disant que si j'en ai marre. j'arrête et si ça marche très très bien, je ferais ce qu'a fait Dutronc. Entrer par la grande porte au cinoche. C'est ça ma vocation, le ciné, le café-théâtre, la télé ». Comment choisis-tu ce que tu fais ? les passages télé, la radio, les interviews ? As-tu limpression dêtre libre ? « Pour le moment, je ne suis pas trés libre parce que j'ai des emplois-du-temps hyper chargés et ce qui fait chier, c'est que je ne sais pas bien faire le choix. Interviews, telés, séances-photos... Ce genre de promotion n'est pas indispensable, mais je me dis que ça aide et je ne sais pas ce que je peux refuser et accepter ». II y a des chanteurs qui se donnent des limites, qui refusent de passer dans certains journaux dits débiles. « Moi, j'accepte tout ce qu'on me propose, parce que j'ai envie d'être connu, que je démarre. Et celui qui lira un truc sur moi dans « Salut » viendra peut-être me voir en concert. Et là, il me connaîtra vraiment. Ça, c'est une contradiction qui me mine : me laisser récupérer par le système pour être connu mais sur scène rester le même. En fait, mon répertoire n'a pas changé. Je sais que je vais être critiqué, « Ouais, il y a trois ans je l'ai connu, II y avait trois personnes dans le cabaret, c'était authentique... maintenant au hit-parade... !! », mais, moi, je ne crois pas que je n'ai qu'un public loubard-gauchiste ». Et sur scène, tu as l'impression d'avoir une influence, un pouvoir face à tous ceux qui sont là ? « C'est ça qui me fait chier : c'est que je peux profiter de mon pouvoir en tant que chanteur parce que je suis sur scène sous les projos ; avec ma tronche, mes chansons, je peux changer l'état d'esprit des gens. Mais en fait, c'est aussi ce que j'ai envie de faire. Que les cons deviennent moins cons et que les salauds deviennent gentils. Mais ça me fait chier quand il y a deux mille mecs qui applaudissent quand je chante « Hexagone », alors que je leur crache à la gueule... Et je me demande si ça sert à quelque chose... ». - Mais tu as l'impression d'avoir assez de temps pour toi, pour ton "inspiration", pour écrire ? - Je fréquente moins les bistrots. J'ai un peu moins de contact avec l'information directe. Mais ça va encore. Là, en ce moment, je fais [ici, le texte est coupé] je n'utilise pas les médias comme je devrais, par exemple, quand je fais une télé, je préfairerais le faire avec mes musiciens plutôt qu'en play-back. J'ai fait dix-neuf télés, quand j'en aurais fait vingt-cinq, j'y arriverai. Et pour le prochain 45t, je pourrai ne choisir que cinq passages ». Sur scène, tu termines ton tour de chant par un nouveau texte, « Je démystifie », tu as besoin de te démarquer de tes chansons." « Je l'ai fait parce que je ne veux pas que les gens s'imaginent des tas de choses sur moi. Que je suis un fils d'orphelin né dans la rue, qu'il m'est arrivé tout ce que je chante. Je veux pas de toutes ces images-étiquettes qui tournent autour de moi. Avant gavroche, maintenant le blouson noir et la zone... Renaud chanteur-loubard, ça me fait chier. On a tendance à ne juger que le chanteur et à tout en- glober. Je suis un mec avant d'être un chanteur ». Propos recueillis par Viviane Mahler
Canada Français
  • 31 janvier 2001, Un formidable personnage que ce Renaud! > Canada Français Saint-Jean-sur-le Richelieu, Québec Un formidable personnage que ce Renaud! -MANUELLE LÉGARÉ C'est un rendez-vous déstabilisant que Renaud a donné à ses fans, samedi soir dernier, au Cabaret-théâtre du Vieux-Saint-Jean. Oui, il chante faux, il a pris du poids et il n'est pas au meilleur de sa forme, mais il a toujours la même tignasse blonde et sa gueule faussement angélique de gamin qui cache des mauvais coups plein ses poches. Ce spectacle, il fallait le voir comme une rencontre avec un formidable personnage pour être en mesure de l'apprécier. Écorché par la critique montréalaise la semaine dernière, à la suite d'une prestation où il s'est surtout fait remarquer pour son état d'ivresse, Renaud a réitéré d'emblée les excuses qu'il avait servies à son public déçu au lendemain de sa première, après avoir entonné un Woody Brouillard... différent. «Merci d'être venus malgré les critiques» a-t-il lancé, mi-figue mi-raisin, ne réussissant pas à nous faire croire qu'il s'attendait-il vraiment à jouer dans une salle déserte. Ce mea culpa n'était pas nécessaire: mauvaises critiques ou pas, les fans de Renaud seraient venus quand même et le Français l'a vite compris. «C'est vrai que j'ai pas bien chanté l'autre soir, mais j'ai jamais bien chanté et c'est pas aujourd'hui que je vais commencer!» Et voilà, la glace était brisée, même si elle était somme toute bien mince. Tout au plus quelques moments d'inconfort qui s'estompent lorsqu'on a compris que c'est sans prétention que Renaud est venu nous pousser les chansons qui ont fait sa renommée. Bien que cette tournée, Une guitare, un piano... et Renaud, s'inscrive dans la promotion de la dernière compilation de la star,L'absolutely meilleur of Renaud, on a peine à reconnaître ses anciens succès. C'est que la seule corde vocale qui lui reste est devenue une ficelle encrassée de nicotine, nous avoue un Renaud presque penaud pour justifier la voix traînante qu'il prend pour terminer tous ses vers. On aurait envie de lui répondre que ça ne fait rien, mais c'est parfois un peu triste. Pour un En cloque et une Miss Maggie assez bien envoyés, on aurait parfois envie d'entendre La pêche à la ligne et La mère à Titi d'antan. Jean-Pierre Bucolo et Alain Lanty, respectivement guitariste et pianiste de Renaud, nous réconcilient toutefois avec le spectacle lorsque la voix du chanteur s'élève en frôlant les limites de l'insupportable. Renaud, après 26 ans de carrière, est toujours aussi heureux de retrouver ses potes Québécois. Il entrecoupe ses chansons de longs monologues, tâte le pouls des spectateurs, qui l'applaudissent à tout rompre. «Allez Renaud!», scandent-ils avec vigueur. En plus de savoir manier le verbe comme pas un, il est généreux le petit Renaud: une prestation de deux heures et demie sans entracte et ses fans lui en redemandent encore, inlassables. La complicité se tisse rapidement entre la foule et son idole, en panne d'écriture à cause de sa peine d'amour. Renaud donnera quand même un aperçu de son prochain album, dont la sortie n'est pas encore fixée, avec deux nouvelles compositions prometteuses, Boucan d'enfer et Elle a vu le loup. «Aucune statue ne sera assez grande pour dépasser la cime du moindre peuplier», fredonnait Renaud dans Fatigué . Aucun reproche ne sera assez fort, pour éclipser la place que s'est taillée Renaud. Et ce n'est ni une peine d'amour, ni quelques critiques qui le laisseront sans voix. «Tant qu'il y aura un gamin sur cette Terre pour écouter mes chansonnettes, je chanterai jusqu'à ma mort», réplique-t-il.

26 janvier 2001

Le Devoir
  • 25 janvier 2001, Où c'est qu't'as mis ton flingue ? > Le Devoir du 25 janvier 2001 Renaud Où c'est qu't'as mis ton flingue? LE DEVOIR Jean Dion Le jeudi 25 janvier 2001 Mon vieux Renaud, je te fais une bafouille, je ne sais pas si tu la liras et à vrai dire je m'en fous un peu, c'est correct, on a tous d'autres chats à fouetter quand ce n'est pas des Bastille à faire tomber. Tu m'en voudras pas de te tutoyer, depuis le temps, j'ai l'impression de te connaître comme si on avait fait pousser des chèvres ensemble. Je connais toutes tes foutues tounes par coeur. Si je dis pas que je suis ton fan n° 1, c'est juste pour pas en offusquer d'autres qui ont ta photo dans leur piaule - moi, c'est dans le salon, tout de même, à mon âge, et un mec à part ça, il y a quand même des limites - et ton prénom dans leur bouche. On aime Renaud ou on n'aime pas, moi j'aime. Beaucoup. C'est très exactement pour cette raison que j'étais là, dimanche soir au Spectrum, avec un millier d'autres, pour la première montréalaise de ta tournée tant attendue. Pour tout te dire, il y avait tellement longtemps qu'on ne t'avait pas vu dans le coin que j'avais élaboré un plan d'urgence. J'avais stratégiquement posté des espions en France pour me tenir au courant de tes représentations et, si d'aventure tu avais décidé de ne pas remettre les pieds au Québec, j'aurais flyé là-bas. Non que j'entretienne l'intention de trépasser à brève échéance, mais j'avais l'intime conviction qu'il fallait que je te revoie au moins une fois pendant mon séjour sur cette fausse étoile perdue dans l'univers. Mais bon, tu es venu, et on était là dimanche, et si je me retenais pas, j'aurais presque envie de dire: un dimanche à la con. Tu le sais, d'ailleurs. On a eu un petit choc en te voyant: dix kilos en plus, pas mal d'années aussi, et l'air fatigué, fatigué, pas fatigué comme quand tu chantais Fatigué alors que t'étais juste en tabar, mais fatigué. Ça, évidemment, personne ne songerait jamais à te le reprocher. On épaissit tous, on vieillit tous. Tu nous l'as raconté, un jour, qu'il faut aimer la vie, l'aimer même si le temps est assassin. On vieillit tous, sauf, si j'ai encore des yeux qui voient de moins en moins pour voir, ton public. Quand j'étais allé à Visage pâle rencontrer public au Saint-Denis en 1988, la salle se composait pour une part appréciable de petites de 15 ans, 16 ans à peine qui te savaient, ta vie, ton oeuvre, à la virgule près. Même chose, ou à peu près, dimanche. Ça rassure un peu sur l'avenir de l'humanité, si tu vois ce que je veux dire. En plus, il y avait de quoi prendre un coup de jeune dans ce Spectrum désormais récupéré par l'État qui veut notre santé et qui va l'avoir, dans ce Spectrum où on distribuait à la porte de petits papiers nous informant qu'il était maintenant interdit d'y fumer. Coup de jeune parce qu'après une heure à tenir le coup tant bien que mal, ça s'est mis à s'allumer à droite et à gauche, à s'allumer sous les tables, à prendre des puffs sous les tables, à exhaler sous les tables. Bref à fumer en cachette. Vaguement ado, et vachement marrant, si on n'avait d'abord l'envie d'en pleurer ne serait-ce que juste un peu. Où en étais-je? Dimanche, voilà. On t'a fait une ovation, tu as jasé un peu, puis tu as poussé La Ballade de Willy Brouillard d'une drôle de voix. De pas de voix du tout, en fait. Mes potes et moi on s'est regardés. Ouais. On s'est dit, poliment, c'est spécial. Il essaie un truc. Il a bien le droit. C'est pas terrible, mais il a le droit. De toute manière, ceux qui l'ont jamais aimé pour sa voix devraient s'aller faire examiner l'enclume et l'étrier, n'est-ce pas? À la fin, on a applaudi. Je ne peux pas parler pour les autres, mais je suis pas mal certain que nous étions plusieurs à applaudir jaune. Puis tu as continué. Toutes les tounes sur la même fréquence. Tu as faussé tout du long. Aucun ton. Aucune harmonie. Toutes les phrases se terminant dans le même râle monocorde. Dans ta nouvelle chanson Boucan d'enfer, tu commences en disant «On reconnaît le bonheur, paraît-il, au bruit qu'il fait quand il s'en va», ben c'est pas mêlant, j'ai eu comme l'impression, au son, que le bonheur s'en était allé, même s'il est affaire de médiocres et qu'il use le coeur. Tu as dit: j'ai une voix pourrie, c'est la nicotine. Tu as aussi dit: ma blonde m'a laissé, sans dire que c'était aussi pour ça que tu avais une voix pourrie, mais j'ai cru comprendre qu'une âme en miettes, c'est aussi dur pour les cordes vocales qu'une cartouche de Gitanes maïs par semaine pendant l'essentiel d'une vie. Enfin, ça doit pas être facile pour les gammes. Mais c'est pas une raison. Je me suis dit que si t'étais pas capable, t'étais pas obligé. Tu nous devais pas ça, et on te devait pas ça non plus. On aurait compris. N'empêche, on t'a applaudi tout du long. On t'a demandé trois ou quatre rappels. Pour le bon vieux temps, peut-être, ou pour l'amour tout simplement. Je voulais pas le penser, mais j'ai pensé: faut-il qu'on t'aime pour se taper ça. Toi qui as pondu tant de déclarations d'amour, à Lola, à ta gonzesse en cloque, à tous ceux qui le méritaient, j'espère que tu as vu ce soir-là celle qu'on te renvoyait. (Tu sais, il y en a même qui disent que tu es venu rien que pour ça.) Puis, le lendemain, ça allait paraît-il un peu mieux côté ton et tu t'es excusé. Ton producteur a dit que tu étais «nerveux et hors focus». Il a aussi dit que «ce sont des choses qui arrivent» (pas con, ton producteur, hein, y en a là-dedans!). Toi, tu as carrément dit que t'étais bourré, que tu t'étais tapé l'oeuvre intégrale de Charlebois version liquide. À mille lieues de moi l'idée de t'en tenir quelconque rigueur, si tu savais. Mais puisque ce sont des choses qui arrivent, et puisque ç'a donné ce que ç'a donné, je te fais une suggestion: pourquoi tu ferais pas un spectacle supplémentaire où tu inviterais gratos tous ceux de dimanche? En voilà une chose qui n'arrive pas souvent. Et je sais que s'il y en a un pour le faire, c'est toi. T'en souviens-tu, tu as écrit: «J'veux qu'mes chansons soient des caresses / Ou bien des coups de poing dans la gueule / À qui qu'ce soit que je m'agresse / J'veux vous remuer dans vos fauteuils.» Reviens nous remuer, mais dans le bon sens. Sors ton flingue, bordel. Allez, sans rancune.
    • Politique Jacques Chirac
Le Voir
  • 26 janvier 2001, Renaud au Spectrum le 21 janvier > Le Voir du 26 janvier 2001 Renaud Au Spectrum le 21 janvier Aussi bien le dire tout de suite: Un piano, une guitare et Renaud, spectacle donné dimanche dernier, après une absence de neuf ans, est une inqualifiable déception. Comme vous le savez peut-être, notre Parisien préféré n'a plus de voix: c'était à la fois pathétique et carrément insupportable. L'accueil vibrant et pleinement mérité réservé à ces retrouvailles sur scène laissait pourtant présager le meilleur. Ce ne fut pas le cas. Jamais, en 20 ans de métier, je n'ai assisté à pareil supplice. Après trois chansons, plusieurs se dirigeaient vers la sortie en demandant un remboursement. On admet d'emblée que Renaud n'était déjà pas un grand chanteur; mais avec un minimum de registre, il parvenait à insuffler la vérité que commandaient ses textes. Mais dimanche dernier, il grimpait, grimpait, grimpait... on était essoufflé pour lui. On a parfois cru entendre du yodel. En cloque aurait pu s'appeler En clope, après que Renaud nous eut informés de sa dépendance à la nicotine. Deux nouvelles, Boucan d'enfer et Elle a vu le loup, se sont glissées parmi les anciennes. Heureusement, ses interventions entre les Déserteur, Miss Maggie, Deuxième Génération, Dès que le vent soufflera et autres Manu avaient du mordant. Vraiment vif d'esprit et rigolo, Renaud. Bien sûr, qu'on l'aime: bien avant qu'il soit consacré avec la tendre et immortelle Morgane de toi, il avait déjà beaucoup donné: Mon beauf, J'ai raté Télé-Foot, Germaine, etc. Il jouit donc ici d'une affectueuse immunité. Aveugle, devrions-nous renchérir, si l'on se fie au public cégépien qui, sans discernement aucun, revendiquait, comme dans un show de Plume, les chansons qu'il voulait entendre. Considérez ceci: le Renaud qu'on voit, souriant et infaillible, sur le wall of fame du Spectrum a 32 ans. Ce show de 1984, j'y étais: je me souviens de Jean-Louis, l'accordéoniste, indispensable collaborateur au son Renaud; dimanche dernier, il manquait cruellement au rendez-vous. Et ne venez surtout pas me parler de sa récente rupture. Come on! À 42 dollars le billet, les fans du chanteur n'ont pas à le prendre en pitié. Désolé, mais s'il est incapable d'aligner deux notes correctement, qu'il reste chez lui. (Claude Côté)
Ici Montréal
  • 26 janvier 2001, Renaud au Spectrum : exécrable > Ici Montréal du 26 janvier 2001 Renaud au Spectrum : exécrable Ça faisait près de 10 ans que Renaud n'avait pas mis les pieds au Québec. Il amorçait dimanche dernier une série de six spectacles à Montréal. Mais croyez-moi, l'interprète aurait intérêt à se faire oublier. Renaud n'a jamais eu de voix. On s'entend. Ce qui ne l'a pas empêché dès 1975 d'inonder notre univers musical de petits bijoux tels «Mistral Gagnant», «Hexagone», «Miss Maggie» ou encore «HLM». Le charme de ses cordes vocales étouffées sous le poids de ses textes visait juste, tant sur disque que sur scène. Mais les années ont passé depuis «Morgane de toi» et lors de son dernier passage en 1992 dans la Capitale nationale, le chanteur en avait déçu plus d'un avec sa voix fatiguée, à bout de souffle après quelques notes. Passait encore. Retour donc à Montréal dimanche dernier pour Renaud. Tout souriant, il se lance d'emblée dans l'interprétation de «La Ballade de Willy» de George Brassens. C'est le choc : beuglements au lieu de chant, superficialité au lieu de spontanéité. Même la conviction n'y est plus. Le public est mal à l'aise, ne sachant pas s'il faut en rire ou en pleurer. Surtout à 41.41$ le billet. Il en a fallu que de quelques chansons pour que le chanteur nous avertisse que «Ça va s'arranger la voix, ne vous en faites-pas» tout juste avant d'admettre dix minutes plus tard que «Je sais que j'ai une voix pourrie. J'ai vieilli, j'ai grossi.». S'il le dit. Au menu, 22 interprétations de nouvelles chansons et de classiques parmi ce massacre en règle. «Déserteur», «P'tite conne», «Dans ton sac» et «Chanson pour Pierrot» ont semblé plaire aux fans rassemblés. Le tout s'est terminé par un «Mistral gagnant» que tous attendaient. Aucune surprise, aucun changement et aucun effort n'ont été déployé pour nous en mettre plein la vue. Tristes retrouvailles. Les chansons de Renaud sont des tableaux, que l'on écoute et que l'on admire pendant un certain temps, pour ensuite les retrouver avec chaleur. De les revoir dans leur jour le plus sombre détruit les souvenirs que nous en avions. Surtout lorsque son créateur s'enfarge dans les paroles de «La Pêche à la ligne». Impardonnable. Dans toute communication, il y a un émetteur qui transmet un message ou une émotion. Renaud ne peut plus communiquer par le chant. Reste la parole. Entre deux chansons, le musicien s'est aventurée en terrain houleux, parlant de souveraineté, de Lara Fabian et de tous ces chanteurs que nous «envoyons en France». Clichés après clichés, nous avons eu droit à tout ce qu'un ambassadeur français de la chanson peut dire pour plaire à son public québécois. Restait les présentations de ses pièces résumant sommairement les propos de celles-ci. Pendant ces interventions, le public (d'une politesse exemplaire) n'a cessé de demander «Hexagone» et autres chansons tirées de son répertoire de début de carrière. Impuissant, Renaud a tout simplement rejeté les demandes en relèguant la faute sur son guitariste qui ne les connaissait pas. Trop difficile pour Renaud que d'enfourcher la guitare et d'y aller avec une interprétation solo? En effet, le petit blond n'a pas osé prendre l'accordéon ou la guitare. Une question reste : Renaud terminera-t-il vivant sa tournée en terre québécoise? Les critiques en région ont acclamé les performances du chanteur. Pourtant, à moins d'un miracle, Renaud n'a rien de plus à nous offrir qu'un massacre en règle de ses classiques. Alors qu'il nous a annoncé la sortie d'un nouvel album pour l'été 2001, le public doit s'attendre à une nouvelle tournée au Québec pendant la même période. Vaut mieux faire le ménage de son garage. Soulignons une première partie éclatante du pertinent Urbain Desbois. Un humour décapant, alimentant ses chansons naïves avec une fraîcheur primitive mais ô combien divertissante. Nous avons hâte de l'entendre en compagnie de Daniel Boucher et Daran sur la scène du Cabaret le 6 février prochain. On aurait vraiment dit que Renaud faisait sa deuxième partie. Appréciation : 1/10 Chansons interprétées lors du concert du 21 janvier 2001 1.La Ballade de Willy 2. La Mère à Titi 3.Cent ans 4.En Cloque 5.Déserteur 6.La Pêche à la ligne 7.2ième Génération 8.Ballade nord ireland 9.Germaine 10.Mort les enfants 11. Miss Maggie 12.P'tite conne 13.Chanson pour Pierrot 14.Dans ton sac 15. Boucan d'enfer 16.Son bleu 17.Elle a vu le loup 18.Morgane de toi 19.La médaille 20.Dès que le vent 21.Manu 22.Mistal gagnant 2001-01-23 Renaud Spectrum de Montréal Supplémentaires: 3,5 et 6 février 2001

24 janvier 2001

La Presse
  • 18 janvier 2001, Une guitare, un piano et Renaud > La Presse du Jeudi 18 janvier 2001 Une guitare, un piano et Renaud Jean-Christophe Laurence Il devait faire un soir, peut-être deux. C'était sans compter sur la fidélité du public montréalais, qui s'est rué aux guichets pour se procurer des billets. Malgré ses dix années d'absence, on n'a manifestement pas oublié Renaud. Plutôt discret depuis la sortie de son dernier disque (Hommage à Brassens en 1995), le chanteur français présentera donc, non pas un, ni deux, mais bien six spectacles au Spectrum, au cours des deux prochaines semaines ! Les soirées du 21 et 22 janvier, ainsi que les 2 et 3 février affichent complet depuis longtemps. Mais il reste quelques billets pour les supplémentaires des 5 et 6 février. Le titre -Une guitare, un piano et Renaud- annonce un concert dépouillé et intimiste. Quelques échos venus de France nous apprennent qu'une ou deux nouvelles chansons seraient aussi au menu, mais pas plus. L'inspiration est une muse qui ne se commande pas. (Info: 514 790-1245)

22 janvier 2001

Voici le 200ème article du kiosque :

Le Devoir
  • 20 janvier 2001, Le titi revient au Québec, sans tambour ni trompette >   Le titi revient au Québec, sans tambour ni trompette Revoilà le titi sans tambour ni trompette, presque en catimini, l'oiseau rapplique en queue de tournée française à la fois discrète et triomphale. Tournée de petites salles bondées partout. Le pays entier est Morgane de lui, c'est sûr. SYLVAIN CORMIER LE DEVOIR le 20 janvier 2001 Le grand retour de Renaud Séchan au Québec sera tout sauf grandiloquent de Québec à Shawinigan, le "chanteur énervant" s'amène avec rien d'autre qu'une guitare, un piano, des chansons et un mot d'ordre: pas de promo. Revoilà Renaud. Ça faisait une paille. Traduisons: une mèche. Huit ans depuis les grosses boums au parc des lies et à l' Agora de Québec; Sept ans depuis le dernier album de matériel neuf, A la belle de mai Revoilà le titi sans tambour ni trompette: presque en catimini, l'oiseau rapplique en queue de tournée française à la fois discrète et triomphale. Tournée de petites salles bondées partout. C'est pareil ici: de prolongation en prolongation, on en est à six soirs au Spectrum, à Partir de ce dimanche (plus lundi et les 2, 3, 5 et 6 février). Ça afflue aussi en région, au Théâtre du Vieux Terrebonne (25 janvier) comme au Vieux Clocher de Sherbrooke (le 26). Le pays entier est Morgane de lui, c'est sûr. Pas si sûr. On le constate depuis l'album Hexagone de 1975: il y a les pro. Renaud et les anti-Renaud. Même au sein des meilleures familles communistes, il y a des factions pour et contre. Pour les uns, certes majoritaires, Renaud est le poète rebelle par excellence, le réfractaire absolu, le digne fils putatif de Brassens (qu'il a chanté et même sculpté en bas-relief!), l'irréductible pourfendeur de bourgeois, le défenseur de la nature opprimée pour qui " Jamais une statue ne sera assez grande / Pour dépasser la cime du moindre peuplier" (Fatigué), le pote officiel à Coluche, le vrai de vrai, le pur et dur, le seul qu'a pas lourdé la cause, ouais. La chetron sauvage, comme il se décrit lui-même en verlan. Pour d'autres, le Séchan, c'est le type même du faux derche, toujours du bon côté d'un univers manichéen avec les méchants patrons, les sales militaires et tous ceux qui jouent "à celui qui pisse le plus loin" au même pilori du démago populo. Soyons francs, je suis un anti. Mais non, pas un nanti. Un anti. En Renaud, héros du prolétariat, je ne crois point. Mais ce n'est pas le personnage qui m'énerve. Vedette du showbiz ou son contraire, à mon sens, c'est pareil. Refuser toutes les entrevues comme il en a décidé pour cette tournée intimiste, c'est comme les accorder toutes. Showbiz quand même. Version verlan. Là où il me les casse souverainement, c'est dans la forme. Le timbre morne, la note invariablement fausse, les mélodies interchangeables, j'ai jamais pu. Une démangeaison. Tellement que je n'entends pas les mots: j'arrête aux phonèmes. Dadi dadi dadaaa, dada dada dadiiii. Syndrome Brassens, dites-vous? Probablement. C'est un peu comme Dylan: fallait franchir le Rubicon nasillard pour apprécier. De fait, quand je lis Renaud, je me réconcilie avec le corpus. Me jette pas, c'est vrai que c'est bigrement tendre: "Mais me jette pas / J'me f'rai tout p'tit, tout Plat / Me jette pas/ Ou jette-toi avec moi." Cheveu blanc, c' est vraiment une évocation fine et sentie du moment où l'on se sent vieillir: "Jai l'impression qu'la mort étale en riant / Un manteau d'hermine sur ma pauvre tête"" D'où l'intérêt du nouveau spectacle. Dans les interstices entre la guitare et le piano, dimanche au Spectrum, on entendra bien les paroles. Au contraire de la plupart d'entre vous, ce sera ma première expérience de Renaud et c'est une chance que ce soit la plus dénudée. Ouste le foulard rouge, blanchis les cheveux jaunes. Un homme, des mots, des convictions: comme le titre de son double album de grands succès l'indique, on risque bien d'obtenir "L'Absolutely meilleur of Renaud".

21 janvier 2001

Charlie-Hebdo
  • 11 octobre 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - Y'a d'la joie ! > CHARLIE HEBDO N° 173 , 11.10.1995 Renaud envoyé spécial chez moi Y'a d'la joie ! Et des molaires dans les ruelles ILS SONT CONTENTS, les gendarmes. Ils sont passés directement du relevé d'empreintes digitales à la peine de mort. On va pas s'embarrasser avec une procédure longue et coûteuse. On a passé des années d'entraînement et d'exercice à apprendre comment neutraliser un individu armé et dangereux, on a des tireurs d'élite capables de loger une balle à deux cents mètres dans une pièce de vingt sous, on a des grenades lacrymo, des paralysantes et des suffocantes, mais tout ça c'est de la théorie... Quand un individu arabe, armé et poseur de bombes se permet après les sommations de défourailler son calibre, excusez-moi mais le réflexe (et le plaisir) c'est quand même de le tuer le plus possible. Pis des fois que dix bastos suffiraient pas, y a heureusement toujours un collègue un peu plus perfectionniste que les autres pour crier : « Finis-le ! Finis- le ! C'est bon, j'te dis ! C'est de la légitime défense ! » Et hop ! Une petite dernière en pleine tête, juste pour la route... Ils sont contents les Noirs américains. Leur « frère » O. J. Simpson a été acquitté. Grande victoire sur la justice raciste... Bon, pas cons quand même, la majorité d'entre eux doit bien penser que le champion a vraiment trucidé sa femme et l'amant de celle-ci, mais le problème n'est pas là. A cause de la médiatisation du procès, l'assassin a été éclipsé par la vedette, la vedette par sa couleur. La police et la justice, en s'acharnant sur un Noir présumé coupable, s'acharnaient alors sur tous les Noirs. Je souhaite aux voleurs de pommes des ghettos qui se réjouissent aujourd'hui autant d'indulgence de la part du tribunal qui les jugera demain... O. J. Simpson, lui, sous les palmiers de sa paisible retraite, doit être infiniment touché de ce témoignage de solidarité raciale. Ses « frères » ont juste oublié un détail : lui, il n'est pas noir. Pas blanc non plus d'ailleurs. Lui, , sa race, c'est « riche et célèbre ». Y a d'la joie chez les intégristes cathos-F.N. Ils ont chanté « Alléluia Alléluia ! » après avoir cassé la gueule à Philippe Val. Pourquoi nous on ne casse jamais la gueule à nos ennemis ? Pourquoi ces haineux, ces teigneux, ces tenants de l'ordre et de la morale se permettent-ils cette violence que nous nous refusons d'employer à leur encontre? Parce qu'ils ont Dieu avec eux ? Penses-tu ! Parce qu'ils sont faibles. Un esprit faible dans un corps musclé (et sous un crâne rasé), ça donne souvent un tortionnaire. Je préfère nettement un esprit musclé dans un corps faible, ça donne un écrivain. T'en fais pas, Philippe, tu peux encore écrire et raisonner avec deux molaires en moins. N'en veux pas trop à ceux qui te les ont si courageusement arrachées à coups de Doc Marten's, ils n'ont que ça à opposer à tes idées. Dans leur bouche à eux, pas de mots, y a pas la place, ils ont des molaires en trop. RENAUD
La Presse
  • 20 janvier 2001, Où en est Renaud ? > La Presse, Samedi 20 janvier 2001 Où en est Renaud ? Jean-Christophe Laurence Renaud est de retour au Québec après neuf ans d'absence et les retrouvailles ont été chaleureuses jeudi, à Québec Renaud est de retour au Québec après neuf ans d'absence. Son dernier spectacle en terre nord-américaine remonte, sauf erreur, au 21 juillet 1992, à l'Agora de la Vieille Capitale. Autant dire que son passage -entamé depuis jeudi à Québec- suscite l'intérêt. Partout en province, les fidèles du chanteur français se sont précipités aux guichets. Résultat: toutes les dates affichent à peu près complet. Pour des raisons d'horaires, et de bassin de population, les seules supplémentaires seront données à Montréal au début de février. Avis aux intéressés: il resterait quelques billets pour les concerts des 5 et 6 février au Spectrum. Contrairement à ce que certains lecteurs ont pu penser, les «laborieux plumitifs culturels» de La Presse se sont démenés pour obtenir une entrevue avec Renaud. Sauf que voilà: le chanteur ne parle plus aux journalistes. Fâché contre les médias? Rien à leur dire serait plus juste. Il faut savoir que Renaud n'a pas sorti de nouveau disque de chansons originales depuis À la belle de Mai, paru en 1994. Son dernier album, un hommage à George Brassens, remonte à 1995. Depuis, pffft... plus rien, si ce n'est un album en concert et un Absolutely Meilleur of Renaud, compilation sortie l'an dernier, en attendant... Une remise en question artistique et une vie privée en pleine débâcle auraient, dit-on, éteint son inspiration. «Renaud a connu un immense chagrin d'amour», souligne Mauricette Hidalgo, de la revue française Chorus. «Un sérieux passage à vide», résume de son côté Hélène Hazera, productrice de l'émission Chansons dans la nuit, sur les ondes de France Culture. Paraît que Renaud n'a pondu que deux nouvelles chansons en six ans. C'est pour cette raison, suggère Mme Hidalgo, que le chanteur évite aujourd'hui les micros indiscrets. «Dans la mesure où il n'a pas créé et a peu écrit, il doit estimer qu'il n'a pas grand-chose à raconter», affirme la journaliste, en soulignant que, d'une manière ou d'une autre, le chanteur n'a jamais été trop chaud sur la «promo à gogo». Outre les déboires personnels et les inévitables angoisses d'un créateur au mi-temps de l'âge, le renouvellement du paysage musical français n'est pas étranger à ce «passage à vide», croit par ailleurs Hélène Hazera. Selon la productrice, ex-spécialiste en chanson au journal Libération, «l'arrivée du rap a changé la donne en France. Du coup, des gens comme Renaud ne pouvaient plus se targuer d'incarner la jeunesse, l'insolence et l'indignation. Parce qu'il ne pouvait plus être le chantre de la révolte en France, cela a provoqué une remise en question de lui-même...» Ironiquement, c'est peut-être bien une chanson de Renaud (L'Hexagone) qui constitue le point zéro du rap en France. Mais de dire Mme Hazera, «les jeunes rappeurs se feraient torturer plutôt que de le reconnaître. Aussi drôle que cela puisse paraître, je crois qu'ils sont à la fois ses fossoyeurs et ses héritiers.» Faute de nouveau matériel, Renaud Séchan compte en revanche sur une oeuvre bien solide -qui constitue bien sûr la base de son nouveau tour de chant. Trente ans de carrière, dix albums, quelques désormais classiques de la chanson française, de Laisse Béton à Miss Maggie en passant par Dans mon HLM, It Is Not Because You Are, En Cloque, Dès que le vent soufflera, Morgane de toi, Putain d'camion, on en passe. Son personnage de teigneux à blouson noir, entre rockeur à santiags et gavroche parisien, à la fois chroniqueur politique, dur au coeur tendre et observateur de la jeunesse urbaine, occupe une place à part dans le grand livre de la chanson française. Et dans le coeur du grand public qui continue de suivre le «chanteur énervant», malgré son long creux de vague et l'absence de nouveau matériel. «Avec Renaud, c'est l'affectif qui passe avant tout», note Mauricette Hidalgo, en greffant un bémol: «Pour l'instant, le public le suit. Mais il ne faudrait pas qu'il fasse ça trop longtemps. Il ne pourra pas refaire ce même spectacle dans deux ans.» Le but de cette tournée, entamée en France il y a plus d'un an, est justement de ramener l'artiste de 48 ans vers l'écriture. Le chanteur, qui a déjà acheté une maison à Outremont, entretient une relation chaleureuse avec les Québécois depuis 1984. Les retrouvailles s'annoncent d'ores et déjà chaleureuses. Le seront-elles assez pour libérer la muse? UNE GUITARE, UN PIANO ET RENAUD: le 20 janvier à Sainte- Thérèse, les 21 et 22 janvier, ainsi que les 2, 3, 5 et 6 février au Spectrum de Montréal, le 25 à Terrebonne, le 26 à Sherbrooke, le 27 à Saint-Jean-sur-Richelieu, le 28 à Shawinigan, le 31 à Jo liette, le 1er février à Hull.
Journal de Québec
  • 19 janvier 2001, Renaud, un vrai de vrai > Renaud, un vrai de vrai Le journal de Québec, le vendredi 19 janvier 2001 On a assisté à des retrouvailles des plus chaleureuses, hier soir, au Grand Théâtre de Québec, où Renaud, l'anti-vedette, a fait craquer la foule par sa simplicité, sa nonchalance, ses propos irrévérencieux et, surtout, son enjôleuse authenticité qui a fait pardonner sa voix de fond de cendrier ! Imaginez la voix de Plume après une caisse de bière et un paquet de cigarettes... et vous pouvez imaginer la voix ravagée qu'affichait le chanteur à son retour à Québec après neuf ans d'absence. Un autre artiste aurait pu être chahuté et lapidé! Mais au contraire, Renaud a eu droit à un accueil très chaud d'un public étonnamment jeune accroché aux propos militantistes de l'éternel esprit rebelle. Il aurait été difficile de reprocher à ce vrai de vrai de chanter faux. C'était secondaire aux oreilles émues des spectateurs davantage préoccupés par une prose juteuse et mordante, appuyée par deux magiciens à la guitare et au piano. Mais on ne pouvait quand même pas s'empêcher de sourire en écoutant le chanteur accentuer péniblement les dernières syllabes de chacune de ses phrases. Mais qu'importe, il était beau à voir et à entendre le Renaud, même avec ses quelques kilos en trop! Débarqué au Québec la veille, il prolongera son séjour chez nous durant deux bonnes semaines, puisque le public montréalais lui réclame sans cesse des supplémentaires. Sa dernière visite chez nous remontait à 1991. Il s'était fait fort discret depuis la parution, en 1995, de son dernier album en hommage à Brassens. Oui, il cause ! Il a refusé toutes les entrevues au Québec. "Je n'ai rien à dire", disait-il. Pourtant, il était particulièrement bavard, hier soir. "Qu'est-ce qui s'est passé au Québec depuis ?", a-t-il d'abord demandé, en ajoutant: "Toujours pas l'indépendance...?" Homme libre Pour sa part, au cours des dernières années, il a fait du cinéma et retrouvé sa "liberté", après sa douloureuse séparation d'avec sa conjointe de longue date. Le ton souvent badineur, il a parlé de l'invasion en France de plusieurs artistes de chez nous, en ironisant avec humour sur "l'impérialisme culturel québécois". Il s'est aussi payé la gueule des Français. "Vous connaissez la différence entre un Français et un maudit Français ? Le Français rentre chez lui..." Le menu Parlons du spectacle. Parlons d'abord de son emballage à la fois tout simple et spectaculaire grâce à son brillant jeu d'éclairage accroché à un impressionnant quadrillé métallique. Le dispositif s'étendait sur toute la largeur et la hauteur de la scène. Entouré de ses deux solides musiciens, Renaud enfilera une vingtaine de chansons, surtout des vieilles chansons, écartant curieusement le répertoire de Brassens. Cent ans, En cloque, Germaine, Miss Maggie, Morgane de toi, P'tite Conne, Déserteur, chaque chanson est gobée avec ravissement par un public suspendu à chacune de ses paroles. On a aussi droit à la primeur de Elle a vu le loup, une chanson dédiée à sa fille, Lolita, 20 ans. Cette chanson paraîtra sur son prochain album qu'il nous a promis pour cette année. Même les cordes vocales atrophiées, Renaud a su charmer son monde en faisant vibrer ses cordes sensibles !

11 janvier 2001

Charlie-Hebdo
  • 4 octobre 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - Un concours très très con... > CHARLIE HEBDO N° 172  du 4 octobre 1995 Renaud envoyé spécial de chez moi Un concoursTrès très con... J'AI JAMAIS GAGNÉ UN CONCOURS. Jamais ! Heu... Si, quand même, une fois, en 1967... Un radio-crochet pendant le bal du 15 Aout dans un petit village des Cévennes. J'avais chanté Pourquoi ces canons ? d'Antoine et gagné une fougasse. Mais un radio- crochet c'est pas vraiment un concours, c'est quasiment une compétition. Un concours c'est moins fatigant, c'est plutôt par la poste, pis faut remplir un bulletin, pis y'a un tirage au sort pour départager les gagnants. Là, j'avais rien posté, rien rempli, rien tiré, et y'avait pas eu à me départager avec un autre gagnant, j'étais déjà le meilleur, je plaisante bien sûr. Alors vous m'excuserez, mais une fois dans ma vie j'aimerais bien gagner un concours ! Ça tombe bien, y'a France-Inter qui, sous la houlette de Jacques Vendroux, célèbre journaliste sportif (célèbre double handicap intellectuel), en organise un vach'ment bien ! Il s'agit de trouver un joli nom pour le futur Grand Stade de Saint-Denis. Un nom qui plaise à tout le monde - par définition, donc, un nom crétin - , un nom qui plaise aux sportifs, au public, aux architectes, à la commune, à la Région, au gouvernement, à ma mère et à Dieu. J'adore trouver des noms pour les stades. C'est un truc qui m'a toujours passionné. Mais on ne m'a quasiment jamais demandé mon avis. Alors là, pour une fois qu'on me sollicite, je vais pas me gratter ! Et j'espère que vous non plus... Eh ? Si on inondait France-Inter de milliers de cartes postales pour proposer un nom de baptême à la con pour cette arène à blaireaux ? Essayez juste de pas gagner, j'aimerais bien que ça soit moi, comme je vous ai dit. Vous pouvez proposer « stade Jacques-Vendroux », par exemple. Je vous le laisse. Je vous garantis pas que vous gagnerez, de toute façon je sais même pas ce qu'on gagne... Si c'est un abonnement pour tous les matchs je vous le refile, promis, si c'est de l'argent je le garde je le file à Jacques Glassman, le footballeur qui a dénoncé les magouilles de Tapie lors du match OM-Valenciennes et qui est, depuis, sur tous les stades de France et de Navarre, où il ose encore exhiber sa honteuse silhouette d'empêcheur de corrompre en rond, félicité pour son civisme et son amour du jeu pas truqué aux cris de « Glassman pédé ! ». (Une bonne partie de cet élégant anathème étant poussée par des bœufs qui votent Front national par dégoût de la corruption ou par de gentils hooligans réfractaires aux « balances » qui ont ruiné leur carrière par excès (?) d'honnêteté. La logique voudrait peut-être qu'ils fussent réfractaires aux « vendus » et à ceux qui les payent, mais peut-on exiger un brin de discernement de la part de personnes qui pensent encore que Toulouse-Lautrec c'est une finale de rugby et Karl Marx un des frères à Groucho ?) Bon, je vous dis ce que j'ai déjà trouvé comme nom pour le stade mais vous me piquez pas mes idées, s'il vous plaît... J'ai pensé à « stade Pétard », parce que le sport, comme opium du peuple, je crois pas qu'on ait trouvé mieux. Ensuite, en deuxième choix, je vais proposer « stade des Enculés », parce que la majorité des joueurs de football s'appellent comme ça. Enfin, on dirait, parce que au Parc des Princes, par exemple, c'est comme ça que les supporteurs appellent les joueurs visiteurs. Mais, finalement, le plus logique c'est peut-être d'associer à ce stade les valeurs mises en avant par le sport professionnel français. C'est pourquoi je pense que le mieux c'est encore « stade Pognon ». RENAUD P.-S. La semaine dernière, une erreur de composition a amputé la dernière phrase de mon P.-S. Je le recommence, donc... Mea culpa, Roy Lewis n'a pas écrit qu'un seul et unique roman mais deux. De nombreux lecteurs m'ont gentiment signalé cette méprise. Je m'étais bêtement fié à cette affirmation contenue dans la préface de Pourquoi j'ai mangé mon père. Il a aussi écrit La Véritable Histoire du dernier roi socialiste. Je signale à mon tour à mes amis lecteurs visiblement ravis de m'avoir pris en faute l'existence d'un troisième roman du même Roy Lewis : Mr. Gladstone et la demi-mondaine. Et toc !
  • 6 septembre 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - A Notre-Dame-de-la-Garde, j'ai prié pour mon autoradio > CHARLIE HEBDO N°168 du 6 septembre 1995 Renaud envoyé spécial chez moi Nique ta bonne mère ! A Notre-Dame-de-la-Garde, j'ai priéPour mon autoradio. DIS DONC, MA FILLE, puisque nous allons faire un petit viron à Marseille cet après-midi, que dirais-tu de monter jusqu'à Notre-Dame-de-la-Garde ? Moi j'allumerai un cierge pour le match de l'OM de demain, toi tu pourras dire à tes copines que tu as visité un chef-d'œuvre d'architecture pâtissière de la secte des papistes. -Bof... Moi, tu sais, les églises... C'est que des tas de pierres... me répond Lolita avec l'enthousiasme qui caractérise les ados dès qu'il s'agit de visiter autre chose qu'un McDonald's. - D'abord c'est pas une église ! je rétorque, c'est... Heu... Une cathédrale ! Peut-être même une basilique ! -Ah bon ? Et c'est quoi la différence entre une église, une cathédrale et une basilique ? me demande-t-elle, un brin perverse. - Bon ! Laisse tomber ! On n'y va pas! m'énervè-je alors. -Ouah l'autre, eh ! Y sait même pas la différence entre une église et une cathédrale et pis une basilique ! Ouah la honte ! Il m'en faut plus pour perdre la face devant ma fille. Je lui sors alors une théorie inventée sur-le-champ, en une fraction de seconde, théorie qui, par la suite, tout bien réfléchi, ne me paraît pas complètement absurde : -Une église, c'est là qu'officient les prêtres. Dans une basilique c'est un évêque et dans une cathédrale un archevêque. Et toc! -Ouais'? T'es sûr'? Fais gaffe, je demande à maman... Mais maman savait pas non plus, alors j'ai dit que c'était pas la peine de chercher plus, que j'étais sûr que ma réponse était bonne, la preuve, je venais juste de l'inventer. Pour me féliciter de cette intelligence exceptionnelle qui me permet de deviner les secrets de l'univers même lorsque je n'en connais pas la réponse, ma famille a accepté de m'accompagner. Nous voilà donc partis. Avec mes béquilles et mon pied plâtré jusqu'à le genou, j'ai eu un peu de mal à crapahuter jusqu'au parvis qu'un bon millier de marches séparaient du parking où nous avions garé la voiture, pas loin d'une petite bande de kakous des quartiers nord, désoeuvrés, nonchalamment appuyés à de pitoyables motocyclettes, et qui semblaient envisager l'avenir, le regard tourné vers la Méditerranée, en se demandant s'ils plongeaient tout de suite ou maintenant. Je levai la tête pour mater un peu sous la robe d'or de la Vierge, là-haut, au sommet du clocher rococo, dominant la cité phocéenne de ce mépris hautain caractérisant les mamans des fils de Dieu. « Si elle a pas de culotte, je la balance à son fils ! » pensai-je. -Pas mal, les fringues de la Bonne Mère, hein ? me dit alors ma femme. Ah c'est pas toi qui m'offrirais des robes comme ça ! Y'a au moins dix kilos d'or là-dessus ! Un peu vulgoss' mais bon... -Nouveau riche, tu veux dire ! Femme de charpentier parvenu, signes ostentatoires d'arrivisme forcené ! Avec l'or des pauvres en plus... Décidément je déteste cette religion ! – Toutes les religions, on déteste ! intervient ma fille, anticléricale et athée comme pas deux. Et pis tous les escaliers ! Dis, papa, c'est encore haut la béatitude ? -On est arrivés ! Tu vas voir, à l'intérieur c'est vachement joli ! Y'a plein dc maquettes de bateaux accrochées partout. C'est les offrandes des marins qui ont survécu à des tempêtes ou des naufrages. Pis y'a des écharpes et des fanions de l'OM, c'est les offrandes des supporteurs qui ont survécu à Bernard Tapie. – On a le droit d'accrocher ce qu'on veut'? Tu vas accrocher quoi, toi, comme offrande ? Une canette de Kronenbourg pour avoir survécu à ta muflée de l'autre soir ? -Ecoute ma fille, je lui dis, déjà si en redescendant on s'est pas fait taxer l'autoradio ça sera un petit miracle. Faut pas trop en demander non plus... On a visité, c'était joli. Putain, y z'ont du pognon chez les papistes ! La maison du Seigneur, excusez-moi, c'est pas du Leroy-Merlin ! J'imagine qu'il faut bien ça pour faire rêver les cons. Tu vas pas faire croire à un monde meilleur à de pauvres esprits en les recevant dans un bouge. Quoique... Les universités d'été du Front national de Toulon ça se tient dans un palais des Sports à la con et les cons marchent quand même... En redescendant j'ai essayé de renoncer à mes béquilles, des fois que je sois devenu le premier protestant non-croyant-non-pratiquant au monde à bénéficier d'une guérison miraculeuse du péroné par la Mère honnie, mais rien du tout. En me ramassant au pied de l'escalier, ma femme m'a heureusement remonté le moral : -Tu vois bien qu'y a un bon Dieu ! Je crois pas qu'on se soit fait piquer l'autoradio ! -Comment ça, tu crois pas ? -Ben je crois pas, parce que la voiture est plus là... RENAUD
  • 13 septembre 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - Paix verte et peste brune > CHARLIE HEBDO N°169  du 13 septembre 1995 Renaud envoyé spécial chez moi Paix verte et peste brune Une chose est sûre : c'est ceux qui financent la bombe Qui la prendront sur la gueule... AU DÉBUT DES ANNÉES 80, alors adhérant à Greenpeace France, j'allais souvent avec ma fille au bureau parisien de l'organisation, rue de la Bûcherie. Dès cette époque ma Lolita tomba amoureuse des dauphins, des baleines, des bébés phoques ET de Greenpeace, dont elle est, quinze ans après, toujours éprise, comment ne pas aimer l'intelligence et la liberté ? En 1983, après avoir participé avec eux à l'occupation des bureaux de Japan Air Lines sur les Champs-Élysées afin de manifester contre la reprise de la chasse à la baleine par le Japon, opération qui me conduisit quelques heures derrière les barreaux d'un commissariat parisien, ce que je ne souhaite à quiconque est allergique comme moi à la crasse, la bêtise et les chaussettes à clous, j'avais pensé plus efficace et, je vous avoue, moins pénible, d'utiliser mon célébrissime prénom à leur profit en organisant une soirée au Zénith au bénéfice de l'organisation. Quelques centaines de milliers de francs (1) avaient alors grossi les caisses de l'organisation, lui permettant de monter de spectaculaires opérations médiatico-protestataire, opérations au terme desquelles d'autres militants que moi s'en allèrent goûter a la paille humide des cachots. En 1985, j'avais un petit peu coupé les ponts avec Greenpeace France. Mes copains Omar, Katia et Marlène Kanas et Jacky Bonnemains qui dirigeaient le bureau parisien de l'organisation et dont j'avais fait la connaissance quelques années auparavant, s'étaient fait, quelques mois plus tôt, virer manu militari par une autre équipe, des gens probablement tout aussi efficaces mais dont le comportement pour le moins sauvage m'avait semblé peu représentatif du militantisme écolo-pacifiste qu'ils prétendaient incarner. Ces batailles de chiffonnier, ces luttes intestines pour le pouvoir au sein de la seule organisation qui, depuis les « Louveteaux d'Alésia-Plaisance » en 1958, avait réussi à m'encarter, m'avaient alors proprement écœuré. J'avais suivi mes potes qui, quelque temps plus tard, fondaient l'Association Robin des Bois. Continuant, malgré tout, à suivre de loin en loin mais avec intérêt et admiration les actions spectaculaires des « commandos » de Greenpeace qui, un peu partout sur la planète, risquaient leur peau pour assurer à nos enfants et petits-enfants un avenir sans plomb, sans atome, sans CFC, sans mercure, un futur avec baleines, océans, rivières et couche d'ozone intacts, je ne désespérais pas d'un jour adhérer de nouveau à cette formidable organisation, ce que je fis d'ailleurs, à leur demande, fin 1992. Le 11 juillet 1985, c'est dans le Matin de Paris, quotidien socialisant disparu avec le socialisme au milieu des années 80, que j'ai appris l'attentat contre le Rainbow-Warrior. Ça faisait huit petites lignes en bas de page. L'info m'avait atterré, sa brièveté m'avait scandalisé. Dans les jours qui avaient suivi, l'événement avait, fort heureusement, pris de l'ampleur sous la plume de nos journaleux, quelques semaines plus tard il faisait la une de tous les journaux. L'affaire étant finalement tirée au clair, les responsabilités finalement établies, les poseurs de mines enchristés (2), j'étais alors persuadé que tout ce que notre bel Hexagone comptait d'écologistes, d'anars, de gauchistes ou, plus simplement, de bons citoyens dont la tête fourmille d'idées rebelles au terrorisme d'Etat, à la violence militaire, au nucléaire et aux services secrets minables allait massivement adhérer au gentil David-Greenpeace afin d'exprimer son dégoût du Goliath-militaro-industriel-assassin. Rien du tout ! Ce fut le contraire qui se produisit ! Greenpeace ne se releva point d'une campagne de presse dégueulasse fondée, comme aujourd'hui, sur les prétendus financements occultes dont elle bénéficierait, sur la délirante affirmation selon laquelle le K.G.B. l'infiltrerait, la manipulerait, la dirigerait. L'État français et ses journaleux à la botte réussirent à totalement discréditer l'organisation écologiste au point que ses bureaux parisiens durent fermer, faute de crédits et de combattants. De longues années lui furent nécessaires avant de reconstituer un tissu de militants et de dirigeants assez balèzes pour relancer l'aventure. Aujourd'hui, l'organisation est à l'avant-garde de la protestation contre la reprise des essais nucléaires et fait de nouveau la une des médias. De nouveau la violence militaire se déchaîne, le matériel de radio et de télécommunication des navires de Greenpeace est détruit (preuve, une fois de plus, que l'information est une arme redoutée du pouvoir lorsqu'elle est dans d'autres mains que celles de TF1), de nouveau nos journaleux font semblant de s'interroger sur l'origine des fonds de Greenpeace, sur l'intégrité de ses dirigeants, sur ses motivations politiques. Des articles fielleux de la vraie presse de droite à ceux, très mitigés, équivoques, culs-serrés, de la fausse presse de gauche, il se dégage un mépris et une méfiance à l'égard du mouvement qui révèle de façon significative l'inquiétude que sa nouvelle puissance suscite chez ces enfoirés de pisse-copies à la solde de l'Etat et du lobby militaro-nucléaire. Car ne nous y trompons pas, c'est bien l'efficacité, l'intelligence, l'honnêteté, l'indépendance politique et financière, et surtout la formidable sympathie dont Greenpeace et ses cinq millions de membres bénéficient auprès de la véritable opinion publique (pas celle représentée dans les sondages...) qui font la force du mouvement et effraient tous les pouvoirs, le politique, l'économique, le militaire et le journalistique. Depuis quelques mois, Greenpeace France a vu son nombre d'adhérents augmenter considérablement mais reste, malgré tout, quasiment lanterne rouge des pays d'Europe avec moins de 50000 membres alors qu'ils sont 570000 en Allemagne, 580000 en Hollande, 280000 en Angleterre, 60000 en Espagne, et, tenez-vous bien, 60000 en Belgique et 148000 en Suisse ! Qu'attendent donc les dizaines de milliers de signataires de la pétition pour la dissolution du Front nazional pour continuer les bonnes résolutions de cette rentrée scolaire en adhérant à Greenpeace ? Je sais bien que le Gros Borgne et ses idées c'est le Tchernobyl de la démocratie, mais le plutonium, l'uranium, le chlore, les pluies acides, les boues rouges, les nitrates et les CFC, c'est pas un peu la peste brune de l'environnement ? Faite comme vous voulez, moi, le bénéfice du gala contre le F.N., Je le file a Greenpeace. RENAUD 1.Je vous raconte ça pour éclairer la lanterne de Jacques Lanzmann qui, il y'a quelques semaines, dans VSD, s'interrogeait sur la provenance des fonds de greenpeace. Mais cela ne convaincra peut être pas, il est capable d'en déduire que je suis du K.G.B. ... 2. ... et Mitterand pas inquiété ! L'affaire du Watergate avait obligé Nixon à démissionner pour bien moins que ça ...
  • 20 septembre 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - Pourquoi j'ai pas dit du mal - Finis de manger ton père, Ou tu seras privé de Vassiliu > CHARLIE HEBDO N°170 du 20 Septembre 1995 Renaud envoyé spécial chez moi Pourquoi j'ai pas dit du mal Finis de manger ton père, Ou tu seras privé de Vassiliu ALLEZ, UNE FOIS n'est pas coutume, je vais essayer de pas dire du mal. Au contraire. Il faut absolument que je vous parle d'un disque et d'un bouquin qui m'ont fait craquer. Tant que j'y suis, je vous ferai aussi une petite rubrique télévision. Bon, débarrassons-nous déjà de cette drogue-là, la plus dangereuse, celle qui bouffe les neurones de nos enfants plus sûrement que n'importe quelle maladie génétique, à la différence que la maladie génétique te prend pas pour un con. TF1, vous pouvez zapper, c'est pas une chaîne, c'est un boulet. Les autres, finalement, sont pas terribles non plus. Le mieux c'est encore de balancer votre téléviseur par la fenêtre. Et si vous voyez passer Le Lay et Mougeotte en bas, visez bien. Voilà, c'était ma rubrique télévision. Le bouquin, c'est un petit chef-d'oeuvre signé Roy Lewis, un journaliste et sociologue anglais dont ce fut l'unique roman. Paru en 1960, traduit en français trente ans plus tard, j'ai encore mis cinq ans avant de tomber dessus mais j'envie ceux qui ne vont le découvrir qu'aujourd'hui... Ça s'appelle Pourquoi j'ai mangé mon père. Ça se passe pendant la préhistoire, et ça raconte la vie d'une famille d'Homo erectus au moment où le père, Edouard, découvre le feu. Il maîtrise mal, enflamme des régions entières, mais reste persuadé que cette découverte va changer la face du monde. Il est sévèrement critiqué par l'oncle Vania, vieux réac ennemi du progrès qui voudrait retourner dans les arbres dont ils sont descendus, et qui s'affirme « libéral avec le coeur à gauche », la mère, Edwige, qui cuisine pour toute la tribu : « Si vous ne finissez pas cet éléphant, il va devenir immangeable! », et les enfants, Ernest, Tobie, Alexandre et Oswald, qui acceptent les avantages que le feu leur apporte mais souhaitent garder pour eux cette arme redoutable. Edouard, le père, au contraire, voudrait en faire profiter l'humanité entière en offrant les secrets de fabrication et de conservation aux autres tribus. Lorsqu'on comprend (très vite) qu'à travers le feu l'auteur évoque le nucléaire, le bouquin, plein de ce délirant humour britannique qui relègue nos pathétiques humoristes au rayon des comiques troupiers pour noces et banquets, devient alors une merveilleuse fable prophétique et inquiétante. Le disque, vous allez rire, c'est celui de Pierre Vassiliu, un vieux routard que, ingrats que nous sommes, nous avions oublié. Il faut dire qu'il y met du sien, puisque l'oiseau coule ses jours peinard au soleil de Dakar, couché dans un hamac près d'une nana sublime, forcément sublime, un verre de rhum à la main, pendant que ses petits camarades chanteurs s'étiolent à l'ombre d'un studio d'enregistrement parisien ou vendent leur insipide soupe aux bons sentiments dans des émissions de télévision que même le beauf moyen n'arrive plus à regarder. Notre Pierrot vit comme un lézard depuis vingt-cinq ans, sans déranger son monde, allergique comme pas un au travail, à côté de lui Moustaki passerait pour un énervé, un stakhanoviste. De temps en temps, sur la pointe des pieds, il vient montrer sa bonne tête de fouine à la télé, fait trois petits tours et puis s'en va. Son dernier album, La vie ça va, est sorti depuis près de six mois, je vous avoue que je ne l'ai toujours pas entendu une seule fois à la radio. Et c'est vraiment dégueulasse parce qu'il est très beau. Si si... Au milieu de quelques chansons aux rythmes brésilo-antillais comme il les affectionne, superbement réalisées et qui s'écoutent avec un vrai plaisir, se glissent deux ou trois petits joyaux dont Léna, Chéri Lou, Silence et surtout Dangeureux, une espèce de litanie de ses colères, un peu rap, un peu rock, joliment torchée et qui, en trois minutes de magnifique écriture, enfonce un peu plus la totalité des rappeurs Français dans l'indigence où se noient leurs rimes aléatoires et leurs musiques approximatives. C'est de la chanson à texte, ça décoiffe, c'est violent et c'est intelligent. Trop intelligent pour les FM à la con... Merde, j'avais dit que je dirais pas de mal ! Oh, ben tant pis... RENAUD Pourquoi j'ai mangé mon père, de Roy Lewis. Editions Actes Sud, collection « Pocket ». . La vie ça va, de Pierre Vassiliu (Polygram).
  • 27 septembre 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - Des prothèses signée Matra ? > CHARLIE HEBDON°171 du 27 septembre 1995 Renaud envoyé spécial chez moi Des prothèses signée Matra ? ALLEZ, C'EST MOI qui m'y colle. Moi qui vais me faire voler dans les plumes par l'association Handicap International. Moi qui vais oser écrire que je trouve leur campagne hypocrite. M'écrivez pas, les mecs ! On s'est déjà pris le bec, le journal et vous, il y a environ un an, on sera probablement jamais d'accord, j'ai pas envie d'entamer un débat. Je vais le faire tout seul, comme ça je suis sûr de gagner. Si je vous laisse argumenter vous êtes sûrs de perdre. Vous récoltez des fonds qui permettent d'offrir des prothèses aux Cambodgiens victimes des mines antipersonnel, vous financez une centaine de démineurs qui, au Koweït, en Angola, en Bosnie ou en Afghanistan, au péril de leur vie, nettoient la terre de ces bombinettes à retardement qui estropient des civils même lorsque les guerres sont finies ? O.K. On n'a qu'à dire que vous faites du bon boulot, faites-moi l'honneur de croire que j'applaudis des deux mains. Mais arrêtez de prendre les gens pour des cons avec vos slogans perfides, vos discours tendancieux, vos mots d'ordre ambigus. Les mines antipersonnel, c'est « la guerre des lâches », dites-vous ? Cette sentence sous-entend implicitement qu'il y a une « guerre des courageux », qu'il y a de bonnes, de jolies, d'honnêtes façons de massacrer son prochain, que le lance-flammes est tolérable, le napalm assez propre, l'obus de mortier plutôt réglo, la baïonnette des plus délicates et le missile sol-sol relativement acceptable. Et la bombe thermonucléaire, ducon, elle est « humanitairement correcte » ? Le Pen, en affirmant que la Seconde Guerre mondiale était un ensemble et les camps d'extermination un « détail », une des composantes de cet ensemble, espérait minimaliser l'importance du « détail » par rapport à l'ignominie de l'ensemble. Vous faites, et ce n'est pas mieux, exactement le contraire. En montrant du doigt un des aspects les plus dégueulasses de la guerre, en ne protestant que contre celui-ci, en mobilisant l'opinion publique contre un « crime de guerre », vous légitimez, consciemment ou non, la guerre elle-même, le crime suprême. Les médias, ces jours-ci, ont largement couvert votre nouvelle campagne, avec l'indignation qui sied à nos bonnes âmes journalistiques dès qu'il s'agit de faire pleurer Margot : ces armes sont dégueulasses car elles tuent ou estropient des civils toujours et des enfants le plus souvent. Personne ne s'est pourtant aventuré à préciser que TOUTES les armes, dans TOUTES les guerres, tuent majoritairement des civils et ce, de la façon la plus dégueulasse qui soit. Les populations civiles déchiquetées par un obus à Sarajevo, ensevelies sous les décombres de leurs maisons à Bagdad, criblées d'acier par une bombe à fragmentation à Kaboul, brûlées par le napalm au Viêt-nam, découpées à la machette au Ruanda ou vitrifiées à Hiroshima seraient donc les victimes d'une guerre courageuse, propre, légale ? Vous essayez de convaincre à l'émotion, en dénonçant un aspect particulièrement ignoble de la guerre, une arme selon vous plus perverse que les autres. Mais vous ne vous aventurez surtout pas à dénoncer plus généralement LA guerre, à cracher globalement sur toutes les armes destinées à amputer ou à tuer . de mille et une façons que je me refuse à classer par ordre du supportable. Car cela exigerait de vous un discours politique et pas humanitaire, de vous adresser à notre réflexion et pas seulement à notre cœur, et, comme vous l'ont déjà écrit Philippe Val et Charb, de nous informer plutôt que de nous émouvoir. Il est vrai que ce discours risquerait de vous faire passer pour de dangereux pacifistes, de doux idéalistes, d'irréductibles utopistes, bref pour un ramassis de gauchistes auxquels les portes des médias aujourd'hui grandes ouvertes seraient irrémédiablement fermées. Tiens, finalement, ça serait quand même pas mal que vous m'écriviez, vous pourriez m'expliquer la nature de vos rapports avec la Cofrad (Compagnie française de déminage et de démolition) dont vous utilisez les services mais oubliez de nous préciser qu'ils sont aussi fabricants d'armes ! Je n'ose pas croire que le gâteau du déminage (10 F le coût de fabrication d'une mine, 10000 F le coût de sa découverte et de sa neutralisation) soit si juteux qu'il ait été accaparé par les marchands de canons eux- mêmes... Ce qui reviendrait à dire que Handicap International serait la bonne conscience humanitaire des fabricants et des marchands de mines français. Et puis un peu son bailleur de fonds... RENAUD N.B. 1. Mes excuses aux FM qui m'ont signalé qu'elles diffusent intensivement Dangereux de Vassiliu. Je n'ai jamais douté qu'il existait quelques îlots de résistance sur la bande FM, mais la prédominance des grands réseaux (Fun, Skyrock, NRJ) au niveau national justifie malgré tout l'expression générale « FM à la con ». N.B. 2. Mea culpa : Roy Lewis n'a pas écrit qu'un seul roman mais deux. Mais le deuze est moins...  
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10 janvier 2001

Charlie-Hebdo
  • 14 avril 1993, MA VIE DANS L'OPPOSITION lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 14 avril 1993   « Renaud bille en tête MA VIE DANS L’OPPOSITION De notre envoyé spécial chez moi   Suivant les conseils de mon rédac’ chef, cette semaine je suis parti en reportage. Mais pas loin. J’ai été acheter du pain, des clopes, des journaux, j’ai emmené ma fille à l’école, j’ai promené mon clebs autour de l’arbre en bas, je suis passé deux fois au journal, j’ai été deux-trois fois au cinoche et une fois à l’Olympia. Je rapporte des chroniques pour au moins six mois. Alors, dans l’ordre : la boulangerie. Y’avait plus de pain. Ah, y commence bien, le redressement de l’économie façon Balladur ! Je m’excuse, mais sous la gauche, y’avait du pain… Bon… J’ai pris du en-tranches, tout blanc, tout mou, plus joli qu’une éponge mais même goût. Ensuite, le bureau de tabac. Toto, mon chien, veut pas y entrer, traumatisé qu’il est par les deux bergers allemands du patron qui ont voulu le bouffer quand il était tout môme. Tant pis, il attend dehors et il pisse sur la devanture pour se venger. Pendant ce temps, à la caisse, je gratte un ticket du « Millionnaire », histoire de passer un peu à la télé, mais je gagne mes couilles, passez-moi l’expression. Alors ? C’est ça l’égalité des chances ? Ah, elles étaient belles, les promesses électorales ! Troisième étape de ma journée de petit reporter, mon marchand de journaux. Je lui demande El Moudjahid, quotidien algérien, il l’a pas ! L’enfoiré a attendu douze ansque la France passe de l’ombre du socialisme à la lumière libérale pour laisser éclater ses plus vils instincts racistes. Ensuite, promenade du chien. Les moto-crottes de Chirac passent jamais par ma rue. Pas grave, Toto fait où on lui dit de faire. Je lui dis de faire vite. Là, au pied de l’arbre, sur le seul trottoir du quartier pas macadamisé, sur ce gravier ignoble où trois cents clébards viennent chaque jour engraisser les marronniers et conchier mes santiag’s. Y m’semble que sous la gauche ma rue était plus clean, mais bon j’peux m’tromper… Reportage au bahut de ma môme : occupé depuis six semaines par les élèves qui retiennent le dirlo en otage. Ils réclament, pêle-mêle : la paix en Yougoslavie, la libération de Jean-Philippe Casabonne, l’arrêt des bavures policières, la démission de Pasqua et la grossesse à neuf mois. Les murs sont couverts de posters de Che Guevara, de Salvador Allende, de Makhno, de Thomas Sankara et de moi. En énorme, dans la cour de récré, ils ont bombé : « Soyez réalistes, demandez l’impossible ! » Mais non, c’est pour rire, c’est même pas vrai ! Au lycée de ma fille, ils sont hyper-réalistes, ils ne demandent rien. Et ils l’ont… Bon, je vais quand même garder quelques épisodes de ce reportage sur ma vie dans l’opposition pour les semaines à venir… Il me reste entre autres à vous raconter l’ambiance chez Charlie Hebdo un soir de bouclage, le vrombissement des rotatives, le parfum de l’encre noire sur les blouses grises des imprimeurs, la frénésie autour du marbre et les aboiements du rédac’ chef envoyant de toute urgence « un de ses gars » en reportage dans le frigo pour voir s’il reste de la bière. Et pi mes impressions sur le spectacle de Vanessa Paradis à l’Olympia, qu’ils vont nous classer « monument historique ». Pas Vanessa, l’Olympia, pas la petite propre, la grande salle… J’y reviendrai, mais, en gros, je peux déjà vous dire que ça joue plus fort que chez Font et Val, pi qu’elle est mieux roulée que moi… RENAUD »
    • Politique Balladur
    • Che Guevara
  • 21 avril 1993, Bille en tête - Los Angeles-sur-Sorgue Le pays où les moulinets sont en vente libre.
    • Le Vaucluse de Renaud
    • Politique Front National
    • Vie La pêche
  • 28 avril 1993, J'AI LA MOIRME QUI CHEUFLAN...Tu vois, je n'ai pas oublié... lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 28/04/1993   « Renaud bille en tête J’AI LA MOIRME QUI CHEUFLAN… Tu vois, je n’ai pas oublié…   La mémoire, y’a pas à chier, ça se travaille. Tu te souviens d’un truc, t’es tout content, tu fais pas gaffe, trois semaines ou trois heures après, tu l’as oublié. C’est rarement définitif. Y m’semble… La table de 7, par exemple. Putain, j’la savais à mort ! Il a suffi de quelques années sans qu’on me demande combien font 7 fois 8 pour que j’oublie totalement que ça fait 54. Minimum. Pour le reste, c’est pareil. Chez moi, en tous cas… J’ai lu des bouquins merveilleux à seize ans, je pourrais plus vous dire de quoi y parlent. Ca me fait une belle jambe d’avoir lu, adolescent, tout Maupassant, le rosier de Madame Husson, aujourd’hui, je sais même plus de quelle couleur il était. Des fois j’ai honte d’avoir découvert Germinal seulement maintenant, mais dans un sens je préfère, parce que maintenant je m’en souviens. Je l’aurais lu il y a vingt ans, j’aurais probablement oublié et j’aurais dû me le recogner. L’Ecume des jours, c’est l’histoire d’une nana qui a un nénuphar qui pousse dans ses poumons, non ? Ca fait léger, comme résumé… Ben, pourtant, môme, je l’avais lu deux fois. T’as des mecs, à la télé, au milieu d’un débat ils te sortent un truc genre « Vous me faites penser à ce personnage de Buzzati qui, à la page 112 du Désert des Tartares, dit « Non, pas du tout » ». Soit le mec, le roman, il l’a lu hier, soit il a une mémoire d’acier qui lui permet de faire croire à une culture d’enfer ! Moi, ce bouquin, le seul passage que je me rappelle, c’est quand je suis passé à un autre, moins chiant. A la télé, je peux éventuellement placer qu’un mec me fait penser à Szut dans Coke en stock quand il dit « Attention ! », mais ça fait moins classe. J’ai un con de pote qui a voulu me frimer la tête un jour, au resto, en me demandant de lui citer la capitale de l’Australie. L’imbécile s’attendait à ce que je lui réponde comme tout le monde « Sidney », moi j’ai flairé le piège, j’ai dit « Melbourne ». Eh ben, c’était Canberra. Du coup, je lui ai demandé celle du Honduras, jamais il a trouvé Tegucigalpa. On a continué un quart d’heure à se piéger mutuellement, pi j’suis rentré chez moi. J’ai pris mon gros dico, j’ai relevé les noms de deux cents capitales d’autant d’Etats du monde, les ai notés sur des fiches et me les suis appris par cœur. La semaine suivante, j’ai niqué mon pote, je te raconte pas comment. Pendant plusieurs mois, plus personne ne pouvait parler de la plus obscure des républiques du fin fond de l’ex-empire des Soviets sans que je lui balance la capitale, pareil pour la plus inconnue des républiques bananières du trou du cul du monde. J’étais littéralement incollable. Un jour, j’ai rangé mes fiches dans un tiroir. Vous me croirez si vous voulez : six mois plus tard, j’avais tout oublié, ou presque. La mémoire doit réagir un peu comme les muscles avec la gonflette : quand t’arrêtes les exercices, tu perds tout… Je sais même pas aujourd’hui si je pourrais vous donner la capitale du Belize et du Tadjikistan. Quoique, si, quand même… Je sais plus pourquoi je vous parle de ça… Ah, ouais ! Je disais, la mémoire, ça se travaille. J’avais une formidable idée de chronique pour cette semaine. Une idée que je me gardais dans un coin pour le jour où je saurais pas quoi vous raconter. Je suis pas foutu de remettre la main dessus. RENAUD P.-S. : Dis donc, Siné, dans quelques jours on va fêter les vingt-cinq ans de Mai 68. Si on se faisait une petite java entre « anciens » pour arroser ça dignement ? A ce propos t’as lu le dernier Fajardie dont parlait Cavanna la semaine dernière : Chronique d’une liquidation politique ? Y faut. Ca va te foutre un peu la honte d’avoir été si longtemps mitterrandiste quand j’suis resté anar pur et dur, mais, bon, tu sais bien que je te pardonne tout… »
  • 12 mai 1993, ADIEU LA PLAGE... lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 12 mai 1993   « Renaud bille en tête ADIEU LA PLAGE… On avait les filles, on a les mères   C’était dans les premiers jours de juin. De juin 68. Les goudronneuses attaquaient le pavé dans le haut du boulevard Saint-Michel, sous l’œil atterré des passants. Depuis des semaines, la Ville de Paris s’escrimait à repaver le jour les rues que nous dépavions la nuit, quand elle comprit que pour dissuader les barricadiers il était plus simple de noyer les pavés sous 10 cm de goudron que de nous en fournir de nouveaux chaque matin. Ce jour-là, le Quartier latin fut recouvert d’un noir manteau de bitume. Adieu, les pavés, adieu, la plage… Nous étions quelques-uns, à l’angle de la rue Gay-Lussac, à rire de cette inutile manœuvre, à trouver presque touchant ce pouvoir qui, naïvement, pensait tuer l’émeute en fermant l’armurerie. Et pourtant, c’était si gros que ça a marché. Avec un vieux pote de ce temps-là, je descendais la semaine dernière le Boul’ Mich’ et, nous adonnant à la distraction masochiste favorite des quadragénaires, la nostalgie, nous songions à ces vingt-cinq années écoulées depuis ce Printemps de feu. Le pote était, en 68, étudiant aux Beaux-Arts et avait dessiné quelques-unes des affiches qui avaient fleuri les murs de Mai. -         T’étais trotskard, à cette époque, lui dis-je, t’es quoi, maintenant ? -         J’étais d’extrême gauche, et j’ai pas changé… -         Ouais, mais le monde a changé, lui, t’as pas peur d’être en décalage ? On te traite souvent de « soixante-huitard attardé », toi aussi ? -         Ecoute, y m’dit, Lénine ne se posait pas la question de savoir s’il était un « sans-culottard attardé ». Je défends les mêmes valeurs depuis vingt-cinq ans, point final. Et y’a du boulot pour encore deux mille cinq cents ans… Le monde ne change pas, il se décompose. Moi, je vieillis, simplement. Un peu des branches, un peu des feuilles, mais la sève est toujours là. Dis donc, toi, t’étais anar, en 68 ? J’te trouve vachement porté sur les urnes, depuis 81… -         J’aime pas être quelque chose à moitié. Est-ce que ça tient la route de défendre une théorie magnifique, mais par essence inapplicable dans nos sociétés ? L’anar qui paye son loyer, qui bosse pour un patron, ou même simplement qui consomme, n’est finalement pas beaucoup plus cohérent que celui qui va voter. Tu braques une banque ou tu vis sur une île déserte, t’es plus logique. Moi, j’ai pas eu une éducation qui m’a porté sur les armes à feu ni sur les cocotiers. Et puis, voter, c’est jamais qu’une façon de se choisir un ennemi moins redoutable… -         Tiens, c’est nouveau ! me dit mon pote, je croyais que c’était « choisir son maître »… -         Si l’esclave s’appelle Spartacus, c’est le maître qui est dans la merde, je conclus Nous arrivâmes bientôt à la fontaine Saint-Michel, où le portrait d’un jeune premier romantique en noir et blanc nous regarde. -         C’est Gonzague Saint-Bris ou B.-H. L ? me demande mon pote -         Joseph Gibert, je réponds. Il a toujours été là, au-dessus du car de CRS. Ca, au moins, ça n’a pas changé… Le reste, on n’a pas vraiment gagné au change. On avait Guy Lux, on a Jean-Pierre Foucault, on avait Michel Foucault, on a B.-H.L., on avait Sartre, on a Ferry, on avait Anne Sylvestre, on a Dorothée, on avait Thierry-la-Fronde, on a Hélène et les sales cons, on avait Godard, on a Leos Carax… -         Eh ouais ! ajoute mon pote, qui on aimait ? Che Guevara ? Cohn-Bendit ? Malcolm X ? Le premier est devenu un poster dans la chambre de bonne de nos souvenirs, l’autre un gestionnaire social-démocrate, et le dernier une casquette de rappeur. Tiens, parlons-en, des rappeurs ! Les chansons de Dylan ont ébranlé le monde, celles de Public Enemy ont canalisé, banalisé et finalement etouffé toute velléité de révolte chez les kids des ghettos. Tout n’est plus que spectacle, marchandise. Les enculés… Ca se paiera ! -         On avait Pierre Goldman, on a Jean-Jacques, continuai-je, on avait Marcellin, on a Pasqua, on avait le M.L.F., on a les commandos anti-I.V.G., on avait des syndicats, on a l’abbé Pierre, on avait les comités Viêt-nam, on a « Du riz pour la Somalie », on avait Karl Marx, on a Bernard Tapie, on avait Groucho Marx, on a Lagaf’… -         Oh, ça va ! s’énerve mon pote, tu vas pas nous faire l’inventaire de tes putains de nostalgies ! Tu m’fous l’bourdon… Nos pas nous avaient conduits aux portes du Palais de justice. Il était 17 heures, il faisait doux, le soleil du moi de mai filtrait à travers le feuillage épais des marronniers du boulevard. Une centaine de militants d’Act Up faisaient le pied de grue devant les grilles du Palais, sous une banderole dont le slogan sonnait comme un véritable verdict de jury poupulaire : « Garretta, assassin ! » -         Ceux-là, chapeau ! Mais peut-être qu’ils ne se bougent le cul que parce qu’ils pensent qu’ils vont mourir, me dit mon copain. Mais on va tous mourir… En 68, on était dans la rue parce qu’on pensait qu’on allait vivre. « Silence = Mort » est un slogan qui devrait être enseigné dès la maternelle. Le silence tue les sidéens mais surtout les Kurdes, les Yougoslaves, les Touareg, les Soudanais, les enfants d’Irak et tant d’autres. Ah, le joli bruit des barricades… -         Eh, ouais, on avait les barricades, on a les colonnes de Buren, on avait des disquaires au coin de la rue, on a des Megastore, on avait la librairie Maspéro, on a la F.N.A.C., on avait des cahiers et des stylos à bille quatre couleurs, on a des ordinateurs portables, on avait France-Inter, on a les F.M., on avait un Meccano, on a des Gameboy, on avait le Caprice des dieux, on a le Chaussée aux moines… -         Ta gueule ! craque mon pote. Tu vas me lâcher les baskets, avec tes souvenirs à la con ! Si tu continues, je te balance un pavé dans la tronche ! Alors je lui fit remarquer que, des pavés, on en avit eu mais qu’on n’en avait plus, comme je disais au début. RENAUD »      
    • Mai 1968
  • 26 mai 1993, LE RETOUR DES VIEUX CLIVAGES lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 26 mai 1993   « Renaud bille en tête LE RETOUR DES VIEUX CLIVAGES De notre envoyé spécial boulevard Saint-Germain   Mon rédacteur en chef devait dîner en ville avec Dominique Voynet dimanche soir, il m’a proposé de venir aussi. Ca tombait bien, j’avis les crocs, et chez moi ma femme avait prévu une soupe de légumes. « On n’a qu’à se retrouver chez Lipp à 8 heures » m’avait dit Val. La première et seule fois où j’avais mis les pieds dans cette célébrissime brasserie parisienne, c’était il y a presque un an, déjà à l’invitation de Charlie Hebdo, et au cours du repas Val m’avait expliqué que, mes toutes premières chroniques lui ayant bien plu, il aimerait bien que je continue à écrire au moins jusqu’à la fin de l’été. De l’été 92… J’avais dit O.K. J’allais donc profiter de dîner ce soir pour lui dire que « maintenant, ça suffit comme ça ! On est au numéro 48, au 52 ça fera un an tout rond, j’arrête ! » A 8 heures, y z-étaient pas là. Je me suis assis dans un coin, juste en face de Jean-Edern Hallier, qui m’a pas vu, ouf ! Depuis que ce monsieur fréquente l’assassin Bernard Pons, je ne souhaite plus qu’il m’adresse la parole, et pi c’est tout ! Il distribuait généreusement à tous les clients le nouveau numéro de son journal l’Idiot International, lesquels clients manifestaient en retour par force courbettes et sourires le mépris qu’ils devaient probablement lui porter, ces enculés désespérant d’avoir jamais autant de talent d’écrivain que lui… Pauvre Jean-Edern, je me souviendrai toujours lorsque, pendant la guerre du Golfe, voulant manifester sa solidarité avec le peuple palestinien, il entra chez Lipp la tête couverte d’un keffieh. « Tu le croiras pas, Renaud, tout le monde m’a applaudi ! » m’avait-il raconté, heureux comme un môme. Tu m’étonnes ! L’idiot national avait choisi un keffieh rouge à serre-tête noir, comme en portent les émirs koweïtiens ! Y’avait une table libre à côté de la mienne, Jean-François Deniau est venu s’y asseoir. Je lui ai dit que je l’aimais bien. « Bien que nous ne soyons pas, comme on dit, du même bord…, eus-je besoin de préciser. -         Oh, vous savez, ces « clivages » ne veulent plus dire grand-chose, de nos jours… » me dit-il. Je m’apprêtait à le contredire lorsque Cabu arriva, Val vint et Voynet venat. On bougea les chaises, je me retrouvait à côté de Voynet tandis que Val me piquait mon nouveau copain Deniau avec lequel il tchatcha pendant tout le repas. -         Tiens ? Vous n’êtes plus blonde ? m’étonnais-je -         Tiens ? Vous non plus ? s’étonna Voynet Après nous parlâmes politique et je compris tout. Moi je voulais surtout savoir pourquoi les Verts maintenaient ce mot d’ordre à la con, « Ni à droite, ni à gauche » (inventé probablement par un mec de droite), et dont, à mon sens, l’ambiguïté et le manque de clarté leur avait valu la tripotée que l’on sait aux dernières législatives. « A vouloir à tout prix plaire à tout le monde, vous n’allez plus plaire à personne…, philosophai-je. -         Oh, vous savez, ces « clivages » ne veulent plus dire grand-chose, de nos jours » commença t-elle. Je m’apprêtais à la contredire lorsque B.-H.L. passa devant notre table. Il me gratifia d’un regard aussi tendre qu’une division de blindés, échangea trois mots (sublimes, forcément sublimes) avec Marek Halter et Luc Ferry, qui refaisaient le tiers-monde près de la porte, et s’en fut, accompagné d’une assez jolie gonzesse qui n’était pas Arielle mais qui avait de gros nichons quand même. Cabu finissait de croquer Deniau sous la table (je veux dire par là que, un carnet de croquis sur les genoux, il en faisait la caricature, vous aviez compris…) et Val réussissait à lui refourguer Charlie Hebdo. Moi, dans mon coin, je me demandais quand j’allais pouvoir annoncer ma démission à mon rédac’chef. Après tout, i avait qu’à demander une chronique hebdomadaire à son nouveau pote : « Deniau bille en tête », ça sonne pas mal, non ? Je sens que ça vous plaît pas, mais c’est parce que vous vous arrêtez à de vieux clivages… RENAUD »
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  • 23 juin 1993, JEAN-PHILIPPE IS BACK IN TOWN... lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 23 juin 1993   « Renaud bille en tête JEAN-PHILIPPE IS BACK IN TOWN… Six ans en Espagne, et pas un coup de soleil   Vous vous souvenez de ce que vous faisiez il y a six ans ? De tout ce que vous avez fait depuis ? Ca nous fait quand, ça, il y a six ans ? 1987 ? Pendant la cohabite ? Putain, y s’en est passé, des trucs ! C’est pas rien, six ans. Ca fait presque 2 200 jours et autant de nuits, ça fait 52 800 heures passées chez vous, au boulot, dans les rues, au cinoche, au resto, au musée, en vacances, sur les plages, à la campagne, aux chiottes, devant la télé, dans la cuisine, sur le balcon, au pieu, chez Auchan, chez le dentiste ou le coiffeur. Six ans, c’est pas grand-chose dans une vie. Un petit douzième, environ… Mais imaginez l’éternité que ça ferait si vous aviez dû les vivre sans votre gonzesse ou sans votre mec, sans vos mômes si vous en avez, sans vacances, sans soleil, sans la rue, sans bistrot ni resto, sans télé ni cinoche ni musée, sans les potes, sans la plage ou la campagne, sans la salle d’attente du dentiste, sans les pépètes au coiffeur, sans la caissière de chez Auchan, sans la cuisine et sans le balcon. Imaginez qu’à vingt-deux ans, par exemple, en 1987, vous faites vos études dans une jolie petite ville de province, disons Pau, vous rencontrez, pendant vos vacances en Espagne, deux jeunes militants basques en cavale. Vous savez que chez vous, en France, depuis 1985, Fabius a signé un arrêté autorisant l’extradition vers l’Espagne des réfugiés politiques basques, malgré la tradition républicaine qui s’interdit de livrer un prisonnier à un pays où les droits de l’homme s’arrêtent à la porte des commissariats. Vous savez aussi qu’en Espagne les flics torturent toujours et assassinent parfois les militants basques, qu’ils soient ou non de l’E.T.A. Vous êtes donc, des deux côtés des Pyrénées, solidaire de ces hommes-là. Vous leur laissez vos coordonnées, leur promettant l’accueil chez vous au cas où… Les Basques arrêtés, devenus entre-temps membres « présumés » de l’E.T.A., vos nom et adresse découverts dans leur calepin perso, vous devenez pour la justice espagnole le complice de l’organisation clandestine, la base arrière des terroristes d’Egoalde (Pays basque Sud), un dangereux criminel qu’il convient de châtier durement pour l’exemple, pour dissuader la population française de se montrer solidaire de la cause basque. Vous voilà arrêté à votre tour, inculpé d’ « appartenance » puis de « collaboration à bande armée ». Un tribunal d’exception se réunit, interdit de plaidoirie votre avocat, vous refuse un interprète et vous condamne à six ans ferme. Aucune de ces violations des droits de l’homme ne choquent les énarques qui nous gouvernent alors, parmi lesquels, pourtant, figurent de nombreux juristes. La France se réfugie derrière l’idée confortable que l’Espagne est une démocratie, fermant les yeux sur les rapports de l’O.N.U. ou d’Amnesty International dénonçant la torture pratiquée couramment outre-Pyrénées. Un recours en grâce appuyé du bout des lèvres par Roland Dumas est déposé par le S.N.E.S. et la Ligue des droits de l’homme, grâce refusée car non formulée par vous, vous qui considérez que ce serait là admettre votre culpabilité, vous qui, du coup, faites preuve d’une « attitude provocatrice ». La provocation consistant, pour la justice espagnole, à ne pas plier sous les passages à tabac, le mitard, le simulacres d’exécution avec revolver dans la bouche, les privations régulières de nourriture, de produits d’hygiène, de savons, de stylos, de colis, l’interdiction de s’asseoir, la privation de sommeil (néons allumés jour et nuit), la destruction de votre courrier et de vos livres, la rétention de vos lettres, l’interdiction de visite à vos amis, les hémorragies internes consécutives aux tabassages, l’obligation de boire de l’eau non potable… Imaginez toujours que six années vont s’écouler ainsi, six longues années pendant lesquelles quelques voix ici, peu nombreuses, s’élèveront avec celles d’un comité de soutien qui portera votre nom, pour exiger votre libération. Nul droitdelhommard de salon, habitué des indignations consensuelles ne se mouillera pour un prisonnier d’opinion qui n’aura pour toute défense que ces mots : « J’ignorais que ces hommes traqués étaient membres de l’E .T.A., je n’ai commis aucune violence, je soutiens la lutte du peuple basque ! » De lettres ouvertes adressées à François Mitterrand, et restées pour ainsi dire lettres mortes, en communiqués de presse repris uniquement par l'Huma, Politis et l’Idiot international, le monde politique, le monde culturel et les médias refuseront systématiquement de s’intéresser à votre sort. Même lorsque, au bout de quatre ans, vous serez, en regard du droit espagnol, « libérable » (puisque ayant accompli les deux tiers de votre peine), aucune initiative officielle ne viendra soutenir les quelques Don Quichotte qui s’acharneront contre les murs du sinistre pénitencier de Herrera de la Mancha, au premier rang desquels l’écrivain palois Christian Laborde et le brûlot subversif Libération – mais non, je rigole… Voilà. Six ans… Six années enfermées dans 12 m3 de béton. Ca vous paraît long, du coup ? Mais ça vous est pas vraiment arrivé. Pendant ces six années, vous avez eu une vie plutôt normale, malgré les galères et les désillusions. C’est arrivé à Jean-Philippe Casabonne. Arrêté à vingt-deux ans le 6 juillet 1987, il sera libéré après-demain, le 25 juin 1993. La justice espagnole lui a fait grâce de onze jours. Quand on vous dit que l’Espagne est une démocratie… RENAUD »  
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  • 30 juin 1993, LA SEMAINE DES DEUX LUNDIS « le Canard » m'en bouche un coin-coin (rires) > Charlie Hebdo, le 30 juin 1993 « Renaud bille en tête LA SEMAINE DES DEUX LUNDIS - « le Canard » m'en bouche un coin-coin (rires) Lundi. Je passe au journal pour ma dernière conférence de rédaction. Dans mon casier à courrier, je découvre les milliers de lettres de déception qui me sont parvenues suite à l'annonce de mon intention d'arrêter cette chronique. Cela me touche beaucoup. Une seule pourtant me fera changer d'avis : celle d'un lecteur ravi de ma démission, qu'il espérait plus tôt. Après les insultes de rigueur, il me reproche un sac de golf aperçu dans le coffre de ma voiture il y a quelques années lors d'un concert à Bourges. C'est injuste ! Il y a longtemps que je ne pratique plus trop ce sport, qui s'est par trop ignoblement démocratisé. Maintenant, je joue au polo. Bon, j'annonce à mon rédac' chef préféré que je reste encore un an avec vous. Mais je change de formule. Au lieu d'une chronique par semaine, je vous livrerai dorénavant un carnet de bord. Du lundi au lundi, chaque jour quelques lignes qui vous parleront de tout et de rien, mais surtout de rien. Aussi sec, le salaud me pique l'idée pour sa chronique de la semaine dernière. Mardi. Branle-bas de combat au journal. Cabu revient du Canard enchaîné et nous annonce que le volatile publie demain un papier sur les collusions entre extrême droite et extrême gauche. L'article se termine par cet intertitre : « Dérapage antisémite de Renaud à Charlie Hebdo ». Citant une vanne il est vrai maladroite pondue dans une chronique d'août 1992 ( ! ) et ironisant sur le sionisme que j'attribuais à la par ailleurs délicieuse Anne Sinclair, le Canard n'hésite pas à comparer Charlie avec National Hebdo. Mine de rien, je suis meurtri par cette accusation, je ne dors pas de la nuit, j'en profite pour me relire un bon vieux Desproges. Je tombe sur le passage où il cite la Sinclair : « Je n'aurais pas pu tomber amoureuse d'un non-juif. » Une aventure entre elle et moi est, décidément, bien mal barrée... Mercredi. Article élogieux sur Charlie dans Libé. Je redonne ma démission à Philippe Val. Tous les collaborateurs du journal sont cités, ma pomme exceptée. Bon, ça va, je resigne pour deux ans. Jeudi. Montand et Signoret s'étaient mariés à la Colombe d'Or, B.-H.L. et Arielle nous font un remake dans le même bar à cons. J'ai beau chercher, je crois que c'est le seul point de comparaison entre les deux célèbres couples disparus.Montand et Signoret s'étaient mariés à la Colombe d'Or, B.-H.L. et Arielle nous font un remake dans le même bar à cons. J'ai beau chercher, je crois que c'est le seul point de comparaison entre les deux célèbres couples disparus. Vendredi. Bernard Tapie est entendu par un juge à propos d'une corruption de joueur. Maintenant, il lui va falloir en plus corrupter un juge... Samedi. Johnny inculpé d'abus de biens sociaux. Une histoire de trois cents briques, étouffée vite fait bien fait. Un scandale pareil, j'ai peur qu'il ne s'en remette jamais... Sa carrière est foutue ! Non ? Ah bon... Dimanche. Coup de fil de l'organisateur de l'expo Arts Stars, où les Parisiens peuvent admirer quelques-uns de mes tableaux modernes dont je vous parlais dans une récente chronique. Il en a vendu un ! Du coup, j'ai ressorti mes pinceaux et barbouillé deux-trois nouvelles toiles. Quand mon chien a vu la toute jaune avec des rayures jaunes, il m'a mordu. Lundi. Bill Clinton justifie son bombardement sur Bagdad par la légitime défense à retardement. Un peu comme si le journaliste du Canard justifiait son papier de la semaine dernière par le fait que je le traite d'enculé aujourd'hui. RENAUD »
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  • 21 juillet 1993, J'AO UN PROBLEBE... lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 21 juillet 1993   « Renaud bille en tête J’AO UN PROBLEBE… Ba bécane a chopé un lhube   Marti. Ca m’aurait étonné. Près te teux ans sans la mointre panne, et voilà qu’aujourt’hui, au moment où j’attaque ma chronique, mon ortinateur commence à merter. Je tape un T, c’est un T qui apparaît. Temain, je le porte à réviser, le venteur va m’ententre !   Bercreti. Eh berte ! On est le 14 Juillet, tout est ferbé ! Je suis obligé te continuer à bosser sur ce Bac pourri. En plus, ca batin, il téconne de plus en plus. Voilà qu’il b’ibpribe un B quand je tape un B !   Jeuti. Y toit y avoil un vilus qui s’est intlotuit tans le tisque tul… Cette nuit j’ai essayé te le lépalel tout seul, j’ai tout tébonté, je clois que je suis flanchebent nul en électlonique ! Je peux plus faile la plebièle lettle te bon plénob. Vous voyez laquelle.   Ventleti. Bon lépalateul fait le pont. Il ne louvle que lunti. Vu cobbent ça ebpile, je clois pas que j’allivelai jusque-là.   Sabeti. Etat stationnaile . Tans un sens j’ai quant bêbe tu bol, tant qu’il be fout pas la berte tans les voyelles…   Tobanche. J’aulaos boeux faot te felber ba gueule…   Lunti. Bon lépalateul a faot faollote. Ol palaot qu’ol est palto avec la caosse. L’enfooolé ! Si je le choppe y va goûtel à ba botte ! (Chelchez pas, vous avez boen lu ! J’ao éclot « botte », pas « bote »…) LENAUT P.-S. Ca y est, j’ai réparé. De toute façon, cette semaine, j’avais pas grand-chose à vous dire. Sauf que mon P.-S. de la semaine dernière n’était destiné qu’au correcteur, pas au lecteur. Correcteur qui, au lieu d’imprimer mes messages perso aurait pu corriger « mountainbike » que j’avais écrit « mountainback »… Cléton ! Boltel te berte, ça lecobbence…  
    • Ordinateur
  • 28 juillet 1993, MON TALON D'ACHILLE Le « Titanic » a coulé dans ma fesse lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 28 juillet 1993   « Renaud bille en tête MON TALON D’ACHILLE Le « Titanic » a coulé dans ma fesse   Qui a dit : « Tu périras par où tu as pêché ! » ou quelque chose comme ça ? Des fois, je me demande si le mec parlait pas de pêche à la ligne. Parce que je pêche comme un pied, et c’est toujours là que je me fais mal. A près de quarante balais (près au-dessus…), ma pauvre carcasse rouillée n’a eu affaire aux réparateurs que trois fois, et, à chaque fois, c’était la main ou la jambe. Première fois en 68, une nuit de barricades, j’ai marché sur un cocktail Molotov sur le boulevard Saint-Michel. Les semelles de mes vieilles Clarks pourries par des kilomètres de manifs depuis des semaines n’ont pas résisté. Ca a fait « crac ! ». Je suis allé en boitillant à l’infirmerie de la Sorbonne occupée, quand j’ai retiré ma pompe j’avais le pied tout plein de sang, ça faisait classe !  Un étudiant en guérilla urbaine m’a désinfecté, pansé, et obligé à accepter un sérum anti-Titanic. J’avais, déjà à l’époque, plus peur des piqûres que des escadrons de gardes-mobiles. J’ai dit : la piqûre c’est dans le bras ? (Dans ma tête, je pensais : comme à la guerre…) Il m’a dit non, c’est dans la fesse. Y’avait plein de filles autour, des infirmières et puis des abîmées comme moi, et puis plein de mecs aussi. J’ai dit non, tant pis, je prends le risque du tétanos. Alors il m’a dit qu’il me laissait pas repartir sans ma piqûre. « C’est dans la fesse ou  le ventre ! » Le VENTRE ! Quelle horreur ! J’ai baissé mon froc, vite fait, il m’a piqué le gras de la fesse (qu’il a eu du mal à trouver), j’ai même pas crié. Le lendemain, je boitais autant du pied que de la fesse, et je disais à tous mes potes qu’une grenade offensive m’avait explosé dans les guibolles. La deuxième fois, c’était un mois plus tard, en juin. J’avais laissé traîné un vieil ongle pourri mal taillé au bout de mon gros orteil, mon préféré, quand j’ai plus pu marcher, le médecin m’a dit : « Ongle incarné, il faut opérer ! » Carrément anesthésie générale ! Bonjour les piqûres ! Avant le billard, j’ai fait mon testament, mais comme à seize ans on n’a jamais grand-chose à léguer, j’ai fait don de mon corps à la science. Au cas où… Heureusement que l’opération s’est bien passée, sinon je crois que la science aurait fait un grand bond en arrière. Après, j’ai plus rien eu pendant plus de vingt ans. Y’a deux ans, je me suis explosé le pied pendant un match de foot où j’étais spectateur, mais j’étais tellement bourré que je me souviens même pas comment ça m’est arrivé. C’était au Stade Vélodrome, pendant le match O.M. – Spartak de Moscou. J’avais planqué une demi-douzaine de pastis dans mon zomblou, dans la manche, là où normalement y’a les muscles du bras, quand les mecs de la sécu ont voulu me fouiller j’ai levé les bras, ils y ont vu que du feu, d’autant qu’ils m’ont pas fouillé parce qu’ils m’ont reconnu : « Té ! Rônnaud, cong ! Ca fait plaisireu, putaing ! Allez, passeu, cong ! » Le problème, c’est que j’avais pas de flotte et pas de verre. Alors pendant la première mi-temps je me suis tombé les 33 centilitres purs, au goulot. J’ai pas vu la deuxième mi-temps, je me suis réveillé dans un bistrot du Vieux-Port à quatre du mat’ et j’ai demandé à mes potes qui avait gagné. Et j’avais très mal à le pied. J’ai boité quinze jours. Avec le recul, je crois que c’est des supporters qui m’ont marché dessus. Ou Bernard Tapie, je sais pas. Cette année, comme je vous racontais récemment, je me suis encore fracassé l’orteil au foot, mais, ce coup-ci, en jouant. Ca commençait juste à aller mieux quand, navigant sur une frêle embarcation au fil de la plus belle rivière de France et du monde, la Sorgue, j’ai tombé, et j’ai faillu mourir. J’étais pieds nus, ce qui n’est pas malin, et, en franchissant les chutes vertigineuses du lieu-dit « Le Partage des Eaux », ma barque, lancée à pleine vitesse, a percuté un obstacle (branche, pierre, poisson), s’est immobilisée et moi j’ai chu. Les doigts de pied en éventail, j’ai atterri sur un tesson de bouteille qui se trouvait au fond de l’eau par le plus grand des hasards, à moins que ce ne soit par la volonté pollutionniste d’un enculé de connard. Quand je suis remonté sur mon esquif, mon pied était ouvert de là jusqu’à là. Comme je suis très courageux, j’ai fait comme si j’avais même pas mal, j’ai amarré ma barcasse, ai rejoint la berge, et là, un pote m’a conduit en 4L jusqu’à l’hôpital de Cavaillon. Aux urgence, y’avait une crise cardiaque et un accident de voiture avant moi. Pendant que je poireautais, on m’a demandé si je souffrais beaucoup, j’ai dit oui, surtout pour mes clopes qu sont tombées à l’eau avec moi… C’est un médecin malgache qui m’a recousu. Vachement bien ! Sans anesthésie ! Enfin si, une toute petite, locale, piqûre, mais j’ai même pas pleuré. Il m’avait donné un bout de bois à serrer très fort entre mes dents, et puis une bouteille de whisky, et à la fin il m’a assommé d’un coup de poing quand j’ai eu trop mal. Mais non, je déconne… Bon, j’ai huit points de suture, je boite, je peux plus me baquer, plus jouer au foot, et j’ai encore eu droit au sérum anti-Titanic (dans la fesse) et l’infirmière en a même profité pour me faire le vaccin ! Au bras, comme en Bosnie. Dans mon horoscope, cette semaine, ils me disent de faire attention à ma gorge et à mes cordes vocales. Je vais peut-être me mettre une grosse chaussure autour du cou, tiens… RENAUD »
    • Mai 1968
    • Sport Football
    • Le Vaucluse de Renaud
  • 15 décembre 1993, CANDIDE, BY VOLTAIRE lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 15 décembre 1993   « Renaud bille en tête « CANDIDE », BY VOLTAIRE Plutôt mort que Jean-Jacques Goldman   S’appelle Yacov. Il revient de Sarajevo et il y retourne bientôt. Il y convoie par camion des vivres et les livres. Extraits d’une longue lettre qu’il m’a envoyée au journal… « […]Le Serbe qui contrôlait mon véhicule avait la dégaine et le masque plutôt durs, content de lui et de ses potes. Et puis je le vois se baisser pour inspecter mon paquet de bouquins, sur la chaussée, là, avec les mines pas loin. D’une main lente, hésitante. Il venait de m’expliquer qu’il avait tué quatre types cette année. Dont deux moudjahidin, venus d’ailleurs. Il racontait le corps du gars, dans le soleil, comment il était habillé, et puis les lettres d’amour dans sa poche, d’une fille à Paris. Ca devait être un Algérien, il a dit. Pas un Afghan. Il parlait de ça, intrigué, comme quoi ces lettres, qu’est-ce que tu veux qu’on en fasse… La fille aura jamais su qu’elles sont tombées dans ses mains à lui, ni où. Mais là, la main qui a tué quatre types, comme ça, elle ralentit de plus en plus et quelque chose se passe qui secoue le gars de bas en haut. Au bout d’un moment il a tourné un livre entre ses mains, longuement, comme amoureusement, et il me demande d’une voix basse, la tête baissée, si je voudrais bien lui donner. Une immense faveur. Pour se justifier, il chuchote : « avant ça, j’étais professeur, avant cette guerre, de philosophie… ». Il s’appelle Neno. Voilà, je pleure en pensent à lui. Tu pleures, c’est pas possible… Tu comprends, cette guerre, elle est faite par des profs de philo aussi, et Karadzic est poète en plus de psychiatre… Neno le Serbe, c’est un gars que j’attends de revoir (le livre, c’était « Candide » de Voltaire, en anglais). Lui aussi, il m’a dit « when you get back… ». Comme Zvonco, le Croate de Kiseljak, qui partait au front le matin, si las, si à bout, avec son fils de huit ans qui a perdu ses cheveux et qui l’attend anxieusement jusqu’au soir.[…] »   Sans arme, B.H.L fait peur, alors, armé…   Eh ouais… Il serait plus rassurant de se bercer de l’illusion que ces mercenaires, ces militaires, ces civils armés, dans toutes les guerres, sous toutes les latitudes, de Beyrouth à Kaboul et de Mogadiscio à Mostar soient, dans le pire des cas, des tueurs professionnels, dans le meilleur, de simples troufions assoiffés de combats, de haine et de sang. Beaucoup plus inquiétant d’admettre que beaucoup, voire le plus grand nombre d’entre eux, sont des citoyens ordinaires, des boulangers, des menuisiers, des instituteurs, des intellectuels, des manuels, des chômeurs ET des profs de philo. Pour émouvant que soit ce témoignage, pour courageuse que soit la démarche de Yacov, y a pas à tortiller, j’ai du mal à éprouver une quelconque compassion pour les profs de philo de Serbie, de Croatie ou de Pétaouchnnock quand ils portent un treillis militaire et une Kalachnikov en bandoulière. J’aime pas les armes. Mais alors, pas du tout ! Peut-être, me direz-vous, est-ce parce qu’inconsciemment j’éprouve une attirance, une trouble fascination pour elles, parce qu’elles prolongent la main d’un appendice métallique qui donne un sentiment de puissance (sexuelle ?) qui doit envoûter 90 % des mecs… Toujours est-il qu’à part les cannes à pêche et les stylos à bille, les armes, c’est pas mon truc. N’empêche que, foutez-moi une bonne vieille guerre civile et une Kalachnikov dans les pognes, je suis quasiment sûr que je pourrais tirer. Sur des hommes, s’ils sont soldats « en face » et qu’ils veulent ma peau, sur des civils peut-être aussi si j’ai très peur, voire sur des femmes et des enfants si les miens viennent de se faire purifier ethniquement au lance-flammes. Je vous choque ? Allons… Réfléchissez bien honnêtement… Est-ce vraiment la barbarie, le goût du sang et le désir de violence qui poussent les hommes a priori sages à faire la guerre ? Notre prof de philo était probablement non violent, humaniste, pacifiste. C'est le port du treillis et surtout du flingue qui en a fait un tueur. Je sais pas si c’est bandant de tenir dans ses mains un phallus en acier qui crache la mort à chaque giclée, je suis sûr, en revanche, qu’on y prend très vite goût…   Même pour ses droits d’auteur, Renaud ne prendra pas les armes   Où je veux en venir ? Pas loin. Juste expliquer que même si mon pays, ma ville, ma rue, ma maison sont attaqués demain par une quelconque armée d’exterminateurs barbares, le mec qui me verra endosser un uniforme ou porter un flingue pour les défendre il est pas encore né. D’autant qu’il s’agira probablement d’aller avant tout au casse-pipe pour les intérêts (et par la faute) de dirigeants, de politiciens et de marchands de canons dont la maison, la famille et la peau seront, elles, épargnées. Non, même la plus belle, la plus juste des guerres de libération n’arrivera pas à me convaincre d’accepter de porter une arme. Parce que je préfère mourir en victime ou vivre en déserteur que devenir comme ce prof de philo. Et si mes amis n’ont pas la même sagesse, s’ils préfèrent tuer pour ne pas être tués, qu’ils ne s’étonnent pas aujourd’hui de vivre dans un monde en guerre éternelle. J’imagine que vous aller vous insurger dans vos lettres énervées et énervantes (renoncez…) : « Et si les nazis revenaient ? Et si t’avais eu vingt ans à Santiago en 1973 ? » etc. Paul Nizan ou Victor Jara ne vous semblent-ils pas aussi  courageux et aussi indispensables que Jean Moulin et Che Guevara ? Pour une fin de toute façon identique… RENAUD   P.-S. Je viens d’acheter le dernier Goldman. Dans les pages du livret, à propos de la chanson Frères, il écrit : « Ces frères-là, aujourd’hui, sont évidemment bosniaques et serbes. Je ne dis pas qu’ils ont tort de se combattre. Il y a malheureusement des situations qui n’avancent que dans la confrontation. Des situations où, parfois, il faut lui en mettre une entre les deux yeux (sic). » Bon… Ca en fait déjà un qui va pas être d’accord avec ma chronique. Va p’t’être y avoir confrontation… Va p’t’être m’en coller une entre les deux yeux. A moins qu’il ne lise Candide de Voltaire avant qu’il ne soit trop tard… »
    • Pays Yougoslavie
    • Jean-Jacques Goldman
  • 22 décembre 1993, MATIN-BONHEUR lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 22 décembre 1993   « Renaud bille en tête MATIN-BONHEUR De deux barbus, il faut choisir le moindre   Je m’suis réveillé ce matin avec l’envie de me convertir à l’islam. Pis d’adhérer au F.I.S. Un coup de blues, je sais pas… Sans dec’ ça m’a bien duré quarante-cinq secondes. Y a des jours comme ça, j’ai envie de tout changer, de tout ME changer. Y a trois semaines, par exemple, j’ai pris la décision de bazarder ma télé. J’en voulais plus. Allez hop ! Par la fenêtre ! Ah… passer des soirées à jouer aux cartes ou au Scrabble, à bouquiner ou à dessiner, pis à parler à ma femme ou à mon chien. Me coucher tôt… Eh ben, le lendemain, je m’abonnai au câble. Au lieu de zapper sur six chaînes, je zappe maintenant sur vingt-quatre. Pour finir toujours sur Arte… Bon, revenons à ce matin. Je sait pas ce qui m’a pris, j’ai eu envie de me sentir appartenir à un grand mouvement rebelle, à une vague déferlante qui ferait trembler le monde et énerverait ma mère. Un rejet du groupuscule, une soudaine allergie à la marge, une phobie de la minorité. »Ayatollah Renaud », ça sonne bien, non ? Et pis je me suis dit qu’en fouillant bien, en lisant entre les nouilles, y avait sûrement dans le Coran quelques principes de vie, quelques commandements suprêmes, quelques bases philosophiques de l’existence qui me conviendraient, si tant est que j’en éprouvasse le manque. Or, ce matin, j’éprouvais à mort ! ! ! Je me suis tourné vers La Mecque, j’y ai vu ma gonzesse qui dormait encore. Mon soudain désir d’embrasser la religion islamique s’est mué en désir d’embrasser. J’ai versé satanique et je m’suis rendormi. RENAUD »
    • Télévision Arte
  • 29 décembre 1993, VIVE LA RÉSOLUTION ! Mais bordel ! Où c'est qu'j'ai mis ma guitare ? lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, 29 décembre 1993   « Renaud bille en tête VIVE LA RESOLUTION ! Mais bordel ! Où c’est qu’j’ai mis ma guitare ?   Bon, c’est décidé ! 1994 sera l’année des grandes résolutions. Je partage le travail. Moi, j’écris mes chansons, Philippe Val embauche un jeune pour me remplacer ici. Sympa, non ? Fallait bien que je tire ma révérence un jour ou l’autre, eh ben c’est un mercredi 29 décembre. J’ai bien rigolé pendant dix-huit mois à vous écrire mes petites ou grosses colères, mes émotions, mes doutes, mes certitudes et puis mes nostalgies. Beaucoup de futilité là-dedans, mais, que ça vous ait plu un peu, un max ou pas du tout, sachez que j’y ai pris bien du plaisir, que j’ai vraiment aimé partager ce bout de chemin avec Charlie, avec ceux et celles qui le font et Val. Etre contraint à la discipline rigoureuse d’une chronique chaque semaine que Dieu fait, ça va, hélas, plus être possible, avec la prise de tête quotidienne que m’inflige la fréquentation douloureuse de ma guitare et celle, plus agréable, de mon dictionnaire de rimes. Si Charlie le veut bien, je reviendrai dans quelques mois, s’il le veut aussi je vous donnerai de temps à autre de mes nouvelles dans d’épisodiques chroniques. Mais je m’en voudrais de retourner à mes chansonnettes, pour lesquelles je n’ai ni délai de bouclage ni envie de bâcler, sans répondre au caporal Siné, qui, dans son « Appel à la mobilisation générale » de la semaine dernière, me « traitait » de déserteur sans imaginer probablement combien, par rapport à toute guerre, ce terme est élogieux. Magnifique, Bob, ton vibrant plaidoyer pour la mise à mort de nos nombreux ennemis, émouvant… On dirait B.-H.L. haranguant Léotard pour aller bouter le Serbe hors de la Croatie. Qu’est-ce que t’attends pour t’engager ? Je conçois aisément que tu ne sois pas d’accord avec moi, je n’étais pas sûr moi-même de l’être. Mais, finalement, merci de ton papier, depuis, je n’ai plus de doute : oh oui, déserteur et fier de l’être ! Mais surtout pas de la race des pacifistes de circonstance, des non-violents occasionnels, des ennemis de la guerre tant qu’elle est loin, tant qu’elle n’est pas « chez eux » (comme si la terre leur appartenait), des réfractaires aux armes qui astiquent leur fusil à pompe en cachette, des amis des déserteurs quand ils sont «de l’autre camp », surtout pas de la race du beauf qui dort sous l’humaniste, de l’ayatollah qui sommeille sous l’anticlérical patenté. Ceux-là, qui prétendent défendre de nobles valeurs de justice, de paix, de fraternité et de tolérance mais sont prêts à flinguer pour les voir triompher, ceux-là, qui choisissent toujours entre la bonne guerre et la mauvaise, qui savent toujours où est le bon soldat, le bon fusil, la bonne mort, qui déplorent le sang versé par les « salauds », mais justifient toujours celui versé pour la défense ou la libération d’un peuple ou d’une terre, qui comprennent que les victimes tuent pour de « belles idées » puisque les bourreaux tuent pour des « mauvaises », ceux-là me fatiguent et, pour tout dire, m’inquiètent. Je pense, cher Bob, que je n’aimerais pas être ton ennemi demain. Tu me ferais aussi peur que ceux que j’ai aujourd’hui. Ceux contre lesquels j’ai choisi de lutter par l’intelligence, l’humour, l’amour et la poésie, ces armes que je manie mal, certes, mais qui sont tellement redoutées et tellement meurtrières sur les cons et haineux de tous bords qu’ils les craignent et les combattent depuis la nuit des temps. La chanson Où c’est qu’j’ai mis mon flingue, à laquelle tu fais allusion, fait partie de ces armes, comme les chansons de Font et Val, comme tes dessins, comme nos chroniques, comme Charlie Hebdo. Charlie Hebdo dont, à la veille de cette nouvelle année, je salue les lecteurs et embrasse l’équipe et, parmi elle, le tonton-flingueur de pacotille, le Rambo de mes deux, le Sentier lumineux du dimanche que tu fais semblant d’être, juste pour m’énerver. Allez, 1994, crosses en l’air ! RENAUD »
    • Guerre de Bosnie
  • 21 avril 1993, UNE HISTOIRE A LA CON lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 21 avril 1993   « Renaud Polaroïd UNE HISTOIRE A LA CON   En ce temps-là, le pays était envahi de cons. Des cons s’infiltraient partout, à tel point qu’il fallut bientôt prendre des mesures car les cons eux-mêmes souffraient du paquet de cons ambiant. On organisa des élections, de jeunes cons remplacèrent de vieux cons, une politique à la con fit place à une politique de cons, les conneries continuèrent et les cons prospérèrent de plus belle. Un beau matin, dans ce pays de cons, arriva un jeune joueur de flûtiau qui se vanta, de-ci, de-là, de pouvoir, par le magie de son instrument, débarrasser les villes et les campagnes des cons pullulants. Le roi le fit mander en son palais, où le manant s’en vint bientôt. -         Ainsi donc, lui dit le roi, tu prétends pouvoir libérer mon pays du poids des cons ? Comment coptes-tu t’y prendre, étranger ? Allons ! Explique-toi ! Et prends garde à mon courroux si tu t’es moqué de nous ! -         Fais moi confiance, ô mon roi, dans peu de temps ton pays sera un paradis et les cons ne te nuiront plus. Mais après cela, il faudra me couvrir d’or. Le roi promit au troubadour tous les trésors de son royaume et tous les honneurs s’il parvenait à le délivrer du fléau. Peu de temps après, le jeune homme se mit au travail. Il commença par inventer la télévision. Un paquet de cons fut engagé pour y travailler, dès lors le simple fait d’éteindre son poste les fit disparaître. Un nombre impressionnant de cons restèrent plantés devant leurs téléviseurs, aussi, les salles de théâtre, les cinémas, les jardins et les musées devinrent fréquentables, les cons les ayant désertés. Mais il en restait encore beaucoup. De jeunes cons désœuvrés, sauvages, paumés. Le magicien leur offrit de la drogue, afin d’en faire de doux cons, dociles et dépendants, voire des cons morts. Le roi trouva l’idée fort bonne, inquiet qu’i était du danger permanent que représentait cette masse de cons inactifs, susceptibles à tout moment de tout détruire, de tout brûler en son si beau royaume. La masse de cons était cependant si énorme que le magicien décida de passer à la vitesse supérieure. Il inventa d’un seul coup la justice, la police et l’armée. Ces institutions rassemblèrent bientôt un volume de cons monumental. Des cons soumis à l’autorité du roi, des princes et des puissants de la cour. Des cons qui portaient maintenant un uniforme, qu’on pouvait ainsi distinguer facilement parmi les pas-cons et fuir au besoin. Puis le jeune homme inventa les églises. Les cons s’y ruèrent ! Ils se mirent à adorer les dieux vicelards qui leur firent accepter avec bonheur leur condition de cons et leur promirent des jours meilleurs dans un au-delà un peu moins cons. Enfin, le magicien, en créant les clochers, eut l’idée lumineuse d’inventer les frontières et les drapeaux qui, bientôt, apportèrent les guerres, civiles, mondiales et autres, où les cons s’en allèrent par millions, la fleur au fusil, pour mourir joliment comme des cons, au service du roi, de Dieu ou de la patrie. Le jeune joueur de flûtiau, estimant sa tâche achevée, s’en retourna au palais, où le roi l’attendait. -         Et voilà, Sire, dit-il, ma mission est accomplie. Couvrez-moi d’or, maintenant. -         Tu es allé trop loin, manant, répondit le monarque. Mon royaume était plus animé quand les cons le surpeuplaient, et la vie était plus drôle quand les cons s’exprimaient. je m’ennuie. Fais quelque chose, ou tu n’auras pas ton or… Alors le magicien, d’un petit air de sa flûte enchantée, inventa d’un coup le football et ses supporters, Jacques Pradel et son public, la radio F.M. et son auditoire, Dorothée et ses fans, Sulitzer et ses lecteurs, B.H.L. et son chemisier, le commandant Cousteau et son bonnet, le courrier des lecteurs du Figaro et les pages culturelles de Libé. Le roi fut bien content et couvrit d’or le petit Socialdem (car tel était son nom), lequel fut bien content aussi. RENAUD »
  • 19 mai 1993, POUR ALLER A GAUCHE, C'EST PAR OU ? > Charlie Hebdo n°47 du 19 mai 1993 POUR ALLER A GAUCHE, C'EST PAR OÙ ? Notre grand débat continue. On a reçu tellement de lettres qu'on va bientôt faire un numéro spécial que vous pourrez lire en vacances. Des réponses très marrantes, d'autres édifiantes. Elles ont toutes un point commun : elles ne parlent pas beaucoup de Fabius, ni de Rocard ! Continuez à écrire pour raconter votre gauche ! « Qu'est-ce que tu fais, mon papa ? me demanda ma fille en entrant dans mon bureau. Je croyais que t'avais fini ta chronique pour cette semaine... - Tais-toi, figure-toi que cette semaine je dois m'en cogner deux ! La « normale », pi une deux fois plus longue pour la page trois, sujet imposé ! - Ben, c'est quoi, l'sujet ? J'peux t'aider, mon papou... - J'ai bien peur que non, Roudoudou. C'est :« pourquoi je suis de gauche ? » C'est en même temps évident et hyper dur à expliquer... Aussi con comme question que : « Pourquoi tu respires ? » - On est de gauche pass'que c'est mieux que la droite ! Et pi c'est tout ! tranche ma fille - Et pourquoi c'est mieux ? insistai-je fourbement en espérant secrètement une repartie imparable comme seuls parfois les enfants en sortent. - Pass'que, à gauche, y sont moins cons ! » Pas mal... Pas suffisant pour deux colonnes en page trois, mais la réponse me satisfait. Et puis elle venait d'une bouche innocente. Qui oserait me soupçonner d'avoir manipulé ou conditionné ma fille ? Si, par exemple, à deux ans elle chantonnait le Gorille de Brassens, ce n'est pas faute de lui avoir laissé le choix. Elle avait aussi tout Léo Ferré, Ferrat, Aragon, Brel, Gainsbourg, Bobby Lapointe et Reggiani à sa disposition sur la platine du salon. « T'as raison ma poule... Mais faut quand même que je développe un peu. Tu vois, moi, quand on me demande depuis quand je suis de gauche, je réponds parfois « depuis toujours ». C'est vrai que ça m'est pas venu un matin, comme ça, après mûre réflexion, en me référant à des penseurs, des modèles, des expériences vécues ou des types de société. Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été du côté de Spartacus, tu sais, cet esclave quia pris la tête de la révolte contre Rome... - Oui, je connais, m'interrompt ma fille, moi aussi, les esclaves qui se révoltent, je suis pour eux ! - Etre de gauche, c'est aussi être avec les esclaves avant qu'ils se révoltent. Mais laisse-moi finir de te raconter. Quand je dis que je suis de gauche depuis toujours, en fait, ça remonte à encore plus loin que ça...Même avant ma naissance... Au stade fœtal déjà, cohabitant avec mon jumeau, j'étais fier de vivre une expérience collectiviste. Et puis j'étais un rescapé des avortements clandestins qui avaient jalonné à coup d'aiguilles à tricoter les grossesses involontaires de ma mère. Moi qu'on choisit de garder et qui devait être Caroline, je fus David et Renaud. Je conçus cette « grâce accordée » le sentiment qu'il me faudrait toujours me battre pour les condamnés. Et ça aussi, c'est être de gauche. - Tu veux dire les fœtus ? Je croyais que c'était les vieux réac's de droite qui étaient contre l'avortement ! - Je veux dire les femmes, ma Lolita, celles condamnées à avorter dans l'illégalité ou dans la honte, celles condamnées à mettre au monde et à torcher dix petits nègres si tel est le désir d'un homme. - Ouf, tu m'as fait peur ! Bon, ensuite, quand tu naissas, t'as tout de suite été de gauche ? - Attends, je ne naissa pas tout de suite. Satisfait du confortable et douillet cocon où je me trouvais, je décidai de ne pas en bouger, laissai mon frangin s'aventurer seul à l'extérieur, faisant ainsi pour ma part la preuve d'un anti-impérialisme intra-utérin hors du commun. Malheureusement, dix minutes plus tard, et, déjà, malgré mes protestations contre les expulsions, je me retrouvai dehors à mon tour. Accueilli par une magistrale fessée, mon premier cri fut pour dénoncer la répression ! - T'as raison, mon papa ! Y faut toujours dénoncer la répression ! Comme quand vous m'engueulez pass'que je regarde « Hélène et les sales cons » à la télé au lieu de faire mes devoirs. C'est de la répression, je dénonce ! Bon, sans déconner, tu veux pas être sérieux cinq minutes et me dire vraiment pourquoi t'es de gauche ? » Mon rédac' chef attendait un papier sérieux, apparemment ma fille souhaitait elle aussi une réponse intelligente. Et merde ! Qu'est-ce que c'est que ça ? Un tribunal ? Le jeu de la vérité ? Une confession ? Expliquer pourquoi on est de gauche ! Pourquoi ?Faut pas ? C'est mal vu ? C'est une maladie ? Ca intrigue ?C'est démodé ? Les lecteurs de Charlie attendent une réponse ? Et, en fonction de celle-ci, décideront s'ils restent à gauche ou s'ils virent à droite ? Bon, d'accord, je vais tout vous avouer une fois pour toutes, pi on n'en parlera plus. Je sens que ça va pas vous plaire, mais je m'en branle comme de ma première chronique. Faites gaffe, c'est du sincère, ça vient pas de la tête, pas des tripes, même pas du cœur, ça vient du fond de l'âme... Je suis l'arrière-petit-fils d'un pasteur dont le père et le grand-père étaient pasteurs également. Bien que non-croyant, je revendique mon appartenance à cette communauté de cœur et d'esprit dont le nom« Protestants » sonne comme une identité. Protester contre l'oppression, l'injustice, la misère, le racisme, la guerre, le fanatisme et l'intolérance, les dénoncer, les combattre, c'est véritablement ce qui donne un sens à ma vie. C'est ce qui me donne le sentiment d'être un humain pas un serpent. Souffrir pour celui qui souffre me distingue du chien. Et de l'homme de droite. Croire à cette belle utopie selon laquelle ce monde peut changer, les hommes devenir meilleurs, prêcher la liberté, l'égalité et la fraternité pour l'homme et sa fiancée, me sont aussi indispensables que l'air pour respirer. Parce que le vrai comportement chrétien est un comportement de gauche. Et pi c'est tout ! « Je croyais que la religion, c'était l'opium du peuple, mon papa... - Aimer son prochain, c'est une drogue douce, mon amour. Et ça devrait être remboursé par le Sécurité sociale. » RENAUD
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  • 25 janvier 1995, ICI MONACO, LES FRANÇAIS PARLENT AUX FRANÇAIS lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 25 janvier 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi ICI MONACO, LES FRANÇAIS PARLENT AUX FRANÇAIS Jean Moulin, président de la société des bains de mer   Bon, moi, j’m’en fous, si c’est Balladur je demande l’asile politique à la Suisse. Ou à Monaco. Tiens, Monaco, voilà une idée qu’elle est bonne. J’ai justement un pote comédien qui est au mieux avec la princesse Caroline (je vous dis pas qui, il me ferait un procès). Lui et moi on avait fait connaissance à Beyrouth lors d’une télé qu’on avait faite ensemble là-bas. Pendant tout le séjour il m’avait parlé de sa copine Caroline puis, dans l’avion du retour, après qu’il fut tombé sous mon charme vénéneux, il m’avait invité à passer les voir, elle et lui, dans leur maison de Saint-Rémy-de-Provence. Quelques semaines plus tard, je m’y était rendu donc, avec femme et enfant et copains et Toto mon chien. Après les présentations d’usage, j’ai murmuré à l’oreille de ma gonzesse : « Dis donc sa copine Caroline, on la connaît, non ? C’est pas une ancienne comédienne ? » Ma femme m’a dit que j’étais fou, que bien sûr qu’on la connaissait, que c’était la princesse Caroline de Monaco, la Vraie ! Comment je pouvais savoir, moi ? Mon pote m’avait jamais parlé du métier de sa copine, n’avait pas non plus prononcé son nom de famille, persuadé peut-être que j’étais un lecteur assidu de Voici et Paris Match, et que, « comme tout le monde », j’étais au courant. Je lui ai dit que je n’étais pas comme tout le monde et que je m’excuse mais si une copine me parle de son fiancé qui s’appelle Jacques, je vais pas forcément en déduire qu’elle est maquée avec Chirac, Gaillot ou Anquetil. N’empêche que j’étais un peu emmerdé… J’avais dit bonjour comme à une fille normale, pas « Princesse », je m’étais pas incliné, j’avais pas dit « Altesse ». Après, heureusement, je me suis rendu compte que c’était, effectivement, une fille normale, même vach’ment plus normale que plein de filles pas princesses que j’ai l’occasion de rencontrer de-ci de-là. Une autre fois, j’y suis retourné, c’était l’hiver, y faisait un froid de chien comme souvent en hiver, et j’avis mis mon keffieh pour avoir chaud au cou et manifester par la même occasion mon attachement au prêt-à-porter palestinien. En arrivant devant leur porte, je me suis enroulé le keffieh autour de la tête, ai chaussé mes lunettes noires et j’ai frappé à la porte de la cuisine. « Entrez ! » me fut-il répondu. J’entrai et, persuadé de tomber sur mon pote, les lunettes embuées, je dis à la silhouette qui me faisait face « Allah akbar ! ». Après je me suis encore excusé parce que le type devant moi c’était le prince Albert et on parle pas comme ça à un prince. Ce jour-là on a fait une partie de Trivial Pursuit et, c’est pas pour dénigrer la monarchie, mais, même en trichant très très peu, c’est moi qui ai gagné. Le prince n’a même pas été fâché, ne m’a pas chassé de son royaume ni jeté aux lions, mon pote, en revanche a boudé un peu, pendant quoi ? six mois ? Faut dire qu’il aime pas perdre, surtout en trichant pas mal… Pourquoi je vous raconte ça ?  Ah ouais ! Le 9 mai au matin, donc, excusez-moi mais je me casse ! Hop ! Monaco ! J’me loue une chambre de bonne avec vue sur la Promenade des Anglais (j’ai de bons yeux !) je m’achète un vélo si on a le droit, j’embarque bien sûr ma femme et ma môme (si on a le droit aussi), le chat et le chien (je crois que ça, on n’a pas le droit) et je refais ma vie. Comme je serai exilé politique et au chöm’du, mon pote s’arrangera avec sa belle-famille pour me trouver un petit boulot, genre président-directeur-général de Radio Monte-Carlo, et de là je lance un appel à la résistance. Et je programme que mes chansons et celles de Font et Val, mais moins souvent quand même. Et dès que la gauche revient, je reviens aussi. Mais attention, pas la gauche à la con comme on a eu depuis quatorze ans, la « vraie gauche », avec le béret du Che et la moustache de Staline, heu, je voulais dire de Léon Blum. Pis comme j’arriverai un peu en libérateur, vous m’offrirez directos la présidence de la République. Ou, au moins, celle de TF1. Ce qui revient un peu au même. Allez, faites pas la gueule, c’était pour rire… Je vous abandonnerai pas dans l’adversité et le pasquanisme. Je veux rater ça pour rien au monde. Ces enfoirés vont tellement être ignobles, sécuritaires, expulsifs, réacs, cathos, censeurs, profiteurs, magouilleurs, qu’en moins de sept ans ils vont nous engendrer une génération de rebelles comme on n’aura pas vu depuis 68. Avec les banlieues qui seront de la partie, ce coup-ci ça risque de faire un joli feu d’artifice ! Même à Monaco y z’en auront jamais des comme ça… RENAUD »
  • 22 février 1995, AUX CHIOTTES LES MALPOLIS ! lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 22 février 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi AUX CHIOTTES LES MALPOLIS ! Quand Jospin m’applaudira le 1er mai, je voterai pour lui le 23 avril   Moi, perso, je vais voter Voynet. Je dis ça d’entrée pour qu’on arrête de me gonfler à me poser la question. Je sais ,ça craint, elle va pas nous faire péter un score mirobolant, mais c’est affectif. D’abord je ne vois décidément rien dans ses propos qui soit contraire à l’idée que je me fais d’un candidat de gauche. Pis surtout, ça mange pas de pain : elle risque pas de trahir ses promesses, d’être corrompue par le pouvoir, vu que le pouvoir, pour un candidat écolo (a fortiori une candidate), c’est pas avant mille ans. D’ici là, je crains que quelques Tchernobyl ou Superphénix ne nous aient conduit vers des urnes infiniment plus funéraires. Au second tour, je me tâte… Jospur ou Balladin ? Pêche à la truite ou pêche au brochet ? Vous êtes pas mal autour de moi à me dire, résignés, qu’on sera bien obligés, la mort dans l’âme de voter « à gauche » malgré tout… Même si cette gauche-là ressemble autant à la gauche dont on rêve que B.-H.L. à Malraux, Patrick Sébastien à Coluche et Bernard Tapie à Jean Jaurès. C’est marrant, moi je crois que je me sentirai pas obligé du tout. Je vais vous dire quelque chose qui va peut-être vous énerver, vous avez remarqué dans une récente chronique que j’attache une certaine importance à la politesse, j’en avais d’ailleurs déploré l’absence chez une journaliste du Monde et ce, avec beaucoup d’irrespect à mon tour (ce qui me vaut de subir les foudres judiciaires intentées contre moi par le « quotidien de la rue Falguière »…), eh bien, la dernière fois que j’ai croisé Lionel Josmachin, dans un aéroplane entre Paris et Avignon, le cuistre m’a regardé, a détourné les yeux, fait semblant de ne pas reconnaître le tonton-maniaque que je suis quand ça les arrange, et ne m’a pas dit bonjour. Malpoli, va ! Même Chirac, croisé naguère dans un Paris-Montréal, m’a dit bonjour ! Un bonjour discret, certes, accompagné d’un sourire aussi chaleureux qu’une division de blindés russes sur Grozny, mais un bonjour quand même, comme celui, respectueux, que s’échangent, du regard au moins, les mangoustes et les cobras. Je voterai jamais pour un malpoli. Même protestant. Ou alors, la prochaine fois que je le croise faudra qu’il soit terriblement obséquieux, quasiment gluant. Qu’il m’embrasse trois ou quatre fois, là et là, qu’il me dise « Ah, cher ami ! Quel bonheur de vous rencontrer ! J’aime tellement vos chansons ! Savez-vous que je possède tous vos albums ? Le dernier, d’ailleurs, est du meilleur cru. J’ai appris que vous alliez vous produire à la Mutualité à partir du 1er mai, comptez sur moi pour venir vous y applaudir. Voyez avec ma secrétaire pour nous faire parvenir les invitations. » Et moi, pas dupe, je lui répondrai : « Ouais, ça va, hein ! L’aut’ fois, dans l’avion, même pas vous m’avez dit bonjour ! » Là, il ne répondra rien parce qu’il sera déjà parti pour aller embrasser une hôtesse de l’air. De toute façon, si ça se trouve on n’aura pas du tout un second tour aussi évident. J’ai lu dans Libé que les jeux n’étaient pas faits. A mon avis, c’est Libé qui n’est pas fait, mais bon… Imaginez un duel Voynet – Laguiller. Deux femmes, polies et tout, qui disent bonjour et merci quand on tient la porte. Arrêtez, je craque… RENAUD »
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    • Politique Lionel Jospin
    • Politique Jacques Chirac
    • Bernard Henry Lévy
  • 26 avril 1995, ÉNERVÉ PAR LA COLÈRE lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 26 avril 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi ENERVE PAR LA COLERE Je voudrais avoir autant de mains que de doigts   Je me suis cassé un ongle. Je sais, y a des choses plus chiantes, plus graves – au secours, la droite revient, ah bon, elle était partie ? – mais quand même ça m’énerve ! Je les avais laissés pousser ‘ach’ment longs à la main droite pour gratter plus joliment les cordes de ma guitare, et vlan ! Arraché ! Celui du doigt du milieu, celui pour Le Pen. Pis pour la plupart des autres candidats aussi. Celui de la main gauche va bien, merci, celui de ce doigt-là je le réserve pour ces bœufs d’électeurs qui se désintéressent de l’écologie, enjeu majeur pour le siècle à venir, qui se branlent comme de l’an 40 des Tchernobyl quotidiens qui tuent les enfants, les arbres et les oiseaux. Continue, Dominique, un jour ces crétins réaliseront que ce système économique qui affame et détruit les deux tiers de la planète, qu’il soit dans les mains d’un Chirac ou d’un Jospin, ça va pas changer le cours des choses. Bientôt, y aura plus de rivières. Et y’a que toi qui l’as dit. Et y’a que 3,3 % des électeurs qui t’ont écoutée. J’aurai jamais assez de doigts pour les autres… RENAUD »
  • 23 mai 1995, PLUTÔT SENTIMENTAL QUE MORT ! lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 23 mai 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi PLUTOT SENTIMENTAL QUE MORT ! La dictature n’est ni de gauche ni de gauche   Cher Georges, « professeur de philo et militant communiste à Lens », je vous remercie du courrier adressé à Renaud Séchan, « chanteur et militant politique » , pour reprendre l’intitulé (ironique ? ) de votre lettre. Vous vous dites « consterné » par mes propos tenus lors d’une interview au cours de laquelle j’aurais qualifié Fidel Castro de dictateur. J’ai dit ça ? Ah bon… Vous m’accordez d’avoir justement rappelé les acquis sociaux du peuple cubain, exprimé l’idée que la révolution castriste l’avait libéré des mafias américaines qui avaient fait de l’île un casino – bordel  pour tous les ploucs de Floride, mais me reprochez « d’accepter les résultats en répudiant les moyens ». Les moyens étant, selon vous « la dictature du prolétariat. Le fameux « Poder popular » représenté par les « comités de défense de la révolution » qui couvrent Cuba, les syndicats, le Parti communiste, la jeunesse communiste… » Je vous concède que ces forces (et je suis poli, je pourrais dire : ces flics…) ont réussi à « construire un pays sans bordel ni Bourse, réussi à résister au « nouvel ordre mondial U.S » » (nous sommes quelques millions, même chez les non-castristes, à y résister…) et je leur sait gré de ne pas être tentés par « le pluralisme de l’Oncle Sam, la démocratie des Clinton, Thatcher et autres grands commis du sac d’écus » comme vous dites. Malheureusement, ces syndicats, ces comités, ce parti (probablement aussi ces milices…) qui agissent pour le compte de « la révolution », la vraie, la seule, la magnifique, celle qui fait le bonheur du peuple avec ou contre lui, ont surtout pour but de maintenir une politique (honorable dans les discours, infiniment moins dans la réalité…) par la force et la répression. Parti unique, pas de presse d’opinion, pas de possibilité d’émigration, prison pour les opposants, sidatorium pour les Cubains séropositifs et, bien sûr, pas de suffrage universel, des fois que le peuple choisirait « mal », « comme au Nicaragua où les sandinistes, après les immenses sacrifices consentis pour chasser Samoza, ont remis en selle la « momia » Chamorro et où le peuple, avec le pluralisme et Coca-Cola, a retrouvé sa misère et sa servitude millénaire…  Je vais vous dire une horreur, cher Georges, mais « le peuple » est peut-être comme « l’individu ». a savoir qu’il se choisit lui-même son destin, qu’il a le gouvernement qu’il mérite, que le suffrage universel n’est jamais que la dictature de la majorité, qu’en revanche votre idéal de « bonheur du peuple à tout prix » implique forcément cette oppression qui me fait m’insurger, cette « dictature » (du prolétariat, d’un quarteron de militaires ou d’un seul homme) qui me débecte profondément et que vous soutenez ici ou là pourvu qu’elle serve la cause du peuple. Ah, le peuple ! Belle entité un peu abstraite que vous béatifiez et pour lequel vous savez toujours ce qui est bon ou pas. Un peu comme les « grands » savent toujours ce qui est bon ou mauvais pour les enfants… J’approuve les résultats et « répudie aux moyens » ? Quels résultats ? un peuple soumis ? La misère économique acceptable parce que SANS Coca-Cola ? Les libertés fondamentales bafouées pour maintenir le cap, l’idéologie, parce qu’en 1959 cette idéologie était belle ? Quant aux moyens, il semble que vous les définissez d’un mot qui n’apparaît pas dans votre courrier mais qui transparaît entre les lignes : la terreur… Vous m’écrivez aussi : « Il me semble que votre communisme reste trop sentimental. Vous pensez avec les mêmes catégories que les bourgeois socialistes : démocratie ou dictature ? Liberté ou totalitarisme ? » Permettez-moi de vous rappeler que je ne suis et n’ai jamais été communiste. Que mes convictions ne relèvent pas du sentimentalisme mais de la raison. Que cette raison est née d’une réflexion, que cette réflexion est née dans les livres et dans l’observation du monde plus souvent que dans une réunion de cellule. Que les « bourgeois socialistes » soient attachés à la démocratie, c’est bien le dernier des reproches que je leur ferais. Devrais-je en déduire qu’en conséquence la démocratie est une saloperie ? Ce n’est pas parce que mon voisin lepéniste aime les animaux que je vais tuer mon chien… Alors selon vous le monde serait partagé entre méchants bourgeois qui aiment la démocratie et gentils prolétaires qui préfèrent la dictature ? Dites plutôt que vous la préférez pour eux… « A Cuba on dit ce qu’on fait :la démocratie oui, mais pour l’ouvrier, le paysan, le révolutionnaire. La répression, oui aussi !» Cher Georges, je vais bientôt aller à Cuba, je vous promets de demander aux ouvriers et aux paysans s’ils ont le sentiment de vivre dans une démocratie. Et si le mot leur semble par trop mystérieux je leur demanderai simplement si, hormis cette dégueulasserie d’embargo américain qui les affame, ils se sentent LIBRES. Vous me citez les exemples du « Burundi, de la Colombie, nouveaux Eldorado post-soviétiques « libérés » du communisme et livrés à la misère noire, au F.M.I. et à la mafia ». Autant me dire : « regardez, ils n’avaient qu’un cancer généralisé, maintenant ils ont le sida »… Je déteste cette théorie selon laquelle un régime est défendable parce que moins dégueulasse qu’un autre, même si cette théorie qui nous fait voter pour les « bourgeois socialistes » dont vous parliez plus haut. A cette différence qu’une fois qu’ils sont au pouvoir nous ne les défendons pas et surtout ne les épargnons pas. Et, personnellement, j’évite d’affirmer que l’U.R.S.S. – goulag de Brejnev valait « quand même mieux » que les 1,5 million de communistes privés d’emploi aujourd’hui dans l’Allemagne réunifiée. Je me bats contre tous ces régimes, suis allergique à toutes ces formes d’oppression, qu’elles soient guidées, engendrées par les intérêts supérieurs du libéralisme économique ou par la pensée de Mao, Jésus-Christ ou Che Guevara. « Hasta la victoria siempre ! disait Che Guevara dont l’accord avec Fidel Castro a toujours été sans réserve » concluez-vous. Etrange interprétation de l’histoire… Il m’a toujours semblé que le Che avait quitté Cuba et renoncé à Castro parce qu’il pressentait ce que le Lider maximo  allait devenir. Et qu’il est effectivement devenu : un dictateur. RENAUD »
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  • 14 juin 1995, LA OU HABITENT LES OISEAUX lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 14 juin 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi LA OU HABITENT LES OISEAUX « Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter… » (Cioran)   C’est pas une rue, c’est une balafre. Une faille, une cicatrice de trois cents mètres qui commence sur le boulevard Quinet et se termine rue Froidevaux. Pas une rue parce que pas de boutiques, pas de voitures garées là ou là, pas de parcmètres, pas de flics et à peine de piétons. Pas une rue parce que pas d’immeubles, pas de maisons, et même pas un bistrot. Rien. Une balafre. Une faille, une cicatrice béante bordée de part et d’autre par deux rangées de platanes dont les feuillages se rejoignent pour former une voûte de verdure sous laquelle les bagnoles, hélas, passent. Derrière les arbres, de chaque côté, deux longs murs gris. Derrière les murs, à gauche le cimetière du Montparnasse, à droite aussi. Du haut des murs dépassent quelques croix de pierre, quelques anges qui tournent le dos aux rares passants qui s’aventurent dans cet étrange corridor. J’ai emprunté à pied, hier, cette rue qui n’est pas une rue, j’y ai croisé une dame avec son chien et une fille formidable. La dame a baissé les yeux lorsque je suis arrivé près d’elle, peut-être, qu’à croiser mon regard elle s’aille faire agresser. La fille, elle, marchait d’un pas alerte sur le trottoir d’en face, je crois qu’elle ne m’a même pas vu, quelle tristesse… Un peu plus loin j’ai entendu les oiseaux. J’ai repensé à cette petite nouvelle de Charles-Louis Philippe, dans les Contes du matin, bouquin introuvable que Brassens vénérait, et dans laquelle l’auteur explique que les oiseaux dans Paris sont toujours de passage, toujours en maraude, mais que le soir ils rentrent chez eux. Et où habitent les oiseaux ? Au cimetière du Montparnasse. Arrivé au bout de la rue, de retour dans la civilisation, j’étais content, j’avais choisi de quel côté, derrière quel mur j’aurais envie de passer l’éternité. Mais je vous dis pas, c’est perso, c’est secret. Vous aurez qu’à écouter les oiseaux. Là où ils chantent un peu faux en tapant dans leurs ailes un peu à contretemps, c’est que je serai pas loin. RENAUD »
  • 21 juin 1995, M'ATTENDS PAS, J'ARRIVE PAS ! lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 21 juin 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi M’ATTENDS PAS, J’ARRIVE PAS !   La rue dont je vous parlais la semaine dernière, vous l’aviez compris, coupe en deux le cimetière du Montparnasse. Salopards d’urbanistes, enfoirés d’automobilistes, même pas foutus  de laisser les morts reposer en paix ! Cette semaine j’ai franchi les grilles de cette oasis de pierres et de fleur pour aller dire bonjour aux oiseaux d’abord, à Gainsbourg ensuite. Le beau Serge est toujours très fleuri, on lui dépose toujours de tendres et naïves poésies protégées des intempéries par des chemises plastifiées pas trop esthétiques, des petits mots griffonnés à la hâte et épinglés sur les feuilles des bouquets, « attends-nous, on arrive ! Signé Lilou », des paquets de gitanes et des tickets de métro. Les clopes, bien sûr, c’est parce qu’il en consommait pas mal, les tickets de métro j’imagine que c’est à cause du Poinçonneur des Lilas. Aurait-il été, comme moi, plus accroc aux coquillettes qu’à la nicotine que sa tombe eût probablement été garnie de paquets de nouilles, eût-il chanté la Mer qu’on lui eût déposé des pâtés de sables ou des seaux d’eau salée. Soyons vigilants de notre vivant, que nos passions ne se transforment pas plus tard en autant de symboliques et dérisoires offrandes… Je dis pas ça pour moi, moi, d’abord, je mourirai jamais, je trouve juste que tant qu’à déposer quelque chose sur les pierres tombales, les fleurs c’est encore ce qu’on a trouvé de plus joli, depuis des siècles et un peu partout. Y a même des fleurs qui sèchent moins vite que certaines larmes. Pas loin de Gainsbarre, me baladant dans les allées, je sis tombé par le plus grand des hasards sur Reiser, dont la dernière demeure est pour le moins spartiate. Pas de pierre, pas de marbre, pas de croix (ouf…), une sinistre dalle en béton, son nom sur une pauvre plaque, sans prénom, sans date, sans regrets éternels, et juste un pot de lierre dont les feuilles grisonnant de poussière s’étiolent sous le soleil pâlot de ce mois de juin dégueulasse. Demain je reviendrai, je lui apporterai une boîte de crayons de couleur. Il se dessinera les fleurs qu’il préfère. RENAUD »
  • 28 juin 1995, ORANGE AMÈRE Renaud ne boycottera pas les nouilles, même brunes lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 28 juin 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi ORANGE AMERE Renaud ne boycottera pas les nouilles, même brunes   Pas la peine de m’écrire pour m’engueuler si vous êtes pas d’accord, ma femme s’en est déjà chargée. « Toi, t’irais chanter à Orange juste pour faire le contraire de Bruel ! » m’a-t-elle dit hier lorsque le nouveau débat à la mode qui anime le landerneau show-biztique  « Faut-il boycotter les villes F.N. ? » est arrivé jusqu’à ma salle à manger à l’heure des nouilles. « Pas du tout » ai-je répondu, « moi, j’irai chanter contre le F.N., là où le F.N. triomphe. Si c’est pas dans le cadre d’un festival subventionné par la municipalité, je vois pas en quoi je la cautionne. Lorsque je chante des villes notoirement de droite (et demain d’extrême droite), je rassemble un public plus farouchement de gauche que partout ailleurs, je vais quand même pas me priver d’eux ! (j’écris pas « je vais quand même les pénaliser eux », c’est prétentieux…) Les abandonner dans leur quotidien pas terrible, dans une ville sinistrée politiquement mais aussi bientôt culturellement, parce que les artistes « de gôche » la désertent… Quand tu te veux un tant soit peu humaniste, tu vas là où l’humanisme est en danger, point final ! Et puis merde ! Faut pas déconner, y a des artistes qui décident, pour marquer le coup, de boycotter Orange ou Toulon parce que leurs prestations sont des activités culturelles musicales APOLITIQUES qui, immanquablement, donnent du crédit, cautionne la politique culturelle de la ville. Moi, ça m’étonnerait que la municipalité d’Orange (et les journalistes locaux qui rendront compte de ma prestation) considère un de mes concerts dans cette ville autrement que comme une manifestation de résistance à ses élus et à leurs valeurs ! » Ma femme m’a dit que, d’abord, on disait pas « merde » à table, et puis que, quand même, mes concerts, c’étaient pas des meetings ! « Font et Val non pas de meetings », j’ai répondu, « n’empêche qu’ils iront aussi foutre la zone dans les villes F.N., parce que c’est là qu’il faut lutter, est-ce que je peux reprendre des nouilles ? » Alors elle m’a dit que oui je pouvais, mais que n’empêche, le boycott culturel (entre autres) de l’Afrique du Sud pour lutter contre l’apartheid, ça avait porté ses fruits, que ni Val ni moi n’avons eu l’idée d’aller chanter là-bas, même par solidarité avec les victimes de ce régime, laisses-en quand même un peu à Lolita. Après j’ai plus rien dit parce que ce n’est pas poli de parler la bouche pleine, mais j’ai un peu réfléchi : la décision de boycotter Orange, bob, d’accord, c’est avant tout symbolique. Parce que la mairie est officiellement Front national. O.K. Mais les boycotteurs savent-ils qu’il y a dix fois plus d’électeurs F.N. à Marseille qu’à Orange ? Ca les dérange pas de chanter à Marseille ? Nice où la mairie est « divers droite » avec un maire F.N. pur jus mais qui s’est débarrassé de l’encombrante étiquette, ça les dérange pas non plus ? Et en extrapolant un peu, les artistes qui font une carrière internationale, ça les trouble pas de se produire en France, pays d’Europe où l’extrême droite est la plus puissante ? J’ai dit tout ça à ma femme. « Voilà, la décision de Bruel est cohérente et défendable, sauf que si on poussait sa logique à l’extrême, c’est la France qu’il faudrait boycotter. » Alors ma femme m’a dit que les artistes, quand ils se baladent en tournée à travers la France, s’ils ont la possibilité de marquer leur colère ou leur désaccord fondamental, viscéral, avec les thèses d’extrême droite, en choisissant (symboliquement) de chanter aux portes d’Orange plutôt qu’à Orange même, à cinq bornes de Toulon plutôt qu’à Toulon même, ça ne « pénalise » ni n’exclut les publics de ces villes et ça évite de se demander si notre présence cautionne ou non la municipalité. Chanter dans des villes F.N., quoi qu’on y fasse, c’est accepter, banaliser, légitimer le fait que le F.N. puisse gérer des villes. Et toc ! Alors je me suis dit que, quand même, elle avait pas tort. Bon, je vais encore me faire traiter de girouette si je change d’avis entre le début de ma chronique et la fin, j’aurai beau répondre que « c’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent », je vais encore me faire allumer, y aura encore personne pour me défendre. Alors j’ai dit à ma gonzesse : « Bon, t’as peut-être raison, mais alors je boycotte aussi Nîmes. La mairie est repassée aux mains des communistes. Pour les millions de morts de Staline, pour la liberté assassinée dans tant de pays au nom de cette idéologie, pour les goulags, les anarchistes ukrainiens massacrés en 1919, pour le Tibet annexé, pour la place Tien An Men et les procès de Moscou, pour les accords de Grenelle en 68, et surtout pour la seule Shoah qui distingue le communisme du fascisme, je ne chanterai jamais dans une ville coco ! » Après, j’ai aussi expliqué que les villes U.D.F, R.P.R ou P.S valaient guère mieux, que le libéralisme économique (nouveau nom du capitalisme, vous aviez remarqué ?) qui engendre la misère économique sur les trois quarts de la planète, qui pille et affame le tiers monde, qui génère les guerres, qui assassine l’intelligence à coup de TF1, CNN, McDonald’s et Disneyland, avait, depuis la révolution industrielle du siècle dernier, probablement fait autant de victimes que fascisme et communisme réunis, est-c’que ce coup-ci je peux finir les nouilles ? Alors ma femme m’a dit que si je comparais le fascisme avec n’importe quoi d’autre j’allais me faire voler dans les plumes. J’ai juste dit que je comparais seulement le nombre de morts mais ça l’a pas convaincue. Et moi non plus. RENAUD P.-S. : Bon, sans dec’, je dois chanter à Toulon le 23 novembre prochain, d’ici là y aura un lecteur plus malin que moi pour me dire si je dois boycotter ou pas… Ou alors je me démerde pour dire tellement de mal de Toulon, Orange et Marignane que d’ici à cet automne, je serai peut-être interdit dans ces villes. L’idéal, non ? »
  • 12 juillet 1995, Ras l'Front, la pétition Renaud à Facholand
  • 19 juillet 1995, VIVE LA FRANCE ! > Charlie Hebdo, le 19 juillet 1995 « Renaud Envoyé spécial chez moi VIVE LA FRANCE ! Le 14 Juillet, l'armée française a victorieusement défendu les Champs-Élysées contre les Serbes Ca vous fait pas gerber, vous, tous ces skinheads galonnés qui, chaque 14 Juillet, descendent les Champs-Élysées au pas de l'oie ? Moi, ça fait quarante-trois ans que je m'y fais pas. Putain, mais y vont nous prendre pour des cons encore longtemps ? J'avais cru comprendre à l'école que le 14 Juillet c'était la prise de la Bastille, le peuple de Paris qui renversait la monarchie, la restauration des libertés, l'abolition des privilèges et tout le bazar. Qu'est-c'que ces enfoirés de militaires viennent se faire briller pour célébrer ça ? Depuis quand nos soldats n'ont pas pris une Bastille ? défoncé des murs de derrière lesquels croupiraient d'innocents démocrates victimes de l'arbitraire et de la dictature ? La dernière fois qu'ils sont partis la fleur au fusil rétablir le droit quelque part, ce fut en bombardant « chirurgicalement » les populations civiles irakiennes. 200000 morts et le droit rétabli comme mon genou ! Minables en 40, pitoyables en Indochine et en Algérie (tant mieux...), pas foutus de gagner une guerre (juste ou pas...), ramassis de fachos à l'âme séditieuse, prêts à tout instant à renverser la démocratie si l'on rogne sur vos astronomiques budgets, si l'on touche à un poil de vos privilèges, même en admettant, un mouchoir sur nos pacifiques philosophies, que vous pourriez, en Bosnie, pour une fois, guerroyer pour de bonnes raisons, même là, pas foutus de manier efficacement autre chose qu'un drapeau blanc ! Le dixième de ce qui survola les Champs-Élysées ce 14 juillet suffirait probablement à foutre la branlée du siècle aux milices serbes de Mladic qui continuent de plus belle la purification ethnique, mais vous n'aimez rien d'autre, vos généraux et vous, que défiler ou vous défiler. Retournez dans vos casernes, bandes de mongols ! Là, au moins, vous pouvez donner l'impression d'être des hommes, des vrais, en inculquant à coups de pompe dans le cul aux appelés ou aux jeunes recrues vos valeurs de merde : loi du plus fort, machisme, misogynie, racisme. Sans oublier cet amour immodéré de la patrie qui fait de vous d'indécrottables nationalistes, sans oublier cette troublante propension à la virilité qui vous donne à tous des têtes d'assassin. Je vous parle pas poliment, je sais, mais ça compensera un petit peu les dithyrambes militaristes des journalistes qui couvraient pour les télés votre défilé à la con de ce matin. Ces gens-là ont tellement souvent la bouche pleine de merde qu'ils étaient tout désignés pour vous lécher le cul. Encore une chose, si vous restez dans les rues de Paris ce soir, j'imagine que vous irez au Champ de Mars écouter le concert de Jean-Michel Jarre. Ca devrait vous plaire : Jean-Michel Jarre est à peu près à la musique ce que l'armée française est à la Révolution du même nom. Et puis ce son et lumière vous rappellera les nuits de bombardements sur Bagdad en 91. Voilà quinze ans que notre institutionnelle Ruggieri du clavier ne s'aventure plus à se produire dans un théâtre, un music-hall ou un Zénith pour un public payant, préférant rassembler sans risques quelques dizaines de milliers de bœufs assoiffés de bals populaires gratuits avec musique électronique et rayons laser. Ces shows, aussi insipides que mégalos, sont généralement produits par des sponsors privés, subventionnés par des aides publiques, achetés par des radios F.M. de merde et des télés - devinez-laquelle. Pour celui de ce soir, la Mairie de Paris est de la partie ainsi que l'armée, qui met ses tentes à disposition de notre golden boy du synthétiseur. C'est  vraiment bien le 14 Juillet. Le matin, on voit défiler militairement nos impôts sur le pavé et dans le ciel des Champs-Élysées, le soir, c'est encore avec l'argent du contribuable qu'un échappé des « Musclés » de Dorothée vient nous briser les tympans. Vive la France ! RENAUD »
  • 12 avril 1995, Carnet de voyage, RENAUD CHEZ LA MERE A TITO lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 12 avril 1995   « Carnet de voyage RENAUD CHEZ LA MERE A TITO   Mostar, vendredi matin. Comme si la guerre suffisait pas, il fait un temps de chiotte. Et demain nous rentrons. Mis à part le bonheur de retrouver bientôt les miens, je vous avoue que je serais bien resté une semaine de plus. J’ai envie d’aller à Sarajevo. M’en fous, je reviendrai. En attendant, il s’agit de prendre une décision pour le concert en plein air de fin d’après-midi. Si la pluie s’arrête on peut le tenter, si ça redouble on oublie. Le problème c’est qu’il pleut une heure sur deux. Dans le doute nous allons visiter une salle de spectacles dans le sous-sol d’un bâtiment situé très précisément au check-point qui sépare la ville en deux. L’immeuble, squatté par les militaires bosniaques qui contrôlent le passage, est totalement destroy. Le sous-sol, j’y ferais pas dormir mon chien ni peut-être même le vôtre. Après le concert de Sari-Vitez, plus rien ne nous effraye, nous envisageons donc presque avec sérénité la possibilité de monter la sono et de nous produire dans cette cave immonde. Quand nous remontons à la lumière la pluie a cessé. Il faut prendre une décision. Je propose de tenter le plein air en prévoyant de grandes bâches de plastique pour recouvrir le matos au cas où ça repleuvrait. Hamid, l’ingénieur du son responsable du matériel, fait un peu la gueule, son matos vaut soixante bâtons, la flotte là-dedans et sa boîte de sono peut mettre la clé sous la porte. Nous commençons donc à décharger le camion au lieu-dit « Terrasse du Labyrinthe » (que, lapsus, j’appelais, la semaine dernière, « Terrasse des Pyramides », excusez-moi), tout le monde s’y colle. Pour l’atteindre, il nous faut, en effet, descendre les flight-cases pendant une vingtaine de mètres, le long d’une rampe caillouteuse et pleine de marches, ce qui rend l’opération dangereuse et pénible. Une dizaine de mômes nous tournent dans les pattes, à l’affût probablement de quelque chose à chouraver. Les voyant mater avec insistance ma guitare, je les dirige discrétos vers les cartons de Raspoutine en leur signifiant du geste qu’ils peuvent se servir. Une douzaine de cartons de Vittel pleins de brochures photocopiées, de tracts, de documents divers, reproduisant des écrits pacifistes et des appels à la désobéissance civile, qu’à chaque concert l’ami Philippe installe sur un stand improvisé afin de les distribuer aux spectateurs. La plupart de ces textes fumeux ont été photocopiés à 10000 exemplaires. « D’habitude, j’en tire une centaine. Là, je comptais sur 6000 spectateurs à Sarajevo et 4000 dans les cinq ou six autres concerts prévus », me dira-t-il plus tard. Prévus, mon cul ! Pas une date n’était arrêtée, pas une salle réservée, pas une autorisation obtenue. Si Raspoutine avait organisé Woodstock, tu peux être sûr qu’il y aurait eu plus de monde sur scène que sur la pelouse. Pi sur scène t’aurais vraisemblablement eu que Philippe Val et moi. Le matos commence à s’installer doucement quand deux fléaux nous tombent sur le râble. Un chiant, un sympa. La pluie d’abord, drue, froide, mouillée, puis l’association humanitaire « Présence ». Une quinzaine de Français, proprement hallucinés par notre présence ici, et qui, après les autographes et poses photos de rigueur, nous filent un coup de main pour installer la sono. Merci les mecs, mais maintenant que tout est monté, on remballe. La pluie s’infiltre partout, le lieu n’est même pas équipé d’une prise de terre, on ne risque plus seulement de foutre le matos en l’air, on va droit vers l’électrocution, les lèvres collées au  micro. Mourir pour Mostar d’accord, mais pas pour Jupiter. Remballage, remontage des caisses vers le camion, direction la salle en sous-sol visitée ce matin. Passage par la radio pour annoncer le changement de programme et, toujours accompagnés des potes de « Présence », arrêt au check-point pour un nouveau déchargement. L’équipe a grossi, nous sommes maintenant une trentaine avec trois ou quatre véhicules, les soldats qui tiennent le lieu, après avoir, dans un premier temps, semblé dépassés par les évènements devant ce joyeux bordel au point le plus stratégique de la ville, commencent à devenir agressifs. Nous devons dégager du check-point, les véhicules et nous, et obtenir de la mairie une autorisation officielle avec tampon et tout avant d’installer quoique ce soit. Philippe et moi, accompagnés de Danielle (la Française ex-Unicef et notre logeuse) et de Vedran, parcourons la ville dans tous les sens pour mettre la main sur le maire, seul habilité à nous donner cette autorisation. Que dalle. Il est quelque part en train de fêter la fin du ramadan, introuvable. Nous retournons au check-point annoncer aux autres que c’est râpé. Nous ne ferons pas de concert à Mostar. Les types de « Présence » nous invitent, pour nous consoler, à aller partager leur gamelle. « Merci beaucoup, leur dis-je, mais je suis inconsolable. Et puis je n’ai pas faim, j’ai déjà mangé avant-hier. Et puis j’imagine que vous avez pas de nouilles ? » Comme ils en avait, finalement on y est allés. Quand ils ont apporté en plus le gruyère râpé j’ai accepté d’être membre d’honneur de leur association. Vedran, le jeune Bosniaque musulman, a hérité d’une grosse saucisse de Toulouse dans son assiette avec ses coquillettes. Il l’a tartinée de moutarde et mise dans son pain. Au moment de croquer il m’a demandé, inquiet : « C’est pas du porc, au moins ? » J’ai répondu :  « Si, j’en ai peur… » Alors il a dit : « Dieu me pardonne ! » et a mordu dedans à pleine bouche. Moi, pour les nouilles, j’espère qu’il me pardonne aussi… A SUIVRE… »

7 janvier 2001

Charlie-Hebdo
  • 23 août 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - Grosny dans ma tête > CHARLIE HEBDO N°166 du 23 août 1995 Renaud envoyé spécial chez moi Grosny dans ma tête J'avais dessiné sur le sable Ses gros nichons qui me regardaient J'AI LE BLUES. Un cafard noir comme je sais pas quoi, y a rien d'assez sombre pour comparer. Disons les perspectives de redressement économique de l'industrie du tourisme en Tchétchénie. Voilà, noir comme ça. Si je trouvais pas ça totalement vulgaire, je crois que j'aurais envie de mourir. D'ailleurs j'ai envie. Ca ira sûrement mieux demain, mais bon, c'est aujourd'hui que j'écris et aujourd'hui je vais pas bien. Je dois couver un rhume de l'âme ou un ulcère existentiel. C'est parce que mes vacances se terminent, parce que ça commence à sentir la rentrée des classes, l'automne à la con et la pluie pareille. Parce que les copains s'en vont petit à petit, parce que je vais finir par me retrouver en mauvaise compagnie tout seul avec moi. Y a plus grand monde en ville, les plages se vident, mon bronzage « cuivre indien » commence à présenter des signes de pâlissude, les bistrotiers du coin, libérés de la frénésie consommatrice des aoûtiens bientôt repartis, trouvent enfin le temps de s'asseoir à ma table et, d'un air las, me confient que, « ouf ! On respire un peu ! », et moi je réponds que, « oui, c'est plus calme, je vais me reprendre une bouteille de blanc, tiens... ». Hier soir, y avait fête foraine et bal au petit village où je suis. On a bu et dansé jusqu'à pas d'heure. Le lendemain d'où je bois j'ai toujours envie de mourir, je sais pas pourquoi, et je dis toujours à ma femme que, « ce soir, terminé, je suis à l'eau et au lit à dix heures ! ». Elle me regarde avec un air un peu triste et me demande si je veux encore un Aspegic 1000. J'ai gagné une peluche au stand de tir de la fête foraine, cinq plombs dans le centre de la cible à au moins deux mètres. Ca a l'air de rien, mais les potes en ont pas mis une. Alors ils m'ont chambré, genre : « Ah bravo, l'antimilitariste non violent réfractaire aux armes à feu ! » J'ai dit que c'était juste par amour des peluches, pas des carabines... Pis après j'ai mangé une pomme d'amour et une barbe à papa par amour de mon enfance en allée. Voilà. C'est aussi pour ça que ce matin j'ai le blues. Je vais aller à la plage avec ma fille et je vais faire un château de sable, mais pas en forme de château, plutôt en forme de sphinx de Gizeh comme hier ou de femme à poil avec des gros nichons comme l'autre jour. Pis après la mer va monter et va encore tout me démolir. C'est Rodin qu'on assassine... J'ai le blues. Ma vie est un château de sable, fragile et magnifique, que, chaque jour, la marée du monde détruit inexorablement. RENAUD
  • 30 août 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - La tchéchénie et mon pied > CHARLIE HEBDO N°166 30 08 1995 Renaud envoyé spécial chez moi La tchéchénie et mon pied Je suis venu, j'ai bu j'ai tombu JE SAIS BIEN qu'il y a des choses plus graves dans la vie, mais bon... Je sais aussi que vous êtes comme moi : le jour où vous avez très très mal aux dents, la situation au Ruanda vous paraît secondaire... Moi, c'est au pied que j'ai mal. Un mal de chien, qui relègue la Tchétchénie très très loin, excusez-moi mais vous seriez à ma place qu'elle serait peut-être encore plus loin. Les fidèles de mes écrits aléatoires et à travers se souviennent peut- être d'une chronique de 1993 intitulée « Mon talon d'Achille », et dans laquelle j'expliquais comment, de toute ma vie, je ne m'étais jamais fait mal ailleurs qu'au pied et toujours en été. Ma dernière semaine de vacances bien méritées allait s'achever sans blessure notoire, ça commençait à m'inquiéter, quand, hier, bada- boum ! J'ai reçu ma moto sur le pied ! « Si tu vas à ce "bike- show" à Cavaillon à moto, tu me fais plaisir, tu bois pas ! » m'avait dit ma femme. J'avais dit : « T'en fais pas, je suis pas fou, je vais juste faire un tour, mater les bécanes, et je reviens. » Arrivé là-bas, les bikers m'ont mis le grappin dessus pour faire partie du jury pour le bike- show. Fallait filer des notes entre un et dix à une centaine de Harley toutes plus belles les unes que les autres. Y en avait une particulièrement belle, mais c'était une Honda. Je lui ai mis « deux », histoire de passer pour un puriste. Après, ils m'ont offert quelques bières pour me remercier d'être si gentil et « pas bégueule comme Johnny, qui a toujours douze gardes du corps autour de lui quand il vient dans ce genre de manifestation ». J'ai dit que moi, un corps comme j'ai, ça se garde pas, ça se jette. Après, pour le concours de tee-shirts mouillés, ils m'ont proposé d'introduire les candidates sur scène. (Je me comprends..'. Je veux dire que c'est moi qui les ai fait pénétrer sur scène...) Alors j'ai accompagné les filles, sous des tonnerres d'applaudissements que j'ai pris pour moi même si c'était pour elles, et puis les mecs m'ont proposé de faire partie des arroseurs de tee-shirts. J'ai dit « non », mais vraiment pas fort, alors ils ont entendu « Oh oui ! Volontiers ! ». Après ils m'ont offert quelques bières pour me remercier d'être aussi serviable et « pas fier comme Johnny, à qui c'est pas fastoche de payer une bière à cause de son entourage ! ». Alors j'ai dit que moi c'était fastoche, que mon entourage je l'avais laissé à la maison et que d'ailleurs fallait que j'y aille, j'avais dit que je rentrais à quatre heures et il est bientôt neuf heures, mon entourage va se faire du souci, j'avais promis de pas boire de moto si je roulais en bière, on boit la dernière et j'y vais. Donc j'ai fini par y aller, j'ai pris ma bécane, une grosse Harley qui fait « prout-prout » et avec laquelle j'ai roulé des millions de kilomètres sans jamais tomber, peut-être pas des millions mais au moins un paquet entre le bistrot et chez moi, avec les zigzags, ça fait très long , au début tout allait plutôt bien, cheveux au vent sur mon cheval d'acier j'étais beau comme un dieu (disons Bacchus), mais, arrivés à Cavaillon, un pote qui roulait pas loin sur une moto de pédé japonaise m'a crié de m'arrêter parce que mon tee-shirt, qui pendouillait à ma ceinture, allait se foutre dans la roue arrière. Je veux bien finir comme Isadora Duncan, mais pas avec un beau tee-shirt à moi, tout propre et tout ! Je me suis arrêté au bord d'un trottoir, j'ai mis la béquille latérale et suis descendu de ma chiotte. J'étais pourtant sûr d'avoir mis la béquille latérale ! Crac badaboum ! 300 kilos d'acier sauvage qui s'écroulent dans un grand « bling ! » sur mon corps sculptural, ma jambe magnifique coincée dessous, mon pied (joli aussi) qui forme un angle bizarre entre le carter et le bord du trottoir ! J'ai crié un truc genre « Aïe ! », les gens d'un bistrot pas loin ont accouru pour me secourir, ils ont soulevé la moto et m'ont dit que j'avais sûrement une cheville foulée, que je pouvais pas rentrer comme ça, que je ferais mieux de venir boire un alcool fort avec eux au bistrot avant de reprendre la route. Alors j'ai pensé que c'est pas me secourir qu'ils voulaient, c'est m'achever... J'ai repris courageusement la route et, arrivé chez moi, j'ai commencé à claudiquer. C'est aussi chiant que boitiller, mais c'est plus joli, et c'est un mot que j'avais jamais écrit de ma vie, j'ai quand même le droit d'essayer un mot nouveau de temps en temps, non ? Ce matin, je pouvais pas poser le pied par terre. J'ai couru (c'est une image) à l'hosto de Cavaillon, on m'a fait des photos noir et blanc très moches de mon pied, fracture du péroné ! Plâtre et béquilles pour cinq semaines ! Là, le fait de vous avoir raconté tout ça, ça m'a un peu soulagé, j'ai moins mal, je crois que je vais penser un peu à la Tchétchénie... RENAUD

1er janvier 2001

Charlie-Hebdo
  • 16 août 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - Quand une huître se mouche, elle meurt > CHARLIE HEBDO N°165 16 08 1995 Renaud envoyé spécial chez moi Quand une huître se mouche, elle meurt J'AI ENVIE D'ÉCRIRE une chanson sur les huîtres. Je sais pas pourquoi, ces petits animaux qui m'ont dégoûté pendant quarante-trois ans me sont, subitement, devenus sympathiques. C'est probablement parce que je suis allé les voir chez eux, dans leur biotope, comme on dit maintenant. Je n'en suis pas encore à penser que les huîtres ont une âme, qu'elles sont capables de sentiment comme la peur, la douleur ou la joie, mais qu'elles sont rusées, oui, ça je suis sûr... C'est aussi ce qui me les rend attirantes. J'aime bien la ruse chez les animaux. C'est souvent lié à un instinct de survie bien compréhensible. Alors que la ruse chez l'homme relève plutôt d'un désir un peu malsain de dominer, de séduire, de niquer son contemporain, la ruse animale n'est conditionnée que par une unique préoccupation : bouffer sans se faire bouffer. La ruse de l'huître est évidente, risible, pour ainsi dire pitoyable de pathétisme : elle fait exprès d'être répugnante d'aspect, pour pas se faire manger. Par un crabe, un poulpe ou un Parisien en vacances. Si elle ressemblait à une omelette aux cèpes ou à une sole meunière elle serait, au moins de la part de ces derniers, l'objet de toutes les gastronomiques convoitises. Au lieu de ça, elle a choisi de se déguiser, planquée dans sa coquille un peu dégueu, en tuberculeuse expectoration. Pas de bras, pas de jambes, pas de vêtements, pas de bijoux, pas de sac à main, pas de chapeau. Une espèce de créature gluante et flasque, aussi dénuée d'élégance qu'un édito de Suffert dans le Figaro, aussi attirante que la grille des programmes de TF1 pour la rentrée. Quant au sexe, n'en parlons même pas. Si j'étais un mec huître, je crois que je préférerais une union contre nature avec une vieille tong rejetée par la marée plutôt que de me taper une femme huître même bonne. Lovée dans sa blanche gangue de nacre, l'huître fait penser à un vieux mollard du matin dans un lavabo d'hôtel de province. Insensible à toute forme d'émotion, une symphonie de Mendelssohn comme la lecture du dernier Daniel Pennac la laissent totalement froide. Et pas seulement parce que le dernier Daniel Pennac est un peu chiant. Seules quelques gouttes de citron sur sa chair nauséabonde laissent transparaître chez elle l'expression d'un sentiment de colère., et encore, si ça se trouve, c'est du plaisir. On ne saura jamais. L'huître est silencieuse comme une carpe et ce ne sont que les hâtives hypothèses de scientifiques aléatoires qui nous autorisent à conclure que le citron l'énerve. Comment croire, en effet, qu'au regard des drames de l'ex- Yougoslavie, du Ruanda, du chômage et de la disparition imminente de notre confrère V.S.D., l'huître ne puisse s'insurger qu'à l'assaisonnement ? Il m'arrive souvent, et plus particulièrement depuis quelques jours, plongé que je suis dans l'ostréiculture intensive qui fait la réputation mondiale du bassin d'Arcachon, de penser au premier mec au monde qui, il y a plusieurs millions (?) d'années, a décidé de se manger une huître. « Tiens ? Ce caillou que je viens de fracasser renferme une créature insolite... Mais qu'est-ce donc ? Animal ? Végétal ? Hier j'ai mangé une tulipe, une chauve-souris, un ténia, une méduse, un tronc d'arbre et un scarabée, c'était pas terrible, aujourd'hui je vais essayer ce truc-là... Hum... Mais c'est bon... Demain j'essaierai la coquille ! » Et je me dis finalement que c'est sûrement ce mec-là aussi qui a, le premier, cassé les cailloux bizarres qui sortent du cul des poules, qui a mélangé l'ignoble gluance jaune et translucide cachée dedans, qui a fait cuire ça sur une pierre plate aux rayons d'un paléolithique soleil, qui a r' rajouté à cette mixture dégueulasse quelques morceaux d'un champignon alors sans nom et qui a, sans le savoir, et pour notre plus grand bonheur, inventé l'omelette aux cèpes qui ne dégoûte personne alors que je m'excuse, mais bon... Vous me direz « la ruse de l'huître ne fonctionne pas très bien puisque, malgré son aspect peu engageant, l'homme la mange quand même ». Oui, mais il en mange beaucoup moins que des oeufs ou des moules. Quand, il y a plusieurs milliards (?) d'années, les premiers marchands d'huîtres ont réalisé que leur produit débectait le consommateur moyen ils ont décidé que ça coûterait très cher, du coup, les riches, toujours à l'affût d'une activité à eux seuls réservée, s'en sont régalés et en ont fait l'éloge, et les pauvres ont suivi. Mais seulement à Noël... On peut donc dire, et c'est ce que je disais au début – suivez un peu, merde ! –, que l'huître, grâce à sa ruse, est peinarde presque toute l'année. Alors que François Mitterrand par exemple, même s'il est aussi extrêmement rusé, en a chié pendant quatorze ans. RENAUD P.-S. : La chanson, ça serait l'histoire d'un mec huître qui tombe amoureux d'une gonzesse huître, mais une fois qu'il l'a niquée il se barre en lui piquant sa perle, alors la pauvre huître, toute triste, elle sort de sa coquille, va se saouler la gueule au bistrot, tente de se suicider en fonçant sur un citron, dérape, tombe dans le crachoir au pied du bar et dit : « Putain, quelle partouze ! » Et à la fin elle est heureuse
  • 8 septembre 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - Le caméscope est l'avenir du con > CHARLIE HEBDO N°163 du 09 08 1995 Renaud envoyé spécial chez moi Le caméscopeest l'avenir du con Cher Philippe Val, Je t'écris du bassin d'Arcachon où je passe de bonnes vacances et j'espère que toi aussi mais je sais pas où. Il y a beaucoup de monde mais je vois pas trop de gens parce que quand je marche dans la rue ou au port je baisse les yeux parce que les gens me regardent avec des grands yeux et après ils disent « T'as vu ? On aurait dit Renaud... ». Mais comme je suis très bronzé je crois qu'ils croivent pas que c'est moi parce que je suis quand même plus beau qu'à la télé ou à la radio. Aujourd'hui j'avais mis un tee-shirt avec écrit dans le dos « Renaud – Tour 95 » et y'a une fille qui a dit « Mais non, si c'était lui il se baladerait pas avec son nom écrit dans le dos ! ». J'allais pas lui expliquer que mes autres tee-shirts étaient sales et que j'avais plus que celui-là et ceci cela... Il y a aussi des gens qui disent rien quand je passe mais après ils me fil- ment avec leurs caméscopes en faisant semblant de filmer le paysage mais je sais bien que c'est moi qu'ils filment parce que quand je leur fais un bras d'honneur après ils arrêtent et ils s'en vont l'air furieux en déblatérant leur éternel argument que c'est la rançon de la gloire et ceci cela aussi... Têtes de nœud ! La gloire je la dois pas à eux, je la dois à mon boulot et à ma sueur, la rançon c'est en bossant qu'on la paye. Pourquoi devrais-je accepter que des beaufs qui m'aiment pas (pis y m'aimeraient que ça serait kif-kif) se fassent paparazzis sur mon dos, que dois-je à ces couillons pour me retrouver en septembre sur leur téléviseur dans un film de vacances à la con avec commentaire pareil ? « Là, c'était à Cap- Ferret, sur le port, regardez qui on a filmé... Là, le type tout maigre qui s'en va... C'est Renaud-le chanteur ! Si si... Au début on croivait pas que c'était lui parce qu'il était très beau et très bronzé mais après on a vu son nom écrit dans le dos de son tee-shirt tout propre, du coup Simone l'a filmé parce que quand même c'est pas tous les jours qu'on passe nos vacances avec une vedette ! » « Mais, c'est à vous qu'il fait un bras d'honneur, là ? » « Ouais, t'as vu le bêcheur ! Eh ! Il a qu'à faire un autre boulot si y veut pas être filmé ! Après tout, c'est la rançon de la gloire... Ah, déjà qu'on l'aimait pas, j'peux t'dire qu'on peut plus le blairer, ce con ! » Heureusement y'a pas que des gens malpolis y'a aussi plein de gens normaux et même quelques gens formid's ! Le premier jour j'ai rencontré un ostréiculteur qui bossait au bord de l'eau, comme je lui posais plein de questions sur son boulot pour essayer de comprendre comment on fabrique les huîtres et tout et tout, le lendemain il m'a emmené dans sa barcasse faire le tour de ses parcs à huîtres. Il avait emporté le casse- croûte et le vin blanc, il m'a pas emmerdé une seconde avec mes chansons, pas filmé ni photographié, on a parlé des coquillages et de Chirac et des autres enfoirés et pis il m'a ouvert des huîtres ramassées à même le nid et comme je suis assez poli malgré mes bras d'honneur aux paparazzis du dimanche, j'ai pas osé dire que j'aimais pas ça, que j'en avais jamais mangé, que le mec qui me ferait avaler une huître il était pas encore né. Là, le mec, il m'en a fait avaler trois... J'ai pas trouvé ça aussi dégueu que j'imaginais... T'as l'impression de manger un (oeil mais un oeil très frais, très iodé... A part ça j'ai marché sur une coquille d'huître et je me suis encore ouvert le pied comme chaque année et j'espère que toi aussi pas. A part ça il fait très beau et j'espère aussi que toi aussi. A la rentrée je t'invite à manger, je t'expliquerai tout comment ça marche l'ostréiculture, c'est assez compliqué mais je crois que tu comprendras, un peu comme moi quand tu m'expliques comment ça marche les Essais de Montaigne. RENAUD P.-S. : Le bras d'honneur, c'est même pas vrai... J'ose même pas... Mais je le fais dans ma tête à deux bras !
  • 20 janvier 1993, Bille en tête - Stances à un journaleux > CHARLIE HEBDO du 20 janvier 1993 Renaud Bille en tête STANCES A UN JOURNALEUX Europe 1, la pêche dans la gueule ! Vous avez déjà été cambriolé ? C'est pas marrant, hein ? Pas seulement parce qu'on te tire ta télé, ton magnétoscope, ton walkman, ton micro-ondes, tes CD, ton Nikon et ton vélo rouge, tous ces gadgets qui font la supériorité de l'homme sur la bête, pas seulement parce que tu te dis que des mecs ont fouillé dans tes calbut's, tes chaussettes, tes papiers, tout ce qui fait la supériorité de l'Occidental moyen sur le pygmée petit, pas non plus seulement parce que ça va t'obliger à des démarches administratives très chiantes avec ton assureur qui te remboursera pas le tiers de ce que tu as perdu, non, la vraie galère c'est que tu dois faire venir les keufs pour un " constat d'effraction ", pis leur faire l'inventaire de ce qu'on t'a taxé. Ça s'appelle " déposer plainte ". Ça laisse supposer, une, que tu te plains, deux, que tu souhaites que les flics enquêtent. Pas forcément pour retrouver le coupable. Surtout pour retrouver le vélo... Je me suis fait cambrioler. (Je savais bien que ça allait vous faire marrer...) Je me plains pas, d'abord y'a pas de raisons que ça arrive qu'à vous, pis c'est bien fait pour ma pomme, j'avais qu'à pas me barrer en vacances pendant les fêtes de Noël en laissant dans la baraque que j'occupe à Valenciennes des choses auxquelles je tenais. (Quoiqu'à bien y réfléchir, je ne tiens à rien qui soit une " chose ".) Vous savez ce que j'ai fait ? J'ai écrit à la Voix du Nord pour dire ."Merci les mecs, revenez quand vous voulez, ça me fait vraiment plaisir que vous ayez choisi ma maison, je vous aime...". Bien sûr que je rigole ! J'ai fait exactement comme vous auriez fait: j'ai pesté, j'ai râlé, j'ai eu les boules. Contre moi pis contre l'enfoiré qui avait " même " eu l'audace de me taxer ma guitare chérie, ma préférée, ma compagne de galères et de galas. Pis j'ai pensé à cette chanson de Brassens, Stances à un cambrioleur, dans laquelle Tonton Georges remercie le monte-en-l'air qui a choisi de visiter sa maison parce que, " solidarité sainte de l'artisanat ", celui-ci n'a " pas cru décent de le priver de sa guitare "... A la Voix du Nord qui avait eu vent de mon " malheur " et qui souhaitait une interview, j'ai envoyé un petit mot vengeur dans lequel je faisais le parallèle entre le voleur de la chanson de Brassens et le mien. Le mien m'avait laissé l'accordéon (très cher) et pris ma guitare (invendable), je l'ai donc traité de con. Ça m'a défoulé, soulagé. C'était mon verdict, ma sentence pour son " crime ". Je vous dis pas le résultat... Quelle maladresse j'avais pas commise là... Le journal, aussi sec, envoyait mon papier à 1'AFP le jour même toutes les radios de France voulaient me joindre. Après quatorze appels, j'ai fini par prendre en ligne Europe 1 Nord-Pas-de-Calais, histoire de leur dire que " l'incident " était clos, que je n'avais rien à leur dire, qu'y z'avaient vraiment rien d'autre à foutre pour me harceler avec cette " info " aussi insignifiante, bref, qu'ils aillent se faire mettre. C'était Europe 1 Paris ! J'étais halluciné. J'ai passé dix minutes à expliquer à l'enculé (et je pèse mes mots) au bout du fil qu'au regard de l'actualité du monde et de la misère ambiante je commettrais l'acte le plus honteux de ma vie si j'osais, sur une radio nationale en plus, exprimer la moindre plainte sur " l'ignoble crime dont j'avais été victime ", que je trouvais pathétique que tous les médias de France passent leur après-midi au téléphone pour une aussi futile et dérisoire anecdote... " Oui, mais, quand même, vous l'avez écrit, cet article ? " me dit le con d'une voix tout à coup très polie, laissant deviner que dorénavant notre conversation était enregistrée. " J'ai envoyé une carte postale à mon p'tit voleur par l'intermédiaire du courrier des lecteurs d'un journal local, pour une histoire locale, je vois pas de quoi vous vous mêlez ! " répondis-je. " Nous, c'est pour vous rendre service, nous sommes très écoutés dans le Nord, ça peut vous aider à retrouver votre guitare... " Sachant que cette ordure enregistrait tout, j'ai encore essayé quelques minutes de lui foutre la honte en expliquant ce que je pensais des méthodes des journaleux, de leur " déontologie >>, de leur ridicule. Le soir même, aux infos (sic), grâce à un habile montage de cette " interview involontaire " et un commentaire ironique, j'insultais les voleurs (sous-entendu: après les avoir chantés) et j'avais le culot d'en appeler aux médias pour retrouver mon bien. C'était là qu'ils voulaient en venir, et moi, malin, j'avais pas compris... Entre-temps, une casse-couilles de Radio-France avait réussi à me trouver au fin fond de la campagne valenciennoise où je tournais, et m'avouait, apprenant que je venais de me faire gonfler par Europe 1, et donc refusais de répondre à ses questions, qu'elle " allait avoir l'air maligne si tous ses confrères avaient eu le "scoop" et pas elle... ". RTL appelait ma maison de disques pour me joindre à tout prix, France-Inter reprenait " l'information " et FR3 Région la balançait aussi dans ses titres. Le lendemain, France Soir et le Quatid ien y allaient de leur vitriol, et depuis, du Midi libre au Réveil d'Anjou, pas un quotidien qui n'ait repris leurs papiers en insistant chaque fois sur mon impardonnable méfait: avoir déposé plainte. Le prochain mec qui me cambriole, je lui offre un pin's d'Europe 1. Mais la prochaine fois que je me fais voler un mot de ma bouche par un journaleux, je sors le fusil à pompe. J'en viens à envier les pauvres gens qui vivent dans les pays totalitaires où il n'y a que deux sortes de journalistes: les autorisés, qu'on ne lit pas, qu'on n'écoute pas, qu'on ne croit pas, et puis les autres, les clandestins, les emprisonnés, les assassinés. Qu'on aime. Vous avez déjà aimé un journaliste, vous ?
  • 27 janvier 1993, Bille en tête - Elle est à toi cette chanson > CHARLIE HEBDO du 27 janvier 1993 Renaud Bille en tête ELLE EST A TOI CETTE CHANSON ... toi qui m'as donné du pneu quand j'étais dégonflé à l'avant L'Auvergne est une région à peu près pas très grande mais quand même assez privilégiée par rapport aux autres régions à ploucs car elle est située presque franchement au milieu du centre de la France. Comme je n'ai pas mon dico ou ma gonzesse sous les yeux, je ne peux pas précisément vous énumérer les départements qui constituent cette jolie région, mais, en gros, nous avons le Puy-de-Dôme, le Cantal, et peut-être le Boursin-ail et fines herbes mais je suis pas sûr. Personnellement, ayant des copains dans le Cantal, c'est mon département préféré, du moins en Auvergne, parce qu'il paraît que les petites rivières à truites y abondent et que les coquines, quoique farouches, y sont de belle taille. Bien que je me méfie un peu de ce genre de déclarations qui m'ont été faites par les habitants d'environ quatre-vingt-quinze départements français, le Cantal, où je n'ai jamais mis les pieds, a probablement les plus belles rivières à truites du monde. Le Puy-de-Dôme, par contre, est beaucoup moins favorisé, puisqu'il abrite la capitale de l'Auvergne, Clermont-Ferrand, qui est un peu un Lyon en moche. Outre une statue de Vercingétorix assez grotesque (vu la qualité des relations amicales gallo-romaines depuis la chute de Mussolini), Clermont-Ferrand se distingue par son usine de pneus XGT Super-radial-Michelin. C'est il y a plusieurs milliers d'années que Monsieur Pneu, natif du bled en question, découvra l'utilité du caoutchouc auvergnat pour améliorer l'adhérence des paysans sur le purin du même coin. Puis, lorsque la roue fut inventée (par un infini-pas con, en 1610 avant Ravaillac), il décidit d'adapter son invention à l'automobile naissante et fabriqua une semelle circulaire qu'il baptisa " Michelin ", en hommage à sa femme Micheline qui s'appelait Micheline. Il ouvra donc une usine à Clermont-Ferrand, usine qui, de nos jours, pollue encore la moitié du département et licencie l'autre. Fermons la parenthèse. Outre ces semelles rondes antidérapantes destinées à mourir plus vite sur nos jolies routes pendant le pont du 15 Août, l'Auvergne produit aussi des choses qui se mangent, comme, par exemple, le bleu d'Auvergne, la potée auvergnate, l'aligot d'Auvergne et l'eau de Volvic, qui se mange pas mais qui est bonne quand même quoiqu'un peu fade, un peu comme Claire Chazal par exemple. Au niveau géographique, nous dirons que l'Auvergne est assez montagneuse dans son genre. Autrefois, lorsqu'un Auvergnat montait à Paris, il devenait le plus souvent marchand de charbon. Aujourd'hui, avec le TGV, il devient président de la République. Ça rapporte plus, mais c'est pas sûr que ça laisse les mains moins sales. Comme Auvergnats célèbres montés à Paris, nous avons Georges Pompidou, qui fut président de la République pendant cinq ans mais qui est mort, Valéry Giscard, qui croit pouvoir redevenir un jour président de la République mais qui est pour ainsi dire mort aussi, et quelques autres, beaucoup moins célèbres, y z'avaient qu'à monter à Paris. Je pense notamment à Alexandre Vialatte, qui n'est même pas dans le Larousse alors que Bernard-Henri Lévy est dans la blonde. Mais l'Auvergnat le plus illustre fut, est et restera toujours celui de la chanson de Georges Brassens, celui qui " m'a donné quatre bouts de pain quand dans ma vie il faisait faim... ". Pour celui-là, qu'il ait existé ou non, nous pardonnerons à l'Auvergne d'avoir engendré Danièle Gilbert et Michel Charasse. La première, suite à ses ennuis avec la justice, fut condamnée à travailler sur Radio-Monte-Carlo, le second, pressentant la déculottée de mars 93, a troqué son siège éjectable de Matignon contre un canapé-lit en cuir repoussé au Sénat, canapé au fond duquel, imbu de ses jaurèssiennes convictions nimbées de certitudes sociales démocrates tendance jardin du Luxembourg, il réaffirme son désir de voir nos Mirage 2000 s'en aller dare-dare bombarder Bagdad ou Belgrade ou les deux.
  • 3 février 1993, Bille en tête - Paris, reine du monde. Les Parisiens ont mal à leurs racines, à cause du métro > CHARLIE HEBDO du 3 février 1993 PARIS, REINE DE LE MONDE Les Parisiens ont mal à leurs racines, à cause du métro Mon tour de France des régions va s'arrêter là. Après le Nord, le Lubéron, la Bretagne, le Pays basque, la Corse et l'Auvergne, je me suis mis à dos prés de la moitié de l'Hexagone. Comme j'avais déjà pas trop la barre avec l'autre moitié, y m'reste plus grand monde à énerver... Néanmoins, je m'en voudrais d'avoir parlé de tous ces jolis coins qui font le charme de notre douce terre de France et de tous ces braves gens " nés quelque part " sans faire un petit détour par MON pays, MA terre, MON endroit à moi, je veux parler bien sûr de Paris. Paris est la capitale de la France et, pour ainsi dire, du monde. Son rayonnement illumine l'humanité entière, peut-être même plus loin. Avant l'invention de Paris, le monde était triste comme un discours de Laurent Fabius. Autrefois, Paris s'appelait " Lucette ", ou quelque chose comme ça, mais qui s'en souvient encore aujourd'hui ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Paris est la plus grande ville du monde. Des millions de mètres carrés. Paris s'étend de la porte d'Orléans jusqu'à la porte de Clignancourt sans pour ainsi dire jamais s'arrêter. Paris est belle comme le Petit Larousse à la page des avions. C'est une ville que le monde entier nous envie, une ville à côté de laquelle Vienne, Venise, Rome, Grenade ou Prague font figure de dérisoires curiosités architecturales pour Japonais errants. Paris est le mont Saint-Michel de l'Humanité ! Paris est une ville en forme d'escalope milanaise, située un peu au nord du milieu de la France, donc du milieu du monde. Ses habitants s'appellent les Parisiens ou, plus généralement, aussitôt franchi le boulevard périphérique qui sépare Paris du quart-monde, les " Parigots-têtes de veaux ". L'incroyable et compréhensible jalousie du reste de la France (donc du monde) vis-à-vis du Parisien est à peu près égale à l'immense amour, à l'infini respect que porte le Parisien moyen pour le reste de la planète, pour les malheureux qui n'ont pas la chance de vivre dans une aussi jolie cité. Car avec ses rues, ses ponts, ses monuments, ses parcs et jardins et ses magasins Chevignon, Paris ne ressemble vraiment à aucune autre capitale de l'univers. La Seine, qui la traverse d'est en ouest, est, sans aucun doute, le plus joli fleuve du monde et le moins pollué. Ainsi, sous le pont de Puteaux, par exemple, où je vais parfois taquiner le brochet, j'avoue pêcher de moins en moins de préservatifs usagés, je crois que le chlore et les nitrates les détruisent. Outre les Parisiens, qui vivent le plus souvent en banlieue, les autres habitants de Paris sont les " voitures ". Elles sont immatriculées 75, ce qui permet de les distinguer facilement lorsque vous les croisez, encastrées dans les platanes de nos jolies routes de province. Un autre moyen de les reconnaître est de prêter l'oreille au " Va te faire foutre, connard ! " que vous adressera le Parisien au volant si vous le doublez. Les principales curiosités touristiques de Paris sont: la tour Eiffel, un très joli pylône en fer rouillé que Nicolas Hulot aime à escalader et du haut duquel il n'eut jamais la gentillesse de tomber, la butte Montmartre, surplombée du Sacré-Cur, la plus ignoble des constructions néo-pâtissières de la secte des papistes, le Louvre, avec sa Pyramide en verre forgé adorée des snobs et haïe des cons, et enfin le musée Georges-Pompidou, usine à tuyaux de la rive droite héritage du président auvergnat qui laissa aussi dans l'histoire la voie express du même nom. Enfin, il faut rappeler que Paris est dotée d'une équipe de football qui fait la fierté de tous les amoureux du sport, car cette année, grâce aux encouragements des sympathiques néo-nazis du " Kop de Boulogne-virage Sud ", et des milliards de Canal Plus, son sponsor, elle a marqué quelques buts sans avoir eu à soudoyer aucun arbitre, comme cela se pratique par exemple au Parc des Princes.

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