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dernier ajout le 9 mai 2018

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159 articles publiés dans le kiosque pendant l'année 2000.

17 décembre 2000

Dernières Nouvelles d'Alsace
  • 15 novembre 2000, Renaud : «unplugged» > Article original Dernières nouvelles d'Alsace du Mercredi 15 novembre 2000 Renaud : «unplugged» Renaud troque les habits du rocker ravageur pour mettre en valeur ceux du chanteur à textes.
  • 1er novembre 2000, Renaud > Article original Dernières nouvelles d'Alsace du Mercredi 1er novembre 2000 Renaud Pour son retour sur scène, Renaud troque les habits du rocker ravageur pour mettre en valeur ceux du chanteur à textes. Il se débarrasse en effet d'une formation musicale un peu encombrante et privilégie l'intimité de son spectacle : il est seulement accompagné par le piano d'Alain Lanty et la guitare de Jean-Pierre Bucolo. Ce Renaud « unplugged » est à la fois plus proche de son public et plus désabusé : « Si vous vouliez un chanteur à voix vous seriez allés voir Francis Bruel ». Si la présentation change, l'esprit reste le même, à savoir le refus des conventions et une certaine contestation de l'ordre établi (« Le déserteur »). En guise de nouveauté, le chanteur offre à ses fans deux nouveaux titres, « Boucan d'enfer » et « Elle a vu les loups », les seuls qu'il ait composés depuis 5 ans. En espérant qu'ils soient les jalons d'un nouvel album, on peut toujours (re)découvrir sur scène le plus célèbre des bardes français à la voix éraillée. * En concert le jeudi 2 novembre à 20 h 30 au Palais de la Musique et des Congrès, salle Erasme. Location FNAC et Virgin Mégastore.
  • 10 juin 2000, La bande à Renaud > Article original Dernières Nouvelles D'Alsace du Samedi 10 Juin 2000 CONCERT La bande à Renaud Lors de son concert au Palais des Congrès, l'autre soir, Renaud avait 2000 potes. Le chanteur noue avec son public des rapports à l'image de sa personne, simples et tendres. Quelques lampes éclairent faiblement la scène. Un piano, trois micros et des guitares pour tout décorum. Dès le début du concert, les spectateurs sont plongés dans une ambiance intimiste et feutrée qui va perdurer pendant plus de 2 heures.  Renaud est planté là au milieu de ses musiciens, Jean-Pierre Bucolo à la guitare, Alain Lanty au piano, et il parle. Cela faisait plus de 5 ans qu'il n'était pas venu à Strasbourg, alors il faut rattraper le temps perdu. Entre chaque morceau, il raconte une tranche de vie. Il déverse sa philosophie de comptoir, sa philosophie de vieil anar. Le public l'écoute avec délectation, huant les méchants (les flics, le PSG...), acclamant les bonnes intentions (boire de la bière, aller pêcher...).  Dès la deuxième chanson, « La mère à Titi », la voix de Renaud insère un élément de dramaturgie au spectacle. Celle qu'il appelle affectueusement « Ma corde vocale, ma ficelle » est tellement usée, râpée qu'on a peur en permanence qu'elle ne se brise. Et pourtant, elle tient bien la vieille bourrique, chancelante mais puissante. Elle vous assaille, vous transperce. Avec elle, les mots font mouche. « En cloque », « Petite conne », « Manu »... Les chansons les plus émouvantes se trouvent magnifiées par cet écrin abîmé.  Outre ses vieux succès, Renaud entonne l'une des deux chansons qu'il a écrites pour son prochain album. « Elle a vu le loup » raconte l'histoire de Marylou, une copine de la fille de Renaud, qui a... vu le loup. Les parents dont les enfants ont 15/16 ans finiront par apprendre les paroles par coeur. Mais le plus important dans ce titre réside finalement dans la marge. En présentant cette nouvelle chanson, Renaud confesse l'angoisse de la page blanche qui l'étreint depuis quelques années. Il en rigole : « mon nouveau disque est prévu pour 2018 ». Pourtant on sent que ce blocage le meurtrit.  Autre blessure : le temps qui passe. Le chanteur ne cesse de faire des plaisanteries sur la durée effective du concert. « Quand le spectacle sera fini, c'est-à-dire dans 45 minutes » sont ces premiers mots. A la fin, après deux rappels, il justifie son départ par sa vieillesse et la fatigue inhérente. Devant tant d'humour et de sincérité, le public ne peut qu'applaudir chaleureusement.
  • 24 mars 2000, Renaud débranché > Article original Dernières Nouvelles D'Alsace du Samedi 24 Mars 2000 Renaud débranché Avec rien de bien neuf dans sa besace un peu usée, le chanteur, estampillé contestataire, Renaud était récemment de passage au Phoenix, devant un public, forcément acquis à sa cause. Un triomphe aux accents de requiem... Depuis quelque temps lorsqu'un musicien est en panne d'inspiration, il fait dans le « unplugged », le débranché. Soit la version acoustique de ses chansons. Renaud s'y est donc mis lui aussi, avec un pianiste et un guitariste, histoire de ne pas se faire oublier complètement.  Et ça fonctionne plutôt bien, puisque le chanteur, toujours communiste tendance Pif le chien, jambes arquées, tonsure jaunâtre et perfecto, n'a pas vraiment évolué et que ces ritournelles ont aujourd'hui un côté un brin nostalgique pas du tout déplaisant.  Ici ou là, on évoque cette tournée comme une psychothérapie active de l'artiste, et la logorrhée verbale de celui-ci confirme cette rumeur. Saillies et rancoeurs  Alors si les chaises (le concert était prévu en places assises), accentuant encore le côté planplan de l'opération, ont vite été sacrifiées, un sentiment de malaise nous a bien vite submergés. Quelque chose comme le trouble de voir Renaud, le rebelle, remâcher ses révoltes comme un ancien combattant, et alterner les saillies de salles de garde et les rancoeurs mal digérées.  Alors bien sûr, il reste ses regard éternels sur l'enfance, son amour de l'autre, mais tout cela sent un peu le renfermé.  Voilà, Renaud ne semble plus en phase avec son époque. Il court derrière une nostalgie qui lui échappe de plus en plus, saluant, en un énième reniement, Mitterrand, et sacrifiant, sur l'autel d'un hypothétique retour de flamme, son image en caricature exacerbée. Laisse béton, Renaud !
  • 30 septembre 1996, Renaud : 20 ans de chansons > Article original Dernières Nouvelles D'Alsace du Lundi 30 Septembre 96 Renaud : 20 ans de chansons Après l'expérience de « Germinal » au cinéma, Renaud est revenu à ses premières amours : la chanson. Il sera à Sarreguemines samedi pour l'un des derniers concerts d'une tournée entreprise début 95.  Pour ses vingt ans de carrière, Renaud s'est installé en mai 95 à la Mutualité, salle parisienne de la rive gauche qu'il fréquentait dans les chaudes heures militantes et qu'il retrouvait cette fois en chanteur consacré, devenu à son tour , un des « classiques » de la chanson française. Une « Mutu » rénovée pour un chanteur fidèle à lui même, le casque toujours couleur de chaume, T. Shirt à motifs revendicatifs, jeans bleus ciel écorchés aux genoux.  Dans la foulée, Renaud a entamé une méga-tournée : il était notamment , aux Eurockéennes 95 de Belfort, au Rhénus à Strasbourg en novembre ; Pour ce nouveau show, Renaud a mis les petits plats dans les grands, s'entourant, outre du fidèle Jean-Louis Roques à l'accordéon et aux claviers, d'une poignée de « pointures » (dont le guitariste Manu Galvin) et d'un ensemble de cordes qui rehausse à point nommé certaines mélodies. Le tout est mis en lumières par Jacques Rouveyrollis, l'« allumeur » des stars qui a installé pas moins de 3000 ampoules pour habiller la vedette de la soirée.  Jouant habilement de son personnage, façon bougon au grand coeur, Renaud puise largement dans le répertoire de son dernier album, « A la Belle de Mai » (« Zapatta », « C'est quand qu'on va où ? », deux mélodies de Julien Clerc. Les standards ne sont pas oubliés (« Mon HLM », « Deuxième génération », « En cloque », « Morgane de toi »...), parés souvent de couleurs country qui viennent adoucir la rugueur naturelle de la « Chetron sauvage ». Et puis, Renaud glisse plusieurs chansons de Brassens, extraits du CD-hommage qu'il a sorti il y a quelques mois.  Après avoir sillonné la France pendant dix-huit mois, Renaud devrait retrouver le chemin des studios d'enregistrement dans les prochaines semaines. Pour l'instant, il n'envisage pas de se retrouver devant les caméras ; ses premiers pas au cinéma dans le rôle de Lantier, le héros de « Germinal » réalisé par Claude Berri ne l'ayant pas convaincu. « Je n'ai pas honoré le rôle comme je l'aurai dû » déclarait Renaud après la sortie de son premier film. * Renaud en concert à Sarreguemines (salle de spectacles de l'Hôtel de Ville) le samedi 5 octobre à 20h30 (Location : à Sarreguemines au Syndicat d'initiative ; à la boîte à musique, Disco-Max 2 et Bar l'Affiche)
Républicain Lorrain
  • 13 juillet 2000, Meilleure performance : Renaud avec 1 060 entrées > Article original Républicain Lorain du Jeudi 13 Juillet 2000 Sarreguemines Pays de Bitche Meilleure performance: Renaud avec 1 060 entrées Les salles se sont bien remplies pour chaque spectacle de la programmation culturelle 99/2000. Les chiffres qui suivent représentent uniquement les entrées payantes. Le chanteur Renaud enregistre la meilleure performance de l'année: 1 060 entrées ont été enregistrées le 18 mars dernier à l'espace Cassin. Jamel, à la salle Schuman de Rohrbach, a également fait le plein: 917 entrées. Jean Lefèbvre, un habitué de Cassin, est toujours aussi populaire. La pièce dont il était la vedette, Les Vignes du Seigneur, a attiré 898 personnes. Jean-Marie Bigard, avec 982 entrées, reste une valeur sûre du comique à la française. Raymond Devos, malgré un tarif d'entrée un peu supérieur à la moyenne, a réuni 718 personnes à Cassin. Cette belle programmation a cependant un prix. Pour boucler son budget, l'association CASSIN a bénéficié de 474 085 F de subventions municipales et 292 264 F de subventions de la Région, du Département, de la DRAC et de l'Europe.
  • 22 juin 2000, Renaud, la preuve par trente > Article original Républicain Lorain du Jeudi 22 Juin 2000 Renaud, la preuve par trente Pour la troisième fois de sa longue carrière, le chanteur Renaud débarque au Théatre municipal de Thionville. Un peu par hasard, mais par la grande porte quand même, histoire de donner un concert... spécial. THIONVILLE. - Sa première prestation thionvilloise est entrée directement dans la légende. Par la grâce d'un appariteur du Théatre municipal, qui avait déclenché une alerte par inadvertance... et noyé le concert sous des litres d'eau. Du coup, les concerts de Renaud à Thionville auront toujours un petit quelque chose de spécial: on a pu le vérifier il y a quatre ans, quand le chanteur avait rempli le Théatre municipal, auquel il avait cette fois mis le feu. Avec un répertoire dont la moindre chanson était reprise par les fans. Ça, un concert? Une chorale, plutôt! Forte d'un bon millier de choristes... Cette fois, il ne devait même pas venir à Thionville. Mais la tournée française a connu un tel succès, ce printemps, qu'il a fallu rajouter trois dates lorraines à la hâte. Dont Thionville. Renaud retrouve donc un Théatre municipal où il doit commencer à avoir ses aises. Et le millier de choristes qui ne manquera pas de l'accompagner à chaque refrain. D'autant que cette tournée, plutôt acoustique et intimiste, se veut un peu la tournée-bilan de Renaud, qui vient de sortir un double CD, regroupant trente chansons sous la bannière de L'Absolutely meilleur of Renaud (Virgin). Un recueil qui rappelle, à ceux qui l'auraient peut-être oublié, que le chanteur fait partie de notre vie quotidienne depuis un quart de siècle. Tranquille, Mimile! Æ Mercredi 28 juin (20h30). Dernières réservations à la caisse du Théatre municipal.

16 décembre 2000

Charlie-Hebdo
  • 2 août 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - Si je me trompe, ça va gueuler... > CHARLIE HEBDO N°162 du 2 août 1995 Renaud Envoyé spécial chez lui Si je me trompe, ça va gueuler... L'ENVOYÉ SPÉCIAL CHEZ MOI n'est pas chez lui, il est à l'étranger. Il a pas lu un journal, pas écouté une radio, pas vu une chaîne de télé française depuis deux semaines. Il est au courant de rien. Si, quand même... Par le téléphone, il a appris l'attentat dans le métro parisien. Comme il est d'un naturel soupçonneux, qu'il a tendance à ne faire confiance ni aux flics, ni aux journalistes, ni aux politiciens, il s'est dit : « Ça, c'est un coup des barbouzes français ! » Quel meilleur moyen de justifier les contrôles musclés, le flicage des citoyens, les charters pour les immigrés et la poursuite des contrôles aux frontières de l'espace Schengen ? Là, vous pensez : « Il exagère, l'envoyé spécial ailleurs ! » Allons, allons... Le terrorisme d'État, ça vous dit rien ? Il a pourtant merveilleusement fait ses preuves en Italie, en Espagne, en Allemagne, manipulant, infiltrant, manoeuvrant ici et là différents groupuscules terroristes, commettant en leur nom ou les poussant à commettre nombre d'attentats sanglants justifiant par la suite l'instauration d'États policiers et la remise en cause des libertés individuelles. Comment ça, « je déraisonne »'? Vous allez pas me faire croire que vous avez vraiment été dupes de l'enlèvement et de l'assassinat d'Aldo Moro par les brigades rouges ou de celui de Hans Martin Schleyer, patron des patrons allemands, par la Bande à Baader ? Si ? Bon... Vous avez peut-être raison... Mais moi je crois que ces groupuscules faisaient précisément ce que l'État attendait d'eux. Quand je dis « État », je pense à des lobbies industriels et financiers, des groupes politiques, des mafias et des flics. Pour éliminer un Parti communiste trop puissant, pour prendre le contrôle de secteurs économiques et pour légitimer la flicardisation de la société. Remarquez, je pense un peu la même chose pour les attentats attribués à notre hexagonale Action directe. L'assassinat de Georges Besse, P.-D.G. de Renault, celui du général Audran, bizarres, bizarres... Le premier menait, paraît-il, une politique pas trop « libérale », refusant les licenciements massifs dans le groupe, le second gênait le lobby militaro-industriel par son refus d'exporter armes et nucléaire au Moyen-Orient chez les Kadhafi et autres Saddam Hussein. Voilà deux hommes qui, alors qu'ils auraient dû bénéficier d'une protection digne d'un chef d'État, se sont fait abattre comme des lapins. Je n'arrive pas à croire que leur « élimination » ne conforte que les intérêts idéologiques de quelques allumés et pas ceux « supérieurs de la nation », comme dit l'autre... Remarquez, je pense pareil du « suicide » de Pierre Bérégovoy... Je n'arrive pas à croire qu'un garde du corps chargé de la sécurité d'un ex-Premier ministre laisser traîner son 357 Magnum dans sa boîte à gants. Moi, je pense qu'il y a du « délit d'initiés » derrière tout ça, qu'une enquête, un procès, des aveux, auraient éclaboussé des personnages haut placés dans l'entourage du Pierrot... Finalement, je vais peut-être rentrer chez nous, écouter les infos et lire les journaux, non ? Quand je me fais mon opinion tout seul, l'actualité est encore plus dégueulasse... C'est parce que je crois que, des gens capables du mauvais, il vaut toujours mieux penser qu'ils sont capables du pire. RENAUD
Globe Hebdo
  • 22 septembre 1993, Mes quatre vérités > GLOBE HEBDO N°33  du 22 septembre 1993 (En couverture) Il dit tout sur Les médias Israël-Palestine Mitterrand « Germinal » Mes quatre vérités Renaud intreview-fleuve p.6 Avec Skyrock                  Renaud                                      Entretien                            avec un homme                                         révolté                          Sa fausse légende                       La France résignée                                     Mitterrand                                  « Libération »                                      Maastricht                                   « Germinal »                 Coups de gueule et mise au point                          d’un anar qui dérange. Remonté de la mine du « germinal » de Claude Berri (sortie le 29 décembre), Renaud nous livre ses sentiments, violents et contradictoires, sur son premier grand rôle au cinéma. Nous avions envie de parler librement avec lui de sa carrière, de ses engagements, des polémiques q’il déclenche : parricide quand il s’est dressé contre François Mitterrand, descendu par la presse de gauche, extrémiste et humaniste à la fois. De Lantier a Renaud, il n’y a qu’un pas.  GLOBE HEBDO / Comment avez-vous rencontré Claude Berri ? Comment est né Germinal ? RENAUD / Claude Berri, je le connaissais de loin en loin. Je l’ai rencontré pour la première fois à Bobino où il était venu en coulisses en 1980, me dire qu’il rêvait de faire de moi un acteur. Par la suite, à chaque fois que je l’ai croisé, le plus souvent chez Coluche, il me rappelait sa promesse : « Je ne t’oublie pas. Un jour, je te ferai tourner. J’attends de trouver le rôle. « Il y a trois ans, mon agent m’a appelé : « J’ai bien peur que Berri ait trouvé un rôle que vous pourrez difficilement refuser : Etienne Lantier dans Germinal. » Le mot de Germinal a résonné en moi comme... comme... comme si on proposait à un acteur vraiment chrétien l’Evangile selon saint Matthieu ! Je me suis dépêché de lire le bouquin - que je n’avais pas lu (rire coupable) - et j’ai rappelé Berri en le prévenant : « Je ne sais pas si c’est sérieux, si tu envisages de le monter mais je ne suis pas sûr d’avoir les qualités nécessaires pour assumer un rôle aussi immense. » Il m’a tanné.   GLOBE HEBDO / Pourquoi avait-il pensé à vous ?  RENAUD / Pourquoi ? Allez le lui demander mais je ne pense pas le trahir en disant que... Il ne savait pas que mon grand-père était mineur. Il m’a seulement dit : « Parce que c’est toi. Tu es Lantier. Je ne vois personne d’autre pour jouer ce rôle. C’est ton parcours, ta façon d’être. Je t’ai vu sur scène déclamer du Bruant, je t’ai vu t’insurger à la télévision contre les injustices, je t’ai vu dans la vie, j’ai vu ton regard. » Et depuis il n’a cessé d’affirmer à tous les gens qui lui posaient la question qu’il n’aurait pas fait le film sans moi. C’était une idée fixe, obsessionnelle. Alors qu’il se trompe ou qu’il ait eu raison, peu importe, l’avenir le dira. En tout cas, c’était quand même difficile de refuser. Jusque-là, j’avais trop peur. J’avais peur de ne pas savoir jouer la comédie, point final. Même si je me sentais Lantier, habité par le personnage et capable d’assumer ses idées et ses sentiments.   GLOBE HEBDO / Vous avez fait des essais ?  RENAUD / Il a fait un petit bout d’essai, plus par acquis de conscience ou pour rassurer quelqu’un de son entourage que lui-même - dans son bureau, au caméscope, me faisant apprendre une tirade en un quart d’heure. Moi, je me trouvais à vomir et lui était fasciné : « Le regard ! Le regard que tu as ! Mais c’est ça. C’est ça, Lantier ! »   GLOBE HEBDO / Qui a eu l’idée de teindre vos cheveux ?  RENAUD / C’est lui. Mes cheveux étaient déjà teints mais en plus clair - j’ai toujours éprouvé le besoin de me massacrer la tête ! Il voulait absolument qu’on distingue le Renaud chanteur du Renaud acteur. Pas question de garder la frange que j’ai depuis trente ans et avec laquelle je crois me protéger du regard des autres. Donc je suis coiffé en arrière et j’ai les cheveux bruns.  GLOBE HEBDO / Avez-vous vu le film terminé ? RENAUD / Je l’ai vu il y a une semaine et j’aime le film.  GLOBE HEBDO / On a trouvé le film très pessimiste politiquement. La grève est écrasée dans le sang et il n’y a guère d’espoir. Et il n’y a pas non plus de parti pris.  RENAUD / C’est Zola qui veut ça.  GLOBE HEBDO / A ceci près que Zola écrit son roman dans l’actualité de son époque et que Berri, un siècle après, fait un film en connaissance de cause.  RENAUD / Le film ne serait simplement qu’un hommage aux travailleurs de la mine du siècle dernier, ça ne serait pas mal. Parce qu’on a tendance aujourd’hui à jeter le bébé avec l’eau du bain : à rejeter le social, à considérer que rien n’a servi à rien, que les luttes sociales étaient marquées de l’empreinte du totalitarisme soviétique. Ce n’est pas seulement ça. Le film véhicule autre chose. Quand j’ai lu le livre, je n’y ai pas seulement vu un hommage aux mineurs, mais un thème infiniment plus universel, plus éternel : les mines de diamants d’Afrique du Sud, les mineurs roumains d’aujourd’hui ne vivent pas dans des conditions plus enviables que les mineurs du valenciennois au siècle dernier.   GLOBE HEBDO / Combien de temps a duré le tournage ?  RENAUD / Avec quelques interruptions à Noël, de mi-août 1992 à fin février 1993. La post-production s’est terminée il y a quinze jours.   GLOBE HEBDO / Vous vous êtes identifié à la douleur des mineurs ?  RENAUD / Oui. C’était essentiellement dû à la présence des figurants sur 1e tournage - d’anciens mineurs pour la plupart, des types qui avaient passé entre trente et quarante ans au fond de la mine.   GLOBE HEBDO / Vous avez beaucoup parlé avec eux ?  RENAUD / Oui, et grâce à eux, ce tournage est un grand moment de ma vie, une belle  rencontre, pleine d’émotion, de Chaleur, de fraternité.  GLOBE HEBDO / Ce qui est fascinant avec la mine, c’est à la fois la passion et la malédiction qu’elle exerce sur les mineurs.  RENAUD / C’est une passion paradoxale, oui. Faire un métier ô combien pénible, ô combien dangereux et, aujourd’hui que les mines sont fermées, sombrer dans cet infini désespoir. La mine c’était leur vie, quoi. En même temps, il y avait une noblesse. A l’époque, la mine non seulement fournissait du charbon, mais le charbon faisait marcher la majorité des industries. Le dernier des mineurs savait qu’il contribuait à la richesse économique de son pays. Et autour de la mine existaient toute une activité parallèle, une vie sociale très riche, une grande solidarité entre eux du fait du danger toujours présent. Il y a un parallèle évident avec les marins-pêcheurs. La mine, comme la mer, c’est la bouffeuse d’hommes qui vous engloutit, devant laquelle on est humble et prudent...   GLOBE HEBDO / Vous aviez préparé votre rôle avec des mineurs ?  RENAUD / Non, j’avoue que je n’ai pas préparé mon rôle de façon particulière.  GLOBE HEBDO / Vous ne vous êtes pas aimé à l’écran ? RENAUD / Moi, non. Je suis totalement inégal, mais ça...  GLOBE HEBDO / J’ai lu qu’au milieu du tournage, vous avez été happé par un trac que vous n’aviez pas au début. RENAUD / C’était bizarre. Paradoxalement, j’avais plus le trac devant les figurants que devant les Césars auxquels j’étais confronté, que ce soit Miou-Miou, Judith Henry ou Depardieu, ce monstre sacré. Et puis, je suis parti sur ce tournage avec une certaine insouciance, en me reposant sur ce que m’affirmait Berri : Ça serait facile, il me dirigerait, on pourrait refaire dix fois la scène si ça n’allait pas. Et puis, petit à petit, au fur et à mesure, je me suis rendu compte que Berri faisait régner un climat assez stressant ! Je vivais avec la peur de le décevoir, la peur de l’entendre crier : « (coupez, faut la refaire, Renaud, ça ne va pas du tout. » Au bout (de quelques semaines, dès que j’entendais le mot « moteur », j’étais pris d’une panique suscitée par la présence non pas de Depardieu ni des figurants mais simplement par... j’espère qu’il ne, va pas m’en vouloir s’il lit ces lignes... par ce stress qu’imprimait parfois Berri sur le tournage. GLOBE HEBDO / Il était lui-même stressé. RENAUD / J’imagine, oui. A cause de l’enjeu énorme pour son ambition, pour son rêve.  GLOBE HEBDO / Vous parliez du rôle ? Comment vous a-t-il expliqué votre personnage ? RENAUD / II dirigeait tout. De bout en bout. C’était difficile de parler avec lui, de ma conception du personnage et de mon interprétation. Parce que... bon, c’est en ça que je pense ne pas être un vrai comédien : je ne joue pas le jeu. Ne pas jouer le jeu. C’est refuser de dire : « Oui, c’était formidable, tout s’est très très bien passé. Mes rapports avec Berri ? Formidables! » Je suis obligé de reconnaître que Berri m’a partiellement étouffé, frustré et sur dirigé.   GLOBE HEBDO / Il avait une idée très précise de Lantier ?  RENAUD / Oui. Mais, lui-même étant comédien, moi débutant, j’étais son petit Renaud qui faisait du cinéma pour la première fois. Chaque phrase, il me l’a soufflée... Je me. disais : « Merde ! S’il m’a fait confiance pour un rôle pareil, il fallait me faire confiance jusqu’au bout ! » Je n’ai pas été moi-même, j’ai été ce que Berri a voulu que je sois. Dans le moindre de mes gestes, de mes regards, de mes mots... Et tant que je ne faisais pas précisément ce que lui exigeait, il me faisait recommencer. Avec, en plus, l’injustice d’entendre au montage : « Cette scène, elle saute parce que tu l’as mal jouée. » Peut-être avait-il envie de jouer le rôle, dans son subconscient. Il se sentait Lantier, lui aussi. Enfin, si le résultat vous plaît, cela voudra dire qu’il avait raison.   GLOBE HEBDO / On a effectivement envie d’en savoir plus sur le personnage de Lantier...  RENAUD / Là, je ne peux pas lui en vouloir, il a tourné trois heures trente et à l’arrivée, le film fait deux heures quarante : il a viré cinquante minutes parmi lesquelles des scènes qui donnaient plus d’épaisseur à mon personnage, qui faisaient qu’on comprenait mieux ses sentiments par rapport à Catherine (Judith Henry), pourquoi ce type, tout à coup, avait un ascendant sur les mineurs et sur la famille Maheu... Il y avait une très belle scène qui durait sept minutes qu’il a coupée, « par souci d’efficacité ». C’est une scène qui se passait à table, autour d’un lapin, dans la cour des corons de la maison Maheu : Lantier avec Carmet, Depardieu, Miou-Miou et les enfants, où il expliquait sa vision d’un monde plus juste et sur un ton plus humain, infiniment plus tendre.Là, on voyait un idéaliste plein d’amour, plein de cœur et pas simplement un aboyeur de slogans.   GLOBE HEBDO / D’autant que les scènes avec les bourgeois sont caricaturales et prennent beaucoup de place.  RENAUD / Je n’ ai pas eu ce sentiment a la projection mais vous avez peut-être raison.  GLOBE HEBDO / On ne sent pas la conscience de la classe ouvrière...  RENAUD /C’est de la cuisine interne mais Berri a signé un contrat avec antenne 2 pour une diffusion en 2 épisodes de une heure et demie. Son filme faisant deux heures quarante, il devrait logiquement vingt minutes au film - vingt minutes auxquelles je suis particulièrement attaché pour les raisons que je viens de vous expliquer, parce qu’elles manquent considérablement dans la construction de l’histoire : j’ai même dit a Berri que j’étais près à investir mon tout cachet et au-delà, pour payer les deux ou trois semaines de montage supplémentaires pour la version longue. GLOBE HEBDO / Sur ces coupes, y a-t-il eu débat ? RENAUD / Il v a eu débat entre lui  et Ile monteur, comme sur beaucoup de film. Les acteurs ont rarement leur mot à dire. GLOBE HEBDO / Et vous avez personnellement essayé de le convaincre ? RENAUD / Oui. J’ai essayé... GLOBE HEBDO / Travailler avec Depardieu ?  RENAUD / C’est le bonheur ! D’abord, il a un talent incroyable. Et puis C’est un boute-en-train, un clown, un Ubu. Il dédramatise les situations les plus tendues. Quand Berri poussait une gueulante, tout 1e monde baissait les yeux et Depardieu lançait : « Allez, vas-y Papy, pousse ta petite gueulante ! Il va la refaire, ta prise.. Retourne à ta vidéo. Toi, Rajane, va lui chercher une cigarette  et faites-lui sa piqûre. » Berri boudait ou riait aussi, mais jamais il n’a demandé à Gérard de se taire.   GLOBE HEBDO / Est-ce que Berri n’aurait pas eu peur de son film ? Est-ce qu’il n’a pas privilégié la grande fresque aux dépens d’un point de vue plus personnel ?  RENAUD /  Je suis assez mal à l’aise pour parler à sa place. A un certain moment, et cela m’a énervé aussi de mon point de vue d’acteur, un de ses problèmes était d’arriver à avoir quatre séances par jour au lieu de trois. Là c’est Berri le producteur qui parlait, ce n’est plus le réalisateur. Et malgré tout, au-delà de deux heures vingt-cinq, il restait dans le créneau des trois séances, alors il n’était plus à dix minutes près ! Parce que si on me dit que l’on a enlevé dix minutes pour gagner 300 000 spectateurs, c’est dur à admettre ; mais si, de toute façon, ces 300 000 spectateurs sont perdus, alors autant refoutre les dix minutes.   GLOBE HEBDO / Cette violence dont vous parlez n’était-elle pas là pour servir le film, qui est extrêmement dur ?  RENAUD /Je crois qu’il est souvent comme ça cela dit, cette violence, je pouvais la comprendre, C’était une folie totale de diriger une telle équipe, aussi nombreuse, avec cette masse de figurants, toujours un qui trébuchait quand il ne fallait pas, qui faisait le con quand il fallait pleurer. Pour un tel enjeu, il ne pouvait pas se permettre de rater une scène pour une connerie.    GLOBE HEBDO / C’est une énorme production qui a coûté 160 millions de francs ?  RENAUD / Oui. Je regrette qu’on en parle autant..   GLOBE HEBDO / Et en tant que premier rôle, qu’est-ce que cela vous fait d’être dans un film aussi cher ?  RENAUD / C’est un poids en plus. Mais la vraie responsabilité, c’est d’avoir un rôle aussi magnifique et important.   GLOBE HEBDO / Avez-vous hésité avec le rôle de Souvarine ?  RENAUD / J’aimais bien Souvarine. C’est mon côté anarcho-nihiliste qui parle. Le côté désespéré du personnage me fascinait. Je me disais aussi que c’était une façon de faire mes débuts au cinéma sur la pointe  des pieds, sans porter le film sur mes épaules.   GLOBE HEBDO / Est-ce que Germinal est un film « utile » aujourd’hui ?  RENAUD / Je ne suis pas habilité pour répondre à cette question. Je ne pense pas que ce putain de pays va se réveiller grâce à Germinal. Mais ça va au moins rendre justice à ce que, du fait de l’effondrement de l’idéologie Marxiste, on a eu tendance à renier : les luttes de classes, les mouvements sociaux et les actions comme la grève pour obtenir des progrès... Aujourd’hui la classe  ouvrière est résignée. Non seulement elle a diminué en nombre, mais dans la capacité à se mobiliser. C’est évident. Et le décalage du film, c’est qu’il met en lumière l’exploitation des travailleurs. Actuellement, ce n’est plus le problème essentiel. Le phénomène principal, c’est l’exclusion. De ce point de vue, le film est décalé par rapport à la situation économique française.   GLOBE HEBDO / Le film aurait pu être un grand film de gauche, comme certains films de Renoir.  RENAUD / Oui, il aurait pu. Il aurait pu, comme Z, être applaudi à la fin dans les salles du Quartier latin. C’est un de mes souvenirs les plus émouvants en tant que spectateur. Germinal, je ne sais pas si on peut le qualifier de film de gauche. Mais on y voit 1e combat du travail contre le capital, des justes contre l’injustice. Donc de toute façon, malgré quelques exceptions, ce film est très important. Ce sera un film populaire.   GLOBE HEBDO / Ce qui est frappant, néanmoins, à un moment du film, c’est que les bourgeois, d’une certaine manière, sont excusés. Il y a une crise et on a le sentiment qu’ils sont les premières victimes de cette crise. C’est le discours balladurien que tiennent les patrons d’aujourd’hui.  RENAUD / C’est quelque chose dont je n’ai pas eu conscience. Effectivement, il y a cette scène qui me déroute : les patrons expliquent de façon assez langue de bois et pragmatique pourquoi ils ne peuvent pas augmenter les ouvriers à cause de la crise, des stocks qui s’accumulent. C’est comme ça qu’ils réussissent à casser la grève. Oui, un peu comme ils expliquent aujourd’hui : ou la précarité de l’emploi ou pas d’emploi du tout ; ou les Tuc ou le RMI. Je ne sais pas si c’est une maladresse de Berri ou de Zola, ou une naïveté politique. Enfin, peut-être qu’on est un peu des enculeurs de mouche. Mais moi, quand j’ai commencé ce film, je pensais faire un film de gauche. Maintenant, si je me rends compte que j’ai fait un film balladurien, alors (rires), en plus des réserves que j’ai pu exprimer sur le montage... c’est à se flinguer.   GLOBE HEBDO / Auparavant, vous déclariez que si vous faisiez du cinéma, ce serait pour un film dont vous seriez à l’initiative ?  RENAUD / Oui, je n’étais pas totalement réfractaire à l’idée de faire du cinéma. Mais comme la chanson marchait plutôt bien, je ne voyais pas l’intérêt de lâcher la proie pour l’ombre ni d’aller piétiner les plates-bandes d’un métier où il est difficile de trouver du travail. J’avais suffisamment de satisfactions avec mon boulot. Je n’y pensais pas vraiment. Ou alors, il aurait fallu qu’on me propose un rôle de cette dimension-là, auquel je n’aurais jamais cru moi-même. J’étais plus intéressé par l’idée de participer à un film en tant qu’auteur, ou co-auteur ou adaptateur.  GLOBE HEBDO / Parce que, malgré tout, avant de chanter, vous vouliez être acteur ? RENAUD / Au départ, ce qui m’intéresse c’est l’expression artistique. C’est de créer, de donner. Mais oui, dans mon enfance, surtout mon adolescence, mon ambition c’était : être acteur.   GLOBE HEBDO / Vous avez même joué au Café de la gare ?  RENAUD / Oui, le hasard d’une rencontre à Belle-Ile-en-Mer en 1970 a fait que j’ai croisé Patrick Deweare dans une soirée bien arrosée. Guitares, chansons et bières ont fait qu’on s’est retrouvés invités par toute l’équipe du Café de la gare. J’avais à l’époque une ressemblance physique avec Gégé, un des membres de la troupe qui partait aux Etats-Unis. Ils m’ont proposé de le remplacer au pied levé, comme ça. A cette époque-là, au Café de la gare, c’était la tradition, on n’engageait pas de comédiens, on engageait le type qui était là et qui avait envie de travailler. Comme je les avais fait marrer avec mes premières chansonnettes, ils ont trouvé que j’avais quand même une capacité d’interprète J’ai joué deux mois avec eux. C’était mes premiers pas sur une scène. Autant vous dire à quel point je pouvais être moyen.   GLOBE HEBDO / Quelle pièce était-ce ?  RENAUD / La pièce s’appelait Robin des quoi. C’est une parodie de l’histoire de Robin des bois. Et puis le type est revenu des Etats-Unis et il a repris son rôle. Moi, par excès de pudeur, ne voulant pas rester dans leur entourage en mendiant une seconde chance, je suis retourné à ma petite vie peinarde  en l’occurrence, je vendais des bouquins dans une librairie gauchiste du Quartier latin -, tout en continuant à les voir très régulièrement. Et puis, j’ai entendu que Gégé quittait à nouveau la troupe. Je me suis mis sur les rangs pour, éventuellement, reprendre du collier, mais ils avaient « un copain formidable » qui avait envie de bosser avec eux. J’ai demandé son nom. « Il s’appelle Depardieu. » Je me suis dit qu’avec un nom pareil, ça ne marcherait jamais ! Quand je l’ai vu jouer les premières fois dans la pièce suivante dont j’ai oublié le titre, j’ai été très surpris par son jeu. Je le trouvais un peu fou, quoi ! Il jouait un personnage qu’à l’époque on aurait joué avec plus de retenue. Aujourd’hui, on comprend, on accepte, on s’habitue à ses grands coups de gueule, mais, en 1971, on s’est dit que c’était un bizarre. Je trouvais qu’il avait une personnalité, un look extraordinaire, mais j’étais quand même dérouté par sa prestation. GLOBE HEBDO / Pourquoi vouliez-vous être comédien ? On comprend d’après vos chansons que vous soyez chanteur, ou « porte-drapeau », un journaliste émotionnel comme vous le dites vous-même. Etre comédien, c’est autre chose.  RENAUD / Peut-être parce que justement je n’étais pas chanteur, ou si peu. Je l’étais pour mes copains, dans une chambre de bonne enfumée. Je voyais que cela les faisait marrer, mais je ne me trouvais ni génie, ni talent et, surtout, pas de voix. Je pensais que c’était important, l’avenir m’a détrompé.   GLOBE HEBDO / Diriger la librairie, qu’est-ce que c’était ? RENAUD / C’était la routine, le train-train de la vie quotidienne pour payer ma bouffe et mon loyer. J’attendais que mon destin se déclenche par un coup de téléphone de Visconti qui m’aurait dit : « J’ai vu une photo de vous aux Buttes-Chaumont. » J’avais commencé à rôder dans les couloirs de la SFP. A l’époque, il y avait une grosse industrie de la télévision française et j’allais quémander des petits rôles. C’était ça mon destin, alors que rien ne prouvait que j’étais fait pour ça.   GLOBE HEBDO / Avez-vous eu des rôles ? RENAUD / J’ai fait, entre 1972 et 1975, deux ou trois feuilletons de télévision : Un juge et un flic, par exemple, qu’ils rediffusent parfois sur M6 à 3 heures du matin, ce qui me fout la honte parce qu’il y a toujours un copain pour me voir. Celui qui aurait pu déceler dans mes prestations de l’époque une éventuelle carrière aurait eu bien du flair. J’ai fini par quitter cette librairie, où j’avais une petite vie peinarde et où, parallèlement, je rattrapais ma culture littéraire un petit peu inexistante à l’époque des études. Après, j’ai fait plein de petits boulots, des petits métiers qui duraient tantôt trois jours, tantôt un mois, tantôt six, alternés avec les périodes de chômage authentique, en ayant toujours le grand privilège d’être logé par des parents généreux. Quand je travaillais, je leur donnais la moitié de ma paye pour compenser, pour payer le gîte et le couvert. Je faisais ces petits rôles pour la télévision, je voyais toujours l’équipe du Café de la gare et je continuais à gratter des chansons. Jusqu’au jour où, en 1973-1974, j’ai franchi le pas  j’ai rencontré un copain qui jouait de l’accordéon. Je le considérais a priori comme un ringard, avec son instrument, et le voilà qui commence à jouer devant moi et qui entame quelques notes derrière mes mélodies, à chanter, à gratouiller sur ma guitare. J’ai eu envie de faire la manche avec lui. Je l’ai trouvé original dans sa démarche que je trouvais différente de celle des gratteux qui jouaient les « Dylan » aux terrasses des cafés. Je lui ai proposé de chanter dans les cours d’immeubles de la périphérie, du côté de la porte d’Orléans, où, enfant, j’avais vu des gitans, des montreurs d’ours, des violonistes, des accordéonistes qui venaient faire la manche. J’ai voulu faire revivre cette tradition. J’ai adapté avec lui une partie de mes chansons, et j’ai appris un répertoire-musette réaliste et traditionnel qui allait de la Java bleue à Bruant. En pleine période rock, moi qui écoutais les Stones, Dylan et le Grateful Dead, je redécouvrais la culture prolétarienne de ma famille maternelle. Berthe Sylva, Edith Piaf et l’accordéon. Je revois mon grand-père pleurant en écoutant les Roses blanches alors que c’était un bonhomme qui faisait 1,95 mètre avec des épaules de déménageur et un tatouage sur le bras. J’avais remarqué, là où habitaient mes parents, que la configuration de ces cours d’immeuble offrait une acoustique extraordinaire. Et par rapport aux types qui faisaient la manche dans le métro ou ailleurs, on faisait des recettes énormes. Un jour, par amitié pour Coluche, on s’est retrouvés dans la cour du Café de la gare qui venait d’émigrer rue du Temple. Coluche produisait son premier one-man show, C’est l’histoire d’un mec. Tous les soirs, 400 personnes faisaient la queue. On a fait la manche auprès du public jusqu’à ce que Coluche et son producteur, Paul Lederman, nous proposent de chanter au Café de la gare.   GLOBE HEBDO / Et le premier album est sorti peu de temps après ?  RENÀUD / C’était Hexagone, en mars 1975.   GLOBE HEBDO / Et ça a marché tout de suite !  RENAUD / Non. Pas du tout. J’ai eu quelques passages radio avec les chansons les plus fades : Amoureux de Paname, le Droit d’y aller, ou la Coupole. Mais c’était l’ouverture vers tout un réseau de passionnés de chanson un peu engagée, et à la clef, une tournée pendant deux ans dans les MJC. Mais jusqu’en 1977 la sortie de mon deuxième album, Laisse béton, qui a été mon premier grand succès, j’ai fait plutôt cela en dilettante...   GLOBE HEBDO / Politiquement, c’était quoi, ces années 1968-1974, anarchisme d’instinct ou anarchisme militant ?  RENAUD / Je n’ai jamais été un anarchiste militant ou encarté. J’étais un gauchiste dans une mouvance anarchiste. Je feuilletais Stirner, mais je n’avais pas une énorme culture révolutionnaire. En tout cas, pas par les livres, plutôt par l’actualité.   GLOBE HEBDO / Vous parliez tout à l’heure de votre famille. Est-ce qu’on peut faire le point sur toutes les rumeurs qui ont couru sur votre compte : fils de grands bourgeois, richissime. Quelle est la vérité ?  RENAUD / D’abord, parce que je chantais la zone, j’ai été catalogué comme un zonard, un loubard avec son blouson de cuir. Lorsque j’ai dit : « Halte-là, j’ai la prétention de chanter la zone non pas de façon autobiographique mais parce que je la connais, parce que les problèmes de ces gens me touchent », ceux-là mêmes qui avaient vu en moi un voyou m’ont catalogué dans l’autre extrême. Depuis, je n’ai eu de cesse que de justifier mes origines sociales c’en est fatigant. J’étais devenu un chanteur bourgeois, fils de professeur, d’écrivain, de grand médecin, même d’industriel ! En vérité, je suis né dans le 14’ arrondissement de Paris, où j’ai toujours habité. Un quartier populaire, artistique mais ni pauvre ni défavorisé. Ma mère était ouvrière jusqu’à 18 ans, puis petite employée, fille d’une famille de mineurs de la région de Lens et de Valenciennes. Mon père était écrivain, il a même reçu le prix des deux-Magots avant la guerre. Il a travaillé chez Hachette comme traducteur d’anglais, d’allemand, d’italien et de néerlandais. lui est issu d’une famille de pasteurs implantée dans les Cévennes. Nous sommes six enfants, et j’ai un frère jumeau. Pour élever cette famille, il a multiplié ses activités alimentaires allant jusqu’à Ecrire des livres pour enfants dans la « Bibliothèque rose ». Il a même été prof d’allemand au lycée Gabriel-Fauré et, autant que je m’en souvienne, je l’ai toujours vu écrire.   GLOBE HEBDO / Toutes ces rumeurs viennent aussi des rapports houleux que vous entretenez avec la presse...  RENAUD / J’ai des problèmes avec la presse de gauche, en général ! Avec vous, avec l’Evénement du jeudi, avec Libé.   GLOBE HEBDO / Avec nous, ça va mieux. RENAUD / Avec tous les journaux que je lis, en fait. Avec tous les journaux que je sentais de manière un peu manichéenne de mon bord. Avec ma famille. Dans I événement, je me suis d’abord fait allumer par Patrice Delbourg, puis par un fouille-merde qui est allé dans les archives des Assedic du spectacle pour trouver qu’en 1980, j’avais touché des Assedic pendant huit mois. Ça m’a valu une page entière, il y a quelques mois.   GLOBE HEBDO / Il y a des gros revenus qui ne prennent pas leurs indemnités, c’est ça ?  RENAUD / Oui. Moi, je ne les prends plus depuis cette époque parce qu’un jour, je n’ai plus assumé. Auparavant, je me disais : « Après tout, si j’ai un accident de voiture, je ferai jouer mon assurance, si je vais à l’hôpital, je ferai jouer la Sécu, si j’ai des congés spectacles, j’en bénéficie. C’est de l’argent que j’ai versé, pourquoi ne pas le récupérer ? » Maladroitement, je l’avoue humblement. J’ai fait une connerie en pensant que si je le leur laissais, il ne servirait pas à d’autres, mais que ça grossirait les caisses noires des Assedic - qui existent. Donc j’ai touché mon dû pendant huit mois avant de réaliser ce que cela avait d’indécent et d’injuste. J’en ai eu honte, jusqu’au jour où j’ai dû m’en défendre contre l’Evénement. L’article commençait par une hallucinante affabulation selon laquelle il y a quelques mois, j’aurais été convoqué aux Assedic pour rembourser un trop-perçu de 100 000 francs. J’aurais dit : « Ah bah, oui, je n’ai pas fait attention. » Le journaliste sous-entendait de surcroît que je n’avais pas remboursé spontanément et précisait qu’avec cet argent, j’avais acheté un bateau. Un conte ! J’ai répondu à ce monsieur que je n’avais pas mis les pieds aux Assedic depuis 1980. Et le mec derrière mon droit de réponse a rajouté : « Ne dites pas que vous ne touchez pas les Assedic. Vous les avez touchées en 1980 : telle somme, telle somme, telle somme. » Si, si, c’était dans l’Evénement il y a quelques mois. Je me suis dit qu’on me cherchait vraiment des poux et ce n’est qu’une anecdote.   GLOBE HEBDO / Et Libé, alors ?  RENAUD / Avec Libé, ce sont des rapports conflictuels depuis toujours. Du jour où j’ai commencé à vendre des disques et avoir une certaine popularité, ils m’ont traité par le mépris ou le silence, avant de m’allumer. C’est un peu trop systématique pour que je puisse ne pas y être sensible. Ils ne parlent pas de moi pendant quatre ans, et tout à coup, j’ai une page entière sur la maison que j’ai achetée à Montréal, avec photos à l’appui. « La cabane au Canada de Renaud ! », C’était il y a environ deux ans. Il déclinait mon voisinage, et disait en gros : si Renaud gagne de l’argent, tant mieux pour lui, mais qu’il achète une maison dans un quartier chicos de Montréal, alors non. Je leur envoie un Fax un petit peu saignant parce que je n’ai pas à me coucher devant un patron de presse aussi puissant soit-il. Je lui dis que ce sont des manières dignes de Minute, et effectivement, trois jours après, cet article est repris quasiment mot pour mot par Minute. Je l’ai faxé à Libé en signant : « La preuve ! »  Ca, plus la critique d’un spectacle au Casino de Paris qui ressemblait à un rapport de police : Renaud est arrivé avec Untel, Untel a fait ci, Untel a dit ça... Alors pourquoi ? Parce qu’au niveau des pages culturelles, ils restent attachés à une marginalité qui les fait rejeter tout ce qui marche. Et peut-être qu’à titre personnel, ils trouvent que mon parcours depuis Mai 68 a été un poil plus fidèle, plus logique que le leur.   GLOBE HEBDO / Ça, c’est indiscutable.  RENAUD / Je vous sais gré de le reconnaître. Et quand, à l’époque, Loupien et Bayon ont fait une page entière qui s’appelait « Séchan séché », je venais de bourrer un Zénith, j’avais fait Miss Maggie, je faisais une tournée des plus triomphales. Je n’ai eu droit qu’à une analyse de police sur mes origines familiales, sur mon accent bidon, sur le fait que je buvais le thé le petit doigt en l’air. Serge July m’a téléphoné pour m’inviter à déjeuner : « Tu comprends, Renaud, je t’aime beaucoup, mon fils t’adore, les pages culturelles dans l.ibé, c’est un Etat dans l’Etat, ils font ce qu’ils veulent, on n’arrête pas de lutter avec eux. » Taratata. Et puis, ça a continué. Alors, de mon côté, je ne me suis pas gêné non plus pour leur décocher quelques petits coups soit dans mes chansons, soit sur scène avec toujours la complicité du public qui rit du sectarisme de Libé. Et puis, j’ai eu des problèmes avec vous, pour d’autres raisons, bien que ce n’ait jamais été la guerre ouverte.   GLOBE HEBDO / Mitterrand et vous, c’est une longue histoire d’amour turbulente ?  RENAUD / Oh, c’est une longue histoire. Tout d’abord en 1981. J’avais alors une certaine popularité - c’était l’époque de Gérard Lambert - mais je n’avais été sollicité par personne pour la campagne, pas le moindre coup de fil. Est-ce parce qu’auparavant j’avais farouchement soutenu la candidature de Coluche ? Evidemment, au second tour, j’ai fait savoir que je voterai à gauche, pour François Mitterrand. Lui, je l’ai vraiment rencontré pour la première fois à l’inauguration du Zénith, en 1985 et la seconde fois, grâce à Globe mensuel, en 1986, quand vous aviez organisé une interview du président par une bande de jeunes.   GLOBE HEBDO / Il existe une complicité certaine entre vous ? RENAUD / Oui, j’aime ce bonhomme, je le revendique, je l’assume malgré les critiques de Bedos qui considère que c’est de l’œdipe mal digéré. Et je dois reconnaître qu’il n’a pas tout à fait tort. Mitterrand a quelque chose de mon papa, dans la physionomie. Bref, c’est vrai qu’il m’arrive de le défendre quand on l’attaque, que ce soit des gens de gauche ou, à plus forte raison, des gens de droite. Pour cela, je mets en avant son immense culture, son charisme, son sens de l’Histoire, son humour... Oui, j’ai une grande affection pour lui. Mais le personnage ne peut pas faire oublier sa politique. Alors, pour conclure : « ami » oui, « valet » non. J’ai difficilement admis qu’à un moment, sa politique n’ait plus été en harmonie avec ce que le programme commun laissait supposer. Mais l’essentiel de mes « fâcheries » furent à propos du sommet du G 7 et de la guerre du Golfe.   GLOBE HEBDO / Et vous l’avez pourtant soutenu en 1988 ? RENAUD / Oui, malgré tout. Malgré quelques désillusions... Et puis, avec la cohabitation, j’avais revu le vrai visage de la droite : l’affairisme des privatisations, le copinage, l’enrichissement personnel du noyau dur de Balladur, la privatisation des chaînes, le massacre d’Ouvéa, Malik Oussekine, la violence policière à l’égard de la jeunesse qui s’était sensiblement calmée dans les premières années de socialisme... Et, étant donné l’hésitation du président Mitterrand à se représenter, j’ai cru bon, pour la première fois, de m’investir vraiment dans sa campagne électorale. Et profitant de ma popularité, je me suis offert une page dans le Matin de Paris pour dire : Moi, Renaud, j’appelle Mitterrand à se présenter : « Tonton, laisse pas béton. » ça m’a valu bien des lazzis et des sarcasmes, autant de la droite que de la gauche. Bedos qui se foutait de ma gueule à la radio : « Tonton, laisse pas béton et pourquoi pas, Tata, laisse pas bêta ? »   GLOBE HEBDO / Que s’est-il précisément passé au moment du Bicentenaire, en juin 1989 ? RENAUD / On fêtait le bicentenaire de la Révolution et... on accueillait le sommet du G 7, les sept pays les plus riches du monde ! J’ai été sollicité par l’extrême gauche militante (la Ligue en l’occurrence) pour signer une pétition dénonçant cette mascarade, cette atteinte aux idéaux de la Révolution, qui aurait dû nous porter à manifester plus de solidarité avec les pays du tiers-monde. J’ai signé, et ce qui au départ devait se résumer à un meeting à la Mutualité est devenu, à mon initiative, un méga concert à la Bastille avec la Mano Negra, les Négresses vertes, Johnny Clegg. Tout ça me semblait être une vraie démarche d’homme de gauche. Mais, pour les médias, je suis devenu l’instigateur d’un antibicentenaire. Toutes les questions s’orientaient sur mes relations personnelles avec Mitterrand et Attali. Moi, je me suis embrouillé dans des explications pas toujours très claires. Quelques semaines plus tard, quand Mandela est venu à Paris sur l’invitation personnelle de Danielle Mitterrand, j’ai revu François Mitterrand. Et au cours du repas, Mitterrand m’a dit d’un air malicieux : « Eh bien Renaud, vous ne partez plus en vacances ? - Si, Monsieur le Président. » J’étais sur mes gardes. Il ajoute : « Parce que je ne reçois plus de vos nouvelles. J’espère que vous m’enverrez encore de ces cartes postales que je me fais toujours un plaisir de recevoir. » Et c’est vrai que naguère, quand j’étais en vacances et que j’avais un coup de cafard, j’envoyais une carte postale à mon président préféré. Je me disais qu’il y avait une chance sur un million pour qu’il la lise. Eh bien, ce jour-là, il m’a confirmé qu’il lisait bien son courrier. « Monsieur le Président, je vous écrirai encore bien volontiers mais je pensais que depuis le mois de juillet 1989, vous étiez fâché. » Je lui ai dit ça comme un petit garçon qui a peur de se faire gronder. Au lieu de quoi, il m’a répondu par un grand sourire en me faisant entendre qu’il n’en était rien. Pour le Bicentenaire, j’avais été attaqué par 1es « tonton-maniaques »; je me sentais d’autant plus à l’aise que le principal intéressé ne m’en tenait pas rigueur. Je pensais que le président préférait avoir un ami qui n’a pas peur de le critiquer plutôt qu’une cour servile et aveugle.   GLOBE HEBDO / Et puis, en octobre l 991, il y a eu cette chanson, « Tonton », conséquente à la guerre du Golfe et où vous lui exprimiez votre désapprobation. Vous vous en êtes expliqué ?  RENAUD / Oui, bien sûr. Il n’a pas ouvertement parlé de la chanson, mais, lors d’un dîner avec Charasse, il a fait une allusion a cet album en me précisant qu’il l’avait écouté et - je voudrais être sûr de retrouver la phrase exacte qu’il avait « une grande faiblesse pour [mes] chansons... même, les dernières ». Ces propos étant adressés à Charasse, et Charasse de me chambrer comme un fou, devant le président... Mais cette chanson, elle me tenait à coeur.   GLOBE HEBDO / Avec lui, vous n’étiez pas d’accord non plus sur Maastricht ?  RENAUD / Au moment de Maastricht, j’étais très dérouté par les engagements contradictoires des gens que j’aimais. l.es clivages traditionnels, comme d’ailleurs pour la guerre du Golfe, étaient bouleversés. J’ai finalement résumé mes états d’âme dans Charlie Hebdo. Je disais en gros que le jour du référendum, j’irai plutôt à la pêche à la ligne, tellement j’étais dépassé par ce problème. Je voyais d’étranges associations : Le Pen avec Chevènement, Marchais, Dominique Jamet ; de l’autre, vous (Globe mensuel) entre Giscard, Harlem Désir et Mitterrand. Je réalise alors qu’il y a un vrai non de gauche à Maastricht et un vrai oui de droite, des classes dominantes, les patrons... Finalement, j’ai pensé voter non - et je le fais savoir - parce que je ne veux pas de cette Europe des marchands. Puis, je vois Mitterrand à la télévision face à Séguin qui n’était vraiment pas à la hauteur. J’hésite de nouveau. J’ai finalement donné mon bulletin à ma fille de 13 ans, en lui disant : « T’es au courant ? - Oui, on en parle beaucoup à l’école - Je te donne mon bulletin, tu viendras dans l’isoloir avec moi et tu mettras ce que tu voudras. » C’est un peu lâche, d’accord. Et elle, elle a voté oui parce que les enfants de sa génération sont pleins d’espoir.   GLOBE HEBDO / Les clivages politiques traditionnels avaient effectivement sauté. Le fait que l’extrême gauche et l’extrême droite se parlent en vue d’une alliance, cela vous choque-t-il ?  RENAUD / Oui, cela me choque. Personnellement, l’extrême droite, je ne lui ai jamais parlé.   GLOBE HEBDO / Le fait que votre frère, Thierry Séchan, qui fait de la littérature, ait donné une interview au Choc du mois (un mensuel d’extrême droite), cela vous choque également ?  RENAUD / Je lui ai dit que c’est une erreur fondamentale. Et il se justifie, ainsi : « Je suis tombé sur un journaliste des pages culturelles qui a été plus honnête que nombre de ses confrères de la presse sociale démocratique, et qui m’a permis de relire mes propos, qu’il n’avait ni censurés ni falsifiés. » C’est maladroit, mais je ne suis pas l’avocat de mon frère. Et si c’est cela son seul crime, il n’y a pas  quoi fouetter un chat.   GLOBE HEBDO / Continue-t-il à voir Jean-Edern Hallier ?  RENAUD / Non, ni lui ni moi ne le revoyons. Jean-Edern Hallier s’est servi de nous, de moi particulièrement, pendant la guerre du Golfe. J’étais opposé à cette guerre, et j’avais trouvé une tribune pour exposer mon refus. J’aurais préféré un autre support pour mes colères mais je n’avais pas encore le privilège d’écrire dans Charlie Hebdo. J’ai arrêté d’écrire pour Jean-Edern Hallier à la suite de cet édito particulièrement ignoble sur Deauville, le Sentier et les Juifs arrogants. Plus tard, je l’ai croisé chez Pivot où il présentait son livre sur Mitterrand que je trouve falsificateur, scandaleux, racoleur et mensonger. J’ai défendu l’honneur de Mitterrand durant cette émission et presque sa politique. Donc Hallier, c’est fini. En plus, récemment, il a, comme on dit, jeté des ponts en déjeunant avec Bernard Pons, l’homme d’Ouvéa. C’est un fou.    GLOBE HEBDO / Cet été, le Canard enchaîné vous a mis en cause en citant une de vos chroniques de Charlie Hebdo : vous avez été l’auteur d’un dérapage sur Anne Sinclair.  RENAUD / Dans cette chronique, je partais d’une discussion avec; ma fille, sur les camps de concentrations en ex-Yougoslavie. Ma fille prononce «concentration ». Je la reprends : «concentration». Quand j’écris ma petite Chronique, je pense : « tion » comme, dans « sionisme », et j’écris : « tion » comme  dans Anne, Sinclair. Pour le simple plaisir du croche-pattes, de la pique. au passage en associant Anne Sinclair au sionisme - ce que, j’assume puisque je l’ai dit ou écrit par ailleurs. Content de ma vanne, je  n’ai même pas réalisé que j ‘étais en train, trois mots plus haut, de parler de camp de concentration. J’ai écrit cette phrase bêtement, et le pire, c’est qu’elle est parue sans que personne ne dise rien. Le Canard a fini par tomber dessus certains de ses journalistes détestant Charlie Hebdo, ils ont commencé à m’allumer pour m’associer, ainsi que Charlie, aux passerelles entre l’extrême gauche et l’extrême droite. Ça a fait beaucoup de bruit au sein de la rédaction du Canard au point que le rédacteur en chef m’a offert un droit de réponse dans lequel j’ai admis ma maladresse, et dit combien j’avais été blessé d’être accusé d’antisémitisme. J’ai rencontré Anne Sinclair avec qui je me suis expliqué lors d’un déjeuner. Elle a accepté et mes explications et mes excuses. Je crois pouvoir ajouter qu’elle n’avait jamais douté de mes convictions ni de mon « bord ».    GLOBE HEBDO / Il faut reconnaître que ce dérapage associé à vos prises de position pro-palestiennes n’ont pas joué en votre faveur. RENAUD / Pendant la guerre du Golfe, j’étais à Londres. On me demande mon avis sur cette guerre, dont j’étais un ferme opposant. Je torche un texte sur le modèle du Déserteur, de Boris Vian, qui se termine par : « Mitterrand, Tonton, si tu veux vraiment marquer l’Histoire, envoie tes bombardiers raser la Maison-Blanche ? Envoie tes régiments libérer la Palestine. » La Palestine qui, sous ma plume, signifiait bien évidemment les territoires occupés. Guy Bedos a cité cette phrase et a déclaré : « Renaud veut gommer Israël » ! En pleine guerre, au moment le plus fort des tensions entre Juifs, Arabes, Français ! Je risquais une bombe à ma porte. J’ai croisé une dame dans la rue qui m’a dit : « Vous êtes Renaud ? J’aime bien vos chansons. Dommage que vous soyez antisémite. » J’ai blêmi : « Pourquoi vous dites ça ? J’ai lu ce qu’a dit Guy Bedos dans France- Soir, vous voulez rayer Israël de la carte. » J’ai parlé une demi-heure avec elle sur le trottoir et je me suis expliqué comme un inculpé victime d’une machination. On s’est quittés en s’embrassant. J’ai envoyé un droit de réponse à France-Soir, qui a laissé le dernier mot à Guy Bedos...  GLOBE HEBDO / Aujourd’hui, que vous inspire le sort des Palestiniens ? Qu’avez-vous ressenti lors de la poignée de main entre Peres et Arafat ? RENAUD / C’est lors de ce fameux déjeuner avec Anne Sinclair, mercredi dernier, que nous avons appris qu’ils allaient signer. C’est un des plus beaux jours de ma vie, comme la chute du mur de Berlin. C’est l’espoir de la renaissance d’un monde de paix dans ce petit coin de la planète. Une paix peut-être fragile, mais qui vaut mieux que cette guerre éternelle. INTERVIEW GEORGES-MARC BENAMOU, FRANÇOIS JONQUET, KRISTINA LARSEN.   « Germinal », de Claude Berri, sortie le 29 septembre. 
    • Cinéma Germinal
    • Politique F.Mittérand
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    • Patrick Dewaere

14 décembre 2000

Charlie-Hebdo
  • 5 mai 1993, DES ARAIGNÉES ET DES FILLES lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 5 mai 1993   « Renaud bille en tête DES ARAIGNEES ET DES FILLES Ce que je n’aime pas, chez les araignées, c’est quand elle ont des poils qui dépassent du maillot.   Dans les années qui ont suivi le « joli mois de Mai », les communautés ont fleuri, un peu partout en Europe, particulièrement en France. Moi-même, avec trois-quatre potes, en août 68, j’ai fondé la communauté anarchiste Nestor-Makhno dans une vieille ferme abandonnée, sise au sommet du mont Lozère, sur cette terre sauvage où, quelques siècles plus tôt, mes ancêtres camisards résistèrent à l’oppression des enculés de papistes. Nous étions partis pour plusieurs années, l’expérience a duré au moins quatre jours. Un des potes en question nous avait convaincus que nous allions nous ressourcer « en faisant l’amour avec la nature ». Deux jours avant le départ, il nous annonce qu’il emmène sa gonzesse. Pour les soirs où la nature aurait la migraine… On a commencé à s’engueuler. Nous, on voulait pas de filles, ça fout la zone ! Pi surtout, nous on n’en avait pas… Bon, on est partis là-bas, on a squatté la baraque sur le toit de laquelle, dés le premier jour, on a hissé un immense drapeau noir confectionné dans un rideau gaulé dans une salle de projo de la Sorbonne où j'avais suivi des cours d'occupation et de guérilla urbaine trois mois plus tôt. Le lendemain matin, les gendarmes débarquaient. « C’est quoi, ce drapeau ? » me demande le brigadier après avoir contrôlé, fouillé, menacé et tout le bazar. Moi : « Heu… C’est un drap qu’on a lavé et qu’on a mis à sécher au soleil… »Comme il considérait qu’il devait être sec, il nous a un peu obligé à le virer, pi y nous a donné la journée pour débarrasser les lieux. De toute façon, il était temps qu’on se casse, on n’avait plus d’herbe, et moi je supportait pas les araignées qui occupaient la baraque avec nous. La plupart des communautés hippies, anars ou autres qui ont vu le jour dans ces années-là, en Ardèche ou ailleurs, n’ont pas tenu beaucoup plus longtemps que nous. Pour des milliers de raisons, dont, peut-être aussi un peu, les filles et les araignées. Une a tenu. Elle était bâtie sur un projet politique et économique. Et sur une double utopie : le droit à l’expression et à un mode de vie alternatif. Dans une région de montagnes qui se dépeuplait, quelques « soixante-huitards », délaissant les adeptes de la théorie sociale et politique vue de la terrasse du Café de Flore, se sont donc mis à travailler l’agriculture, l’élevage et le forestage. Vingt ans plus tard, comme dans un roman de Giono, la colline est fertile, les troupeaux prospèrent, les écoles du village rouvrent, la musique y résonne des nuits entières et une vraie radio libre y diffuse une parole des plus libertaires. Le lieu accueille toute l’année des centaines de jeunes de toute l’Europe, d’Afrique et de l’Amérique du Sud, mais aussi, occasionnellement, des personnalités comme Bruno Kreisky, Otelo de Carvalho (qui doit en grande partie sa libération au combat de ces « soixante-huitards »), la récente Prix Nobel de la Paix dont j’ai oublié le nom, Jean-Louis Bianco, Michel Cardoze, Bernard Langlois, Jacques Higelin, et, même, par le passé, Font et Val. Fondatrice du Forum civique européen, de la Fédération européenne des radios libres et du Comité européen pour la défense des réfugiés et  immigrés, cette communauté a eu droit, de la part de M. Joxe, il y a deux ans, à la plus importante opération militaro-policière depuis la guerre d’Algérie, à savoir une descente de police à l’aube, avec l’appui de l’armée et de la D.G.S.E., hélicoptères, chiens, casques lourds et mitraillettes, avec matraquage des adultes devant leurs enfants, saccge des locaux de leur radio, vol de documents, fichage, etc., pour un résultat digne de Waco : un fusil de chasse rouillé et un opposant kurde en situation irrégulière. Cette communauté s’appelle Longo Mai, c’est du provençal, même si ça sonne comme du Birman (capitale Rangoon) et que ça fait penser à Moon… Cette communauté est peut-être bien une secte, comme l’écrivait Olivier Cyran ici même la semaine dernière, mais une secte contre laquelle notre social-démocratie déploie tant de forces ne mérite t-elle pas un peu de notre respect ? Pour m’être rendu quelquefois à Longo Mai, j’ajoute que l’ambiance n’y a pas l’air précisément porté sur la partouze… Mais, là, Olivier Cyran a peut-être en main des arguments que j’ignore et que seul Longo Mai est habilité à réfuter. Enfin, que cette secte soit, selon certains, totalement infiltrée, manipulée par le K .G.B., qui pourrait ici les en blâmer ? A Charlie Hebdo, ils sont bien infiltrés par un pêcheur à la ligne… RENAUD »  
    • Lozère
    • Anarchie
    • Mai 1968
  • 9 juin 1993, BEYROUTH BY NIGHT lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 9 juin 1993   « Renaud bille en tête BEYROUTH BY NIGHT « Paroles de Francis Bouygues, musique de Hassan II »   C’est marrant, cette semaine j’allais vous parler d’Amina, voilà que c’est elle qui parle de moi. Dans Globe Hebdo. Je m’apprêtais à la « féliciter » pour sa prestation chez Jean-Pierre Foucault lors de son « Sacrée soirée » spécial Maroc, lui dire l’admiration que je porte aux artistes qui, moyennant une semaine nourris-logés à la Mamounia, cautionnent de leur présence le régime monarcho-dictatorial de Sa Majesté Hassan II. J’allais lui expliquer que, contrairement à d’autres artistes qui font là où on leur dit de faire et dont on n’attend rien, sinon qu’ils conduisent un peu plus souvent leur moto sans casque), la participation d’une artiste maghrébine à cette belle opération de marketing orchestré de concert par Bouygues et Hassan, eu égard à ses frangins torturés et emprisonnés en ce joli royaume chérifien, avait quelque chose d’indécent. J’allais lui dire enfin que je l’avais connue plus inspirée lors d’une télévision que nous fîmes ensemble à Beyrouth il y a un an et demi, émission au cours de laquelle elle manifesta par un audacieux « Vive le Liban libre ! » son opposition à l’occupation syrienne… Et puis je m’étais dit, après tout, de quel droit donnerais-je des leçons de morale politico-artistiques à une consœur, hormis celui que je m’arroge d’appeler un chat un chat et un suceur de bites royales un royal enculé ? J’étais donc parti sur un autre sujet quand mon fax ronronna. C’était une page extraite de Globe Hebdo. J’y lu avec stupéfaction une interview de ladite artiste, ladite avec un b. Elle parlait justement de ce voyage à Beyrouth. Voyage qu’elle situait, elle, il y a quatre ans. (Probablement parce qu’à cette époque la ville était plus dangereuse que lorsque nous y allâmes…) Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ses délires et mes réactions… « La consigne, c’était de ne pas sortir de l’hôtel, mais j’ai embarqué Renaud avec moi et un chauffeur arabe, et on s’est baladés la nuit. » J’ai pas souvenir d’avoir reçu ce genre de consigne mais bon… Amina dramatise à outrance, on s’invente l’héroïsme qu’on peut… Pas souvenir non plus de m’être fait « embarquer » par elle. Nous étions une bonne quinzaine à vouloir aller bouffer à Byblos et le hasard de la répartition dans les taxis et voitures prévues pour nous a fait qu’effectivement nous nous sommes retrouvés ensemble. Peut-être dois-je avouer que j’ai légèrement forcé le hasard, préférant la compagnie d’une belle Amina à celle d’un gentil machino de FR3… « Au bout de quelques barrages, Renaud s’est mis à flipper, j’ai cru qu’il allait chialer. » Nous n’avons pas rencontré un seul barrage cette nuit-là, et si j’ai flippé c’est plus devant la tournure que prenait la soirée (boîtes de nuit à la con, musique disco et bourgeoise libanaise) que devant l’hypothétique risque encouru auprès des milices invisibles et des soldats syriens pas franchement agressifs quoique désagréables. Et puis d’ailleurs, eussé-je flippé pour ça que je n’en rougirait point… J’ai par contre « chialé » une fois pendant ce court séjour, loin des yeux d’Amina, lorsque j’ai vu la « place des canons », au cœur de Beyrouth, mitraillée, bombardée, déserte, morte. Une somptueuse cathédrale de dentelle de pierre envahie par la végétation redevenue sauvage. Chialé parce que les hommes avait fait ça, pas un séisme. « Il a sorti une photo de sa fille et il m’a dit « Je veux rentrer… ». » Amina, là, a bonne mémoire. Que je me trouve à Beyrouth, Belfast, Soweto ou Valenciennes, deux jours sans ma fille c’est un jour de trop. Je me souviens donc de lui avoir dit le deuxième et dernier jour là-bas « J’en ai marre, j’ai l’cafard, il est temps qu’on se casse ! Ca m’emmerderait de rester ici aussi longtemps que Jean-Paul Kaufmann. » Et, en sortant la photo de Lolita qui ne quitte jamais la poche près de mon cœur, j’ai ajouté : « Ca m’emmerderait pour elle, surtout… » « Mais moi aussi, j’ai une fille, et puis quand on se dit chanteur engagé… on ne reste pas à l’hôtel. » Dis-donc, Amina, je sais pas ce que tu as fait de tes deux nuits beyrouthines, hors cette « balade », moi j’ai le souvenir d’un hôtel tellement glauque et craspec’ qu’il aurait fallu un bombardement pour m’obliger à y rester plus que mon sommeil ne le nécessitait… J’ai surtout le souvenir que tu le réintégras à la même heure que moi cette nuit-là, que tu vins frapper à ma porte pour me taxer un sweet-shirt parce que ça caillait dans les piaule et que tu serais gentille de me le rendre, j’y tenais beaucoup, y grattait pas ! Voilà… J’ai fait un peu long pour pas grand-chose, vous m’excusez, mais c’est un pas grand-chose qui m’a énervé. Parce qu’à travers ses affabulations, Amina fait plus qu’essayer de me faire passer pour le couard qu’il m’arrive d’être mais, en l’occurrence, pas cette fois-là. Elle fait part de son mépris pour ce qui ressemblerait à de la peur, peur devant la violence, la guerre, la bêtise, ce sentiment ô combien naturel qui distingue l’artiste du militaire, le poète du mercenaire, l’être humain du barbare. Retourne te bronzer le cul à la Mamounia, Amina, à quelques pas des geôles où croupissent les prisonniers politiques de « votre ami le roi », ceux-là ne t’en voudront pas, car ils n’en sauront rien. Ils n’ont pas TF1 dans leurs cellules. La cruauté monarchique ayant, semble-t-il, des limites… RENAUD »  
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  • 16 juin 1993, LA VIE S'ÉCOULE AU RYTHME DES SAISONS > Charlie Hebdo, le 16 juin 1993 « Renaud bille en tête LA VIE S'ÉCOULE AU RYTHME DES SAISONS Les cendres de Pétetin à Douaumont ! Je sais toujours pas où j'ai envie de partir en reportage. En fait, j'aimerais bien trouver un coin de planète où il ne se passe rien. Mais alors, rien du tout. Mais un « rien du tout » qui fasse un bon papier quand même. Ma femme m'a bien conseillé le siège du P.S., rue de Solférino, mais ça remplit que la première moitié des conditions. Si vous avez une idée, amis lecteurs, n'hésitez pas à écrire à mon rédac' chef. J'aimerais que ça soit pas trop loin, qu'il fasse ni beau ni moche, que personne me reconnaisse mais qu'on m'admire un peu quand même, que je puisse emmener mon chien, et qu'il y ait des nouilles. J'irais bien en Italie. Mais les nouilles sont pas terribles, là-bas. Et puis, c'est un pays où y s'passe plein de trucs, comme ici. Magouilles politiciennes, violence urbaine, racisme, chômage, droguage, misère et télévision. Avec en plus la Mafia qui fait péter les musées, c'est nouveau, ça vient de sortir. Pi c'est très légèrement dissuasif. Si tu vas en Italie sans faire les musées, autant rester en France sans faire les restos. Le plus beau de l'Italie est dans les musées. Le reste est assez moche. Bon, la Toscane, passe encore, une pâle imitation du Lubéron, quadras du P.S. en moins... La Toscane fait penser à ces paysages miniatures autour des trains électriques : c'est joli à regarder, mais faut pas marcher dessus. Sinon, quoi ? La Riviera ? Une Côte d'Azur en crade. La Lombardie ? On sait même pas où c'est. Les Pouilles ? Un terrain vague planté d'oliviers et qui rime avec rien. Quant à l'Italien, excusez-moi, mais bof... Il est gai quand il sait qu'il aura de l'amour et du vin, mais ça, le Français aussi, même s'il a pas d'amour... À moins que je parte dans les Pyrénées. Dans la vallée d'Aspe exactement. Là, hormis quelques batailles rangées entre méchants gendarmes et gentils écolos, quelques invectives entre anti et pro-tunnel, c'est pour ainsi dire le paradis terrestre. Je sais plus qui disait « la montagne, c'est le dernier jardin avant le Bon Dieu », eh ben, la vallée d'Aspe est bordée de montagnes comme j'en ai jamais vu d'aussi belles, même si j'en ai jamais vu beaucoup. La vie s'y écoule au rythme des saisons (putain, c'est beau !) et au milieu coule une rivière (c'est de moi). Mais dans la vallée d'Aspe, j'ai plus mon guide de montagne perso. Eric Pétetin s'est encore démerdé pour se faire enchrister. Huit mois. Si sa peine n'est pas diminuée lors du procès en appel qui aura lieu le 22 juin à Pau, il y a fort à parier qu'à sa sortie les bulldozers auront repris leurs activités valléicides. Alors, le dernier jardin avant le Bon Dieu sera devenu ce que les élus de tous bords en attendent depuis si longtemps : la dernière autoroute avant l'Espagne. Je sais toujours pas où j'ai envie de partir en reportage. Mais j'ai intérêt à me magner de trouver un endroit, y m'reste plus qu'une semaine... RENAUD »
    • Pays Italie
    • Pays Pyrénées
    • Politique Thatcher
  • 7 juillet 1993, IL NE SE PASSE RIEN lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 7 juillet 1993   « Renaud bille en tête IL NE SE PASSE RIEN Je vous résume   Mardi. Des potes organisent une partie de foot et M’OBLIGENT à jouer avec eux. Première touche de balle, je me fracasse le gros orteil sur une motte de terre. Finalement, je choisis d’être goal. En deux mi-temps de vingt minutes, dans mes cages de handball, je n’encaisse QUE huit buts ! Et quand je dis « encaisse », je suis poli… Mercredi. J’apprends par Globe Hebdo que je fais partie des « parrains » de l’Idiot international (sous-entendu appartenant donc à cette mouvance bolchevico-fasciste). Les quelques chroniques que j’écrivis pour l’Idiot durant la guerre du Golfe me valent en effet, malgré moi, de toujours figurer dans l’ours au titre de « conseil ». Comme Sollers ou Arrabal, qui, eux, ne sont pas cités comme parrains. Elles me valent apparemment aussi d’être toujours sur la liste noire de Globe Hebdo… Jeudi. Roland Perrot, dit Rémi, dit le grand-père, est mort aujourd’hui. Il était l’un des fondateurs de Longo Maï, la communauté dont nous parlions ici il y a quelques semaines. Cancer salaud ! Adieu, mon pote… Vendredi. Le procureur de la République de Valenciennes a tellement l’air de vouloir faire la peau à Tapie qu’il nous le rendrait presque sympathique. Rassurez-vous, « presque sympathique », ça veut quand même dire antipathique. Samedi. El Cordobès reprend du service. Ca faisait quelques années que ce paisible retraité se la coulait douce, quand un désir soudain, irrépressible, l’a poussé à redescendre dans l’arène pour affronter les cornes et faire mouiller les connes. Il faut le comprendre : ça doit être dur de vivre si longtemps sans tuer un taureau. Moi-même, qui n’en ai pas tué un seul depuis quarante ans, des fois je me sens frustré… Dimanche. Grand Prix de France de formule 1. Avec leurs innovations technologiques à la con, ces courses sont devenues d’un chiant ! T’as plus jamais un pilote qui se tue. Je souhaite la mort de personne, d’ailleurs je suis un grand fan de Prost. Je suis sûr que c’est lui qui se tuerait le plus vite. Dimanche soir. Je tombe sur une corrida sur Canal +. Le torero se tord la cheville au moment de la mise à mort, qu’il rate. Pendant que le taureau gesticule des quatre fers en beuglant dans une marre de sang, les commentateurs, indifférents, plaignent le pauvre con qui s’est fait mal au genou. « Le pauvre doit souffrir horriblement… » Canal +, finalement, entre le foot, le cul, les films à la con et la corrida, c’est vraiment la chaîne des beaufs. Lundi. Nouvelle décision du ministre de la Justice au sujet de la présence de l’avocat pendant la garde à vue : dorénavant, un inculpé aura droit à un avocat dès sa condamnation. RENAUD »  
    • Journal Globe Hebdo
    • Communauté Longo Maï
    • Politique Bernard Tapie
    • Sport Formule 1
  • 13 juillet 1993, LAISSE BÉTON ! lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 13 juillet 1993   « Renaud bille en tête LAISSE BETON ! Et c’est pas du verlan   Chers habitants de la vallée d’Aspe, ainsi donc les jeux sont faits. Vous aurez votre tunnel. Vous aurez une nouvelle route, à deux, trois ou quatre voies, une « voie rapide », comme ils disent, vous aurez des « ursoducs », bonne conscience des élus locaux qui font semblant de croire que les ours emprunteront ces tunnels en béton pour passer de la vallée à l’autre, vous aurez une rivière détournée par endroits de son lit et canalisée dans des berges bétonnées, vous verrez et entendrez défiler un bon millier de camions chaque jour, décibels et oxyde de carbone garantis, disparition des ours assurée. On me dit que vous étiez majoritairement favorables à ce projet. Je n’en crois rien, mais peu importe. L’avenir, je pense, donnera raison à ceux qui, aujourd’hui, s’opposent à ce massacre écologique et culturel, à cette aberration économique qui prétend faire revivre une région en la saignant d’une voie rapide en son milieu. Une voie rapide ! Au cœur d’un des plus beaux paysages du monde, où toute vitesse supérieure à la marche devrait être interdite ! J’aimerais que l’un d’entre vous m’explique ce que cette saignée de bitume destinée à accélérer les échanges routiers entre la France et l’Espagne apportera à la vallée et à ses habitants. Des emplois ? Où ça ? A la pompe à essence ou au restoroute ? Du tourisme ? Il y en a déjà, des pas chiants, pas bruyants, pas exigeants, des amoureux de la montagne et de la nature sauvegardées. Ceux-là s’en iront, et les autres ne viendront pas. Même si les paysages de part et d’autre en valaient la peine, aurait-on envie de s’arrêter sur l’autoroute avant le tunnel de Fourvières ? Vous avez, paraît-il , des droits sur cette vallée, puisque vous l’habitez. Vous appartient-elle pour autant ? N’est-elle pas une partie d’un patrimoine commun qui m’appartient tout autant qu’à vous, qui appartient à tous les Français, et puis aux Européens, et puis aux Mongols, et puis, surtout, aux génération futures ? Ce n’est qu’à ce titre, répondant ainsi à ceux d’entre vous qui s’indignent que des « estrangers »  viennent se mêler de l’avenir de « votre » vallée, que je me permets ces quelques réflexions. Je suis atterré. Et totalement désabusé. Depuis plus de quatre ans, chaque fois que les médias m’en ont donné l’occasion, je me suis efforcé de protester contre ce projet de tunnel du Somport. Une pareille constance dans l’indignation n’est même pas motivée par une quelconque conscience écologique, la vallée d’Aspe est REELLEMENT un des plus grandioses paysages, un des plus bouleversants qu’il m’ait été donné de voir. Y toucher, vouloir la rendre « plus accessible », la livrer au béton et aux camions, c’est un crime contre la beauté. C’est comme un lifting au vitriol sur le noble visage d’une vieille dame. Je suis colère mais je vais essayer de pas m’énerver. Après tout, cette vallée a peut-être été épargnée trop longtemps. Peut-être l’heure est-elle venue pour elle de se transformer, comme tout le reste un peu partout. Comme les vieilles pierres des murets sont devenues des murs de béton, les eaux claires des rivières des cloaques, les sentiers des forêts des itinéraires pour « mountainback », les vieilles fermes des résidences secondaires, les épiceries de campagne des supermarchés, les p’tits restos des McDo, et les ronces des taillis des parkings. Après tout, vous étiez peut-être un peu des privilégiés. Puisque nous n’auront jamais la chance de vivre tous dans un Eden comme la vallée d’Aspe, alors j’admire votre sens profond de l’égalité qui vous fait exiger le même béton pour tous ! Comme pour les pierres tombales. RENAUD P ;-S. Vous pouvez remplacer « mountainback » par V.T.T., si c’est plus clair. Il y a quinze jours j’avais écrit « B.-H.L. et Arlette » (car c’est son vrai prénom !). Qui a corrigé, et écrit « Arielle » ? Il y a une semaine, j’avais écrit « il s’est fait mal à le genou ». Qui a cru à une coquille et écrit « au genou » ? Faisez gaffe…
    • Pays Pyrénées
  • 4 août 1993, JE CHANTE LE NORD... lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 4 août 1993   « Renaud bille en tête JE CHANTE LE NORD… … et je bronze au sud   Apprenant les mésaventures survenues à mon pied préféré, mon Philippe Val de rédacteur en chef, tel un Bernard Kouchner de la presse libre à 10 F, a bondi dans le premier T.G.V. venu direction Avignon, afin de venir consoler dans son indicible souffrance « l’âme de son enfant livrée aux répugnances* ». après avoir parcouru la moitié du département avant de trouver le petit chemin caché qui mène à mes quelques arpents de droits d’auteur, l’ami s’est installé à l’ombre d’un micocoulier, a empoigné ma guitare aux vieilles cordes rouillées par des siècles d’inactivité, et m’a chanté Brassens, Trenet et Paolo Conte. Au bout de trois accords, j’avais plus mal à le pied. « Puisque te voilà guéri, allons boire l’apéro chez Wolinski », me dit-il ensuite. « Il est pas loin d’ici ». A quatre pas de ma maison, effectivement, sur les flancs du Lubéron, notre confrère se reposait d'une harassante année de Charlie Hebdo, année durant laquelle, sous les ordres d’un rédacteur en chef aussi intransigeant que talentueux, lui comme moi avons travaillé avec ardeur et souffert avec dignité. Georges infusait tranquillement dans son jardin en nous attendant. Il nous accueillit chaleureusement, nous présenta sa femme et sa piscine, beaucoup plus grande et plus profonde que la mienne, je parle bien évidemment de la piscine, bande de crétins. Nous bûmes ensemble le pastis de l’amitié, pastis « Panis », une marque bizarre, inconnue de moi, pas dégueu quand même, bien qu’exhalant des arômes infiniment moins subtils et délicats que ceux du « Berger » qui est à l’anisette ce que les « Barilla » sont aux pâtes, je dis ça un peu parce que je suis pote avec le fabricant qui a son usine à l’Isle-sur-Sorgue. Puis, le soir venant, nous prîmes congé, regagnâmes notre automobile direction Avignon, non sans avoir auparavant salué la fille aînée de Wolinski au bord de la piscine, laquelle avait l’air très bonne, je parle encore de la piscine. Val avait prévu de rencontrer dans la cité des Papes une bande de jeunes qui occupaient leur mois de juillet à vendre Charlie Hebdo aux festivaliers, mission ô combien sympathique quoique peu rémunératrice, et qu’il convenait d’aller saluer et encourager. Les jeunes furent visiblement ravis de nous voir, en chair et en os, et nous fûmes ravis aussi. Nous bûmes ensemble le pastis de l’amitié, pas terrible, je parierais pour du « Granier » fabriqué à Cavaillon, pour ainsi dire du pastis étranger. Après nous être éclipsés, Philippe et moi, pour un frugal et délicieux dîner d’affaires, au cours duquel il envisagea d’augmenter de 30 % le salaire des chroniqueurs de Charlie, nous nous retrouvâmes tous place de l’Horloge afin de consolider l’amitié autour de quelques bières de marques incertaines. Place de l’Horloge, qui sera l’objet de ma chronique de la semaine prochaine. Car pour vous décrire la faune et la flore poussant le soir dans cet incomparable sanctuaire pour Homo sapiens approximatifs, deux colonnes ne seront point de trop. Je tâcherai pour cela d’éviter le passé simple (dont j’abuse aujourd’hui) pour employer plutôt un futur hasardeux, bien plus de circonstance. RENAUD * Faites pas gaffe, c’est du Rimbaud. »
    • Wolinsky
    • Le Vaucluse de Renaud
    • Philippe Val
  • 11 août 1993, AH, LES SALOPES ! « Elle », le journal pour emballer les moules lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 11 août 1993   « Renaud bille en tête AH, LES SALOPES ! « Elle », le journal pour emballer les moules   Me femme, figurez-vous, lit Elle. Un peu comme la vôtre, mais moins souvent. Elle sait pas trop bien pourquoi, et pi moi non plus. Pas pour les photos, pas pour les articles, peut-être pour les fiches cuisine, l’horoscope ou les potins genre « Mel Gibson vient de fêter ses 54 ans ». Quand elle le rapporte à la maison (le journal, idiot, pas Mel Gibson, Dieu me tripote…), il m’arrive de le lui taxer, comme ça, par simple curiosité, histoire de savoir un peu ce qui se passe dans le monde merveilleux de la Femme libre et sauvage des années 90 et des seins pareil. Depuis quelques semaines, nous avons droit à un grand concours (très court et très con) dont le premier prix est une maison très moche et le deuxième une Ferrari belle mais bleue. Il faut trouver, grâce à des indices, le nom de personnalités féminines d’aujourd’hui. C’est ach’ment dur. Je veux pas foutre la zone, mais, personnellement, j’ai déjà trouvé les cinq premières. Allez-y, les filles, vous pouvez copier : Sonia Rykiel, Régine Deforges, Vanessa Paradis, Patricia Kaas et Charles Pasqua, mais là je suis pas sûr. Si je gagne la maison, je la vends aussi sec, et la plus-value, je la bois, par contre, la Ferrari, je la garde ! Comme j’oserai jamais rouler avec , sauf à bomber dessus en énorme « gagnée à un concours », je crois que finalement je la vendrai aussi et avec l’argent je m’achèterai un bistrot. En Corse. (Je dis ça parce que j’écris ces lignes depuis l’île de Beauté où je passe quelques jours, les premiers de ma vie ici, et je dois reconnaître que, toutes polyphonies mises à part, c’est vraiment TRES beau…) Mais y’a peu de chances que je gagne, j’ai pas envoyé les bulletins-réponse. Si, dans les semaines qui viennent, vous entendez dire que j’ai touché le gros lot au concours de Elle, c’est que c’est truqué… Bon, cette semaine, en plus du concours nous avions le grand test de l’été. Sujet : « Etes-vous une salope ? » Sous-titre : « Un test choc à faire en cachette ». Ma femme et ses copines se sont disputé le journal pour répondre (en cachette) aux questions et savoir très vite laquelle d’entre elles était la plus salope. Moi et mes potes (les maris des copines), on a fait comme si de rien n’était, mais, dès qu’elles ont reposé le journal (en cachette) dans un coin, on s’est presque battus pour lire très vite leurs réponses et pour pouvoir affirmer ensuite « ma femme est beaucoup moins salope que les vôtres ! »  Sauf un de mes potes qui espérait que la sienne pulvériserait les scores, parce que lui il voulait que sa femme soit un peu plus salope. Il y avait, suivant les réponses, plusieurs catégories de salopes : les saintes, pas du tout salopes, mais là, personne a eu bon, même pas ma fille, c’est vous dire…Les « pas assez salopes », c’est le résultat de ma gonzesse, je m’excuse, je sais pas comment je dois le prendre…Puis les « salopes juste ce qu’il faut », aucune des salopes présentes n’est tombée là-dessus. Ensuite, les « toutes petites salopes ». Ma fille est ça… (Je sais bien que c’est des conneries, mon amour, ne t’inquiète pas, en grandissant je suis sûr que tu feras des progrès…) Claire, Cécile et Fafoune sont tombées sur « gentilles salopes », alors qu’à mon sens elles méritaient mieux, et Marie-Christine sur « carrément salope », c’est pas moi qui le dis, c’est un test SCIENTIFIQUE ! Quant au stade suprême de la saloperie selon Elle, à savoir « divinement salope », à part un copain rugbyman, personne n’a eu bon. Le principe du test, c’était une question à la con, avec six réponses possibles. Je vous livre un ou deux exemples vite fait : Vous découvrez qu’il couche avec votre meilleure amie. Réponses possibles : A. vous le giflez. B. Vous la giflez. C. Vous les giflez tous les deux. D. Vous vous faites son mec (N.D.L.A. : quelle élégance dans la formulation !). E. Vous exigez qu’il vous demande pardon à genoux. F. Vous rompez. Seule ma femme croit encore aux vertus thérapeutico-romantiques de la bonne vieille gifle, et, apparemment, sa meilleure amie est épargnée (pardonnée ? ), puisque la gifle est pour moi. Toutes ses copines, un peu rétrogrades, archiconventionnelles, ont répondu qu’elles divorceraient. Le p’tit Kiki (onze ans) a même dit à sa mère : « T’auras intérêt à romper ! ». Les vraies réponses, bien évidemment, n’étaient pas proposées. Je vous les suggère : A : J’ai choisi exprès une meilleure amie très moche pour que ça n’arrive jamais. B. Mon mec a DEJA couché avec toutes mes amies. C. Je tue son chien. D. Vaut mieux que ce soit avec ma meilleure amie qu’avec ma pire ennemie. E. Je ne suis pas jalouse, mon mari fait ce qu’il veut, c’est un homme libre. Et F. Je me venge en couchant avec Patrick Bruel. La question 19, c’était : il abandonne son boulot pour se lancer dans la peinture. Les copines ont répondu qu’elles laissaient faire, qu’elles proposaient de poser nues (salopes…), ma femme a choisi la réponse F. Je lui offre un chevalet. Normal, c’est réellement ce qu’elle a fait il y a quelques mois quand j’ai décidé de plaquer la chanson pour la musique. Par contre, quand elle a vu mes toiles, elle a demandé le divorce... Mes potes et moi, on n’a pas fait le test. On attend la semaine prochaine, en espérant un nouveau « Test choc à faire en cachette : Etes-vous un enculé ? ». On a intérêt à trouver une bonne cachette. RENAUD »
    • Journal Elle
  • 18 août 1993, LA NUIT DES TORTICOLIS lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 18 août 1993   « Renaud bille en tête LA NUIT DES TORTICOLIS C’est beau, une nuit, la nuit…   En farfouillant dans des vieux papiers, il y a quelques mois, je suis tombé sur un agenda à moi de l’année 75, époque où j’avais tellement rien à foutre qu’il fallait que je l’écrive, tellement d’ambition qu’il fallait que je consigne par écrit les « riens du tout » du lendemain qui devenaient, du coup, des projets d’avenir. A la rubrique « à faire » d’une semaine de juin, je suis tombé sur cette petite phrase « Penser à m’intéresser à l’astronomie. » Les années se sont écoulées, entre-temps je suis devenu champion de France de la chanson, j’ai renoncé à m’intéresser aux étoiles, étant devenu étoile moi-même, ah ! Ah ! Ah ! Elle set bien bonne ! Et puis, il y a quelques semaines, comme je fêtais mes quarante ans – bientôt quarante-deux – on m’a offert une lunette d’astronomie. Pas une énorme grosse comme un canon qui t’oblige à construire une coupole sur la colline, pas un truc de pro pour voir le bon Dieu dans ses chiottes, mais pas non plus une petite à la con comme ont sur leurs balcons les vicelards qui veulent mater la voisine d'en face quand elle prend sa douche. Non, une moyenne, disons grosse comme ma bite, la comparaison, pour audacieuse qu’elle paraisse, n’en étant pas moins légitime puisque, lorsqu’on met l’œil au bout de ma bite, comme au bout de ma lunette, on voit mes couilles. Je l’ai installée dans le jardin et je l’ai réglée un petit moment. Disons deux ou trois semaines. Y’avait plein de poulies, de rondelles, de poignées, de vis et de boulons. J’ai cru devenir barge et j’ai pensé un moment à m’intéresser à la broderie victorienne. Et puis, finalement, j’ai réussi à viser une étoile. Dans le ciel, elle était petite comme une tête d’épingle. Dans ma lunette qui grossit environ 500 fois (pas comme ma bite), elle était toujours aussi petite qu’une tête d’épingle. J’ai flippé quelques heures (disons 240), et j’ai compris. Trois millions d’années-lumière divisées par 500, ça fait encore vachement loin. J’ai réalisé que même avec mon matos d’enfer, les étoiles resteront des têtes d’épingle pour l’œil torve de l’Homme et de sa fiancée. Et même, moins pratiques, en tous cas pour les ourlets. Alors, après, j’ai essayé de regarder la Lune. J’ai attendu une nuit bien noire, mais quand je l’ai eue y’avait plus de lune. Alors j’ai attendu une nuit bien claire et j’ai fini par choper l’astre d’argent dans mon viseur. Je pensais voir un petit drapeau américain ou une connerie comme ça, une grosse fusée pointue à damier rouge et blanc, un parking, un McDo, je sais pas, moi, un sac poubelle, eh bien, encore une fois le spectacle fut très décevant. Des cratères tout gris sur un sol tout gris. « Viens vite voir, chérie ! » j’ai dit à ma femme, que j’appelle « chérie », « on dirait les joues de Bernard Tapie ! » Le temps que ma chérie arrive, la Lune était sortie de mon viseur. La salope bouge ! ! ! Alors je me suis souvenu qu’on m’avait dit, effectivement, à l’école, que la Lune tournait autour de la Terre. Je me rappelle que je l’avais pas cru. (A l’époque, un instituteur laïco-marxiste avait même essayé de nous faire croire que la Terre était ronde, j’avais mis ça sur le compte de la propagande bolchevique). Eh ben, vous me croirez si vous voulez , la Lune bouge plus vite que ma femme qui se maquille pour sortir. Quand elle m’a rejoint dans le jardin, la Lune s’était couchée. L’autre jour, avec un pote, on a ressorti le télescope pour mater les étoiles filantes. J’ai dit à mon pote « bon courage ! Déjà, les pas-filantes, c’est l’enfer, à choper, de toute façon, si t’arrives à régler cette foutue machine de merde, je te la donne ! » A minuit, on s’est installés peinard dans le jardin, face au nord, comme ils disaient dans Libé, et on a attendu. Putain ! La nuit des étoiles filantes ! J’allais pas rater ça ! Moi qui ai attendu vingt ans pour assouvir mon envie de m’intéresser à l’astronomie… A une heure, quand les moustiques ont commencé à attaquer, on n’avait toujours rien vu, à deux heures ma fille et ses copines ont craqué, sont rentrées à la maison pour papoter je préfère pas savoir de quoi, mais ça gloussait sérieux, à trois heures on s’est couchés sur le capot de la bagnole avec des couvrantes parce que ça commençait à cailler, et à quatre heures moins vingt j’ai vu deux ou trois étoiles filantes normales, c’est-à-dire environ dix fois moins qu’une nuit d’août ordinaire depuis des millions d’années, une nuit « pas des étoiles filantes », une nuit qui fait pas la une de mon journal préféré. Mon pote a rien vu, il a dit « mais non, c’est un avion ! », ma femme a dit « c’est un vers luisant ! », et ses copines ont rien vu non plus, elles dormaient déjà depuis longtemps. Le lendemain matin, on avait tous vachement mal à la nuque, car le ciel, même au nord, ça fait haut à regarder. Mon pote a embarqué dans sa caisse ma lunette d’astronomie qu’il avait finalement réussi à régler, et ma fille a demandé pourquoi je brûlais encore mon Libé. Sur mon agenda, à la semaine prochaine, dans la rubrique « à faire », j’ai écrit : « Penser à m’intéresser à la biologie moléculaire ». Bientôt, je vous raconterai ma théorie sur la mémoire de l’eau avec du pastis autour… RENAUD »  
    • Politique Bernard Tapie
    • Sciences Astronomie
  • 8 décembre 1993, ÉLOGE DE LA COMPILE lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 8 décembre 1993   « Renaud bille en tête ELOGE DE LA COMPILE Plutôt Desproges que mort   Ah ! ! ! Voilà une nouvelle qu’elle est bonne ! Je l’ai reçue ce matin dans ma boîte : une compile des meilleurs réquisitoires de Pierre Desproges au « Tribunal des flagrants délires ». un compact normal pour les petites bourses (et c’est pas un gros mot), un coffret de trois CD pour les grosses (et c’est pas un compliment). Si ça c’est pas une bonne idée de cadeau de Noël pour les amoureux de la belle écriture et du fendage de gueule réunis, alors c’est qu’on n’a pas vraiment la même conception du bonheur.   Encore une bonne nouvelle : les FM à la con qu’on écoutait déjà pas vont bientôt être obligées de programmer 40 % de chansons françaises à la con. Ca s’appelle les quotas à la con.   Guy Bedos à « 7 sur 7 » : « Comme par hasard, le football français va mal depuis qu’on embête Tapie. » Pis l’économie colombienne va pas terrible non plus depuis qu’on embête Pablo Escobar…   Encore lui, à propos des élections en Italie et de la petite-fille de Mussolini, candidate néo-faf à Naples : « Elle a l’air d’une pute ! » J’ai beau avoir une immense estime pour Bedos (et réciproquement), loin de moi l’envie de lui chercher des poux dans le verbe, je me demande quand même si la sentence n’est pas légèrement macho. Pis pas très sympa pour les putes…   Un S.D.F. assassiné par des mômes, ça craint. Alors, pour les journaux, le S.D.F. est devenu « clochard » et son casier judiciaire largement médiatisé. Le clodo buvait, était bagarreur et n’aimait pas les enfants. Bref, c’est pas vraiment un assassinat.   Trois étrangers assassinés en Algérie. Si les étrangers restaient chez eux au lieu d’aller à l’étranger, y aurait plus du tout d’étrangers dans le monde. Or il paraît qu’il y en a de plus en plus. D’autant que, pour les étrangers assassinés en Algérie, c’était les Algériens les étrangers… Etrange, non ?   Enfin une bonne nouvelle : parution du coffret « Les réquisitoires » de Pierre Desproges, je sais, je l’ai déjà dit. RENAUD »
    • Pierre Desproges
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    • Guy Bedos
    • Pays Algérie
  • 18 janvier 1995, PETITES COLÈRES lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 18 janvier 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi PETITES COLERES On dit : « A la droite de Dieu ». A gauche, y a Gaillot et la poubelle   Pour vendre son journal, comme moi mes chansons, Véronique Mortaigne participait dimanche dernier à l’émission de Jacques Martin « Le monde est à vous ». Son journal, justement c’est le Monde. « Le quotidien de tous les pouvoirs », comme l’appelaient les situationnistes. Avec elle, Bertrand Poirot-Delpech et un autre dont j’ai oublié le nom mais avec une tête rigolote. Tous les trois, dans le cadre de la journée spéciale de France 2 consacrée (avec nos sous) à la promotion de la nouvelle formule du Monde, participaient (piteusement d’ailleurs) au jeu de Jacques Martin, jeu habituellement réservé à des candidats anonymes. Jacques Martin présenta la dame en question comme s’occupant de la rubrique « Chanson » du Monde, sujet infiniment respectable, crut-il bon d’ajouter. « Oh oui ! » conclut-elle. Quelques instants plus tard, lorsque je fis mon apparition sur la scène pour chanter, sous les bravos d’un public fort chaleureux, la seule personne qui resta ostensiblement les bras croisés fut, je vous le donne en mille : cette crétine d’idiote de nulle. Que le manque de respect le plus élémentaire à l’égard d’un artiste quel qu’il soit vienne de cette personne dont la fonction même l’obligerait presque à en faire preuve plus que quiconque, cela n’a pas choqué le chanteur qui en a vu d’autres. Juste le monsieur qui sait ce qu’est la pollitesse. Mais, heureusement, y a une justice. Madame Véronique Mortaigne n’est pas que mal élevée. En plus elle n’est pas très jolie. (Je sais, il faut pas attaquer les gens sur leur physique. Je recommencerai plus.) Monseigneur Gaillot l’a bien cherché ! Non, mais ! Qu’est-c’que c’est que ce cureton qui se mêle des droits de l’homme, de prévention du sida par la promotion du préservatif, qui milite contre l’apartheid et la dette du tiers-monde ? Oh, t’es protestant ou quoi ? Et qu’est-c’que tu croyais en allant dire l’Evangile sous les caméras de « Frou-Frou » ? Que Madame Mortaigne allait t’applaudir ? (Là, j’ai pas dit qu’elle était moche.) C’est incroyable l’ironie méprisante, voire la franche répulsion que peut inspirer (dans les médias, tout au moins) le sympathique Pascal Sevran. Et le concert d’étonnement, pour ne pas dire de lazzi, que m’a valu, de la part de ses confrères, mon choix de démarrer la promo de mon anouveau disque par son émission. Sont-ce ses amitiés élyséennes, ses goûts musicaux (et autres) qui lui valent tant d’indignité ? Y a quasiment que le Vatican qui n’a rien dit. Et la moche du Monde… (Merde, ça m’a échappé.) Marc Kravetz, journaliste à « Libé », écrit dans le supplément magazine de ce grand journal de gauche que le terrorisme d’Etat, ça n’existe pas. Sait-il que depuis le guerre d’Algérie, le plus meurtrier des groupes terroristes ayant sévi sur notre territoire s’appelle le G.A.L. (une cinquantaine d’attentats, 25 morts au Pays Basque entre 1983 et 1987), sait-il que, selon les aveux récents de deux des tueurs, ces fondus étaient dirigés et financés par le ministère de l’Intérieur espagnol et ce, avec la complicité de policiers français ? Ben oui, il le sait, mais comme il travaille dans un journal de gauche il ne peut pas l’écrire, ça ferait de la peine à Filipe Gonzalez, président de gauche aussi. C’est marrant comme y a des jours j’aurais presque envie d’être de droite. Pis des jours où je me demande quelle « couverture médiatique » aurait cette affaire de terrorisme si les victimes avaient été des Parisiens ou des Limougeots et le commanditaire le ministère de l’Intérieur libyen. M’enfin… C’était que des Basques. Pascal Sevran est peut-être basque ? Monseigneur Gaillot un terroriste ? L’horrible du Monde est peut-être de gauche ? (Tant pis : elle avait qu’à être polie.) RENAUD »
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  • 8 février 1995, ÉCHANGE CHAMPIGNON COMESTIBLE CONTRE CHAMPIGNON ATOMIQUE lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 8 février 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi ECHANGE CHAMPIGNON COMESTIBLE CONTRE CHAMPIGNON ATOMIQUE Quand la Chine s’irradiera…   Je m’en voudrais de vous infliger aujourd’hui une chronique d’économie internationale. J’y connais que couic, j’y comprend peau d’balle. Bon, je sais bien quelques trucs, mais ça fait pas trop avancer le schmilblick. Je viens d’apprendre par exemple, qu’en échange de la livraison d’une centrale nucléaire, la Chine offrirait à la France, devinez quoi ? Des truffes de Chine ! Et de la bonne, de la vraie ! De la noire, de la Tubermelanosporum, dite « truffe du Périgord » ! Je m’y connais, j’en ai plein mon jardin. Dans le Vaucluse, où l’on en trouve en abondance et où son arôme surpasse celui de son homologue périgourdine, au pied de quelques chênes par moi plantés, j’en ramasse quelques-unes qui, l’hiver, viennent enrichir mes nouilles et mes œufs. C’est pas dégueu, je vous l’accorde, c’est pas un produit de luxe pour gauchistes milliardaires (comme vous dites), en ce qui me concerne, c’est un cadeau de la nature, y a qu’à s’baisser.   Inutile de vous dire que l’arrivée massive de truffes chinoises sur le marché de Carpentras, à 500 F le kilo, fait râler les producteurs du coin qui, jusqu’à hier, fourguaient le leur à 2500. Nos paysans n’ont plus qu’à espérer que, d’ici à quelques années, le nucléaire franco-chinois ait tchernobylisé les chênes truffiers asiatiques, ce qui reste possible.   Possible puisque, grâce à notre cher Alain Peyrefitte, grand promoteur des intérêts nucléaires de la France en Chine, c’est une trentaine de centrales nucléaires que l’empire du Milieu envisage de nous acheter. « Nous acheter », c’est une image. Traditionnellement, en effet, la Chine n’honore pas ses créances, ne paye pas ses dettes. La France s’en fout. Si la Chine paye, ça remplit les caisses de sociétés au conseil d’administration desquelles siègent les amis de M. Peyrefitte (Bouygues, G.E.C. Alsthom, Framatome, etc.). Si elle ne paye pas, elle est assurée. La Coface, compagnie d’assurances publique paye pour elle. Eh oui, vous avez bien lu : « publique ! ». Ca veut dire que c’est nous qui paye ! Avec nos petits impôts ! Ca fout les boules, hein ? Moi, perso, je commence par un boycott massif des truffes de Chine. Après je suggère un embargo sur les Alain Peyrefitte, enfin un blocus sur mes impôts. RENAUD »
  • 15 février 1995, LE PHARAON A LE CIGARE AU SEC lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 15 février 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi LE PHARAON A LE CIGARE AU SEC Y a plus de truites dans le Nil   « Qu’est-c’que c’est que ce fleuve qui, depuis la nuit des temps, sort de son lit chaque année pour inonder mon pays ? » demanda Nasser à son conseiller en communication. « C’est rien, chef, c’est le Nil. Le fleuve qui prend sa source dans les étoiles. La crue du Nil est bonne pour l’Egypte, elle fertilise les terres et nourrit le pays », répondit le loufiat. « Oui, mais non, insista Nasser, cette crue est aléatoire, certaines années elle est trop faible, la sécheresse alors fait des ravages. Voilà un moment que j’envisageait de marquer mon règne de « grands travaux » surpassant ceux des bâtisseurs des pyramides, je vais construire un barrage à Assouan, un grand barrage, le plus grand barrage du monde ! Je canalise les eaux du fleuve et je gagne une centrale hydroélectrique. Pas con, non ? » Si, quand même, un peu, réalisa le scribe Renaud trente-cinq ans après cette conversation… Outre que les eaux du lac Nasser formé par le barrage noyèrent la Nubie et contraignirent deux cent mille paysans à l’exode vers les bidonvilles du Caire, les conséquences de ce gâchis furent, nous l’allons voir, des plus amusantes… « L’irrigation permanente et une mauvaise utilisation d’engrais toxiques et de pesticides ont appauvri les cultures. La salinisation, autrefois lavée par la crue, rend stériles les meilleures terres arables. La vallée du Nil et le delta sont privés de cent dix millions de mètres cubes d’alluvions qui fertilisaient les terres. En basse Egypte, profitant de l’absence des tonnes de limons qui formaient un obstacle naturel et qui, depuis des siècles, consolidaient les franges du delta, les eaux salées de la Méditerranée dévorent les côtes et s’enfoncent dans le delta. Celui-ci sera bientôt englouti, obligeant des millions d’hommes à refluer vers le Sud, région incapable de les nourrir. Des routes ont déjà disparu, des villas en bord de mer se sont effondrées. Les maladies parasitaires se développent de manière foudroyante car autrefois la crue noyait rats, scorpions et serpents qui sont aujourd’hui en augmentation constante . Vers et parasites prolifèrent dans les canaux d’irrigation que le soleil purifiait pendant la période de sécheresse, indispensable à l’équilibre naturel. A cause du barrage, le Nil ne charrie plus qu’une eau pauvre en substances nutritives, le poisson disparaît et, avec lui, les pêcheurs qui vont grossir les rangs des chômeurs. L’évaporation atteint dis milliards de mètres cubes par an, un cinquième des eaux du fleuve disparaît, les eaux du lac Nasser formé par le barrage s’infiltrent par le bas et forment une nappe souterraine qui remonte très vite. Elles ne se trouvent plus qu’à deux mètres sous Karnac et à quatre mètres sous le Sphinx. Le lac Nasser, cinq cents kilomètres sur trente, profond de quatre-vingt-dix mètres, représente une masse d’eau qui, après avoir dévoré les paysages, modifie aujourd’hui le climat de l’Egypte. De plus en plus de nuages dans les ciels d’Assouan et de Louxor dont le bleu éternel avait émerveillé tant de voyageurs. La chaleur sèche est devenue humide, les pluies ruinent les anciens temples, déjà attaqués par la remontée de la nappe phréatique, les chefs-d’œuvre des pharaons sont attaqués par le haut et par le bas, ce qui satisfait les intégristes égyptiens pour lesquels ces monuments sont le symbole d’un paganisme haï et des liens avec l’Occident… Intégristes dont les rangs grossissent chaque jour des dizaines de milliers de paysans ruinés et de chômeurs affamés, conséquence dernière de ce magnifique ouvrage inauguré en 1971 par Sadate « au nom de l’avenir »… » Je vais quand même pas tout lui piquer, si vous voulez en savoir plus, lisez donc Barrage sur le Nil (chez Robert Laffont), magnifique roman du brillantissime égyptologue et écrivain Christian Jacq. Sur fond de terrorisme islamiste et de lutte contre le barrage, à travers une intrigue et des personnages captivants, l’auteur nous emmène dans un cauchemar qui pourrait bien se révéler réalité prochaine… Les livres de Christian Jacq ne sont pas seulement une garantie de comprendre et d’aimer l’Egypte, ils sont aussi l’œuvre d’un des plus passionnants romanciers actuels. Après Barrage sur le Nil, n’hésitez pas : l’Affaire Toutankhamon et la trilogie « Le Juge d’Egypte ». Vous m’en direz des nouvelles… RENAUD »
  • 19 avril 1995, LA REVANCHE DES CROCODILES lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 19 avril 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi LA REVANCHE DES CROCODILES   Il y a plusieurs centaines de milliers d’années, lorsque la Terre était peuplée de tribus nomades qui passaient leur vie à se déplacer, lorsque les hommes partaient de longs mois à la chasse et s’en revenaient papas, les gens ne savaient pas que la naissance d’un enfant coïncidait avec un coït pratiqué neuf mois plus tôt. Les femmes étaient alors considérées comme des divinités, sources de vie et de création. Elles étaient protégées, vénérées, comme des déesses de fécondité. Lorsque ces tribus se sont fixées, sédentarisées, les hommes ont compris le lien qui existait entre « crac-crac » et nativité, ont alors considéré que leur zizi était LA source de vie, et ont fondé de nouvelles sociétés basées sur le patriarcat. La Déesse Mère est devenue Dieu le Père, le bout de viande qui pendouille entre nos jambes le symbole de notre toute-puissance, et la femme reléguée au torchage des mômes et aux commissions. Il a fallu attendre 1946, chez nous, pour que les femmes, en récompense de leurs bons et loyaux services au profit de l’humanité, du Frigidaire rempli et de la table mise, obtiennent le droit de vote. Le droit de choisir qui va être le plus compétent, le plus qualifié, le plus courageux pour garantir à leurs enfants l’éducation, la liberté, la santé, la perspective de vivre dans une société plus fraternelle, démilitarisée, dénucléarisée, dans une société dont l’argent de la spéculation, l’argent de la guerre, l’argent des autoroutes, l’argent des Superphenix serait utilisé pour combattre la misère, la maladie, l’injustice et l’ignorance. Dans une société donnant aux femmes le pouvoir de décider, de légiférer, de choisir leur destin et celui de leurs enfants, dans des proportions égales à leur nombre. Même pas révoltées par l’infime proportion de candidates, ni à la présidentielle ni dans aucune consultation régionale, municipale ou européenne, elles votèrent pour des hommes ! Coluche disait qu’un chômeur qui allait voter lui faisait le même effet qu’un crocodile qui se présente dans une maroquinerie. Moi c’est quand je vois une femme voter pour un homme que je pense ça. Et je rêve de dix-sept millions d’électrice qui, profitant de la rare occasion qui leur est offerte de prendre leur revanche sur le machisme universel, offriraient leurs suffrages à une frangine. (En espérant que, sous les dessous de dentelles de l’heureuse élue, ne se cache pas la paire de couilles de Mme Thatcher…) Allez, les filles ! Dimanche prochain, votez pas pour le maroquinier de service, ça sera toujours sur votre cuir qu’il fera son petit commerce ! Vous avez deux candidates, l’une qui aime Trotsky, l’autre qui aime Charlie, vous allez pas hésiter, non ? RENAUD »
  • 2 mai 1995, LE LICITE ET L'ILLICITE PLACE BEAUVAU C'est quand qu'on vire Pasqua où ? lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 2 mai 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi LE LICITE ET L’ILLICITE PLACE BEAUVAU C’est quand qu’on vire Pasqua où ?   Que ceux qui veulent brûler les livres lèvent le doigt, ils auront la main tranchée ! Et toc ! On va pas se laisser emmerder par les censeurs, non ? Le ministère de l’Intérieur (notre ami Pasqua) vient d’interdire un livre. Si si… Il en interdit encore quelques-uns, de-ci de-là, des écrits révisionnistes le plus souvent. Aujourd’hui nous allons être privés de : Le licite et l’illicite en islam. Code de conduite du bon musulman, ouvrage strictement religieux mais soi-disant « de nature à causer des dangers pour l’ordre public en raison de sa tonalité nettement anti-occidentale et des thèses contraires aux lois et valeurs fondamentales républicaines qu’il contient ». Le journaliste du Monde qui commente cette information a dû se cogner la lecture du bouquin et n’y a pas décelé trace de la moindre propagande anti-occidentale. Le livre ne prône, paraît-il, « ni le mépris des autres cultes ni la désobéissance envers l’Etat (1) ». Je fais confiance à ce monsieur, merci, j’ai pas envie de me farcir un bouquin de catéchisme aujourd’hui, ça serait contraire aux lois et aux valeurs fondamentales anarchistes que je contiens. L’ouvrage en question, au même titre que toutes les bibles, Nouveau Testament et autres coranneries qui n’ont pas droit de cité sur les rayons de ma bibliothèque, je vous avoue que je m’en tape comme de ma première fatwa. Mais son interdiction est tout à fait amusante. Le bouquin était diffusé en France depuis 1992 et n’avait, jusque là, jamais posé de problèmes. Il est vrai que, depuis 1992, Charles Pasqua n’avait pas spécialement besoin de donner des gages aux électeurs lepénistes par quelques coups d’éclat anti-islamique, puisqu’il appliquait en gros la politique du Front national. Aujourd’hui, le F.N. étant, paraît-il, l’arbitre du second tour de la présidentielle, pour le veau de la Place Beauvau tout est bon afin de racoler les voix du couillon de beauf lepéniste. Interdire un ouvrage islamiste, pas mal, non ? Avec ça, si les 15 % de brebis égarées dans un Front National de très mauvais genre ne reviennent pas dans le giron chiraquien, c’est à désespérer. Ah ! Autre chose : selon l’entourage de Pasqua, le bouquin est aussi interdit parce qu’il  « piétine certains principes républicains, comme l’égalité des sexes ». Pauvre mec, toi tu piétines tous les autres ! REN AUD     (1)   Ah bon ? et un bouquin qui mépriserait tous les cultes et prônerait la désobéissance à l’Etat, ça devrait être interdit ?   P.-S. Pour récupérer pieds et poings liés le terroriste Carlos, Pasqua n’avait d’ailleurs pas hésité à livrer au régime intégriste de Khartoum armes et informations qui servirent à liquider la résistance chrétienne au Sud-Soudan. Comme quoi, pour un joli cou méditico-judiciaire, l’ignoble est prêt à s’arranger avec les valeurs républicaines…
  • 10 mai 1995, LOS BANDIDOS... lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 10 mai 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi LOS BANDIDOS… Qui prennent aux pauvres pour donner aux riches   « Oh, moi, je vais voter Jospin, bien sûr, sans grand enthousiasme, surtout pour faire barrage au retour des bandits… » ai-je répondu approximativement à Bruno Masure qui me demandait l’autre soir mon intention de vote. Un copain d’un copain d’une copine a rencontré il y a quelques jours une jeune fille très très proche de M. Chirac, il aurait été, selon elle, très affecté par la seconde partie de cette déclaration. Blessé, même… Ainsi donc Jacques Chirac serait capable de sensibilité ? Cela l’honore… Devrais-je pour autant regretter ces propos ? Comment appelle-t-on des gens qui détournent l’argent public pour se loger somptueusement aux frais des contribuables, des gans dans les rangs desquels des dizaines d’élus du peuple sont poursuivis pour escroquerie, abus de biens sociaux, corruption active ou passive, comment appelle-t-on des gens qui ont chassé le petit peuple et les petits métiers de Paris vers des banlieues sordides pour faire de cette capitale une ville de bureaux, de parkings, toute dévouée à l’automobile et au béton roi, comment appelle-t-on l’ancien patron du S.A.C., barbouze officielle, instigateur de l’adoption de lois racistes, « couvreur » de bavures, ministre d’une police arrogante, violente, malpolie, raciste, comment appelle-t-on le boucher d’Ouvéa, comment appelle-t-on des gens qui légitiment une justice de classe toujours plus sévère avec les jeunes, les pauvres, les étrangers, les anonymes, toujours plus laxiste avec les riches, les possédants et les beaufs qui flinguent pour un autoradio, comment appelle-t-on des gens dont les amis occupent les postes les plus élevés et possèdent des millions d’actions dans ces grandes sociétés qui engendrent des milliards de bénéfices et licencient à tour de bras, comment appelle t-on des gens qui remettent en cause les acquis sociaux, qui, s’appuyant sur la frange la plus réactionnaire d’un électorat catho-intégriste, tolèrent la remise en question du droit à l’avortement, méprisent le droit au logement, le droit au travail, prônent le droit du sang au détriment du droit du sol, des gens qui font voter des lois qui rétablissent sournoisement la censure, comment appelle-t-on des gens qui entretiennent les meilleurs relations diplomatiques et économiques avec tout ce que la planète compte de tyranneaux exotiques (en Afrique ou en Asie) ou de grands criminels de guerre (en ex-Yougoslavie, en Russie, en Turquie et j’en oublie), comment appelle-t-on des gens qui fabriquent et vendent des armes à la moitié de la planète et livrent des sacs de riz et du sparadrap à l’autre moitié lorsque ces armes ont parlé, comment, enfin, appelle-t-on des gens dont la politique économique engendre ici le chômage, l’exclusion, la misère, pille et affame le tiers-monde, et détruit l’environnement ? Des bandits. Et je suis poli. Je suis poli parce que j’oublie les trois quarts des crapulleries dont la droite au pouvoir fit, fait et fera preuve. Capable, même dans l’opposition, d’au moins la moitié encore de ces infamies, puisque les banques, la haute finance, l’industrie, les grands médias, la justice, l’armée et la police seront toujours entre leurs mains. Cher monsieur Chirac, je ne regrette pas ma déclaration qui vous a fait tant de peine. Mais je vous accorde que vous ayez pu la trouver injuste. Parce que, si Masure m’avait posé la question, si j’avais eu plus de temps pour m’exprimer, j’aurais, il est vrai, ajouté que ce « banditisme » était assez bien représenté dans les rangs de vos adversaires socialistes. Que pour l’affaire Greenpeace, l’affaire du sang contaminé, la guerre du Golfe, l’affaire Pelat, l’affaire Tapie, l’affaire du G.A.L. et tant d’autres, pour leur politique économique basée elle aussi sur la loi du marché donc sur la loi de la jungle, un bon paquet de ministres socialistes devraient aujourd’hui croupir sur la paille humide d’un cachot. Et puis même, tiens, pour les trahisons, pour les renoncements, pour la désillusion quatorze ans après un certain 10 mai 1981 qui nous fit tant rêver, ils devraient tous y croupir. Finalement, on vote toujours pour des bandits… RENAUD »
  • 17 mai 1995, COURRIER D'ÉLECTEUR lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 17 mai 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi COURRIER D’ELECTEUR Faut pas confondre les girouettes avec les boussoles   C’est finalement très éclectique, le lectorat de Charlie. A la suite de ma déclaration d’intention de vote pour la Voynet, j’ai reçu un monceau de courrier : d’indécrottables staliniens qui m’ont reproché de pas soutenir le gentil Robert Hue (et j’avoue que l’envie m’en a effleuré…), beaucoup de trotskards qui m’affirment que c’est Laguillier qu’il fallait soutenir (pas eu envie une seconde…), des anars qui me rabâchent qu’il faut « voter bien / voter rien » (ça aussi, j’ai eu envie, comme chaque fois…), des socialos ou des « je-ne-sais-pas-quoi-mais-de-gauche » qui ne juraient que  Jospin au premier tour pour assurer utile, un max de rien-du-toutistes qui ont soutenu Arlette (comme mon chiraquien de bistrotier…), bref un paquet de critiques, souvent sympathiques, parfois insultantes. Débordé par mes activités artistico-mutualistes, je n’ai pas encore trouvé le temps de répondre à ce flot de contradicteurs et je m’en excuse humblement. Je vais néanmoins essayer de claquer le museau ici à quelques lecteurs qui m’ont vraiment pris la tête avec deux critiques qui sont revenues très souvent. La première : on se fout de savoir pour qui je vote, on est « assez grands pour se planter tout seuls ». Mon pote, t’as qu’à lire l’Equipe, les journalistes y soutiennent l’O.M. ou le P.S.G. (surtout le P.S.G. d’ailleurs, bande d’encatannés ! ), rarement un candidat à la présidentielle. J’ai la chance d’écrire dans un journal d’opinions, je donne la mienne. Comme tu donnes la tienne à tes potes au bistrot du coin. Pis, en dehors de Charlie, lorsqu’un journaliste me branche sur les élections, je m’imagine mal tenant un langage consensuel, évitant de me prononcer afin de ne pas risquer de perdre un éventuel « client » par un vote différent du sien, attitude prudente qu’adopte la grosse majorité de mes amis chanteurs. Certes, je serais plus à l’aise en soutenant un candidat qui défendrait le meilleur des idées de Hue, d’Arlette, de Voynet et de Jospin et surtout de Charlie Hebdo (et puis de Voltaire, Robespierre, Che Guevara et tant d’autres…) mais bon, il faut bien se contenter de ce qu’on nous propose, faire un choix dans la brochette de candidats qu’on nous offre… Sans illusions, avec juste pas mal de convictions, un peu d’affectif, un peu d’irrationnel. La seconde : je change tout le temps d’avis, je suis , politiquement, une girouette. Ah ah ah ! Je rigole !  C’est pourtant pas l’avis de la droite… Pour elle je suis, au contraire, d’une rare ténacité : dans le meilleur des cas « un gauchiste », dans le pire « un bolchevique ». (Gauchiste, ça me va…) Lorsqu’un journal de droite observe mon parcours de « girouette », il constate un soutien à Mitterrand en 88 (tu soutenais Chirac, toi, ducon ? ) puis, si ma mémoire est bonne un soutien aux « Verts » en 93 et aujourd’hui. Où est l’incohérence ? On me pardonnera mes hésitations sur le référendum de Maastricht, je vous avoue que je sais toujours pas si j’ai bien fait de voter comme Philippe Val, démerdez-vous avec la honte d’avoir peut-être voté comme Le Pen. Quant aux européennes, je vais sûrement pas me laisser reprocher mon soutien à la liste « Régions et peuples solidaires » par des mecs qui ont peut-être voté Bernard Tapie. C’est probablement plus « girouette » comme attitude que de voter socialo ou coco depuis vingt ans envers et contre tout, sûrement pas plus indigne que d’avoir, convictions écologistes obligent et par fidélité à René Dumont, voté depuis quinze ans pour des Lalonde ou des Waechter, sûrement pas plus irrationnel comme parcours qu’une fidélité sans faille à un P.C. qui n’en finit pas de se transformer mais reste farouchement pro-nucléaire. Et puis, pour finir, je préfère être une girouette quine tourne que pour de chauds et violents vents de gauche plutôt qu’un panneau indicateur de direction, figé, rouillé, indéracinable et toujours persuadé que la route qu’il indique est la bonne… RENAUD »
  • 31 mai 1995, COMME TOUT LE MONDE... « L'Express » confond Renaud avec B.-H. L. lang=FR class="Normal"> Charlie Hebdo, le 31 mai 1995 « Renaud Envoyé spécial chez moi COMME TOUT LE MONDE… « L’Express » confond Renaud avec B.-H. L. Il y a quelques semaines, j’ai accordé une interview à une copine de mon frangin, pigiste à l’Express. Vers la fin de la conversation, elle me dit « Vous êtes allé en Bosnie, récemment ? » Je lui confirme et lui explique comment, pourquoi et ceci cela. Quelques jours plus tard, elle a la gentillesse de me proposer de relire l’interview (ou ce qu’il en restait…) avant que celle-ci parte à l’imprimerie. Pratique qui relève non seulement de la courtoisie mais aussi de la logique la plus élémentaire, mais pratique appliquée une fois sur cent. Demander à relire ses propos lorsque ceux-ci ont été réécrits par un autre, reformulés, coupés, voire mal interprétés, passe toujours, aux yeux de ces honorables journalistes, comme une exigence proche de la mégalomanie, comme une tentative de censure ou, au moins, comme un manque de confiance dans le talent d’écriture de l’intervieweur. Je ne m’aventure donc que très rarement à poser cette condition avant d’accepter une interview, le résultat en est souvent que, lorsque je les lis après parution, j’ai presque toujours l’impression que le con qui répond, c’est pas moi… (Un de ces quatre, pour étayer ces propos, je publierai l’intégrale d’une interview enregistrée et, en parallèle, sa transcription écrite. Vous comprendrez alors pourquoi j’en refuse douze quand j’en accepte une…) M’enfin, là, la question se posait pas, sans en avoir même évoqué l’idée, c’est la jeune fille qui me proposait de jeter un œil sur les épreuves. L’ensemble était habituel : des idées développées en huit minutes réduites à une phrase de deux lignes, des mots qui ressemblaient aux miens comme mon genou et, stupeur, à la question « Vous êtes allé en Bosnie, récemment ? » était ajoutée la phrase perfide à laquelle, bien évidemment, je n’avais pas répondu puisque pas formulée pendant l’entretien : « Comme tout le monde… » J’appelle la demoiselle et m’étonne : « Ce Comme tout le monde… vous ne me l’avez pas dit dans la conversation ! Sinon, je vous aurais répondu : - Ah oui ? Comme qui ? Hormis nos intellectuels mondains qui quittent de temps à autre leur Saint-Germain-des-Près pour emprunter les vols de la Forpronu avant d’aller, sous escorte onusienne, de l’aéroport de Sarajevo à l’hôtel Holiday Inn gesticuler devant les caméras de TF1 et s’en retourner le soir même chez Lipp pour y narrer leur guerre, QUI va là-bas ? Allez ! Quel chanteur ? Quel artiste ? Quelle personnalité a traversé en voiture la Bosnie centrale sans autre protection que l’inconscience ? Quel journaliste ? Nous n’en avons pas croisé un seul en huit jours. Ni à Mostar, ni à Vitez, ni à Zenica ! A mi-parcours du cessez-le-feu de quatre mois décrété en janvier, les rames s’étant passablement tues, c’est vrai qu’il n’y avait plus d’images morbides et sanguinolentes à ramener… Plus de scoop, plus d’horreurs, plus d’audimat… Les conséquences de la guerre, ça c’est pas intéressant, pas « vendeur » ! La jeune fille semble emmerdée et m’explique que son papier a été relu par son « chef de service » et que c’est lui qui y a glissé cette petite phrase. Je crois rêver… J’exige donc que la réponse que je viens de lui faire soit intégrée à l’article, elle tergiverse, hésite, me promet d’arranger les choses et, finalement, comme j’imagine que ma réponse emmerdait le mec, la petite phrase rajoutée à la publication « .. vous êtes allé en Bosnie, récemment ? pour vous donner bonne conscience ? » Pauvre et triste mec… Nous n’attendions pas de toi, pas plus que de la totalité de tes confrères journaleux, que notre périple en Bosnie à Val et à moi suscite chez l’envie d’écrire quelques lignes sur ces citoyens et artistes français qui bougent un tout petit peu leur cul pour aller voir, pour essayer de comprendre et, surtout, essayer de  témoigner. Et nous nous en tamponnons ! Nous avons notre propre « media », ce Charlie Hebdo qui vous emmerde tant depuis qu’il est devenu un véritable journal d’opinion, qui s’arrache dans les facs et qui touche plus de lecteurs sur Paris que d’honorables hebdos pleins de pubs à la con. Nous ne tirons nulle gloriole de ce voyage en Bosnie, nous y sommes allés, c’est tout. Mais nous n’allons sûrement pas accepter l’ironie méprisante de journalistes dont la principale et périlleuse audace quotidienne est la traversée du boulevard Saint-Germain pour aller du Café de Flore à la brasserie Lipp. RENAUD P.-S. : Je vous conseille la lecture de Bosnie : témoin du génocide, de Roy Gutman. Prix Pulitzer 1994, passé quasi inaperçu à sa sortie, attaqué en France avant même d’avoir été traduit, ce bouquin terrifiant raconte en détail les emprisonnements, massacres, viols, tortures commis par les Serbes sur les Croates et surtout les Musulmans bosniaques à partir de 1991.
  • 7 juin 1995, AU VRAI SERBE PARISIEN lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 7 juin 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi AU VRAI SERBE PARISIEN Renaud compte les morts, Besson compte ses droits d’auteur…   Ca s’appelle Coup de gueule contre les calomniateurs de la Serbie, mais ça aurait aussi bien pu s’appeler Coup de fric contre les calomniateurs de la Serbie. C’est un petit opuscule d’une centaine de pages, c’est écrit gros, et ça coûte 80 balles. C’est Patrick Besson qui a pondu ça, en cinq minutes, comme on écrit une carte postale ou une lettre d’insultes, histoire, j’imagine, de se voir allonger par un généreux éditeur cent mille balles d’à-valoir qui lui permettront d’aller passer une semaine à l’hôtel Danieli de Venise, écrire, cette fois, un vrai livre. « Les calomniateurs de la Serbie »… Vous vous demandez qui ils sont ? Ceux que son bouquin dénonce en quatrième de couverture comme coupables de « désinformation, falsifications, discours simplistes, manichéens qui se sont succédés dans les médias et parmi les intellectuels depuis le début de la guerre en Yougoslavie ». Vous pensez à B.-H.L., Glucksmann, Finkelkraut, peut-être même à Jean-François Deniau, à Schwartzenberg, à Kouchner, voire à Jean Hatzfeld de Libé ou Philippe Val de Charlie ? Vous pensez à des intellos, des journaleux, des politiciens, des écrivains ? Ben pas du tout. Ces quelques voix qui s’élèvent depuis des années pour dénoncer la purification ethnique perpétrée par les Serbes sur les Musulmans de Bosnie, Besson ne les a pas entendues. Un seul nom est cité dans son pamphlet. Un nom qui, a lui seul, symbolise cette mouvance, ce courant d’opinion que dénonce Besson, un nom auquel il consacre tout son premier chapitre, allez, vous avez deviné : le mien. S’appuyant sur un de mes balbutiements habituels en réponse à une interview de l’Huma sur notre périple en Bosnie, Besson ironise. Ni très drôlement, ni très intelligemment. Afin de réfuter cet argument à la con (largement répandu, et que je n’étais pas loin de partager avant d’aller là-bas) selon lequel il n’y aurait que des « belligérants », tous coupables des mêmes atrocités, pas d’agresseurs, pas d’agressés, pas de victimes, que des bourreaux, j’ai répondu qu’il y avait, à ma connaissance, deux cent mille morts côté bosniaque, moins de vingt mille côté serbe, que, dans ces conditions, il était difficile de ne pas prendre parti, de ne pas se sentir proche de la communauté qui avait le plus souffert. « Renaud ne s’est pas contenté de donner des concerts, il a aussi compté les morts. Il n’a pas dû dormir beaucoup. Par surcroît, il s’est donné la peine de tomber sur un compte rond ! Sur des chiffres aussi considérables, c’est exceptionnel ! » Pour Besson, je défends les gentils Bosniaques et calomnie les vilains Serbes parce que j’ai choisi le camp où il y a le plus de morts. « Les Bosniaques ayant plus de morts que les Serbes – il le sait bien, Renaud, puisqu’il les a comptés, les morts – ils sont meilleurs que les Serbes. Moins méchants. Plus cool. Plus artistes, plus démocrates… » Je vous fait grâce du reste de sa prose, c’est de la même eau. De celle dont on fait les révisionnistes. Besson utilise cette méthode sournoise de mettre en doute le nombre de morts annoncé, ce qui permet d’insinuer sans avoir l’air d’y toucher que si l’on nous ment un petit peu sur les chiffres ça doit cacher un gros mensonge… La communauté internationale, les médias du monde entier, estiment au minimum entre deux cent et deux cent cinquante mille le nombre des victimes des Serbes, Besson, lui, conteste le chiffre parce que trop rond et parce que c’est un chanteur à la con qui le cite. J’ai pas intérêt à dire que Sarajevo est assiégée (par les Serbes) depuis 1100 jours, Besson en déduirait que Sarajevo n’est pas assiégée. Pas intérêt à dire que près de quatre millions de Croates et Musulmans de Bosnie ont été contraints à l’exode, déportés, chassés de chez eux (par les Serbes), Besson conclurait que c’est le flux estival des vacanciers, pas intérêt à évoquer leurs villes et villages, bibliothèques et lieux de culte systématiquement rasés, incendiés (par les Serbes), Besson nous expliquerait que c’est de l’aménagement du territoire version balkanique. Pas intérêt à lui rappeler le camp d’Omarska, où près de 5000 hommes et femmes furent massacrés (par les Serbes), il me demanderait comment j’ai pu les compter et comment j’ai pu trouver un compte rond. Je ne m’aventurerais pas non plus à lui signaler qu’un quart de la Croatie a été annexé militairement par les Serbes, que ceux-ci occupent 70 % de la Bosnie alors qu’ils ne représentent que 31 % de la population, il me demanderait si j’ai mesuré ça avec une échelle d’arpenteur et si je suis diplômé de l’Institut démographique. Je ne me risquerais pas à lui parler des milliers de femmes violées (par les Serbes), il me demanderait encore si j’étais là pour compter : un viol, une bûchette… Dans les autres chapitres de son bouquin, Patrick Besson se regarde écrire et nous explique, dans ce style un peu dandy qui caractérise les écrivains royalistes ou staliniens, que les associations humanitaires c’est de la merde (la preuve : untel qui en dirige une dit des conneries…), les femmes violées de la manipulation (puisque les témoignages viennent des violées elles-mêmes on ne peut PAS y croire…), les camps de la mort un remake de Timisoara, et conclut sa brillante démonstration par cette phrase sublime à laquelle, cons comme nous sommes, nous n’avions pas pensé : « La guerre en Bosnie est la conséquence d’intérêts financiers, industriels et politiques qui poussent les peuples à se haïr, à se détruire, pour le plus grand malheur de tous. » Cette dernière information, qu’on dirait extraite d’une rédac de ma fille – sujet : la guerre – (ou d’une chronique à moi, ce qui n’enlève rien au talent de ma fille…), nous éclairant enfin sur ce que pense l’auteur du génocide bosniaque : c’est la faute aux politiques ! Pas la faute à LA politique de propagande nationaliste qu’a menée Milosevic dans le but de déclencher cette guerre… (Et encore moins, j’imagine, aux miliciens serbes de Bosnie, ceux-là peuvent impunément bombarder les civils aux terrasses des cafés de Tuzla, c’est la faute aux politiques…) Cent pages de conneries pour en arriver là, c’était bien la peine… La quatrième de couverture encore, dont la lecture devrait, j’espère, vous dissuader de dépenser 80 balles, nous avait, en fait, prévenus : « L’auteur dénonce l’absurdité du consensus anti-serbe, sans pour autant prendre parti pour l’un ou l’autre camp » En 1940, Patrick Besson aurait probablement écrit un petit pamphlet pour dénoncer « l’absurdité du consensus antinazis sans pour autant prendre parti pour l’un ou l’autre camp ». Finalement, on a du bol. Vous imaginez, si, en plus, il avait pris parti… RENAUD P.-S. Dans quelques années, lorsque des historiens écriront sur cette guerre, lorsqu’un procès de Nuremberg aura jugé les coupables, puisse Besson ne pas se retrouver dans la position d’un Drieu La Rochelle après la dernière. A moins que ce ne soit son désir secret. A défaut du talent de Céline, combien d’auteurs se contentent de son ignominie ? »
  • 5 juillet 1995, LES ROLLING STONES TOUCHENT-ILS DE LA GÉNÉRALE DES EAUX ? lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 5 juillet 1995   Renaud Envoyé spécial chez moi LES ROLLING STONES TOUCHENT-ILS DE LA GENERALE DES EAUX ? Est-ce qu’un vrai rocker rapporte les bouteilles consignées ?   On est samedi et je m’ennuie. Il fait cent quatre-vingt mille degrés sur Paris, tous mes potes sont en vacances, et j’ai même pas de boulot. Tiens, j’me dit, je vais aller voir les Stones à Longchamp. Pas dur, par ma maison de disques, qui est aussi la leur, j’ai sûrement moyen de me dégotter une place. J’ai à peine fini de me convaincre que c’est peut-être une idée à la con qu’on sonne à ma porte. C’est un vieux copain de y a longtemps. Un Breton. « Ben qu’est-ce que tu fais à Paris ? » je lui demande. « Je suis venu pour le concert des Stones » il me répond. « Alors ? C’était bien ? Je m’apprêtais à y aller ce soir… » Il me dit alors que le show est génial mais que l’organisation c’est un peu l’enfer : « Figure-toi que je suis arrivé hier à trois heures de l’aprèm’, histoire d’être dans les premiers rangs, il faisait un tel cagnard qu’on avait tous des bouteilles d’eau en plastique avec nous, pour boire et pour s’arroser pendant les six heures à attendre avant le début du show. La sécu, à l’entrée, nous a interdit l’accès avec nos boutanches. Soit on les buvait avant d’entrer sur l’hippodrome, soit ils nous les vidaient par terre. On a tous râlé un peu, mais, face à ces gros cons du service d’ordre, qu’est-c’que tu voulais faire ? Après, on a compris… Dix mètres après le dernier contrôle, les marchands de merguez vendaient des bouteilles d’eau ! 25 balles le litre d’évian ! » Ben ouais, dans ce genre de méga-concert , les stands de bouffe, boissons et autres marchands de pin’s et tee-shirts payent une concession au producteur du spectacle, pas loin de 20 % de leur recette de la soirée. Alors t’imagines le raisonnement du producteur : « Soixante-dix mille personnes qui débarquent en pleine canicule, qu’est-c’qu’on pourrait bien leur fourguer pour les saigner un petit peu plus que du prix du billet ? Pas con ! De la flotte ! Mais si on veut vendre la nôtre, vaut mieux que les mômes arrivent avec la leur. Hop ! J’ai une idée ! On n’a qu’a interdire les bouteille d’eau ! Je sais pas si on a le droit dans une enceinte en plein air d’interdire aux gens de transporter une bouteille en plastique pleine d’eau, mais qui c’est qui va gueuler ? N’oublions pas que nous nous adressons à des consommateurs de rock’n roll, pour ainsi dire du bétail… » Ca m’a gonflé, j’ai renoncé. J’irai voir les Stones la prochaine fois. Si la prochaine fois il neige, j’espère qu’ils interdiront pas les moufles pour en vendre plus loin ! Au lieu de ça, je suis allé bouffer chez Philippe Val. « Il fait tellement chaud, on mangera dans le jardin ! » m’avait-il proposé un peu avant au téléphone. « Attends ! » j’avais dit, « ôte-moi d’un doute : je peux apporter ma bouteille d’eau ? » J’ai même pas eu besoin de l’ouvrir. A peine à table, il s’est mis à tomber des cordes. Samedi de merde… RENAUD »
  • 8 mars 1995, Carnet de voyage, RENAUD CHEZ LA MERE A TITO lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 8 mars 1995   « Carnet de voyage RENAUD CHEZ LA MERE A TITO   Entre Paris et Francfort, ça a été à peu près. A Roissy, l’hôtesse de l’air a bien essayé de me corrompre en m’offrant (gentiment mais à moi seul) un billet « classe affaires » à la place de mon démocratique « classe éco », par solidarité avec mes croque-notes et amis j’ai bien évidemment refusé. « Merci beaucoup, madame, je ne mange pas de ce pain-là. Et puis je ne saurais me séparer de mon orchestre car nous partons à la guerre. Ils ont besoin de moi à leurs côtés pendant ces heures difficiles que nous allons vivre… » Philippe Val a même ajouté : « Et puis, tout seul, en business-class, il va flipper… » Nous avons donc voyagé ensemble, un capitaine n’abandonne pas son navire dans la tempête, surtout quand celui-ci s’appelle « Les copains d’abord ». Arrivée à Francfort, transit pour Split, deux heures d’attente. On va bouffer. Moi, j’ai pas faim. L’équipe se gave en prévision des privations futures. On leur a dit qu’à Mostar, pendant le siège, les gens avaient mangé des pneus. Luz, dans son coin, commence à bosser. Il a repéré un Casque bleu norvégien, en 47 secondes le type se retrouve dans son carnet de crobards, plus vrai que nature. Inutile de vous dire que je suis ébloui. « Je donnerais toutes mes chansons pour savoir dessiner » lui dis-je. « Même pas forcément génialement, rien que comme toi, tiens ! » Il se venge aussi sec en me croquant (c’est une image), je me reconnais pas du tout. J’ai jamais eu de cernes sous les yeux comme ça ! Je bougonne et lui interdis désormais de me prendre comme modèle. A partir de ce moment nos relations seront très tendues… A l’arrivée à Split, après un vol sans histoire, une armada de gentils pioupious français à casque bleu, après quelques secondes de légitimes hésitations dans leurs regards sur moi comme dans le mien sur eux, me tombe sur le râble. Autographes, photos, bières et viriles poignées de main. Comme chaque fois que je tombe sur un militaire sympa (ceux-là étaient des appelés de vingt ans), ma répulsion pour la gent soldatesque, mes certitudes « sinéennes » selon lesquelles l’habit kaki fait le moine belliqueux, certitudes et répulsions ancrées en moi pour mille ans d’histoire de l’humanité ponctués de guerres et d’hécatombes, se trouvent insensiblement ébréchées. Et merde ! C’est des humains ! Comme vous et moi. Capables d’émotions, de sourires, de timidité, d’humour, peut-être même d’esprit d’analyse, de toutes ces manifestations de l’âme, du cœur et de la tête qui différencient l’homme de la bête. Mais aussi, corollaire de tout ça, capables probablement, sous un casque kaki cette fois, de réduire au lance-flammes un ennemi humain en tas de cendres. « Allez, Renaud, ressaisis-toi ! » me souffle Jiminy-Cricket de ma conscience anarchiste, « ce sont des militaires, point final ! De tout temps et sous toutes les latitudes, inutiles en temps de paix et meurtriers en temps de guerre ! Des machines à massacrer les civils et les soldats d'en face qu'ils ne connaissent pas au profit des intérêts de politiciens qui se connaissent mais ne se massacrent pas ! » Oui, mais quand même, dis-je en écrasant d’une semelle rageuse la bestiole disneyenne, les Casques bleus sont les représentants sans armes (puisqu’ils ne les utilisent pas) d’institutions républicaines, démocratiques, qui viennent rappeler ici que le Droit s’oppose à la Force. Et puis, même s’il est politiquement irresponsable de ne les utiliser que comme bouclier pour arrêter les annexions de territoires tout en légitimant celles déjà honteusement admises, leur présence en ex-Yougoslavie a, quoi qu’on en dise, empêché les Serbes de faire de la Bosnie un charnier. Je suis tiré de ces réflexions par l’arrivée de Yacov, le « pote » dont je vous parlait la semaine dernière, l’instigateur de cette « tournée » ici. Il a, lui, convoyé par la route, depuis Paris, l’Evasion Citroën qui va nous véhiculer tous à partir de maintenant. Il devrait être suivi par Cab et Sylvia, deux jeunes routards babas sympas comme tout, qui, eux, dans une grosse camionnette, amènent ici la tonne et demie de matériel, sono, amplis, et instruments de musique nécessaires aux concerts prévus. Philippe s’engueule un petit peu avec Yacov qui veut partir tout de suite pour Mostar, sans attendre le camion de matos. « Mauvaise dynamique de groupe ! » affirme Yacov. « Ta gueule ! » répond Philippe. A partir de ce moment, rien ne sera plus jamais pareil entre eux… Le camion arrivé, nous voilà partis. Nous profitons des premières heures de route pour faire un peu mieux connaissance avec Yacov, qu’en dehors d’une correspondance échangée par fax depuis quelques mois Philippe et moi nous ne connaissons quasiment pas. Nous constatons très vite de profondes divergences dans nos conceptions des mots « victimes, bourreaux, agresseurs, peuples, responsabilités et libre arbitre ». Yacov, a défaut de concerts « unitaires » permettant à toutes les communautés civiles de se réunir dans un même lieu, au mépris des lignes de front et des check-points, ce qui est l’idée pour laquelle nous sommes venus ici (idée qui séduisit le « pacifiste » ou « l’humaniste » qui sommeille en moi, belle en théorie, tordue dans la réalité de cette guerre, idée qui va, bien sûr, se révéler irréalisable malgré les accords prétendument obtenus de toutes parts), Yacov, donc, envisage de nous faire chanter pour les Bosniaques un jour, pour les Croates le lendemain. Discussions, engueulades. La donne n’est plus la même. Lorsque, quelques jours plus tard, le problème se posera pour Sarajevo où nous refuserons l’idée de deux concerts séparés, l’un en zone bosniaque, l’autre en zone serbe ‘et ce, pour des raisons que Philippe explique aussi par ailleurs), les négociations houleuses (doux euphémisme pour « engueulades ») dureront une journée entière. Le concert pour les Serbes, même suivi d’un concert pour les Bosniaques, étant la seule possibilité de rentrer et SURTOUT de sortir sans encombre de cette nasse qu’est Sarajevo, nous renoncerons à nous y rendre. « Il y a dix mille Serbes dans Sarajevo assiégée ! » nous expliquera Yacov. « Des civils qui subissent aussi cette guerre qu’ils n’ont pas voulue, ces privations, et surtout cette honte d’être traités par le monde entier comme des fascistes ! Plus nous les mépriserons, plus ils deviendront ce que nous leur reprochons d’être ! » Nous lui rétorquons qu’il est hors de question pour nous de chanter pour ceux-là, que cette initiative serait forcément interprétée ici comme en France comme un soutien à l’agresseur serbe, à la politique de « Grande Serbie » de Milosevic. Sarajevo est assiégée depuis mille jours, nos consciences et nos cœurs nous obligent à ne faire quelque chose QUE pour les assiégés. Point final. Il y a des Serbes, des Croates qui vivent à Sarajevo, si nous avions pu chanter pour les Bosniaques ils auraient été les bienvenus. Mais chanter dans l’enclave serbe, niet ! Nous ne cessons, Philippe et moi, de faire des parallèles historiques avec, par exemple, le siège de Stalingrad, durant lequel nous n’aurions pas chanté pour les Allemands même si, parmi eux, se trouvaient probablement quelques soldats anti-nazis, bons pères de famille, désespérés d’être là à mener une guerre ignoble décidée par d’autres qu’eux. Ils en furent forcément, au moins par leur silence, complices au début. Yacov ne voit que des hommes partout, tous victimes. Ne voit dans l’humain, si barbare soit-il, que ce qu’il y a de douleur et de bonté, même si pour les trouver il faut creuser beaucoup et rejeter les « partis pris ». Pas de bol, nous sommes des gens qui prennent parti. A tort ou à raison. Et nous avons des comptes à rendre sur ces choix : à nous-mêmes d’abord, à ceux qui nous aiment ensuite. Il finira par nous dire cette phrase qui résume tout son « engagement » : « Bien sûr que les Bosniaques sont condamnés, bien sûr que les Serbes et les Croates sont les vainqueurs de cette guerre. Mais il faut les aider à assumer cette honte ! » Je me demande si, selon lui, en 1945, nous n’aurions pas dû faire un gala de soutien aux accusés du procès de Nuremberg ? Pour les aider à accepter la honte d’être montré du doigt par toute l’humanité… (A suivre…) RENAUD »  
  • 22 mars 1995, Carnet de voyage, RENAUD CHEZ LA MERE A TITO lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 22 mars 1995   « Carnet de voyage RENAUD CHEZ LA MERE A TITO   Après ce concert en zone croate organisé quasiment dans notre dos, nous filons chez les Bosniaques de Sari-Vitez. C’est à une centaine de mètres et c’est un champ de ruines. Emma et Svietlana nous accompagnent. C’est la première fois depuis la guerre que la jeune Svietlana met un pied de ce côté-ci de la ville, côté d’où est parti l’obus qui a tué son petit frère. Elle set dans ses petits souliers. Mélange d’inquiétude, d’appréhension et de rancœur peut-être… Rencontre avec Senad, un ami musulman de Yacov, regard un peu perdu et visage d’une rare bonté. Lui, c’est un sniper serbe ou croate qui lui a logé une balle dans le dos et a abattu son fils de deux ans. Il nous emmène chez le maire où nous allons (naïfs que nous sommes) plaider pour la participation d’une partie du public de chez lui pour le concert d’en face. Là encore, comme à Mostar, et malgré une bonne volonté de ce monsieur qui a le visage d’un parfait honnête homme et dont les propos sont doux et conciliants, nous réalisons l’absurdité d’une telle démarche. Le danger aussi, Yacov insiste : « Quelle est la personne dans l’état-major croate qui peut garantir la sécurité des gens qui franchiraient le check-point pour venir assister au concert de l’autre côté ? » La réponse du maire est claire : « Cette personne n’existe pas. » Philippe et moi refusons de faire prendre le moindre risque à quiconque dans un « concert unitaire » dangereux et prématuré. Yacov insiste lourdement. C’est, je crois, de ce moment que Philippe cessera de le considérer comme un doux  idéaliste pour le taxer de fou dangereux. En attendant, il s’agit de sauver les meubles. Le spectacle chez les Cros est annoncé, il nous faut en faire un ici aussi.Le maire est heureux de nous offrir une salle pour un spectacle à 20 heures. En l’occurrence, la salle de sports qui abritait autrefois la Fédération bosniaque de ping-pong et qui, nous le découvrirons bientôt, a vu siffler d’autres balles depuis… Retour à Vitez, resto (toujours pas de nouilles…), puis salle de spectacles, cent cinquante personnes, grosse majorité d’enfants. Ce premier concert se déroule plutôt bien, vu les conditions techniques quelque peu spartiates dans lesquelles nous travaillons et le peu de répétitions que nous avons eu le temps d’organiser avant le départ. Emmanuel, le bassiste, me plante un pain dans l’intro d’Hexagone, je lui fait remarquer à la fin du tour, il l’admet mais, à partir de ce moment, nos relations ne seront plus jamais les mêmes. Philippe pousse aussi la sienne (Les gens ne veulent pas la guerre), ce qui me permet d’aller en griller une en coulisses pendant qu’il découvre le charme d’une chanson qui swingue lorsqu’elle est accompagnée d’une batterie. « J’ai jamais eu de batteur, putain, c’est génial ! » Amaury, le batteur en question, qui m’accompagne depuis quinze ans lui explique que lui aussi s’est régalé à l’accompagner : « J’ai jamais eu de chanteur, putain, c’est génial ! » A partir de cette réflexion, nos rapports seront très crispés jusqu’à la fin du voyage. Bon, concert terminé, démontage, remballage, je me retrouve comme à vingt ans à pousser des caisses et à charger le camion. Parce que, bien évidemment, les quelques gros bras qu’on nous avait promis ne sont jamais venus. Ce sont deux mômes de dix piges qui les remplacent. Dans une heure, tout doit être de nouveau réinstallé côté bosniaque. Nous traversons donc une nouvelle fois le check-point et découvrons la salle de sports. Un hangar en béton, nu, pas un siège, plafond éventré, poutres calcinées, fenêtres explosées colmatées par de grandes toiles en plastique à l’enseigne Forpronu, murs lépreux totalement criblés d’impacts de balles ou d’éclats d’obus dont l’un a creusé dans le mur un trou béant d’un mètre carré. Bol, nous avons quand même les 16 ampères nécessaires pour le son. Pour la lumière, ce sera le light-show le plus extraordinaire de ma vie d’artiste : un fil électrique traverse le lieu de part en part, deux ampoules de 60 watts y pendouillent, l’une au-dessus de la salle ( ?), l’autre au-dessus de l’estrade en béton qui nous tient lieu de scène. Le public arrive doucement. Des mômes et des soldats. On s’en fout, ici, tout le monde est soldat. Hamid  fait les derniers réglages de son, son qui se révèlera finalement pas plus dégueu que dans la majorité des salles très chères où Philippe et moi nous produisons en France, et on attaque. Les mômes dansent entre eux, en couples, quelques ados se tortillent tout seuls, et les soldats soldatent. Ils sont un peu comme ailleurs, z’ont dû tomber dans la faille spatio-temporelle dont parlait Philippe la semaine dernière… Deux concerts d’une heure et demie dans la même journée avec deux montages d’une tonne et demie de matériel, excusez-moi, mais, à mon âge, ça s’arrose. Une fois tout de nouveau remballé dans le camion, nous sommes tous invités chez un copain de Senad qui tient un bistrot pas loin. Tandis que Philippe explique à Hamid la position de Tonton sur la Bosnie (ne pas ajouter la guerre à la guerre), moi je décide d’ajouter la bière à la bière… RENAUD »
  • 15 mars 1995, Carnet de voyage, RENAUD CHEZ LA MERE A TITO lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 15 mars 1995   « Carnet de voyage RENAUD CHEZ LA MERE A TITO   20 heures, premier check-point. Quittons la Croatie pour entrer en Bosnie. Durant tout notre séjour, je me demanderai dans quel pays nous sommes. Tous les vingt kilomètres, une enclave bosniaque en pays croate, ou le contraire, divise cette terre comme un patchwork. Une petite heure d’attente, pas de tension particulière, hormis un tir d’obus dans le lointain qu fait bondir. Virginie (la pianiste) mais pas moi. Soit parce que je suis un héros, soit parce que j’ai cru que c’était le tonnerre, rayez la mention inutile. 22 heures, barrage à l’entrée de Mostar Est, accès refusé, le couvre-feu est en vigueur depuis la tombée de la nuit. Détour par une autre route. Encore un barrage. Casques bleus espagnols, flics croates et bosniaques buvant les mêmes bières dans la même caravane ripou. Encore une heure à poireauter avant qu’un véhicule de policiers croates nous guide jusqu’à un poste de police où nous allons passer encore une heure. Virginie se fait offrir un écusson de l’armée H.V.O (1) par un soldat de deux mètres (taille standard dans le coin), vague sosie de Harrison Ford mais très gentil. « C’est pas grave, lui dis-je, tu seras juste tondue à la Libération… » A partir de ce moment, un climat tendu s’instaurera entre nous jusqu’à la fin du voyage. Un véhicule avec gyrophare arrive enfin pour nous escorter jusqu’à Mostar Ouest que nous atteignons vers minuit. Direction l’hôtel Ero, le seul de la ville, siège de l’administration européenne. Pas de piaules pour nous. Yacov demande à se faire ouvrir le passage sur le pont qui sépare la zone croate de Mostar Est, musulmane. Qui sépare, en fait, une ville d’un champ de ruines. Il a des amis là-bas qui nous logerons. Un flic français se propose de l’y conduire. Ils y vont donc et reviennent bientôt. O.K. , c’est bon, on nous attend à l’Est. Un flic allemand suggère à son homologue français de demander quand même une autorisation en haut lieu, deux passages successifs pour une bande de zigotos, à 3 heures du matin, sur ce pont normalement fermé, ça fait désordre. Le Français va téléphoner et revient une demi-heure plus tard. « Plus possible, vous restez là ! » Là ? Ah bon… Et on dort où ? « Ben là, sur les tables, dessous sur les banquettes de la salle à manger,mais faut décamper à 6 heures. » Vu l’heure, on va pas mégoter. On déplie les sacs de couchage et bonjour Morphée. A l’aube, comme prévu, le personnel de l’hôtel vient nous réveiller à coup de pompe ou de balai, ils commencent la mise en place pour le petit déj’ (copieux) des vrais clients. Un Casque bleu belge propose aux deux filles de leur prêter sa salle de bains pour une douche ou pour ce qu’elles y font d’habitude, les gueuses acceptent bien volontiers, elles seront tondues deux fois et peut-être même fusillées à la Libération. Nous filons à l’Est. Vision d’apocalypse. Rencontre avec Vedran, jeune bosniaque de vingt ans, guitariste, enrôlé dans l’armée et attendant d’un jour à l’autre une nouvelle affectation sur une quelconque ligne de front. Après seulement quelques minutes à l’écouter, je n’ai plus l’impression de discuter avec un môme de vingt ans, juste avec un type dont la vie est cassée, les rêves brisés, la jeunesse anéantie. Il nous conduit dans le bureau de maire de Mostar Est, qui, après nous avoir décrit la situation de sa ville au bout de trois année de guerre, nous explique son impossibilité à nous offrir un lieu pour chanter, a fortiori  pour les deux parties de la ville. (Philippe résume mieux que je ne le ferai cet « entretien », j’en fus aussi bouleversé que lui…) En sortant de son bureau, un peu déboussolés, nous allons au hasard, sous le regard ni agressif, ni chaleureux, ni même étonné des populations civiles et militaires qui arpentent les rues détruites de la ville. Tous ces gens ont le regard vide, probablement comme les condamnés. En chemin, Vedran nous explique la différence entre nos vies et la sienne : « Votre vie n’a pas de prix. La mienne, oui. Ma vie vaut un Deutsche Mark. Le prix de la balle tirée sur moi par le sniper d’en face. Ca fait pas cher, hein ? » Nos pas nous amènent jusqu’au bord de la rivière Neretva qui, au fond d’un canyon magnifique, serpente en contrebas de la ville, turquoise, émeraude, entourée de cascades qui tombent des collines comme des rideaux d’argent. A quelques centaines de mètres de là, surplombant cette merveille au fond de laquelle je ne peux m’empêcher d’imaginer quelques belles truites alanguies, les ruines de l’ancien pont de Mostar dont la destruction fit pleurer toute la ville. Les obus serbes et croates se sont acharnés sur cette cible symbolique pendant plusieurs jours, comme si, en détruisant cette merveille architecturale cinq fois centenaire, ils voulaient aussi effacer l’Histoire. Rencontre avec Danielle, Française qui habite Mostar Est depuis trois ans et a vécu ici les pires heures de la guerre pour offrir, au travers d’une mission Unicef, son assistance médicale aux populations. Elle propose de s’occuper pour nous de l’organisation d’un concert ici dans quelques jours, ce qui va nous permettre d’aller entre-temps jusqu’à Vitez et Zenica. « Et puis, si vous avez faim, je peux vous offrir l’hospitalité chez moi et vous faire des nouilles. J’ai peut-être même une boite de foie gras qui traîne… » nous propose-t-elle. « Ouah ! du foie gras ! » s’exclame l’équipe. « Ouah ! des nouilles ! » m’exclamé-je. Manque de bol pour moi, qui refuserai le foie gras afin de me réserver pour les coquillettes, une coupure d’électricité empêchant l’utilisation des plaques chauffantes de la cuisinière me privera aussi de mon combustible préféré, de ma source principale d’alimentation. Dès lors, rien ne sera plus jamais pareil entre l’Unicef et moi. 13 heures. Yacov suggère que nous allions à Travnik. C’est à une centaine de bornes. Nous nous renseignons quand même par acquit de conscience. Pas bon. Les Serbes ont pilonné la ville toute la nuit. Personnellement, je me fous un peu de la provenance des obus mais j’aime autant ne pas être dessous, comme dit Vedran, ma vie n’a pas de prix. Changement de cap, direction Vitez. Au deuxième ou troisième chek-point (nous ne les comptons plus), le camion de sono perd une roue. Le Casque bleu malaisien à qui nous demandons une clé de 19 pour réparer n’en a pas. A partir de ce moment-là, nos relations avec la Malaisie seront très tendues. Passage par Prozor, Lizac et Gornji Vakuf. La zone bosniaque de cette dernière, nichée au creux d’une vallée, est presque totalement détruite. 19 heures, arrivée à Vitez. Cour de H.L.M. dégueulasse. Yacov nous conduit chez Svietlana, jeune fille croate de l’âge de la mienne qui, il y a un an, a ramassé dans ses bras son petit frère de onze ans après qu’il eut été anéanti par un obus bosniaque tombé dans la cour du H.L.M. Elle et sa maman nous invitent à rester à dîner. Nous sommes dix, l’appart est minuscule, mais le cœur est immense. Nouilles pour tout le monde (Ouah…) Pendant qu’elles bouillent, nous allons poser nos bardas à l’hôtel Vitez, le seul debout, siège de l’état-major croate. Pour un matelas et une nuit de sommeil, nous assumons… Piaules minables, chiottes ignobles et bouchées pour tout le monde, moquette vomi. Au retour les nouilles sont trop bouillues et froides. Je commence à me demander si je ne préfèrerais pas manger un pneu… Retour à l’hôtel,, comme dans toutes les tournées du monde, rencard dans une piaule et tchatche jusqu’à plus soif. Coup de bol, on  n’a rien à boire. Couchage un peu plus tard, réveillage aussi sec par quelques tirs de Kalachnikov qui déchirent la nuit (pas dégueu, l’image…) et nous amènent, Amaury mon batteur et moi à cette réflexion : ça fait peur… Lorsque, quelques heures plus tard, Amaury se mettra à ronfler, je regretterai le bruit des balles. Le jour nous amène un grand soleil de printemps. Rencart à la radio, rencontre avec Anto et Emma, lui journaliste, elle interprète. Moi, échaudé par une tournée mémorable en U.R.S.S. il y a une dizaine d’années, je me méfie des interprètes dans ces pays-là. Je glisse à Philippe : « Méfie ! K.G.B. ! » Faut dire aussi que j’aime bien faire partager mes paranos. On se sent moins seul. Encore une galère avec le « nouveau – meilleur – ami – de – Philippe », Yacov, qui, par la mairie, nous a obtenu une salle de spectacles pour un concert à 16 heures, concert qu’Anto a déjà annoncé sur les ondes. Ca sent l’embrouille, la magouille. Mais, bordel à queue, qu’est-c’qui m’a pris de me laisser entraîner par Philippe dans cette aventure, je vous le demande ?… RENAUD (1) Conseil de défense croate, milice sévissant en Bosnie. »  
  • 29 mars 1995, Carnet de voyage, RENAUD CHEZ LA MERE A TITO lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 29 mars 1995   « Carnet de voyage RENAUD CHEZ LA MERE A TITO   Journée d’été sur Vitez. Prise de tête avec Yacov. Le matin à cause de Sarajevo, où il souhaiterait que nous allions chanter dans l’enclave serbe, l’après-midi à cause de notre désir petit-bourgeois d’aller nous taper des kébab – chichis avec des frites au resto du coin, le soir à cause de notre attitude au check-point où, à la suite du refus des Bosniaques de nous le laisser franchir, nous décidons de faire demi-tour quand lui préfère faire un scandale et insulter les pauvres plantons : « Est-ce que les Musulmans sont en train de devenir de plus en plus stupides ? Votre attitude est une insulte à l’Islam ! » Il les avait auparavant obligés à prévenir Senad qui a traversé la ville pour trouver un responsable susceptible de nous accorder le droit de passage, ce brave Senad qui, la veille, s’était déjà mis en quatre pour nous être utile et agréable, le voilà qui court dans la nuit pour faire plaisir à Yacov qui, orgueilleux comme un pou, refuse d’admettre que ce soir, contrairement à la veille, les ordres viennent de plus haut, que ce soir le couvre-feu doit être respecté. Au bout d’une demi-heure de négociations maintes fois interrompues par nos « Laisse tomber, Yacov, on se casse ! » il finira par renoncer, furieux que les aléas de la guerre aient eu raison de son autorité. Le lendemain, après une nuit sans histoires ponctuée de quelques tirs de Kalachnikov auxquels nous ne prêtons quasiment plus attention (on s’habitue à tout…), nous quittons Vitez. Anto, le journaliste de la radio croate, et Emma, l’interprète, ont contacté le directeur du grand théâtre de Zenica, il nous offre paraît-il sa salle pour un spectacle ce soir. Quelques heures plus tard, il nous annoncera dans son bureau que finalement, non, il ne nous l’offre pas, une pièce de théâtre doit s’y jouer. « Je peux éventuellement vous proposer le centre culturel croate mais jamais les Bosniaques ne s’y rendront… » Bon… On se tâte, Zenica est une ville bosniaque, les Cros y sont une infime minorité, nous nous demandons un peu l’intérêt de chanter pour eux, de ne chanter que pour eux. Après quelques minutes, le type, à qui nous faisons part de nos hésitations, nous explique que nous n’avons pas d’inquiétude à avoir, que les Bosniaques viendront. Ces deux affirmations, totalement contradictoires en moins de dix minutes, nous laissent un peu perplexes, mais bon, ici, c’est presque l’Orient. Nous finissons par trouver du charme aux méandres où se noie la pensée balkanique. Va pour le centre culturel ! Nous passons déposer nos bardas à l’hôtel international (pas mal…) et allons visiter la salle. Pas mal non plus. Pendant que l’équipe va rôder en ville à la recherche d’un petit gastos sympa où se sustenter, je m’assoie au soleil devant la salle et continue à noter dans mon petit carnet les quelques notes qui me serviront plus tard à écrire les lignes que vous lisez aujourd’hui avec délices. « Zenica : hier, on nous disait que la ville était pleine de Moudjahidin afghans, ce matin, à Vitez, on nous affirmais qu’il n’y en avait plus, cet après-midi on nous dit qu’ils sont sur les collines, dans les villages avoisinants, enfin, il y a cinq minutes, j’ai appris qu’il n’y en avait jamais eu autant dans la ville… » Je décide de me fier à ce que je vois. Juste devant moi, sur le trottoir d’en face, quatre barbus à turban et pantalon bouffant, bardés de Kalachnikov, discutent avec une dizaine de militaires bosniaques devant une caserne. Si ça c’est pas des Moudjahidin, moi je suis Francis Lalanne. Les potes reviennent. « Putain, y a des Moudjahidin partout, ça craint ! » me dit Aury, qui est un peu trouillard comme garçon. « Tu es trouillard, comme garçon ! » lui dis-je, mais pas fort, pour pas qu’il entende. Le matos installé, nous attaquons la répétition lorsqu’une demi-douzaine de soldats débarquent dans la salle. Ils veulent interroger Luz qui s’est fait gauler il y a une heure dans la rue en train de dessiner la caserne dont je vous parlais. Après qu’un soldat eut déchiré rageusement son crobard, il pensait que l’incident était clos. Ben non. Emma, l’interprète, négocie avec eux, rien à faire, ils l’embarquent, et l’interprète avec. Une vieille parano commence à nous envahir tous, doublée d’une réelle inquiétude pour le p’tit Luz. En temps de guerre, faire le crobard d’une caserne ou la prendre en photo c’est kif-kif espionnage ! « De toute façon, dis-je, même sous la torture il dira qu’il est pro-Bosniaques, non ? » « Ah ouais ? » répond Philippe. « Qu’est-ce qu’on fout dans une salle croate, alors ? » Eh ouais… « On n’a qu’à leur filer Yacov en échange » suggéré-je alors. Le Yacov qui, lui, pas l’air inquiet pour deux ronds, distribue, comme il le fit à chaque concert, ses prospectus et ses cassettes antimilitaristes aux ados qui commencent à envahir la salle, l’heure du spectacle approchant. Au bout d’une demi-heure, Philippe décide d’aller au commissariat pour récupérer notre ami. Il en fera plusieurs avant de revenir bredouille, Luz n’est nulle part. Moi, comme j’ai une très légère tendance à la paranoïa, je l’imagine déjà pendu à un croc de boucher dans le sous-sol de la police secrète. Il finit par nous revenir, quasi hilare (mais moi qui le connais bien, je devine sous son rire les stigmates de la terreur…), et nous explique qu’il a été interrogé dans la caserne d’en face par un officier serbe qui l’a finalement libéré en échange d’une caricature. « Mais dis-moi, à quoi t’as pensé en pénétrant dans la caserne ? lui demandé-je. Que t’étais foutu ? Que t’allais mourir ? Que tu me devais cent balles ? » « Oh non, j’ai pensé : S’ils violent l’interprète, j’espère qu’ils me permettront de participer… » (A suivre…)
  • 19 avril 1995, Carnet de voyage, RENAUD CHEZ LA MERE A TITO lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 19 avril 1995   « Carnets de voyage RENAUD CHEZ LA MERE A TITO   Bon, ben ça se termine… On est samedi 4 mars, on rentre sur Split d’où on transitera par Zagreb pour retrouver notre Paname, se p’tites femmes, ses p’tits bistrots, sa p’tite paix tranquille, perturbée çà et là par les remugles d’une guerre économique presque dérisoire en regard du chaos d’où l’on arrive. Pollution, corruption, pognon, exclusion, bavures, chômage, drogues, sida, racisme, jeunes ses cités désœuvrés, violence, délinquance, faits divers sordides, classe politique pitoyable, médias de désinformation ou d’abêtissement, civilisation de la bagnole, du béton et de l’argent roi, tout ce qui fait le charme du libéralisme économique dans une démocratie et nourrit nos colères et nos combats quotidiens, pendant une semaine nous l’avons presque oublié. Nous étions à deux heures d’avion de cette jungle, dans un pays qui ressemble au nôtre, dans des villes qui ressemblent aux nôtres, peuplées de gens qui nous ressemblent, de gens en apparence pas plus différents de nous qu’un Corse d’un Breton, qu’un Parisien d’un Marseillais, de gens pas plus différents entre eux, musulmans, cathos ou orthodoxes, qu’un catho de Roscoff peut être différent d’un protestant de Nîmes. Nous étions au cœur de l’Europe, dans un pays où les habitants devraient se débattre avec les mêmes difficultés que les nôtres, combattre les mêmes ennemis, envisager le même avenir, d’un pays appartenant à la même civilisation que la nôtre, or nous avons le sentiment que, d’où nous venons, le temps s’est arrêté en 1943, et la certitude que dans deux ans cette terre sera un champ de bataille comme l’Europe n’en a plus connu depuis cinquante ans. L’islam si tolérant (parce que si peu pratiqué), tellement accepté, intégré depuis des siècles dans ce pays qui fut un exemple de coexistence fraternelle entre différentes religions et différentes ethnies, est en train de devenir le refuge de milliers de désespérés qui, après avoir été les victimes d’une purification ethnique perpétrée sous les yeux d’une C.E.E. sournoisement pro-Serbes et d’une O.N.U impuissante ou (et) indifférente, sont réduits à accepter l’aide militaire de régimes islamiques des plus inquiétants. Quoiqu’il en soit, nous rentrons au pays. Nous ignorons encore qu’à notre arrivée la Chirac dans les choux d’il y a une semaine caracolera en tête des sondages. Ca donnerait presque envie de rester en Bosnie… A l’aéroport de Split nous faisons nos adieux à Yacov-Raspoutine. La poignée de main qu’il échange avec Philippe me fait penser à celle d’Arafat et Rabin, sauf que je crois que Philippe avait une poignée de clous dans la main. Moi qui ne me suis engueulé avec personne, qui n’ai eu de conflits qu’avec mon accordéon lorsqu’en jouant un do il me sortait un sol (mais je commence à me demander si c’était pas plutôt moi qui me plantais…) moi qui ai gardé secrètement au fond de ma bouche les indignations, les étonnements, les colères que je réserve pour plus tard à ma plume, il me gratifie d’une franche embrassade, me serrant dans ses bras chaleureusement. A partir de ce moment, nos relations ne seront plus jamais les mêmes et je regrette que Philippe ait gardé tous ses clous. Son regard bleu acier dans le mien, le mien rivé sur mes pompes, il me dit : « Merci, mon frère ! On remet ça bientôt, hein ? Et la prochaine fois on se fait Sarajevo ! » Moi je pense : « De rien, mon frère ! Ce fut un vrai plaisir de bosser avec toi ! Ca m’a juste coûté pas mal d’argent, ça m’a juste valu de dormir une semaine dans des gourbis, de bouffer UNE SEULE FOIS des nouilles et le reste du temps du vent, de chanter sous un bombardement, et ça va probablement me valoir au retour l’ironie méprisante de journaleux planqués. N’empêche qu’effectivement je suis partant pour y retourner, ce voyage m’a passionné et bouleversé. Mais je me demande si tu ne m’as pas fait plus peur que la guerre elle-même… » En arrivant à Roissy, deux gamines de seize ans m’aperçoivent à la livraison des bagages. Amaury, à côté d’elles, les entend s’esclaffer. La première, surexcitée, dit à sa copine : « Ouah ! C’est Renaud ! Y revient de Zagreb ! » La seconde regarde les panneaux d’arrivée et, déçue : « Mais non, penses-tu ! y reviens d’Istanbul ! » Alors la première, dépitée : « Ah bon ? Alors on s’en fout ! Allez, vient, on s’casse ! » RENAUD FIN »
L'Humanité
  • 4 mars 1991, LA MORT DE GAINSBOURG réaction de Renaud > L'HUMANITE DU 4 MARS 1991 LA MORT DE GAINSBOURG « Renaud nous fait part de sa peine  J’irai fumer sur ta tombe Le chanteur Renaud nous a fait parvenir hier après-midi le texte suivant : J’avais arrêté de fumer. Je crois que je vais me rallumer une Gitane et me tomber la bouteille de pastis. En dernier hommage à l’ami Lulu. Et puis pleurer encore un peu. S’il est une source qui n’est pas près de tarir, c’est bien celle où naissent les larmes. Gainsbarre se bourre, Gainsbourg se barre. No comment… Un seigneur disparaît et nous laisse avec les saigneurs. La médiocrité, le mensonge, la laideur ont encore de beaux jours. Plus grand-monde pour les pourfendre. Ce monde est ignoble qui fait mourir les poètes et les fous et vivre les présidents assassins. Adieu l’ami, salut mon pote, embrasse Brassens et Reiser et Coluche et Desproges. J’irai fumer sur ta tombe »
  • 13 mai 2000, Et aussi > L'Humanité du 13 Mai 2000 - CULTURES Et aussi Des autistes sur scène Dix associations culturelles d'établissements spécialisés dans l'accueil des jeunes autistes et psychotiques présentent un festival de théâtre, musique, chant, peinture qui se tient dans douze salles parisiennes du 13 au 27 mai. " Manifestation ouverte et libre où s'exprimeront ensemble des amateurs très atypiques et des professionnels ", le festival, qui a le soutien et la participation d'artistes (Marc Lavoine, Renaud, Higelin, Goldmann, Margerin etc.), débute le 13 mai par un concert d'un groupe de six musiciens au cabaret sauvage à La Villette et s'achève le 27 mai par plusieurs tables rondes autour du thème " Autisme et culture ". Au programme cette semaine : une soirée anniversaire du journal des autistes de l'hôpital de jour d'Antony, le Papotin (lundi 15) ; un spectacle de théâtre, la Valse des Vélosolex, au Lucernaire (du 15 au 20) ; un spectacle d'Howard Buten, Buffo, à la mairie du 19e (mercredi 17) ; un stage de chants polyphoniques avec le groupe corse A Filetta à l'espace Comedia (samedi 20) et bien d'autres spectacles et rencontres.
  • 14 décembre 1996, Renaud : honte à celui qui n'a d'avis sur rien, sa vie doit être triste > L'Humanité14 Décembre 96 - CULTURE Renaud: honte à celui qui n'a d'avis sur rien, sa vie doit être triste Il est toujours aussi épais qu'un sandwich SNCF, quelques années en plus. Il chante toujours 'Hexagone', 'Loubard' ou 'Petite conne', en plus de quelques nouvelles chansons. Le public adore, en redemande. Certains arborent le béret du Che à ses concerts. On y croise des jeunes, des moins jeunes, des mômes... Ils connaissent tout par coeur. Il a accepté de nous recevoir quelques heures avant de monter sur scène. Rencontre peinarde dans les coulisses de l'Olympia. On retrouve un Renaud au mieux de sa forme, avenant, qui a la tchatche. Alors on parle de tout, de ses chansons, de ses engagements, de ses passions... Parlons de cette grande tournée qui a démarré au printemps dernier à la Mutualité, a sillonné l'Hexagone et qui s'arrête à l'Olympia. Le bilan?. Globalement positif! Cela faisait huit ans que je n'avais pas tourné en France, je ne fais quasiment pas de 'promo', du moins la seule qui, paraît-il, soit efficace, les émissions de télé. Malgré une longue absence des scènes et tout le reste, j'ai bourré les salles partout. Plutôt que de jouer soixante-dix concerts, j'en ai fait cent quarante en province. Le public est assez familial. La plupart des artistes se targuent d'avoir un public de sept à soixante-dix-sept ans, très populaire: je pense en être. Je me contente d'apprécier ce succès, l'analyser ce n'est pas facile. Vous avez le sentiment d'être ce qu'on appelle 'un monument' de la chanson? Non, je pense que vingt ans de chansons, ça commence à compter. Quand on a le sentiment de ne pas avoir dérivé, de ne pas avoir fait trop de concessions, d'être resté plus ou moins intègre et fidèle à ses convictions, qu'on essaie - je ne dis pas que j'y parviens -, de faire de la chanson de qualité, aussi bien dans les idées ou les sentiments que j'exprime, peut-être qu'au bout de vingt ans on n'est pas un monument, mais on ressent un véritable attachement du public, une fidélité de la part du plus ancien et d'un renouvellement. Et puis j'ai bossé pas mal de temps à 'Charlie Hebdo' : c'est un journal très lu dans les facs et qui - peut-être -, par le biais de mes chroniques, a draîné un nouveau public. Comment expliquer que toutes vos chansons soient reprises en choeur et, pour les plus anciennes, qu'elles fonctionnent toujours autant? C'est comme si le temps n'était pas passé et, pourtant, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts... Le premier réflexe, c'est le plaisir. D'une manière générale, je me contente d'apprécier ça. Pourquoi 'Hexagone' a traversé deux décennies, qu'elle est aujourd'hui encore réclamée à cor et à cri par des mômes de quinze ans qui n'étaient pas nés quand je l'ai composée? De tout temps, elle a été considérée comme mon hymne. Je ne suis pourtant pas persuadé qu'elle soit la meilleure chanson de mon répertoire, mais c'est peut-être la plus sauvage, la plus fédératrice de toutes les colères, de toutes les révoltes. Vingt ans après, cette colère est intacte? Certains couplets ont peut-être vieilli mais la colère est la même. Tous les travers de mes contemporains que je dénonce sont les mêmes: l'injustice, la répression du peuple basque et de tous les autres peuples opprimés, le conformisme petit-bourgeois, la religion. Je n'ai jamais analysé cette chanson, mais j'ose cette hypothèse. J'ai mis dans cette chanson toutes mes révoltes et mes indignations. Vos chroniques publiées dans 'Charlie Hebdo' sont aussi bien des coups de gueule, des coups de coeur, des coups d'amour... Vos humeurs au fil des jours: on y retrouve cette même révolte. Elle est la même. Je suis peut-être un peu plus désabusé qu'à vingt ans, plus serein d'un autre côté. Pourquoi ce qui m'empêche de dormir, ce qui me fait pleurer, m'indigne serait vrai il y a vingt ans, et plus aujourd'hui? Ça voudrait dire que je ne suis plus le même homme. Je ne vois pas en quoi le succès aurait pu me dissuader d'exprimer mes colères et mes indignations. Quitte à me faire traiter de gauchiste attardé, de revanchard ou de démago, je préfère continuer à exprimer mes idées plutôt que de les taire ou les cacher pour devenir le chanteur que certains voudraient que je sois. Ne plus écrire que des chansons d'amour ou me servir de ma plume pour vanter la beauté des choses. Ce que je fais par ailleurs, mais je pense que la fonction d'un artiste dans cette société c'est de déranger, de bousculer le conformisme, l'ordre établi, de toujours s'insurger tout comme vous à travers votre journal, votre parti: être du côté des plus faibles, de celui qui souffre et de celui qui lutte. Mes chansons ne sont pas que cela: à la longue, ça fatiguerait le public et moi, ça me boufferait la vie. Mais je tiens à ce que ces chansons figurent aussi dans mon répertoire. La fonction de l'artiste dans cette société? Elle est essentielle. Pas seulement celle de l'artiste. Celle de l'art, celle de la connaissance, de l'émerveillement, de la musique, de la peinture... Tout ce qui différencie l'homme de l'animal. L'art est la chose la plus futile qui soit et, pourtant, c'est ce qui provoque l'émotion. Je ne sais plus qui disait du violon qu'il était l'instrument qui consiste à éveiller l'âme en frottant des crins de cheval sur des boyaux de chat... L'homme est sensible à ça. La place, le rôle de l'artiste sont singulièrement remis en cause. Il y a danger dans la demeure? Le budget de la culture, les lieux de création inexistants ou menacés de disparition, les acquis des intermittents remis en cause... La droite a toujours voulu assassiner la connaissance, empêcher les artistes de s'exprimer. Tout ce qui a trait à l'éveil, à l'éducation, tout ce qui peut provoquer le sentiment de résistance dérange: alors on s'attaque aux artistes, aux intellectuels, à tous ceux qui dispensent le savoir. Dans vos chroniques, on retrouve beaucoup de vos indignations mais aussi des coups de coeur comme celui pour les huîtres du bassin d'Arcachon... Je ne voulais pas, tout comme au niveau de la chanson, m'épuiser à pousser chaque semaine un coup de gueulante. Et pourtant il ne manque pas de sujets d'indignation! Je voulais un peu de fantaisie, alors je raconte mes histoires de famille, mes vacances, je parle de mon chien, de mes amours avec une femelle homard au restaurant! Vous disiez plus haut que vous étiez désabusé... Plus qu'à vingt ans, je suis plus écoeuré, j'ai pris des claques et j'ai été trahi par des amis proches, mais on est trahi que par eux. J'ai parfois le sentiment que rien ne changera jamais, que ce monde va à vau-l'eau et qu'il y a toujours un petit quart de la planète qui vit sur le dos des trois autres quarts. Qu'est-ce qui vous donne encore envie de poursuivre de chanter, d'écrire des chansons? Ne pas baisser les bras, c'est ce qui donne un sens à ma vie. Gueuler, m'indigner, résister. Je trouve la force en moi... A une époque de ma vie, j'ai vécu sur un bateau, loin de la télé, des autres, loin de tout. Je pensais que ça me ferait un bien fou, mais ça m'a rendu fou. Au bout de deux mois, j'avais le sentiment d'être en vacances depuis trop longtemps, au bout de trois mois je ne supportais plus d'être coupé du monde. Pour certains, être en mer sur un bateau, c'est le bonheur absolu. Ne pas vivre avec les autres, pour les autres, être détaché des souffrances et des luttes des hommes, ne pas essayer de changer le cours des rivières, très peu pour moi! Vous êtes des Amis de l'Humanité, pourquoi? Pour une raison évidente, le pluralisme de la presse. Parce qu'il faut des contre-pouvoirs aux discours consensuels et conformistes des grands médias. Parce que je trouve que 'l'Humanité' et les communistes sont essentiels pour résister à l'oppression, défendre les pauvres, les plus faibles, malgré des points de divergence avec eux qui ont duré soixante-dix ans, en l'occurrence sur leur conception de la liberté du peuple comme c'était le cas dans les pays de l'Est, point de divergence majeur. J'allais dire les travailleurs, mais cela ne se dit plus qu'avec un sourire narquois. Et puis on dit plus souvent chômeurs. Travailleurs, ça ne se dit plus, on fait maintenant référence au travail précaire... Pourtant, quel beau terme, travailleur! il n'y a pas à rougir de ce mot! Vous évoquez les communistes, leur rôle dans la société. Les rapports de Renaud avec les communistes n'ont jamais été linéaires. Ils préparent actuellement leur congrès. Vous les voyez comment? Depuis la chute du mur de Berlin, ils font partie des gens en qui j'espère... Comme le Parti socialiste n'est plus crédible comme vraie force de gauche, n'a plus de programme, pas de projet, pas d'utopie, pas de rêves mais un discours triste, centriste, social-dém'... J'ai l'impression que les communistes sont la seule vraie force de gauche en France. J'espère qu'ils vont retrouver la place qu'ils n'auraient jamais dû - au niveau électoral - perdre. Comment expliquez-vous vos rapports avec les communistes? J'ai toujours eu le sentiment d'appartenir à une famille de gauche dans laquelle se retrouvent des anars, des trotskistes, des communistes, des socialistes. Je me suis engueulé avec des membres de cette famille, mais comme on s'engueule avec son père, sans jamais se fâcher définitivement. Mes rapports avec les communistes sont faits de coups de gueule et d'amour. Souvent, il m'arrive de signer des pétitions, mon nom côtoie celui de dirigeants ou de militants communistes: je sais qu'on se rejoint sur des combats essentiels. A vos yeux, les communistes sont la seule force de gauche, même si électoralement... Si on ajoute toutes les voix de l'extrême gauche, ça fait 15%, plus les déçus des socialistes, qui ne vont pas forcément voter à droite, avec un bon candidat, je dis pas que Robert Hue n'est pas un bon candidat, ça peut monter... à 20%. Disons qu'un môme qui aujourd'hui adhère au PC ne va plus me citer les pays de l'Est en exemple, je pense qu'il pensera à un projet de société inédit, nouveau, sans modèle. Cela fait vingt ans que vous chantez. Vous étiez Renaud le chanteur énervé et énervant. Vous revendiquez toujours cette appellation? Je ne sais pas ce que je suis pour les gens, je sais à peine qui je suis moi-même... On a toujours tendance à vouloir mettre des étiquettes. Chanteur énervant, ça m'avait bien plu, et j'ai joué avec. Mais j'aime encore énerver, et mon public et ceux qui ne m'aiment pas. Enervé, je le suis encore, pour un bon bout de temps: y'a de quoi, non? Je fais du music-hall, comme Sylvie Vartan. Un métier de saltimbanque. Elle est plutôt branchée chansons d'amour. Moi aussi, mais j'ai par ailleurs des chansons... on disait 'engagées' autrefois! Ce mot a tellement été galvaudé que certains en ont honte. Moi, j'assume d'être un chanteur engagé. C'est comme le mot militant. Il m'inspire de l'admiration. Quand j'en croise un de militant, qui distribue des tracts, vend des journaux, je lui voue une admiration sans borne. S'il y en avait plus comme lui... En 68 la jeunesse était plus militante. Bon, ne parlons pas de 68, ça fait vieux con! Dans une chronique, un lecteur vous demande: 'Comment faites-vous pour avoir un avis sur tout alors que moi, je n'ai d'avis sur rien?' On a souvent le sentiment que vous réagissez surtout avec votre coeur... Oui! Je n'ai vraiment pas un discours langue de bois, et je n'ai pas réponse à tout. Je ne suis pas féru de dialectique ni d'économie, alors souvent je pars dans tous les sens et cela semble dérisoire, un peu sauvage, décousu... Je m'en veux après de dire les choses si mal! Mais contrairement à ce que disait ce jeune homme, sous prétexte que des fois je me mêle de choses qui ne me concerneraient pas, il me fait passer pour un chanteur qui la ramène tout le temps. J'ai jamais prétendu avoir un avis sur tout; j'aimerais bien. Il est des choses qui m'indignent, je ne sais pas comment l'exprimer. Et dès qu'un artiste ouvre sa gueule, au même titre que n'importe quel autre citoyen, il est taxé de donneur de leçons, ou d'être manipulé. Moi, je ne suis manipulé que par mes idées. Si je suis d'accord avec un édito de 'l'Huma' ou de Charlie, et qu'il m'enrichit de ses idées, de ses convictions, je m'en servirai comme argument. Honte à celui qui n'a d'avis sur rien: comme sa vie doit être triste. Qu'allez-vous faire après l'Olympia? Je vais tenter l'aventure musicale dans d'autres pays non francophones. En Allemagne, en Irlande. J'irais bien chanter à Cuba. Comme je ne suis pas un grand bourlingueur, voyager pour chanter, c'est joindre l'utile à l'agréable. J'ai un ami algérien, chanteur, Baaziz, qui chante 'Hexagone' en algérien. Il me tanne pour que j'y aille avec des conditions de sécurité, mais sur ce coup-là, j'hésite: on n'est pas à l'abri d'un fou de Dieu déguisé pour la ciconstance en ninja. Mais si on fait rien... Est-ce que des chansonnettes? Parfois je me dis que deux heures de chansons, comme quand je vais chanter en prison ou en Bosnie, ça ne change pas le cours de la guerre, mais c'est peut-être deux heures de bonheur. Propos recueillis par ZOE LIN 'Paris-Province', double album live (Virgin). 'Envoyé spécial chez moi', éd. Ramsay.
  • 30 mai 2000, alors... chante ! > L'Humanité du 31 Mai 2000 - CULTURES - Brèves ALORS... CHANTE !
L'Idiot International
  • 9 janvier 1991, Sale guerre Monsieur le Président... > L’IDIOT INTERNATIONAL, 9 janvier 1991 EDITORIAL « Ainsi donc le Rock n’roll est interdit en Arabie Saoudite ? J’entends déjà les mauvaises langues qui affirment qu’Eddy Mitchell aurait donc pu y chanter. Nul doute que ses chansons eussent redonné du cœur au ventre à nos braves pioupious déprimés. Les grands de ce monde sont décidément bien ingrats avec leurs bouffons. J’en parle en connaissance de cause : j’ai chanté naguère pour Tonton. Comment croyez-vous qu’il me remercia d’avoir témoigné ainsi de ma foi dans les valeurs qu’il prônait alors ? en les piétinant aujourd’hui. En engageant mon pays dans une sale guerre de merde à la con ! Pas rancunier, je lui adresse malgré tout ces quelques couplets, si la forme en est désuète c’est que c’est une chanson d’avant guerre : SALE GUERRE Monsieur le Président Je vous fait une lettre Pour vous dire simplement J’irai pas au Koweit ! Ta logique de guerre Ce n’est pas ma logique La mienne est pacifique Envers toute la terre. Et si je prends demain Un flingue une grenade Sur une barricade Ce ne sera, certain, Que pour sauver ma peau Celle de ceux que j’aime De mes enfants et même Des enfants du voisin. Tomber pour Santiago Ou mourir à Madrid Se faire crever le bide Pour chasser les bourreaux Passe encore, mais jamais J’n’irai donner ma peau Ni pour un casino Ni pour un pétrolier Mourir pour un drapeau Quelle idiotie suprême Quand il est à l’emblème De Shell ou Texaco. Si tu veux, Président Marquer vraiment l’histoire Et mériter la gloire Pour au moins deux mille ans Envoie tes régiments Libérer la Palestine Là-bas on assassine Chaque jour des enfants Envoie tes bombardiers Raser la Maison Blanche Ce sera la revanche De tous les opprimés Ainsi finit ma lettre J’hésite, je me tâte Dois-je en rajouter quatre Pour un dernier mot peut-être ? RENAUD »
La Dépêche du Midi
  • 4 juin 2000, le public sauve Renaud > La Dépêche du Midi - Dimanche 4 Juin 2000 «Alors ... Chante!» : Sous le chapiteau Le public sauve Renaud Renaud est malheureux. Ça se voit. Ça s'entend surtout. Mais dans son malheur, Renaud a une chance inestimable: celle d'avoir un public qui l'aime vraiment, au point même de lui cacher son état de chanteur en panne. Applaudissements nourris ont donc salué un triste concert pendant lequel le chanteur accompagné d'un guitariste et d'un pianiste, enchaîne des textes neurasthéniques, entrecoupés de commentaires et apartés propres à endormir un régiment d'insomniaques. Comme s'il se parodiait lui même, il tangue au micro tandis que sa voix déraille, et chante de plus en plus faux. Dans un élan d'auto-flagellation supplémentaire, il n'hésite pas à s'enfoncer un peu plus en avouant n'avoir pu écrire plus de deux nouvelles chansons en six ans. Envolé le titi ch'timi, l'impertinent rebelle, le sarcastique décalé. Renaud, vendredi soir, n'était que l'ombre de lui- même. Pas méchant pour deux sous, le public montalbanais a fait comme s'il n'avait rien remarqué. D. A.
La Meuse
  • 26 avril 2000, le forum Morgane de lui > La Meuse du 26 avril 2000 LE FORUM MORGANE DE LUI   Le forum était bondé ce jeudi, pour accueillir "tchantchès" des Titis parisiens. Cela faisait près de 5 ans que les santiags et les valises sous les yeux délavés du "meilleur ami" de Madame Thatcher n'avaient enflammé Liège, ardente fan d'un chanteur qui avoue "n'avoir qu'une ficelle vocale". Une boutade que Renaud allait lancer à son public chéri en forme de provocation aux journalistes. Nous ne dirons donc rien de sa performance vocale, sauf peut-être qu'elle s'améliora au fil du concert et des cigarettes fumées par le plus gainsbourien des chanteurs actuels. "Mon toubib m'a annoncé que je devais choisir entre la chanson et les clopes. J'ai choisi de changer de médecin". Bref, Renaud allait autant parler que chanter lors de ce concert. Parler à un public très chahuteur, à la limite de l'exaspérant parfois, à l'image de ce chanteur des rues, qui "vit grâce à Renaud" et qui protestait à chaque fois que son idole se mettait à parler en guise d'introduction à ses chansons. Ou encore à l'image de cette groupie, mal de ne pas être "en cloques", qui n'allait cesser de clamer son amour dégoulinant à l'auteur de "Manu" et de "Pierrot", ce Pierrot qu'il aurait aimé tant avoir comme fils pour lui apprendre à jouer au foot… OM…, Standard. PSG. Anderlecht ? A chaque évocation, une réaction épidermique d'un public chaud comme à la cannebière. Le foot, mais également les femmes, ou plutôt les gonzesses, Renaud sait de quoi il parle quand il chante "mon Beauf"… qu'il ne chantera pas à Liège. A vrai dire, il revisita, sans chronologie ni enchaînement son répertoire qui est solide, on s'en est rendu compte. De "marche à l'ombre" à "Mistral gagnant", en passant pas "le déserteur" de Vian mais version Séchan. Autant de succès qui font maintenant partie intégrante de la grande chanson française, celle de Brassens, Brel ou autres Férré. "Des tubes" merveilleusement bien servis par une orchestration minimaliste. Titi, l'ami italien à la guitare, un vrai régal et un pianiste virtuose ont donné à son concert une âme surprenante. "L'accordéon et la batterie, ce sera pour la prochaine fois", a priori l'artiste, qui planche sur son prochain album "terminé pour 2015" et dont il nous a donné un aperçu prometteur. En fait, Mesdemoiselles, avez-vous déjà vu le loup ? P.H.
Le Monde
  • 20 mai 1992, L'HOMME QUI PLANTAIT DES ARBRES > « Le Monde du mercredi 20 mai 1992 L'HOMME QUI PLANTAIT DES ARBRES La rentrée parisienne d'un quadragénaire indigné RENAUD Au Casino de Paris Ils ont envie de chanter Germaine. Lui non. « Elle est vieille celle-ci, je me souviens plus des paroles »Son truc, c'est Marchand de cailloux, les chansons du nouvel album où le héros des rades glauques et des banlieues mobylettes passe en revue ses sujets de rancœur du moment : le Paris-Dakar, les femmes (Olé, chanson anti-corrida d'un sexisme rare), Libé, France-Intox, Bernard Tapie, les dimanches, la guerre du Golfe et Tonton, président finalement épargné au Casino de Paris, après un raccommodage express. Pour fêter ses quarante ans (il est né un 11 mai, jour de sa première au Casino de Paris), Renaud a imaginé un spectacle épuré. Ni tapis de gazon artificiel, ni lumières chavirantes, ni Soldat Louis en première partie comme précédemment au Zénith. Un accordéon, une basse, une guitare, une batterie (Jean-Louis Roques, Michel Galliot, François Ovide), quelques touches de clavier, et un homme à tout faire (Geoffroy Richardson, violon, mandoline, clarinette, thin-whisle…) pour rappeler les nouvelles amours, irlandaises, du chanteur français. Un décor à base de projecteurs de cinéma ronds et rétro, des éclairages à l'avenant. Soirée intime, « pour faire chaud au cœur » aux potes venus en bande ou en autocar s'asseoir dans les fauteuils rouges du Casino. On gagne au change . Du balcon, on chante Happy birthday, on lance un ballon auquel on a attaché un mot gentil, on réclame Germaine. Renaud résistera jusqu'au quart d'heure final où, le cœur sur la main, il survolera en quatrième vitesse la chanson fétiche des rêveurs de HLM. Mais le Renaud version ras-la-banlieue, révolte à fleur de peau et fantasme de Katmandou par posters interposés, ne se livrera que par quelques bribes : Manu (« une gonzesse de perdue c'est dix copains qui reviennent »), En cloque, Pierrot, Marche à l'ombre, Dès que le vent soufflera , Fatigué… L'heure est grave et les positions affirmées : engagement écologique, écoeurement face au show politico-médiatique (« Et dire que chaque fois que nous votions pour eux / Nous faisions taire en nous ce cri « Ni Dieu, ni maître ! » / Dont ils rient aujourd'hui puisqu'ils se sont fait Dieu / Et qu'une fois de plus nous nous sommes fait mettre ») ; antimilitarisme viscéral, développé depuis Ca suffat comme ci, contrepoids au sommet des sept pays les plus industrialisés et aux commémorations officielles de la Révolution française en juillet 1989, et plus encore, après la guerre du Golfe, qui faillit consommer le divorce entre le chanteur têtu et Tonton « bloc de granit », « grand chêne », qui « a un caillou dans sa chaussure ». Accordéon en bandoulière ou guitare de guinguois, Renaud, « loubard périphérique », prend la scène en douceur, en navigateur à l'esbroufe, en fils indigne ou en amoureux, partagé entre la maman et la putain. Lorsque le naturel lui revient, quand il parvient à arrêter la fuite précipitée des mots, qui, aujourd'hui, jusqu'à la caricature, lui sert de texture mélodique, il est sur scène d'une tendresse touchante, d'une couleur à lui seule accessible. Hargneux à bon escient (Mais où c'est que j'ai mis mon flingue), auteur inspiré, fils de la chanson réaliste française (Hexagone), Renaud parvient à s'extraire des pièges qu'il s'est lui-même tendus. Exemple, la version très finement allégée sur scène d'une des chansons les plus larmoyantes de l'album (Dans ton sac, incursion affectueuse dans le bric-à-brac du sac à main de l'aimée). Renaud au choisi d'être au Casino de Paris. Il l'explique dans un programme détaillé, vendu – fait d'exception – bon marché et sans publicité, et enrichit d'une pétition à découper contre le projet autoroutier de la vallée d'Aspe dans les Pyrénées. Pour marquer son contentement et satisfaire l'attente d'un public qui l'aime pour toutes les victoires anti-consensuelles remportées depuis 1975, Renaud offre de petits cadeaux : un film et deux chansons inédites. L'une, insignifiante, Toute seule à une table, est destinée à Sida Urgence, la compilation concoctée par sa maison de disques, Virgin, au profit de la recherche sur le sida (à sortir fin mai). L'autre, Welcome Gorby, plus drôle et plus décapante, avait disparu de l'album au dernier moment : « On ne sait jamais, s'il avait pété les boulons ! Mais maintenant qu'il s'est fait lourdé par un gros con [Boris Elstine] ! … » Mais il y a surtout l'inhabituel prologue à la soirée choisi par Renaud : du cinéma. Présenté en alternance, un jour sur deux, avec trois autres courts-métrages à sensibilité écologique, L'homme qui plantait des arbres est un merveilleux film d'animation (Oscar à Hollywood en 1987), réalisé au Canada sur un texte de Jean Giono par Frederic Back, et où l'on retrouve la voix de Philippe Noiret. Les dessins (au pastel, au crayon) sont superbes, l'histoire – celle d'un berger solitaire qui fait revivre une forêt à lui tout seul – édifiante. Une demi-heure de bonheur plus tard, Renaud entonne « J'ai voulu planter un oranger ». Une ballade nord-irlandaise, juste une cause en plus. Véronique Mortaigne Jusqu'au 14 juin, à 20 h 30 »
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Libération
  • 1er mars 1986, Séchan séché > Libération, le 1er et 2 mars 1986 « Séchan séché Si Renaud Séchan est si déplorable, ce n'est pas parce qu'il joue au rouge, ni parce qu'il est esthétiquement trois fois nul et non avenu (auteur compositeur interprète), c'est parce qu'il est faux comme les blés (qu'il ramasse) : de la pointe des cheveux à celle des santiags, en passant par « l'accent » Il y a quelque chose qui ne va pas avec Renaud. Renaud Séchan. C'est l'accent. Selon des témoins indiscutables – dont on comprendra aisément qu'ils conservent l'anonymat – Renaud n'avait pas du tout l'accent lorsqu'il a fait ses débuts discrets à la Pizzeria du Marais. C'était juste un chanteur « à texte », violemment influencé par Pierre Perret (et Pierre Perrin aussi d'ailleurs : le Clair de lune à Maubeuge) qui avait constaté qu'en jouant deux accords de guitare derrière ses poésies, il arrivait au moins – phénomène – à capter l'attention de trois consommateurs le temps d'une « Quatre saisons ». Un Duduche à sa gragratte, comme il y en avait tant à l'époque, qui, en toute logique esthétique, aurait dû en rester là ; au chaud entre Montparnasse Bienvenüe et Strasbourg Saint Denis (la ligne des Miracles), avec ses bouts rimés et ses copains et sans accent. Quand il ne déclinait pas à la Pizzeria du Marais, il poursuivait Hugues Aufray, son idole, pour lui caser ses « compositions » (anecdote croustillante attestée par le découvreur de Dylan en France lui-même) ; il envoyait des lettres de menace à Champ Libre qui avait eu le culot de refuser ses poèmes et, à l'occasion, il servait de faire-valoir à Henri Guybert, Miou-Miou, Coluche son ami, Romain Bouteille ou, bien sûr, Patrick Dewaere, la vraie star, du Café de la Gare : hallebardier, corbeau au petit pied, chanteur à sébile, selon la saison… Mais d'accent, point ! C'est un vrai problème, ça ! Prenez Béranger, Leny Escudero, Philippe Clay : eux, ils ont vraiment l'accent. Celui de Paname le vrai, mon pote, l'héréditaire ! Comme Dutronc, le maître, et même la mère Mitchell, tiens ! Ou Guichard cœur de lion, prêcheur dans le désert… Paris, tout ça ! Vrais gosses des faubourgs, rejetons de la môme Piaf et du preux Chevalier… Ah dis-donc, s'ils avaient un peu l'accent, cézigues ! S'ils te le faisaient chantonner l'accent « atmosphère », hein ? ! Mais Renaud, l'accent, taratata, l'avait pas ! Et pour cause : à la maison, on mangeait plutôt le petit doigt en l'air. C'était déjà une autre chanson que ce style Ténardier-Légo (via Higelin / Capdevielle et autres ravaudeurs de Java des chaussettes à clous recyclés dans la goualante pseudo-rock) une autre rengaine que ce genre néo-rue de Lappe encanaillé sur mesures, que le gars affiche aujourd'hui, à plein Zénith. Surtout pas l'accent ! (- Et tes mains sur la table, s'il te plaît !) Petit-bourgeois moyen quoi ; classique. Le papa enseignant, la mère… de famille. Là-dessus, histoire de s'émanciper, toujours normal, on se laisse pousser le cheveu (rigoureusement marron à l'époque et pas péroxydé chochotte à la Sting, comme aujourd'hui : autre problème, ça tiens, le mèche à mèche !). Et pour faire beatnick, comme Polnareff, avoir la cote avec les touristes du « Luco » des monômes, on traîne savates et guitare sur les marches du Sacré-Cœur : mais l'accent, eh bien, désolé, il tire le nez vers N.A.P. (Neuilly Auteuil Passy), pas vers la Butte ! Rien à faire. Gros lézard, là… En fait, c'est avec les disques que ça lui est venu. Pouf ! Une éruption, comme qui dirait : poussée de fièvre communard-titi qui aurait, chez lui, rapidement dégénéré en poulbotite aigüe de banlieue-dortoir… Tout allait pourtant à peu près bien dans la périphérie, et puis Laisse Baston (« m'a filé une mandale, marron, châtaigne, blouson, santiags etc. ») est arrivé dans les juke-box. Calamitas et tasmilacas : la chetron des teurmasoncos au toircom du bactabar du mercoço, heu donpar, su cemercoco ! Tomber de Ca plane pour moi en Laisse béton : dur dur, l'accent ! Titi au menu, verlan avec supplément. Et dans la foulée, la fameuse « zone » des mythologies BD à cent balles à trouvé son « musette » en option : Reuheunôô ! Ce prénom on ne peut plus huppé, par un de ces tours de passe-passe radiophoniques admirables, à base de poudre de perlimpinpin franchouille de derrière les Poulbots, est devenu presto-subito le Plus Petit Dénominateur Commun Loubard. Sur quoi, fort de son super-accent pointu « la Mouffe » en kit flambant-neuf ainsi testé (cling-clong), l'ancien bourge schizophrénisé Gavroche, l'ex-animateur de pizze improvisé « éducateur de rues » par voie d'ondes, a lancé son deuxième manifeste : Gérard Lambert , super héros zéro (mob, baston, bandes de jeunes, etc.) de Billancourt accentué. Depuis, potentialisant au delà du concevable les pires tares du genre accablant « chanson française » (enterré avec le grand Jacques), la rengaine gnan-gnan a résolument creusé sa tranchée : celle du nivellement par le bas (le sous-sol ?), la gouaille tocarde en préfabriqué, le simili-popu, le beauf-fixe avec circuit touristique funiculaire / Place du Tertre, et la charité bien ordonnée : des baleines à l'Afrique, de La Courneuve aux restos du cœur, en passant par les royalties (air connu). Jusqu'au plafond d'absurdité nullarde, jamais imaginé dans l'histoire, inanalysable et exténuant, de Morgane de toi : même accent, nouveau son de cloche. Pantruche sur Los Angeles, via clip pédéraste complaisant de la rue de Verneuil. Toujours plus rase-béton, si possible, le niveau, de Déserteur revisiteman (rédigé avec les pieds), en Baby Sitting Blues infantile (chanté avec les genoux) ; toujours plus hauts les scores (ventes au-dessus du million, contrat au-dessus du milliard). Et ce n'est pas fini-Nini (ça recommence !). Aux dernières nouvelles en effet, l'ex-pizzeriste troubadour, à qui, après tout le monde, Bernard Pivot, fidèle à son personnage démago-suiviste de porte-parole officiel de la médiocratie littéraire, léchait récemment les santiags en public, de manière si dévotieusement flagorneuse, notre Prix Renaud donc, ainsi officialisé Victor Hugo des HLM, fort de son tout nouveau tobacco à fumet de scandale programmé outre-manchot : Madame Thatcher (« Il a osé insulter la Meuf de Fer, dis donc ! – Non ? ! ») envisagerait d'enregistrer un skeud en angliche (cookney-rebel ? ) de ses phénoménales french poetries. Et l'ééééhcceennt éééééhllleurrr ? !  BAYON / Serge LOUPIEN
  • 13 mai 1989, Renaud passe du HLM à la cabanne au Canada > Libération, le 13 et 14 mai 1989 « RENAUD PASSE DU HLM A LA CABANE AU CANADA Notre gouailleur national a laissé béton la zone pour s'installer dans une belle demeure à colonnes de la banlieue chic de Montréal, au milieu des huiles québécoises. Le verlan, ça paye… Montréal, de notre correspondant La « cabane au Canada », fantasme privilégié des Français, est en vogue chez les chanteurs de l'Hexagone. Dans le petit monde immobilier montréalais, on parle même de … vague. En fait, c'est – sans Line – Renaud qui l'a cette fois fait sortir du bois. Le « zonard » vient en effet de faire à Outremont (municipalité de prédilection de la grande bourgeoisie canadienne – française au cœur de la conurbation montréalaise), l'acquisition d'une riche demeure à colonnes. La bâtisse n'a rien du temple grec, mais avec son balcon qui rappelle celui de l'hôtel de ville d'où le Général de Gaulle lança son « Vive le Québec libre » (on ignore si « l'indépendantiste » Renaud y a été sensible »), et ses boiseries blanches qui lui donnent un petit air « colonial », elle vaut assurément son poids de… briques. N'allez pas croire à des propos de voisin jaloux. « Laisse béton », au Québec, il n'y a pas de clôtures autour des propriétés et on n'a pas cette mesquinerie dans le sentiment : les inégalités sociales suscitent la compassion plutôt que la passion. « Putain c'qu'il devait être blême son HLM », pensent simplement ses fans [note de laure : « on » pense pas pour nous, merci…] En vérité, s'ils manifestent quelque surprise, ce n'est pas tant devant le prix (personne n'a cherché à savoir de quel multiple de 100 000 dollars il s'agit, rien à cirer, chacun trouve maison à son pied…), que devant l'allure et surtout la localisation de la demeure. Située là où elle est – sur le « bon côté » du chemin de la côte Sainte-Catherine, sur le versant du mont qui, comme l'a souligné un chroniqueur local, devient à cet endroit… Royal, il est couru que « la môme du huitième (cottage) ce soit la coke plutôt que le hash (trop bûcheron) qu'elle aime ». A moins que Renaud ne soit délibérément allé planter son teepee au milieu des « complices du pouvoir, des flics et des curés ». En effet, Outremont est la patrie de l'ancien Premier ministre Pierre Elliott Trudeau – aujourd'hui émigré sur l'autre versant du mont Royal – du chef du parti québécois Jacques Parizeau, du chanoine Lionel Groulx, du patron de Power Corp Pierre Desmarais II, et de la moitié des juges de la Cour supérieure du Québec. Ses voisins sont le Premier ministre du Québec, Robert Bourassa, et le président de la Banque nationale. On ne ses serait pas surpris de voir Aznavour s'installer dans une municipalité dont le maire, Jérôme Choquette, a défendu les trois Arméniens qui ont, il y a quelques années, pris d'assaut l'Ambassade de Turquie à Ottawa – c'est incidemment le même qui était ministre de la Justice du Québec au moment de la crise d'octobre 1970 – mais on demeure perplexe en voyant le « loubard » s'implanter dans une « zone » où les blousons de cuir sont « griffés », et où l'on est assurément « snobs » (sans mobs). Mais Renaud n'est pas seul à avoir sa « cabane » à Montréal. France Gall et Michel Berger viennent aussi d'en acheter une à Outremont. « Evidemment », elle est à quelques pas de celle du parolier de Starmania, Luc Plamondon, et elle est au milieu d'une pelouse, sans doute pour éviter comme « un goût de poussière dans tout ». « Elle a, elle a » une allure plus modeste que celle de Renaud, et on serait tenté de croire que ces nouveaux Montréalais répètent avec Alain Barrière l'histoire des trois petits cochons, puisque le rossignol de La Trinité, venu au Québec après que le fisc l'eut presque mis sur la paille, vit plus modestement à l'Ile des Sœurs, un quartier de yuppies (plus « nouveau riche », moins BCBG qu'Outremont) ancré en bordure du Saint-Laurent, là où le fleuve se prend pour la mer et où les chanteur qui dit « des mots, encore des mots, toujours les mêmes » peut ajouter au fantasme de la cabane (en série cette fois), celui de l'Ile au Soleil. Alain GERBIER »
Le Jour
  • 12 juin 1993, « RENAUD RETROUVE LE NORD » > LE JOUR 12-13 juin 1993 « RENAUD RETROUVE LE NORD » « Apache à foulard, Renaud a cristallisé l’énervement d’une critique rock qui perd pied devant tout ce qui sonne français. N’ayant pas non plus sa langue dans sa poche, il est devenu à peu près aussi indésirable en politique. Toujours prêt à porter blouson noir et drapeau rouge quand personne n’y pense, Renaud l’intempestif intéresse Le Jour. D’autant que son dernier disque en chtimi « Renaud cante el’ Nord » est une réussite. Tout un album de chansons de mineurs, apprises pendant qu’il tournait « Germinal » à Valenciennes. C’est simplement beau. Et personne ne connaissait. Dans cet entretien exclusif, il sera d’abord question de ça : La France. Un fichu pays que personne ne connaît. Le Jour : Entretien exclusif, double magnétophone sur la table, c’est presque une cérémonie. C’est de la prudence ? Renaud : On est obligé aujourd’hui d’imaginer une stratégie pour se faire entendre. J’essaie simplement de m’adapter à mon époque. Il y a vingt ans, le talent suffisait, la chance et la sueur. Aujourd’hui, la réussite d’un disque dépend à 70% du marketing. L’artiste est devenu un produit. Je le déplore, mais je constate. Un produit, c’est soumis à la loi du marché, à la concurrence, aux médias. Alors pour ne pas trop se soumettre à cette logique là, on doit se trouver des stratégies. Chercher le moyen de faire passer l’info sans vendre son âme. « Stratégies »... c’est presque par ironie que je dis ça. A mon sens, c’est seulement des décisions que je prends. Je veux choisir les gens avec qui je vais parler. Je n’ai aucune raison d’aller faire le faux-cul avec des gens que je n’aime pas. Ma stratégie, c’est de dire : je fais telle émission de télé parce qu’elle me plaît. Je ne vais pas aller chez un couillon pour aller faire du score. L’audimat ne décide pas pour moi. Au moins ça. Sinon, pour revenir à la période où j’ai tout rejeté en bloc, télé, presse et radio, j’en suis un peu revenu. On vit une époque de communication et d’images et si on ne communique plus, si on ne passe plus par l’image , j’ai bien peur qu’on n’existe plus. Le Jour : on ne peut que tomber à partir d’un million de disques... Renaud : Tu es bien un des premiers journalistes que je rencontre à partir de cette donnée. Quand je vendais plus d’un million d’albums – ça m’est arrivé deux fois de suite  avec « Mistral gagnant » et « Morgane de toi » - je savais que c’étaient des ventes exceptionnelles, et que ça ne durerait pas. Mais quand je n’ai plus vendu « que » 600.000 du disque suivant, les médias me sont tombés dessus. Pour d’autres, on glisse. Pour Renaud, c’est une info. J’en ai parlé récemment avec Francis Cabrel et Patrick Bruel. Eux non plus ne s’attendent pas à vendre toujours le million. Ils savent bien que c’est le reflet d’une époque, d’une mentalité, d’une conjoncture . Tu es dans l’air du temps, donc tu ramasses des touristes. Des gens qui ne sont pas forcément fans de toi. L’important c’est, sur la longueur, de garder un public fidèle et de qualité. Le Jour : Là où la calculette règne, que peux-tu ? Renaud   Quand je fais un spectacle, je veux plaire au plus grand nombre de gens, je ne vais pas dire le contraire. Mais ce n’est pas pour ça que je veux plaire à tout le monde. Moi, il y a des gens qui ne me plaisent pas. J’ai envie d’avoir des ennemis. J’ai envie que mes ennemis n’aiment pas mes chansons. J’ai envie que mes ennemis en prennent plein la gueule. Je n’ai pas envie qu’ils aient envie d’acheter mes disques. Le Jour : On parle beaucoup de la légende noire des losers du rock. Mais les chanteurs de variété sont souvent plus fragiles encore... Renaud :C’est sûr que j’étais moins sujet à l’angoisse quand je ne vendais pas, ou quand je faisait des salles de 80 personnes. Je ne  risquais pas de tomber du tout, d’ailleurs, puisque je n’étais monté nulle part. Comme tu dis, arrivé au sommet, tu ne peux plus que redescendre ou tomber. Et plus t’es haut, plus dure sera la chute... Mais le pire, dans la notoriété, c’est qu’on est sujet à tellement de critiques qu’on est sur la défensive tout le temps. La presse rock est une petite chapelle . On est de la secte ou non. J’ai parfois été agressif, mais j’étais blessé d’être traîné dans la boue par Actuel, Rock and Folk ou Libération, qui faisaient partie des rares journaux que j’aimais lire. Ils n’aiment qu’un style de musique, alors qu’il y a souvent plus de subversion, d’idées, de nouveauté et de force dans des chansons de Cabrel ou de Brassens que dans le dernier Cure. Le snobisme à l’égard de la musique anglo-saxonne se traduit toujours par un mépris de la chanson française, quelle qu’elle soit. On nous mettait quasiment dans le même sac, Dalida et moi ! C’était jugé franchouillard, c’était pas bien « produit » (ce mot ridicule) et puis surtout on se voulait de gauche et on vendait beaucoup de disques, on passait chez Guy Lux. Ce vieux procès quoi... Le jour : La solitude ? Renaud : Il faut relativiser. Je n’ai pas le sentiment de m’être cassé la gueule quand je joue en province ou quand je vois l’état de mes royalties. Le public se renouvelle. Les adolescentes de quinze ans qui étaient amoureuses de moi en 1985 sont tombées sur un mec qui leur a fait découvrir Sting, ou Prince. Elles ont remplacé le poster de Renaud au-dessus de leur lit par la photo de leur mec. J’écris ce que je peux écrire, ce dont j’ai envie, ce qui me sort des tripes. Que ça plaise ou non, à la limite, je m’en fous un peu, si ça me plaît à moi, à ma femme, mes proches, ma môme, mes copains, c’est pas que ça me suffit, mais je me dis que ça me va. Tous les gens qui créent se sentent seuls. On peut difficilement demander l’aide de quelqu’un quand il s’agit de sortir ce qu’on a dans la tête ou dans le cœur. Le Jour : les gens qui vendent beaucoup de disques sont étonnamment sensibles à la critique. Le succès ne blinde pas ? Renaud : Les critiques m’ont toujours fait du mal. Proportionnellement, une mauvaise critique fait toujours plus de mal qu’une bonne ne fait rien. Les bonnes, elles vous flattent sans rien vous apprendre. Les mauvaises vous blessent sans vous enrichir. Et la blessure dure plus longtemps que la flatterie. Ce n’est pas motivé par le désir de plaire à tout le monde, et donc à tous les journalistes, mais je fais partie des gens qui n’arrivent pas à se dire : Le Monde ou Libé m’ont chié dessus, mais ma salle est pleine, c’est donc le public qui a raison. Je n’ai jamais considéré que le punlic avait raison. Sinon, autant dire que Dorothée, Claude Zidi ou les Charlots ont un talent fou ! Je plaint ceux qui souhaitent plaire en même temps au public et à la critique. Quand ça arrive, c’est une espèce d’état de grâce qui ne dure pas longtemps. Ca m’est arrivé, mais en général, la critique attend le premier faux pas pour nous enfoncer, pour se venger d’avoir eu à écrire que c’était bien quand elle y était obligée pour suivre son lectorat. Le Jour : Est-ce que le nouveau disque sur le Nord déplace suffisamment le terrain pour obliger la critique à avoir des yeux neufs ? Renaud : Je n’en sait franchement rien. J’avais envie de chanter ces chansons du Nord. Je l’ai fait, point final. Advienne que pourra. Ca va plaire à certains, déplaire à d’autres. Cela sera jugé différemment selon qu’on est chtimi ou pas, qu’on est sensible aux chansons populaires ou totalement allergique à ça. Je ne me pose pas trop la question. Le Jour  Toute la promotion s’est faite dans le Nord. Renaud : C’est particulièrement aux gens du Nord que ce disque s’adresse. C’est devant eux que j’ai le plus envie de m’expliquer. Je devrais peut-être aller le défendre à Marseille, mais je n’ai ni l’envie, ni le courage de me taper une campagne de promotion habituelle comme s’il s’agissait d’un nouveau Renaud. Les chansons ne sont pas de moi. Ce n’est pas mon petit nouveau-né. C’est presque un adopté. Le Jour : On est responsable vis-à-vis des enfants adoptés. Renaud : Oui, mais je ne pense pas les avoir mal habillés, déjà d’entrée. Le Jour : Le disque est spécial, donc il n’y a pas obligation de le vendre Renaud : En vendrais-je cent que je serais heureux. Même si j’aimerais toucher plus de gens. Le Jour : Comment on se retrouve à chanter en chtimi ? Renaud : Pendant le tournage de « Germinal », le prochain Claude Berri, je me suis ennuyé des heures entre les prises. Le métier d’acteur, c’est une école de patience, et moi je déteste l’inactivité, donc j’ai sympathisé avec les figurants, des anciens mineurs, et je passais des journées entières à parler avec eux, à boire des coups, à chanter et à discuter. Un soir de tournage, avec une centaine de figurants, on s’est mis à déconner autour d’un brasero. Les gars ses sont mis à chanter des chansons du Nord, des chansons de ce disque. Et j’ai trouvé ça superbe. Certains m’ont amené des cassettes le lendemain. La plupart interprétées par deux anciens mineurs accordéonistes passés à la chanson : Simon Collier et Edmond Tanière. Je les écoutais en boucle dans mes allers-retours Paris-Valenciennes, deux fois par semaine. Un jour, j’ai craqué. Je les chantais au volant à tue-tête, phonétiquement pour les plus difficiles, et je me suis dit : je vais les chanter, ces chansons. Les faire découvrir à ces enfants de mineurs qui les rejettent parce que ce sont les chansons de leurs grand-parents. C’est ma manière de rendre hommage à ces gens qui m’ont accueilli, qui m’ont aimé. Que j’ai découvert moi-même et aimés pendant six mois. Le Jour : Qu’est-ce que cela change, de chanter les chansons des autres ? Renaud : Je suis un amoureux de la belle chanson, de la belle écriture. J’aime les musiques qui représentent un patrimoine, une culture, un corps de métier. Les chansons populaires et réalistes. Et je me suis dit : si je ne chante pas ces chansons, qui va les chanter ? Elles vont disparaître dans la mémoire collective. Et puis j’ai réalisé qu’à force de se vouloir auteur-compositeur à tout prix, on a tendance à oublier qu’on est d’abord un interprète. Chanteur, ce n’est pas seulement un métier d’orgueilleux qui consiste à se dire : j’écris moi-même mes chansons. On peut se dire simplement : je les chante, elles sont pas de moi. Ca remonte à une tradition qui a toujours existé : un auteur-compositeur comme Léo Ferré a chanté Aragon et Verlaine, Marc Ogeret a immortalisé les chansons de la Commune... C’était encore fréquent dans les années 50-60. Je trouverais sympa que demain, Cabrel, Lavilliers ou Paul Personne fassent un peu la même démarche. Pourquoi Cabrel ne ferait pas quelques chansons du Sud-Ouest ? Il doit y en avoir de très belles aussi. Pourquoi Lavilliers ne chanterait pas de chansons de mineurs de Saint-Etienne ? Il doit bien y en avoir dans les archives. Le Jour : La gauche a été à l’avant-garde de la modernisation culturelle. Le simple fait de ressortir les vieux trucs lui paraissait une horreur. Basques, Occitans, à priori on est méfiant à gauche. Ils craignent que ce développement des cultures régionales entraîne le nationalisme . Ca peut arriver parfois. La gauche a déconsidéré les cultures régionales. C’est un comble que ce soit la droite qui apparaisse comme le défenseur du terroir, parce que la gauche a encore merdé sur ce terrain là. Le mépris et la trouille avec lesquels ils ont considéré la cause basque est un bon exemple. Il était plus facile pour moi d’aller parler à l’Elysée de Nelson Mandela que de Jean-Philippe Casabonne. En prison depuis six ans en Espagne pour avoir ouvert sa porte à des réfugiés basques menacés d’expulsion, et qui n’a commis aucune violence. Il n’a rien fait d’autre que de mettre en pratique la tradition des bergers basques qui veut que le foin dans le grenier soit pour celui qui passe. Les hommes politiques de gauche à qui j’ai évoqué ce cas de prisonnier d’opinion n’en avaient visiblement rien à battre, et même touchaient ce problème avec des pincettes. Le Jour : Tu as un rapport direct avec le Pays Basque ? Renaud : J’ai une attirance et une passion inexplicables pour ce peuple. J’ai fait deux concerts pour les Ikastolak, les écoles en langue basque qui étaient associées à la défense de l’ours des Pyrénées. Je suis presque persuadé que si j’avais passé six mois au Pays Basque, pour un tournage ou autre, je serai revenu avec un disque en basque. C’est un besoin pour moi de découvrir d’autres gens, d’autres mœurs. De prendre le meilleur et de le faire découvrir à d’autres. Le Jour : Là, c’est en français. Lavilliers le faisait au Brésil. Renaud : On lui a beaucoup reproché. Moi je trouve ça plutôt positif comme démarche. Prendre des musiciens new-yorkais pour parler de son vécu à New-York , ça me paraît logique. C’est des carnets de voyages. Le Jour : C’est encore en France qu’on peut s’étonner le plus. Il faut seulement chercher. Nous connaissons incroyablement mal notre pays. Renaud : Je ne sais pas si c’est en France qu’on s’étonne le plus, mais je sais que la France c’est une marmite de cultures différentes. De peuples, de races et de gens différents. Le Nord, c’est des Polonais, des Italiens, des Marocains qui sont aujourd’hui chtimis. C’est fascinant. Le Jour : Est-ce qu’on n’est pas en train de payer notre indifférence envers la France ? Renaud : Pour des raisons de frontières symboliques, presque imaginaires, on quitte la frontière de la France et on se croit à l’étranger. Mais quand on quitte le boulevard périphérique, là aussi on est à l’étranger. Pour moi, l’extérieur du monde ne commence pas à la frontière franco-belge, mais quand je sors de chez moi. Le Jour : Si des gens comme nous ne font pas cet effort là, nous laissons le camp libre à d’autres. On connaît mieux les chanteurs zaïrois que les chanteurs du Nord. Je n’avais jamais entendu parler d’eux. Les médias les plus courageux ont fait l’impasse là-dessus. Renaud : Il fallait aller chercher des artistes hors des frontières, si possible en Afrique. Avec ce côté anti-franchouillard qui fait qu’on méprise tout ce qui pouvait être la rumba zaïroise, ou bretonne ou chtimi qui, à mon sens, est aussi importante. Le Jour : Depuis Maastricht, la question de la nation revient au centre des débats. Qu’est-ce qu’on peut dire aux gens ? Il faudrait désamorcer ce qu’il y aurait de pire dans le nationalisme, qui est une sorte de vernis. Parce que Français, en réalité, ça n’existe pas. 72% des Français approuveraient une réforme du code de la nationalité qui est assez problématique. Renaud : Honteuse, même. Parce que leur horizon, c’est la France dans ses frontières. Et ils pensent qu’ils sont un seul peuple, une seule race, une seule histoire, une seule géographie. Tout ce qui n’est pas dans ce moule est étranger, et donc ennemi. Mais Français, c’est un peu une chimère. Ca n’existe pas. C’est une multitude d’individus. Le Jour : les gens du Nord, sans le savoir, c’est les étrangers de l’intérieur. A la limite, ils peuvent même être méprisés comme tels. Renaud : Comme les Basques ou les Bretons. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il y a une grande solidarité en Bretagne vis-à-vis des Basques. Le Jour : l’avenir ? Renaud : les pronostics sur l’avenir, c’est pas mon truc. Surtout en ce qui concerne cette entité, les Français. Le Jour : Par exemple en ce moment tu n’as pas envie de quitter ce pays ? Tous les jeunes que je connais ont envie de se casser. C’est incroyable. Ils le feront pas. Mais il y a le désir. Renaud : Mais je ne suis pas jeune. Je ne suis pas sûr que ce soit mieux en Angleterre, pour prendre cet exemple. Est-ce qu’il y a moins d’exclusions, de racisme, plus de fraternité ? Ce genre de réalité est-il plus supportable en étant étranger dans un autre pays que le sien ? Moi, c’est le contraire, j’aurais eu plus tendance à fuir ce pays il y a quelques mois ou quelques années. C’est maintenant qu’il faut rester et combattre, et gueuler et bouger. Mon cas est un peu particulier. Je vis beaucoup entouré de copains qui sont la bande de Charlie Hebdo, et c’est quand même stimulant de bosser avec des gens qui ne renoncent pas – comme vous dans votre journal, par exemple. Le Jour : Et le chanteur Renaud qui joue dans « Germinal », il se voit comme l’acteur de quoi ? Je crois que Claude Berri a dit qu’ « Uranus », c’était la lâcheté, le désespoir et le renoncement, et « Germinal » l’espoir, le courage et la dignité. Je peux jouer dans un film comme ça. Le Jour : « Germinal », c’est un peu vieux, non ? De toute façon, on ne fera plus grève dans les mines. Renaud : On a peut-être fermé les mines, mais il était temps que le cinéma rende hommage aux mineurs. « Germinal » n’est pas du tout passéiste et nostalgique. Je trouve le film plutôt prémonitoire, en tout cas plus universel qu’il n’y paraît. C’est AUJOURD’HUI que les enfants de Colombie, du Brésil, les mineurs d’Afrique du Sud vivent la misère décrite par Zola. Je ne sais pas si « Germinal » peut aider les banlieues, mais je sais qu’il va redonner une dignité aux idées de révolte. Les luttes sociales, ça existe. Même si on s’est servi de la chute du communisme pour en discréditer l’idée . Le Jour : Il y a un drapeau rouge dans « Germinal » ? Renaud : Je ne me souviens pas si Zola l’a mis dans le livre, je ne crois pas. Mais c’est vrai que le film réhabilite à sa manière le drapeau rouge. Le Jour : Tu penses qu’on ne peut pas s’en passer ? Renaud : le drapeau rouge qu’on piétine aujourd’hui, je trouve ça scandaleux. On peut piétiner la faucille et le marteau, pour le système bureaucratique et totalitaire des pays de l’Est, qui ont détourné le communisme de son sens initial. Comme on peut chier aujourd’hui sur les églises et les curés pour avoir détourné le message divin, lumineux, des évangiles. Quoiqu’on dise, je garde ma tendresse pour Rosa Luxembourg, Che Guevara et Jésus Christ. Le Jour : Margerin vient de sortir « Le retour de Lucien ». On dirait que sa banlieue à lui est finie. Disparus les blousons noirs ! Ca donne un drôle d’effet rétro à ses dessins. Renaud : Un peu comme mes chansons sur la banlieue d’il y a dix ans. HLM, Gérard Lambert et compagnie. Les personnages de Margerin avaient des santiags et des blousons noirs. Aujourd’hui, les gosses des cités ont des baskets et des trainings. On oublie « Germinal », là ? Le Jour : Pas vraiment. On se demande à quoi sert le cinéma. Renaud : quand j’ai accepté de faire « Germinal », je n’ai pas imaginé entreprendre une démarche politique envers les jeunes des cités, ni même des Dupont-La-Joie de banlieue. La banlieue, qu’est-ce qu’on peut lui dire ? Le Jour : Personne ne lui dit rien, justement. Autant on parle de la banlieue, autant on n’a jamais rien à lui dire. Renaud : J’irais encore plus loin que Margerin : je n’ai pas honte de l’avouer : je suis complètement déconnecté des banlieues. C’est un monde que j’ai connu et aimé, où je rencontrais des mômes qui étaient mes potes. Maintenant, j’aurais presque peur d’y aller. C’est une réalité sociale qui m’échappe totalement. Je ne peux même plus en être le témoin, comme j’ai pu l’être peut-être à une époque. Mais j’en sais assez pour penser que le prochain Mai 68 partira des banlieues. Je n’irais pas jusqu’à dire que je le souhaite, mais il faudra bien que ça explose si on veut changer les choses. Il y a un nouveau mur de Berlin qui s’est érigé entre les villes et les banlieues, les Français et les immigrés, les pauvres et les riches, le Nord et le Sud. Entre les possédants et les possédés. C’est tout à fait évident. Et il ne tiendra pas aussi longtemps que le mur de Berlin. Pas 40 ans... Le Jour : C’est un temps de la détresse, aujourd’hui ? Renaud : Oui, plutôt. Le Jour : Et où trouver des forces ? Renaud : Pour un artiste, ça peut être mettre de la beauté, de l’émotion, de l’intelligence dans une œuvre. Mais en banlieue, je ne suis pas sûr que graffiter les murs puisse être un défouloir. Ni danser le pogo ou le hip hop. Je n’ai pas souvenir d’une époque de ma vie, depuis mai 68, où je n’ai pas été exaspéré. Hormis quelques mois après mai 81, où les flics vous vouvoyaient dans la rue, et où j’ai senti une sorte de réconciliation entre la police et la jeunesse qui a vite disparu. Aujourd’hui, la police se sent couverte par la droite. Le vieux tutoiement méprisant est bien là, et on contrôle avec la bénédiction de Pasqua à la tête du client. L’exaspération revient grandissante, oui. Propos recueillis par Christian Perrot
Marianne
  • 26 juin 2000, Renaud casse la baraque > MARIANNE DU 26 JUIN AU 2 JUILLET 2000 RENAUD CASSE LA BARAQUE Depuis près de sept ans, la star « à l'insu de son plein gré » se taisait. Mais pour Marianne, l'artiste a accepté de déballer son sac. Sur les médias, les fausses rumeurs et son public. Propos sans détours. Par Pascal Fioretto Vingt-cinq ans de carrière, près de 12 millions de disques vendus, Renaud Séchan, 48 ans, plus connu de ses nombreux fans sous son seul prénom, est un artiste comblé, sinon complet. La plupart de ses confrères préfèrent cajoler les médias qu'affronter leur public. Lui, l'ex-« barricadier » de Mai 68 tourné star à l'insu de son plein gré, poursuit depuis octobre – et sans la moindre promo – une tournée marathon aux quatre coins de la France qu'il affectionne, loin de Paris et de ses mauvaises querelles. Entretien avec un chanteur qui n'en a pas accordé depuis 1993. Marianne : Tes rapports avec les médias ont toujours été compliqués. Tu dis régulièrement : « plus de presse, plus de télé, ni de radio » et effectivement, tu n'as pas donné d'interviews à la presse depuis longtemps. Comment tu expliques ça ? Renaud :J'explique pas. Je n'ai pas de stratégie ou de plan média. Je ne fais quasiment rien (avec la presse) depuis des années. Je ne veux plus participer au « brouhaha ambiant ». Je ne suis pas de ces chanteurs qui la ramènent à tout bout de champ et, de plus, je n'ai rien à vendre. Ma tournée de 200 concerts affiche complet partout sans une once de promo. Pourquoi m'emmerder à aller faire des télés minables ? Quant à la presse et à la radio, si je leur refuse globalement les interviews, c'est que j'ai le sentiment, à tort ou à raison, que je n'ai rien d'intéressant à raconter sur ma vie, sur ma carrière, ni sur le monde. Et puis, pour vivre heureux, vivons cachés… Mais il est vrai que, lorsque je sors un nouvel album et qu'il faut bien communiquer pour faire connaître son existence, je fais des choix étonnants. Je préfère faire Pascal Sevran à 15 heures que Foucault à 20 h 30 ou une beauferie pseudo-branchée sur Canal +. J'évite les émission vulgaires, point final. Libre à moi de préférer Drucker à Nagui et Télé 7 Jours aux Inrockuptibles. La presse dite populaire est parfois plus honnête intellectuellement que les directeurs de conscience de certains torchons branchés ou leaders d'opinion… Et Marianne ? Marianne, c'est plutôt digne. Et puis, c'est l'un des hebdos les plus diffusés en province. Ca aère du microcosme parisien dont on a parlé plus haut... Alors, comme ça, tu es méchamment malade ? Un quotidien du matin a récemment lancé une rumeur concernant ton état de santé... Ben oui, récemment, je me suis chopé un rhume qui a bien duré trois jours. Comme j'en avais déjà eu un en 1995, je commence à être inquiet pour mon système immunitaire. Bon, sérieusement, je me porte comme un charme. Mes rares bobos depuis vingt ans n'ont jamais nécessité d'autre médecine qu'un Aspégic 1000. Le quotidien dont tu parles, c'est Libé. Ils n'ont pas fait que lancer ce qu'ils appellent eux-mêmes une « mauvaise rumeur », ils l'ont illustrée. Leur journaliste, sûrement un genre de toubib contrarié, m'a trouvé très mauvaise mine, « voûté, bouffi, dégoûté » de moi-même et, pour essayer de planquer tout ça, forcément « grimé comme une poupée ». Il ne manque que les « doigts crochus » et on n'est pas loin de la prose de Je suis partout. Les rumeurs sont tenaces ; les démentir, c'est parfois les renforcer. Tu crois que ta simple bonne foi suffira à faire taire celle-ci ? Tu veux publier mon dernier check-up ? Il ferait bien des envieux. Tout est limpide, malgré mes abus autodestructeurs en bibine et en nicotine. C'est rare que Libé se paye ainsi un artiste. Non. En général, ils ne sont pas les derniers à s'indigner des ignobles rumeurs qui courent dans le show-biz. Tu ne les aurais pas un peu cherchés, par hasard ? Ben si… J'ai parlé, dans deux ou trois chansons, des « précieuses ridicules » qui officient dans les pages culturelles. J'ai aussi ricané du carriérisme de ces ex-rebelles. Il faut dire que ces enfoirés m'allument depuis quinze ans avec une haine et un acharnement qui relèvent du règlement de comptes. Il paraît que tu t'essaies aussi au beaufisme ? Ah oui... Dans le même papier, j'ai découvert que j'étais devenu un gros beauf parce que je parlais de football, de gonzesses et que je taquine mon macho de guitariste, Jean-Pierre Buccolo, sur sa pseudo-homosexualité... et puis, si chambrer les footeux, les hooligans, maintenant, c'est être beauf, c'est nouveau ! Non, ce qui me débecte dans ces remarques, c'est que mon public, qui s'éclate de rire pendant deux heures à mon spectacle, serait, du coup, un « public de beaufs » incapable de saisir le deuxième degré de certaines de mes vannes... De toute façon, pour ces petits messieurs plumitifs et fielleux, tout ce qui n'est pas branché, ultramode et parisien est beauf... Ils parlent aussi de « glissements vulgaires »... Ce sont eux, les vulgaires. Des centaines de journalistes de province ont vu mon spectacle et n'ont parlé que de tendresse, d'humour et d'intelligence. Et puis, surtout, eux, ils parlent de mes chansons. Libé n'en dit pas un mot, pas une ligne. Seraient-elles à ce point inattaquables qu'ils n'osent s'aventurer à les évoquer ? Un dernier mot sur ce papier... Tu te fais aussi taxer de « mitterrandiste qui n'assume pas ». Il paraît que j'essaye de « nier toute connivence avec Tonton ». Quelle bande de tarés ! Au contraire, sur scène, je revendique cette connivence. Tout en affirmant avoir aimé l'individu, je parle de sa « politique à la con ». Je n'ai jamais tenu un autre discours ! Et ça nous mène à ta tournée actuelle à travers la France. Sans avoir sorti de nouvel album, tu tournes depuis octobre 1999. Déjà 120 concerts, qualifiés par les quotidiens régionaux d' « intenses moments de retrouvailles avec ton public »... J'ai appelé ce très long tour de France « Une guitare, un piano... et Renaud ». On est trois sur scène (Jean-Pierre Buccolo à la guitare et Alain Lanty au clavier), et c'est vrai que c'est le bonheur. Quand je chante dans des théâtres de 900 places ou des salles de 3 000, je retrouve la complicité et l'amitié de mon public. Cet incroyable mélange de trois générations de fidèles qui chantent en chœur, sont émus... Ca, c'est un vrai privilège. Donc, ça marche ? Bourré tous les soirs... les salles je veux dire. On continue jusqu'en décembre et, paradoxalement, comme je ne fais pas de télés, je croise tous les jours des gens qui me demandent pourquoi j'ai arrêté la chanson... Tu veux prouver quelque chose avec cette tournée qui fait un peu retour aux sources, période Pizza du Marais, tout seul avec ta guitare ? C'est peut-être un peu prétentieux comme démarche. J'ai voulu montrer que mes chansons n'avaient pas besoin d'une armada de musiciens pour se défendre, qu'un accompagnement minimaliste pouvait les mettre encore plus en valeur. Visiblement, si j'en crois les témoignages du public, c'est gagné. C'est un nouveau départ ? Pas du tout. Je continue l'aventure commencée il y a vingt-cinq ans avec un spectacle différents. Ma prochaine tournée se fera forcément avec une autre formation musicale. L'accordéon reviendra... Dans une interview, il y a quelques années, tu as dit à peu près : « J'aurais sûrement à payer ce succès un jour ». C'est un vague sentiment de culpabilité que tu traînes ou tu crois vraiment que le bonheur, la réussite finissent un jour par renvoyer l'addition ? Les deux. C'est vrai que je me suis toujours senti un peu coupable de mon succès ; un psy pourrait peut-être m'expliquer pourquoi. C'est vrai aussi que je ne crois pas au bonheur. La vie m'a appris à m'attendre toujours au pire, qu'il est toujours à venir, surtout lorsque tu as connu le meilleur. Tu annonces que ton prochain disque est prêt mais que c'est un 45 tours. Tu as décidé de vivre de tes rentes ou est-ce si dur que ça d'écrire des chansons ? C'est absolument l'enfer ! Je n'ai réussi à pondre, péniblement, que cinq chansons depuis cinq ans. Cinq qui me plaisent, en tous cas… Je gamberge jour et nuit aux suivantes ; elles peuvent venir demain, dans six mois, comme ne jamais venir. On verra… Si, dans un an ou deux, rien n'est venu, je songerai à ma reconversion. L'absence définitive de talent me poussera peut-être à postuler à un poste d'écrivaillon dans les pages culturelles de Libé... Tu sembles moins ouvert sur le monde, moins révolté par ses scandales et ses horreurs qu'il y a quelques années, moins engagé. Fatigué d'être indigné, en colère ? Je suis un révolté de naissance et les raisons de l'être ne manquent pas vraiment. Mais je m'expose moins qu'à une certaine époque, c'est vrai. J'ai reçu pas mal de coups dans la gueule, suite à mes engagements. J'en ai donné, aussi. A droite, pas mal, mais même à gauche. Néanmoins, ça ne m'empêche pas à continuer à mener des combats pour quelques causes qui me tiennent à cœur. Dernier exemple en date, mon récent concert à Biarritz, dont les recettes sont allées aux familles des prisonniers politiques basques qui luttent pour leur regroupement dans les prisons d'Euskadi. Et toujours l'humanitaire ? Les Restos du cœur, bien sûr, Emmaüs, les Enfants de la terre, récemment... On étudie tes chansons dans les manuels scolaires, elles font l'objet de thèses en France et à l'étranger ; certaines, comme Mistral gagnant, Dès que le vent soufflera, traversent les générations. Quel effet ça fait d'être classé monument historique ? Ca donne juste envie de continuer à écrire ; c'est le plus grand bonheur de ma vie. Dans une chanson, Cent ans, tu mets en scène un vieux monsieur qui a fini la traversée de la vie. Dans une autre, Putains de cheveux blancs, tu craques devant ton miroir. Tu trouves que tu vieillis bien ? J'espère que je me décompose moins vite que le monde... »
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  • 13 mars 2000, Salle comble jeudi soir aux Ondines > Ouest-France Mayenne du Lundi 13 mars 2000 Salle comble jeudi soir aux Ondines RENAUD : 960 fans sous le charme Le chanteur Renaud était aux Ondines jeudi soir : 960 personnes, qui avaient réservé leurs places depuis plusieurs mois, ont rempli la salle des Ondines et ont vécu deux heures et demie de complicité avec cet artiste tendre et révolté. "Bonjour Changé ! Ca va ? ... Je me présente : je m'appelle Renaud, j'ai 27 ans ... les jambes arquées, pas une seule, les deux ; le cheveu blond, toujours les valoches sous les yeux et la voix rauque ... On est en tournée avec deux musiciens, depuis le mois d'octobre." et d'enchaîner sur des anciennes chansons comme Déserteur, la Pêche à la ligne ou Deuxième génération, reprises en choeur par toute la salle. et Renaud parle de son guitariste et copain Titi (Jean-Pierre Bucolo) qui lui a écrit de nombreuses musiques. Entre chaque chanson Renaud par le beaucoup avec le public, qui apprécie cette complicité sympa. Et à travers ses chansons, il parle de lui "On en connaît tous des pépettes qui viennent, qui s'en vont et qui reviennent..." Et de chanter le Retour de la Pépette : "Vous la connaissez , c'est celle qu'est heureuse d'être contente..." Et à chaque chanson, une histoire, une émotion qu'il partage avec le public ou un message toujours d'actualité, même si le titre a 20 ans, comme la Chanson pour Pierrot. Et après avoir présenté le guitariste, Renaud présente le pianiste Alain Lanty. Et de nouveau la révolte gronde avec Miss Maggy. Sur le ton de la confidence, Renaud livre deux informations, une bonne et une mauvaise : "La bonne nouvelle : je fais un nouvel album ; la mauvaise : je n'ai que 2 chansons de prêtes... Je vais vous en chanter une ce soir. Dans cette chanson, je parle à ma fille Lolita d'une de ses copines, Marie-Lou." Renaud chante Elle a vu le loup Après un bond de 15 ans en arrière avec Morgane de toi chanté par toute la salle, le chanteur quitte la scène quelques instants. Réclamé par tout le public sous le charme,il revient pour 4 rappels dont Manu, chanté par tous. Il n'est pas loin de minuit : Renaud a chanté pendant plus de 2 heures et demie. Un groupe reste en devant de scène à chanter Hexagone, alors que les techniciens démontent ...
Park Mail
Photo
  • ?-10-95, spécial Robert Doisneau n°324 d'octobre 1995 - article de Renaud > magazine "photo", spécial Robert Doisneau" n°324 d'octobre 1995. Renaud y fait, comme plusieurs autres personnes un hommage au photographe. SUR UNE BALLADE DE RENAUD LA TENDRESSE LE REGARD D'UN POETE Il y a toutes sortes de regards : des regards froids, des regards chaleureux des regards qui jugent, d'autres qui fusillent ou qui vous déshabillent. Et puis il y a le regard des poètes, ce regard qui transfigure les choses et des gens. Doisneau n'était pas vraiment un photographe C'était avant tout un poète de la rue, un homme qui nous montrait le pavé de nos villes comme nous ne l'avons jamais vu, qui regardait les gamins de Paris, ses couples d'amoureux ou ses vieillards ridés avec une infinie tendresse. A sa façon, Doisneau chantait la rue, comme Bruant, comme Bernard Dimey et comme j'ai tenté de le faire. Je ne sais pas si une image vaut mille ou dix mile mots, mais je sais que les photos de Doisneau sont inépuisables, qu'elles disent tout un univers de sentiments mieux que la plupart des romans. Humanité, humour, amour Robert Doisneau avait le don de capter le meilleur de la vie, de saisir l'instant fugace où le quotidien banal devient soudain pur moment de poésie. Cela s'appelle le génie. RENAUD
Politis
  • 23 novembre 1995, Le grand Brassens par le petit Renaud fichier po_23-11-95.htm invalide !
  • 30 septembre 1993, Portrait Scrupule, fragilité, force > Politis, le 30 septembre 1993 « Portrait Renaud Scrupule, fragilité, force Portrait d'un homme en pleine lumière, un après-midi d'arrière-saison Il était vêtu et coiffé comme quelqu'un qui ne s'est certainement pas regardé dans la glace avant le rendez-vous. On ne ferait pas attention à lui, dans la rue. Tous les chanteurs ne sont pas comme ça. C'est la fin d'un après-midi d'arrière-saison, à Montparnasse, chez Renaud. Il semble craintif, mais ce qu'il craint, on dirait, c'est surtout de dire des conneries. Il parle bas et le petit magnétophone tourne bravement, aspirant éperdument le fil ininterrompu des phrases murmurées de plus en plus, à mesure que le jour tombe. La lenteur du débit est prudente, la fatigue d'une journée entière d'interview fait le reste. Le petit magnéto, demain, restituera, de la dernière demi-heure de la rencontre, un crachement continu où flotteront des syllabes perdues : Renaud engloutit, à la fin du jour, par le monde et les questions. On lira dans d'autres journaux, ou on ne lira pas, que Renaud passe beaucoup de temps à se justifier. Il a même dû récuser une accusation d'antisémitisme ! Ce fragile est un battant, alors il marche sur des œufs qui sont des braises. Mais il y va crânement, sans tricher. Une petite fille débarque de son école, perturbe un instant la longue explication monocorde, puis s'échappe sur un « bisou ! » où le point d'exclamation est beau comme un mouvement d'enfant. Elle rapportera plus tard un plateau de gâteaux secs et de jus d'orange. « Mais, si je mange ça, je n'aurai plus faim tout à l'heure », dit-il. Il faut relever ce trait anodin qui met en valeur le désir éducatif du père, ainsi qu'une certaine conception du repas pris en famille, à la bonne heure. Renaud est un homme d'ordre, probablement. Le papier journal peut-il rendre le ton de la voix, les hésitations, les mimiques, tout ce qui, en plus des mots eux-mêmes, signale l'honnêteté intellectuelle ? Donnons acte, ici, à Renaud, de son application, ses hésitations, ses demi-sourires, tout ce qui fait que vous aurez confiance. Vous croirez voir, dans ce bureau tapissé de milliers de bandes dessinées et de centaines de figurines, l'ancien ado sous les traits du chanteur célèbre. Cette conformité à l'image vous rassurera. En réalité, vous avez devant vous un chanteur sûr de lui, un comédien modeste et un citoyen inquiet. Vous essayez de réunir sous la même casquette blonde tout ce monde et le gosse de famille nombreuse (moitié famille ouvrière du nord, moitié famille protestante d'intellectuels des Cévennes, six enfants). Ca donnera cet homme-là, fragile mais volontaire. S'il est tourmenté, le personnage n'est pas divisé en lui-même. Renaud n'a pas choisi la facilité : l'image du chanteur fragile serait confortable s'il ne la confrontait sans cesse à sa volonté d'être un citoyen vivant. Comme on a connu quelques anciens braves mecs qui sont devenus des rampeurs du show-biz et dont l'âme a disparu à force de se dégonfler, on va rassurer nos lecteurs : le petit Renaud est vivant. Tout va bien. Jacques Chalonnes »
  • 28 novembre 1991, Marchand de cailloux > Politis, jeudi 28 novembre 1991 « RENAUD marchand de cailloux Avec son Putain de camion, il y a trois ans, Renaud pleurait sur la mort d'un ammi célèbre, mais aussi sur celle de pas mal d'illusions et d'espoirs. Lui qui avait, très officieusement, orchestré la campagne pour un deuxième septennat de François Mitterrand en inventant le fort médiatique slogan « Tonton, laisse pas béton » consacre ici à l'intéressé ( ?) une bien étonnante chanson. Sa sympathie pour l'homme vieillissant (« il est la force tranquille, sereine / il est comme un grand chêne / il sait la futilité / de toute chose / la douceur et la fragilité / des roses ») se heurte au constat désabusé d'une colère présidentielle pour un caillou dans « sa chaussure / Un vieux rhume qui dure / et puis cet nuit,Misère / Il a rêvé / qu'un beau jour / la gauche revenait ». Le disque est à l'image de cette chanson : tout de tendresse (ah, Dans ton sac !) et de révolte, de naïveté mais aussi de lucidité. Engagé , oui, mais non idéologue, Renaud clame dès la chanson-titre qui introduit le CD : « J'veux partager mon Macdo / avec ceux qui ont faim / J'veux donner d'l'amour bien chaud / à ceux qu'ont plus rien / est-ce que c'est ça être coco / ou être un vrai chrétien / Moi j'me fous de tous ces momts / j'veux être un vrai humain ». Le chanteur qui s'est déclaré « énervant » se dit à présent « énervé par France Intox » et pique une belle colère contre le Paris-Dakar (500 Connards sur la ligne de départ). Sains emportements, en une époque de « surhommes » médiatisés à tous les coins de brousse. Crédible, le chanteur n'oublie pas de se moquer de lui-même et de son métier : Ma chanson leur a pas plu offre une suite plaisante à celle qui, voici quelques années, nous avait déjà bien fait rire. L'écriture de celle-ci est encore mieux maîtrisée. C'est d'ailleurs une des remarques que l'on a plaisir à se faire durant les cinquante-deux minutes du voyage : sans renoncer à son franc-parler, à ses raccourcis saisissants et à ses formules à l'emporte-pièce qui ont toujours fait, au choix, son charme ou son style, Renaud évite plus soigneusement que naguère les facilités de plume qui le firent taxer, parfois à juste titre, de « démago ». Tout se passe comme si l'auteur de Laisse béton avait mûri, tout en se rendant compte que son public en avait fait de même. Du coup, et sans trahir ce dernier, il se met en position d'être désormais apprécié aussi de ceux qui, quoique proches de lui par la pensée, restaient « énervés » par la forme. Il y sera sûrement aidé par la qualité de l'enregistrement, naturel et fluide, et des arrangements de Pete Briquette qui, adepte de la ligne claire, a laissé la voix respirer et les textes s'exprimer pleinement. On peut fustiger la démarche consistant, pour un chanteur français, à aller chercher un studio et des musiciens à Londres (et bien content si ce n'est pas New York ou Los Angeles ! ). Nous n'entrerons pas ici dans cette querelle d'école, d'autant que Renaud est loin d'être le seul concerné. On doit en revanche se réjouir qu'il y ait trouvé de véritables complices et une panoplie d'instruments (guitares, mandoline, violon, ukulele, accordéon, flûte) propres à servir le propos. L'admiration de Renaud pour les Pogues mais aussi, sans doute, pour d'autres sources traditionnelles irlandaises (pistes suggérées : Planxty, Chieftains, Clannad), ainsi que la discrète participation de ses copains Murray Head et Bob Geldof, sont passées par là. Et par instants, (en particulier la Ballade nord-irlandaise sur la musique traditionnelle The Water Is Wide, autrefois chantée par Pete Seeger et adaptée en français par Graeme Allwright), Renaud touche à un but qu'il ne s'était peut-être jamais assigné ou avoué : être un folksinger de langue française en même temps qu'un citoyen du monde chantant. JACQUES VASSAL
  • 3 mars 1988, Dès que les vents souffleront nous nous en allerons... > Politis du 3 mars 1988 Renaud à Juquin : « DES QUE LES VENTS SOUFFLERONT NOUS NOUS EN ALLERONS… » « Nul et navrant sur le fond ! » Voilà ce que Renaud a pensé de l'interview de Rocard par Goldman. Il a donc voulu rencontrer Juquin, précisément dans nos colonnes et pour un débat qu'il a voulu vrai. Un débat de citoyen à citoyen. « Renaud a eu une idée après avoir lu l'interview de Michel Rocard dans le Nouvel Observateur. Il a trouvé ça « craignos »., c'est du moins ainsi que s'exprime le chanteur et pour cela aussi qu'il sait nous séduire. « Tonton, laisse pas béton », s'il ne renie nie la formule, ni la démarche, il paraissait si inquiet d'être enfermé par le slogan qu'il a exprimé deux souhaits : rencontrer le candidat Juquin et débattre avec lui dans les colonnes de Politis. Des deux heures d'entretien, nous vous livrons quelques morceaux choisis. Sachez que ce jour-là, Juquin arborait un inhabituel nœud papillon, que Renaud n'avait pas cru utile d'abandonner ses camargaises et qu'on se demandait lequel des deux était le plus intimidé, dans les quinze mètres carrés qui servent de salon salle à manger au candidat. Renaud se racle la gorge, s'y reprend à deux fois, s'excuse, à l'évidence il préfère la scène, et puis se lance « Vous connaissez mon appel en faveur de François Mitterrand, néanmoins, pour le premier tour, mon cœur de gauche balance. Je suis assez tenté par Waechter, qui incarne pour moi des préoccupations écologiques fondamentales. Je suis séduit par la passionaria de l'extrême gauche, Arlette Laguiller, dont la sincérité, la détermination et même parfois la naïveté me touchent. J'ai une petite tendresse aussi pour le PCF, en tous cas pour ses militants et donc, pour André Lajoignie, qui représente une partie du peuple de gauche sur lequel l'ensemble de la classe politique et des médias se plaît à cracher. Et puis il y a vous, qui semblez être un peu la synthèse de tout cela. Alors, j'aimerais que vous essayiez de me convaincre que voter pour vous serait utile et j'aimerais surtout savoir ce que votre candidature peut représenter dans l'avenir. Car on parle beaucoup, et à juste titre, de la montée de l'extrême droite, mais on a un peu tendance à occulter la disparition de l'extrême gauche » Juquin démarre au quart de tour : « C'est justement le problème qui m'a conduit à être candidat : le déclin du Parti communiste et la quasi-disparition de l'extrême gauche, qui a joué un rôle important après Mai 68. Je pense, en effet, qu'on ne peut pas se passer d'un mouvement différent du PS, porteur d'idéal, de rêve, d'exigences très élevées, de valeurs fortes, en même temps que d'objectifs réalistes ancrés dans les mouvements sociaux et dans les luttes. Personnellement, j'ai beaucoup hésité à être candidat. Ce qui m'a décidé, ce sont les mouvements qui se sont développés ces dernières années : le mouvement antiraciste, celui des étudiants et des lycéens, celui des cheminots, tous porteurs de ces grandes exigences dont je vous parlais. Quelles sont-elles ? L'égalité, la solidarité, le contrôle et la transparence démocratique. Je crois qu'à partir de là, il est possible de construire quelque chose de nouveau. » Là, et aussi au risque de passer pour un « ancien combattant », Renaud commence par s'inquiéter de l'absence d'intervention massive de la jeunesse pendant dix ans (« ils ne sont pas descendus dans la rue contre la guerre en Afghanistan », sauf pour défendre NRJ « en donnant ainsi à la droite un cheval de bataille contre les socialistes alors que c'étaient eux qui avaient créé les radios libres, qui, depuis, sont pour beaucoup devenues des radios privées et, comme le dit mon ami Desproges, j'ai trop de respect pour la liberté pour appeler ça des radios libres. » Et Renaud d'enchaîner : « Donc, le mouvement des étudiants et des lycéens m'a fait chaud au cœur et la mort de Malik m'a bouleversé. Mais, question impertinente : la présence à vos côtés de David Assouline n'est-elle pas une tentative de récupération ? C'est vous qui êtes allé le chercher ou c'est lui qui est venu à vous ? » Juquin se tourne vers Assouline : « David l'expliquerait mieux que moi, mais sachez que nous nous sommes retrouvés après qu'il eut cherché d'autres débouchés politiques et qu'il ne les ait pas trouvés, sinon dans la récupération. Telle formation, par exemple, lui a proposé de devenir le plus jeune député de France…Alors, il est venu me voir. Nous avons parlé quelques minutes, ça a été très rapide. J'ai pensé qu'un jeune homme qui, avec d'autres, avait su conduire un mouvement de cette importance était une force et une grande richesse. Ma candidature n'a de sens qui si elle est l'expression des exigences portées par de tels mouvements. » On sent Renaud à moitié convaincu car « les étudiants se sont levés contre un projet qui les concernait directement. Mais aujourd'hui, sont-ils encore dynamiques, vivants, combatifs ? Par exemple sont-ils mobilisables contre une bavure policière, une injustice ? Ils ont bougé à juste raison contre la mort de Malik, mais pourquoi pas lors de l'assassinat de Loïc Lefèvre, pourquoi pas en faveur de l'indépendance de la Kanaky ? » Là-dessus, Juquin va s'expliquer longuement, trop pour ne pas nous contraindre à résumer. En clair, pour lui, la contradiction entre le caractère apparemment limité de ce mouvement dans ses objectifs et le fait qu'il ait été « porteur de valeurs qui concernaient toute la société » est surmontable. « Quand les étudiants se battent contre la politique qui impose un cadre, hiérarchise, triche, contre une politique dans laquelle le dire et le faire sont souvent séparés par des années-lumière, ils se battent pour ce qu'on nommait naguère l'autogestion, ils font un acte qui dépasse de loin leurs objectifs immédiats » Juquin est méfiant à l'égard des théories venues d'outre-Atlantique et qui soutiennent que les mouvements politiques permanents seront dépassés au profit d'éruptions brutales mais circonscrites. Il pense qu' « il y a un besoin de mouvements généralistes » et il s'explique « Par exemple, peut-on être seulement antiraciste ? Certains le sont. Mais quand on traite du racisme, on s'aperçoit qu'il est utilisé comme le véhicule d'une politique beaucoup plus vaste d'exclusion, d'éclatement, voire comme un instrument contre le tiers monde, c'est-à-dire contre la majorité des hommes. En ce sens, le lepénisme s'apparente au mur que les Romains avaient édifié autour de leur empire et qui devaient empêcher les Barbares de passer… Je voudrais ajouter que de tels mouvements ne peuvent être ceux d'une seule catégorie sociale, ils doivent être ancrés dans l'ensemble du peuple et du monde du travail. Regardez comme les Verts allemands, malgré le mouvement séduisant et important qu'ils animent, recherche désespérément la rencontre avec la classe ouvrière, le monde du travail, les syndicats. Or, dans ce que nous sommes en train de bâtir, dés l'origine, la rencontre s'est faite avec le mouvement ouvrier qui est pour nous une grande part de notre mémoire. » Renaud change d'angle d'attaque : « Je ne suis pas prêt à oublier ni à digérer l'affaire Greenpeace. Outre Charles Hernu et les services secrets directement impliqués, qui, selon vous, est directement responsable de cette connerie monumentale qui a consisté à commettre un acte de terrorisme d'Etat contre quelques sympathiques barbus porteurs de banderoles ? Qui est responsable de la mort du photographe Pereira qu'on a trop tendance à oublier ? A quel niveau situeriez-vous la responsabilité ? » Juquin, on s'en doutait un peu, n'a pas de révélations particulières à fournir sur cette affaire, même s'il trouve « qu'on a fait beaucoup pour dissimuler la réalité des responsabilités », mais il tient à se souvenir du temps, où, député, il était reçu parfois en délégation par le ministre de l'Intérieur : « Il y a dans son bureau la même table énorme depuis l'époque de Napoléon et chaque fois, je pensais à la même chose devant ce meuble : s'il pouvait parler, nous dire combien de gens ont été ici condamnés à mort secrètement au nom de la raison d'Etat. La vraie coupable, c'est elle, ce que l'on fait en son nom et qui n'a rien à voir avec la morale » Renaud : « C'est cette raison d'Etat qui aurait pu pousser quelques individus, comme on le murmure parfois dans certains milieux, à mettre un camion sur la route d'un clown qui dérangeait les hommes politiques. Je pense évidemment à Coluche. Ca ne vous est jamais venu à l'idée ? » Juquin hésite, réfléchit un instant : « Ce qui est terrible, c'est que l'on peut tout croire. J'ai lu, relu des dizaines de fois Le Prince de Machiavel. Je suis hanté par cet ouvrage, car, d'une manière très condensée, très forte, il donne les règles fondamentales de l'Etat tel qu'il fonctionne, au mépris total des individus. Il faut que l'on oppose à Machiavel l'idée qu'il y a des lois morales qui sont supérieures à l'Etat et à ses raisons ». Après avoir patiemment écouté le long exposé du candidat sur la renonciation à l'arme atomique et sur l'urgence qu'il y aurait à développer les énergies renouvelables, le chanteur est soudain pris du syndrome propre aux journalistes politiques : « Faisons un peu de politique fiction : si vous êtes élu demain, voyez-vous quelqu'un qui soit capable de faire un bon ministre de l'Environnement, c'est-à-dire de résister aux pressions des grands groupes industriels, au contraire d'Haroun Tazieff qui, dès qu'il a été nommé ministre des risques naturels, s'est mis à penser qu'il n'y avait plus de risques et que tout était naturel ? » Rires gênés dans l'assistance : Renaud ignorait à l'évidence qu'Haroun Tazieff venait d'apporter son soutien à Juquin… lequel répond que, d'une part, l'accusé « a beaucoup réfléchi à toute cette expérience » et que lui aussi, Juquin, a « bien changé dans sa vie… » Ce qui permet à notre chanteur de se demander « si l'exercice même du pouvoir n'implique pas des concessions et des renoncements inévitables qui apparaissent comme autant de trahisons. Car moi, quand j'ai vu Haroun Tazieff arriver au pouvoir, je me suis dit c'est super, c'était le grand espoir et puis, passez-moi l'expression, j'ai déchanté. » Juquin connaît ses classiques : « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. » Et il précise : « Pierre Juquin n'est pas à l'abri de ça, c'est pourquoi il ne faut plus faire confiance simplement à un homme ou à quelques-uns, mais à l'ensemble des mouvements de la société qui peuvent les contraindre à tenir leurs engagements. » Politique fiction (suite) : « Et l'ami René Dumont, aurait-il un rôle à jouer dans le gouvernement Juquin ? » Juquin (lucide) : « Je ne vais pas faire de gouvernement, mais je pense que si René Dumont serait peut-être un grand ministre de l'Environnement, il serait plus encore un grand ministre des rapports avec le tiers monde dont il connaît admirablement la situation et à propos duquel il a pris des positions extraordinairement courageuses. Le tiers monde n'est pas simplement un marché pour nous, ce n'est pas simplement un débouché, le tiers monde, c'est notre ami numéro 1. Il n'est pas supportable que des milliards de gens vivent dans le sous-développement alors que nous sommes capables de construire les armes les plus sophistiquées. Presque tous les hommes politiques sont en France, à ce sujet, d'un aveuglement inimaginable. Dans cent ans, d'après l'ONU, un être humain sur quatre sera africain, personne ne prend cette donnée majeure en compte. Si la gauche ne prend pas en main ces immenses questions humaines et planétaires, elle ne sera pas elle-même, elle sera toujours à la remorque et toujours en danger. Pour répondre à ces problèmes, il faut mettre la barre très haut ». Renaud souhaite visiblement parler de ses « potes », ceux de l'association Robin des Bois qui luttent notamment contre le déversement des déchets nucléaires dans le golfe de Gascogne, mais aussi contre l'utilisation et l'importation de l'ivoire animal et sa substitution par l'ivoire végétal. Sa voix se hausse d'un coup : « Je trouve dramatique que l'on prépare à nos enfants, à nos petits-enfants, un monde sans éléphants, sans baleines, sans aigles, sans rhinocéros ». Et il poursuit sur ses amis de Robin des Bois qui tentent de développer l'exploitation à grande échelle du jojoba, une plante, dit-il, « qui présente beaucoup d'intérêt pour l'Afrique. En deux ans, en effet, elle plonge ses racines à quinze mètres sous terre, elle arrête donc la désertification, elle résiste à des froids et à des chaleurs intenses, elle peut vivre plusieurs mois sans eau, son feuillage nourrit les cheptels et en plus, sa graine fournit une huile qui pourrait remplacer celle des baleines. Or, le jojoba n'a commencé à être utilisé en grand qu'au Burkina Faso , sous l'impulsion de Thomas Sankara qui était beaucoup pour moi, un symbole, la possibilité pour l'Afrique de s'émanciper, de ne plus être assistée. Cet homme-là a été assassiné et ça m'a assassiné un peu aussi. Pensez-vous que les grandes puissances, les pays occidentaux aient très envie que l'Afrique s'émancipe, cette Afrique qu'on opprime, qu'on pressure, qui nous nourrit et qu'on surarme ? » Juquin avait fait le projet de se rendre au Burkina Faso et, d'accord avec Sankara, d'attirer l'attention de l'opinion internationale sur l'expérience tentée dans ce pays. « C'était un homme d'un grand courage et je crois savoir pourquoi il a été assassiné. Il avait osé dire que, même dans son pays, les fonctionnaires pompaient une grande partie des maigres richesses et qu'il fallait en finir avec les privilèges de cette caste. Il fallait le dire ! Il affrontait les problèmes du sous-développement africain sans oublier les défauts des pays africains. Quant aux pays occidentaux, ils persistent à traiter le tiers monde comme au temps du pacte colonial, c'est, d'une certaine façon, le Code Noir qui prévaut, au moins au niveau économique. » Renaud : « Mais vous, comment pourriez-vous concilier la défense des droits de l'homme et les ventes d'armes au tiers monde, alors que ces armes servent contre les peuples et, directement ou pas, contre nous ? A qui la France doit-elle vendre des armes ? Doit-on cesser toute fabrication et toute exportation d'armes ? » Juquin : « Je pense qu'à long terme, il serait bien de cesser toute fabrication d'armes. Je suis pour un monde sans armes et sans guerres. » Renaud : « Moi aussi, mais faut pas rêver… » Juquin : »Si, il faut rêver, mais rêver les pieds sur terre, c'est-à-dire savoir que cela prendra du temps. Je suis contre les ventes d'armes, pour des raisons de principe, mais pas dans tous les cas. Si, par exemple, un peuple est agressé parce qu'il a fait une révolution, je crois qu'il est légitime de lui vendre des armes » Renaud : « Vous êtes pour des livraisons d'armes à l'ANC ? » Juquin : « Si elle en demande… » Renaud : « C'est ce que je voulais vous faire dire, nous sommes contre les ventes d'armes, mais nous sommes contents que le Nicaragua ou l'ANC en aient quelques-unes pour se défendre ». « L'ennui » avec Renaud, c'est que tout l'intéresse, dans le désordre certes, mais pas sans logique : la Kanaky, le service militaire, les objecteurs de conscience, la Palestine , l'Europe, les pluies acides, les Basques, les Maliens et la liste n'est pas exhaustive. Soulignons pourtant qu'en trois occasions, les deux hommes ont laissé là le jeu des questions/réponses. A propos d'abord d'Otelo de Carvalho, « un ami commun » a dit Juquin, et pour la libération duquel ils sont convenus de mener le combat. Les Basques, ensuite, auxquels les deux hommes proposent chacun leur toit pour protester contre l'arbitraire des expulsions. Enfin, Renaud a fait une proposition de définition au candidat afin de nommer la société telle que Juquin la souhaiterait : « Ca pourrait par exemple s'appeler le communisme libertaire. » Juquin : « Communisme libertaire, c'est peut-être pas ma ça. On pourrait dire autogestionnaire aussi, ou bien humaniste, car, pour moi, tout cela signifie que le but c'est l'homme, que l'être humain n'est pas un moyen et enfin, que cette société devra se construire dans la transparence par la démocratie directe pour aller vers ce que Marx nommait le dépérissement de l'État ». Les magnétophones ont continué à tourner longtemps encore et tard dans l'après-midi, Pierre Juquin a raccompagné Renaud sur le palier. L'un avait un discours à préparer, l'autre un disque à enregistrer. Fin de l'histoire ? On verra. En tout cas, dans l'ascenseur, le chanteur m'a dit qu'il serait au Zénith le 4 mars avec Juquin et il s'en est expliqué d'une phrase : « Lui et moi, on partage les mêmes révoltes » Propos recueillis par Jean-Baptiste Ferrand
Voici
  • 28 février 2000, L'absolutely meilleur of Renaud > Voici du 28 février au 5 mars 2000 L'absolutelymeilleur of RenaudVirgin On ne pensait plus à lui, mais, un jour qu'on rangeait le grenier, on a mis la main sur un vieux Renaud, élimé de tous les côtés, et finalement ça tient chaud. Double CD, toutes les périodes confondues : Laisse béton, Mistral gagnant... Incisif, fleur bleue, parfois fatigant, toujours attachant.

13 décembre 2000

Charlie-Hebdo
  • 5 avril 1995, Carnet de voyage, RENAUD CHEZ LA MERE A TITO lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, 5 avril 1995   « Carnet de voyage RENAUD CHEZ LA MERE A TITO   Ca s’est passé, je crois, après Miss Maggie et juste avant  Hexagone que j’étais en train de présenter dans un anglais tout à fait approximatif et avec l’accent de Damas. Les murs de la salle ont tremblé, la déflagration a couvert ma voix, le public n’a quasiment pas bronché. J’ai pensé : « Attends, je rêve ? C’est un obus ! On nous canarde ! Tous aux abris ! » Je me suis retourné vers les musicos, pas d’inquiétude particulière, comme s’ils n’avaient pas entendu ou pas réalisé. Au fond de la salle, dans la pénombre, j’ai vu un type en costard qui se précipitait vers la console de son en agitant frénétiquement un journal du bout de la main dans un geste qui, apparemment, signifiait « arrêtez tout ! » Les gens n’ont toujours pas bougé. Alors je leur ai demandé s’ils souhaitaient que le spectacle continue ou non, ça a été oui. Bon… Si les mômes du premier rang se foutent des bombes, je vais quand même pas détaler comme un lapin au premier obus de 75 qui me rate. Alors j’ai continué à chanter. Pendant Hexagone, il y eut trois autres détonations, pas moins fortes mais un peu couvertes quand même par la basse d’Emmanuel et la batterie d’Amaury qui jouent comme on bombarde. Cette chanson faisait partie de mon répertoire depuis vingt ans, j’ai pu (exceptionnellement) m’autoriser à la chanter un peu machinalement en pensant à tout à fait autre chose. Je vous dis pas à quoi, vous allez vous foutre de moi. Si ? Je vous dit ? Bon, d’accord… Je me disais « Bon. Si le prochain obus tombe sur la salle et qu’avec un peu de bol je le prends pas sur le coin de la tronche, vraisemblablement je vais être déchiqueté par les éclats. Ca fait comment, un éclat d’obus ? C’est plein de petits bouts de métal qui t’éclaboussent partout ? C’est un souffle d’enfer qui t’envoie t’exploser sur les murs ? Si c’est ça, je risque de m’exploser sur la grosse caisse d’Amaury, qui va faire la gueule… C’est de la poudre en feu qui te carbonise en une fraction de seconde ? Pourvu quand même qu’on puisse identifier les corps, que ma femme aille pas fleurir pendant vingt ans la tombe de Philippe Val et Patrick Font la mienne… Quelques gros morceaux de fer bien chauds, bien coupants, qui t’arrivent dessus à la vitesse d’un cheval au galop ? Ouais. Ca doit être ça… Bon, ma guitare protège la plupart de mes organes vitaux mais je risque de m’en prendre un dans les roustons. Je vais quand même pas revenir de Bosnie amputé des couilles ! J’ai donc détendu un peu la courroie de ma guitare pour les protéger, exposant du même coup mon cœur à la mitraille ? Allez, tant pis ! Inch Allah ! Plutôt mort qu’infirme ! Et puis on peut trouver façon moins classieuse de casser sa pipe : dans un pays en guerre, sur scène et pendant Hexagone. Pas mal, non ? » A la fin du spectacle, j’ai raconté ça à Philippe et aux autres, ils se sont un peu foutus de moi, sauf Philippe, justement, qui m’a avoué que, lui aussi, i avait pensé que, tant qu’à mourir, il aurait aimé que ce fût pendant SA chanson. Et Luz, toujours poète, qui nous a dit : « Moi, j’me disais que, tant qu’à mourir, autant que ce soit pendant que je me fais sucer… » Après, comme à la fin de chaque concert là-bas, on a un peu discuté avec le public, Croates et Musulmans. Ils nous ont expliqué que de temps en temps l’artillerie serbe balançait quelques obus depuis les collines autour de la ville, histoire de se rappeler au bon souvenir des Bosniaques. Puis nous avons regagné l’hôtel où, personnellement, j’étais impatient d’aller me casser une graine pissque j’avais pas bouffé depuis la  veille. Mais comme le resto servait plus j’ai mangé de la bière. Le lendemain, nous sommes repartis pour Mostar Est. Surprise à l’arrivée : la ville en ruine a des petits airs de fête. Mostar célèbre la fin du ramadan. Des tirs de Kalachnikov retentissent un peu partout, il en faut plus que ça pour nous effrayer maintenant que nous avons chanté sous les bombes. Un spectacle de musiques et danses folkloriques (folkloriques uniquement pour nous) a lieu sur la « terrasse des pyramides ». C’est à cet endroit magnifique, surplombant la Neretva, que nous devons, s’il ne pleut pas, donner un concert demain. Le lendemain, bien sûr, il pleuvat… »  

9 décembre 2000

Je tiens à remercier Jérôme, grâce à qui nous avons et aurons de nouveaux articles de Charlie, comme nous les aimons.

Charlie-Hebdo
  • 26 juillet 1995, Renaud envoyé spécial chez moi - Prendre un Pétetin par la main... Te goure pas , Duteil, demande pas la grâce de Jacques Médecin > Charlie Hebdo n°161 Renaud envoyé spécial chez moi, du mercredi 26 juillet 1995 Prendre un Pétetin par la main... Te goure pas , Duteil, demande pas la grâce de Jacques Médecin Avec TONTON , comme on était potes, des fois je lui écrivais quand je me sentais totalement désarmé devant une injustice que, du haut de son trône, lui seul, pensais-je, pouvait réparer. Il a jamais rien réparer mais il me répondait toujours très gentiment. Ou il me faisait répondre par un sous-fifre, gentiment aussi. Ou il m'envoyait à sa femme, à la Fondation France Liberté. Pour la libération d'Otelo de Carvalho ou d'Abraham Serfaty, pour celle de Jean- Philippe Casabonne ou d'Eric Pétetin, combien de fois lui ai-je pris la tête avec mes courriers indignés, le sommant d'user de son international prestige pour faire plier ici Mario Soares, Hassan II et Felipe González, ou d'user là de son droit de grâce pour notre Apache de la vallée d'Aspe enchristé. Comment je vais faire, maintenant, avec Chirac? M'en fous, j'vais écrire à Yves Duteil. Hé ! Collègue ! T'es pote avec lui, toi, faut qu't'ailles au charbon ! Tu vas me faire le plaisir d'aller le secouer un peu ! Tu lui rappelles qu'outre quelques milliers de prisonniers anonymes et innocents qui croupissent probablement dans tous Ies cachots de tous les Etats du monde, et ce, dans les dictatures comme dans les démocraties (1) (prisonniers dont j'ose espérer que des milliers de gentils citoyens s'efforcent chaque jour et par tous les moyens d'obtenir la libération), notre concitoyen Eric Pétetin n'en finit pas de s'étioler dans sa prison de Pau, condamné à trois mois ferme pour bris d'essuie-glaces. N'est-ce pas toi qui, dans ta chanson le Mur de la prison d'en face, affirmais avoir « le cœur un peu serré d'être du bon côté, du côté des autos qui passent... » ? Tu peux pas refuser une si belle occasion de te desserrer le cœur. Tu prends ta plume d'oie sur ton écritoire et tu rédiges à ton pote une jolie bafouille, gentille, bien tournée, papier à lettres à l'en-tête de ta mairie, ça fait plus classe, ou peut-être de ta maison de disques, ça impressionne aussi... T'as pas d'idée ? Tu sais pas comment formuler ? Vas-y, je te dicte : « Monsieur le Président, je vous fais une lettre pour implorer la grâce d'Eric Pétetin... » Pour la suite, tu te débrouilles, tu le félicites pour la reprise des essais nucléaires ou quelque chose comme ça, histoire de lui montrer que, nonobstant cette grâce que tu lui mendies, tu regrettes pas d'avoir fait campagne pour lui... Si ça se trouve, t'auras même pas à faire semblant, si ça se trouve, tu regrettes vraiment pas... Mais non, j'rigole ! RENAUD 1. Deux exemples au hasard : Mumia Abu-Jamal, journaliste, militant des droits civiques aux Etat-Unis, ex-membre des Black Panthers, condamné à mort pour un crime qu'il n'a pas commis, victime d'une machination judiciaire et policière. Son exécution est prévue pour mi-août. Rassurez-vous, Duteil va intervenir auprès de Chirac qui interviendra auprès de Clinton pour empêcher cet assassinat politique... Riad al-Turk, avocat. Fondateur du Parti communiste syrien. Opposant au régime de Damas, incarnant la gauche laïque et démocratique, réclamant la levée de l'état d'urgence, la restauration de la démocratie et le respect des droits de l'homme, fut, lui arrêté à Damas en 1980, retenu et totalement isolé, sans jugement ni inculpation depuis quinze ans! Amnesty International. Le Parlement européen. la Commission des droits de l'homme de l'O.N.U. et de nombreuses personnalités et associations ont en vain, depuis des années, exigé sa libération. Si Yves Duteil veut rien faire, j'écrirai à Line Renaud...
  • 15 juillet 1992, Bille en tête - Tuez un ours ! > Charlie Hebdo n°3 Bille en tête, du mercredi 15 juillet 1992 TUEZ UN OURS ! « Tuez un ours, sauvez une brebis ! » semble être la nouvelle devise des zélus béarnais partisans du tunnel du Somport et de la voie rapide en vallée d'Aspe. C'est du moins cette solution que préconisent implicitement la République des Pyrénées et le Figaro où, depuis quelques jours, de pathétiques journaleux à la botte des bétonneurs et du lobby routier nous content sur de pleines pages le désarroi des bergers devant les attaques de plus en plus fré- quentes du plantigrade sur les troupeaux. «  Aspe : la peur de l'ours », «  L'ours tueur déchire les Pyrénées »,« Aspe : l'ours chasse les bergers » . Réaction maladroite au concert du 8 juillet à Biarritz, « Six heures pour les ours » (une belle fête), ces articles ont au moins le mérite d'annoncer la couleur : le projet autoroutier en vallée d'Aspe, c'est la survie des troupeaux puisque c'est la fin de l'Ours. Etonnant aveu de la part de gens qui nous affirment depuis des mois que les mille camions qui, chaque jour, emprunteront la voie rapide coupant la vallée en deux ne constituent point une menace à la survie de la bête, des « ursoducs » ayant été prévus. Le député maire de Pau, André Labarrère, me le confirmait encore récemment : le Béarn est la seule région de France où vivent encore des ours ! Le Béarn aime l'ours, l'a toujours protégé et le protégera encore. Mais le développement économique passe avant, et vous m'excuserez, Monsieur Renaud, de préférer m'occuper des chômeurs avant de m'occuper des ours. Le Béarn (qui n'est d'ailleurs pas mis en cause) comptait 250 ours en 1930, Monsieur Dédé. Il en reste treize. Évitez donc à l'avenir, dans vos discours, d'utiliser démagogique ment la souffrance des gens, car vous vous « occupez » tellement bien de ces chômeurs et de ces ours qu'il y a de plus en plus des premiers et de moins en moins des seconds. Justice soit rendue néanmoins à la République des Pyrénées qui fut, avec SudOuest et quelques quotidiens régionaux, le seul journal à rendre compte de l'événement artistique, écologique et politique que constitua ce concert de Biarritz. Ne cherchez pas dans votre libé du lendemain la moindre ligne sur les 4 000 personnes qui, de 18 heures à 2 heures du mat', vinrent applaudir les artistes, acclamer Christian Laborde évoquant la détention de Jean-Philippe Casabonne, l'écrivain, manifester leur solidarité avec les Insoumis basques emprisonnés, crier No pasarán aux bulldozers des zélus valléicides et surtout, à travers leur soutien aux Ikastolak ( « école » en langue basque), manifester leur attachement à ce pays que le cadastre nie. Un qu'a, en revanche, perdu une bonne occasion de se taire c'est le Lalonde. Dans l'EDJ de cette semaine II nous gratifie d'un vibrant plaidoyer pour le transport combiné rail-route et balance sur le lobby des camions quelques vérités qu'il crut bon de taire lorsque, ministre de l'Environnement, II défendait le projet du tunnel du Somport et refusait la réhabilitation de la ligne ferroviaire Pau-Canfranc qui grâce au ferroutage, offrait une alternative à la voie rapide Je me demande si l'alternative à Brice Lalonde ne serait pas l'Ecologie. Jean-François Blanco, avocat de Casabonne, d'Eric Petetin (inculpé pour la vingt-septième fois ces jours-ci avec une quinzaine d'écolos allemands), d'Unaï Parot militant de l'ETA condamné à 851 ans de prison et régulièrement soumis à la torture), des Insoumis basques du groupe Patxa et de bien d'autres dossiers « chauds », a donc comparu devant le conseil de discipline de l'Ordre des avocats du barreau de Pau. Sa requête pour demander la publicité des débats rejetée une fois de plus (le secret imposé est et a toujours été la marque des tribunaux d'exception), Blanco a signifié à ses pairs qu'il ne leur reconnaissait pas le droit de le juger et a quitté l'audience avec ses vingt cinq défenseurs. Verdict le 13 juillet... Pendant que Jack Lang décorait Yannick Noah (des Arts et lettres, je pouffe...), la Société Générale, propriétaire des murs, décidait de raser l'Olympia. Des mauvaises langues murmurent qu'il eût été plus malin de décorer l'Olympia et de raser Noah... En attendant, les lecteurs de Charlie ont décidé de boycotter la Société Générale jusqu'à ce qu'elle renonce à son projet coquatrixide. Personnellement, j'ai déjà commencé : je les ai branchés sur Alain Minc pour gérer leur société. Généralement, sa pardonne pas... À la semaine prochaine. RENAUD
  • 6 janvier 1993, Bille en tête - Kerascoët, mon Amour - Gardarem lou menhir > Charlie Hebdo Bille en tête, du mercredi 6 janvier 1993 KERASCOET, MON AMOUR Gardarem lou menhir Après le Nord-Pas-de-Calais, le Vaucluse-Pas-de-Calais-non-plus et la Corse-encore-moins-de-Calais, nous allons continuer notre tour de France-Pas-de-Calais avec, cette semaine, la Bretagne-moins-de-Calais-tu-meurs. La Bretagne est une région à peu près grande comme ça, découpée en plusieurs départements situés pour la plupart à l'ouest de tout. Comme départements, nous avons le Finistère, les Côtes-d'Armor, le Morbihan et un ou deux autres de moindre importance, genre l'Ille-et-Vilaine et l'Elle-est-Moche. A l'attention des crétins, permettez-moi d'ouvrir une parenthèse pour leur rappeler que le mot a département " désigne une abstraction géographique totalement arbitraire qui, au travers du saucissonnage d'une région, permet aux habitants d'ici de se croire mieux lotis ou plus intelligents que les habitants de là-bas. Ça marche aussi pour le saucissonnage d'un pays en plusieurs régions, d'une planète en plusieurs pays ou d'une Yougoslavie en plusieurs charniers, fermons la parenthèse. J'ai, personnellement, une tendresse particulière pour les habitants du Finistère, qui sont, il faut bien l'avouer, un peu mieux lotis et plus intelligents que ceux du Morbihan, car c'est avec une jolie Finistérienne qu'en juillet 1968 je connus la prime amourette. Cela se passa dans une forêt pleine de lutins, à deux pas du charmant petit village de Kerascoët où je m'étais rendu en stop pour me reposer de mes barricades du printemps et oublier les accords de Grenelle. Ce furent douze secondes inoubliables. J'ai oublié son prénom, peut-être ne l'ai-je jamais su... Quoi qu'il en soit, merci, Bécassine. La Bretagne est peuplée de Bretons, mais ça vous l'aviez deviné. Le Breton est un peuple fier et généreux, un peu comme tous les peuples, même si la proportion de cons par Breton est sensiblement identique à celle qu'on trouve, par exemple, chez le Normand. Mais alors que le Breton dit " Oui, messieurs ", le Normand dit " Yeah, men ! ". Un peu tiré par les cheveux, mais bon... Selon la légende (véhiculée, il est vrai, par des bidasses ivres morts gare du Montparnasse, quai 3 le train en provenance de Brest), les Bretons, " ils ont des chapeaux ronds, vive la Bretagne et vive les Bretons ". C'est une légende. Les Bretons, " ils ont des bérets basques comme tout le monde ". Peut-être même un petit peu plus que tout le monde. Cela par solidarité avec le peuple basque qui, en retour, trouve souvent refuge en Bretagne lorsque Joxe veut l'envoyer se faire un petit peu torturer dans les commissariats espagnols. Pour cela, il sera beaucoup pardonné au peuple breton. La capitale de la Bretagne est Rennes, n'en déplaise aux Nantais qui sont pour ainsi dire des Vendéens. C'est vous dire. La sous-capitale de la Bretagne est Saint-Malo. Sinon, comme villes, nous avons aussi Brest, qui est très jolie sauf la rade, qui est très radioactive à cause de leurs sous-marins nucléaires à la con, Quimper, Lorient, Morlaix et Châteauroux, mais là je suis moins sûr. Le breton est aussi une langue, assez moche il est vrai, pratiquement plus utilisée que par Glenmore quand il est bourru et par Dominique Lavanant quand elle est bourrée. Dans les années 1970, sous la dictature de Pompidou, un mouvement appelé Front de libération de la Bretagne posa quelques bombinettes de-ci de-là, histoire de promotionner le particularisme régional breton et son patois. Mais, comme les tracts étaient rédigés en dialecte paimpolais, Paris ne comprit point le message et, après une répression de principe, tout rentra dans l'ordre. Il fallut attendre l'arrivée de la gauche (sic) en 1981 pour que ce particularisme fût mis en valeur grâce à Jack Lang, qui décida de créer à Perros-Guirec le Musée de la culture bretonne, dont la plus belle pièce est sans conteste le premier 45 tours d'Alan Stivell et son titre phare (breton) Gardarem lou menhir. Comme Bretons célèbres, nous avons Georges Perec, Marie-José Pérec, Guy-Ross Pérec, Astérec et Obélec. Comme Breton connu, nous avons Jean-Marie Le Pen, qui est à la Trinité-sur-Mer ce que le morpion est à la Trinité-sur-Paire. Comme faux Bretons, nous avons André Breton, qui était normand, et Gérard Lenorman, grand poète disparu lui aussi. Enfin, et c'est tout à sa gloire, le Breton est un peuple de marins, de pêcheurs et de navigateurs. Les plus célèbres navigateurs bretons furent, bien sûr Christophe Colombec, qui a découvert sa femme en tirant un peu trop la couverture à lui, en 1500 et des poussières, et Loïc Peronec, qui a découvert en inox. Un ami marin breton à qui j'avais naguère confié :~mon bateau pour un convoyage m'avait d'ailleurs rappelé, le jour où il me rendit mon épave, ce célèbre dicton breton qui dit: " L'eau c'est fait pour naviguer ! J'en connais qui se lavent avec, j'en connais même qui la boivent ! "
    • Pays Bretagne
    • Pays Yougoslavie
    • Politique Jack Lang
    • Politique Jean-Marie Le Pen
  • 13 janvier 1993, Bille en tête - Le Basque est-il musulmant ? - Sous la pelote, la main > Charlie Hebdo Bille en tête, du 13 janvier 1993 LE BASQUE EST-IL MUSULMAN ? Sous la pelote, la main Le Pays basque est un pays à peu près tout petit mais coupé en deux par les Pyrénées. Dans le nord vivent les Basques du Nord, dans le sud vous avez deviné. Plus généralement, nous appelons les Basques du Nord des " Français ", et ceux du Sud des " espingouins ". Et quand je dis " nous ", je me comprends, c'est de " vous " que je parle. Mais après tout, me direz-nous, z'avaient qu'à pas se fabriquer un pays à cheval sur deux autres. Nous avez raison. Au départ, en mille ch'ais pas combien, le Pays basque était un vrai pays avec tout ça qu'y faut, des frontières, une armée, un drapeau, une langue, des autoécoles et tout et tout. Puis la France et l'Espagne, dans un souci de rapprochement tout à fait compréhensible, et énervées par ce petit pays minusculaire qui se permettait de faire payer des droits de passage pour accéder aux stations de sports d'hiver pyrénéennes, décidèrent de l'annexer, fifty-fifty, tu prends le Nord, yo prendo el Sud. Depuis, donc, nous avons deux régions qui veulent redevenir un pays à part entière et c'est assez chiant car, à l'heure où l'Europe abolit ses frontières, elle va pas s'emmerder à en créer de nouvelles pour faire plaisir à un tout petit peuple de rien du tout. Et quand je dis " peuple ", je suis très généreux. Car finalement, qu'est-ce qui différencie un Basque (du Nord) d'un Béarnais ? Et un Basque (du Sud) d'un Catalan ? Deux-trois traditions folkloriques, un dialecte bizarre avec plein de X et de TCH, et un sentiment d'appartenance à un peuple différent, héritier d'une culture différente. Cela suffit-il pour redessiner l'atlas ? Si encore le Basque était musulman comme le Bosniaque en Serbie ou arménien comme le Croate au Kosovo... Cela mis à part, il est vrai que le Basque possède une culture bien à lui. Prenons les bergers, par exemple. Au Pays basque, ils sont perchés sur des échasses. Quand un berger normal fait pipi contre le mur de la grange, le berger basque pisse sur le toit dans la cheminée. La tradition du bergeage sur échasses remonte à des temps tellement immémoriaux qu'aujourd'hui plus personne ne sait les raisons qui poussèrent les premiers bergers à ainsi s'échasser. On prétend qu'autrefois, au lieu de garder les moutons, les bergers basques gardaient les ours. L'ours est un redoutable bouffeur de couilles de berger. D'où, peut-être, l'obligation de se percher pour le mener paître. Aujourd'hui, c'est l'ours qui s'est fait couper les couilles par la politique autoroutière franco-espagnole, mais la tradition continue. Une autre spécialité basque est la " pelote ". La fameuse " pelote basque ", qui est un peu au tennis ce que l'onanisme est à l'orgasme: on ne joue qu'avec la main et on gagne à tous les coups. Car en pelote basque le joueur n'a pas d'adversaire. I1 joue tout seul contre un mur à la con. I1 peut donc tricher tout son soûl, le mur reste de brique. La pelote basque fut inventée par un carabinier espagnol, Ramuntcho Pelotas, avec qui personne au pays ne voulait jouer à la baballe. " On youe pas aveco les jachachins ! " lui répondaient systématiquement ses petits camarades de l'ETA. Comme, de toute façon, il n'avait pas de raquette, il s'en alla, dépité, lancer sa baballe contre le mur d'une grange, elle lui revint dans la tronche, pleine de pisse de berger, le jeu était né. Aujourd'hui encore, la pelote basque se pratique à la main, mais aussi avec une " chistera ", petit panier d'osier cintré comme une banane mais moins bon. D'ailleurs, en anglais, " panier " se dit " basquette ", je l'ai pas inventé, ces gens-là nous ont tout piqué. Enfin, nous voilà avec le " béret basque ", très apprécié des touristes japonais qui visitent la butte Montmartre. Le béret basque n'est pourtant jamais qu'un étui à Frisbee légèrement prétentieux Comme villes, au Pays basque nous avons Bayonne, Biarritz et Saint-Jean-Pied-de-Port, dont les spécialités sont, respectivement: le jambon, les surfeurs hawaiiens, et les réfugiés basques menacés d'expulsion. Le jambon de Bayonne est très bon (à part peut-être pour le Basque musulman), le surfeur hawaiien n'est pas mauvais non plus, quoiqu'on puisse lui préférer son homologue féminin sensiblement plus bandante dans sa combinaison fluo, quant au réfugié, très joli également, il attend dans la clandestinité que les flics socialistes le livrent à la police espagnole qui torture joliment aussi.

8 décembre 2000

Charlie-Hebdo
  • 8 juillet 1992, Bille en tête - L'oeuf dur qui tue > Charlie Hebdo N°2 du 8 juillet 1992 RENAUD BILLE EN TÊTE l'OEUF DUR QUI TUE ! Il était une fois une famille française absolument sans intérêt quoique abonnée à Télé-loisirs et à L'Indicateur Bertrand propriétaire d'un berger allemand, d'une petite maison et d'une grosse clôture. Le père, dont nous ne parlerons pas, car, à l'heure qu'il est, il finit de cocher sa femme en insultant sa grille de Loto, ou le contraire je sais plus, nous n'en parlerons pas donc. Photolyse du Français tellement moyen que je vais peut-être vomir, ce brave homme avait passé sa vie à se tromper. Il avait voté Giscard en 81, Mitterrand en 88, avait pris sa carte du parti communiste en 68, quand fallait la rendre, et l'avait déchirée en 89, à la chute du Mur, quand il fallait la reprendre. Il soutenait l'équipe de France de football dans tous les compartiments du jeu et trouvait Thierry Roland remarquablement intelligent dans tous les compartiments aussi. Le jour où Jean-Pierre Foucault l'avait appelé pour lui demander s'il connaissait les chiffres de la vie de Le Pen, il n'avait su que répondre, ne connaissant que des chiffres arabes, et lorsqu'on lui parlait des Accords de Maastricht, il posait sur vous un regard d'une rare profondeur et reprenait trois fois des moules. Il aimait bien boire un coup avant l'apéro et faire une petite sieste avant de dormir. Sa femme, dont nous ne parlerons pas car elle est actuellement en arrêt de chambre et en robe de maladie, nous n'en parlerons pas donc. Archétype de la Française tellement anonyme qu'elle ignore probablement elle-même son existence, cette brave femme est, à défaut de quoi que ce soit à l'autre, la maman de quatre charmants garçons, joliment charpentés, tous possesseurs d'un permis de conduire, de chasse et d'une paire de couilles. Le premier de ces fils, que nous appellerons Dédé, est chauffeur routier. Le deuxième, que nous appellerons Roger, est agriculteur, le troisième, que nous appellerons Enfoiré lui aussi, est garde-mobile, et le dernier enfin, nous ne l'appellerons pas car il est au chômage il entendrait pas – ça fait un peu loin. Dédé est en colère ! On veut l'empêcher de rouler pied dans le phare, l'aiguille du compteur dans la boîte à gants, lui grignoter son permis de conduire à chaque infraction. Dédé a un 38 tonnes turbo au volant duquel il avale ses 100 000 kms par an, pas toujours bourré, pas toujours endormi, et il estime qu'il a le droit à un peu plus d'infractions que le pékin moyen dans sa voiture de merde, forcément glandeur, forcément touriste, forcément en vacances et qui, outrage suprême peut se taper son 130 km/h tranquille quand lui est limité à 80. Dédé transporte des matières chimiques gravement dégueulasse voire désagréables sur la peau, écoute Jean-Michel Jarre sur Blaupunkt-Stéréo et balance dans sa CB des vannes à la Coluche, son idole décédée suite à la collision à 55 km/h de sa grosse moto dangereuse contre un pauvre camion planté en travers de la route à la sortie d'un virage. Je dirais même d'un tournant. Dédé a donc rejoint ses collègues sur un beau barrage routier, boit de la bière tiède en régulant d'un geste viril la circulation de ces pédés d'automobilistes qu'il domine enfin, fort de sa grande gueule, ses tatouages et trois cents copains, et attend que ce gouvernement de Bolcheviks renonce à son projet de permis à points qui pénalise les cons mais on lui a pas dit. Dédé défend son bifteck et se contrefout du steak haché surgelé du voisin... Roger, lui, paysan, se saigne aux quatre veines (dont deux de Muscadet) pour rembourser le Crédit Agricole. C'est un métier. Ca te laisse à peine le SMIC pour dix- huit heures de boulot par jour, mais c'est la vie au grand air et il a un beau tracteur allemand qui fait prout-prout. Il produit des légumes dont personne ne veut, sauf les Nègres qui peuvent pas se les payer parce que avec l'argent du FMI ils préfèrent acheter des MIG 23, et les enfants qui veulent bien de ses concombres à la con mais si y'a un Big-Mac autour. Le Roger, dans les années 80, on lui a demandé de produire plus, alors il s'est endetté pour mille ans, pendant qu'à New York, Bruxelles et Paris, dans les marchés boursiers, de jeunes et fringants Yuppies, sur des écrans d'ordinateurs japonais, décidaient si le Roger devait se pendre dans sa grange tout de suite ou main- tenant. Roger a donc rejoint ses collègues sur un joli barrage routier. Il boit de la bière tiède distribue généreusement son fumier aux portes des sous-préfectures, enflamme des pneus sur les rails des TGV pour emmerder ces salauds de riches qui prennent le train, et attend que ce gouvernement de fachos renonce à son projet de Politique Agricole Connasse qui pénalise les concombres mais on leur a pas dit. Roger défend son steak haché surgelé et se contre-fout de l'œuf dur du voisin. Le troisième frère, l'enfoiré donc, est garde-mobile, et il est con comme une bite. S'il était moins con, tu penses qu'il aurait plutôt choisi CRS ou même un métier d'homme, mais bon... Il a arrêté ses études à son troisième Pastis, alors il avait pas beaucoup le choix. Il s'emmerde un peu dans sa caserne mais c'est moins fatigant que s'emmerder au boulot. De temps en temps, il a droit à un peu de sport en allant, de-ci de-là, matraquer quelques étudiants drogués, quelques Basques insoumis, voire quelques Kanaks ligotés, et il y met, ma foi, tout son cœur. Un peu comme l'hiver dernier à Paris avec les infirmières : Canon à eau, lacrymogènes, coups de pompes, la routine, quoi ! Mais aujourd'hui, l'enfoiré balise un peu. Le bruit court qu'il va peut-être devoir bientôt affronter les routiers et les agriculteurs en colère. Ça va être une autre paire de manches. D'abord ce sont ses frangins, ensuite ils sont costauds, enfin il est plutôt d'accord avec eux vu qu'ils font chier les socialos. L'enfoiré n'a plus de couilles quand il s'agit d'aller bouffer du beauf. L'enfoiré défend son bifteck et protège celui du plus fort. Figure molle, marionnette pitoyable aux mains de tous les pouvoirs, tes un mètre quatre-vingt-quinze avec casque et visière, j'ai jamais vu un tas de merde aussi haut. Le dernier des frangins de Monsieur et Madame Ducon est chômeur en fin de droits, comme nous l'avons dit plus haut. Il n'a pas de camion pour bloquer les routes, pas de tracteur pour paralyser le trafic ferroviaire, pas de matraque pour cogner sur le nouvel ordre économique mondial et il est bien emmerdé de pouvoir faire chier personne. Alors il va peut-être aller, un de ces quatre, bloquer la porte de l'ANPE du coin avec la coquille de son oeuf dur. CA va faire mal... RENAUD
  • 30 décembre 1992, Bille en tête - L'île à la tête de Maure, qui nous a donné Napoléon, Tino Rossi et Charles Pasqua > Charlie Hebdo Bille en tête, du 30 décembre 1992 L'ILE A LA TÊTE DE MAURE qui nous a donné Napoléon, Tino Rossi et Charles Pasqua Géographiquement à l'opposé du Nord-Pas-de-Calais se trouve la Corse-encore-moins-Calais. La Corse est une île en forme de gant de toilette avec une espèce de doigt en haut à gauche, un petit peu dans le cul de la France, mais pas trop. Si sa forme est somme toute assez grotesque, la Corse a un fond gentil. D'ailleurs, ne dit-on pas a gentil comme un Corse " ? Non ? Ah, bon... La Corse est peuplée d'individus pas franchement antipathiques mais un peu italiens quand même. Sauf que si l'Italien moyen est plutôt séducteur malgré sa petite bite, le Corse moyen est plutôt timide et réservé malgré son grand couteau. Quand on arrive en Corse et que l'on veut expliquer d'où l'on vient, on a souvent tendance à dire: " de France ". C'est très maladroit. Le Corse moyen vous répond invariablement: " Ah ! vous venez du continent... " Car on oublie parfois que la Corse est française. Elle l'est depuis que l'Italie nous l'a vendue, il y a au moins plusieurs siècles, très cher, on s'est fait avoir, mais bon... Aussi, quand on quitte la Corse, on fait bien attention cette fois, et on dit: " Bon, ben, merci pour tout, je retourne sur le continent... ". Le Corse moyen vous répond alors: " C'est ça, casse-toi... " Comme Corses célèbres, nous avons à peu près Napoléon, qui est mort à Sainte-Hélène, son fils Léon, qui lui a crevé l'bidon, et Tino Rossi. Sinon, j'ai Sinon, j'ai beau chercher, même chez les coureurs cyclistes, je vois pas. Peut-être Alan Stivell, mais je le jurerais pas. Les principales villes de Corse sont: Ajaccio, Porto-Vecchio et Propriano. Il y a aussi Calvo, qui est très jolo, avec sa garnison de légionnaires qui sentent bon le reblochon et son bistrot " Chez Tao " immortalisé par Jacques Higelin dans une chanson très belle - Jacquot, si tu lis ces lignes, je te souhaite une bonne année, mon poto. Toutes ces villes sont situées au bord de l'eau, car, en Corse, tout est au bord de l'eau. Les plages, les rivières, les digues, les ports, mais aussi les campings, les hôtels, les maisons Phénix-Merlin-Bouygues, les Canadair et les Casanis. Dès qu'un Corse s'éloigne de l'eau, il devient berger-incendiaire ou pompier-pyromane. Les mauvaises langues affirment même que la Corse n'est pas une - île, mais un incendie entouré d'eau. C'est largement exagéré. La Corse, de ce côté-là, n'a rien à envier à la Provence ou à la Côte d'Azur, par exemple. D'ailleurs, si Jacques Dutronc a choisi la Corse pour résidence secondaire ce n'est pas pour rien, quand on sait le paquet de cons qui ont choisi la Côte. Pour ce qui est des spécialités culinaires corses, eh bien ! nous avons la polenta à la farine de châtaigne, sur laquelle nous ne nous attarderons pas, et la pizza " quatre saisons ", qui marche très bien l'été. Pour les vins, nous vous conseillons la " Cuveta di u patronu " en pichet, dont certains amateurs prétendent qu'elle pourrait être faite avec du raisin. Toute médaille ayant son revers, comme le disait si bien le docteur Garretta le jour où il recevit sa Légion d'honneur, la Corse est frappée de deux plaies qui nuisent sensiblement à sa réputation : le terrorisme et le banditisme. Gardons-nous de confondre le premier avec le second : le terroriste assassine un gendarme de-ci de-là ou dynamite un lotissement car il veut préserver l'identité de son pays. Le bandit assassine un gendarme ou dynamite une boîte de nuit car il veut préserver l'identité de sa sur. La différence est énorme, sauf, peut-être, pour les petits Bretons orphelins dont le papa venait tout juste d'être muté à la gendarmerie du bord de l'eau, près de Bastio. RENAUD
Télé Junior
  • , Drôle de moto pour Renaud > Télé Junior de 1981 ou 1982 Drôle de moto pour Renaud Après une tournée de plusieurs mois à travers la France et la Belgique, Renaud est à nouveau à Paris pour fêter la sortie de son nouvel album intitulé « Le retour de Gérard Lambert » et surtout pour préparer son spectacle de l'Olympia (à partir du 5 janvier). Comme vous le voyez, Renaud ne chôme pas mais entre deux répétitions, il en profite pour enfourcher une drôle de moto, un prototype en quelque sorts puisque le chanteur l'a lui-même « trafiquée ». En général, ces balades le conduisent à travers les vieilles rues de Paris qu'il aime tout particulièrement D'ailleurs Renaud habite lui-même un des plus anciens quartier de la capitale : le Marais. Là, dans sont out petit appartement Renaud collectionne les objets religieux : crucifix par exemple mais aussi les plaques de rues I Enfin pour se détendre Renaud a un truc infaillible : il fait de la couture I
Salut !
  • ?-03-80, L'alphabet secret de Renaud > Salut ! du ? mars 1980 L'alphabet secret de Renaud Depuis le 11 mars, Renaud triomphe chaque soir à Paris sur la scène de Bobino. Son tour de chant est composé de deux parties : rétro pour la première avec des chansons réalistes. et plus actuelle pour la seconde avec des titres extraits de son nouvel album. « Marche a l'ombre ». Renaud est le seul en France à défendre ce style de chansons. Découvrez-le à travers cet alphabet secret. A AMITIE : dans le show business. L'amitié pour toi semble-t-elle une chose facile ? La quoi ?!!! B BOBINO : que représente pour toi ce passage à Bobino ? Vingt-quatre mille personnes si c'est bourré tous les soirs. C CHANCE: penses-tu avoir eu de la chance à tes débuts ? Voui I j'étais déjà très beau D DATE : quelle est la date la plus importante de ta carrière ? Le 11 mai 1952 (le jour de ma naissance). E ENNUI : quelle est la cause qui t'ennuie le plus dans ce métier ? Quel métier ? F FAMILLE : envisages-tu une vraie vie de famille ? Oui, mais après le sixième enfant, j'arrête ! G GALA : préfères-tu les galas en province ou à Paris ? En Belgique. H HABITUDE : as-tu une habitude avant d'entrer en scène ? boire une bière et prier I IDOLE : est-ce que le mot idole veut dire quelque chose pour toi ? Soyer vous-même par vos idoles ! J JEUX OLYMPIQUES : si tu avais un jugement, une décision à porter sur les prochain Jeux Olympiques, quelle serait-elle ? Que la France continue à gagner « UNE » nombreuses médailles. K KEPI : que penses-tu des uniformes ? Réponse dans la cinquième chanson face A de mon dernier 33 tours. L LOISIRS : quels sont tes loisirs ? Moto, bistro, poker, califourche etc. M MARCHE A L'OMBRE : pourquoi ce titre d'album ? Pourquoi ? Vous n'aimez pas ? N NUIT : aimes-tu sortir la nuit ? Boris Vian disait : « Je passe le plus clair de mon temps à obscurcir parce que la lumière du jour me fait mal. » Je commence vraiment à exister à partir de 22 h. O OBTENIR : quelle est la chose que tu désirerais obtenir durant cette année ? Un enfant. P PARDON: pardonnes-tu facilement ? Je pardonne toujours mais n'oublie jamais. Q QUALITÉ : te reconnais-tu des qualités ? Je tiens bien l'alcool. R RADIO : écoutes-tu souvent la radio ? Le plus souvent possible pour savoir ce qui se passe autour de moi. S SOUVENIR : as-tu de bons souvenirs de ta période scolaire ? Oui. Le meilleur : te jour où j'ai arrêté mes études. T TABLE : aimes-tu les bonnes tables ? Tant qu'il y a à boire, je me fous de ce qu'on mange. U UTILE : quelle est Ia chose la plus utile pour réussir dans la chanson ? Le talent et l'humilité . V VALEUR : quelle est pour toi dans le chanson la personne qui a le plus de valeur ? Ramses une équipe de 38 personnes. De très bons musiciens qui réalisent d'excellents disques dont le mien. W WEEK-END : quel est pour toi le week-end idéal ? Tranquillité, peinard avec ma gonzesse. X X: quel est chez toi le disque que tu écoutes le plus actuellement ? Starshooter et Capdevielle. Y YEUX : les yeux chez quelqu'un ont-ils pour toi beaucoup d'importance ? Oui, surtout le gauche ! Z ZÉRO : à qui ou à quoi mettrais-tu la note zéro ? A moi, comme au bon vieux temps à l'école et à deux producteurs de télévision pour avoir refusé de programmer Alain Brice, mon pote, dans leur émission prétextant qu'il n'était pas assez beau.
    • Salle Bobino
    • Chanson Marche à l'Ombre

7 décembre 2000

Charlie-Hebdo
  • 2 décembre 1992, Le génie du clap, Apéro du matin, chagrin... > Charlie-hebdo Bille en tête, 2 décembre 1992 LE GENIE DU CLAP Apéro du matin, chagrin... Ça commence à faire long. Quatre mois que je suis sur ce tournage, y'en a marre ! Au début ça m'éclatait, maintenant j'ai hâte de retourner à mes chansonnettes. Faut dire que " acteur " c'est franchement la plus mauvaise place sur un film. Tout le monde bosse, y'a que toi qui glandes. De temps en temps on te dit de te mettre là (ou là), tu balances quatorze fois la phrase et tu retournes vaquer à ton ennui. La première fois que tu balances c'est pour une répétition, en général t'es bon. La deuxième fois t'es encore pas mauvais, mais il faut la refaire à cause d'un nuage qui fait chier, d'un rayon de soleil pas raccord, ou d'un problème de caméra ou de n'importe quoi. Quand tous les problèmes techniques sont réglés, quand t'es sûr que cette quatorzième fois tout baigne, quand tout ne repose plus que sur TOI, t'as une espèce de montée d'adrénaline qui vient te tétaniser les sphincters de la gorge, et quand, avec un peu de bol, tu te prends pas les pinceaux dans ton texte, c'est avec une voix de fausset, chevrotante et nouée, que tu récites ton Zola. Quand Berri dit " Coupez ! " tu te dis qu'on va forcément la refaire, que t'étais trop à chier, que tu vas finir par te faire virer, que d'toute façon t'avais rien demandé, qu'y z'avaient qu'à prendre un vrai acteur... Eh ! ben, souvent, c'est cette prise-là qu'on garde. Après, quand tu te vois, le soir, en projection, tu envies le mec qui fait le clap... 26 Souvent c'est moi qui fais le clap. Quand je suis pas dans la scène qu'on tourne, je pique son bout de bois à Toufik, le clapman, qui le fait pas mal mais quand même moins bien que moi, et j'annonce " 124 sur 2, quatorzième ! ". Ça paraît tout simple à faire mais c'est pas évident: faut pas claquer le bout de bois zébré noir et blanc sur l'autre bout pendant que tu parles, ni encore moins avant. Faut pas mettre tes doigts entre les deux bouts, sinon ça fait pas " CLAP ! ", ça fait " AÏE ! ". Faut t'en aller en loucedé aussitôt que t'as clapé, pis surtout, faut articuler à mort ! L'autre jour, par exemple, Depardieu et Carmet ont absolument voulu que je vienne boire l'apéro avec eux. L'apéro du matin. Moi je veux bien manger des rillettes à dix heures en buvant du vin d'Anjou, mais seulement si je travaille pas après. Ça tombait bien, ce jour-là je travaillais pas après. J'avais prévu de faire le clap. Donc on a goûté le vin de Depardieu. J'en ai bu deux verres et eux aussi un litre ou deux. Après j'ai continué à la bière parce que c'est quand même meilleur, surtout la " Blanche ", ça te coule dans la gorge comme une vague d'écume de la mer du Nord, ça sent le sel et la frite, c'est chargé de la sueur des hommes qui travaillent la terre, la dure terre du Nord semée de houblon, pas la terre molle et con pour vignobles angevins approximatifs. Bref, j'étais bourré. Quand j'ai voulu faire le clap, autant j'arrivais encore à peu prés à claquer l'engin pour la caméra, autant pour dire " 176/B sur 3, seizième ", j'ai jamais pu. Pis le soir, Berri m'a dit qu'il fallait que j'arrête de faire boire Depardieu... Quand je fais pas le clap, je file un coup de main à la déco. Là, on se fend la gueule. Les mecs et les nanas qui font ça y sont supers. Tout le temps tout sales, les mains pleines de cambouis, du charbon partout, mais quand t'as besoin d'une locomotive à vapeur avant midi et qu'il est dix heures, y te la trouvent, sinon ils la fabriquent, et tu l'as à l'heure. Après on se rend compte qu'on n'en avait pas vraiment besoin pis qu'elle sera pas à l'image mais c'est pas grave. L'autre jour fallait enduire de graisse les machines d'une usine, y m'ont prêté un pinceau, j'en avais partout, on a bien rigolé. Les électros et les machinos aussi y sont supers. Y z'ont des gilets avec des poches partout et des ceintures avec plein de trucs qui pendent. Des lampes torches Maglight, du Chatterton, des couteaux, des décapsuleurs, tout ça... l'autre jour y m'ont accroché des boîtes de bobines en fer blanc sous ma bagnole, quand je roulais ça faisait " gling-glang ", un peu comme eux quand y marchent. Mais je m'en fous, j'ai même pas remarqué, c'était le jour où j'avais bu l'apéro avec les acteurs... Y'a aussi la régie. Là aussi j'aime bien y aller, d'abord y'a plein de filles gentilles ET jolies, et puis des Macintosh, des fax et des téléphones. Le soir, après le boulot, c'est une vraie volière. Ça gueule dans tous les sens, tout le monde vient en même temps soulever un problème très chiant dont tout le monde se fout, le directeur de production râle après tout le monde et MEME après moi (que soi-disant j'aurais fait boire Carmet), il s'énerve après l'assistant qui vient ENCORE de planter une bagnole dans le brouillard, l'assistant dit que c'est à cause des bobines de film qu'étaient accrochées dessous, pis après, le directeur, pour nous punir tous, il fait tomber quelques bouteilles de champ' et les filles se réveillent. Des fois aussi, quand je suis pas du plan qu'on tourne, je me mêle à la foule des figurants, habillé en mineur, noir de charbon, je me prends une brouette et je vais très loin, tout au fond du décor sur le carreau de la mine mais quand même dans l'axe de la caméra et quand Berri dit " Moteur ! ", la scène se tourne avec, en arrière-arrière-plan, le figurant le plus cher de l'histoire du cinéma mondial. Personne n'y voit que du feu, pis vaut mieux. Je l'ai fait qu'une fois, j'ai pas intérêt à me faire gauler... Cela dit, ça mange pas de pain, puisqu'à l'écran, finalement, je me suis pas vu, j'étais caché par une locomotive et puis la scène ils l'ont pas gardée... Aux journalistes et aux badauds qui m'ont demandé cent mille fois si c'était mon premier film et à qui j'ai répondu cent mille fois " non, mon dernier ! ", dorénavant je préciserai " comme acteur "... Par contre, si vous entendez parler d'un tournage qui se prépare, si y z'ont besoin d'un clapman... je vous jure que je ferai pas boire le perchiste !
  • 9 décembre 1992, Brèves de cantoche, Carmet et Depardieu font de la politique > Charlie-hebdo Bille en tête, 9 décembre 1992 BREVES DE CANTOCHE Carmet et Depardieu font de la politique J'arriverai jamais à écrire cette chronique. J'ai pas choisi le bon endroit ni la bonne heure. Je suis à la cantoche, j'écris d'une main, de l'autre j'ai mes nouilles et mon steak haché, j'ai Depardieu en face de moi et Carmet à ma droite. Y z'arrêtent pas de s'engueuler. Soi-disant que Carmet arrêterait pas de péter alors que c'est surtout Gérard... Carmet part dans une théorie selon laquelle on peut être de gauche et péter quand même. Que y'en a marre de la morale à la con des instit's, que péter à table c'est une marque de respect pour ses hôtes, une façon de leur dire qu'on est bien avec eux et qu'y peuvent faire pareil. Alors Gérard fait pareil et moi j'ai le sentiment qu'ils sont vraiment bien avec moi. Comme ils lisent les journaux du jour en attendant leur gamelle, ils font des commentaires sur l'actualité. Putain, c'est beau ! On dirait les deux papys de Wolinski dont le dessin, qui enlumine cette page, côtoie chaque mercredi ma prose approximative. Gégé bougonne à peu près contre tout c'qu'y s'passe et Carmet lui répond par des trucs qu'ont rien à voir. Ça donne un peu ce genre de dialogue: Depardieu: " Ah! les salauds ! Pierre Bergé qui annonce qu il votera Léotard... Comment ils retournent tous leurs vestes ! Les rats quittent le navire, ah, les salauds ! !! " Carmet: " J'mangerais bien des ris de veau, moi, ce soir... Tiens, t as vu ? Boucheron a ouvert un resto à Buenos Aires. J'irais bien bouffer là-bas, moi, un de ces quatre... " Depardieu: " Mais tais-toi donc, vieille carne ! Tu penses qu'à manger ! Après tu fais que péter et ça gêne le p'tit ! " Moi: " Non, non, ça me dérange pas du tout, au contraire... " Carmet: " Ça s'appelle "Chez Agnès"... Ça doit être Madame Boucheron... On y va, on bouffe, on baise Agnès, pis on s'barre sans payer... " Comment tu veux écrire peinard quand t'entends ça... En plus que, cette semaine, j'ai pas la première amorce du moindre poil de cul de début d'idée. Pourtant y'a plein de bonnes nouvelles en ce moment, ça devrait m'inspirer... Le tunnel du Somport aux oubliettes, l'émission d'Ardisson bientôt à la trappe, les Israéliens autorisés à dialoguer avec l'OLP, Alain RobbeGrillet qui prend la défense de la pièce de B.-H. L., histoire de la couler définitivement, et mon chien Toto qui vient de jeter sa gourme sur une presque aussi belle que lui. Ben ça vient pas. Avec les deux oiseaux qui m'entourent et qui me déconcentrent, j'ai un peu la tête ailleurs et je risque de vous raconter que l'OLP est autorisée à dialoguer avec Ardisson, que B.-H. L. est aux oubliettes, qu'ils parlent de construire un tunnel du Somport sous Robbe-Grillet, que les Israéliens prennent la défense de mon chien et que Yasser Arafat vient de jeter sa gourme sur Arielle Dombasle par exemple. .. Carmet: " Alors ? Ça avance, ta chronique ? T'es gentil, cette semaine, t'évites d'écrire que je bois... Sinon j'leur raconte, moi, à Charlie, dans quel état t'arrives le matin sur l'tournage, qu'on dirait que t'as passé la nuit dans une bétonnière... Dis donc, elles ont l'air bonnes, tes nouilles... J'vais p't'être manger ça, moi aussi, avec un vieux Bourgueuil, histoire de faire passer le Saint-Èmilion de ce matin qui était un peu vert... Qu'est-c'que t'en penses, Gérard ? "
  • 16 décembre 1992, Au Nord c'était les Corons, Au Sud, c'est Télé Monte-Carlo > Charlie-hebdo Bille en tête, 16 décembre 1992 AU NORD C'ETAIT LES CORONS Au Sud, c'est Télé Monte-Carlo Les habitants du Nord-Pas-de-Calais, que nous appellerons les " Chtimis ", puisque c'est comme ça qu'ils veulent, sont des gens particulièrement sympathiques, surtout les filles mais les garçons aussi. Les habitants du Pas-de-Calais tout court vivent au Nord et, réciproquement, les habitants du Nord vivent au Pas-de-course à cause de la pluie. C'est énervant, mais c'est comme ça. Selon la légende, il pleuvrait tout le temps dans le Nord, or, moi, qui vis là-bas depuis les pluies d'août, je trouve que cette année la mousson est tout à fait supportable. D'ailleurs, Pierre Bachelet, qui est né là-bas, y retourne aussitôt qu'il peut avec le plus grand plaisir et un parapluie assez grand aussi. C'est à lui que nous devons cette chanson désormais très connue, les Corons, qui commence par ce vers un peu cruel: " Au Nord, c'était laid... Courons ! " Pierre Bachelet est une des spécialités les plus connues du Nord-Pas-de-Calais, du moins comme chanteur. Sinon, il y a aussi Isabelle Aubret, qui ne passe pas trop souvent sur NRJ, mais c'est parce qu'elle est communiste, et Alan Stivell, mais là je suis pas sûr. Au niveau des compositeurs, nous avons François de Roubaix, qui était de Lille, et Georges Delerue, qui était de Roubaix, mais ils sont morts, c'est pour ça que je dis " était ". Pour les spécialités culinaires, c'est une région qui est encore très marquée par la guerre, donc, par pudeur, nous n'en parlerons pas. A moins que vous n'insistiez, alors je vous dirai que la " tarte au sucre " fallait pas être la moitié d'un con pour l'inventer, en tout cas pas plus con que l'inventeur du sandwich au pain. L'industrie la plus rentable du Nord fut, de tout temps, I'industrie minière, particulièrement les mines , d'or. Même s'ils n'ont jamais trouvé la moindre paillette, ils ont quand même creusé de grands trous dans la terre noire et ce, pendant deux siècles, car le nordiste est têtu mais courageux. La production de trous prospéra jusqu'à la fin des années 70, époque à laquelle on réalisa que le nucléaire faisait des trous beaucoup plus jolis. Pour ce qui est des paysages, on peut dire sans s'avancer que le Nord-Pas-de-Calais c'est un pays qui ressemble à la Louisiane, à l'Italie, on dirait le Sud, à part pour la végétation, le climat et le relief et les Polonais, qui sont quand même mieux intégrés au Ch'Nord que les Irakiens aux Skuds par exemple. Pour conclure, nous dirons que les gens du Nord ont dans les yeux le bleu qui manque à leur décor, alors que les gens du Lubéron ont le rosé. Quant à Valenciennes, où je vis, et qui est franchement dans le Nord, c'est une ville très jolie, avec des restaurants, des maisons, et une rue piétonne avec un magasin Chevignon.
  • 23 décembre 1992, Au Sud c'était les melons, Dans le Parc naturel du Lubéron, on protège les derniers socialistes > Charlie-hebdo Bille en tête, 23 décembre 1992 AU SUD C'ETAIT LES MELONSDans le Parc naturel du Lubéron, on protège les derniers socialistes La semaine dernière, je vous ai parlé du Nord Pas-de-Calais, aujourd'hui, je vais vous parler du Vaucluse-Pas-de-Calais-non-plus. Le Vaucluse est un grand département, assez grand mais pas trop quand même, disons grand comme ma bite mais beaucoup plus ensoleillé, car le Vaucluse n'a pas de caleçon autour. Le Vaucluse n'a rien autour, à part peut-être l'Ardèche et les Bouches-du-Rhône, ce qui prête peu à conséquence. Alors que l'Ardèche est essentiellement peuplée d'instituteurs hollandais en vacances et de Hugues Aufray, le Vaucluse est peuplé de ministres socialistes, ce qui est quand même plus classe, sauf autour d'un feu de camp où il vaut mieux avoir Hugues Aufray que Laurent Fabius, surtout si on chante Debout les gars réveillez-vous ! Autrefois, les ministres avaient des maisons sur la Côte d'Azur, mais c'est parce qu'ils étaient de droite. Aujourd'hui, nos ministres de gauche, qui aiment beaucoup les pauvres, évitent cette région car elle en est pleine, on veut bien les sauver, pas les côtoyer. C'est donc dans le Vaucluse et, plus précisément, dans le Lubéron, que nos dirigeants se cachent de leurs dérisoires électeurs, à l'ombre des cyprès que Van Gogh peignat, des micocouliers que Michèle Torr chantait et des oliviers que Léonard coupa quand Léonard devint scie. Le Lubéron est la plaie du Vaucluse. Une protubérance montagneuse pour cadres moyens plantée comme une ignoble métastase sociale-démocrate au cur de ce département historiquement rouge. Alors que Saint-Rémy-de-Provence, par exemple, a son musée Van Gogh, pour bien prouver son mauvais goût à la face rougeaude des ridicules estivants, le Lubéron a son musée Vasarely. Quand on sait que même Georges Marchais y possède une résidence secondaire, on ne s'étonne plus de la chute du mur de Berlin ni de la déliquescence dans laquelle se vautre aujourd'hui la classe ouvrière. Le Lubéron est au Vaucluse ce que la myopathie est au sauteur à la perche: un handicap. Mais le Vaucluse est assez grand (comme ma bite) pour vivre avec son Lubéron-congg. Au point que, en mille-ch'ais-pas-combien, lorsque le Vatican décida d'exporter sa peste mauve et or, c'est à Avignon, et pas à Henin-Liétard, que le pape Urbain V s'installit. Depuis lors, le Vaucluse est resté un département à forte tradition protestante. A Avignon, le pape se fit construire un palais sublime qu'il appela palais du Pape, mais, comme un jour il mourat, un nouveau pape fut appelé araignée et le blockhaus fut rebaptisé palais DES Papes. Chaque année, en juillet, dans la cour d'honneur de ce bunker, une troupe de théâtre subventionnée par la MJC de Nancy vient massacrer Shakespeare sous la direction d'un metteur en scène japonais homosexuel, la critique se pâme, le public a froid car l'adaptation dure six heures, Jack Lang pavoise et Jean Vilar meurt une deuxième fois. C'est le fameux Festival d'Avignon, mondialement connu des lecteurs du Guide du routard et de Libération. A part Avignon, dans le Vaucluse, nous avons aussi Cavaillon, Carpentras et Apt, villes charmantes dont les spécialités sont respectivement: les melons, les berlingots et je sais pas. Mais le joyau du Vaucluse est, sans conteste, l'Isle sur-la-Sorgue, la " Venise Comtadine ", très con pour son René Char et aussi un peu pour Renaud. René Char, pour les ignorants, fut un gr poète, tout à fait imbitable de son vivant mais apprécié aujourd'hui. Quant à moi, j'ai une mai là-bas, assez éloignée du centre-ville où le t~ Lubéron aime à venir déambuler, aux devantures antiquaires milliardaires et du magasin Chevignon quand le soir tombe sur les platanes et que c'est b. à se chier dessus.

3 décembre 2000

Le kiosque a désormais l'allure d'un kiosque vert style "Colonne Moris".

Charlie-Hebdo
  • 7 octobre 1992, Il était une fois dans le Nord, Renaud joue Étienne dans Germinal > Charlie-hebdo Bille en tête, 7 Octobre 1992 IL ETAIT UNE FOIS DANS LE NORD Renaud joue Étienne dans Germinal Cette semaine, bande de petits veinards, je vais vous raconter en exclusivité mondiale le tournage du film Germinal, tournage auquel j'ai actuellement, et pour cinq mois encore, le plaisir de participer. Exclusivité mondiale, en effet, car, jusqu'à aujourd'hui, nul journaleux n'a encore rendu compte de l'aventure, même si certains, annonçant le projet, m'ont déjà attribué le rôle d'Émile Lantier alors que c'est Étienne, même si d'autres ont écrit que j'allais tourner Gervaise, un dernier m'offrant même le " rôle " de Germinal. Vous connaissez l'histoire: C'est un mec, y débarque dans une mine de charbon, tout va bien, les mecs, y travaillent comme des bœufs, y sont payés des clopinettes, pis des fois y meurent. Alors le mec, comme il a des idées de justice, il pousse tout le monde à la grève pis l'armée arrive qui tire dans le tas pis tous ceux qui sont pas déjà morts de faim y meurent de feu. Après y a un anarchiste qui fait péter la mine et les survivants qui ont repris le travail y meurent aussi mais pas le mec. Le mec, c'est moi. A la fin je m'en vais, avec toujours mes idées de justice et quelques cadavres derrière moi, et tout le monde a repris le travail encore pire qu'avant. Bon, c'est un résumé succinct... Ca s'ra mieux expliqué dans Télé-Star quand ça passera à la télé dans cinq ans. C'est quand même une vach'ment belle histoire pass'que en même temps y a une belle histoire d'amour entre le mec et une fille mineuse de toute façon on sent bien que c'est le mec qui à raison pass'qu'on a toujours raison de se révolter. Moi y m'ont filé un chapeau. Y trouvaient qu'une gapette ça faisait trop chanteur. Là, je sais pas ce que ça fait trop. Mais heureusement, le chapeau, je l'ai pas tout le temps dans le film. Des fois j'ai rien, juste mes cheveux. Ils me les ont teints en marron, pass'que jaune y trouvaient aussi que ça faisait chanteur. J'ai pus ma frange, y m'ont coiffé tout en arrière, comme ça on voit mon grand front intelligent qui fait pas trop chanteur j'espère. Tous les matins une assez belle gonzesse me coiffe, des fois que je sache pas, et un mec pas mal aussi me maquille mais pas beaucoup. Y a aussi une fille qui m'habille, enfin, qui m'aide à m'habiller, des fois que j'oublie mon chapeau, et c'est vrai que je l'oublie souvent. Y en autre qui vérifie que j'ai bien pensé à enlever ma montre et mon anneau dans l'oreille et ma huguenote, et pis une autre qui m'amène un café. Comme la production a beaucoup d'argent, je vais peut-être exiger une fille pour mélanger le sucre . Y en a une autre qu'est sympa, c'est celle qui court partout avec un talkie-walkie pis qu'a toujours peur que je sois pas là quand on a besoin de moi alors que je suis là tout le temps, même quand on n'a pas besoin. Des fois, dans les scènes de mine, le maquilleuse me maquille au charbon de bois, c'est un peu sale ça fait joli quand mes yeux verts ressortent sur fond noir. Dans l'ensemble, tout le monde est gentil, surtout les filles mais même les garçons. Y a environ cent vingt personnes qui bossent sur place pour ce film (plus deux cents figurant), des électros, des machinos, des habilleuses, des costmières, des assistantes, des décorateurs, tout le bordel habituel, quoi... Pis environ une personne qui bosse pas pis qui fait chier tout le monde mais qui va pas tarder à se faire virer. Pass'que ça rigole pas. Claude Berri est un poil moins tyrannique que Saddam Hussein mais quand même faut pas déconner. Des fois y râle vach'ment fort et ça fait peur à tout le monde mais moi j'ai même pas peur pass'que je sais qu'après il est content et que sa colère il y pense même plus. Quand c'est à moi de tourner, après " Moteur ! " et " Ça tourne ! ", y m'dit " Vas-y, mon chéri ! ". Alors moi je suis un peu gêné, surtout vis-àvis des machinos, mais c'est une façon de parler, il est simplement très affectueux. Des fois aussi y m'engueule mais un petit peu moins fort que les autres parce que je suis quand même un peu son chouchou, c'est normal, je débute... Pour un débutant, d'ailleurs, je m'en sors pas trop mal, je l'sais, c'est le mec de la cantine qui me l'a dit. Le chef monteur a dit aussi que je lui rappelais Reggiani dans Casque d'or. Le jour où on m'a répété ça, je peux vous dire que j'étais content, y paraîtrait même qu'on m'aurait vu sourire. Sans déconner, le cinoche c'est pas évident, surtout quand tu dois jouer des scènes émouvantes devant plein de gens, ou des scènes d'amour avec des filles (une chance...), ou des scènes de bagarre avec un mec plus fort que moi. Les scènes d'amour je m'en fous, j'ai fait rajouter une clause à mon contrat. Quand j'ai lu dans le scénario: " Étienne empoigne Catherine dans un soudain réveil de sa virilité... ", j'ai demandé la taille du réveil et si on le verrait à l'écran. Quand j'ai lu " Étienne sort nu de son bain ", j'ai exigé une doublure, un qui serait foutu comme moi, mais on n'a pas trouvé, même en Belgique. Finalement, la scène, je l'ai tournée, les machinos, la scripte, les électros, les assistants, le chef opérateur ont vu ma bite, depuis on m'appelle Monsieur. Quant aux scènes de bagarre, pour l'instant, j'en ai eu qu'une, c'était y a huit jours, j'ai encore rnal partout. Vous connaissez Jean-Roger Milo ? Un bon acteur... Un tout petit peu moins violent que la crue de l'Ouvèze mais à peine... C'est avec lui que je me bats. Enfin, normalement j'aurais " dû " me battre, j'ai pas pu en placer une, y m'a explosé la chetron, fracassé contre les murs et fait traverser une porte vitrée en vrai verre qui coupe. C'est marrant parce que normalement, dans le scénar', c'est mou qui gagne... On continue cette scène de baston dans huit jours. Je vous enverrai ma prochaine chronique directement de l'hôpital. Faut pas que j'oublie de vous parler de mes partenaires. Y a Depardieu, qui est un tout petit peu plus gentil que le mec le plus gentil du monde mais plus drôle, des fois y pète à table et ça fait rire tout le monde, surtout Jean Carmet, y a Jean Carmet qui a bu l'autre jour un verre d'eau mais c'était pour le film, Miou-Miou qui est très gentille aussi pour une fille, Laurent Terzieff je vous dis même pas, et Henry qui joue celle que j'aime dans le film mais dans la vraie vie je l'aime beaucoup aussi pass'qu' elle très gentille et protestante. Pis y a aussi Marcel, le chef accessoiriste qui ressemble à Jean Gabin dans Quai des brûmes, et qui m'a fait l'autre jour un pôt au feu j'ai jamais rien mangé d'aussi bon de ma vie, à part peut-être des nouilles. Pis y a ma copine Sandrine, une petite fille de douze ans qui joue une petite fille de douze an. Une môme du coin, une Ch'ti. C'est un éducateur qui l'emmène sur le tournage le matin, because sa vraie vie c'est un peu du Zola aussi. C'est ma préférée. Elle m'appelle " Étienne " et me colle aux basques toute la journée, mais les jours où elle est pas là, moi aussi j'ai envie de faire grève, d'appeler la troupe, de faire péter la mine. La semaine prochaine je vous parlerai des décors, des figurants, je vous dirai qui est le cameraman qui les preneurs de son sont.
  • 10 novembre 1992, Depardieu et Renaud secouent les nouilles, Germinal râpe le gruyère > Charlie-hebdo Bille en tête, 10 Novembre 1992 DEPARDIEU ET RENAUD SECOUENT LES NOUILLES Germinal râpe le gruyère Dans ma famille, quand j'étais môme, comme on en mangeait souvent, on appelait des " nouilles " tout ce qui était pâtes : spaghettis, macaronis, coquillettes, nouilles ou celles en forme de nœud papillon qu'on n'a jamais su comment ça s'appelait. Aujourd'hui j'en mange un peu moins souvent. J'en mange que le soir. Pis le dimanche par exemple, des fois j'aime bien la purée. Ma femme, elle, elle préfère les légumes. Des fois elle en épluche plein pour me faire une bonne vieille soupe parce que c'est plein de vitamines et que ça fait du bien. Moi j'aime pas trop les vitamines. Pis sa soupe, une fois que tous ses légumes ont bouilli, ça a plus que l'goût d'soupe, et plus celui des bons gros légumes aux couleurs chatoyantes qu'elle achète. C'est beau, des légumes. Mais comme je dis toujours: " légumes bouillus, légumes foutus ". Alors que des nouilles bouillues, même trop, ça gonfle, ça double de volume et, du coup, même quand t'en prends moins t'en manges plus. Moi, de toute façon, j'en prends toujours plus. Même pour trois j'en fais cuire pour huit. Comme ça, le lendemain, faut les finir, je dis à ma femme que j'aime pas gaspiller ou jeter les restes et le plat me fait trois jours. Plus c'est réchauffé plus c'est bon. Je fais réchauffer à la poêle pour que le dessous gratine et croustille, je rajoute plein de beurre et de gruyère râpé, et même, souvent, je casse deux ou trois œufs dedans pis j'mélange. C'est bon, tu meurs ! Surtout quand j'arrose tout ça de mayonnaise en tube. Mais ça j'oblige personne. Là dessus je m'enfile quatre verres de Fanta orange, deux ou trois Velouté Danone aux fruits exotique et une banane ou deux. C'est Paul Bocuse, mon pote ! Excusez-moi, mais le mec qu'a inventé les c'était pas la moitié d'un con. En ce moment, comme je suis six jours sur sept à Valenciennes sans ma famille, je bouffe comme je veux. Comme j'en ai marre des restos où y'a une carte de douze pages et même pas des nouilles, je mange à la maison. J'ai fait des stocks. Toutes les sortes, toutes les marques. Exclusivement celles avec un minimum de six œufs frais au kilo. Lustucru par exemple. Ou Buitoni... Panzani, pas mal... Mais les meilleures y'à pas à chier, c'est les Barilla. Y disent même pas combien y'a d'œufs frais au kilo dedans mais ça doit être énorme ! Les Barilla, c'est la Roll's des nouilles Voilà. Je vois pas pourquoi chez Charlie chierait forcément sur tout. On peut être un homme on n'en reste pas moins consommateur ou tout simplement amoureux des bonnes choses. Même si les choses ont une marque. Pis c'est une marque qui fait pas de bruit. On peut pas dire que Barilla fasse autant de pub que c'est bon. Bientôt y vont en passer une super. Tournée par Ridley Scott avec mon nouveau meilleur ami Gérard Depardieu. Lui, sur le tournage, y mange surtout du museau, des pieds de porc, du boudin, des entrecôtes un peu toute la journée, mais les nouilles il aime bien quand même... I1 a juste un peu de mal à comprendre qu'on puisse bouffer que ça. Je bouffe pas que des nouilles, mon Titi. Des fois j'me fais aussi des pâtes. Voilà, c'était ma chronique " Comment offrir une caisse de Spaghettini Barilla " par le plus grand acteur du monde !
  • 18 novembre 1992, Le retour du taille crayon, L'un des deux trous est interdit par le nouveau catéchisme > Charlie-hebdo Bille en tête, 18 Novembre 1992 LE RETOUR DU TAILLE CRAYONL'un des deux trous est interdit par le nouveau catéchisme A la recherche du temps perdu, des couleurs et des odeurs disparues à jamais, en quête d'un trésor englouti sous les années écoulées, à la poursuite d'un diamant qui n'a plus que les couleurs de la mélancolie, j'ai glissé mes yeux ushuaia dans le cartable de ma môme et, pendant qu'elle avait le dos tourné vers la beauté de sa mère, je lui ai piqué sa trousse. Séquence nostalgie... Ça va. Les stylos Bic n'ont pas changé. Même forme, même couleur, même capuchon pointu dont l'embout effilé nous curait les ongles, il manque le petit bouchon de plastique mou au bout, il a dû être arraché d'un coup de canine et mâché comme prévu. Le corps est toujours en plastique transparent avec le petit trou au milieu qu'il fallait boucher si tu voulais faire une sarbacane efficace. Efficace pour balancer les boulettes de papier mâché sur la nuque rasée du fayot du premier rang. C'est bon, les crayons noirs non plus n'ont pas bougé. Elle a le classique, jaune orangé, les marques de ses petites dents au bout, imprimées en creux dans le bois tendre, et les " grand luxe ", le rouge à lisérés noirs et sa femelle, jaune citron, lisérés noirs aussi, avec sa petite gomme mauve sertie au bout dans une bague de métal doré. Trop jolis ceux-là... épargnés. Pas de traces des quenottes de mon p'tit écureuil préféré. Faisant double emploi et, de toute façon, jamais employé, voici l'incontournable Critérium. Drôle de nom pour porte-mine... Tout en alu, avec, au bout, la petite gomme bleue qui gomme rien et les mines cassées dedans. Pour le taille-crayon, vous m'excuserez, je vais à la ligne... Le même. En alu aussi. Ou, en tout cas, en métal argenté. Deux trous, deux tailles: crayon normal gros crayon. On n'a jamais eu de gros crayons ! Ca fait quarante ans que je me suis pas servi du gros trou du taille-crayon. Peut-être une fois ou deux, juste pour tailler le capuchon de mon Bic et me fabriquer des épluchures de plastique rouge... Et puis le même goût sur la langue. Lolita n'avait jamais goûté à la lame d'un taille-crayon. Mon amour, tu allais te priver d'une nostalgie pour mille ans assurée. Hein, j'avais raison, un goût de métal, de citron et d'électricité... Le goût de l'école, probablement. J'ai beau fouiller, je crois que c'est tout. Le reste est résolument moderne, désespérément d'aujourd'hui. Des surmarqueurs Stabilo pour enfermer les mots dans d'ignobles cadres roses ou vert fluo, une gomme à la fraise en forme de panda, un stylo plume en plastoque rouge avec des Mickey dessus, plein de feutres, une boîte cabossée de cartouche d'encre Waterman et un ridicule stick de colle Uhu. Pas de porte-plume, pas de plumes sergent-major en vrac au fond de la trousse, ni des rondes ni des biseautées en forme de flèche, pas de pot de colle blanche qu'on sniffait en cachette parce que ça sent bon les amandes ou le sirop d'orgeat, pot en plastique vert transparent, capuchon blanc, pas de double décimètre un peu écaillé aux bords avec la petite vis dorée au milieu. Un compas tout neuf, jamais servi, sert à rien, un rapporteur et une équerre nickel aussi, des ciseaux à bouts ronds. Je remets la trousse dans le cartable, entre une belle boîte de crayons de couleur Caran d'Ache (Ah ! quand même...) et une calculette, paraît-il autorisée (on croit rêver...), je tombe sur un petit sachet de papier blanc. Dedans, quelques fraises Tagada, quelques nounours gélatineux, une boule de coco et trois Carambars. Lolita, si tu lis Charlie cette semaine: les carambars, je t'assure, y m'semble vraiment que y'en avait qu'un seul...
  • 25 novembre 1992, Toto le héros, Mon chien, mes doutes et le beaujolais des autres > Charlie-hebdo Bille en tête, 25 Novembre 1992 TOTO LE HEROSMon chien, mes doutes et le beaujolais des autres Mon Toto est passé sous une voiture. La voiture n'a rien. Le conducteur roulait raisonnablement à 80 dans ma rue, Toto sniffait les réverbères, ma fille au bout de sa laisse, quand Toto a vu une belle gonzesse sur le trottoir d'en face. C'était ma blonde qui revenait du marché. Toto a bondi pour un câlin, ma fille a suivi à quarante centimètres du sol, bing ! Le chien sous les roues ! La laisse a cassé, ma fille n'a pas sali la jolie carrosserie. Le chien non plus. I1 a été traîné sur une cinquantaine de mètres. C'est dingue comme tu mets du temps à t'arrêter quand tu roules raisonnablement. Le temps que ma blonde rejoigne Lolita qui pleurait déjà son chien mort, le Toto cavalait vers la maison, apparemment sur quatre pattes intactes, et le conducteur arrivait penaud vers les filles. - J'espère que votre chien n'a rien, je suis assez pressé, laissez-moi votre téléphone, je vous donne le mien, on se donne des nouvelles ce soir... Comme le Toto, miraculeusement, n'avait pas grand-chose et que le mec n'appelait pas, le lendemain, on lui a téléphoné pour le " rassurer ", des fois qu'il culpabiliserait. C'était un faux numéro. La semaine dernière, grand moment d'émotion sur le tournage de Germinal. Comme partout ailleurs, hélas, le beaujolais nouveau est arrivé. Le goûter en lui trouvant plus d'arôme-banane que l'année dernière est une tradition que je n'avais jamais eu le loisir de respecter. Aussi fut-ce fier comme un bar-tabac que j'en fis tomber quelques caisses le midi à la cantine des figurants. J'allais enfin découvrir ce nectar qui fit bander Fallet et qui fait croire à des millions de pochtrons qu'ils sont œnologues. C'est pas fait avec du raisin, ce truc-là ! Pourquoi y fait pas du vrai vin, Monsieur Nouveau, en Beaujolaisie ? On m'y reprendra, tiens ! L'année prochaine, quand le beaujolais nouveau arrivera, un conseil, laissez-le repartir... Parmi les lecteurs qui m'écrivent pas contents (pas contents que j'écrive pas ce qu'ils voudraient, comme ils voudraient, ou simplement pas contents que j'écrive dans leur journal), y'en a un cette semaine qui m'agresse particulièrement. Je suis un pourri, il en est sûr, puisqu'il y a dix ans, à la fin d'un concert où il avait pas pu entrer à l'œil, à Clermont-Ferrand, il a vu ma Rolls Royce garée devant l'entrée des artistes. Ce couillon qui prend mon voilier pour une voiture, et qui n'a vu ni la Bentley de ma femme ni la Harley de mon chien, qu'étaient pourtant garées pas loin, me reproche aussi mes changements successifs de certitudes vis-à-vis du référendum sur Maastricht. Me reproche mes doutes, donc... Bienheureux celui-là qui n'a jamais douté, qui a sa belle petite opinion arrêtée, définitive et juste. Moi, tu vois, tête pleine d'eau, je pense très fort que tu es un gros con mais je suis prêt à revenir sur cette évidence, à douter de cette vérité... Après tout, t'es peut-être pas gros.

19 novembre 2000

Le Monde
  • 17 avril 1995, Renaud en « Indigo » > Le Monde du Lundi 17 avril 1995, page 34 Renaud en "Indigo" Le chanteur Renaud sera l'invité de France-Culture lors de l'émission "Indigo" le dimanche 23 avril. Il a accepté l'invitation de Jean-Luc Leray et de Patrick Chompré pour présenter, à l'occasion de ses vingt ans de carrière, son dernier album. Cet album, A la Belle de mai, est un hommage au quartier populaire de Marseille du même nom. Marseille au parler si pittoresque, verlan ou argot, dont le chanteur aime faire son miel. Renaud, dernier descendant de mai 1968, est né à Paris, en 1952, porte d'Orléans, dans une famille protestante de six enfants. Il a commencé sa carrière en chantant des histoires de gosses de banlieue, rêvant de blouson de cuir et de moto. Mélange de tendresse, de colère et de gouaille, Renaud, faux loubard mais vrai poète, frappe vite et touche juste. Ses chansons authentiques, rigoureuses, dans la lignée des Bruant ou des Brassens, qui ont donné naissance à des expressions nouvelles, veulent incarner l'anarchie et la révolte. France-Culture, "Indigo" le dimanche 23 avril, 17 h 05 (FM Paris : 93,5 ou 93,9).
  • 6 mai 1996, Mélodies reçoit Renaud > Le Monde du Lundi 6 mai 1996, page 36 LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA 15.00 RFI MÉLODIES REÇOIT RENAUD TROMPARENT DOROTHEE A l'occasion de la sortie de son album "Renaud chante Georges Brassens", le chanteur est l'invité de "Mélodies". Une heure de poésie et d'accords de guitare pour dire l'amour et le respect que Renaud porte à celui qu'il nomme "le vieux, mon maître en chanson". Quelques airs connus ( "Brave Margot", "Le Gorille")..., un inédit ( "Les Illusions perdues"), des témoignages d'amis de Brassens, et la voix du "loubard au coeur tendre" qui tremble lorsqu'il confie son admiration pour "l'homme à la pipe" : "Je suis un véritable fétichiste de Brassens. Je collectionne tout ce qui le concerne : 33 tours, programmes de concerts, affiches... J'espère qu'il aurait aimé le disque."
Libération
  • 6 juin 2000, Renaud en roue libre. Echos du festival «Alors... chante» à Montauban. > Libération du Mardi 6 juin 2000, page 38 Renaud en roue libre. Echos du festival «Alors... chante» à Montauban. PERRIN Ludovic Montauban, envoyé spécial. Montauban rénove ses fondations du XIIe siècle en même temps que son festival francophone gagne en ampleur. Depuis la venue de Juliette Gréco en 1986, «Alors... chante» est devenu une manifestation incontournable pour qui veut connaître la chanson. En quinze ans, Léo Ferré, Georges Moustaki, Charles Trenet, Pierre Perret ont contribué à sa reconnaissance. Aujourd'hui, avec 25 000 entrées en cinq jours (du 30 mai au 3 juin) et un budget nettement inférieur à ceux des Francofolies de La Rochelle et du Printemps de Bourges (3,5 millions de francs), ce rendez-vous n'entend pas se mesurer à ses grands frères, mais rivalise par la cohérence d'une programmation qui se situe dans le juste équilibre entre têtes d'affiche (Cabrel, Lavilliers, Renaud, Murat, Fersen, La Tordue, Paris-Combo...) et nouveaux espoirs (Thibaud Couturier, Agnès Bihl, Flor del Fango, Tue-Loup, le Soldat inconnu...). En tout, une quarantaine d'artistes dont le point commun, assure l'organisateur Jo Masure, «est d'être les créateurs de leurs propres textes et mélodies». Dans une perspective de développement de carrières, deux récompenses sont décernées à des découvertes. En compétition avec six groupes, Daniel Hélin (prix du public, déjà remarqué à Bourges) et Nicolas Jules (prix du jury) se sont produits sous le chapiteau du Magic Mirors. Vaste enceinte dressée sur les berges du Tarn, l'espace Ingres est, lui, avec le théâtre à l'italienne juché sur les hauteurs de la ville, le point d'orgue des concerts. Beauf. Quelques heures après une prestation intense de Jean-Louis Murat, Renaud apparaît vendredi. Cette apparition s'inscrit dans le déroulement d'une longue tournée en province: 114 concerts depuis octobre 1999. Une mauvaise rumeur se répand sur l'état de santé du gouailleur. Trépignements quelques minutes avant son entrée en scène sur une version raï d'Hexagone. Visage grimé de poupée, boursouflé, voûté, Renaud est sobrement vêtu d'un pantalon et d'une chemise sombre sur laquelle un accordéon est dessiné. Accompagné de Jean-Pierre Bucolo à la guitare et d'Alain Lanty aux piano et claviers, il revisite vingt-cinq ans de répertoire. La voix est très fausse et, durant les intermèdes, les blagues sur le foot, les pédés, les boudins abondent... Le chanteur se confond de plus en plus avec les travers beaufs de sa petite comédie humaine. Glissement vulgaire, dégoût de soi et tristesse de menhir, puis il se justifie. Celui dont le succès éclata durant le règne mitterrandien se défend de toute connivence avec l'ancien président de la République. Le public n'est pas dupe, mais soutient avec ferveur son artiste. A l'heure des rappels, il confie: «J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne: un album est prêt. La mauvaise: c'est un 45 tours.» Il en chante la face B, Elle a vu le loup. «L'album ne devrait pas sortir avant 2018», dit-il dans un demi-sourire. Le but de cette tournée qui se poursuit jusqu'en décembre 2000 est justement de ramener un artiste proche de la cinquantaine vers l'écriture. Le lendemain, Francis Cabrel offre un brillant contraste. En clôture du quinzième festival de Montauban, l'invité d'honneur a répété son spectacle dans une formule «réduite»: six musiciens au lieu de dix. Cabrel enchaîne les succès dans un plaisir partagé. Après deux heures de spectacle durant lesquelles il aura coulé deux Brassens, les Passantes et le Gorille, dans ses tempos, l'homme des rencontres d'Astaffort écoute dix «découvertes» le reprendre. Lui qui avoue se méfier des surprises, «qu'elles soient bonnes ou mauvaises», apprécie Nicolas Jules (Mais les matins) et l'ex-Nonnes Troppo, Nery, dans une version dantesque de la Corrida .
    • Album Hexagone 2001
    • Chanson Elle a vu le loup
    • Album Boucan d'Enfer
    • Francis Cabrel
La Presse
  • 8 mai 1989, Renaud et France Gall ont leur « cabane au Canada » [à Outremont] > La Presse Nouvelles générales du Lundi 8 mai 1989 A1 Renaud et France Gall ont leur "cabane au Canada" [à Outremont] Boisvert, Yves C'est encore un pur fantasme pour bien des Français, mais pour Renaud -le chanceux - , c'est chose faite: il a maintenant sa cabane au Canada. Cabane, en fait, est un bien petit mot pour décrire la magnifique demeure outremontaise que le célèbre chansonnier français vient d'acquérir. C'est en effet du bon côté du Chemin de la Côte Sainte-Catherine, là où le mont devient Royal, que le chanteur de la zone et des banlieues blafardes s'est installé, dans une cabane de quelques briques... Oui, à Outremont, là où siège près de la moitié de la Cour supérieure, le dimanche, les pieds dans une piscine creusée ou devant un barbecue. Outremont, là où les courts de tennis sont envahis par des ex-ministres de tous poils et des doyens aux facultés parfois affaiblies. Outremont, la patrie des Pierre Trudeau, Jacques Parizeau, Lionel Groulx, Marc Lalonde et autres Pierre Desmarais II, bref les grands bourgeois, ces «complices du pouvoir, des flics et des curés», comme chantait un certain... Renaud crèche à Outremont, à quelques minutes de marche du premier ministre du Québec et du président de la Banque Nationale, pas très loin non plus de feu l'ancien juge en chef de la Cour suprême du Canada... Le bum de la chanson française détonnera dans une ville où les blousons de cuir sont taillés en Italie et où on ne joue du couteau qu'autour d'un filet mignon... On aurait pu croire qu'en vérité, il est plus difficile à un loubard de pénétrer dans le Royaume de la montagne qu'à une BMW de passer dans le chas d'une aiguille, mais il y a des exceptions. A bien y penser, Renaud nous avait prévenus il y a quelques années de ses problèmes de logement, dans des vers qui sont aujourd'hui des classiques: «Putain, c'qu'il est blême, mon HLM! Et la môme du huitième, le hasch elle aime!» France Gall aussi Mais le camarade Renaud n'est pas le seul cousin à avoir partiellement immigré. France Gall aussi, «Elle l'a» sa cabane en Canada. Elle et son mari, le compositeur de la musique de Starmania, Michel Berger, se sont rapprochés à quelques pas du compositeur Luc Plamondon, en face du parc Outremont. Même Maria Chapdeleine, alias Carole Laure, a préféré il y a peu le cottage d'Outremont au camp de Péribonka. Pourquoi Outremont ? «Il y a plusieurs raisons, avance le maire d'Outremont, Jérôme Choquette: le cadre de vie, les arbres, le climat...» - Le climat? N'allez pas me dire qu'un micro-climat protège Outremont des intempéries ? - N'écrivez pas ça dans votre journal, mais je vous assure que l'été, il fait un bon cinq degrés de moins que dans le centre-ville ! Ça se paye !, confie à La Presse un agent d'immeuble qui ne veut surtout pas qu'on révèle son nom. Il y a aussi «le caractère paisible de notre population», souligne Me Choquette, cet ex-ministre de la Justice, qui, en octobre 1970, invita plusieurs salariés des Forces armées à venir mesurer de visu le naturel pacifique des habitants d'Outremont. Peut-être aussi que Renaud a préféré, à l'instar de l'écrivain Michel Tremblay - qui a émigré il y a quelques années du Plateau Mont-Royal jusqu'au flanc de la montagne - «être le pauvre dans un quartier de riches que le riche dans un quartier de pauvres...» Bien entendu, M. le maire se «réjouit» de la présence de si nombreuses célébrités dans son patelin: «Sans nous vanter, car ça ne serait pas de très bon goût, il faut dire qu'Outremont compte plusieurs leaders, que ce soit dans les domaines universitaire, des affaires, des lettres, des arts...» Mais au risque de décevoir Me Choquette, le magazine français L'Express explique le phénomène autrement. Ça n'a rien à voir avec Outremont : un sondage effectué récemment chez nos cousins met au premier rang des fantasmes hexagonaux, devant l'île déserte et la Polynésie, la possession d'une cabane au Canada. Non seulement Renaud et France Gall en ont-ils déniché une mais, de surcroît, la leur est à deux minutes de raquette du dépanneur.

12 novembre 2000

Le Monde
  • 24 mai 1995, Renaud en concert à la Mutualité : agaçant et séduisant > Le Monde du Mercredi 24 mai 1995, page 27 Renaud en concert à la Mutualité : agaçant et séduisant DAVET STEPHANE Plus de trois ans après son dernier récital parisien, Renaud se devait de se distinguer. La promotion de son mois de concerts salle de la Mutualité n'a échappé à personne. Placarder le portrait de Che Guevara sur les colonnes Morris de la capitale, en pleine campagne électorale, avait peut-être des vertus sainement provocatrices. L'affubler d'un tee-shirt à l'effigie du chanteur, détourner l'icône révolutionnaire dans une logique commerciale a aussi pu conforter ceux qui persistent à voir dans cet anarchisme bon enfant une pose, plus qu'une conviction. Les retrouvailles avec son public furent néanmoins chaleureuses. Après avoir fréquenté les trop grandes salles à l'époque du succès platine des albums Morgane de toi ou Mistral gagnant, Renaud préfère aujourd'hui des cadres plus intimes. Après le Casino de Paris en 1991, les mille huit cents places de la Mutualité conviennent mieux à ses musiques que les Zénith d'antan. Peut-être parce que s'éloignant des allures un peu pataudes d'une "variété rock" qui caractérisait ses productions dans les années 80, l'éternel poulbot privilégie désormais les ambiances plus acoustiques, affinées sur disque comme sur scène par les arrangements colorés de Jean-Louis Roques. Pas moins de dix-huit musiciens encadrent cette fois la vedette. L'habituelle section rythmique, des guitares, un orgue mais aussi un accordéon, une section de cuivres et un orchestre très chic de huit cordes exclusivement féminin. Tout ce petit monde se marche parfois sur les pieds, mais les chansons profitent, dans l'ensemble, de la diversité de cette nouvelle palette. Musette, rythme mariachi, blues, folk irlandais ou brésilien. Renaud pose sa voix blanche avec la maladresse touchante que ses fans attendent de lui. Ce mélange de vraie timidité et de gaucherie calculée s'apprécie plus volontiers en petit comité. MANIÉRISME "POPULO" Plus qu'une salle, la "Mutu" est un symbole. Commencée le 1 mai, cette série de concerts témoigne d'une nostalgie militante. En cette période politiquement agitée, on attend d'ailleurs, de l'auteur d'Hexagone, quelques remarques au vitriol. En vain. Il évoque un moment le 7 mai, fait partager son cafard. "Cabrel était encore devant moi au Top Album." Promet ironiquement un troisième tour social. Gueule contre "les preneurs de tête". Plaisante sur le voisinage des intégristes de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Aux indignations succède la mélancolie d'un garçon entre deux âges. On se méfie. Renaud a parfois eu tendance à exploiter ses émotions comme un fonds de commerce. Après la rage du faux loubard de banlieue et la tendresse du papa gâteau, la nostalgie post-révolutionnaire ? On peut s'irriter encore de l'éternel maniérisme de son parler "populo", de sa façon de tirer sur la presse tout en s'inspirant trop souvent de mauvais "dossiers de société". Le personnage et sa panoplie immuable jean troué, foulard rouge, tee-shirt, blouson de cuir et tatouages prêtent le flanc à bien des agacements. Il faut pourtant reconnaître qu'en vingt ans, il a signé quelques chansons inoubliables. La verve drolatique de HLM ou de Marche à l'ombre, les trouvailles poétiques, la justesse et la légèreté profondément émouvantes de Mistral gagnant, Morgane de toi, En cloque, La Pêche à la ligne ou Miss Magie résistent au temps et à nos ras-le-bol. La force de ces concerts et de deux compilations (The Meilleur of Renaud), à paraître prochainement, est de nous le rappeler. Les 23, 24, 25, 26, 27, 29, 30, 31 mai à la Mutualité, 24 rue Saint-Victor, Paris 5. Mo Maubert-Mutualité. 20 heures. 165 F.
    • Mutualité
    • Che Guevara
  • 5 novembre 1991, Michel Poniatowski MICHEL PONIATOWSKI et Renaud n'ont rien en commun. Sauf une chose : il faut qu'il cesse, ce socialisme, celui de François Mitterrrand comme celui de Tonton, que l'un détesta toujours et l'autre souhaita vivement. Michel Poniatowski a écrit un livre pour le dire. Et il a appelé cela, avec le sens des nuances qui est le sien, la Catastrophe socialiste. Renaud a écrit une chanson pour le crier. Une chanson pas " dégueu ", une chanson qu'ils doivent trouver bonne " sa gonzesse, sa fille et lui ", une chanson qui renvoie le " Tonton " chéri à ses moutons, son chien et ses arbres. Michel Poniatowski et Renaud sont venus raconter tout cela sur la Cinq à Jean-Pierre Elkabbach. Et comme celui-ci n'est pas tout à fait tombé de la dernière pluie, il s'est permis de demander à Renaud s'il n'y avait pas là un peu d'opportunisme. Le demander à Michel Poniatowski n'était pas vraiment nécessaire. L'ancien ministre de l'intérieur qui, en connaisseur, parle d'un gouvernement " taré par les affaires ", a choisi d'être délibérément, totalement et définitivement opportuniste face au Front national. Il est pour l'alliance, ou plutôt " pour les accords de gestion ", ce qui revient au même. Et il l'est fermement, sûr de ses certitudes, puisque, dira-t-il modestement, " la raison c'est moi " . Cela a au moins le mérite d'être clair. Et M. Michel Poniatowski qui ne voit d'autre voie triomphale pour l'UPF que dans l'addition " purement utilitaire " des pourcentages, n'est plus tracassé que par un point, un détail en somme. François Mitterrand a tant et tant " diabolisé " le Front national que même une âme d'acier comme le prince a un dernier scrupule. Il s'agirait de savoir si le parti aux cinq millions de suffrages est bien un parti " démocrate et républicain " . Alors, et sans rire, M. Poniatowski père, a proposé la vérification, l'épreuve de Dieu à M. Jean-Marie Le Pen : " Je propose de lui poser publiquement la question. Etes-vous raciste, M. Le Pen ? Etes-vous antisémite ? Et d'écouter sa réponse publiquement ". Il est évident que le leader du Front National va répondre " oui ". S'il répond. Renaud, lui, nous fait un gros chagrin d'amour. C'était couru avec, on cite, " un affreux anar gauchiste ". Déjà avec " sa " guerre du Golfe, le " Tonton " père l'avait " énervé ". Et puis la social-démocratie tontonesque l'a achevé. Alors Renaud, tout rouge, tout vert, rêve que " Tonton s'en va ". MICHEL PONIATOWSKI, Mardi 5 novembre 1991, page 29, par Georges Pierre
    • Guerre du Golfe
    • Politique F.Mittérand
    • Politique Front National
    • Politique Jean-Marie Le Pen
  • 31 octobre 1991, Marchand de cailloux > Le Monde Jeudi 31 octobre 1991, page 39 SOTINEL THOMAS Renaud Marchand de caillou Souvenirs de cour de récréation, lecture commentée de l'actualité, indignations irrépressibles (le Paris-Dakar, la Feria de Nîmes), un coeur de midinette qui bat sous le blouson de cuir : la composition d'un disque de Renaud est aussi prévisible que celle des Malabar. Et, comme pour les chewing-gums, il faut continuer la liste des ingrédients jusqu'au bout : voix blanche qui n'en finit plus d'exagérer ses tics de fleur de petite ceinture, substituts de mélodies, trucs d'écriture recyclés des albums précédents. Dans le rôle du colorant, on est allé chercher l'Irlandais Pete Briquette, ancien Boomtown Rats, collaborateur de Bob Geldof. Briquette a choisi l'option celtique : mandoline et violon, accordéon et banjo. Le tout très propre, rien à voir avec les chevauchées éthyliques de Pogues. On se demande ce que Renaud vient faire ici, cet univers celte tout propre, new age presque, ne fait que mieux ressortir l'impasse dans laquelle le chanteur essaie de faire demi-tour. S'il faut remarquer quelque chose, on retiendra la déclaration de désamour à François Mitterrand (Tonton), mais Mylène Farmer avait coiffé Renaud sur le poteau avec Désenchantée, sorti à temps pour le 10 mai dernier.
    • Album Marchand de cailloux
  • 17 juin 1995, The meilleur of Renaud > Le Monde du Samedi 17 juin 1995, page 28 The meilleur of Renaud The meilleur of Renaud regroupe quelques-unes des meilleures chansons de Renaud (Miss Magie, Putain de camion) et quelques pensums récents (La Ballade nord-irlandaise, Welcome Gorby), enregistrés chez Virgin depuis dix ans. Nous sommes ici loin d'un vrai best of, puisque manquent à l'appel les plus grandes réussites du chanteur post-guévariste, qui datent toutes de l'avant-85.
    • Album The Meilleur of Renaud
Rock
  • ?-03-86, Renaud Séchan : chanteur de choc text="#000000" bgcolor="#FFFFFF" link="#0000FF" vlink="#800080" background="bg.jpg">   Étiqueté rocker-musette de France, Renaud est malgré lui le héros de toute une génération sacrifiée... et sanctifiée. Il lui a donné un croc. Et en 1985, elle a croqué à belles dents dans son Mistral Gagnant tout neuf, la friandise préférée de son enfance, également le titre de son dernier album. Partout, le bon goût dans la bouche... sauf chez les British qui n'adhèrent pas à la rhétorique anti-Thatcher du 45t Miss Maggie. Suivent les vomissements et les coliques. Première indignée, la presse britannique. Deuxième grand frustré, Jeremy Nicholas, chanteur de troisième zone qui profite de cette polémique pour effectuer un retour parfaitement con. Renaud répond calmement : "Sa réponse est complètement nulle ! "  .  PAR ALAIN DENISET FRÉDÉRIC TOMESCO 6 8-86 Dix-huit années que Renaud Séchan attaque et encaisse les coups Il a secoué Miterrand sur le nucléaire, Georges Marchais sur la lutte des crasses et la France, jeune ou vieillotte, à droite et à gauche, devant Springsteen, au Parc de la Courneuve, il a succombé À Moscou, l'été dernier, il s'est écroulé lorsque 3000 jeunes l'ont déserté Paf ! Le déserteur de toute évidence, ne pouvait plaire attaqué la veille par une escadrille de B 52 furieux chez Swann, sur Prince Arthur, Renaud, l'après-midi de notre rencontre, avait trop à dire pour qu'on l'interrompe Ce qui suit n'est pas une interview, mais plutôt le monologue de Renaud, dépecé en six tranches à consommer de préférence avant son retour en juin. Lisez Renaud Je pensais que Miss Maggie allait faire 1 partout, balle au centre Après la réponse de l'Anglais, ça fait 2-0 pour moi. Sa chanson est franchement plate, nulle et xénophobe Je m'en suis pris à une bonne femme politique que je n'aime pas. Je n'ai pas voulu faire une chanson anti-britannique. Mais ça leur a permis de ressortir l'antipathie ancestrale entre nos deux peuples. Il suffit seulement d'un prétexte pour qu'ils manifestent le mépris qu'ils nous portent. C'est souvent réciproque d'ailleurs. On est un peu les Belges des Anglais. Nous, on a les Arabes, les Belges. Les Américains ont les Polonais. vous avez les Newfies, Pour les Anglais, c'est les Français.Reagan, je le trouve aussi nul que Margaret Thatcher. Mais lui c'est un mec, alors peut être qu'on l'accepte mieux. Peut être que j'attends d'une même au pouvoir autre chose comme attitude une autre façon de gouverner, de régler les problèmes, une façon plus humaine C'est pour ça que j'ai eu envie de l'allumer, de me la faire. "En France, les gens se rabattent sur la droite parce que c'est toujours l'éternel débat gauche-droite. Et puis les Français ne sont jamais contents Ils ont eu la droite pendant vingt ans, ils ont voulu la gauche. Six mois après, la gauche s'écroulait dans les sondages. Les Français sont des veaux, disait de Gaulle C'est normal, c'est un peuple d'anarchistes, latin et bordélique Ça fout l'ambiance !  "En 81 et l'année qui a suivi, c'était l'euphorie, Les gens croyaient que les choses allaient vraiment changer Mais dans la vie quotidienne, les flics sont toujours des flics L'utopie de croire que les flics socialistes seraient plus gentils que les flics de droite. En fait, le pouvoir change, mais la police reste, l'armée aussi, les fonctionnaires les grattes papier, les administrations Tout ça ne bouge pas La justice, c'est toujours une justice de classe qui condamne un mec à vingt ans de prison quand il a tué un flic et qui libère, presque avec des excuses, un type qui a tué un Arabe. Les jeunes aussi sont désabusés. Ils se réfugient dans le rock'n'roll, la dance music, les boites et la dope. Je trouve ça un peu tristos. Pour les mobiliser dans la rue comme en 68, il faut menacer de couper les ondes à une FM, NRJ en l'occurrence Il y a eu 100000 jeunes qui sont descendus dans les rues pour réclamer le droit d'écouter Michael Jackson. Deux jours avant, Il y avait une manif pour les émigrés et il y a eu 12000 personnes. Pour la pub ? Pour l'instant, non. Dans le futur, peut-être. Il faudrait vraiment que ce soit un produit qui me branche. Et puis une pub qui soit très drôle ou très belle. Il faudrait que j'ai besoin d'argent surtout (rires)! Car c'est pas notre métier, c'est pas mon truc. À Moscou, l'été dernier, au festival mondial de la jeunesse Je n'avais pas trop d'illusions sur ce que pouvait être le communisme. Mais plutôt des illusions quand à ta force de ces gens là et leur machiavélisme. Et surtout, ça m'a ouvert les yeux sur la soi-disant entente entre tes différents partis communistes européens et soviétiques. C'est un parti frère, mais pas forcément un parti ami. Vous choisissez vos amis, jamais votre famille. Parce que je suis arrivé là- bas, quasiment avec la caution du parti communiste français, je me suis fait démolir par le parti communiste russe. Les communistes français étaient aussi emmerdés que moi plus même. Les Russes n'ont pas supporté que le parti frère amène dans ses bagages un artiste un peu trop libertaires à leur goût. Déjà, le fait que je puisse aller chanter là- bas, je me disais qu'il y a des choses qui bougent, des gens qui ont envie de faire changer les choses. Il y a une espèce d'ouverture et puis j'en suis revenu. De retours à Paris, je me suis mis écrire Mistral Gagnant, le résultat de toute ma révolte communiste soviétique et autre. Un soir je bouffais dans un restaurant et on me dit : Tu sais qui bouffait là hier ? Bruce Springsteen ! J'ai dit Wow ! C'est pas possible, Il fallait me téléphoner, enfoiré ! Le patron, comme c'était un restaurant italien, ne le connaissait même pas. Ma, qui cé céloui-la? Zé né connais qué Miké Zajjer et Michel Platini Vraiment! Toujours est-il que j'ai su que Springsteen était à l'hôtel Warwick Je me suis dit. Putain, je vais aller le voir il chantait samedi et dimanche à Paris..Tout le monde a dû lui offrir du vin pendant toute sa tournée, c'est nul. Fallait que je lui lasse un cadeau mais mieux. Je me suis dit : je vais lui offrir ma guitare une Telecaster 59 rouge très belle très beau son. t je me suis pointé à l'hôtel avec ma guitare sous le bras Je ne voulais pas le rencontrer j'avais trop peur. D'ailleurs je n'y croyais même pas. J'ai déposé la guitare à la réception en disant : .Portez cette guitare à Monsieur Springsteen ou à son manager, mais à personne d'autre. J'ai mis un petit mot dans lequel j'avais dit,  dans un anglais super balaise parce qu'on m'avait aidé. Salut, je suis Renaud, tu me connais pas, mais je te connais, connais un peu. Beaucoup même je suis chanteur, ceci cela. Je voulais le filer ma guitare pour tout ce que tu as fait pour les chômeurs en France, les mineurs en Angleterre et pour les enfants d' Afrique à travers USA For Africa. Quant à ce que t'es fait pour le rock'n'roll, l'histoire se souviendra et te remerciera. Et j'avais terminé par: "Je serai dans la foule dimanche Tu ne peux pas me rater, j'ai les cheveux longs et un blue jean!. Et le dimanche, j'avais le coeur qui battait à 140. Je me retrouve dans le concert avec 60 000 personnes, dans le carré des invités. A l'entracte, il y a une fille de le production qui me prend le bras : Renaud, viens vite, y a Springstean qui veut te rencontrer, te dire merci et tout. J'étais sûr que j'allais me retrouver comme un môme devant son idole.J'ai couru derrière, backstage Et là, j'ai vu Clarence Clemons, Madame Springsteen et Max Weinberg qui jouaient au ping-pong. J'étais là j'avais peur, peur. Y avait aussi Caroline de Monaco qui avait eu droit à une audience. II va vous recevoir dans cinq minutes dans sa caravane, me lance une fille. Elle revient "Are you Mister Renaud ?" Au moment où j'allais monter, Springsteen descend de sa caravane Hi man! (Renaud serre la main à la façon d'Erik Le Rouge). et ça fait peur. Et en plus, il est plus petit que moi.II était tout humble et mignon Il se penchait en avant avec ses petites mains croisées sur son buste Tout maigre et il disait. Thank you, thank you, thank you ! C'était vachement touchant. Et après, il m'a demandé si je faisais du rock'n'roll J'avais envie de lui dire que quinze jours avant, j'avais eu deux fois plus de monde que lui au même endroit mais je n'ai pas osé! Et après deux minutes, il m'a serré la paluche et il est parti. Je ne me suis pas lavé la main depuis. - Les trois plus grands rockers? -Springsteen, Elvis et Mick Jagger - Et du côté francophone?

11 novembre 2000

Renaud à la une : Julien présente les couvertures de magasines sur lesquelles Renaud est présent.

2 novembre 2000

Le Monde
  • 24 novembre 1994, La Belle de Mai > Le Monde du Jeudi 24 novembre 1994, page 36 par SOTINEL THOMAS Livré dans une jolie boîte métallique, comme celles qui contiennent des crayons de couleurs, le disque de Renaud est une tentative de réconciliation avec les larges masses. Conséquemment, Renaud Séchan a demandé à des amis, connaissances et collègues de sa maison de disques de composer quelques mélodies à la fois mémorables et compatibles avec la voix blanche du créateur de Putain de camion. A l'image de l'emballage coloré et accueillant, les arrangements se sont faits pimpants ou gentiment nostalgiques. Cet album commence bien, par la Ballade de Willy Brouillard, nouveau chapitre de la chronique des banlieues selon Renaud, portrait d'un îlotier malheureux sur fond de slide guitar irréprochable. Lui succède A la Belle de mai, la chanson qui donne son titre à l'album, pagnolade autour du thème de l'étranger qui achète l'équipe de foot de Marseille sur un rythme mariachi. Renaud, parigot récemment adopté par les ch'timis, a le culot de prendre l'accent marseillais pour se mêler de ce qui ne le regarde pas, et c'est plutôt sympathique. C'est ensuite que les choses se gâtent, avec une paire de chansons dont la musique est signée Julien Clerc (la seconde, le Sirop de la rue, empruntant note pour note son introduction au I Want You de Bob Dylan). Renaud nous refait le coup de l'enfance sans fin, des concours de châteaux de sable et du Mercurochrome au genou. Malgré les astuces de la production de Jean-Louis Roques, le reste du disque reste entravé par ce sentiment de déjà-entendu. Devant les lavabos, fantasme laborieux sur les conversations féminines au moment du raccord de maquillage, n'est que le remake de la chanson que Renaud avait déjà consacrée à l'intérieur du sac des femmes. Quand il pousse un cri déchirant devant l'arrivée du premier cheveu blanc, on se demande ce que lui arrachera la pose de son premier bridge. La série des élégies à sa fille s'augmente du portrait du gendre idéal selon le chanteur (Mon amoureux). Les exigences de Renaud pour sa fille - un chic gars qui ne fume pas, mais qui est insoumis; protestant et nul en gym - sonnent si vraies, entre possessivité et conformisme anarchiste que la chanson en devient ridiculement touchante. Et comme Renaud oublie toujours à un moment ou à un autre de se taire, il faut faire avec une profonde ineptie géopolitique intitulée - sur un rythme brésilien - Viva Zapata, qui présente la narco-culture en Amérique latine comme une revanche des pauvres sur l'impérialisme. C'est que Renaud ne se refait pas. Avec ce disque il est arrivé à se ravaler, ce n'est déjà pas si mal.
    • Album A la Belle de Mai
    • Julien Clerc
    • Jean-Louis Roque
  • 12 octobre 1988, Renaud au Zénith La fraternité exigeante > Le Monde du Mercredi 12 octobre 1988, page 16 Renaud au Zénith La fraternité exigeante par FLEOUTER CLAUDE Le chanteur offre son plus beau spectacle entre trois saluts à Johnny Clegg (Jonathan), Coluche (Putain de camion) et sa fille Lolita (Il pleut). Renaud est de retour au Zénith avec comme décor de son nouveau spectacle un arbre géant comme ces chênes centenaires plantés au milieu d'une clairière mystérieuse bordée par des coquelicots. Renaud revient " nature " avec une dynamique intacte, ses coups de coeur, ses coups de gueule et une insolence qui, plus que jamais, sous-tend la fraternité. Renaud prend de nouveau plaisir à jouer avec la spontanéité, la fantaisie, à multiplier les libres propos, à livrer des gags d'humour froid avec ses complices musiciens qu'il appelle les " croque-notes ". Rien n'est ici truqué, calculé. Le chanteur qui se définit dans un rire comme " rien-du-toutiste ", renoue constamment avec la vie dans un mouvement sans fin, avec une exigence à l'égard de soi. Amoureux fou de la chanson depuis toujours, Renaud a exploré le patrimoine au gré de coups de foudre, de rencontres avec un auteur dont il a alors fait le " tour " : après Aristide Bruant, Montéhus, Fréhel, il a ainsi découvert, il y a dix ans, le Trenet de la Folle Complainte et de Débit de lait, débit de l'eau, et il connait par coeur le répertoire de Georges Brassens. Mémoire vivante de la chanson populaire, il a été, paradoxalement, d'autant plus à l'aise pour s'envoler de ses propres ailes, marquant seulement cette connaissance passionnée par un éclectisme musical, donnant à ses chansons la forme d'une valse, d'une java, d'une gigue ou d'une ballade plus ou moins rockifiée. Renaud frappe vite et touche juste. Ses chansons sont comme les branches du chêne : sans le moindre noeud, riches de sève et propres à résister aux modes et au temps. Elles sont si authentiques, si raisonnables dans leur délire parce qu'elles traduisent à la perfection les contradictions de notre vie. Elles portent la chronique d'un événement (les Charognards), tracent un portrait (Jonathan), un pamphlet (hier Miss Magie, aujourd'hui Triviale poursuite : " Question littérature : /Qui a écrit que les hommes naissent libres, égaux ? / Libres mais dans le troupeau / Egaux mais devant les bourreaux ? / J'en sais rien, j'donne ma langue au chagrin / Si tu sais, toi, / Souffle-moi / Souffre-moi "), une caricature (Chanson dégueulasse), un monologue (Il pleut, Me jette pas), un dialogue (Pierrot) ou une interpellation à l'ami disparu (Putain de camion, écrite au lendemain de la mort de Coluche). Renaud imagine ses chansons comme de petits scénarios, avec une tension dramatique et une chute inattendue, parfois en forme de pirouette. Il joue avec les mots, le non-sens, bouscule la syntaxe, invente des expressions (hier encore Laisse-béton, Marche à l'ombre; aujourd'hui ma langue au chagrin) et s'astreint à des règles de construction rigoureuse jusqu'à aboutir à un miracle, à une évidence. Nouvelles chansons (Rouge-gorge, Jonathan, Triviale poursuite, Me jette pas) et anciens succès (Doudou s'en fout, Mistral gagnant et la somptueuse ballade Morgane de toi) forment le répertoire d'un chanteur en pleine maturité, heureux de se retrouver sur une scène superbement éclairée par les fines harmonies de couleurs de Jacques Rouveyrollis.
  • 4 octobre 1988, Une rencontre avec Renaud « Je me suis fait piéger » > Le Monde du Mardi 4 octobre 1988, page 32 Une rencontre avec Renaud " Je me suis fait piéger " Il y a six mois, Renaud a voulu casser une des nouvelles règles du show-biz. En allant d'un extrême à l'autre. Renaud prépare activement une rentrée au Zénith, qu'il veut magnifique : " Les gens attendent de moi, dit-il, de la mise en scène et un décor. Et celui-ci prendra la forme d'un immense arbre sur les branches duquel se trouveront les musiciens. " Renaud est en pleine forme et va prendre ses quartiers porte de Pantin pour un mois. Avec le plaisir de se retrouver face au public et de se livrer au jeu de l'échange, tant par des libres propos que par les chansons de son nouvel album - Putain de camion, - des titres plus anciens comme Mistral gagnant et peut-être Dans mon HLM, pour lequel Claude Duneton, dans la préface au recueil de ses chansons (1), signale une coincidence rigolotte, une préfiguration par Landragin, un chansonnier de 1880. Celui-ci avait intitulé une complainte Histoire de ma maison et décrivait la même chose, sauf que l'immeuble ne comptait que six étages et qu'au sixième il y avait Clarisse (et non Germaine) pour " construire un monde rempli d'enfants. Et quand le jour se lève, on s'quitte en y croyant. C'est vous dire si on rêvait ! ". Renaud est impatient. Depuis son premier album, il y a douze ans, il a su garder le ton juste, une authenticité dans une langue qui devient très vite celle de tout le monde. Et le temps s'est arrangé pour multiplier les diverses images du chanteur, donc pour le rendre d'abord " nature ". Mais les données du show-biz ont, entre-temps, changé. Le Top 50 et le Top 30 ont imposé un pouvoir sans contrepoids. A tel point que même Jean-Jacques Goldman, champion des ventes d'albums depuis quelques années, en a subi récemment les conséquences : en tournée depuis mai dernier, il a dû annuler quelques dates fin août, son dernier 45 tours ne donnant aucun titre au Top 50. Un autre 45 tours est alors sorti en septembre, et une chanson caracole de nouveau en tête du hit-parade. Les dates annulées il y a trois semaines ont été reconsidérées, et la tournée est repartie avec un potentiel maximal de public. Renaud est inquiet parce qu'il n'est pas à l'abri de manifestations de ce genre. Juste avant la sortie de son album, au printemps dernier, il a voulu rompre avec les règles de l'industrie musicale qui imposent notamment à l'artiste de faire la promotion tous azimuts de son " produit ". " Partagé, dit Renaud, entre le ras-le-bol de devoir me justifier dans cent émissions de radio et trente de télévision, et l'envie viscérale de m'exprimer en dehors même de mes complaintes, j'ai eu finalement une trop grande confiance en la capacité de mes chansons à se défendre toutes seules. J'ai refusé les médias. Je me suis fait piéger. Je me suis autobaillonné. D'autant plus que je n'ai pas fait de prouesses au Top 50. Résultat : je me suis aperçu que, dans les régions, des gens qui m'aimaient bien ignoraient la sortie de l'album. Je me suis planté. Je reprends un peu du collier pour dire : voilà, j'ai un spectacle au Zénith. J'ai envie de m'éclater sur scène et de donner du bonheur à ceux qui m'aiment. "
    • Zénith
    • Album Putain de camion
    • Chanson Dans mon HLM
    • Jean-Jacques Goldman
    • Relations avec les médias
  • 20 mai 1992, Une rencontre avec Renaud « L'homme qui plantait des arbres » La rentrée parisienne d'un quadragénaire indigné, RENAUD au Casino de Paris > Le Monde du Mercredi 20 mai 1992, page 17 MUSIQUES L'homme qui plantait des arbres La rentrée parisienne d'un quadragénaire indigné RENAUD au Casino de Paris MORTAIGNE VERONIQUE Ils ont envie de chanter Germaine. Lui non. " Elle est vieille, celle-ci, je me souviens plus des paroles. " Son truc, c'est Marchand de cailloux, les chansons du nouvel album où le héros des rades glauques et des banlieues-mobylettes passe en revue ses sujets de rancoeur du moment : le Paris-Dakar, les femmes (Olé, chanson anti-corrida d'un sexisme rare), Libé, France-Intox, Bernard Tapie, les dimanches, la guerre du Golfe, et Tonton, président finalement épargné au Casino de Paris, après un raccommodage express. Pour fêter ses quarante ans (il est né un 11 mai, jour de sa première au Casino de Paris), Renaud a imaginé un spectacle épuré. Ni tapis de gazon artificiel, ni lumières chavirantes, ni Soldat Louis en première partie comme précédemment au Zénith. Un accordéon, une basse, une guitare, une batterie (Jean-Louis Roques, Michel Galliot, François Ovide), quelques touches de clavier, et un homme à tout faire (Geoffrey Richardson, violon, mandoline, clarinette, thin-whistle...) pour rappeler les nouvelles amours, irlandaises, du chanteur français. Un décor à base de projecteurs de cinéma ronds et rétro, des éclairages à l'avenant. Soirée intime, " pour faire chaud au coeur " aux potes venus en bande ou en autocar s'asseoir dans les fauteuils rouges du Casino. On gagne au change. Du balcon, on chante Happy Birthday, on lance un ballon auquel on a attaché un mot gentil, on réclame Germaine. Renaud résistera jusqu'au quart d'heure final, où, le coeur sur la main, il survolera en quatrième vitesse la chanson fétiche des rêveurs de HLM. Mais le Renaud version ras-la-banlieue, révolte à fleur de peau et fantasmes de Katmandou par posters interposés, ne se livrera que par quelques bribes : Manu (" Une gonzesse de perdue, c'est dix copains qui reviennent "), En cloque, Pierrot, Marche à l'ombre, Dès que le vent soufflera, Fatigué... L'heure est grave et les positions affirmées : engagement écologique; écoeurement face au show politico-médiatique (" Et dire que chaque fois que nous votions pour eux/ Nous faisions taire en nous ce cri : " Ni Dieu, ni maître ! " / Dont ils rient aujourd'hui puisqu'ils se sont fait Dieu/ Et qu'une fois de plus nous nous sommes fait mettre "); anti-militarisme viscéral, développé depuis Ça suffat comme ci, contre-poids au sommet des sept pays les plus industrialisés et aux commémorations officielles de la Révolution française en juillet 1989, et, plus encore, après la guerre du Golfe, qui faillit consommer le divorce entre le chanteur têtu et Tonton " bloc de granit ", " grand chêne ", qui " a un caillou dans sa chaussure " . Acordéon en bandoulière ou guitare de guinguois, Renaud, " loubard périphérique ", prend la scène en douceur, en navigateur à l'esbroufe, en fils indigne ou en amoureux, partagé entre la maman et la putain. Lorsque le naturel lui revient, quand il parvient à arrêter la fuite précipitée des mots qui, aujourd'hui, jusqu'à la caricature, lui sert de texture mélodique, il est sur scène d'une tendresse touchante, d'une couleur à lui seule accessible. Hargneux à bon escient (Mais où qu'c'est qu'j'ai mis mon flingue), auteur inspiré, fils de la chanson réaliste française (Hexagone), Renaud parvient à s'extraire des pièges qu'il s'est lui-même tendus. Exemple, la version très finement allégée sur scène d'une des chansons les plus larmoyantes de l'album (Dans ton sac, incursion affectueuse dans le bric-à-brac du sac à main de l'aimée). Renaud a choisi d'être au Casino de Paris. Il l'explique dans un programme détaillé, vendu - fait d'exception - bon marché et sans publicité, et enrichi d'une pétition à découper contre le projet autoroutier de la vallée d'Aspe dans les Pyrénées (voir Les articles de ce thème). Pour marquer son contentement et satisfaire l'attente d'un public qui l'aime pour toutes les victoires anti-consensuelles remportées depuis 1975, Renaud offre de petits cadeaux : un film et deux chansons inédites. L'une, insignifiante, Toute seule à une table, est destinée à Sida Urgence, la compilation concoctée par sa maison de disques, Virgin, au profit de la recherche sur le sida (à sortir fin mai). L'autre, Welcome Gorby, plus drôle et plus décapante, avait disparu de l'album au dernier moment : " On ne sait jamais, s'il avait pété les boulons ! Mais maintenant qu'il s'est fait lourder par un gros con [Boris Eltsine] !... " Mais il y a surtout l'inhabituel prologue à la soirée choisi par Renaud : du cinéma. Présenté en alternance, un jour sur deux, avec trois autres courts-métrages à sensibilité écologique, L'homme qui plantait des arbres est un merveilleux film d'animation (Oscar à Hollywood en 1987), réalisé au Canada sur un texte de Jean Giono par Frederic Back, et où l'on retrouve la voix de Philippe Noiret. Les dessins (au pastel, au crayon) sont superbes, l'histoire - celle d'un berger solitaire qui fait revivre une forêt à lui tout seul - édifiante. Une demi-heure de bonheur plus tard, Renaud entonne " J'ai voulu planter un oranger ". Une ballade nord-irlandaise, juste une cause en plus.
Libération
  • 24 juin 1997, France Inter poursuivie pour avoir diffusé une chanson de Renaud > Libération du Mardi 24 juin 1997, page 41 TELEVISION France Inter poursuivie pour avoir diffusé une chanson de Renaud. Vingt ans après Gainsbourg et Aux armes etc., c'est une chanson de Renaud, la Médaille, qui insupporte une poignée de militaires susceptibles. Pour avoir diffusé en décembre dernier ce morceau dans lequel il est question d'un pigeon qui décore de fiente la statue d'un maréchal de France et de "tout le sang du monde par vos sabres versé...", la direction de Radio France, via Michel Boyon son PDG, se retrouve devant la justice. C'est l'Association de soutien à l'armée française (Asaf) qui n'a pas digéré cette chanson jugée particulièrement antimilitariste. l'Asaf réclame 10 000 francs de dommages et intérêts. Hier, la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris a tenté d'écouter, dans les grésillements d'un petit magnétophone, l'objet du délit. La cassette étant mal calée, le magnétophone a d'abord diffusé "...que même dans la Légion, z'ont fini par le j'ter...". La présidente a reconnu la chanson Mon HLM. Puis ce furent quelques notes de la Belle de Mai, consacrée à Bernard Tapie. Enfin vint la Médaille. Selon le Parquet, le morceau est "manifestement injurieux". Le tribunal rendra son jugement le 8 septembre. La suite :09-09-97 : Le PDG de Radio-France relaxé pour une chanson de Renaud
    • Chanson La Médaille
  • 9 septembre 1997, Le PDG de Radio-France relaxé pour une chanson de Renaud > Libération Mardi 9 septembre 1997, page 39 MEDIAS Le PDG de Radio-France relaxé pour une chanson de Renaud. suite de France Inter poursuivie pour avoir diffusé une chanson de Renaud Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé hier Michel Boyon, le PDG de Radio-France. Celui-ci était poursuivi par l'Association de soutien à l'armée française (Asaf) pour avoir diffusé sur France Inter une chanson de Renaud intitulée la Médaille, le 17 décembre 1996, dans l'émission Bonjour les hirondelles. Dans ce morceau, il est question, par exemple, d'un pigeon qui décore de fiente la statue d'un maréchal de France. La 17e chambre du tribunal a considéré que la chanson, jugée particulièrement antimilitariste par l'Asaf, contenait des offenses envers l'armée française mais que la poursuite ne pouvait être intentée qu'à la demande du ministre de la Défense. L'Asaf réclamait 10 000 francs de dommages et intérêts en estimant que la chanson portait atteinte à la mémoire des anciens combattants et victimes de guerre.
    • Chanson La Médaille

21 octobre 2000

La Presse
  • 18 juillet 1992, Le Cahier du Samedi - Pourquoi laisser béton ? > La Presse Le Cahier du Samedi du Samedi 18 juillet 1992 B6 Spectacles Pourquoi laisser béton ?Pontoreau, Pascale HABITUELLEMENT, les acteurs rêvent de chanter. Richard Berry, Patrick Bruel, Isabelle Adjani, Catherine Deneuve... et puis, il y a les chanteurs qui rêvent de faire du cinéma, quand ils n'en font pas déjà un brin sur scène. Eh bien, il ne reste plus que quelques semaines à Renaud pour faire le grand saut. Dès le début du mois prochain, et pour une durée de huit mois, le loubard parisien se retrouvera devant la caméra, premier rôle, oui monsieur! en charmante compagnie. Rien de moins que Miou-Miou et Depardieu à ses côtés, dans un film de Claude Berri et un grrros budget de quelques 32 millions de dollars pour l'adaptation du Germinal de Zola. «Je suis très angoissé en pensant au moment où Berri dira «Moteur!». Je pense que j'ai encore plus peur que la première fois que je suis monté sur scène. Parce que là, ce n'est pas du tout mon élément. Pour l'instant, je me maudis vraiment d'avoir accepté un tel projet!» En attendant, Renaud vient se relaxer aujourd'hui au Parc des îles de Montréal, et lundi soir à l'Agora de Québec. Renaud n'est tendre avec personne. Ni avec lui, ni avec les autres. Et ce n'est pas nouveau. En 1974, quand il a commencé, à 22 ans, il donnait plutôt dans la dérision. Des textes qui parlaient de banlieue parisienne, de mobylettes et de baston. Puis, ce fut le côté coeur avec l'apogée de Mistral gagnant. Vint, la désillusion acerbe de Putain de camion. Avec son dixième bébé, Marchand de cailloux sorti en octobre dernier, Renaud retourne à la tendresse mais la plume n'a rien perdu de sa causticité. «Il y a plusieurs générations de pasteurs dans la famille de mon père. Et, je me sens très proche de la rigueur et de la générosité de cette communauté qui a toujours lutté contre l'injustice et défendu les opprimés. Je me sens bien avec l'éducation protestante austère et puritaine que j'ai reçue. C'est sûrement pour cela que je ne peux m'empêcher de dénoncer. Mon défaut, c'est de choisir mon camp un peu trop vite et du coup, de parler parfois sans trop savoir. Je manque de retenue, j'agis sur des certitudes.» D'habitude avec l'âge, l'agressivité laisse tranquillement sa place à la lassitude. Renaud a beau essayé de s'en tenir à des histoires qui plaisent à sa blonde - comme le tendre Dans ton sac sur lequel j'ai quasiment versé une larme! - il ne peut renoncer au combat contre la bêtise, les excès, les cons... Sur Marchand de cailloux, les cons prennent les allures de «500 blaireaux sur leurs motos / Ça fait un max de blairs / Aux portes du désert...». La course Paris-Dakar, ses millions de dollars et ses enfants Africains tués chaque hiver n'ont qu'à bien se tenir. «Les enfants sont la seule cause pour laquelle je n'arrêterai jamais de me battre,» précisera Renaud Séchan. L'enregistrement de l'album à Londres avec le producteur Irlandais Pete Briquette laisse d'excellents souvenirs au chanteur. «Les musiciens anglais ont contredit la réputation selon laquelle ils méprisent tout ce qui vient de France. Ils m'ont accepté alors qu'ils ne me connaissaient pas du tout. Ils ont travaillé comme des fous sans passer leur temps à réclamer des hausses de salaire et le paiement d'heures supplémentaires comme l'exigent les Américains. J'ai vraiment beaucoup apprécié de travailler avec eux. Et puis le fait d'être à Londres me donnait un air de vacances.» Peut-être ces conditions justifient-elles l'atmosphère paisible qui émane du disque. À force de tirer des boulets chauds sur tout ce qui bouge croche - «Je suis sollicité quotidiennement pour, au mieux signer une pétition, mais aussi pour un concert (la semaine dernière, nous avons organisé un spectacle au Pays Basque pour sauver les 13 derniers ours des Pyrenées) un soutien financier, un meeting, etc» - le chanteur risque de perdre quelques plumes dès que sa ligne de conduite s'égare. En France, il a déjà pas mal payé remarquez. Cependant, si on le lui demandait, il viendrait sans hésiter à la rescousse du français d'ici. Peut-être est-ce cela le charme de Renaud. Moi qui l'ai approché avec des préjugés gros comme le bras, j'ai capitulé devant son honnêteté, sa gêne. Comme un adolescent, il fonce dans le tas, se rebellant contre les gros et les méchants. Comme un enfant, il attendrit. Son public de jeunes a d'ailleurs suivi. Il y a de nouveaux jeunes, mais il y a aussi les jeunes de son époque qui ont vieilli. Ceux qui rêvent encore de justice le suivent toujours. Ceux qui ont viré de bord le dénigrent. Une chose certaine, son retour aux sources de balades irlandaises ne peut que séduire le romantique qui sommeille en nous.
  • 12 octobre 1991, Un Renaud inchangé avec d'autres cibles > La Presse du Samedi 12 octobre 1991 D14 Un Renaud inchangé avec d'autres ciblesBrunet, Alain °Avis aux amateurs de changement et aux dépisteurs de redondance, Renaud mène sa barque sans faire de vagues, pêche paisiblement à la ligne et se fait Marchand de cailloux, le temps d'un nouvel album qui en fera spéculer plus d'un. «Avant-hier, un journaliste belge m'a dit qu'il n'y avait pas beaucoup de surprises sur mon disque, que personne ne serait dérouté, que mes thématiques étaient prévisibles. Je lui ai répondu que je ne faisais que ce que je savais faire, que j'aimerais bien le surprendre mais que, bon, il ne faut pas que je trahisse mon écriture, mon univers, pour arriver à mes fins», explique Renaud Séchan, quelques heures à peine après son atterrissage en sol québécois. «Il y a des gens pour qui une certaine forme de stabilité est un gage de conséquence envers soi-même. De vieux fans m'abordent et me disent: c'est bien, tu n'as pas changé», ajoutera l'artiste. Cool, bavard tranquille, Renaud Séchan débarque à nouveau à Montréal, le temps de présenter son p'tit dernier fait avec coeur et application. Avec Marchand de cailloux, Renaud pitche des roches à pleines pognées sur ses nouvelles cibles. L'allégorie du marchand est simple: le marchand de sable endort les jeunes, celui de cailloux les éveille. Dans 500 connards sur la ligne de départ, Séchan tire à gros boulets sur les compétiteurs de la course Paris-Dakar, «des fils à papa qui prennent l'Afrique pour leur terrain de jeu». Dans Olé, il aborde le concept de la corrida comme débat de société; il tente ainsi de décrire les opposants du fameux rituel bovin, «dont les pour tiennent un discours esthète des plus articulés, mais dont les contre, avec qui j'ai tendance à être d'accord, ont des arguments si faibles, si naïfs». Dans l'Aquarium, Séchan préfère regarder les poissons que d'observer les nouvelles ayant trait à la guerre du Golfe, dont l'implication française lui a pué au nez. Dans le Tango des élus, la désillusion pèse lourd sur Mitterand, alias Dieu. Est-il besoin d'expliquer ? Le beau Roch Dans Ma chanson leur a pas plu, la suite de la première (un de ses classiques, où il se payait la tête de Lavillier, de Cabrel et autres figures importantes de la chanson française), il est question de notre beau Roch national: quand j'ai filé au Québec pour rencontrer Roch Voisine, je l'ai trouvé tellement beau mec que j'ai pris trois aspirines. Maman avait raison j'aurais dû me faire bûcheron, de chanter Renaud. Opération bidonnage... Il y a aussi un truc sur un copain détenu, un autre sur les femmes de sa vie et les truites qu'il adore pêcher. On en passe. «Je suis un chanteur réaliste», estime Renaud, se considérant chroniqueur de la vie humaine plutôt qu'auteur de fiction. Loin d'être sur la défensive, le Renaud. En quelques jours, il donnera plus d'entrevues aux médias québécois qu'en France en une année ! «Ici, c'est pas mon pays, allègue Renaud. Je n'ai pas à juger vos médias, c'est pas mon problème. En France, je l'ai fait; je me suis jadis déchaîné contre quelques dizaines de journalistes et toute la communauté médiatique s'est sentie attaquée. Là-bas, j'ai l'impression de passer au tribunal lorsque je me livre à un journaliste, pas ici. C'est qu'on ne m'a pas encore découvert totalement». En France, on a effectivement fait rôtir Renaud à maintes reprises. On a écrit notamment qu'il n'était pas à la hauteur de ses orientations dénonciatrices et progressistes, que la réussite de sa carrière (et, par voie de conséquence, l'excellente santé de son compte en banque), était une contradiction flagrante et répréhensible. «On a dit que j'étais pas un vrai et que chez moi, on buvait le thé avec le petit doigt en l'air», se rappelle l'artiste, le sourire en coin. Il se rappelle également que la presse française avait repris une nouvelle de notre Presse, lorsque Renaud s'était acheté une maison à Outremont -qu'il occupe régulièrement, surtout au temps des Fêtes. Voir l'article de Libération et celui de La Presse «Ici, j'assume très bien. Soit dit en passant, tout est relatif: une très belle maison ici a la même valeur marchande qu'un appartement trois pièces à Paris. Alors moi, j'avais les moyens, je me la suis payée, c'est tout. De toute façon, je ne me plains pas, jamais je n'irai chialer sur les impôts que l'État me soutire. Des gens comme Yves Montand et Alain Barrière le font, et je trouve ça odieux. Ils font au moins dix fois ce qu'un ouvrier moyen gagnera toute sa vie durant». Renaud itou.
  • 25 mai 1989, Tribune libre - Ce nouvel outremontais : [le chanteur Renaud] > La Presse Tribune libre du Jeudi 25 mai 1989 B2 Ce nouvel outremontais : [le chanteur Renaud]Cormier, Sylvain La très grande perspicacité du journaliste Yves Boisvert, du journal La Presse, lui a permis de découvrir que le chanteur français Renaud Séchan s'est récemment porté acquéreur d'une magnifique résidence sur la montagne. Comment se fait-il, semble se demander ce journaliste, qu'un défenseur de la veuve et de l'orphelin, qu'un pourfendeur de «ces complices du pouvoir», qu'un «bum», puisse habiter là-haut ? Bien sûr, on devine que M. Boisvert sous-entend que Renaud est «récupéré». Sachez, très cher monsieur, que vous n'êtes pas le premier à écrire des sottises à son sujet. Renaud, je te laisse répondre: T't façon, j'chante pas pour ces blaireaux et j'ai pas dit mon dernier mot C'est sur'ment pas un disque d'or ou un Olympia pour moi tout seul qui me feront virer de bord qui me feront fermer ma gueule Il pourrait tout aussi bien dire: C'est sur'ment pas un disque d'or ou une maison à Outremont... Moi j'aime bien ce nouveau Québécois et je lui souhaite la bienvenue. Sylvain CORMIER Montréal
  • 21 mai 1989, La Jeune Presse - Renaud, tout un français > La Presse La Jeune Presse du Dimanche 21 mai 1989 Spectacles Renaud, tout un françaisBlin, Sébastien Montréal -- La tournée est finie au Québec et en Ontario, pour Renaud. Après avoir donné ses concerts à Québec, Saint-Pierre-et-Miquelon, Montréal, Laval et Ottawa, Renaud a repris le chemin de la France afin de prendre quelques jours de repos. Né à Paris le 11 mai 1952, sous le signe du taureau, les yeux bleus ou verts selon les jours et son humeur, 1,78 m pour 57 kg, Renaud Séchan est naïf, patient, attentionné. Mais il peut aussi être triste, possessif et jaloux. Il est tatoué sur les deux bras: une rose rouge, une chaîne brisée et le prénom de sa femme, Dominique. Renaud a commencé à chanter dans les cabarets de Paris et de Bruxelles. Il écrit ses chansons en se basant sur des faits et dit tout haut ce que bien des gens pensent tout bas. Son premier album, parut en 1980 et fut un grand succès. Dans ses concerts, Renaud se déplace modérément. Entre ses chansons, il fait des sketches. Mais des sketches politiques qui parfois concernent la langue française au Québec. Ce qui lui a valu de faire la une des journaux, «Renaud insulte la langue anglaise». Renaud a même déclaré que le jour où il aurait le droit de vote au Québec, il voterait pour «l'indépendance». Au fond, il n'est pas si méchant que ça. Tout au contraire, il adore son public, quel qu'il soit, français, anglais... Plusieurs artistes québécois, Robert Charlebois et Gilles Vigneault entre autres, sont venus l'encourager au théâtre Saint-Denis à Montréal. En fait la vie d'artiste n'est pas si facile, c'est une vie d'aventures, avec ses hauts et ses bas. Mais, Renaud a son secret pour maintenir son équilibre: sa femme Dominique et sa petite fille Lolita qu'il adore.
  • 25 janvier 1989, Renaud : un succès monstre > La Presse du Mercredi 25 janvier 1989 Renaud : un succès monstreLavoie, Denis Excitante performance d'un Renaud drôlement provocateur, hier soir, au théâtre Saint-Denis. Le chanteur français a en effet osé ranimer la flamme nationaliste par une habile allusion à la loi 101, arborant sur scène le fleurdelisé. Il a poussé l'audace jusqu'à suggérer sa propre version de la loi 178 : «Le français en dedans et les Anglais dehors!». Humour mordant, incisif, qui n'a pas manqué de séduire. Truffé de commentaires très à propos, malicieux à l'occasion, comme sa dédicace de la chanson Miss Maggie «à la seule vraie grosse maudite Anglaise», le spectacle de Renaud était exceptionnel. Renaud a su faire vibrer la corde nationaliste des spectateurs qui ont allumé leur briquet à quelques occasions, chose qu'on voit rarement ailleurs que dans les shows rock. Mieux que bien d'autres, il a su tirer un habile profit de l'actualité québécoise, se plaisant même à commenter les manchettes de La Presse d'hier. Acclamé dès son entrée en scène, Renaud Séchan devait causer abondamment, avec beaucoup d'humour, pour finalement donner un amusant spectacle, un délicieux divertissement. Il a chanté la plupart des chansons de son plus récent microsillon, y compris la chanson-titre Putain de camion, débutant le spectacle par Cent ans, pour le conclure dans un deuxième rappel avec Jonathan. Le public, enthousiaste, en aurait voulu encore plus, l'acclamant debout. Mieux qu'un simple récital de chansons ou qu'un spectacle à grand déploiement d'effets spéciaux, le spectacle de Renaud se présente comme une rigolade... Engueulades avec les trois choristes et savoureux propos chers aux Québécois ont agrémenté sa performance. Sympathique, donc, cette rencontre avec un artiste français qui sait amadouer un public pourtant gagné à l'avance. Personne ne se risquerait à le traiter de «maudit Français», après qu'il nous ait soulevé par des «propos quasiment racistes» et qu'il se soit aventuré à se dépeindre comme «farouche partisan de l'indépendance du Québec». Il se risque donc à pousser des chansons comme En cloque, faisant bien comprendre ce qu'il veut exprimer, dédiant à sa femme et sa fille présentes Me jette pas. Et après avoir passé les Anglais au vitriol, c'est dans leur langue, «maganée», il est vrai, qu'il a entonné son It is not because you are. Parmi les chansons plus anciennes se glissait aussi Hexagone. Il faut d'ailleurs ajouter que l'artiste n'a pas été plus tendre à l'endroit de ses compatriotes. Renaud a été tout simplement touchant, d'un charme irrésistible, faisant oublier son côté sombre par un humour dynamique qui a humanisé sa performance de plus de deux heures. Devant le succès qu'obtient le spectacle de Renaud, on a décidé d'ajouter une dernière supplémentaire, le dimanche 29 janvier. (Il y a une illustration dans l'article original) Renaud, hier soir, au Théâtre Saint-Denis. -- PHOTO ROBERT MAILLOUX, La Presse
Le Soleil
  • 24 juillet 1993, Un nouveau membre fait partie de Soldat Louis > Le Soleil du Samedi 24 juillet 1993 Les Échos du monde artistique Un nouveau membre fait partie de Soldat Louis Soldat Louis était de passage ici récemment, à l'occasion du 26e Festival d'été international de Québec. Il a été possible d'apprendre que depuis trois mois, un nouveau membre fait officiellement partie du groupe après être demeuré dans les coulisses depuis les débuts de Soldat Louis : il s'appelle Gary Wicknam, et signe et compose la majorité des textes. Wicknam est un pseudonyme, et certains croyaient que Renaud (Séchan) se cachait derrière, d'autant plus que ce dernier les avait parrainés, mais il s'agit plutôt de Renaud Detressand. Cet artiste français (inconnu ici) a entamé sa carrière au début des années 80, et ne voulait pas semer la confusion entre son public et celui de Soldat Louis.

15 octobre 2000

Evénement du Jeudi
  • 20 février 1986, Faut-il dénationaliser Renaud ? > L'Événement du Jeudi du 20 au 28 février 1986 Propos recueillis par Yann Plougastel « Faut-il dénationaliser Renaud ? Le bitume, c'est son paysage. Le flipper, son missel. Sa gueule d'aminche fait un tabac au-delà des anciennes fortifs. Pourtant, que de difficultés à démystifier le personnage, à souligner la distance que le créateur met entre le loubard de ses chansons et lui-même !... Dix ans que la moitié du pays est morgane de lui. Dix ans que l'autre moitié d'orange lui cherche des noises. Bien avant qu'il se mette Maggie à dos et tous les joueurs de cricket, ce gavroche universel faisant pas net. Les mecs de la zone le trouvaient un peu bourge. Dur de chanter le blêmissement des achélèmes quand on a traînassé une adolescence plutôt clean sous des marronniers taillé au cordeau. De là à ce que ses textes sentent l'enfant de Marie converti pour la circonstance en loub' de ZUP... les gens sont si mauvaise langue ! N'a-t-on, pas murmuré qu'il n'écrivait pas ses chansons et comme les musiques s'affichaient relativement chétives, mon Dieu ! qu'en restait-il donc ? Renaud, sa vie, son image et ses pompes, je vous le dis, un perpétuel malentendu. Bâti comme une flûte à mousseux, il porte le perfecto comme un têtard de la petite ceinture, et voilà que le parterre se gausse en se demandant s'il n'est pas taillé dans une manche de celui de Lavilliers... Essuyant les plâtres du Zénith, il y a deux ans, une frange du balcon se gondolait, le traitant de mégalo. Et pourtant. Son spectacle fut l'une des rares réussites complète. L'ÉVÈNEMENT DU JEUDI : En 1984, pendant la tournée en province qui suivit ton spectacle au Zénith, tu déclarais que tu aimerais être candidat à la présidence de la République. Nous sommes à nouveau en pleine campagne électorale. Que vas-tu faire ? RENAUD : je ne suis pas candidat. J'ai dit ça en rigolant. Parce que Coluche avait montré la voie. Mais je ne pense pas posséder le pouvoir d'adhésion que suscitent son humour et sa dérision. Ou alors dans le cadre d'un front des artistes qui regrouperait ceux comme Bedos, Coluche (ou autrefois Balavoine) que les hommes politiques écœurent. Mais va savoir si on ferait mieux qu'eux, ce n'est pas une place que j'envie ! L'ÉVÉNEMENT DU JEUDI : Justement, Coluche et Bedos étaient à Lille pour assister au meeting de François Mitterrand... Tant pis pour eux. Moi aussi, je vote Mitterrand. Mais je ne tiens ni à me faire des ennemis ni à racoler un public.... Assister à de telles réunions, c'est comme lancer un appel. Et je n'ai pas d'appel... j'ai une passion pour Mitterrand, je l'adore. Mais je ne ferai jamais campagne pour qui que ce soit. Tout le monde sait pour qui je suis contraint de voter. Et, crois-moi, ce n'est pas de gaieté e cœur, parce que je ne peux oublier ni l'assassinat d'Eloi Machoro, ni celui du photographe portugais sur le Rainbow-Warrior. L'ÉVÉNEMENT DU JEUDI : Visiblement, connaissant ton audience et la nature de ton public, les socialistes souhaiteraient que tu prennes position... Ca m'agace. Mais cela ne m'empêche pas de dormir. Honnêtement, je n'ai reçu aucune sollicitation. En-dehors de la médaille des Arts et Lettres que je refuse depuis deux ans... Soyons clair. Oui, j'ai voté Mitterrand. Oui, je ne suis pas encore sûr de recommencer ; il suffit qu'il m'énerve trois fois à la télévision pour tout remettre en question. Non pas que je sois un déçu du socialisme, parce que je n'attendais pas de miracle. Ce n'est pas le socialisme en lui-même mais des ministres, des attitudes, des promesses non tenues (le nucléaire, le service militaire) qui m'ont déçu. L'ÉVÈNEMENT DU JEUDI : Avant 1968, tu étais proche des maoïstes du PCMLF. Pendant, tu appartenais au groupe des Gavroches révolutionnaires. Après, tu t'es rapproché des anars. Qu'en reste-t-il ? Rien. A part une aversion pour les groupes qui ne sont pas de rock et pour tous les partis. J'ai l'impression de militer d'une façon plus efficace avec mes chansons. J'ai marché pour les Beurs et je me suis mouillé aux côtés de Greenpeace. Mais c'est fini. Lorsque je me suis rendu compte que ce mouvement destiné à sauver la planète connaissait lui aussi des luttes intestines féroces, j'ai été définitivement désabusé. Les cartes ou les badges, pour moi, basta ! L'ÉVÉNEMENT DU JEUDI : Autour du cou, tu as une croix huguenote ? Je suis un protestant, non pratiquant, mais fier de l'être. Dans cette croix, il y a à la fois la colombe de la paix et la croix d'Occitanie... Je suis un anticlérical à la manière de Brassens. Mais le protestantisme, c'est surtout pour moi une histoire intéressante. J'emmènerai ma fille visiter les hauts lieux des camisards, les Cévennes, le musée du Désert. Je lui enseignerai l'histoire des ancêtres. D'ailleurs, elle aussi porte cette croix. Être protestant, cela m'a donné le très vague sentiment d'appartenir çà une minorité opprimée. Je ne pratique pas mais je me sens complice. Lorsque quelqu'un arbore la croix huguenote, cela me facilite les contacts. L'ÉVÈNEMENT DU JEUDI : Un aspect de Renaud qu'on ne connaissait pas... Je me définis de moins ne moins. Dans la marée de qualificatifs que les journalistes m'ont attribués, je ne sais pas trop lequel choisir... Chanteur impertinent, ou énervant, peut-être... L'amour et la tendresse sont devenus les seules valeurs subversives. Le Lemon Incest de Charlotte et Serge Gainsbourg est une très belle chose. Cela scandalise. Mais c'est le regard des gens qui est pourri, pas la démarche ! L'ÉVÈNEMENT DU JEUDI : L'amour, la tendresse, c'est ce qui t'a poussé à créer les Chanteurs sans frontières ? Il s'agissait de ramasser le maximum d'argent sans faire la quête. En donnant du plaisir aux uns et à manger aux autres. Au bout du compte, on a vendu deux millions de disques et gagné deux milliards de francs. C'est dérisoire par rapport aux besoins, mais c'est mieux que rien. En dépit des polémiques, des sous-entendus, des haines, si c'était à refaire, je le referais... Cela dit, nous attendons toujours la rétrocession de la TVA que Pierre Bérégovoy avait promise. L'ÉVÈNEMENT DU JEUDI : Bilan positif donc. Il faut quand même s'étonner que ce soit des chanteurs qui l'aient fait... A la place d'un homme politique je ne serais pas fier... C'est grave qu'on fasse leur boulot à leur place ! L'ÉVÈNEMENT DU JEUDI : En revanche, ton voyage en URSS n'a pas été globalement positif ! J'ai été un peu naïf. Je pensais que l'anti-communisme reposait sur 90 % d'intox ou de propagande. J'avais plein de potes, pas communistes pour deux ronds, qui en revenaient enthousiastes. J'ai voulu aller voir. En plus, du fait de ma culture, l'URSS symbolisait le socialisme, la révolution d'Octobre, tout ça... Après un tel accueil (NDLR : lors d'un concert à Moscou, au moment où Renaud interprète Déserteur : « quand les Russes, les Ricains f'ront péter la planète, moi j'aurais l'air malin », la salle s'est vidée sur ordre d'apparatchiks, je n'ai pas envie d'y retourner. Si cela s'était passé aux États-Unis, ma réaction serait la même. L'ÉVÈNEMENT DU JEUDI : Pas de rejet pur et simple du communiste, donc ? Je reste un farouche partisan de plein d'options des communistes français. Je reste persuadé que pour défendre la classe ouvrière, les exploités et les plus défavorisés, les communistes proposent les meilleures solutions. L'ÉVÈNEMENT DU JEUDI : C'est sans doute pourquoi Coluche s'étonne de ne pas les avoir vus à ses côtés pour les « Restaurants du cœur » ? Je n'ai pas d'idée sur tout. Mais j'accorde aux communistes le droit de ne pas se prêter au jeu de la cohabitation socialo-RPR. Voir Rocard, Baudis et Toubon côte à côte me gêne... Les hommes politiques laissent les artistes faire joujou tant que leur fauteuil n'est pas remis en question. Faut voir comment ils ont procédé lorsqu'en 1981 Coluche s'est vu crédité de 16 % des intentions de vote ! L'EVENEMENT DU JEUDI : Redevenons sérieux. Depuis que P. Cangioni ne présente plus « Téléfoot », que regardes-tu à la télévision ? « Le jour du Seigneur ». Puisque Platini est un enfant de la balle... 
Croc
  • ?-12-93, Un disque totem > Croc décembre 93 Un disque Totem : Pendant le tournage de Germinal, dont il tient la vedette avec Gérard Depardieu, Renaud en a profité pour enregistrer un disque de chansons traditionnelles en ch'timi, le dialecte des habitants du nord de la France. Approché pour tenir le rôle principal de la suite du film " Il danse avec les loups ", " Il danse avec les loups II ", Renaud aurait posé comme condition la possibilité d'enregistrer un disque de chansons traditionnelles sioux.

14 octobre 2000

Hara-Kiri
  • ?-10-80, Professeur Choron Chorongula > PROFESSEUR CHORON CHORONGULA Scénario : Wolinski - Photos : Chenz Le personnage sur la 3ème photo, le 2ème en partant de la gauche, c'est bien lui !
La Liberté de l'Est
  • 5 octobre 2000, Renaud débarque à Gérardmer tin tin tin ! > La Liberté de l'Est du 5 octobre 2000 A l'espace L.A.C. le 25 octobre Renaud débarque à Gérardmer tin tin tin ! GÉRARDMER. La meilleure manière de s'approprier un artiste est de l'avoir tout seul pour soi. Enfin presque... Quand on sait que le chanteur Renaud se produit actuellement sur scène à travers la France avec seulement une guitare, un piano, il faut savoir saisir sa chance. Oui, une opportunité pour le public et pour les organisateurs qui limitent les risques financiers avec un cachet proportionnel au nombre de personnes sur scène. Bref, petits moyens mais grands effets pour le père de "Morgane de toi" qui a préféré laisser la grosse artillerie à Paris et laisse la place à la confidentialité d'un concert. D'autant qu'avec lui il compte une petite formation comme l'avait voulu, en son temps, un autre grand, Jean-Jacques Goldman avec sa tournée "Aux Champs". En attendant, l'interprète auteur-compositeur de "Laisse Béton", "Marche à l'ombre", "Mistral Gagnant", "putain de camion", "Marchand de cailloux" ou "Belle de Mai" sera bien à l'espace LAC, de Gérardmer le 25 octobre prochain. Sûr que l'événement artistique qui est présenté est organisé et financé par la ville de Gérardmer dans le cadre de sa saison culturelle, devrait attirer la foule des grands soirs sur les bords du plan d'eau. Car Renaud sait recréer une atmosphère, une ambiance en dialoguant avec son public, lors de ses soirées très intimistes. Des soirées qui lui rappelle les salles de ses débuts. A ne pas manquer. Sans faute. Philippe JEANDEL Location des places dans les magasins Carrefour, les FNAC ainsi qu'a la Maison de la Culture et des Loisirs de Gérardmer. Tel. : 03.29.63.11.96 Tarif public 190 F, adhérents MCL 160 F.

11 octobre 2000

L'autre Journal
  • ?-06-91, Renaud ne veut pas laisser béton > L'autre journal, juin 1991 « RENAUD NE VEUT PAS LAISSER BÉTON On ne lit pas très souvent d'interviews de Renaud... Je ne m'exprime jamais mieux que dans mes chansons. Il y a la musique, et par des paraboles sur l'enfance, par exemple, je peux parler de choses plus profondes, de la violence, de la haine, de l'amour, de la passion, des rapports entre les hommes... Ma gonzesse me dit toujours : « Tais-toi, chante ! » Et ta fille, elle te dit quoi ? Je suis un peu faux-cul avec elle... Je l'éduque un peu selon mes idées. Quand elle comprend « un petit fada » dans une chanson, je lui explique que c'est Intifada et ce que cela veut dire. Il y a donc un peu de manipulation là-dessous. Je lui raconte l'horreur des hommes, leur folie, je lui explique la détresse, la misère des gens. Je veux qu'elle prenne conscience de tout ça. Et d'autant plus qu'elle est une enfant privilégiée. J'essaie de ne pas la préserver, de la rendre lucide. Et rebelle, donc malheureuse. Enfin, je lui apporte un peu de bonheur, par ailleurs ! Tu écris tout le temps ou bien est-ce qu'il t'arrive d'avoir des trous ? Non, je n'écris pas tout le temps, par flemme ou manque d'inspiration. Si je dois faire une douzaine de chansons par album, je me débrouille pour les écrire en deux ans. Très souvent, ça se fait au dernier moment. Et si les idées ne viennent pas, comme ce fut le cas pour le dernier album, eh bien il s'écoule trois ans et demi entre deux albums. Le reste du temps, j'écris d'autres choses, j'écris aux gens. J'ai une vie quotidienne réglée sur les horaires scolaires, je pêche, je glande, je bouquine beaucoup, je chine des bandes dessinées, je voyage, je m'emmerde un peu Tous les deux ans, je prépare un spectacle, que je fais tourner à Paris, en province, au Québec, en Suisse, en Belgique ; tout cela me prend facilement une année complète. Je bosse à fond un an, et puis j'ai huit mois sabbatiques pendant lesquels je devrais écrire et pendant lesquels j'écris très peu. Cet été, je tourne au Québec, donc je vais répéter tout le mois de juin avec mes musiciens. Et puis à la rentrée, je ré-attaque avec la sortie de Marchand de cailloux, mon album, la promo, les télés, tout le merdier habituel, ensuite une salle à Paris et une tournée en province. Ce sera plus un récital que les précédents spectacles qui étaient, eux, des shows à l'américaine, avec un décor et des éclairages énormes, qui impliquaient une logistique très lourde, soixante personnes en tournée, six semi-remorques , trois autocars et un minimum de trois mille cinq cents entrées payantes simplement pour amortir le coût du plateau. J'ai toujours eu le cul entre deux chaises : à cause du succès, j'ai eu envie d'être Bruce Springsteen, parce que c'est éclatant de chanter devant six ou dix mille personnes, sur une scène immense, avec un light-show d'enfer, de courir dans tous les sens en gueulant des chansons rock n'roll. Mais en même temps, j'ai toujours eu envie d'être Georges Brassens, un pied sur un tabouret, une guitare ou un accordéon dans les mains. J'ai envie de revenir aux fauteuils en velours rouge, aux gens assis devant moi, qui viennent écouter mes chansons plus que les chanter eux-mêmes. Enfin, c'est l'envie que j'ai, mais les gens de ma maison de disques, mon agent, commencent à essayer de me dissuader en me disant : « Il faut que tu continues à jouer dans la cour des grands. » Malheureusement, dans la cour des grands, il n'y a pas beaucoup de choix ; j'ai fait trois fois le Zénith. Le Palais des Sports, c'est un Zénith en plus crado, Bercy c'est trop grand, alors qu'est-ce qui reste à Paris ? L'Olympia, et ensuite ce sont des salles de mille ou quinze cents places. Donc, c'est ça l'idée, une salle franchement petite et m'y installer longtemps. Mais pour remplir une salle, même petite, il faut quand même faire un minimum de promotion. Donc des télés, TF1. Tu aimais bien Coluche... Oui, il était intelligent, il se servait bien de la radio et de la télévision même sil avait des petits dérapages de temps en temps. Il arrivait chez un imbécile, il le mettait dans sa poche, et il le faisait passer pour un imbécile. Moi, je n'ai pas envie d'accepter l'invitation d'un journaliste pour lui dire : vous êtes un couillon, ça serait dégueulasse de ma part. Je vois des gens dans la rue, des petites gens, des braves gens, des jeunes, des vieux, des flics même, des beaufs, toutes sortes de gens qui me demandent ce que je deviens, qui me disent : « Renaud, tes dégueulasse, tu viens plus à la télé. Alors qu'est-ce qu'on devient, nous ? On a besoin de toi, laisse pas béton... » C'est quelque chose qui me touche beaucoup. Alors je me dis que c'est un peu dégueulasse, mon attitude de ne pas vouloir à toutes forces passer à la télé. Il y a vingt ans on n'aimait pas Guy Lux, mais on était bien content qu'il nous donne l'occasion de voir Georges Brassens. Tu n'as pas l'impression qui si on est très costaud il ne te mettent pas vraiment le grappin dessus ? Les gens sentent que tu repars sans avoir été souillé. Mais l'ennui, c'est qu'aussitôt que l'on a dit ça, méfiance, on peut aussi se dire qu'on accepte n'importe quoi avec cette idée-là. C'est tellement dur de faire un choix, que c'est forcément arbitraire. J'aime pas les émissions de variétoche de TF1, ils ne m'aiment pas non plus, c'est de bonne guerre. Et sur A2, c'est pitoyable ; ils essaient de rivaliser, mais ils ne peuvent pas. Sur la Une, il faut le reconnaître, c'est professionnel, bien éclairé, bien filmé, bien mis en scène ; sur A2, c'est mal éclairé, mal filmé, coupé, monté, c'est mal foutu... Sur FR3, il n'y a pas démissions de variétés, sur La Cinq non plus, sur Canal + à peine. Alors, quelle alternative ? C'est la Une ou rien. Je peux aller gesticuler dans quinze émissions de télévision, de Jacques Martin à Denisot, trois émissions sur A2, un journal sur FR3, une émission culturelle sur La Sept, ça aura moins d'impact qu'un passage à 20 h 30 sur la Une. Alors, qu'est-ce que je fais ? Si je participais à un grand dossier sur les médias, les artistes, dans lÉvènement du Jeudi, ça vaudrait peut-être le coup que je développe tout ça, mais dans L'Autre Journal, il est peut-être préférable de parler de la cause palestinienne, des prisonniers au Maroc, des Kurdes... Et de musique aussi... Oui... Enfin, la Guerre du Golfe aura quand même eu ceci de positif, c'est que je n'ai plus aucune illusion sur les hommes politiques français, ni sur la gauche française, ni sur le Parti socialiste, ni sur François Mitterrand. Je suis souvent victime, et de mon éducation, et d'un certain manichéisme qui est surtout une solution de facilité parce que c'est beaucoup plus simple de dire qu'il y a les Noirs et les Blancs, les gentils et les méchants, mais depuis la fin de la Guerre du Golfe je suis en train de réaliser que ce n'est pas aussi simple. Il y a quelque chose qui chamboule toutes mes certitudes, c'est que le statut de victime ne confère pas forcément le statut ni de héros ni de détenteur de la vérité. C'est abominable ce que je dis... Boris Vian disait : « Après les bourreaux, je ne déteste rien tant que les victimes », et je commence à me demander sil n'avait pas un petit peu raison. Ca rejoint une théorie desprogienne et coluchienne que je n'ai jamais voulu admettre à savoir que le fait d'être pauvre ne justifie pas le fait d'être con, ou du moins ne pardonne pas d'être con, même si ça peut parfois l'expliquer. Je n'ai jamais pu envoyer chier un mec dans la rue si c'était un pauvre parce qu'on m'avait appris que les pauvres étaient des victimes, que les ouvriers étaient forcément de gauche, donc des camarades, etc. C'était une des dernières certitudes qui me restaient, et là c'est tout l'édifice qui s'écroule. Comment peut-on se défendre du désespoir et du cynisme quand on a acquis cette intelligence-là de la politique ? L'autre jour il y a un mec qui ma écrit une lettre, un mec de banlieue suite à une déclaration dans L'Idiot qui ma expliqué que les Kurdes, qui étaient un peuple « teigneux et vindicatif », avaient dans leur temps joyeusement participé au génocide arménien. Alors, quand je lis ça, moi, ça me bousille tous mes repères, parce que je pensais que les Kurdes étaient des victimes éternelles et qu'en conséquence ils ne pouvaient pas être des bourreaux. C'est ça l'idéologie dans laquelle je baignais : par exemple les Palestiniens c'étaient des bons et les Israéliens les méchants. Mais lorsque Yasser Arafat est venu à Paris et que les gens de son protocole mont invité à le rencontrer, je me suis renseigné à droite et à gauche (surtout à gauche) et j'ai compris que c'étaient surtout des enfants qui mouraient pour la cause palestinienne. Alors maintenant, quand je parle des Palestiniens, je parle des enfants palestiniens, et pour leur rendre justice, il faudrait peut-être aussi liquider ceux qui se servent de leur désespoir pour les envoyer se faire tuer alors queux vivent dans des palaces ; l'argent des Émirats, il tombait dans les poches des dirigeants de l'OLP, mais certainement pas dans les camps... non, je me trompe ? Sinsurger tout le temps pour les victimes, oui, mais il y en a tellement... Ca ne rend vraiment pas bien d'être si sensible à la misère, à la mort, à la détresse des gens, et ça ne rend pas mieux d'essayer d'analyser, de savoir qui sont les vrais coupables. J'en parle parce que je cherche des réponses. Ce même jeune homme qui m'écrit me dit qu'au Koweït l'application du nouvel ordre international na rien changé, si ce n'est qu'autrefois le Koweïtien avançait dans le désert sur son bourricot, avec sa femme qui suivait à pied, et que maintenant la femme marche devant, à cause des mines. C'est joli, non ? Tu as été très affecté par la guerre ? Tous ces doutes ne mont pas empêché d'avoir des certitudes sur le conflit... Bien que non, je n'ai jamais eu de certitudes, je me demande même parfois si je ne suis pas tombé dans ce piège débile qui consistait à choisir son camp alors que j'aurais pu tout aussi bien envoyer chier les deux. Aussitôt après l'invasion du Koweït par l'Irak, un journaliste de l'Humanité ma demandé ce que je pensais du conflit qui se préparait, et j'ai répondu : « Quand les impérialistes attaquent les fascistes, je m'assois sur le bord du Yang-Tseu-Kiang et j'attends de voir passer le cadavre, non pas de mon ennemi mais de mes ennemis. » Peut-être n'aurais-je pas dû prendre parti du tout. Pourquoi être systématiquement dans un camp ou dans l'autre ? En fait, j'aurais dû dire « Sans moi ! Là, vraiment, ça me dépasse ». l'attitude des journalistes nous a fait réaliser que, lorsque le pouvoir veut museler les médias, l'information comme en Pologne sous Jaruzelski et nous présenter les journalistes habillés en treillis, c'est accepté de tout le monde. Je me dis que c'est une chance que le pouvoir ait muselé les médias. Si on avait laissé carte blanche aux journalistes pour filmer et interviewer, on aurait certainement vu un tas d'ignominies, tout le côté charognard des journalistes. Il ne faut pas censurer ces ignobles journalistes, mais si on ne les censure pas, ils nous montrent un spectacle ignoble. Je ne regrette pas de ne pas avoir vu les images de deux cent mille victimes irakiennes, je ne regrette pas de ne pas avoir vu les images des cinquante mille victimes flinguées sur l'autoroute de Bassorah, vraisemblablement avec l'équivalent d'une bombe à neutrons. Parce que je suis assez grand, ou assez intelligent, ou assez con pour les imaginer, ces images ; je n'ai pas besoin qu'on me les foute sous les yeux. Qu'est-ce qu'ils devaient être mal, les journalistes ! « Comment, on ne pas filmer de cadavres ? » « Eh non monsieur, c'est interdit ! Secret militaire ! Nous faisons une guerre propre, chirurgicale, il n'y a pas de cadavres ». Les voitures sont sur la route, calcinées, mais les cadavres, tous disparus avant l'arrivée des journalistes. C'est à vomir. De gauche comme de droite, les gens n'étaient pas dupes : « Ils nous prennent pour des cons, les hommes politiques et les journalistes ». Ce sera génial le jour où ils en auront marre d'être pris pour des cons. Comment le faire savoir et comment Sinsurger, ça, c'est un autre problème... Probablement que sil y avait eu sept mille morts français ça aurait engendré un sursaut, créé une force nouvelle. Tu conserves donc un peu d'espoir ? La force nouvelle, moi je l'attends depuis 1968. Enfin, j'ai eu des espoirs en 1981, mais... Je ne voudrais pas faire le procès de Mitterrand, dire que c'est le pouvoir socialiste qui a engendré l'extrême droite, mais ce qui est sûr c'est qu'il a réussi à liquider l'extrême gauche, et ça, je trouve que c'est triste. Le Parti communiste, lui, il s'est liquidé tout seul. D'aucun prétendent que ça fait vases communicants avec la montée de l'extrême droite. Quand on va dans les grandes manifestations étudiantes ou lycéennes, on a l'impression que l'extrême gauche renaît, mais pas du tout, il s'agit de revendications catégorielles ; ils ne manifestent pas pour changer le monde, mais pour changer leur destin à eux. Et ils ont probablement raison... Le monde, de toute façon... Je désespère totalement, et c'est sûrement la nostalgie de ma jeunesse. En 68, on ne pouvait pas assassiner un militant basque sans qu'il y ait cent mille personnes dans les rues de Paris. Avant les manifs étudiantes de 86, la dernière fois que j'avais vu une mobilisation de jeunes dans la rue c'est pour défendre NRJ ! Je ne veux pas faire l'éternel procès de cette radio, c'est plutôt le procès de cette époque dont il est question : deux cent mille mômes ne descendent pas dans la rue pour sauver la vie d'un homme ou d'un peuple, mais pour sauvegarder leurs droits... leur droit à « subir » la pollution culturelle. Tu trouves cela désespérant parce que tu penses qu'on ne connaîtra plus jamais ça ? Je ne suis pas prophète... Peut-être que les générations futures, elles, oui. Il y a un réamorçage actuellement, mais qui passe par les banlieues. Vaulx-en-Velin, Saint-Denis de la Réunion, Sartrouville, ça devrait inquiéter le gouvernement, parce que les socialos qui sont au pouvoir pour vingt ans c'est à ça qu'ils vont être confrontés. Je ne souhaite pas le retour des autres ! Je souhaite la mort du pouvoir. Quand Attali disait, il y a quelques années, qu « il y a plus d'informations dans la chanson HLM de Renaud que dans les trois cents pages dun livre de sociologie », je me demande sil la bien écoutée, ou plutôt sil en a tiré les bonnes leçons, parce que ce n'était pas du folklore que je chantais il y a dix ans quand je chantais les banlieues HLM ; ça explose aujourd'hui, et je trouve ça totalement normal. Mais eux, ils n'y vont pas, ils ne savent pas. Quand je chante en province, je me balade, je rencontre les mômes, je vois comment ils vivent. Quand ces jeunes-là débarquent en avant-garde d'une manif lycéenne gentille, proprette, et cassent les boutiques de Montparnasse, on s'indigne pour le malheureux boutiquier qui a eu sa vitrine cassée, mais on ne veut pas se rendre compte que c'est à ça qu'on va de plus en plus être confrontés. Je ne veux pas jouer les boutefeux ni être un oiseau de mauvais augure, mais c'est normal. C'est un peu le même phénomène qu'en 1968, le rejet de la société de consommation. Nous on la rejetais parce qu'on la trouvait abrutissante. Eux, ils la casse parce qu'ils n'y ont pas accès. On n'exploite même plus les jeunes, c'est hallucinant ! Avant, on en faisait des ouvriers, des ouvriers sous-payés, des cols bleus, du lumpen. Maintenant, on les laisse crever. Le RMI, c'est gentil, si tas les papiers. Et estime-toi heureux de ne pas être expulsé si tu nés pas tout blanc de peau... Mitterrand attendu d'être au pouvoir depuis dix ans pour nous dire qu'il y avait de plus en plus d'inégalité il est temps qu'il sen rende compte... - qu'il faut faire quelque chose pour les banlieues il est temps qu'il sen rende compte aussi. Qu'est-ce qu'il croyait, que les banlieues c'était Neuilly ? Tu signes toujours énormément de pétitions... Je les reçois par fax maintenant ! Et à chaque fois je me fais piéger. Je ne vais pas au fond des choses, je lis le papier, je vois que des gens souffrent à tel endroit, font la grève de la faim, sont emprisonnés, et je signe. Plus j'utilise ma signature, plus je sais que je la galvaude. J'espère toujours que cela sert à quelque chose. Et même si je n'espérait plus je continuerais à lutter parce que ça donne un sens à ma vie. Il m'arrive souvent de me dire « Bon, jarreté tout, je ne lis plus de journaux, je n'écoute plus la télé, je ne signe plus de pétitions, je vis pour moi, pour mes proches, ma famille, mes amis, je n'aide que celui que je peux toucher en tendant la main » et puis le lendemain, c'est reparti, je reçois un coup de téléphone, je signe une pétition pour Jean-Philippe Casabonne, qui est en taule depuis trois ans et demi et dont tout le monde se fout les socialistes nous font croire tous les six mois qu'ils sont en train de le faire libérer, « surtout, attention, ce n'est pas le moment, il va sortir, il ne faut pas interférer dans nos négociations au plus haut niveau... » C'est fabuleux, ils sont machiavéliques, ils sont tellement plus forts que la droite, ils sont bien plus intelligents, bien plus malins. En plus, pendant dix ans, ils mont piégé avec « La morale est avec nous », « on est la gauche, la vérité et la justice » !Desproges avait bien raison quand il disait « Mon pauvre Renaud ! », je lui disait « Mitterrand, c'est un mec bien, ça se voit, il est cultivé, c'est un humaniste, il est gentil, il est drôle, il est machiavélique... » et lui me répondait « Oui, c'est le meilleur homme politique qu'on ait en ce moment, donc c'est le pire ». Et c'est vrai, le plus malin, le plus cultivé, le plus fort, c'est forcément le pire des hommes politiques. Et malgré cela tu uses de ton nom pour défendre des « valeurs » qui sont en gros des valeurs de gauche. C'est un peu de la corde raide, non ? Je vous parle de ça parce que j'ai envie de parler d'Abraham Serfaty et de ses camarades ; c'est un sujet qui me tient à coeur. Il y a des prisonniers dans la plupart des pays du monde, même dans les démocraties, même en Occident, alors pourquoi eux, parce que j'ai été motivé par des gens passionnés. Aussi horrible que cela puisse paraître, je pense qu'Hassan II ne laissera jamais sortir Abraham Serfaty, parce que son témoignage serait tellement accablant... Aucun des emmurés vivants de Tazmamart ne sortira, mais il faut tout de même continuer à lutter. Même si c'est un combat perdu d'avance, ne pas le mener c'est se déshonorer. Est-ce que c'est une cause moins noble de défendre un Marocain qu'un Sud-africain ? C'est le plus vieux prisonnier d'opinion africain à ce jour, et il na droit qu'a quelques lignes dans quelques journaux de temps en temps, alors que Mandela mobilise la planète ce qui a été une bonne chose pour lui, puisque ça a permis qu'il soit libéré. Là , le droit d'ingérence de Kouchner me fait doucement rigoler. Si on lui promet quelques caméras de télévision, peut-être ira t-il au Maroc ? Ils te manquent beaucoup, tes copains disparus ? J'ai pas trop envie d'en parler... Reiser, Coluche, Desproges, Gainsbarre, à chaque fois c'est un coup de poignard dans le coeur et chaque fois je vis un peu moins bien. Les pourris, eux, ils meurent jamais, c'est formidable, il n'y a que les bons qui meurent... On ne devrait jamais aimer, on ne serait jamais malheureux. Il n'y a plus personne, juste quelques mecs qui balancent des coups de pied de temps à autre. Il y a des animateurs de télévision qui s'imaginent être de nouveaux Coluche parce qu'ils font preuve d'un peu plus d'impertinence qu'il y a dix ans... On na plus de grands frères. Il y a un mec extraordinaire, c'est un Italo-Québécois, Pierre Foglia. Il écrit dans la Presse de Montréal, le plus grand quotidien Amérique du Nord en langue française comme ils disent. En France, pendant la Guerre du Golfe, il aurait été censuré. Il écrit divinement bien ; il est à la fois très aimé et très haï, parfois par les mêmes gens. C'est un méchant, qui na peur de rien. Il a fait une chronique de la vie quotidienne des gens dans les principales grandes villes du Moyen-Orient. C'est un mec qui porte des jugements assassins sur les choses et les gens, et en même temps on sent qu'il doute tout le temps « qu'il n'y a qu'une certitude, c'est que l'Homme est pourri, et que sa fiancée n'est pas terrible non plus », comme il le dit lui-même. Et puis, en même temps, il a plein d'amour pour les petites choses, les petites gens. Je suis un peu méchant quand je dis qu'aucun journal en France n'aurait osé publier ses chroniques pendant la Guerre du Golfe, mais ce qui est important c'est qu'au Québec elles sont parues dans le plus grand quotidien et en première page. Ici, c'est presque le désert. Cousteau, en dehors de la défense de l'environnement, sa tasse de thé, on ne la pas entendu souvent prendre position. Et tout d'un coup il Sinsurger contre la pollution intellectuelle que représentent les vignettes des Crados pour nos enfants ! Pour une fois qu'ils inventent un truc qui fait marrer les enfants et les parents, qui est plein d'imagination et d'humour ! Cela dit, Cousteau c'est un bon, mais il faut bien avouer que sur ce coup-là, c'était plutôt coustard ! J'aurais préféré qu'il nous rejoigne à la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, ça concernait plus l'avenir de nos enfants que les Crados. Tu as aussi écrit pour défendre les idées qui te tiennent à cur... Je me fais agonir d'injures par mes proches parce que j'ai écrit dans lIdiot international. Le côté sulfureux de ce journal ne me dérange pas du tout. J'ai une grande admiration pour Edern Hallier parce que même sil est fou c'est un homme libre, qui prend des risques. Si je n'écris plus c'est parce que j'ai pas envie décrire dans lIdiot pour écrire dans lIdiot. Si j'ai un texte qui me sort des tripes un soir et que j'ai envie qu'il soit publié à un tirage aussi faible soit-il - , je l'envoie à lIdiot. Si demain Le Figaro me demandait une chronique sur Jean-Philippe Casabonne, je préférerais bien évidemment être en première page du Figaro et toucher un million de lecteurs en gueulant sur la démocratie dans les commissariats espagnols et sur la conception des droits de l'homme selon Joxe qui a allègrement livré les sympathisants basques aux policiers tortionnaires espagnols. C'est pour les mêmes raisons que les gens s'étonnaient que je puisse accorder une interview à l'Humanité. Mais personne d'autre ne me le demande. Et je ne considère pas plus aujourd'hui qu'hier que le communisme soit une maladie honteuse. La classe ouvrière, on se demande qui c'est, combien ils sont, et est-ce que le Parti communiste est toujours la voix de la classe ouvrière. Est-ce que la classe ouvrière ce n'est pas un leurre ? Mais tant qu'il restera deux ouvriers, il y aura un syndicaliste, et toujours un chanteur assez con pour aller soutenir le syndicaliste qui soutient l'ouvrier ! Et j'ai bien peur que ce soit moi ! Et la ville ? Paris, ils l'ont bien liquidé, et pas que les socialos, mais le gouvernement, l'État, les marchands de biens, les promoteurs, la Mairie de Paris, Chirac... Le petit peuple, dehors ! Les ouvriers, dehors ! Les immigrés, dehors ! Ici c'est les riches ou les bureaux. Mais on ne peut pas en même temps faire une grande bibliothèque, une grande arche, un grand Louvre, un grand opéra, et puis une petite MJC, un p'tit restau de quartier, un p'tit bistrot, un p'tit cinéma... Ils ne font que du grand. Peut-être qu'ils espèrent devenir de grands hommes ! Comme je ne suis pas très spectacles, vie culturelle , je ne vis à Paris que par obligation familiale. Sinon il y a longtemps que je serais parti près de mes arbres, dans le Vaucluse j'ai un petit bout de terrain, près de l'Isle-sur-Sorgue, et je plante des arbres. Même chez les arbres il y a des victimes, victimes du vent, du gel, des maladies, de la sécheresse, mais ils ne se plaignent pas. Attali m'avait dit un jour : « Accumuler les livres, c'est une façon de conjurer la mort en se disant qu'on aura le temps de les lire ». Je suis tout à fait d'accord avec lui, et je me suis permis ce même raisonnement pour planter des arbres c'est une véritable passion, je fais des trous partout ; si je vois un arbre qui faiblit, j'essaie de le sauver, si je n'arrive pas à le sauver je le remplace par un plus jeune. Planter des arbres, c'est aussi une façon de conjurer la mort en se disant qu'on aura le temps de les voir pousser. Faire des enfants aussi. Les chansons, tu en écoutes beaucoup ? J'écoute plus souvent Brassens que tous les autres vivants réunis. J'écoute aussi Cabrel, Desjardin un Québécois pas très connu et puis... non je n'écoute pas grand-chose. J'aime la chanson, j'aime la poésie, la poésie chantée, donc il n'y a pas grand-chose. Barbara ? Oui, j'aime bien. Je l'entends à la radio, mais je n'ai pas de disques d'elle. J'aime bien Souchon, j'aime bien Jane Birkin, j'adorais et j'adore toujours Gainsbourg, et il y a aussi Jean-Louis Aubert, Lavilliers... mais disons que je n'ai plus d'idoles. Les étrangers ? Comme tout le monde, du moins je le suppose. Dire Straits... Là encore, j'écoute plus souvent les Beatles que tous les autres. Et Dylan, bien sûr. Et Springsteen, et quelques occasionnels. Et le disque Transformer de Lou Reed, et la banane du Velvet Underground... J'écoute Daniel Lanois, les Neville Brothers, Paul Simon, j'écoute un peu tout quoi. Mais il y a quand même tout un courant de la musique que je ne connais pas du tout, les nouveaux, les Anglais... N'es-tu le rap ? Ca ne me touche pas vraiment. Sûrement parce que je ne connais pas du tout, je ne suis jamais allé à un concert de rap et je n'ai pas de disques de rap. Je n'écoute pas les FM, donc je ne connais pas suffisamment pour en parler. Quand j'en entends, je trouve que c'est musicalement un peu pauvre, poétiquement très pauvre même si certains groupes, comme IAM ou NTM ont fait des efforts sur les paroles mais c'est intéressant sociologiquement ; même si je ne me rends pas compte à quel point ça représente une nouvelle culture. Il paraît que c'est un phénomène énorme dans les banlieues, mais je ne sais pas si ça va faire beaucoup avancer le problème des banlieues. Et dès lors que Jack Lang se penche sur le problème, j'ai plutôt peur que ça le fasse reculer. Et les tags ? C'est intéressant, amusant, ce besoin de s'affirmer comme ça, de faire parfois oeuvre d'art, mais je trouve pathétique que ces artistes en herbe soient obligés de s'exprimer sur les couloirs de métro et sur les murs de brique noirs qui bordent les lignes des trains de banlieue, parce que ça veut dire qu'on ne leur donne pas d'autres moyens d'expression. Et la musique classique, le jazz ? Je n'écoute jamais de jazz, je suis réfractaire. Par contre, la musique classique, j'en écoute beaucoup : Satie, Vivaldi, Mozart. Le premier morceau de musique que j'ai aimé et sur lequel j'ai pu mettre un nom c'était La petite musique de nuit de Mozart, parce que je l'entendais chez mes parents quand j'avais deux ou trois ans. Et ma fille, c'est pareil, elle a découvert Mozart au même âge et grâce au morceau. Alors maintenant, dés quelle entend une belle musique classique, c'est Mozart ! De la même façon, dès quelle entend une belle chanson en anglais, elle croit que ce sont les Beatles... puisqu'elle sait que c'étaient les meilleurs ! En fait, la chanson française, elle est dans le même état que la France : incolore, inodore, sans saveur, sans passion, sans éclat. A part Bernard Lavilliers quand même ; c'est un fou, un menteur, un mégalo, ce mec, mais il est intéressant, il a des choses à raconter . Lorsqu'il va à la Jamaïque, et qu'il fait un disque sur place, avec des musiciens jamaïcains, il parle de la vie quotidienne là-bas ; quand il va à New York, au Brésil, il fait la même chose. Pour son dernier album qui doit sortir bientôt il est allé au Viêtnam, au Cambodge et en Indonésie, il a travaillé avec des musiciens de ces pays-là, plus un ou deux musiciens français qui l'accompagnent toujours, et ses chansons s'appellent Hanoi Hôtel ou des trucs comme ça. C'est le guide du routard, il nous fait voyager... et puis il sait écrire, il arrive dans un pays il le découvre par les bouges, les bordels, les rings de boxe, les lieux malfamés où ont lieu les combats de coq, et il chante ça. Le personnage est un peu fou, mais heureusement, parce qu'il y a tellement de tièdes, de fades. Les musiciens. Tu t'entends biens avec eux ? En gros, oui. Je ne suis pas musicien moi-même, je suis mélodiste, je joue un peu de guitare mais très peu. J'ai la chance, avec le peu de connaissances musicales que j'ai, de réussir encore parfois à composer des mélodies qui me plaisent, mais ce n'est pas vraiment mon truc, j'attache plus d'importance au texte. Si j'avais le choix entre l'un ou l'autre, je préférerais partir sur une île déserte avec un livre, plutôt qu'avec un disque. Quel livre ? Oh, la, la, il y a du choix ! J'y reviendrai... Pour en revenir à la musique, aux musiciens, ce n'est pas mon domaine, je fais ça un peu en dilettante. Les musiciens me regardent avec un il un peu indulgent, genre « allez, on va faire notre possible pour que sa pauvre mélodie soit un peu enrichie ». Moi, je me repose sur eux. Je suis pour la simplicité, et souvent les musiciens français aiment bien les complications. Je préfère un bon mi majeur bien plaqué qu'un fa bémol neuvième diminué dièse. Les plus grandes chansons des Beatles comportaient trois ou cinq accords, pas plus. Il faut aller à l'essentiel. Alors, le livre... Je dirais, comme ça, de but en blanc, L'homme qui plantait des arbres de Giono une vraie merveille. Il y en a sûrement des milliers d'autres, mais disons que si je devais partir sur une île déserte à l'instant, c'est celui-là que j'aurais choisi, donc on na qu'a dire celui-là. Et un film ? Le Ballon rouge dAlbert Lamorisse. D'abord, parce que c'est dans ce film que j'ai obtenu mon premier rôle ; j'avais trois ans et mon tonton était chef opérateur sur le film. Ils avaient besoin de jumeaux pour faire de la figuration : marcher dans la rue avec un petit ballon à la main, et tout d'un coup le ballon s'envolait pour rejoindre tous les ballons de Paris qui emportaient le petit enfant, le héros du film, dans le ciel. Cette fin sinistre me rappelle celle du Grand Bleu, où le mec disparaît au fond de l'eau avec les dauphins. Je me souviens que j'avais été traumatisé par ce film à cause de cette fin. Il y a aussi un film merveilleux de poésie, c'est le Paris de Doisneau. Je lai revu récemment, et j'ai redécouvert le Paris de mon enfance, les kiosques à journaux, les vieux bistrots, les murs lépreux, les passages cloutés avec des vrais clous, (ma fille, il a fallu que je lui explique pourquoi on appelle ça des passages cloutés, elle ne sait pas ce que c'est...), les autobus à plate-forme. Un disque ? Brassens. Plus que Mozart, parce qu'avec lui j'ai la musique, la mélodie et les paroles. Pourquoi Mozart n'a-t-il pas écrit des paroles sur sa musique ? Une photo ? Si j'ai bien compris, ce serait une photo de Doisneau ? Ah oui ! J'ai une passion pour ce bonhomme, même pas une passion, un amour. La chanson Rouge-Gorge de mon dernier album lui est dédiée. Cétait pour moi un mec tellement génial, et on vit une époque tellement pas géniale, que jétais persuadé qu'il était dune autre époque et donc mort. Quand j'ai appris le mort de Prévert, ça a été pareil, jétais persuadé qu'il était mort depuis vingt ans. Alors quand j'ai rencontré Doisneau, j'ai presque rencontré un survivant, un revenant. Cest vraiment un ptit bonhomme qui mérite une chanson. Propos recueillis par Michel Butel »

8 octobre 2000

Libération
  • 4 octobre 1997, Le style Che > article du site de Libération, original De T-shirts en bérets, de concerts rock en défilés de mode, on se déguise en Che. Récup marketing. «Le style, c'est l'homme.» Certes, c'est une des plus fameuses citations de Karl Marx, mais on peut raisonnablement douter que le théoricien de la lutte des classes voulait par cet aphorisme commenter la longueur des sur-vestes dans la nouvelle collection Armani. Il est cependant notoire que depuis la quasi-disparition du communisme réel (circa 1989), le marketing «rouge» fait un malheur. Pour mémoire, tous ces T-shirts siglés CCCP, imprimés faucille et marteau, et autres garde-robes photocopiées dans les surplus de l'armée Rouge. Et ainsi de suite avec le groupe rock U2 qui pour sa tournée Zoo-Tv Tour (1993) faisait figurer sur scène une voiture Trabant de l'ex-Allemagne de l'Est, ou encore la chanteur Renaud qui pour son concert du 1er mai (sic) 1995 à la Mutualité (re-sic) osait le photomontage de son visage imprimé sur un T-shirt de Che Guevara. Jusqu'à une récente campagne publicitaire de la Française des jeux qui construisit le lancement du gratte-gratte Monopoly sur des effigies détournées de Staline et de Mao. A se demander donc si la célèbre maison Chanel ne devrait pas privilégier l'aspect Coco de son patrimoine pour vivifier sa stratégie de communication. Avec l'anniversaire célébrée de la mort de Che Guevara, cette inflation a atteint de nouveaux sommets. La marque de ski Fischer ou les montres Swatch auraient multiplié les ventes de leurs produits dès lors qu'ils sont à l'effigie du Che. Et bien entendu les magazines de mode s'y sont mis à cette rentrée, entre autres Elle et Cosmopolitan qui proposent à leurs lectrices le béret et le T- shirt kaki à petit prix. Dans ce strict domai ne rase-mottes du vêtement, on peut lire ce revival militariste comme un énième avatar du vieux fantasme de l'uniforme, à la fois résolution et négation des tracas aléatoires de la mode. D'un point de vue un poil plus surplombant, il n'est pas exagéré de considérer cette captation d'héritage comme une sanction de l'Histoire : un label, une marque, une griffe... Tout ce qui restera du communisme ? Mais on peut surtout, avec nettement plus de mélancolie, interpréter ce pillage des symboliques communistes dans leur version allégée comme un nouveau symptôme de la grave maladie d'amnésie générale qui congèle aujourd'hui toute tentative d'un devoir minimum de mémoire. Aux jeunes gens qui se déguisent Mao «pour le fun» ou Staline «pour le joke», il conviendrait de rappeler quelques bricoles concernant les millions de morts dans les goulags soviétiques et chinois. Quant au Che, se souvenir aussi que, sauf information très récente, Cuba vit toujours à l'heure de la dictature castriste. A l'aune de ce dérèglement, à quand le look Eva Braun ? Le style Pinochet ? Finalement, le seul profit édifiant de tout ce tintouin tragi-comique, c'est qu'il permet de constater une fois de plus que les outils du marketing capitaliste sont à peu près les mêmes que ceux de la propagande totalitaire qui, effectivement, en connaît un rayon dans l'art de manipuler les symboles édifiants et les icônes héroïques pour l'abrutissement du plus grand nombre. GÉRARD LEFORT

6 octobre 2000

La Montagne
  • ?-4-88, Putain de camion, face de lune, face de rat > La Montagne date inconnue "Putain de camion" Face de lune, face de rat « Putain de camion », c'est deux faces (« de lune » et « de rat ») rassemblant douze chansons truffées d'émotion, de poésie, de dérision, d'images et d'expressions colorées au vinaigre ou au tord-boyaux comme seul Renaud sait en concocter : « JONATHAN » : coeur zoulou et rythmique appuyée pour dire son admiration à Johnny Clegg tout en criant son dégoût pour l'apartheid, mais aussi pour le sort fait aux Kanaks, aux Basques, aux beurs. « IL PLEUT » : jolie ballade, jollie chanson d'amour pour Lolita. De la (très grande) veine des « Morgane de toi » ou « Mistral Gagnant ». « LA MERE A TITI » : c'est la cousine de « Banlieue rouge », la tante de « La bande à Lucien ». Un extraordinaire exercice d'observation et de sociologie ponctué par un refrain débordant d'émotion. « TRIVIALE POURSUITE » : le cri étouffé d'un homme fatigué. Les opinions politiques s'affichent encore et le chanteur reste fidèles à ses idées. Mais il a perdu le goût de se battre pour les faire triompher. Bouleversant. « ME JETTE PAS » : ou l'histoire d'un mec adultère qui implore le pardon. Pourrait devnir à Renaud ce que « Ne me quitte pas » reste à Bruel. « ROUGE-GORGE » : pour Robert Doisneau, poète libertaire, mais aussi et surtout pour Paris, ville sacifiée aux bureaux et parkings. Treize ans après, la douloureuse suite de « Ecoutez-moi les gavroches ». « ALLONGÉS SOUS LES VAGUES » : féroce pamphlet contre les chansons tiroirs-caisses, le Top 50, la télé, les FM et les boîtes minalbles. Ça va grincer des dents dans le show-biz. Bien fait ! « CENT ANS » : dérisoire hymne à la vie, cette dévorante maîtresse, corrompue et mal famée, mais dont on redoute tellement qu'elle nous quitte... « SOCIALISTE » : « L'autostoppeuse » affiche ses opinions politiques. Et ce n'est guère plus ragoûtant que ses charentaises ! « Comment veux-tu changer la vie si tu balises pour ton bien ? ». A bon entendeur... « PETITE » : belle ode au public adolescent. Et aussi à Malik (Oussekine) Abdel (flingué à la Courneuve), William (victime d'une bavure) et Michel (Coluche). Un blues qui blesse nos coeurs d'une langueur... « CHANSON DÉGUELASSE » : « Comment résiter à cet amour que Hugues offrait ? ». Un vocabulaire à se rouler par terre et un refrain qui vous reste encore en tête trois jours après... « PUTAIN DE CAMION » : l'hommage, le poing fermé et la rage contre l'injustice. Les yeux qui piquent et le temps que l'on ne rattrapera pas. La messe est dite, tout est fini... « J'espère que là-haut, t'as acheté un vélo... » (« Putain de camion ») : la mort de Coluche a bouleversé Renaud et lui a inspiré bon nombre de réflexions.

1er octobre 2000

Le kiosque se met à l'heure du PHP. Grâce à ce langage, vous avez accès à des classements plus souvent mis à jour. Ils se diversifient et s'associent même au hasard !

Charlie-Hebdo
  • 16 septembre 1992, bille en tête, J'ai les boules, pas les mêmes que Lavilliers > Charlie-hebdo Bille en tête, 16 Septembre 1992 J'AI LES BOULES !Pas les mêmes que Lavilliers Faut pas m'énerver aujourd'hui, j'ai les boul' tu sais, comme entrée en matière, c'est pas joli-joli, je sais, on dirait que c'est tiré d'un billet de Claude Sarraute dans le Monde, mais je m'excuse, merde, j'ai les abeilles ! Ma fille est rentrée en ce matin dans un nouveau bahut, ils devaient libérer les monstres à 5 heures, finalement, sans prévenir parents, ils les ont lâchés une heure plus tôt. Panique de ma môme, paumée toute seule sur ce trottoir qui tend les bras aux enfants perdues, qui rentre toute seule à la maison, se perd dans des rues qu'elle connaît pas, arrive chez nous une heure plus personne, forcément, maman est partie la chercher l'école comme prévu à 5 heures, et papa fait du cinéma quelque part dans le Ch'Nord. Gros chagrin et vraies grosses larmes... Vous allez me trouver dégueulasse, mais, quand j'ai appris ça le soir, les dernières infos sur la Somalie, la Croatie, l'Afghanie m'ont paru franchement dérisoires. Je sais pas quoi je vous raconte ça. Mais p't'être que parmi les lecteurs de Charlie, y'a des papas qui savent... Bon, je me calme... Je vais pas aller foutre un coup de boule au proviseur tout de suite. N'empêche que la prochaine fois que l'Éducation nationale fait pleurer ma fille, je fous le feu au bahut. Je fais pêter le ministère, je vais chez Ardisson dire du mal de Jack Lang, je vote à droite, je retourne écrire dans l'idiot international, j'achète le dernier Bruel, je m'abonne au Figaro et je crée le fan-club Jeannie Longo. Ou alors je te refais un Mai 68 à moi tout seul. Je me teins les cheveux en rouge et je vais foutre ma zone à Nanterre. Je tague sur les murs des facs des slogans subversifs, " Tuez les mercières ! ", ou " Mort aux gens ! ", je vais chez Dechavanne dire le contraire des autres, genre " j'aime l'intolérance et je déteste l'abbé Pierre ", j'organise un gala de soutien à Francis Lalanne et j'apprends par cœur les poèmes politiques de Jean-François Kahn. Ouf ! Ça va mieux... J'aime pas qu'on fasse pleurer ma môme, et pis c'est tout ! Depuis le temps que Bernard Lavilliers essaye de passer pour un vrai bandit, cette semaine il a au moins réussi à passer pour un vrai con. J'aime pas dire du mal des cons plus forts que moi, mais quand même, se faire gauler par les keuf's en pleine nuit, bourré, brandissant un fusil à pompe à canon scié sous le nez d'une gonzesse dans une bagnole même pas volée, faut être un peu tête pleine d'eau. Je le connais bien, le Nanard, j'veux pas cafter, mais j'ai l'impression qu'il a toujours eu un problème avec les armes à feu. Ou alors c'est avec sa quéquette. Chaque fois que j'le croise dans les bistrots même pas louches, y m'parle calibres, flingues, lames de couteau, et que j'ai un Remington sous mon oreiller, un Berreta sous mon zomblou, et qu'à Bangkok j'ai senti le froid de l'acier d'un 357 Magnum sur ma tempe, et ceci cela... Hé ! Tarzan ! laisse béton ! Aux gonzesses, montre-leur ta bite stéphanoise, t'as plus de chances de les séduire qu'avec un fusil à pompe de chez Manufrance. Quant aux mecs, t'as qu'à juste nous chanter tes chansons. Comme disait l'autre, on s'en branle que t'aies pris ces trains ou pas, du moment que tu nous fais voyager... Et pis tu sais, y'a vraiment plus que les connards finis pour vibrer encore au romantisme des prisons, au mythe du gangster au grand cœur et du bandit d'honneur. De Pigalle et du Bronx à la Canebière, tous ces beauf's raillés qui te fascinent, c'est de la graine de flics, en plus feignants, en plus bavards, en plus réac's. Une bonne vieille Occupation, et tu les retrouves dans la milice... Si y lit ça, le Nanard, la prochaine fois que j'le croise, à tous les coups y m'allume. Je sens que ça va faire encore pleurer ma fille... Qu'il essaye et je déclare la guerre mondiale aux chanteurs. Pauvre Tonton s'est fait opérer de la prostate. Ca vous fait marrer ? Moi, pas du tout. J'ai pas pu m'empêcher de penser à la façon dont les médecins diagnostiquent en général les problèmes de prostate. Les docteurs appellent ça élégamment un " toucher rectal ". Les malades, honnêtement, un " doigt dans l'cul ". Et à l'idée que mon Président préféré du monde a subi cet examen pour le moins inconfortable, voire humiliant, eh ben ! j'étais tout triste pour lui. Pis pour moi aussi. Parce que, du coup, ça me le désacralise à mort ! Mais, après tout, ce n'est peut-être que justice. Depuis 81, on s'est dit plus d'une fois qu'il nous faisait la même chose, non ?
La Tribune de Genève
  • 28 avril 2000, Renaud, le mauvais garçon, se sublime à Genève > La Tribune de Genève du vendredi 28 avril 2000 Renaud, le mauvais garçon, se sublime à Genève. Alain PENEL En ce début des années 2000, la chanson connaît un vrai printemps. D'une part, la nouvelle génération vient de montrer ses promesses métissées au Printemps de Bourges. D'autre part, la vague des années 70 fait un retour en force. Quelques exemples : après un long silence, Michel Jonasz sort un disque intitulé "Pôle Ouest (dist. EMI)", Souchon se prend pour un jeune en gambadant sur les scènes de France et Dutronc enregistre avec Françoise Hardy. Renaud, lui, il y a quelques mois et avant Aznavour, s'est offert le luxe d'un long déjeuner avec Trénet à la Closerie des Lilas, l'ancienne cantine d'Hemingway à Montparnasse. Après cet intermède symbolique, il est parti en tournée et fait étape de week-end au Grand Casino de Genève. Avec un grand-père mineur et un père qui écrivait des polars, Renaud avait les assises pour devenir un chanteur engagé. Pris entre les mirages de l'ascension sociale et de la conscience de classe, il reflète bien dans ses chansons le dilemme, la contradiction de ses origines composites. La vie de plus a renforcé ses convictions. Compagnon de Romain Bouteille et de Coluche, l'auteur de "laisse béton" a participé à l'essor du café-theâtre et de cette nouvelle expression de la culture. Comme plusieurs de ses confrères style Dutronc ou Souchon, il a aussi joué au ciné. Enfin, militant de gauche, il n'a pas hésité un temps à polémiquer dans "Charlie Hebdo". S'il en a le temps, Renaud devrait aller visiter chez Papiers Gras la très belle expo de son compagnon de colonne, Wolinski. Côté chanson, le plus important, le succès persistant de Renaud s'explique par son parti pris de simplicité. Le chanteur ne se perd pas dans les circonvulsions poétiques. Il préfère l'efficacité, les mots du quotidien, ceux qui courent les rues et les canis. Parfois provocateur (voir Miss Maggie en 1985), il ne cherche pas à être provocant à tout prix. Renaud avance toujours simplement et prudemment, un peu comme le prolétaire qu'il aurait voulu être et qu'il n'est pas. Renaud en récital au Grand Casino de Genève, samedi 29 à 20 heures 30 (concert complet) et dimanche 30 à 20 heures 30 (encore des billets à Ticket Corner et à l'entrée).

30 septembre 2000

Actualité culturelle
  • 6 novembre 1995, compte-rendu de concert > compte rendu de concert vu par la presse ... Actualité culturelle Lundi 6 novembre 1995 page 9 Cela faisait six ans et demi qu'il n'avait plus chanté à Forest-National Renaud a 20 ans et fait la fête Durant plus de 150 minutes, dans une salle pleine, Renaud a fêté ses deux décennies de carrière. Il s'en est excusé lui-même devant son public qui n'a rien perdu de la chaleur et de l'enthousiasme de mars 1989, quand il était sous son arbre. Si ça fait si longtemps qu'il ne s'était plus produit dans une (pardon dans la) salle bruxelloise, c'est qu'en 1992, le principe de concert né au Casino de Paris était de parcourir les petites salles de " province ", bref en Wallonie. L'idée était de revenir début 1993 à Forest mais le Claude Berry de " Germinal " l'a obligé à remplacer six mois de tournée par six mois de tournage. Voilà pourquoi Renaud était attendu dans la capitale par un public qui a rempli le vaisseau rénové. Les fans ne savaient pas encore, à 20 h 30, que leur excitation qui se traduisait par des manifestations quasi hystériques allait se voir récompensée par un concert de plus de deux heures et demie qui passerait en revue l'ensemble de la carrière du Titi. Ce n'est pas innocent évidemment vu que les deux compils " The meilleur of Renaud " venaient de nous rafraîchir la mémoire : cela fait vingt ans que le chanteur énervant alterne tendresse et coups de gueule. Cela méritait bien une petite fête. Pour ce faire, Renaud avait choisi un aquarium de loupiotes en guise de décor et une tonalité acoustique chère à son fidèle arrangeur accordéoniste Jean-Louis Roques. " La ballade de Willy Brouillard ", " Dès que le vent soufflera " et " Deuxième génération " ouvrent le set qui nous restitue un Renaud à l'aise, bavard juste comme il faut. Car il en a des choses à dire : la France de Chirac lui inspire quelques commentaires bien sentis. Il n'est pas là pour chanter " Casser du noir ", textes de Patrick Sébastien, musique de Jean-Marie Le Pen, on n'est pas sur TF 1 mais bien entre gens civilisés. Si ça continue, Renaud, il demande l'asile politique en Belgique. Parce qu'à Paris, ça devient Santiago du Chili. Renaud dit déjà septante et nonante. " Doudou s'en fout ", " En cloque " et " La Ballade nord-irlandaise " viennent ensuite mettre un peu de tendresse car c'est bien connu, c'est très mauvais pour le coeur de s'énerver. Rien de tel que de s'asseoir avec l'accordéon sur les genoux. " Aquarium ", " Le déserteur " et " Mistral gagnant " ne traînent pas. Une section de cuivres vient de temps en temps faire joli. Renaud, qui a toujours eu le sens de la famille, n'oublie pas sa femme Dominique et sa fille Lolita présentes (tout comme son frère Thierry) et leur fait plaisir en reprenant " Hexagone " qui n'a rien perdu de son actualité. " Le petit chat est mort " et " Miss Maggie " précèdent " La pêche à la ligne ", " Adios Zapata ! " et " C'est quand qu'on va où ? ". L'HOMMAGE À BRASSENS Renaud passe à travers sa douzaine d'albums dont même celui en chtimi avec " M'Lampiste " avant qu'il reprenne deux chansons de son maître Brassens (comme le très ad hoc " Je suis un voyou "), ce qui lui donne l'occasion d'annoncer cette déjà fameuse intégrale de 18 albums comprenant trois albums inédits parmi lesquels se trouve un disque entier consacré aux chansons gaillardes de Brassens. On passe ensuite à un long set en solo à la guitare acoustique avec un medley de " Rita ", " Laisse béton ", " Société tu m'auras pas ", " Où c'est qu't'as mis mon flingue ?", " Pochtron ", " Chanson pour Pierrot ", " P'tite conne ", " Germaine ", etc... Le temps pour le groupe de revenir et " Son bleu " et " Fatigué " terminent ce long panégyrique de toute une oeuvre avant le rappel par " 500 connards sur la ligne de départ ", " La médaille ", " Dans mon HLM " et le très attendu " Manu ". Rien, et surtout pas le long timing, n'a entamé la ferveur du public qui était véritablement à l'unisson avec son chanteur préféré, chantant avec lui (et parfois par-dessus lui) des chansons qui nous ont accompagnés ces vingt dernières années. Mais c'est promis : il reviendra l'année prochaine... THIERRY COLJON
    • Salle Casino de Paris
    • Pays Belgique
    • Claude Berri
    • Cinéma Germinal
    • Album The Meilleur of Renaud
    • Jean-Louis Roque
    • Politique Jacques Chirac
    • Télévision Patrick Sébastien
    • Politique Jean-Marie Le Pen
    • Télévision TF1
L'Alsace
  • 22 mars 2000, Renaud, une histoire qui dure > AlsaPresse du 27 mai 2002 Après sept années d'errance, Renaud redresse enfin la tête avec « Boucan d'enfer ». DOCTEUR Renaud, Mister Renard, l'émouvante chanson qui ouvre Boucan d'enfer, résume sans fard ce qu'était devenu le chanteur ces dernières années : derrière le masque de plus en plus fissuré du personnage aimé du public, grandissait l'alcoolique chronique, abonné à la défonce, traître à ses causes, noyant son chagrin d'amour. Après une longue et humble tournée, il a fini par ressortir la tête du Ricard, trouvant l'inspiration dans sa propre déchéance et renouant avec l'écriture qui fit son succès (douze millions d'albums vendus). Convoquant comme d'habitude folk, rock et musette, l'auteur de Ma gonzesseet de Morgane de toi nous ouvre à nouveau son journal intime, marqué par les douleurs récentes : le départ de sa « Domino », l'envie de Tout arrêter, le mépris du show biz, l'adolescence de sa fille… Dieu reconnaîtra les chiens Renaud poursuit ainsi la conversation entamée avec le public il y a déjà 25 ans. Égrenant avec nostalgie son panthéon personnel (Brassens, Bruant, Coluche…), restant fidèle à son passé, (Baltique, le chien de Mitterrand), il s'attaque aussi, avec sa verve légendaire, tour à tour grave et ironique (mais sans éviter quelques clichés), au 11 septembre ( Manhattan-Kaboul, en duo avec Axelle Red) et à BHL ( L'entarté, très réussi), décrit le sort des « pédés » de province, la question corse ou encore la vie du banlieusard d'aujourd'hui, en écho pavillonnaire à son célèbre HLM.  S'il chante toujours aussi mal, Renaud nous change avec bonheur de ces académiciens qui n'ont rien à dire et le crient très fort. Un heureux retour à la vie. Olivier Brégeard

23 septembre 2000

Charlie-Hebdo
  • 2 juin 1993, Y'A PAS D'ARÊTES DANS L'BIFTECK ! bgcolor="#FFFFFF"> Charlie Hebdo, le 2 juin 1993   « Renaud bille en tête Y’A PAS D’ARETES DANS L’BIFTECK ! Dès que le vent soufflera, je reviendra   Y’en a sûrement qui ont cru que je rigolais la semaine dernière lorsque j’ai annoncé ma démission prochaine de Charlie. Sans dec’, dans trois semaines je laisse béton ! C’est pus possib’… Je vous explique : dimanche soir, j’ai faxé ma chronique au journal. Ouf ! peinard, une de plus de torchée ! Lundi, j’ai glandé, en me disant ça va, y m’reste une semaine pour pondre la prochaine, ja vais pas me prendre la tête tout de suite. Mardi, j’ai eu du boulot. J’ai dû aller chez Virgin pour la sortie de mon nouveau disque (en attendant le « Vrai » nouveau), que je ne saurais que trop vous conseiller de vous procurer, surtout si vous aimez les chansons populaires du Nord interprétées par votre serviteur, en ch’timi s’il vous plaît. Ca s’appelle « Renaud cante el’ Nord », et c’est bien joli. Mercredi après-midi, j’ai bricolé chez moi des tringles à rideaux, j’ai eu la visite de mon ami et accordéoniste Jean-Louis Roques, on a bu des Ricard au bistrot du coin pi on s’est fait une finale de Coupe d’Europe à la télé pi on l’a gagnée. Vendredi, je pars pour Lille répéter avec les musiciens nordistes qui m’ont accompagné dans le disque cité plus haut, histoire d’être au point samedi pour le Festival mondial de l’accordéon de Wazèmes où, en soirée de clôture, je dois interpréter les chansons en question. Dimanche, je participe à « Rien à cirer » avec Fonfont et après je rentre sur Paname. On est donc jeudi, et je n’ai qu’aujourd’hui pour vous pondre deux feuillets et demi de je sais pas quoi. Voilà. Il est 14 heures, je suis à la table de Samuel Beckett dans ma brasserie montparnassienne, et j’ai pas d’idée. Pas l’ombre d’une amorce d’un popil de cul de début d’idée .Et c’est un peu comme ça toutes les semaines. Et inutile de vous dire que tout le temps passé à flipper sur mon Macintosh pour enrichir ( ?) de deux pauvres colonnes la presse libre à 10 F, je le passe pas à écrire mes prochaines chansons que quelques-uns d’entre vous me reprochent de tarder à graver dans le vinyle… Moi, après tout, j’m’en fous un peu. Si vous préférez ma prose à rimes, si vous préférez me voir accompagné au dessin par Siné plutôt qu’à l’accordéon par Jean-Louis, si vous préférez le bruit du papier journal à la mélopée délicieuse de mes cordes vocales, je peux continuer chez Charlie pendant dix ans. Même que ça m’arrangerait presque : j’aurais pas à faire la musique… Et pi, si j’arrête, c’est aussi un peu parce que je suis plus trop d’accord avec la « ligne idéologique » du journal. Je pêche à la ligne. J’aime mon chien mais pas la SPAphilie, j’adore le football, suis supporter du Stade lavallois, je bois de la bière et du pastis, je joue à la pétanque, mon lieu de pèlerinage préféré, c’est les magasins « Monsieur Bricolage », je considère l’astrologie comme une science, suis prêt à croire à la réincarnation si je peux être réincarné en selle de vélo de jeune fille et JE SUIS FOU DES POLYPHONIES CORSES ! ! ! Ajoutez à ça que la rédaction de Charlie me refuse neuf dessins sur dix, tuant peut-être ainsi dans l’œuf une formidable vocation et une éventuelle reconversion, que notre rédac’ chef pactise avec l’ennemi en dînant quasiment en tête-à-tête avec Jean-François Deniau sous mes yeux ébahis, ajoutez aussi que je demande depuis des semaines un canapé et des cendriers au journal et que le patronat me les refuse, ajoutez que Valérie Le Du, notre charmante secrétaire de rédaction, porte, au printemps, des robes d’une courterie insensée qui choque mon calvinisme, ajoutez enfin que les disquettes de mon Macintosh sont quasiment incompatibles avec les programmes de traitement de texte des ordinateurs du journal, vous comprendrez qu’il est largement temps que je cède ma place deux à un moins casse-couilles que moi… Ma décision est irrévocable. N’insistez pas, j’arrête ! Et pas la peine de me répondre « y’a pas d’arêtes dans l’ bifteck ! » : quand cette expression était en vogue dans mes cours de récré, vous étiez même pas nés, bande de salauds de jeunes ! RENAUD »
    • Amina
    • Journal Globe Hebdo
    • Pays Maroc
    • Album Renaud chante Brassens
  • 1er septembre 1993, VISAGE-PALE VISITER QUÉBEC bgcolor="#FFFFFF"> Charlie Hebdo, le 1er septembre 1993   « Renaud bille en tête VISAGE-PALE VISITER QUEBEC 328e semaine de congés payés pour Renaud   Comment ça, j’ai pas écrit ma chronique la semaine dernière ? Vous êtes sûrs ? Alors, là, vous m’étonnez… Je suis presque certain de l’avoir envoyée… C’est peut-être le décalage horaire qui m’a foutu dedans. Ou alors je l’ai pas écrite, je sais plus… Je me suis envoyé en reportage au Québec et j’ai pris pourtant plein de notes, mais j’ai dû les perdre en chemin. Bon, c’est pas grave, je vous en livre une double cette semaine. Une en deux parties. Vous venez de lire la première. Bon, comme je disais, je suis au Québec. Comme je sais pas écrire « gentil », je vais pas vous raconter comment ce pays est bien. Pi les gens, si vous êtes jamais allés là-bas, vous me croiriez pas. A côté d’un Québécois moyen, l’abbé Pierre passerait pour un méchant, malpoli et teigneux, votre épicier du coin de la rue pour un gardien de prison en Bosnie et le vigile du coin de votre Z.U.P. pour Klaus Barbie. Le Québécois, plus gentil, plus chaleureux, plus accueillant, tu trouves pas sur terre, même en Belgique. Des fois, c’en est presque agaçant. Au bout de quelques jours de gentillesse exaspérante, t’as presque envie de tomber sur un chauffeur de taxi acariâtre, un loufiat méprisant, un automobiliste à bras d’honneur, un flic qui te tutoie, un chien qui t’aboie, histoire de te sentir un peu chez toi, eh ben jamais ! Paraît que cette absence d’agressivité tient à ce que ces gens vivent à 6 ou 7 millions sur un territoire trois fois grand comme la France. Un genre de petit village d’irréductibles francophones entouré de 275 millions d’anglophones, canadiens ou américains. Ca doit aider… Quasiment pas de racisme non plus, bienvenue aux immigrés de tout poil, toutes races, toutes confessions, pourvu que vous appreniez le français en arrivant, on vous paye les cours, on vous file un revenu minimum et y’a du boulot pour qui en veut. Bon, on a bien sûr quelques « bavures » de-ci de-là… L’année dernière, par exemple, un flic avait coursé une bagnole et flingué le Noir au volant. « J’ai cru que c’était un voleur », avait-il dit pour sa défense. Je leur avais expliqué que chez nous les flics flinguaient les voleurs avec, comme excuse : « j’ai cru que c’était un Noir ». Je voyage en camping-car. Avec ma famille et des potes. Le soir, on s’arrête au bord des lacs (y’a le choix, y’en a huit millions), et pendant que ma blonde et les autres vont au dépanneur (c’est comme ça qu’ils appellent l’épicerie-tabac-pharmacie) acheter à manger, à fumer et à pharmacer, je me prends une barque et je vais assassiner quelques truites. Je vais vous énerver, j’y prends un malin et extrême plaisir. Depuis que je suis là, j’en ai assassiné qu’une mais elle était belle. Si belle que, finalement, je lui ai fait grâce. Je l’ai remise à l’eau, intacte, elle est repartie en frétillant de la caudale et en me disant « Merci, maudit Français ! » Dans ce pays, même les poissons sont polis. Comme on roule pas mal, vu que pour aller d’un p’tit coin pittoresque à un p’tit endroit qui vaut le détour tu dois te cogner 2 000 kilomètres de forêts et de lacs, j’écoute beaucoup la radio. Y z’ont des quotas. Obligés de programmer 50 % de chansons francophones. Là, en revanche, ça craint vraiment. Quand t’entends la musique variétoche américanisée et les paroles pourries d’insignifiance et de mièvrerie de la « nouvelle chanson québécoise », à côté de laquelle Didier Barbelivien ferait figure de Prix Nobel de littérature et Michel Fugain de chanteur engagé, tu te demandes s’ils ont eu une bonne idée… Et au bout d’un moment tu zappes sur ta FM pour écouter de la merde anglophone avec délices. Quant à moi, je m’entends jamais. Je suis pourtant très connu, ici, et les gens m’aiment beaucoup. Ils me disent tous qu’ils trouvent mes paroles « songées » et que ma musique est »pas pire » ! Je pense qu’ils entendent : pas pire que la leur. Je vais pas vous raconter mes vacances, ça vous regarde pas, mais je dois vous dire encore que je suis allé voir les baleines à l’embouchure du fleuve Saint-Laurent et les Indiens Hurons pas loin de Québec. Comme j’ai fumé le calumet de la paix avec le chef de la réserve indienne, au moment où j’écris ces lignes je suis pas foutu de me souvenir si c’est les baleines qui m’ont vendu une paire de mocassins en caribou ou si c’est les Hurons qu’on chasse pour leur graisse… RENAUD »
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  • 4 janvier 1995, TOUCHE PAS A MA BANANE ! bgcolor="#FFFFFF"> Charlie Hebdo, le 4 janvier 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi TOUCHE PAS A MA BANANE ! Fais ta prière, Siné   Cher Bob, Ca fait tout juste un an que j’ai arrêté d’écrire dans Charlie, je n’ose pas imaginer combien je t’ai manqué. Je n’ai, de mon côté, jamais cessé de te lire, commençant toujours mon numéro par tes gribouillis de la page 10, vingt minutes pour les déchiffrer, une semaine pour les digérer, toujours émerveillé devant ton sens profond de la nuance, toujours fasciné par ton amour de l’humanité et les solutions que tu préconises pour la débarrasser de la canaille galonnée ou non, solution auprès desquelles la « finale » paraît bien fade. Et puis j’ai suivi tes conseils, au moins musicalement, j’ai acheté quelques-uns des disques de musiques de nègres dont tu nous recommandes l’écoute à longueur de colonnes, c’est vrai que finalement c’est pas mal, surtout les paroles. Musicalement, par contre, je me demande si je ne préfère pas Daniel Guichard. En fait, ça ne m’étonnes pas que tu craques pour le gospel, les petits maîtres blancs ont toujours eu cette indulgence amusée pour le chant des esclaves. Je rigole. C’est juste pour t’énerver. Juste parce que depuis un an j’ai croisé des dizaines de lecteurs qui, après m’avoir fait part de leur tristesse devant ma démission de Charlie, m'ont affirmé : « ce qu’on aimait bien, surtout, c’est quand tu t’engueulais avec Siné ! » Alors voilà. Comme en plus tu as lâchement profité de mon absence pour continuer à me chambrer alors que je pouvais même pas te répondre, je te préviens que je vais être particulièrement vigilant au moindre de tes écrits et crobards. Au premier dérapage je t’allume. Si, par exemple, après avoir chié dessus depuis des siècles, tu t’avises de nous faire l’éloge des polyphonies corses sous prétexte que tu t’es déniché à vil prix une résidence secondaire dans l’île de Beauté et de boum-boum et que tu crains qu’on te la fasse péter, je vais pas me gratter pour te traiter de faux-cul. Si tu nous la joues un peu trop beauf’ avec ton comité de soutien aux fumeurs, aux pochtrons et aux automobilistes, je rejoins le camp des buveurs d’eau – non fumeurs – rouleurs de scooter, au premier rang desquels mon Philippe Val de rédacteur en chef préféré que tu n’as, d’ailleurs, pas pu t’empêcher d’égratigner récemment, ingrat que tu es ! Le malheureux n’avait pourtant pas commis d’autre crime que de déclarer dans ces pages : « Comptez pas sur moi pour aller manifester dans la rue si demain le gouvernement interdit les bananes. » Déjà, moi, je savais pas qu’elles étaient autorisées, donc je m’en cognais un peu de vos histoires de bananes. Mais toi non. Aussi sec, tu montes au créneau, on touche à ta banane, on attente à ta liberté, t’es prêt à te battre, prêt à mourir pour la légalisation d’un fruit défendu. Encore, la pomme, je comprendrais que tu t’insurges, mais as-tu déjà bu du calva de banane ? Quant à Philippe Val, rassure-toi, je ne le considère pas non plus comme blanc-blanc dans cette ô combien intéressante polémique. Son mépris de la banane vient, n’en doutons pas, de son éducation provincialo-militaro-puritaine que, sous sa carapace d’insurgé, j’ai si souvent vue transpirer. Phiphi, si tu lis ces lignes, cesse donc d’assimiler désespérément l’idée de « banane » à une bistouquette, tu sais bien que Siné, toi et moi, c’est plutôt le mot « cure-dents » qui devrait nous inquiéter…   Bon, allez, sérieux, bonne année à tous chez Charlie, salut à toi lecteur – chéri – d’amour, bienvenue à moi, à partir de la semaine prochaine je vous promets une chronique régulière sur l’Homme et sa fiancée, avec ou sans banane. RENAUD »
  • 1er mars 1995, COMMENT DIT-ON « TATATSSIN !» EN SERBO-CROATE- bgcolor="#FFFFFF"> Charlie Hebdo, 1er mars 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi COMMENT DIT-ON « TATATSSIN ! » EN SERBO-CROATE ? Patrick Font va peut-être faire la Mutualité à partir du 1er Mai   A l’heure où, ami lecteur, tu liras ces lignes, je serai à Mostar, Vitez, Banjalouka, ou Sarajevo. Enfin, quelque part en Bosnie centrale mais je ne sais pas trop où, je vais bouger pas mal. « Mais qu’est-ce qu’il va foutre là-bas ? » vous demandez-vous, comme m’ont demandé, depuis quelques semaines, les rares personnes dans la confidence. Ben quoi ? Je vais chanter, tiens ! Que voulez-vous que j’aille y faire ? Un tennis ?   « Oui, mais bon, tu vas chanter où, comment, pour qui ? » Bon. On se calme, je vous explique : c’est un pote, Yacov, ça fait huit fois qu’il va là-bas, en camionnette, pour livrer aux populations civiles des bouquins, des cassettes et des arbres fruitiers. Les bouquins (en anglais ou en yougo), c’est des écrits pacifistes ou (et) antimilitaristes de Giono, Lanza del Vasto, Saint-Ex ou Martin Luther King, les cassettes c’est des chansons de Cohen, Dylan, Lennon, U2, Brassens ou moi, les arbres fruitiers c’est des orangers, comme dans la chanson. Pas mal d’organisations, gouvernementales ou non, livrent en Bosnie des médicaments, de la farine ou des sacs de riz, Yacov, lui, réapprend aux gens à aimer les émotions que la paix procure, des émotions autres que la peur ou la haine du voisin, en essayant de faire renaître chez eux l’amour des livres et de la musique, nourritures aussi indispensables que le lait en poudre, sparadrap du cœur aussi utile que le mercurochrome. Il a su me convaincre que la paix ne reviendrait vraiment là-bas que lorsque la musique y aura de nouveau droit de cité. Qu’aller chanter pour les civils de tous les camps dans de mêmes concerts mixtes, en arrivant par la route, en traversant les différentes lignes de front, les différents check-points, avec comme seul mot d’ordre « crosses en l’air ! »sonnerait, pour tous, à mi-parcours du cessez-le-feu de quatre mois instauré en janvier, comme le véritable commencement de la fin pour cette guerre dégueulasse qui n’a déjà que trop duré.   Un peu idéaliste, le Yacov, mais bon, moi aussi, non ? Le problème, c’est que, pour tourner, j’avais pas de musiciens. Les « miens », lassés d’attendre ma décision (prise depuis) de remonter sur scène, se sont dispersés sur d’autres affaires (comme ils disent…), qui avec Cabrel, qui à Canal + avec l’orchestre de « Nulle part ailleurs », d’autres enfin ayant repris leurs études afin d’apprendre un vrai métier. « Ben, si tu veux, moi j’t’accompagne » m’a dit mon rédac’ chef préféré, Philippe Val. « Je connais pas mal de tes chansons, on prend mes musicos à moi, on répète vite fait, et hop ! » Alors on a fait comme ça, avec Philippe Emmanuel, son bassiste, et Virginie, sa pianiste, mon batteur Amaury nous a rejoints, j’ai trouvé une sono pour là-bas, un ingénieur du son (les lumières, ça risque d’être à la bougie), on a réquisitionné le p’tit Luz pour vous rapporter de chouettes dessins, et pis on est partis. Pour remercier Philippe Val de m’accompagner dans cette « aventure », je lui ai promis que s’il nous arrivait quoi que ce soit là-bas je léguais mon public à Patrick Font. M’enfin… J’vous dis quand même à la semaine prochaine. D’ici là, faites gaffe à vous…   RENAUD »

26 août 2000

Charlie-Hebdo
  • 3 juillet 1996, TOI QUI M'A DONNE DES NOUILLES Lorsque je rentrais bredouille... > Charlie Hebdo, le 03.07.96 TOI QUI M’A DONNE DES NOUILLES Lorsque je rentrais bredouille… Quand Dieu créa le monde, en l’an-je-sais-pas-avant Jésus-Christ, il peignit de toutes les couleurs les pays, les océans, les prairies, les montagnes, les rivières et les lacs. Son œuvre terminée, il réalisa qu’il restait une belle petite place pour un petit pays. Mais il n’avait plus de peinture. Alors, à l’endroit qui allait devenir la France, il posa sa palette. Une fois encore, je viens de découvrir, au pays qui m’a vu naître, une nouvelle région qui m’a vu boire et qui, bien que située à quelques heures de route d’un peu partout en France, m’était aussi inconnue que le Belize ou le Tadjikistan. Honte à moi, je ne connaissais pas le Cantal ! Je viens d’y passer une petite semaine, j’avais, sur ses quatre mille kilomètres de rivières, rendez-vous avec quelques jolies truites qui m’ont, finalement, posé le lapin du siècle, je crois que je n’ai jamais rien vu d’aussi chouette. Outre que les plus belles couleurs de la palette y sont réunies, que c’est le département le moins pollué de France, que le FN y fait son score le plus bas de l’hexagone, les gens y sont l’illustration vivante de la chanson L’Auvergnat de Brassens : le croque-mort les emportera à travers ciel au Père éternel ! Da ma vie je n’ai jamais été reçu, accueilli, hébergé, nourri, abreuvé avec autant de générosité ni d’humanité. Facile, me dire-vous, chanteur populaire ça aide ! Et d’une je suis aussi chanteur ailleurs, et je sais faire la différence entre la gentillesse un peu artificielle qu’on déploie ici ou là pour la « vedette » et la véritable hospitalité, et de deux mon anonyme frangin David et ses potes qui vivent là-bas une partie de l’année sont reçus pareil. Si un jour vous passez dans le Cantal, dans une toute petite ville qui s’appelle Riom-es-Montagnes, passez donc au café de La Halle embrasser Paulette de ma part. Un baiser sur son front ou sur ses cheveux blancs. Si vous allez un peu plus loin, si vous arrivez au village de Saint-Etienne-de-Chomeil, passez donc à l’hôtel du Mont-Redon embrasser pareil Mme Sylvia qui ne loue l’une ou l’autre de ses sept chambres à l’étranger de passage que s’il a une tête qui lui revient. Dites-lui que je la remercie encore d’avoir apprécié la mienne, que j’ai apprécié son cœur gros comme une maison et ses petits déjeuners aussi bons que ceux de notre enfance. Passez aussi voir Jeff et Marie-Françoise au resto Les Glycines, ils vous serviront, pour le prix d’un Mc Do, la meilleure viande de bœuf de toute l’Europe, leurs vaches, comme toutes celles du département, ne sont folles que de cette liberté qu’elles ont de brouter toute leur vie dans la prairie. Et si vous voulez des nouilles à la place (ou en plus) de l’aligot, demandez, y aura pas de problème… Si vous finissez au hameau de Fossanges, dites de ma part à Nicole et à Richard que la bouteille de pastis bue chez eux, ce n’était rien qu’un peu d’anis mais qu’en mon âme il brûle encore à la manière d’un grand soleil…

30 juillet 2000

Dauphiné Libéré
  • ?-06-00, Une guitare, un piano... et Renaud retrouvent la Drôme vendredi soir à Loriol > Dauphiné Libéré de Juin 2000 Renaud intime "Une guitare, un piano... et Renaud" retrouvent la Drôme vendredi soir à Loriol Si on ne présente plus le plus populaire des titis de Paname on peut par contre s'attarder sur ce spectacle intime qui a déjà séduit le public de Bourg les Valence et qui risque bien d'en faire de même vendredi soir avec le public loriolais. Renaud Séchan, le chanteur énervé mais tendre, a marqué du sceau de sa poésie, dégoulinante de bitume et d'humour, d'amour et de camboui, les générations successives de ce bon vieil "Hexagone" qu'il ne ménage pourtant pas et ce dès son premier album (1975, déjà !). "Hexagone" est interdit d'antenne et lui assure le succès, la légende est en marche et elle le conduira au sommet. Renaud remplira les plus belles salles (l'Olympia, le Casino de Paris, le Zénith) et ses refrains, ses ritournelles, ses coups de blues et ses coups de gueules resteront à jamais célèbres. Aujourd'hui, si Renaud revient vers ce public qu'il aime, et qui le lui rend bien, c'est avec une autre démarche, plus intime et plus conviviale. Exit les salles immenses et les orchestres touffus, Renaud s'excentre et part se ressourcer dans les petites villes, les petites salles en quête de chaleur humaine et de vérité. Renaud se déguste en trio, avec Jean-Pierre (Bucolo) aux guitares et Alain (Lanty) au piano. Histoire de retrouver la complicité et la communion... juste pour le plaisir. Concert à 20H30, salle Jean Clément. Il y a une photo d'archives en noir et blanc de Stéphane MARC sous titré "Renaud : gueule de rebelle et gueule d'amour."
    • Une guitare, un piano et Renaud
Paroles & Musique
  • 1er avril 1988, vérités et mensonges : long portrait > Paroles & musique nouvelle série N° 6  - avril 1988 VÉRITÉS ET MENSONGES En termes de métier, on appelle ça un scoop : à l'occasion de la sortie de son nouvel album, Renaud, ayant décidé de ne plus faire aucune promotion - " ni presse pourrie, ni radios-nulles, ni télés craignoss " -, s'est choisi un interlocuteur et un seul ; Paroles & Musique. Et il nous a tout dit: sur lui - même, sur sa vie, sur ses angoisses et sa lassitude ses bonheurs et ses doutes. Un entretien - fleuve, passionnant émouvant – et décapant aussi ! Avec son regard aigu et son langage sans fioritures Renaud n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat pour dire ses vérités qui sont aussi celles du métier. Une franchise, un courage qui font du bien dans cet univers trop souvent dominé par la poudre aux yeux et le faux-semblant. L'attitude de Renaud ne lui vaudra sans doute pas que des amis. Elle s'inscrit pourtant dans une évolution d'une rare cohérence : artiste inclassable, lui qui pratique ce métier avec une espèce de désinvolture de seigneur a atteint les sommets sans l'avoir jamais vraiment voulu, Aujourd'hui meilleur vendeur de disques français, leader de sa génération et véritable phénomène du show-biz, Renaud a su garder une lucidité qui l'honore. Et son refus d'aller "se vendre" n'est que aboutissement d'un immense ras-le-bol qui couvait depuis des années fruit de multiples déceptions, attaques on tout genre et autres trahisons Est-il utile de préciser que son nouvel album, Putain de camion, dédié à son ami Coluche, est une totale réussite, sans doute l'un de ses meilleurs - un des plus noirs, également. Un album, aussi, plus engagé que jamais. Les artistes c'est bien connu, fascinent les politiques : leur charisme et leur aisance à manipuler les foules laissent souvent rêveurs les tribuns du débat public. Les artistes c'est moins connu sont constamment sollicités. Parfois par n'importe qui : que penser de ces élus de droite qui viennent cogner à la porte d'une Juliette Gréco ? En cette période électorale d'intense activité de "récupération", nous sommes allés sonder les rangs de nos ténors du hit-parade. Le moins que l'on puisse dire est qu'ils n'entonnent pas tous la même chanson ! Richard Cannavo LE BRUANT DU PÉRIPH' Il avance dans la vie, Renaud, pâle sous la tignasse raide, maigre et tremblant, de lièvre, d'impatience, de peur aussi sans doute, il avance de son pas chaloupé, jeans et santiags, avec dans le regard comme une absence, et le cœur grand comme ça. Il roule un peu sa caisse, bien sûr, mais pas plus qu'il ne faut : légende oblige, c'est tout. Il y a chez ce trouvère des temps modernes un air de gosse perdu et de profond ennui, en tout cas un étrange détachement qui semble aux confins de la mort ; ce jeune homme incertain paraît jeter sur le monde un regard clinique, sans indulgence, plus amer que désenchanté ; il semble considérer sa propre aventure avec une espèce de sombre indifférence - sauf à lui parler des siens, et surtout de Lolita, sept ans et demi, Sa môme, sa merveille. "La vie, c'est glauque... " Sa vie désormais, loin des projecteurs et des millions de disques vendus, c'est sa gosse donc, cette famille qui lui tient chaud, c'est une maison au soleil, et les copains. Mais la vie, c'est aussi ce poison dans la tête... Renaud ne fait pas, n'a jamais fait dans la dentelle ; son univers est à l'image du réel, âpre, noir, tendu. Son nouvel album, magnifique, est bien dans la lignée des précédents ; tout de tendresse et de pudeur, d'émotion et de sourde colère. Ni démago (ça, c'est vraiment pas son genre !) ni populo, ses chansons sont les chansons "réalistes" de nos temps de métal ; à un siècle exactement de distance, Renaud, c'est notre nouveau Bruant. Un Bruant des banlieues tristes dont le Montmartre serait la porte de Vanves et les boulevards de ceinture, le tourniquet du périph' et les terrains vagues de la "zone". Un univers sans joie, oui ; Renaud, c'est un trottoir mouillé sous les réverbères et les zincs de banlieue, les heures grises aux comptoirs de la nuit, les coups de blues au petit jour et le malheur inéluctable – toutes les petites crasses minables du quotidien. Un siècle d'écart et c'est pourtant le même langage, le même regard, surtout ; les histoires de Renaud sont des faits divers sans importance, des tranches de pauvres vies traversées de loubards, de zonards et de paumés en tout genre, silhouettes furtives, humbles et sans poids sur terre. Et vraies, toujours. Enfant du flipper et des "meules" trafiquées, ce casseur fluet au regard truqué va son chemin chaotique sans offenser personne, mais portant sa vérité au bout de ses poings serrés. Il est un peu sonné par la gloire, les bravos, les dollars, Renaud, lui qui, sans transition, sera passé des courants d'air glacés du métro à la brûlure des sunlights. Alors, pour se ressourcer sans doute, pour oublier aussi la frime et le mensonge et les envies d'un métier fait de tant d'artifices, il vient respirer un peu d'amitié dans son quartier du Marais, dans ces vieux bistrots brumeux avec des toiles cirées sur le Formica, des voilages jaunis aux carreaux, et l'empreinte de tant de demis sur les comptoirs de bois. Il est ici chez lui, Renaud, copain-frangines, il a son coin de table et son ardoise, comme vous et moi, et puis le sourire de la patronne, et celui de ses "potes", complice. Il est chez lui, il baigne dans cet univers comme Gérard Lambert navigue à vue sur sa mob'. La cogne, la drague, l'alcool de temps à autre, le flipper fatigué et la rumeur de la ville tout y est, et jusqu'à cette espèce de désespoir diffus, ce vague écœurement, cette lassitude poisseuse où l'on n'en finit jamais de patauger. Alors, chanter ? Pourquoi pas chanter ? De faire ça, disons que ça l'occupe, ça l'empêche de flipper sur le reste, sur la vie qui s'en va, ça l'empêche de penser à demain, à dans dix ans, dans vingt ans, pourquoi pas dans un siècle, lorsque des brumes du malaise surgira un nouveau Bruant, qu'on qualifiera peut-être alors de nouveau Renaud, "même langage, même regard surtout... ". En attendant, il veut croire en sa chance, Renaud, il veut faire taire cette petite voix en lui, cette peur, insidieuse... Parce que la vie, oui, c'est aussi ce poison dans la tête... Et si tout s'écroulait soudain ? La gloire, l'argent, tout cet amour, cette douceur de la vie, comme une infinie caresse... Pire, si tout ça le dévorait un jour, et détruisait l'essentiel ? Il se tait un instant, le regard perdu ; un sourire furtif, un plissement des yeux, et il reprend sa môme sur son épaule, Sa guitare et, sans un mot, il s'éloigne, à pas traînants, un rêve incertain dans le bleu de ses yeux. Après tout, qu'a-t-on trouvé de mieux que la réussite pour respirer la liberté, et qu'un enfant pour se donner l'illusion du bonheur ? ... Richard Cannavo LES SILLONS D'UNE VIE Toujours tout restituer dans le contexte! Sinon on ne comprend rien; ou de travers. Déjà que, même comme ça, c'est pas toujours facile... Ainsi, pour le premier album de Renaud, le contexte, c'est l'année 75. Fin de la guerre du Viêt-nam - marquée par la prise de Saigon et la conférence de Paris - Révolution des oeillets au Portugal, mort de Franco en Espagne et, en Grèce, chute des colonels. Un grand cru ! Côté musique, c'est aussi le passage au rock de Jacques Higelin (BBH 75), le premier album clef de Springsteen (Born ta tun) et la parution, coup sur coup, de deux des meilleurs Dylan (Blaad on the tracks et Desire). Et puis, 75 marque aussi l'apogée, avant une dégringolade vertigineuse, de ce qu'il est convenu d'appeler le mouvement folk. UN QUASI-MILITANT DE L'HUMOUR Le climat idéal, en quelque sorte, pour ~ premier disque d'un jeune chanteur pas encore tout à fait au point vocalement, mais d'une originalité manifeste, et dont les racines plongent tout autant chez Dylan que chez Bruant, chez rock and zone que chez accordéon, chez nostalgie-tendresse que chez anarchisme viscéral. Produit et réalisé par Jacqueline Herrenschmidt et Français Bernheim, le premier album est une sorte de fourre-tout, où l'on découvre, pêle-mêle, un "Amoureux de Paname" à contre-courant de la mode écolo retour à la terre régnant à l'époque, un jeune anarchiste nostalgique de la Commune (qui est nommément citée dans deux chansons, "Écoutez-moi les Gavroches" et "Société tu m'auras pas" plus d'un à l'époque, et un quasi militant de l'humour, qui passe avec aisance et allégresse des assonances méli-mélo, chères à Baby La pointe ("La menthe à l'eau"), au gros calembour de potache ("Greta"). Humour; rêves libertaires et amour d'un Paris "qui vit encore/Et qui fera de votre enfance/Le plus merveilleux des décors", il y a là les trois composantes fondamentales du personnage de Gavroche tel que l'a dépeint le père Hugo. Car, bien que l'on ait un peu tendance, de nos jours, à ne voir en Gavroche qu'un poulbot folklorique et gouailleur; il ne faudrait tout de même pas oublier qu'il est mort sur les barricades des émeutes de juin 1832. Non content, d'ailleurs, d'invoquer le souvenir du jeune héros des Misérables dans le titre et le refrain d'une de ses chansons ("Écoutez-moi les Gavroches"), Renaud en copie le look (ou, du mains, ridée que nous nous en faisons), et apparaît, sur la pochette de son aIbum, mégot au bec, casquette informe sur la tête, et le sourire à la fois railleur et frondeur. Image peut-être un peu trop typée, qui sera abandonnée dès l'album suivant, au profit d'une tenue moitié jean, moitié cuir, bien plus en rapport avec la réalité de l'époque. Plus en rapport aussi avec le côté plus rock, zone et loubard que Renaud commence à donner à ses nouvelles chansons. Le mot "rock" définissant plus, en l'occurrence, un état d'esprit, une sensibilité, qu'un véritable genre musical; un peu comme on peut dire que les bandes dessinées de Margerin sont des BD rock, à cause de leur ambiance générale. En effet, les arrangements du deuxième album, confiés à Alain Ledouarin et Patrice Caratini, surtout connus à l'époque comme accompagnateurs de Maxime Le Forestier, n'ont vraiment pas grand-chose de rock dans leur forme. Passant tour à sur fond de banjo bluegrass et d'harmo, et surtout "La chanson du loubard") à la java musette la plus classique ("Germaine"), et du tango argentin ("Jojo le démago") au slow yéyé style surpat' des années 60 ("Adieu minette"), sans oublier un ban vieux blues bien épais : celui de la porte d'Orléans, les orchestrations confirment une tendance déjà entrevue dans l'album précédent : la musique de Renaud est en équilibre constant entre la tradition populaire parisienne, symbolisée par l'accordéon, la java et la gouaille anarchisante des Montéhus, Bruant, Couté, etc., et l'apport folk-rock de DyIan, lui-même relayé par des pionniers du genre Antoine et Hugues Aufray:  "'Y'a eu Antoine avant moi/Y'a eu Dylan avant lui/Après moi qui viendra?" UN MONTREUR DE LANTERNE MAGIQUE Influences dont le chanteur ne se cache pas, on le voit, mais qui, curieusement, auraient tendance à en masquer une autre, qui pourtant semble évidente à l'écoute de ce deuxième album: celle de François Béranger. Ce dernier ayant toujours revendiqué le double héritage de Bruant et de Woody Guthrie, son style s'est souvent appuyé sur différentes formes de musiques populaires (du blues à la java, lui aussi), tout en composant avec les trois éléments de base, déjà évoqués, et que Renaud réutilise abondamment ici : conscience politique clairement affirmée ("Les charognards"), attachement aux quartiers populaires de Paris ("Blues de la porte d'Orléans") et sens de l'humour jamais pris au dépourvu, que ce soit dans la grosse farce ("Buffalo débile"), ou afin de masquer une émotion trop farte. Ainsi commente-t-il l'accident de moto d'un copain resté infirme à vie: " C'est vraiment trop con les platanes." Ce deuxième album, qui verra l'explosion du chanteur sur les ondes, avec "Laisse béton", un des gros tubes de l'année 78, est en fait bien plus soigné que le premier. Tant musicalement (le travail de Caratini et de Ledouarin est en tous points remarquable, et Renaud, malgré quelques moments un peu à la limite, chante mieux que précédemment ~u'au niveau de l'écriture, qui s'est affinée, se faisant en même temps plus nuancée, plus précise et plus rigoureuse. On sent dorénavant que les tournures maladroites relèvent en fait d'une volonté de style : l'envie de coller le plus près possible au langage parlé des adolescents. D'ailleurs, certaines chansons comme "La bande à Lucien" ou "Les charognards" sont de vrais petits traités de sociologie, bien plus finement observés que beaucoup d'études de soi-disant spécialistes. Le succès de "Laisse béton" aidant, le troisième album arrive vite. Il s'ouvre sur une très belle chanson d'amour: "Ma gonzesse", dont la première phrase (donc la toute première de tout le disque) ressemble à une mise en garde pour l'avenir: "Malgré le blouson clouté/Sur mes épaules de velours / J'aimerais bien parfois chanter/Autre chose que la zone". Cela, ajouté au texte "Peau aime", que Renaud déclame en fin de face B, et dans lequel il répète plusieurs fais, comme un refrain : "Laisse béton, j'démystifie", s'explique par cette fausse image de loubard que certains essayent de lui coller et qui donne lieu, alors, à toutes sortes de polémiques, pas toujours très bienveillantes. Pour certains, Renaud est et restera toujours un véritable enfant de la zone, élevé sur les trottoirs et dans les caves des cités HLM ; pour d'autres, un truqueur véreux qui essaye de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Un peu comme ces bourgeois et ces femmes du monde qui allaient régulièrement s'encanailler; à l'époque de Casque d'or; dans les bouges à accordéon. Faux débat, bien sûr; et argutie ridicule, puisque Renaud, en ban saltimbanque, est avant tout un montreur de lanterne magique, un créateur de rêves qui esquisse des tableaux et campe des personnages, tout comme un acteur ou un romancier. Eut-on lamais l'idée d'exiger que Dumas fût D'Artagnan ou Giani Esposito, Polyeucte ? Mais la chanson est un art beaucoup plus direct que bien d'autres, en ce sens que le chanteur; parlant directement à son public, est souvent amené à s'exprimer à la première personne: "Je". Dès lors, il devient parfois difficile de démêler le vrai du fictif, et c'est avant tout une question de feeling, de compréhension réciproque et de confiance. Un peu comme lorsque, passant à côté du sens des phrases pour ne retenir que celui des mots, certaines personnes ont pu traiter Coluche ou Guy Bedos de racistes. Comme quoi certains artistes - même s'ils sont loin d'être la majorité - sont condamnés à avoir un public intelligent. Ici, jouant à fond sur la dualité loubard périphérique / gavroche au grand cœur; Renaud nous offre quelques belles pièces d'anthologie comme: "C'est mon dernier bal" ou "La tire à Dédé", qui voisinent sans problème avec des ballades plus intimistes, où le chanteur se livre certainement beaucoup plus : "J'ai la vie qui m'pique les yeux" et, bien sûr; la magnifique "Chanson pour Pierrot", pour laquelle Marcel Azzola retrouve quelques-uns de ces accents déchirés qu'il n'a longtemps offerts qu'à Brel. Album numéro quatre: le ton se durcit. C'est le premier disque de Renaud à porter un titre: Marche à l'ombre, et la photo de pochette nous montre un visage tendu et un regard dur ; derrière une vitre brisée. L'idée de violence est immédiate, et d'ailleurs la grande majorité des chansons contenues ici sont des chansons teigneuses, comme leurs titres le laissent deviner: "La teigne", bien sûr; mais aussi "Marche à l'ombre", "Baston" et surtout "Où est-ce que j'ai mis mon flingue", où le chanteur règle en vrac un sacré nombre de comptes, sur un ton sans équivoque qui montre que le fric et le succès n'ont pas encore limé les crocs de l'auteur d'"Hexagone". DES VIES AUX COULEURS DE L'ÉCHEC L'écriture, quant à elle, est plus maîtrisée que jamais, et Marche à l'ombre est peut-être l'un des plus beaux disques de Renaud, avec un nombre impressionnant de titres qui font aujourd'hui partie de ses standards personnels : "Marche à l'ombre", "Les aventures de Gérard Lambert", "Dans mon HLM", "L'auto-stoppeuse" et quelques autres... La musique oscille toujours entre plusieurs genres, sans jamais choisir résolument son camp, et, Si le racket le country-rock ont la part belle, certains arrangements sont quand même fort surprenants de prime abord. Ainsi, le style "générique de western-spaghetti" qui accompagne "Les aventures de Gérard Lambert", ou la musique de cour qui sert de support à "Pourquoi d'abord". Comme les deux albums précédents, et tous les suivants à l'exception de Morgane de toi, Marche â l'ombre est dédié à Dominique, la femme de Renaud; ce qui est bien l'une des rares notes de tendresse d'un album par ailleurs également dédié à Paul Tout, dernier pseudonyme utilisé par Jacques Mesrine avant d'être abattu. En mars i 980, Renaud investit Bobina et, revenant au vu et au su de tous à ses premières amours, se paie le luxe de faire lui-même sa propre première partie, avec un répertoire entièrement consacré à la chanson réaliste du début du siècle avant de présenter un tour de chant panachant les meilleurs moments de ses quatre albums. Le succès est total, sans réserve, et ça n'est certes pas l'un des moindres mérites de Renaud que d'avoir fait accepter et apprécier par son public, en majorité adolescent, le répertoire de Berthe Sylva, de Fréhel au de Georgius. Deux albums rendront compte de cette série de spectacles à Bobina. Un double, de qualité assez moyenne, reprenant la seconde partie et n'apportant donc aucune nouveauté par rapport aux productions précédentes, mais permettant d'apprécier la chaleur du contact que Renaud sait établir avec les spectateurs; et, surtout, un magnifique P'tit bal du samedi soir qui reprend tout le répertoire réaliste de la première partie, accompagné à l'accordéon par JOSS Baselli "et son orchestre de musiciens". Très différent du reste de la discographie de Renaud, cet album fait partie des choses définitivement indispensables et irremplaçables. Comme pour les grands films à succès, Renaud décide de prolonger " les aventures de Gérard Lambert", sous la forme, ô combien clin d'oeil, du "retour de..." N'ayant jamais craint l'autoparodie, le chanteur n'a pas peur de forcer la dose, et ce qui n'était que western-spaghetti dans la première mouture, devient tragédie apocalyptique sur fonds de cuivres tonitruants et de hurlements de loups, avant que le héros de l'histoire ne reparte "dans la nuit vers de nouvelles aventures". Mais, comme tout remake, "Le retour de Gérard Lambert", malgré quelques belles trouvailles, souffre de la comparaison avec le premier épisode, plus riche, plus spontané, plus inventif. Si l'on songe au dernier en date des albums studio, qui était Marche à l'ombre, Le retour de Gérard Lambert s'est considérablement adouci. L'humour a retrouvé une place beaucoup plus grande et, Lolita étant née, son père semble désormais envisager les choses de manière plus positive. Même Si certaines de ses chansons, comme "Manu", "La blanche" au "Banlieue rouge" sont là pour nous rappeler la tristesse de ces vies qui n'ont d'autres couleurs que celles de l'échec. Bien que l'oeil qu'il pose sur le mande garde la même acuité et la même lucidité, Renaud adopte un ton nettement plus détendu; et, Si le portrait de son "Beauf" est tracé au vitriol, celui d'" Oscar", son grand-père "ch 'timi jusqu'au bout des nuages", déborde de tendresse. Volonté de marquer le virage par un private-joke réservé à ses auditeurs les plus scrupuleusement attentifs, au simple oubli ?: Le retour de Gérard Lambert est le seul de tous les albums de Renaud où le mot "Byzance", que l'on retrouve dans tous les autres disques comme une espèce de leitmotiv fétiche, n'est prononcé dans aucune chanson. Après Un Olympia pour moi tout seul enregistré en i 982, et qui montre un Renaud plus que jamais amateur d'humour; de dérision et d'autoparodie, porté par un groupe qui tourne d'enfer; comme une mécanique parfaitement huilée, et qui fait subir un sérieux lifting rock à quelques morceaux qui nous sont familiers au point d'en être devenus des classiques, le chanteur nous livre ce qui reste à ce jour son plus gros succès de vente: l'album Morgane de toi, qui dépassera le million deux cent mille exemplaires vendus. La pochette, très belle, très tendre, est à l'opposé de celle, Si dure, de Marche à l'ombre. On y voit Renaud portant Lolita suspendue à son cou et tenant dans une main une toute petite paire de santiags et une Télécaster rouge. C'est l'image d'un bonheur serein et, désormais, il faudra tenir compte de ce paramètre derrière chaque coup de coeur au chaque coup de gueule du "chanteur énervant". Le "loubard périphérique" a vécu, et son perfecto plein de badges est désormais rangé au rayon des accessoires dormants. Sur ses affiches et ses pochettes de disques, Renaud apparaîtra dorénavant en blouson de jean, en salopette, en tee-shirt, voire en anorak, mais plus en cuir. Une nouvelle page est ainsi tournée, qui n'est en aucun cas une trahison, mais l'évolution d'un homme qui a maintenant passé la trentaine et que la paternité a mon, bien qu'il réussisse le tour de force Si brélien de vieillir "sans être adulte". En effet, comme il l'écrit dans "Peau aime", Renaud conserve à jamais i 4 ans dans sa tête (pour certaines choses seulement) et il le réaffirme ici avec éclat: "Je n'suîs qu'un militant/Du parti des oiseaux / Des baleines, des enfants/De la terre et de l'eau. " Enregistré à Las Angeles, et servi par une musique exceptionnelle, au fil de laquelle an retrouve des gens comme Albert Lee au Paulinho da Costa, Morgane de toi est un disque à la fois magnifique et très varié. L'énorme tube que fut "Dès que le vent soufflera" et ses clins d'oeil en direction du "Santiano" d'Hugues Aufray ne doivent point faire oublier toutes les perles fines qui jalonnent les deux faces, de "En cloque" (carrément une nouvelle dimension dans la chanson d'amour, et un thème qui ne sera pas facile à reprendre après une telle réussite) à " Loulou", (portrait d'un loubard vieillissant qui prend du bide avec la trentaine - tiens donc!), en passant par Sliman, le jeune beur de la "Seconde génération", la réactualisation salutaire du "Déserteur" de Vian et "Ma chanson leur a pas plu", parodie hilarante des styles si caractéristiques de Capdevielle, Lavilliers et Cabrel. Pour finir ; Renaud se pastiche à son tour, démontrant ainsi, une nouvelle fais, qu'il n'est absolument pas dupe de l'image qu'il projette, ni de ses tics d'écriture. Superbe chanson d'amour; dédiée à sa fille Lolita, " Morgane de toi " sera doublée (au sens au l'an assure un coup en photo, et non de dépassement ce qui, sur un tel sujet, serait idiot) par ce pur chef - d'oeuvre qu'est "Mistral gagnant". Au terme de longues tractations, Renaud vient de changer de maison de disque délaissant Polydor pour Virgin. A titre de cadeau de bienvenue, il offre à ses nouveaux employeurs un album qui frappé tout de suite aux environs du million d'exemplaires. "Miss Maggie" frisera l'incident diplomatique et déclenchera l'une de ces vagues de francophobie qui agitent périodiquement la Perfide Albion. Le reste de l'album se répartira àpeu près équitablement en chansons graves, voire désespérées ("P'tite conne", "Morts les enfants" au "Fatigué"), et en sourires. Mais ces derniers auront parfais du mal à masquer les angoisses du chanteur. Ainsi de "Si t'es mon pote" qui, sur un mode badin sans avoir l'air d'y toucher, de cette peur glaçante que l'on éprouve face à la solitude. Aujourd'hui, après un mais de travail au studio du Palais des congrès, Renaud sort donc un nouvel album, (trais ans après Mistral gagnant), dont il a réservé la primeur à Paroles & Musique. Ce nouveau LP intitulé Putain d'camion, en mémoire de Coluche, comprend douze titres au ton résolument grave, à une ou deux exceptions près. La face A s'ouvre sur " jonathan " dédiée à Johny Clegg, dont Renaud déclare: " C'est un phénomène comme il y en a un tous les quinze ans, dons la musique mondiale. Comme il y a eu Dylan ou Bob Marley... Quelqu'un qui véhicule presque une idéologie, qui remet en cause toute une société, presque tout un continent. " Sur fond de cris de guerre et de chants zoulous, "Jonathan", sous une forme presque incantatoire, établit un parallèle entre ce qui se passe du côté de Soweto, et dont les médias parlent sans ambages et d'autres faits qui nous concernent de plus près et qu'on essaye de relativiser; voire de minimiser; telles les morts de Malik Oussékine ou d'Eloi Machoro. Renaud, comme toujours, se retrouve alors côté coeur; avec un refrain sans équivoque: "Jonathan, je suis comme toi, un peu fou/Un peu kanak, un peu zouJou/Un peu beur; un peu basque, un peu tout / Rebelle, vivant et debout. " UNE BOULE AU FOND DE LA GORGE La chanson suivante: "Y pleut", est une nouvelle variation, tout aussi belle que les précédentes, sur l'histoire d'amour entre Renaud et Lolita, qui, grandissant, commence à affirmer son indépendance. Mais "on s'casse pas à six ans et d'mi". "La mère à Titi" et "Rouge-gorge" font partie de ces portraits Si exactement désespérants que seul à l'heure actuelle Renaud semble capable de brosser. Mais Si l'une, semblable à sa soeur de "Banlieue rouge", a définitivement baissé les bras devant la vie, le "Rouge-gorge", chanteur de rues, cultive encore un brin d'espoir à travers quelques vieilles chansons de lutte, et la poignée de "cerises" d'un certain Jean-Baptiste Clément. A tous les niveaux, ce "Rouge-garge" est vraiment l'une des très grandes chansons de Renaud. Regard d'une noirceur absolue sur notre environnement quotidien, "Triviale poursuite" 6voque tour à tour la Palestine et Nouméa, Soweto et la Vologne. Et, chaque fois, la réponse à la question que se pose (que nous pose> le chanteur est aussi tristement vide: "J'en sais rien, j'donne ma langue au chagrin... "On pourrait alors croire que le tan va se réjouir un peu, car Renaud attaque une de ces caricatures - charges dont il a le secret, et où chaque image fait mouche, un peu à la manière de " L'auto stoppeuse ". Mais, rapidement, son propos glisse sur la situation actuelle, et l'on s'aperçoit alors que sa "Socialiste", loin d'être une égérie de rêve, n'est simplement qu'un pis-aller par rapport aux "autres coquins". Puis c'est avec une pudeur infinie que "Me jette pas" aborde un thème fort peu en vogue dans la chanson d'amour: celui du type qui, n'étant pas de bois, a donné quelques coups de canif dans le pacte de confiance. Alors, comme le héros de "Ne me quitte pas", prêt à devenir l'ombre de n'importe quoi, Renaud trouve des mots bouleversants de simplicité et d'amour vrai, sans pour autant oublier le dm d'oeil complice, qui est parfois le meilleur baume sur ce genre de blessure. "Me jette pas /Je me frai tout p'it, tout plat/Me jette pas/Ou jette-toi avec moi". On retourne alors l'album avec une boule dure au fond de la gorge et l'impression que Renaud a oublié en route son éternel goût de rire. Mais la face B répare l'oubli avec une attaque en règle et au vitriol contre le Top 50 ("Allongés sous les vagues") et un peu plus loin une "Chanson dégueulasse" dont la corrosion salutaire fera date. De Le Pen à Libé, en passant par B.H.L., nombreux sont ceux qui en prennent alors pour leur grade. Avant de se refermer sur "Putain d'camion, ", qui ne peut que laisser sans mots, tout y étant dit sans verbiage inutile, ni grande phrase redondante: "Enfoiré, an t'aimait bien/Maintenant on est tous orphelins", l'album évoque encore la vieillesse qui s'avance en silence, mais qui, au bout du compte, n'est pas Si effrayante que ça, car "ça n'arrive qu'aux vivants... " et que, à tout prendre, cela vaut certainement mieux que de finir encastré sous un "putain d'camion". Ce nouvel album de Renaud, par son ton globalement grave, rompt avec l'image railleuse souvent accolée au chanteur; mais c'est un disque très global dans son propos, presque un concept - album, et qui apparaît déjà, au bout de quelques écoutes a peine, comme l'une des plus belles réussites de toute la carrière d'un L! mec au cœur gros comme une HLM, qui glisse peu à peu vers le blues. M.R.
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  • ?-04-88, vérités et mensonges : l'entrevue > Paroles & Musique avril 1988. Un nouvel album de Renaud, c'est un événement : tu restes le recordman des ventes ? Renaud - Je ne sais pas. Les avis sont partagés. Pour certains, c'est moi, pour d'autres, c'est Goldman. Moi je crois que c'est lui, parce que pendant qu'il vend 600 000 albums (contre 1 200 000 pour Renaud - NDLR), il vend aussi trois fois 800 000 45 tours. Moi je n'ai jamais été un vendeur de 45 tours. Quoi qu'il en soit être l'un des plus gros vendeurs me fait évidemment très plaisir, mais c'est aussi une grande jouissance vis-à-vis du métier, qui, dans son grand amour pour le succès, est un peu excédé et qui, parait - il prédit depuis un marnent ma chute imminente. J'ai entendu dire, par des gens dont je pensais qu'ils m'aimaient bien, "Renaud, c'est le Verchuren de la chanson, ça plaît parce que c'est vulgaire.Il vend ses disques sur prescription du Parti communiste. Son million d'albums, c est un accident ça ne se reproduira plus jamais ! " Manque de bol, le suivant le dépasse... Oui, ça me fait plaisir aussi parce que je suis sûr que ça en fait rager plus d'un Un tel succès, ça n'accentue pas l'angoisse de la suite, du moment où l'on aura tout dît, où plus rien ne " viendra " ? C'est une angoisse perpétuelle. A chaque album elle est plus violente. Déjà, après Morgane de toi qui était mon septième album et qui a atteint des scores phénoménaux, je me suis vraiment inquiété terriblement - non seulement de savoir ce que j'allais raconter dans le suivant mais parce que j'étais conscient d'être attendu au tournant.. Tu as dû fait des envieux : on a parlé à ton propos de " contrat du siècle " ? Je suppose, et j'espère En France, le succès est toujours très mal vu : l'argent, la réussite, ce sont des sujets tabous. il est vrai, aussi, que mon succès, je l'analyse personnellement comme étant non pas injuste, mais, disons, un peu excessif, disproportionné... C'est une chose que tu pouvais imaginer ? Tu penses encore a l'époque où tu chantais dans le métro ? Jamais je n'aurais imaginé une telle carrière. Bien sûr que je pense encore au métro ! Mais à l'époque - comme aujourd'hui d'ailleurs, j'avais aucune ambition dans ce métier. Au moins jusqu'au troisième album, je me suis laissé porter par le succès. Je faisais ça complètement en dilettante, en me disant : "On verra bien". J'ai jamais eu le feu sacré. J'ai jamais été un passionné de musique, et la scène, c'est pas ma vie, comme pour tous ces artistes qui en font des caisses sur l'émotion qu'ils éprouvent face au public. Ma vie, c'est avec ma femme et mc môme essentiellement et puis avec mes potes, les gens que j'aime. C'est aussi la scène, mais c'est pas vital, même Si, c'est sûr, tous ces gens qui m'aiment j'ai pas envie de les décevoir. Ce succès, cette carrière, tu penses que c'est le fruit de ton travail, de ton talent ou une espèce de miracle ? Que c'est légitime, ou inespéré ? Je voudrais pas faire de fausse modestie. Je comprends que mes chansons plaisent aux gens puisqu'elles me plaisent a moi, et que je crois avoir des goûts très simples - les goûts des gens. J'ai un peu les mêmes réactions que l'homme de la rue par rapport à la vie, à tout ce qui nous entoure. Donc je comprends qu'ils aiment ce que je viens leur dire. Mais à ce point la, ça me sidère. Ca m'étonne à chaque fois. Il parait que mes chiffres de vente sont du jamais vu dans le métier depuis quinze ans. C'est une chose qui me stupéfie. Mais ça ne me torture pas. Je bénis le ciel, je suis heureux, mais j'essaie pas d analyser le pourquoi du comment : il y a des sociologues plus qualifiés qui se sont penchés là-dessus. Ça tient sans doute à plein de choses, à mes paroles, à mon climat musical qui est un peu déroutant Ça tient à ma personnalité, à mon charisme sur scène, Si charisme il y a. Ça tient peut-être aussi à la façon dont je conduis ma carrière, ou même à la naïveté de certains de mes propos dans les interviews. Ça tient sûrement à tout ça, plus la chance, plus du boulot quand même i Et par-dessus tout ça, il m'arrive parfois de penser que là-haut quelqu'un a fait : "Plouf plouf plouf.. ce-se-ra-toi-qui-se-ra-célè-bre-", dans une foule de cinquante millions d'individus. Que j'ai un bol pas possible, quoi. Le grand privilège de ce métier, c'est quoi ? La liberté, l'argent, la célébrité ? C'est pas l'argent même s'il procure beaucoup de liberté. Ainsi, moi, pour des années et des années, je suis débarrassé du souci de savoir comment je vais payer mon loyer ou nourrir ma famille. Si j'ai envie de faire une collection de BD et de me payer la première édition de Tintin au pays des Soviets, je peux me l'offrir. Donc c'est le pied. Mais le plus grand privilège, c'est de savoir qu'on est aimé par tant de gens. C'est le regard amoureux des mômes, des kids, au premier rang, pressés contre les barrières, le poing tendu, le briquet allumé, et cette flamme qui brille dans leurs yeux quand je leur chante mes chansons. Et puis il y a les témoignages des gens dans la rue, de tous âges, qui viennent me dire qu'il faut que je continue, avec mes mots et mes idées. Il ne se passe pas un jour sans que quelqu'un ne me dise quelque chose de ce genre, qui me touche au plus profond. Le grand privilège aussi, c'est de se dire qu'on est sorti de la masse. C'est pas du mépris pour la masse, mais à 15 ans je savais que je ferais pas un métier comme les autres. Je savais pas ce que je voulais faire, je savais seulement que je voulais exercer un métier artistique, et ne pas être quelqu'un d'ordinaire. Mais quantité de gens rêvent ainsi, et ça ne débouche sur rien. Tu penses parfois qu'il aurait pu en être ainsi pour toi aussi ? Bien sûr. Mais je pense que je magouillerais dans une activité artistique quelconque. Je serais peut-être instituteur dans le meilleur des cas, chômeur ou voleur dans le pire, et dans ma petite vie, je me réaliserais, à titre personnel, sans succès, sans fortune, dans une passion artistique. Je ferais peut-être de la poterie, je ferais de la poésie en amateur, que je publierais à compte d'auteur, etc. Mais je ne pense pas que j'aurais été forcément malheureux. Tu aimes toujours autant ce métier ? Je ne me souviens pas avoir dit que l'aimais ce métier. J'aime être sur scène, oui, mais je ne prends pas un plaisir immense à chanter, parce que j'ai du mal, je ne suis pas un chanteur, j'ai pas la voix. Pour moi c'est un effort, c'est dur, c'est pas très enrichissant J'aime pas ma voix mais j'aime le contact avec les gens. Sinon, Si, j'aime bien ce métier quand même : j'aime bien l'ambiance en tournée. Avec mes copains, c'est vraiment la colo, on est des adolescents, on se couche tard; on picole, on déconne, on est heureux, on est libres.., On sait aussi que, dans chaque ville, on est attendus par des milliers de mômes, et c'est une chance mode, c'est pas donné à tout le monde. Récemment une journaliste me demandait Si tout ce qui m'arrivait me rendait heureux. Et je te jure, en toute sincérité, je suis pas arrivé à lui dire oui, perce que ça aurait été un mensonge. C'est pas ça qui me rend heureux, c'est pas ce métier-là : ce métier-là me rend CONTENT. Le bonheur, c'est différent c'est quelque chose de beaucoup plus simple, mais de beaucoup plus dur à trouver : c'est ma fille qui rentre de l'école avec un sourire jusqu'aux oreilles en me disant : "J'ai fait zéro fautes à ma dictée)>; c'est des matins avec elle dans les allées du jardin des Plantes, à lui faire découvrir les serres ou les galeries de paléontologie, et à partager son bonheur et son intérêt; c'est me femme qui me dit : "Je t'aime" quand moi je m'aime pas. Le bonheur., c'est des petits riens, ce sont des instants, dans une journée, dans une vie, qui, mis bout à bout, quand tu fais le bilan, te font penser, parfois, s'il y en a . eu beaucoup : " Oui; j'ai été heureux." Mais c'est pas ce métier-là qui me rend heureux. Je pourrais vendre dix millions d'albums et remplir le parc des Princes pendant un mois, je ne serais pas plus heureux, ni plus malheureux, que je ne le suis aujourd'hui; je serais peut-être plus content.. Tu as un personnage quand même un petit peu anachronique par rapport à ce métier 1 qui est un univers de frime et d'esbroufe ! J'entretiens pas ça, mais, Si c'est le cas, j'en suis ravi. En fait je suis un peu le cul entre deux chaises. Une partie du métier me considère comme marginal, trop marginal pour faire partie de la "grande famille", estimant que ma réussite est une insulte à tous les artistes, parce que je chante mal, parce que mes musiques sont approximatives et ma prose peu académique, etc. A l'inverse, pour une autre partie du métier, par exemple pour les chroniqueurs des pages "Spectacles" de Libération, je suis au contraire complètement récupéré, showbiz, et vendant beaucoup de disques, donc pourri, etc. Et toi, entre ces deux extrêmes, tu te situes comment ? Moi, je me sens effectivement plus proche des anars que des programmateurs du Top 50. Je me sens plus proche de Radio libertaire que de Nid. Mais j'ai toujours considéré qu'il fallait savoir utiliser NRJ et le Top 50 et Guy Lux pour toucher les gens... il y a chez toi un côté provocateur, aussi : ces gens là, tu ne les as jamais ménagés ! Dans ton nouvel album, tu tapes encore sur France-Soir, sur la FM, sur la télé, entre autres. Oui, et je peux expliquer pourquoi : les FM m'ont versé 72 centimes en treize ans de carrière ! J'exagère pas : depuis la création des radios dites " libres" - j'aime beaucoup la phrase de Desproges à ce sujet : "J'ai trop de respect pour la liberté pour appeler ça des radios libres" - depuis 81 donc depuis les radios "pirates" d'abord, "libres" ensuite, commerciales privées enfin, ces radios, sur lesquelles je suis quand même passé énormément m'ont payé, pour l'ensemble de mon répertoire, 72 centimes. Je suis pas aigri, ni furieux, mais que NRJ, qui est le deuxième radio de France, qui a des budgets publicitaires presque aussi énormes que ceux de RTL ou Europe 1, ne paie pas les droits d'auteur, je trouve ça scandaleux. Pas pour moi ! Moi j'en ai rien à foutre, j'ai pas besoin de ça. Non, je trouve ça scandaleux pour les petits, pour les groupes qui attendent après ça pour bouffer. A l'époque où 200000 mômes sont descendus dans la rue pour défendre NRJ, qui elle-même ne protégeait pas vraiment les artistes fronçais, préfèrent les Michaël Jackson et autres, on pouvait attendre un peu plus d'honnêteté, de loyauté de la part de la station... Alors j'ai pas une grande passion pour les FM, donc le leur ai fait un petit croche-pied au passage, pas trop méchant... France-soir, j'aime pas cette presse-là. Quant à la télé, n'en parlons pas... Tu as décidé, pour la première fois, de ne pas faire la moindre promotion pour ton album - excepté la présente interview ? Pour ce disque, je me suis à nouveau posé une question qui me travaille depuis des années : est-ce que le dois faire de la promo, est-ce que je dois faire Guy Lux ou pas - par Guy Lux j'entends l'ensemble des émissions de variétés -' est-ce que je dois me marginaliser complètement ? Ou encore agir comme Maxime Le Forestier qui, un jour, a décidé de faire une "promotion intelligente", à savoir qu'il n'est plus allé que dans tes émissions où on l'attendait - chez Gicquel, chez Chance - et où il ne touchait que son public, et non pas le public. Moi j'étais d'un avis contraire, je lui disais : "Non, il faut aller chez Guy Lux, même si l'émission craint un peu, même si tes coincé entre Karen Cheryl et Hervé Vilard C'est là que tu touches les gens, tous ceux chez qui, sans ça, tu n'irais jamais... " Mais c'est à contre-coeur que j'y allais, ça me gonflait par rapport à ma déontologie personnelle. En fait tant que j'ai considéré que les artistes étaient plus ou moins respectés dans ces émissions, j'ai accepté d'y aller. A chaque album, pourtant je disais : " Bon, ce coup-ci je fais une promotion intelligente"; et chaque fois je me faisais piéger par tout le monde... Parce que je sais pas dire non ! Par exemple, Sabatier m'a harcelé pendant des années pour que je fasse son émission. Grâce à des intermédiaires qui faisaient barrage entre lui et moi, j'arrivais à pas l'avoir au téléphone, je lui faisais dire : "Non, Renaud veut pas faire le " jeu de la Vérité " parce qu'il trouve cette émission lamentable, il trouve le principe navrant il veut pas faire "Porte - Bonheur"' parce qu'il trouve écoeurante et scandaleuse cette Fausse charité qui consiste à s'introduire chez des humbles et à filmer en gros plan leurs larmes d'émotion quand on leur offre un traceur; alors qu'ils n'ont même pas de quoi payer le fuel " Pendant des années, donc, j'ai refusé, et Sabotier m'a harcelé, harcelé, harcelé... Et parce qu'un jour je l'ai eu au téléphone et que je sais pas dire non, ai fini par céder, s'il me promettait qu'il n'y aurait pas de questions méchantes et vexantes du public, qu'on n'irait pas chez les pauvres et que ce serait une interview normale, sans piège. J'ai donc accepté, et ça fait plus d'un an, maintenant que je me maudis d'y être allé. Non que l'émission ait été particulièrement mauvaise, mais, en direct je ne suis pas à l'aise. Lui, il m'a plus ou moins respecté. A un moment quand même, il m'a fait un plan vicelard, genre : "Oh, vous avez de belles bagues' Faites un gros plan sur les bagues... " J'avais, c'est vrai, de grosses bagouzes en or aux doigts, et c'était une façon nulle de dire, sans le dire, bien sûr : "Oui, vous chantez la révolte, le refus d'un certain monde, et en réalité vous avez de l'argent vous êtes bourgeois, etc " J'ai trouvé ça plutôt bas, et mesquin, et j'aurais dû répondre, lui renvoyer sa vacherie dans les dents, et ça fait un an que je m'en veux, un an qu'il ne se passe pas de jour sans que je songe combien j'ai été con ce soir-là : j'ai pas été assez sur le qui-vive, j'ai pas eu assez de répartie. Comme toujours... Pour le précédent disque, j'avais donc tout fait toutes les télés, et même " L'Académie des Neuf", ce qui avait choqué certains de mes amis. Mais cette émission, il m'arrivait de bien rigoler en la regardant, et puis Foucault est plutôt sympa. J'ai donc tout fait bizarrement les seules émissions auxquelles j'aurais aimé participer, où il eût été plus logique de me voir, je les ai jamais faites : pendant des années, j'ai subi un boycott - dont je ne suis pas du tout aigri - de la part des "Enfants du Rock". Tout comme j'ai subi, pendant des années, un boycott de la part de Rock & Folk sans doute parce que ça marchait trop bien pour moi... Boycott de Libé aussi, et d'Actuel. Après, ils s'étonnent que je les vomisse, ces gens-là ! Ils m'ont méprisé, ignoré, ou bien bavé dessus pendant des années, alors que c'était peut-être les seuls journaux que je lisais, et les seules émissions de télévision que je regardais I Comme hance ! : lui, il faut vraiment le pousser au cul pour qu'il m'invite i J'y suis allé deux fois : la première parce que Julien Clerc avait insisté très fort, la seconde parce que Frédéric Dard avait insisté très fort. Chancel, je pense pas qu'il m'aime beaucoup. Je me suis même laissé dire qu'il faisait partie des gens un peu choqués par ma réussite, et étonnés que mes textes puissent toucher le public. Mais là, je peux me tromper, j'affirme rien, ce ne sont que des rumeurs... C'est un peu terrible, ça, d'être attaqué justement par ceux qu'on aime ! Et décourageant, non ? C'est un peu décourageant oui. Alors il m'arrive de me poser des questions. Mais je veux pas jouer les victimes, ni laisser supposer que je me sens l'objet d'une quelconque cabale. Un exemple entre mille : ma récente tournée en Allemagne, qui était quand même, au niveau du métier, un événement important en tout cas significatif pour la chanson française : sans disque, sans promo, sans télé, sans aucune présence antérieure, j'ai fait entre 800 et 1 500 personnes par soir dans dix villes. C'est mieux que ce que font bien des artistes français en France ! Et ce public de jeunes Allemands connaissait mes chansons. Il serait intéressant que des gens se penchent là-dessus, et se demandent pourquoi, et s'intéressent au fait que la chanson française peut contrairement à ce qu'on dit non seulement s'exporter, mais aussi franchir les frontières de la francophonie. Mais ça, ça n'a pas fait une ligne dans la presse, juste quelques pages photos dans Salut, parce que j'ai un copain photographe qui y travaille et qui, pour gagner sa croûte, a proposé de m'accompagner. Cette fois, donc, tu as décidé de ne faire aucune promotion ? Rien, pas la plus petite télévision, pas la moindre interview ? Effectivement cette fois je ne fais rien. Rien du tout. Pour plein de raisons. La première - que je place en tête par honnêteté intellectuelle c'est que je peux me le permettre, ce qui, en suis conscient n'est pas donné à tout le monde. Mais la raison essentielle, c'est que j'en ai marre. Ça fait treize ans que je fais ce métier, que je fois des disques, de la scène, des tournées, treize ans que je fais des télés, des radios, des interviews, etc. Et, récemment les Allemands m'ont demandé de leur envoyer un dossier de presse, un choix de quelques articles significatifs de ce que je suis, de ce que je fais, de ma carrière. Et je me suis tapé la relecture de quasiment tout ce qu'on a écrit sur moi, c'est-à-dire une pile de 80 centimètres d'épaisseur de coupures de presse : des litres et des litres d'encre, des tonnes de papier noirci, des milliers d'heures perdues depuis treize ans. Et, dans cette incroyable marée, j'ai été bien incapable de trouver dix articles intéressants, vrais, bien écrits, et intelligents. Il y a aussi les griefs personnels que je peux avoir contre certains journaux, et bien des journalistes. Donc, j'ai plus envie. Et je me suis dit que, ce coup-ci, je ne ferais pas de presse. J'en ai marre de cette civilisation du mot et de l'image à tout prix, et j'ai plus envie de m'expliquer, de m'expliquer sans cesse. Il a en plus une chose qui me bassine : je sors un nouveau disque, donc on est supposé m'interviewer sur mes nouvelles chansons, non ? Et on me demande, de but en blanc, devant une caméra, en direct mon opinion sur les otages du Liban, sur la misère dans le monde, sur l'enfance inadaptée, sur Tchernobyl, etc. Ça devient fou ! C'est complètement aberrant ! En outre, quand c'est dans la presse écrite, mes propos sont coupés, arrangés pour tenir dans la colonne, et je ne reconnais jamais ce que j'ai pu dire. Alors cette falsification constante de mes propos a fini par me dégoûter, et j'ai plus envie de parler, j'ai plus envie de répéter mille fois les mêmes choses dans le désert. Ça fait mille fois que j'explique comment j'ai vécu, qui étaient mes parents, ce qu'a été mon enfance, dans quel contexte social, et je suis toujours "le petit loubard bourgeois" J'ai jamais prétendu être un loubard, mais jamais je pourrai dire que je suis un bourgeois, parce que c'est faux. Mais tout ça ils s'en foutent ils écrivent ce qu'ils veulent. Alors maintenant ils écriront ce qu'ils voudront mais sans moi. A la différence près que je m'autoriserai quelques droits de réponse cinglants, et que je leur cracherai dessus s'ils abusent de leur médiocrité. Et la télévision ? C'est aussi un ras-le-bol ? Mais la télé, il suffît de la regarder pour comprendre pourquoi j'ai plus envie d'en faire ! Depuis les privatisations, le PAF me fait vomir. L'attitude des stars de la télé, à quelques exceptions près, genre Drucker, a été scandaleuse. Leur mépris pour les petites gens, cet étalage de leur fortune et leur cupidité a eu quelque chose d'ignoble - même si les journalistes y ont mis du leur aussi. Que ces gens-là gagnent des millions, moi j'en ai rien à foutre, et même tant mieux pour eux. Mais cet étalage, et surtout cette espèce de chantage, j'ai trouvé ça indécent, écoeurant Peut-être parce que moi aussi je pense que l'argent c'est tabou, et sale ? Mais moi, je me suis jamais mis à plat ventre devant un billet de banque ! Alors qu'ils viennent pas nous dire, ensuite : "Mais on nous avait promis une couverture de 80 % du territoire ! " Mais c'est bidon ! Eux, ils nous avaient aussi promis de faire de bonnes émissions, et non pas du neuf avec du vieux. Tant pis, je vais me fâcher avec Sébastien qu'est un bon pote, mais sa "Farandole", c'était pas mieux que "Carnaval ", et c'était même plutôt moins bien, parce que c'était devenu hebdomadaire. Sabatier, lui, il n'avait même pas cette excuse d'un changement de périodicité ! Et eux qui clamaient qu'ils allaient enfin faire de la télévision "en toute liberté" ! Eux qui juraient qu'ils allaient " inventer une nouvelle télévision " ! Ils ont inventé, mes couilles ! Ils ont fait la même chose, et en pire ! Sans parler, je suppose, des magouilles financières, des pots-de-vin, des dessous-de-table et des budgets gonflés qui ont permis à certains animateurs de s'en foutre plein les fouilles - y a des bruits qui courent... Et de les voir quitter le navire qui coule aujourd'hui, sans vergogne et sans honte, quelle insulte. Et Bouygues qui les a vus partir en les traitant de traîtres, Bouygues sur lequel ils ont bavé et qui maintenant les reprend, et chez lequel, une fois de plus, ils vont nous refaire les mêmes choses... Quelle tristesse ! Tout ça est assez lamentable. Du coup, qui a tiré magnifiquement son épingle du jeu Drucker, que j'ai toujours considéré comme un grand pro, et qui, lui, fait une bonne émission de variétés. La vraie star, c'est lui : il ne s'est pas sali, pas corrompu. Il faut signaler aussi ce directeur de chaîne qui a osé dire : "Nos émissions de variétés ne servent qu'à mettre en valeur nos spot publicitaires" ! Je ne conçois pas qu'un artiste, aujourd'hui, puisse avoir assez peu d'amour-propre pour aller cautionner ce genre de propos. Que dire encore des émissions où la charité est devenue une recette d'audience, un concept; Aujourd'hui on va faire les pauvres, demain on fera les handicapés, puis les aveugles, puis les myopathes, puis les petits Africains, etc. Ça m'emmerde de critiquer ce principe, qui doit avoir son utilité, mais ça aussi, je trouve que ça a quelque chose d'indécent tous ces petits chanteurs qui viennent s'appuyer sur le malheur pour faire la promo de leur dernier disque. La télé, donc, j'ai plus envie. J'ai plus envie d'aller expliquer pourquoi mon disque s'appelle Putain de camion, et verser ma petite larme sur Coluche... Parce que ça va être systématique, je les vois venir.. Et puis, chanter avec un son pourri alors qu'on se casse le cul des mois en studio pour arriver à un beau son, c'est déprimant. Parce qu'à la télé c'est dramatique. Ça doit être une question de matériel ; les pauvres techniciens, je leur en veux pas... Refuser toute promotion à ce point, c'est aussi un luxe formidable, ne serait-ce que vis-à-vis de ta maison de disques, Virgin ! C'est vrai. Mais, d'abord, c'est une bonne maison de disques, et ensuite, ils ont l'intelligence de reconnaître que j'ai raison. Dans le cas contraire, ils pourraient toujours penser que c'est un bon plan de promotion que de ne pas en faire du tout : ça fera beaucoup parler. Ma décision est irrévocable : après treize ans de carrière, je décide de me "mansétiser". Pendant des années, depuis que je chante, dès mon premier album, en mars 75, je me suis dit : "Est-ce que j'accepte de faire des télés et des radios ?" Et j'ai répondu oui, parce que je ne voulais pas rester le marginal qui, toute sa vie, ne touche qu'un public marginal. Mais, pendant toutes ces années, j'ai admiré l'attitude de Manset et de Thiéfaine (voir l'article page 84, qui ont toujours refusé ce marché pipé, et les concessions. Et pourtant sans promo, sans télé, Thiéfaine vend régulièrement 300000 albums Et si Chancel t'offrait un " Grand Échiquier " ? Je dis non à tout. A tout. Pas dans un esprit de vengeance, mais c'est trop tard... Non, j'ai plus envie. Et si on t'invite à un journal télévisé ? A plus forte raison ! Moi, quand j'ai un avis à donner sur quelque chose, je le donne dans mes chansons. C'est plus court, plus concis, c'est presque des slogans, trois mots sur la Palestine ou la Nouvelle-Calédonie, etc. Je suis sûr qu'ils seront plus efficaces que si je vais m'expliquer chez PPDA. On peut tout dire dans les chansons ? Et vous, les chanteurs, vous faites avancer les choses ? Il m'arrive de penser qu'on a notre rôle à jouer, oui, et qu'on fait bouger les mentalités. Je pense que quelqu'un comme Dylan a participé à la prise de conscience de toute une génération sur la guerre du Viêtnam ou les problèmes de ségrégation raciale. Oui, les chansons peuvent faire avancer les choses. Elles ouvrent les yeux des gens, parfois. Elles sont au moins aussi importantes - sinon plus - que tous les discours et autres traités de sociologie. C'est sûr, vous avez une certaine influence sur les opinions des gens. Mais l'Interférence de plus on plus étroite entre le showbiz et la politique, ça te parait une chose normale ? Moi, je veux avoir une influence sur l'opinion des gens, je ne le cache pas ! Pour le reste, je trouve tout à fait normal que les politiques s'intéressent à la chanson, au même titre qu'à tout ce qui se passe dans la vie de la nation. Maintenant qu'ils nous demandent de participer directement à leurs campagnes électorales, moi ça me gonfle. Chanter à la Fête de l'Humanlte, c'était pour toi un acte politique ? Ah oui, c'était un acte politique ! Je sais que, pour certains, ça peut ne pas l'être; quand Mireille Mathieu ou Johnny Hallyday y vont c'est pas un acte politique : ils disent que c'est une grande fête populaire, et c'est vrai. Pour ce qui me concerne, c'était délibérément politique : je voulais montrer mon attachement aux militants de base - non pas aux dirigeants, ni aux théories communistes, mais à certaines de leurs luttes. C'était d'autant plus important pour moi qu'à l'époque où j'y suis allé, en 1984, être procommuniste était un peu considéré comme une tare dans les médias. Donc je voulais marquer ainsi mon attachement à une partie de ma famille de gauche; je voulais énerver les socialistes, aussi, et puis la droite, en disant bien haut : "Je fais la Fête de l'Huma, je ferai jamais celle du RPR ni la Fête de la Rose". Enfin, disons-le, chanter devant 100000 personnes est quand même une opportunité intéressante Quand tu achètes une pleine page dans Le Matin de Paris pour afficher : " Tonton laisse pas béton", c'est encore un acte politique ? Oui, mais je le vois aussi, et surtout, comme une simple prise de position d'un citoyen qui a la chance d'avoir les moyens. Mais c'est beaucoup plus que cela : tu as une personnalité, une image, un public, et un impact énorme auprès de lui. Oui, c'est vrai, c'est aussi clair que si avais dit : "Moi, Renaud, j'appelle à voter François Mitterrand " C'est donc effectivement un acte politique. Un acte qui risque de déconcerter, et même de décevoir une partie de mon public. Mais j'espérais d'abord que ça emmerderait la droite. Et puis, ça me faisait plaisir - un plaisir coûteux ! - d'utiliser un journal pour envoyer une carte de voeux à François Mitterrand... et d'aider financièrement Le Matin. Cela dit aujourd'hui, je regrette un petit peu cette page. Que les gens sachent que j'aime bien Mitterrand, peu m'importe. Mais je me demande maintenant si j'ai bien fait de l'afficher ainsi ? L'idée m'est venue en discutant un jour avec des proches du Président on s'est dit- "Il faut faire quelque chose, il faut qu'il reste, c'est impossible que les bandits reviennent " Bon, j'ai pas une grande confiance dans l'ensemble des hommes politiques, et j'ai pas une grande passion pour les socialistes - à la limite, j'éprouve même envers eux une grande méfiance. Mais, à l'égard de la droite, je n'éprouve pas de méfiance, seulement du mépris. Et je préférais voir Badinter m'expliquer sa conception de la justice plutôt que Chalandon... N'empêche, en achetant cette page dans Le Matin, tu ne penses pas que tu sors un peu de tes attributions ? Que c'est une manière d'abus de pouvoir ? Si. Je pense, oui, que c'est un abus de pouvoir. Et c'est pourquoi, aujourd'hui, je me demande Si j'ai bien fait. Je m'interroge d'autant plus que, malgré mon "Tonton laisse pas béton", j'ai presque envie maintenant qu'il ne se présente plus. J'ai envie de lui dire : "Tonton, laisse tomber ces magouilles, ces crasses, ces discours, ce milieu, va t'occuper de tes arbres, va écrire tes livres, repose-toi, t'es plus tout jeune, garde tes dernières années pour vivre dans la sérénité, descends à Latché, va faire greffer tes peupliers... " Et en même temps, j'ai envie qu'il se présente parce qu'il a de fortes chances d'être réélu, ce qui me plairait vraiment. De la même manière, j'ai envie de faire un autre disque après celui-là, et en même temps j'ai envie de tout laisser tomber... Mais vous savez, pour conclure avec le sujet Mitterrand, c'est surtout l'homme que j'aime, l'humanisme, l'intelligence et la générosité. Pour ce qui est du programme, Juquin, que je soutiens au premier tour, me semble être le candidat qui résume le mieux mes révoltes et mes espoirs... Et mes utopies... ! C'est quoi, le but ? Rendre le monde, et les hommes, un peu meilleurs ? C'est le grand but, oui. La grande utopie. Qu'on oublie, parce que c'est trop de boulot.. Si on se fixe cette obsession, on crève ! Mais c'est sûrement cette naïveté-là qui nous lie tous, Coluche, Cabrel, Goldman, Lavilliers : cette volonté de bâtir un monde où, un jour, il n'y aura plus de salauds. Peut-être de la misère, soit mais pas liée à une organisation, à une volonté : seulement à des conditions climatiques, des accidents ou des catastrophes naturelles; pas de la souffrance infligée par des hommes à d'autres hommes... Pour aller vers ce que tu appelles cette " grande utopie " il faut donner l'exemple ? Je ne sais pas s'il faut. Simplement pour ce qui me concerne, je ne pense pas avoir eu des occasions de me maudire d'avoir été un salaud à l'égard de qui que ce soit. Tu penses que ton image publique correspond à ce que tu es réellement ? Je pense, comme Goldman, que nos chansons sont meilleures que nous. Et plus grandes que nous. Moi, ma vie est d'une banalité incroyable. Bien sûr, il m'arrive de vivre des choses que beaucoup de gens aimeraient connaître, comme passer des semaines en studio avec des copains musiciens, ou partir en tournée. Mais prenons l'exemple de mon dernier Zénith : je rentrais chez moi vers 1l h 30 - minuit; j'allais juste bouffer avec mes musiciens le samedi soir, quand il y avait pas classe le lendemain, et tous les matins je me levais à 8 heures pour emmener ma fille à l'école. Les gens se font beaucoup d'illusions sur les artistes. Goldman lui aussi le dit : 50 vie est d'une " banalité affligeante " (ou quelque chose comme ça.. ). Il n'a pas de chauffeur, pas de somptueuse limousine, pas de château. S'il a du luxe dans sa vie quotidienne, en tout cas il l'étale pas. Peut-être qu'il a un peu de mal à l'assumer, comme moi ? Il fréquente pas non plus le monde du showbiz, on le voit pas à toutes les premières, on le voit pas à Saint-Tropez ni au Festival de Cannes, où il n'aurait i rien à foutre... Moi, je suis invité chaque année au Festival du film fantastique d'Avoriaz, et chaque année je fous l'invitation au panier : j'aime pas la neige, j' aime pas les cocktails, j'aime pas les mondanités... Le cinéma, ça ne te tente pas ? Tu as ce qu'on appelle un " physique intéressant " ! Non, pas vraiment Je sais que, tôt ou tard, j'y viendrai. Mais seulement quand je serai maître de la création du début à la fin, c'est-à-dire quand je ferai mon film, que j'aurai écrit. Mais sans aller jusqu'à le réaliser : il y a pour ça des gens plus compétents. Quant au côté comédie, une chose m'écoeure un peu : c'est que, aujourd'hui que mon nom sur une affiche pourrait attirer du monde, je reçois plusieurs scénarios chaque mois, alors que, quand j'avais 16, 18 ou 20 ans et que ma vraie vocation, avant d'être chanteur, était de brûler les planches, ce métier n'a pas voulu de moi. Et puis, alors qu'il y a en France 20000 comédiens, dont 300 à peine travaillent j'ai du mal à croire qu'il n'y en a pas un, parmi ces milliers de chômeurs, qui ne soit pas plus qualifié que moi pour incarner lés rôles qu'on me propose ! Disons que je n'a pas envie, non plus, de lâcher la proie pour l'ombre : j'ai un métier qui me prend beaucoup de temps et qui me passionne, alors j'ai pas très envie d'aller, très aléatoirement tâter de la comédie quand je ne suis pas convaincu d'être un bon comédien. Enfin, le temps qu'il me reste en dehors de la chanson, je le consacre à ma famille et à mes potes : j'ai pas envie de me lancer dans une carrière parallèle. Tu as toujours ton bateau ? Je l'ai toujours, oui. Il est aux Antilles. Mais ça fait un an et demi que j'ai pas mis les pieds dessus : je l'ai prêté à un pote qui doit faire du charter avec, ou un trafic quelconque... En tout cas j'ai pas eu de nouvelles depuis plusieurs mois. Tu te sens comment, en ce moment ? Un peu bizarre,.. Le disque sort ces jours-ci, et je fais donc pas de promo. Peut-être que je vais subir un boycott, parce que les gens vont vouloir se venger ? Il y a sûrement des gens qui vont mal le prendre. Moi je pense que je vais envoyer un petit mot à deux ou trois personnes du métier pour leur expliquer pourquoi, à mon grand regret je ne participerai pas à leur émission. Ceux que je regretterai vraiment c'est Drucker, c'est Gildas, Denisot c'est les Nuls, peut-être un ou deux encore, qui, malheureusement trinquent pour les autres. Mais, c'est sûr, je vais fâcher plein de monde. Cela dit j'ai déjà très peu d'amis dons ce métier, d'abord parce que les rapports y sont très superficiels, ensuite parce qu'on ne se voit pas beaucoup. Souchon, par exemple, je crois qu'on s'aime vraiment tous les deux, et qu'on se voue une admiration réciproque. Chaque fois qu'on se croise, on se dit : "On s'appelle, on bouffe ensemble". Et puis on n'ose pas. C'est probablement une pudeur mutuelle... Et on est restés groupies, malgré tout. Même chose avec Goldman : ma femme me dit tout le temps : "Pourquoi tu rappelles jamais Goldman ? Il te le demande chaque fois. " Eh bien, j'ose pas... ! Et sûrement que, de son côté, il ose pas non plus... Et on ne se voit pas... Mais c'est peut-être aussi parce que nous sommes de farouches individualistes, que nous vivons dans notre bulle et que, finalement nous n'aimons personne ?... Ceci étant je vois quand même quelques potes parfois, Aubert, Cabrel, Julien Clerc, Lavilliers, Aufray, Gainsbarre ou Birkin. Et Desproges, tout le temps... On t'imagine bien plaquant tout, un jour, en t'arrêtant net ? Ne pas faire de promo, cette fois, c'est peut-être la première étape ? La prochaine fois, ce sera peut-être plus de disque du tout... Mais ça ferait trop plaisir à certains... Tu penses parfois que ça peut aussi s'arrêter contre ta volonté ? Il m'arrive souvent quand le suis sur scène, de me dire que c'est le plus beau métier du monde, cane foule, les briquets allumés, les applaudissements, la chaleur, les cris, les rires, etc. Je me dis alors : " Toute ma vie, je ferai ça ". Et il m'arrive aussi, en fonction de mon humeur, de me dire : " j'ai 36 balais, j'me vois pas dans vingt ans... " Vingt ans, ça fait quoi : dix albums ! Qu'est-ce que je vais continuer à dire ? Déjà que je sais pas ce que je vais dire dons le prochain Et puis, je me vois pas foire encore le mariole à 56 ans, faire le clown sur une scène, avec sa guitare et ses musiciens. Est-ce que ta vie ressemble à celle dont rêvait le petit garçon que tu as été ? Je me posais beaucoup moins de questions, et j'avais beaucoup moins d'angoisse, petit garçon, et même adolescent, qu'aujourd'hui. Alors que je pourrais me contenter de ce que j'ai, et me dire que j'ai la belle vie, je suis beaucoup plus anxieux qu'à l'époque où je ne savais pas ce que j'allais faire. Et Coluche, tu y penses souvent ? La mort de Coluche m'a bouleversé, mais aussi celles de Malik Oussékine, de William Normand, de Loïc, d'Abdel de La Courneuve - toutes ces morts qui ne font pas la Une des journaux -, sans compter celles de Balavoine, et de Le Luron, dans une moindre mesure, parce que je n'aimais pas tellement ce qu'il faisait. J'ai écrit toutes les chansons de ce nouvel album, même les plus anodines, avec une espèce de boule dans le ventre, une boule de haine contre cette vie-là, la connerie des gens qui tuent et la connerie des accidents et de la maladie. Depuis deux ans, je trimbale ça tout le temps, jour et nuit. Coluche, c'était un de tes copains ? La mort de Coluche m'a tué un peu. Je fais partie des privilégiés qui ont la chance de n'avoir jamais perdu un proche : j'ai encore mes parents, mes frères et soeurs, tous mes cousins, mes oncles, mes tantes... Alors, je n'avais jamais été aussi proche d'un mort. J'ai été littéralement assommé. Surtout par ces circonstances aussi connes. " Putain de camion ", c'est un coup de déprime, un hommage ? Cette chanson, je l'ai pas travaillée des semaines ou des mois; je l'ai écrite quelques jours après sa mort, sur une musique que je traînais depuis longtemps sur une cassette. Il est mort en juin, j'étais en tournée en juillet A l'origine, " Putain de camion " devait rester une chanson - hommage immédiate, purement de scène. J'ai décidé de la mettre sur le disque parce que les gens me la réclamaient sans cesse, et puis parce que ces mots-là, j'ai envie de les hurler. La mort de Coluche a-t-elle contribué à ton ras-le-bol, à ce mouvement de recul qui semble t'animer au-lourd'hui ? Sûrement. Inconsciemment oui. Quand il était là, j'avais l'impression qu'il parlait un peu pour nous. A présent je sens que plus personne (à part peut-être Desproges, parfois, et quelques rares autres) ne peut balancer comme lui le faisait et assouvir ce besoin qu'on a tous de rentrer dans le lard et dé foutre des coups de pied dans la fourmilière, et de dénoncer les injustices et autres aberrations, avec humour, intelligence et pourquoi pas, méchanceté. Alors oui, c'est vrai, je n'ai plus envie de la ramener puisque lui seul savait parler juste, et vrai. Mais je ne sais pas exprimer ce que je pense des gens, c'est pour ça que récris des chansons sur eux. De même, je suis agressif dans mes chansons parce que je n'arrive pas à l'être dans la vie; comme je suis tendre dans mes chansons, parfois, parce que j'ai du mal à l'être dans la vie - surtout avec les gens que j'aime. Coluche, on comptait sur lui, on avait besoin de lui, c'était le grand frère, le copain, le complice... Sa mort a profondément touché des millions de gens. C'est sûr. Mais, d'un autre côté, un mec comme Desproges était un peu gêné par la béatification autour de son cadavre. C'est vrai que les morts sont tous de braves types ; même les gens qu'il énervait et qui le trouvaient grossier ont sûrement été choqués par sa disparition. On parle souvent de l'utilité des artistes, mais lui était plus qu'utile : il était ressenti comme un besoin ? Il était indispensable. Depuis sa mort, il y a non seulement un vide irremplaçable dans notre métier, mais aussi dans les informations. Parce que son regard sur la vie, sur le monde, n'en finira jamais de nous manquer. Pour en revenir à toi, qu'est-ce que tu penses de ta voix ? Je la trouve à chier. Vraiment sans fausse modestie, et malgré des progrès considérables depuis mon premier album. Une carrière pareille avec une voix pareille, ça fait partie de cette espèce d'injustice qui doit en révolter plus d'un... En outre, je répète que le suis un piètre musicien : je ne sais pas lire la musique, je ne connais pas le solfège, je joue de la guitare comme un médiocre débutant. Je connais dix accords, trois tempos, et avec ça j'ai la chance, que n'ont pas certains grands musiciens, de composer des mélodies qui se tiennent. C'est peut-être ma simplicité, mon inculture musicale qui font l'efficacité de mes chansons... Côté scène, tu fais le Zénith en octobre; pourquoi encore une méga-salle ? On est obligé de tenir compte d'une estimation du public... La dernière fois, à Paris, j'ai fait 180 000 personnes; pour des impératifs commerciaux, et même simplement pour des raisons d'amour-propre, on ne peut pas faire moins. Si je voulais faire autant de monde au Casino de Paris, il me faudrait quatre ou cinq mois; je ne m'en sens pas l'énergie... Là, je vais faire une semaine au Zénith de Montpellier, puis quatre ou cinq semaines au Zénith de Paris. Puis je vais faire une tournée en France, au cours de laquelle j'irai jusque dans les plus petites villes, celles où je ne me rends pas d'habitude. Avoir, comme toi, un public très jeune, ça donne un peu l'illusion que soi-même on reste jeune ? On reste jeune ! Mon père a 77 balais, et il est le premier de mes fans. Quand j'écris une chanson, je ne pense pas que je vais le dérouter par mon langage ou par mes propos. Quand il vient au Zénith, il se met debout avec les mômes dans la fosse aux lions, et il est heureux. Il n'est pas le seul de Sa génération à venir m'écouter en concert et à me témoigner son affection. La jeunesse, c'est pas une question d'âge. Je n'ai jamais considéré non plus que c'était une vertu - ni la vieillesse, d'ailleurs ! Il n'y a pas un décalage, tout de même, entre ce qu'on est à 35 ans et ce qu'on a été ? Sûrement. Mais moi je n'essaye pas de me placer au niveau de mon public d'adolescents quand je chante. J'écris ce qui me sort du cœur, et il se trouve que ça les touche. Est-ce que c'est moi qui ai une mentalité de môme, ou est-ce que c'est eux qui ont déjà des préoccupations d'adulte ?. Je ne me pose pas franchement la question. En tout cas je n'essaie vraiment pas de me mettre volontairement au niveau de cette jeunesse - je préfère les vieux, même, à la limite J'ai une grande tendresse pour les vieillards, chez qui le ressens beaucoup de points communs avec les enfants : la même cruauté, la même naïveté dans l'absence de mémoire, enfin, l'absence de projets, mais ce grand désir de vivre. Il est fier de toi, ton père ? Un peu, oui. Il a pas à être fier, mais il est content. Il s'est toujours fait du souci pour moi. Encore aujourd'hui. Il faut avouer que je ne lui dis jamais rien. Je suis très pudique avec mes parents, je ne parle pas beaucoup. Alors mon père essayait de savoir depuis des mois si le disque avançait et ce que j'allais y dire ; il était un peu inquiet... En fait il est fier parce que c'était aussi son métier, l'écriture : mon père était écrivain - un écrivain fort talentueux - avant la guerre : il avait obtenu le Prix des Deux-Magots. Lorsqu'il a commencé à avoir des enfants - il en a eu six - il a abandonné la littérature, parce qu'il fallait bien bouffer ! Et il a fait prof, et ça a été des années de ce dur métier. Un jour, il s'est amusé à écrire un polar, sous un pseudonyme americain : après la guerre, c'était un genre qui marchait bien, alors il a continué, au détriment des <'vrais" romans. Ensuite, il est entré chez Hachette, et la pieuvre l'a dévoré : il s'est mis à écrire des livres pour enfants, puis des traductions. Alors, aujourd'hui, je réalise un peu la carrière dont il aurait pu rêver. Mais il faisait sans doute partie de ces artistes qui, pour écrire, ont besoin de la solitude, et chez lesquels vie de famille et création sont incompatibles. Et toi, tes chansons, tu les écris comment ? Tu t'en vas ? J'essaie, parce que c'est vrai que c'est pas évident d'écrire dans ton coin quand ta môme joue, qu'elle court autour de toi, qu'elle met la télé et vient constamment te demander de lui tenir compagnie. Les deux derniers albums, je les avais écrits quasiment en entier sur mon bateau, loin des sollicitations que sont la télévision, le magnétoscope, le téléphone surtout et puis le bistrot du coin et les copains. Cet album-là, je l'ai écrit dans le Midi, dans une maison où je vis parfois, et où je m'occupe d'arbres. Mon emploi du temps me permet moins de vivre sur mon bateau; j'ai un peu déserté les océans, et maintenant je me sens très proche de la terre. Je plante des arbres, et je taille. Un platane, ça vit 2500 ans environ; j'en ai planté un. Ça va m'énerver de savoir que je vais mourir avant lui, quoique... Si ça se trouve, au printemps prochain, y va pas repartir. Alors que moi, oui... Propos recueillis par Richard Cannavo
    • Album Putain de camion
    • Jean-Jacques Goldman
    • Album Morgane de toi...
    • Virgin : Contrat du siècle
    • Fans de Renaud
    • Journal Libération
    • Radios
    • Pierre Desproges
    • Maxime Leforestier
    • Télévision Foucault
Radio France
Sud-Ouest
  • 17 juin 2000, Renaud à la Gare du Midi « Je chanterai jusqu'à ma mort » > SUD OUEST EDITION PAYS BASQUE DU 17 JUIN 2000 « BIARRITZ Renaud à la Gare du Midi « Je chanterai jusqu'à ma mort » Le chanteur a rempli au maximum la Gare du Midi ; jeudi soir. Gros succès. Il a bien voulu évoquer sa longue absence discographique, lors d'un entretien exclusif SUD OUEST Vous êtes absent des bacs depuis cinq ans et demi et vous n'annoncez ce soir que deux nouvelles chansons. Pourquoi tant de temps ? RENAUD : C'est vrai que j'ai de plus en plus de mal à écrire, mais qu'on se rassure (ou qu'on s'inquiète !) je chanterai jusqu'à ma mort.. De toute façon, je ne sait faire que ça. Aujourd'hui, mon nouveau disque est prêt... mais c'est un 45 tours ! Avec « Elle a vu le loup » que j'ai chanté ce soir, j'ai aussi terminé « Boucan d'enfer », sur une rupture sentimentale vécue... Mais ce n'est pas parce qu'on ne me voit plus que je ne travaille pas. Je ne fais pas de télé, je n'ai aucun ami dans le show-biz alors évidemment, on a l'impression que je suis mort, mais la vie existe ailleurs... SUD-OUEST : Qu'y aura-t-il dans le prochain album ? RENAUD :J'ai écrit un truc sur le gang des voleurs de nains de jardin, un autre sur « Baltique », le chien de Mitterrand… et d'autres. Il devrait sortir au début de l'année prochaine. Les textes sont toujours de moi et il y aura notamment des musiques d'Alain Lanty, le pianiste de ce soir. Un gars au poil que j'ai découvert à une soirée des Restos du Cœur. SUD-OUEST : Quel était l'objectif de cette tournée acoustique ? RENAUD : J'avais envie de ce format-là (une guitare un piano et moi) pour aller dans des plus petites salles, des villes où je ne vais pas d'habitude. Alors un soir, on fait un théâtre de 800 personnes, le lendemain on est ici, avec 3500... Fin décembre, on aura fait 200 concerts. Je rassure les gans car ils voient que je ne suis pas mort et je me rassure en voyant que le public est toujours là. Je suis toujours scié de voir qu'il y a des fidèles qui vieillissent avec moi mais il y a des jeunes qui découvrent et qui sont là. Etonnant non ? SUD-OUEST : Dans les années 70-80, vous chantiez la zone. Les rappeurs aujourd'hui sont-ils vos héritiers ? RENAUD : En quelque sorte. Des gars comme Assassin font des disques formidables. Mais c'est dommage qu'il y en ait beaucoup qui écrivent vraiment avec leurs pieds ! Plusieurs rappeurs sont en train de produire un album de reprises de mes chansons. Dans un autre style, j'adore ce que fait Manu Chao. SUD-OUEST : Vous avez chanté à Biarritz. La cause basque vous sensibilise-t-elle toujours ? RENAUD : La recette du concert de Biarritz ira à une association qui milite pour le regroupement des prisonniers basques éparpillés en France. Propos recueillis par YANNICK DELNESTE LA GARE DU MIDI TOURNEBOULEE D'ordinaire la salle est bien élevée. Les têtes proprement rangées sur les fauteuils, l'on se tient droit. Et ça sent le joli parfum des filles. D'emblée jeudi soir, avant même que l'artiste ne soit rentré en scène, même la clim' lâchée pleins gaz ne parvient à refroidir l'ambiance. On s'agite sur les strapontins, des petits malins viennent s'asseoir juste devant la scène, sur la moquette, ça tombe bien, elle est confortable. Les allées grouillent de baskets, clarks, pompes et autres godasses. La Gare du Midi ne peut faire entrer un spectateur de plus, même en poussant bien fort. Complet et archi-complet. Renaud, ici, au Pays basque, c'est un pote, un vieux complice. Puis le voilà qui entre sur la scène en traînant ses santiags un peu usées, son jean's usé, sa chemise un peumoche, et sa tronche… usée. Le chanteur cabossé, accompagné d'un pianiste, Alain Lanty, et d'un guitariste Titi Buccolo, débute par un « Salut Biarritz, ça va depuis la dernière fois, en... 96 ? C'est ça ? Alors vous êtes revenus, et y'a des nouveaux ? » La salle hulule, on l'interpelle ça et là devant ou derrière. Y comprend pas tout. La première chanson « la ballade de Willy Brouillard », râpe un peu aux entournures. La voix a du mal à se frayer un passage, pas grave le public connaît les paroles. Deux heures de tchatche, suivies de chansons, à l'actif du compositeur, seulement deux petites nouvelles présentées en avant-première, émouvantes et poilantes, comme d'hab. Les amoureux de Renaud se fichent pas mal que le type ait changé un peu de tête, que sa voix s'éraille, qu'il fume et boive trop. A la fin du concert, des parents émerveillés enverront sur la scène, une petite Lolita, un petit Pierrot pour faire le bisou au chanteur. Deux rappels, deux chansons en plus, puis encore deux. Un salut aux amis basques, « les bénéfices du concert iront à une association qui se bat pour le rapprochement des prisonniers, auprès de leur famille. Merci pour eux » lâche Renaud sous les bravos. Quelques clopes grillées au coin du piano. Le chanteur cabossé s'est refait la cerise. Voilà un chanteur qu'a bien bossé. ISABELLE CASTERA »
  • 26 octobre 1996, Renaud à la gare du Midi > SUD-OUEST, Edition Pays basque, le 26 octobre 1996 RENAUD A LA GARE DU MIDI Ce soir à 20 h 30, le chanteur fête ses 20 ans de carrière Quinze ans après la disparition de Brassens, le plus célèbre des Sétois ne cesse d’inspirer les jeunes générations d’artistes . A tel point que certains ont éprouvé le besoin d’enregistrer quelques titres. Le plaisir d’un disque à lui tout seul, produit par Virgin, superbe – rouge et noir, flanqué de deux chats dorés – contient vingt-trois titres ! Au sommaire : « Je suis un voyou », « La marine », « La chasse aux papillons », « Les amoureux des bancs publics », « Brave Margot », « Hécatombe », « L’orage »… A bientôt 44 ans, Renaud a toujours autant de choses à dire et d’émotions à communiquer. Même si la forme change, le fond reste attachant, intelligent et essentiel. Après la période « ado » révolté lorsque Renaud ressemblait encore à une sorte de titi-rock’roll, après la période « papa », plus mûre, où il est »morgane » de sa petite Lolita, le chanteur aborde une période de recul par rapport au monde. Le public a d’ailleurs été un peu pris à contre-pied, surpris par « A la belle de mai », le dernier album « écrit » de Renaud, dans lequel le chanteur poursuit notamment son tour de France linguistique avec le « parler marseillais » après « Renaud cante el’Nord », son album en ch’timi récompensé par une Victoire de la musique. Au cours de la tournée qui fête ses vingt ans de chansons, Renaud donnera un concert ce soir, à Biarritz . Depuis le retour de la droite au pouvoir, il se sent mieux, revigoré, dans son rôle de contestataire. Pendant les quatorze années du mitterrandisme, le chanteur s’était un peu assagi, écartelé tout de même entre son caractère de rebelle et sa sympathie pour la gauche. Les temps ont changé, mais pas le bonhomme : avec la foi de sa jeunesse et la même idéologie, il monte à nouveau au front. « J’ai la même foi, les mêmes convictions même si, à mes débuts, je découvrais tout, j’étais un peu maladroit et chien fou sur scène ». A redécouvrir ce soir. En première partie, Sarclo. [non signé]
  • 23 mai 1996, Renaud chante Brassens > SUD-OUEST, édition Pays Basque, le 23 mai 1996 RENAUD CHANTE BRASSENS En tournée dans la région, Renaud y interprètera notamment Brassens. Dans l’interview suivante, il évoque son influence sur les rappers français. Entre humeur et intérêts, et après vingt et un ans de carrière, Renaud ne planifie guère ses entretiens publics. Il reconnaît avoir déjà suffisamment d’espace pour s’exprimer dans la chanson, et pouvoir livrer ses coups de gueule et ses coups de cœurs au journal « Charlie Hebdo » (dans lequel il tient une tribune régulière). En tournée dans la région pour la deuxième fois de l’année, il donne cette fois des concerts plus acoustiques, basés sur son album en hommage à Brassens, qu’il vient de publier chez Virgin. Sud-Ouest : Enregistre-t-on facilement des reprises d’un chanteur aussi marquant que Brassens ? Renaud :J’avais déjà été bien reçu il y a deux ans lorsque j’ai proposé de faire un volume de chansons « chtimi », alors que je craignais de devoir les proposer au producteur des « Chants du Monde » ! Non pas que je méprise ce dernier, mais je pensais que ma maison de disques ne serait pas intéressée par la production et la distribution d’un tel patois, et ça les a en fait emballés. Ils pensaient que ces chansons allaient se révéler bonnes ; l’accueil a été une fois de plus très enthousiaste, et puis je n’ai pas de comptes à leur rendre ! Sud-Ouest : Pendant longtemps vous avez hésité à enregistrer cet hommage, qu’est-ce qui vous y a finalement décidé ? Renaud :Je n’hésitais pas vraiment chaque jour, en me disant oui ou non. Disons que depuis que je chante, j’aime toujours autant les belles chansons, et un peu à la manière de gens comme Ferré, Ferrat, Barbara, de tous ceux qui n’ont pas eu honte d’être à un moment seulement des interprètes, je voulais mettre mon filet de voix au service du répertoire de Brassens, qui reste le premier de ma liste des monstres sacrés. Ce que je craignait, c’était l’écoute des milliers d’amoureux qui ont déjà pu se sentir trahis par certaines reprises, ou qui ont trouvé les versions desservies par des orchestrations trop modernes. En fait, l’idée qui m’a décidé était de voir si je pouvais amener Brassens aux plus jeunes générations, qui ne le connaissaient guère, faute de l’entendre sur les ondes ; c’était le défi à relever. Les adolescents qui m’écrivent se promettent de se pencher sur son œuvre, c’est génial. Sud-Ouest : Brassens a-t-il été votre maître à penser, votre maître à chanter ? Renaud :A penser certainement puisqu’il a forgé mon tempérament en tout cas en ce qui concerne certains grands axes, antimilitarisme, anticonformisme, les rapports avec la société, les rapports humains ; un peu en parallèle de mon éducation, des lectures de Dylan et d’autres. Maître à chanter aussi, parce qu’il a été le premier à me donner envie d’écrire mes petits états d’âme en rimes. A 10-12 ans, je chantais mes mots a cappella, sur ses musiques. Sud-Ouest : Après votre tournée d’automne plus orchestrée, comment se présente celle-ci ? Renaud : C’est assez bizarre, mais au milieu d’une saison de concerts, qui avaient dans un premier temps un peu plus rock, avec aussi des cuivres, la formule de printemps est plus acoustique, avec des musiciens différents des premiers, dont accordéon et violon, et pas de batterie. Il y a donc une plus grande proximité d’écoute, les arrangements sonnent plus délicats, et la sono n’est pas polluante. Sud-Ouest : N’est-ce pas chez les rappers français qu’on trouve les héritiers de votre manière d’écrire ? Renaud :Je sais que MC Solaar a revendiqué dans une interview une certaine influence sur son envie d’écrire. J’aime bien Doc Gynéco. J’adore IAM et les rappers ethniques comme Fabulous Troubadors. C’est ma fille de 16 ans qui me tient au courant des nouveautés branchées parce que j’écoute plutôt des stations démodées comme Radio nostalgie, ou Chante France, exclusivement francophone... Renaud ce soir à la salle La Peyronie de Villeneuve-sur-Lot, à 20h30. Patrick Scarzello »
  • 14 juillet 1995, 11ème Francofolies de La Rochelle > Sud-Ouest, 14 juillet 1995 « 11ème Francofolies de La Rochelle L’amour, sous les étoiles Mercredi, vers 11 heures, Renaud a surgi dans la nuit rochelaise qu’allumaient les sunlights du 11e festival. Vêtu d’un jean et chaussé de santiags, un foulard rouge accroché à la taille et la guitare autour du cou, il a entonné sur les premières notes de son concert une chanson pour les flics « Ronde de nuit, au milieu des barbares, pour Willie, le grouillard de flicard… Est-ce qu’on peut mettre de la musique sur la vie d’un flic ? » Quelques mesures de musique plus tard, le chanteur des causes perdues a saisi le micro. Trois paroles fusent, sans guitare ni sono, devant 7 000 spectateurs : « Il paraît qu’à La Rochelle, la mendicité est interdite. Je vous remercie de m’autoriser à mendier votre amour. » Renaud a lu les journaux. L’intéressent, partout où il traîne ses bottes, les nouvelles du monde… Et pour lui, les nouvelles sont bonnes ? Certes, depuis « Place de ma mob », « l’asticot » des faubourgs s’est métamorphosé. Ses santiags ne sont plus en peau de chat maigre mais en lézard. L’anneau à l’oreille ne vient plus d’une tringle à rideau mais de chez Hermès avec, peut-être, un petit diamant accroché sous le sourire du papa de Lola. C’est « l’emballage » de Renaud Séchan qui, avec le temps, a changé. Mais au fond, sous la chemise blanche dont il se débarrasse au fil du concert, un même cœur immense bat toujours pour nous entraîner sur les cadences d’un monde oublié. Le miracle Renaud s’est produit, encore, mercredi soir, sous le bateau du festival. Et ainsi, jusqu’à dimanche, la grande scène de Saint-Jean-d’Acre tire au ciel les chaînes et les poutrelles de vingt tonnes de matériel, pour que vogue ce vaisseau qui nous fait tous rêver. L’amour, sous les étoiles. Isabelle Pouey-Sanchou »
  • 14 juillet 1992, Le retour de l'araignée > Sud-ouest, le 14 juillet 1992 « RENAUD SECHAN Le retour de l’araignée Renaud a refait les Francos. Quelques années de plus et les mêmes chansons. Toujours aussi belles que Lolita. Il défend l’ours des Pyrénées en passant par Aguilera, retrouve Cabrel, rejoint Couture à Montréal, revient de Suisse et du festival de Leysin. Arrive à La Rochelle, repart très vite. Pas de vacances dans le Vaucluse cette année. Pas de pêche à la truite dans les petits ruisseaux où il aime poser sa ligne pour renouer avec sa vie. Le poisson ne mord pas, il s’en fout, le public a mordu, Lolita est venue. « Quand elle est née, je me suis dit que j’allais pas chanter tout le temps le HLM. Mais en même temps, c’est ce que je connais le mieux, la ville, la banlieue, la zone. Je vois un mur de Berlin qui monte encore plus haut qu’avant. Entre les riches et les pauvres… Depuis Lolita, je pense à faire autre chose. J’ai envie de faire du cinéma, mais j’ai peur. Tu vois un film de seize milliards sur mes épaules ? J’aimerai bien écrire. Sûr qu’un jour j’essaierai… Le temps est court. Très court. Toujours au boulot… » Il veut changer, mais sa gueule en ruban de bréviaire a trop marqué les pages du livre qu’il dit. Evidemment la couverture n’est plus la même, la boucle semble d’or à l’oreille et les santiags ne font plus cuir de vache maigre. Le gosse n’a pas engraissé, pourtant, Gérard Lambert non plus, et c’est le bonheur du môme de toujours ressembler à nos souvenirs. Sur l’œil, la mèche éclate moins qu’un disque d’or. Deux ou trois rides sont venues, les autres hésitent. On l’appelait l’araignée, comment vieillira la bestiole ? Encore hier, comme toujours, il a tissé sa corde avec celles de sa guitare, bavé sur les coyotes, les foies jaunes, l’assistance publique et la République. Il a tricoté ses histoires, en s’empêtrant, comme avant les années quatre-vingt, dans les pattes de son micro. Il a bercé Lolita de sa voix rauque, ce sont les chansons de lui qu’il préfère, celles qui invitent Renaud à s’asseoir et à parler d’amour. Il s’est souvenu qu’après, lors d’un précédent festival, il offrait l’arbre de son orchestre… Renaud, quoi. Le même, parce que des milliers d’araignées de quinze ans, sur mobylettes ou sans, en redemandent. I.P.S »
  • 10 juillet 1992, Ils étaiens 4500 aux basques des ours > // les explications var un = "désigne les militants politiques basques en faveur de l'indépendance du Pays basque. Il y a des modérés et des pas modérés du tout. En clair, des anti et des pro ETA."; var deux = "ce sont des écoles en langue basque. Après bien des années de luttes, elles ont obtenu une reconnaissance partielle du Ministère de l'Education nationale. Un CAPES de basque a été créé."; var trois = "groupe de militants basques non modérés, en faveur de l'insoumission, de l'indépendance du Pays basque nord et sud, des écoles en langue basque, des prisonniers de l'ETA et j'en passe…très sympathiques (j'en connais certains). Renaud avait aussi organisé ce concert pour eux, ils ont eu de l'argent. L'association a aujourd'hui disparu, remplacée par Herriaren Alde, toute aussi combative."; var quatre = "jour de la fête nationale basque, le dimanche de Pâques."; var cinq = "drapeau basque"; var backcolor="#008080"; var fcolor = "#F3F3EB"; AVERTISSEMENT : pour éclairer certains points peut-être pas connus de tous, je me permets de faire des renvois explicatifs. Pour les voir, pointez les astérisques *. et CES INFORMATIONS SONT DE MOI. Laure Sud –Ouest, édition Pays basque, vendredi 10 juillet 1992 « ILS ETAIENT 4500 AUX BASQUES DES OURS Renaud a réussi son pari fou : marier les ours aux abertzale * sur la pelouse d'Aguilera [Biarritz]. Il y a quatorze jours, on ne donnait pas cher de la peau de l'ours que voulait protéger Renaud en organisant un concert coup de foudre (et de tonnerre) à la gloire conjuguée des ikastolas * . Montant en un laps de temps aussi court un ersatz de Francofolies sur la pelouse d'Aguilera relevait du tour de force. D'autant que certains puristes reniflaient un coup de pub du chébran pour la sortie de son disque « Marchand de cailloux ». En quelques jours, le chanteur les a retournés tous comme une crêpe, en s'investissant comme un damné. Pour cela, il s'était entouré de la grosse artillerie d'Euterpe – en l'honneur de la muse grecque – Productions , et du savoir-faire de Michel Goudard (quarante manifestations artistiques à Bordeaux) et de Thierry Chassary, le régisseur des tournées de Patricia Kaas – étranger compris – soit quarante personne , de la cantine au service de sécurité. De l'autre, les abertzale – toutes tendances confondues – s'étaient mobilisés comme le PC pour sa fête annuelle au temps de sa splendeur, Patxa * y compris, qui semble avoir bien digéré les recettes de ses ennemis héréditaires : les compagnies de CRS. Celles-ci, derrière les palissades, veillaient au cas où.. Des banderoles aux messages politico-publicitaires, il est vrai que la soirée ressemblait à un « remake » de l'Aberri Eguna *, mâtiné de kantaldi, sous la férule de l'outsider le la cause basque, Renaud soi-même. Vêtu couleur charbon et foulard rouge révolutionnaire. Le chébran a évolué comme un pro sous la tunique d'un Georges Cravenne qui aurait épousé la cause de la nation basque. Il s'est éclaté, le chanteur, au milieu de la foule et des calicots qui ornaient la scène et stade du BO foulés au pied par des touristes en mal de Blanco. Pourtant, derrière le décor, quelques inquiétudes planaient à l'heure où la scène était dévolue aux hors-d'œuvre locaux. Bien verte la pelouse. Ou était donc la foule attendue ? Et puis elle vint, par vagues, et noircit les lieux comme au temps de Police, au fur et à mesure que défilaient les artistes basco-béarnais unis pour la bonne cause. Pour atteindre son apogée avec Francis Cabrel (mon frère d'Astaffort dit Renaud en l'étreignant). Si cela se fait beaucoup dans le show bizz, il faut reconnaître que celle-là était sincère. Les rappeurs de NTM s'étant mis aux abonnés absents, l'absence d'Astaffort Man aurait fait échouer le navire. Cabrel avait bien quitté sa thébaïde estivale par amitié pour son gavroche préféré. Quand, beau comme un sou neuf dans sa veste prune, le d'Artagnan du compact disc, accompagné par les musiciens de Renaud, égrena un premier country, il y avait bien 4500 personnes et quelques ours en peluche dans le stade. Sous quelques étoiles qui s'invitèrent, Cabrel apporta un peu de tendresse dans la révolte, même si parfois, dans sa poésie, elle existe plus qu'il n'y paraît. Il est difficile de recenser véritablement le public dans la mesure où beaucoup y vinrent comme dans une auberge espagnole. Y prendre ce qu'ils désiraient cette fois. A 120 francs l'entrée générale, la musique est bonne. Comme la formule. Sans compter les buvettes et sandwicheries (rapidement en rupture de stock) qui recueillirent de nombreuses pièces françaises au profit des écoles en langue basque. Il y a toujours un moyen de se retrouver quelque part. Une réussite qui a été favorisée aussi par une exceptionnelle clémence des cieux, une douceur qui donne à Aguiléra le côté baba cool de Woodstock sur fond d'ikurrina *. Avec un infatigable chef d'orchestre qui joua à domicile, et lut la lettre d'Eric, un insoumis emprisonné, qui envoyait un clin d'œil au public de ce marathon musical. Le kantaldi dura jusqu'à 23 h 30, et se termina par un Renaud explosif, qui invita tous es hôtes à faire un bœuf comme chez Drucker. L'ancêtre qui repose à Osse-en-Aspe a dû bien apprécier cette graine de Séchan venu danser avec les ours et les Basques. Il restera toujours quelque chose en sa mémoire de chanteur. De ce pays qu'il ne connaissait pas et qui l'a pris aux tripes. Dommage que Coluche et Balavoine ne soient plus de ce monde. Ils auraient ajouté leurs voix à ce concert des potes, et épicé plus encore le cocktail. Quant aux ours, c'est sûr, ils ne viendront pas à Aguiléra. Ils auraient eu du mal à se vautrer dans cette pelouse jonchée de gobelets en plastique. Décidément, l'apprentissage de l'écologie ne s'apprend pas du jour au lendemain. Félix Dufour /* Bulle à droite avec titre Bulle à gauche avec titre Bulle à droite sans titre Bulle à gauche sans titre */
  • 8 juillet 1992, Renaud et l'ours des Pyrénées LA PEAU... DU PREFET > SUD-OUEST EDITION PAYS BASQUE, 8 juillet 1992 « Renaud et l'ours des PyrénéesLA PEAU… DU PREFET Le chanteur Renaud et l'écrivain Christian Laborde ont déposé plainte contre le préfet des Pyrénées-Atlantiques à qui ils reprochent de nuire à l'ours en autorisant le chantier du tunnel routier du Somport. Depuis qu'il s'est découvert des racines béarnaises et un lien de parenté avec une famille de pasteurs originaires d'Osse-en-Aspe, la branche Bost des Cadier, via son arrière-arrière-grand-père paternel, le chanteur Renaud ne se sent plus de joie : qui oserait, désormais, reprocher à l'artiste parisien de se mêler de ce qui ne le regarde pas en militant en faveur de la protection de l'ours des Pyrénées puisqu'un sang pur aspois abreuve ses (micro) sillons ? C'est donc à la fois en colère et en Béarnais que Renaud Séchan, escorté de son ami l'écrivain Christian Laborde (« L'os de dyonisos », « Danse avec les ours ») et de leur avocat palois Maître Jean-François Blanco, s'est présenté hier, en fin de matinée, au palais de justice de Pau. Dans la main, il tenait un makila (canne ferrée) offert par une admiratrice lors d'un concert donné à Toulouse au profit des ikastola (écoles en langue basque), dans l'autre le texte d'une plainte dirigée contre le préfet des Pyrénées-Atlantiques. L'homme du show-bizz et l'homme de lettres accusent M. Jacques Andrieu de « destruction, altération ou dégradation du milieu particulier de l'ours brun des Pyrénées, fait prévu et réprimé par les articles L 211-1 et L 215-1 du Code rural ». En d'autres termes, ils lui reprochent d'avoir autorisé, le 13 avril 1991, le démarrage des travaux de construction du tunnel du Somport et de sa voie d'accès en vallée d'Aspe, dans un territoire où vit un animal (ursus arctos) protégé par l'arrêté du 17 avril 1981. « Le préfet ne pouvait, sans violer les textes, autoriser ces travaux » affirme le texte adressé au procureur de la République et remis hier, un peu avant midi, au parquet de Pau où il a été dûment enregistré et régularisé par un coup de tampon. « Attention, l'ours s'attaque aux brebis mais bientôt, il s'en prendra aux zélus » a prédit avec malice Christian Laborde. Tandis que Renaud concédait qu'il avait confiance en l'issue de cette démarche commune malgré sa méfiance à l'égard de la justice de son pays. Après cet épisode juridique, l'auteur-interprète de « Mistral gagnant » (« Somport perdant ») s'est rendu en vallée d'Aspe sur la terre de ses ancêtres. Histoire de se mettre dans l'ambiance avant le concert « Six heures pour les ours » qu'il donne aujourd'hui mercredi , à partir de 18 heures, au stade d'Aguilera, à Biarritz, en compagnie de ses invités : Francis Cabrel, les Innocents, Soldat Louis et Fabulous Troubadours. Sans oublier les rappers de Suprême NTM qui ne sont nullement hors sujet dans cette croisade : tout le monde sait que l'ours a lui, aussi, la langue… râpeuse. Jean-Paul Chaintrier » Précision : NTM a finalement annulé sa participation au concert. Laure
Télérama
  • 27 mars 2000, Renaud aurait-il changé ? > Variétés Valérie Lehoux Renaud Aurait-il changé ? En tout cas, le temps des shows à gros budgets et des déclarations tonitruantes semble révolu. Age et expérience aidant, le « chanteur énervant » s'est calmé, a troqué la révolte un brin adolescente pour la réflexion plus posée de l'adulte. En toute simplicité, épaulé uniquement d'une guitare et d'un piano, Renaud se livre désormais à la confidence et à la mélancolie. Il y perce parfois une dose d'amertume, voire de tristesse. Les fidèles sont toujours là. Le 30, 21h,Théatre de Rungis, 01-45-60-79-05.
  • 16 juillet 2000, Renaud en tournée Séchan pas sec > Télérama du 16 au 23 juillet 2000 "Renaud en tournée Séchan pas sec" Depuis longtemps, partout où il passe, il fait salle comble. Une seule chanson inédite figure à son programme ­ son dernier album, A la Belle de Mai, date de 1994. Mais les trois compilations, l'enregistrement public et les reprises de Brassens publiés depuis lors totalisent à ce jour près de un million de ventes. C'est dire que le public ne l'a pas oublié. Les fidèles quadras viennent aux concerts avec leurs rejetons qui reprennent avec vigueur le répertoire du chanteur. « Une guitare, un piano et Renaud », c'est le titre de la tournée de Renaud Séchan. Au piano, Alain Lanty. A la guitare, Jean-Pierre Buccolo, compositeur et ami attentif. Il n'est pas pour rien dans cette tournée thérapie. Le chanteur naguère énervé n'est pas au mieux de sa forme : rupture amoureuse, blocage de l'écriture, excès « de picole et de clopes », dit-il lui-même. La voix en souffre, qui a le souffle court et les aigus en berne. Les chansons datent parfois, lorsqu'elles moquent Mme Thatcher ou évoquent les gamins des cités amateurs de hard rock, quand ceux-ci rappent depuis quelques années. Mais l'Hexagone version algérienne qui prélude à l'entrée en scène de Renaud, la noirceur empoignante de Deuxième Génération, la tendresse dédiée à Titi, Pierrot ou Lola n'ont rien perdu de leur force évocatrice. Le chanteur demeure un de nos meilleurs auteurs. Et la virulence de sa colère « citoyenne » apparaît plus que jamais salutaire, dans le flot tiède des variét' FM et du consensus mollement correct. Anne-Marie Paquotte A écouter Dernière compilation : L'Absolutely Meilleur of Renaud (Virgin). Tournée : le 19 juillet à Saint-Georges-de-Didonne, les 20 et 21 à Clermont-Ferrand, le 22 à Saint-Martin-de-Crau, le 24 à Junas, le 25 à Nyon (Suisse), le 28 à Carcassonne, le 29 à Sète, le 30 à Fourvière, le 31 à Vaison-la-Romaine..." Anne-Marie Paquotte
    • Jean-Pierre Bucolo
  • 2 octobre 1985, Concert de Moscou COUP DE COUTEAU DANS L'ECRAN > Telerama N° 1864 du 2 octobre 1985 COUP DE COUTEAU DANS L'ECRAN par Alain Remond Renaud à Moscou. Le diable est trop fort [...] Les communistes fraiçais l'avaient invité au festival mondial de la jeunesse. Depuis la fête de l'huma de l'an dernier, il a comme un flirt avec le PC, Renaud. Il dit que c'est "parce que le PC est devenu la bête noire de tout le monde". Et il aime bien,  par "provocation", aller "vers ceux qui sont le plus rejetté". Bon, une équipe de FR3 l'accompagne. Et en profite pour aller filmer quelques artistes soviétique. Renaud, lui, est tout content. Il doit donner un grand concert à Gorki Park. il dit que cette semaine de festival va lui "permettre de découvrir le peuple de Moscou". L'après-midi du jour J, il commence à répéter. Des jeunes se pressent contre les grille de parc. Un double cordon de policier se déploient. Ces jeunes ne pourront pas entrer l'écouter : le concert est réservé aux délégations étrangères et aux "invités", c'est-à-dire (à part les agents de sécurité) aux familles et aux relations de la Nomenklatura. Le soir, Renaud aligne ses chansons. A la fin, il dit : "un chanteur doit être impertinent, provocateur. Et puisqu'en France, le socialisme s'arrête à  la porte des usines est des casernes, voici une chanson impertinante, Déserteur" (version écolo et anar du brûlot de Boris Vian). A peine a-til chanté "Quand les Russes, les Ricains f'ront pêter la planête"  qu'on voit un grand remue-ménage, dans les rangs du fond. Un tiers de la salle se vide d'un seul coup. Et les projecteurs de la télévision soviétique éclairent longuement les bancs vides... A peine sorti de scène, Renaud explose. Et là aussi l'écran se brise. Sa colère, saisie sur le vif, balaie toutson propre spectacle, comme celui de l'emission. C'était brutal, violent, hirsute. Renaud n'en peut plus, comme il dit :"On s'est tous fait avoir ! Tout était prévu ! On m'a invité pour chanter pour les jeunes de Moscou, pas pour une mascarade." Et il continue comme si soudain, ses yeux souvraient, démasquaient la fiction :"J'ai fermé ma gueule pour la classe ouvrière française, pour ceux qui croient à ça. Mais c'est pas possible. Je me disais : je suis prêt  à m'associer avec le diable pour être avec ceux qui souffrent. Mais je ne peux pas. Le diable est trop fort ..." La mise en scène  était superbe, avec toutes ces majorettes, ces mouvemant de foule, ces fresques vivantes comme on sait si bien en faire là-bas. Et voici le cri de Renaud, sa rage, coup de pied dans le jeu de construction, coup de couteau dans la toile de l'écran. Renaud blême, qui bégaie, qui marche de long en large, et la caméra qui filme à la va-vite, qui manque de lumière, ça fait une image crasseuse ... Brutal aterrissage, retour au réel, pour lui comme pour le spectateur.
    • Pays URSS
    • Concert à Moscou 1985
    • Chanson Déserteur

7 juillet 2000

Charlie-Hebdo
  • 11 janvier 1995, RITA (CHANSON D'AMOUR) lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 11 janvier 1995   « Renaud Envoyé spécial chez moi RITA (CHANSON D’AMOUR) Brigitte Bardot, Claudia Schiffer et la morue de Luis Rego…   Devinez avec qui j’ai dîné hier soir ? En solo, au resto, aux chandelles ? Avec ma Lolita et sa copine Rita. Rita Rego, fille de Luis du même nom, dont la femme, Carole, est copine de la mienne et moi copain de son mari. Mon chien Toto serait bien copain avec leur chatte Patience mais elle est morte après que je leur ai présenté mon copain Nicolas qui est vétérinaire. Ma chatte Lili – qui est, en vérité, celle de ma fille, mais mon puritanisme et votre vicelardisme m’empêchent ici d’écrire « la chatte de ma fille » -  du coup, n’a pas de copine non plus chez les Rego. La femme de ménage des Rego est portugaise, comme la nôtre, les Rego étant, pour ainsi dire, portugais, au moins lui, c’est normal qu’ils fassent travailler une compatriote, nous on fait travailler une immigrée, c’est normal aussi. Carole, la copine de ma femme est aussi ma copine à moi mais un peu moins quand même parce que entre filles ça se comprend mieux alors qu’entre fille et garçon quand ça se comprend trop ça tombe amoureux et après ça fout la zone dans les couples. De la même façon, Luis, mon copain, est aussi le copain de ma femme mais un peu moins quand même parce que nous on joue de la guitare ensemble mais surtout lui alors que elle non plus. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours beaucoup aimé les copines de ma femme, pas seulement parce qu’elles sont bien roulées, aussi parce qu’elles sont rigolotes. Mes copains sont un peu moins bien roulés, quoique Luis soit pas mal pour un Portugais, mais ils sont vachement rigolos. Avec Luis, par exemple, je rigole presque tout le temps. Cet été nous étions ensemble en vacances en Corse, avec d’autres copains rigolos et leur femmes bandantes rigolotes, je me suis marré jusqu’à l’automne, sauf peut-être la fois où Luis a voulu nous concocter un plat traditionnel portugais à base de morue et d’huile. Rita Rego, donc, quatorze ans, avec qui j’ai dîné hier soir, n’est pas triste non plus. Avec ma fille elles parlaient cinoche. Moi j’écoutais, tranquillos et, un peu faux-cul parfois, je relançais la conversation en pensant à ma chronique de demain… « T’as pas vu Pulp Fiction ? Putain, c’est chhhénial ! C’est hypra-violent mais c’est du deuxième degré, pis Travolta il a un méga rôle de plouc, putain il est top ! » disait Rita. « Oui, heu… Non… Travolta j’aime pas trop, répondait Lolita, moi je préfère Brad Pitt. » « BRAD PITT ? ! ! ! Putain, il est moche avec ses petits yeux ! Pis d’abord Brad Pitt tout le monde sait qu’il aime pas les filles, il paraît qu’il va se marier avec Keanu Reeves » a conclu Rita. Moi, je vais pas souvent au cinoche alors, vous pensez si je connaissais ces deux pédés acteurs… Elles m’ont expliqué : le premier, effectivement, je connais, c’est le très moche avec ses petits yeux qui se prend pour James Dean et qui jouait dans Et au milieu coule une rivière. Un très beau film au demeurant, un peu long peut-être, j’en aurais bien viré deux heures pour ne garder que la scène où Crad Bitt pêche une truite à la mouche d’au moins cinq kilos (la truite, idiot, pas la mouche), le second, finalement, je le connais aussi, il a l’air un peu con, il a joué dans un film américain avec des bandits mais pas lui. J’ai demandé si c’était sérieux cette histoire de mariage entre ces deux-là, le p’tits yeux de porc et le con, Rita m’a dit qu’en tout cas c’est ce qui se disait à son école. Je lui ai demandé si elle avait d'autres potins comme ça, elle m’a dit qu’à son école y disaient aussi que Bruel et Cabrel étaient ensemble. Comme elle est rigolote comme son père et un peu sa mère je me demande si elle m’a pas dit tout ça pour me chambrer. En tout cas je l’ai pas crue mais bon, tout est possible, regardez Brad et Keanu… Après elles ont parlé de Claudia Schiffer qu’elles trouvent moche. Enfin, pas moche – moche , mais beaucoup moins belle que Brigitte Bardot jeune par exemple. Ma fille a dit « Ce qui est dommage, c’est que Brigitte Bardot on l’a connue que jeune et sex-symbol ou vieille et un peu tarée avec sa protéjation des animaux, on l’a jamais connue NORMALE ». Et alors ? C’est un peu cruel mais c’est pas tout à fait faux, non ? De fil en aiguille elles en sont arrivées à Marlon Brando que Lolita trouvait très beau mais que Rita disait « oui, mais il est mort… » pis à Marilyn Monroe que Lolita aimait vraiment, pas parce qu’elle était belle mais parce qu’elle avait l’air gentille et triste. Mais où j’ai vraiment rigolé c’est quand elles m’ont toutes les deux affirmé (elles l’avaient entendu à l’école) qu’Agnès B., la marchande de vêtements bien connue, si elle signe Agnès B. c’est parce que son vrai nom c’est Agnès Boudin. A la fin du dîner, pour être réglo, je leur ai expliqué que j’allais peut-être raconter tout ça demain dans Charlie, Rita m’a supplié : « Tu ne dis pas qu’c’est nous qui l’a dit ! » J’ai Juré que non. Sur la tête de Brd Pitt… RENAUD »

24 juin 2000

Nouvel Observateur
  • 9 janvier 1982, concert à l'Olympia > Nouvel Observateur, samedi 9 janvier 1982 Tous les spectateurs n'étaient pas tatoués. Les pointeurs ont relevé 7 % de cravatés et seulement 42 % de blousons de cuir l'autre mardi à l'Olympia. Quand il hurlait sur la musique d'un quinze tonnes freinant à mort " il ira au baston, au baston/Comme les prolos vont au charbon ", un peu moins de la moitié de la salle reprenait en chœur. Les autres, bons élèves, restaient sages. Ils se laissaient initier. Dans deux ans, moins pour les plus doués, ils se fondront à la petite famille. On n'entre pas dans Renaud comme dans un bastringue. Faut connaître. Faut aimer. Faut chanter. Il faut aussi ne pas avoir peur de se planter. J'avais cru reconnaître dans ses premiers albums la fibre Bruant. Le voyou, le verlan, la tendresse cruelle, tout ramenait à la chanson de rue. Je m'étais trompé. Sous le loubard bourré un autre homme pointe avec ses six dernières chansons. Quelque chose comme un nouveau très grand. Peut-être un Brassens. " Une gonzesse de perdue / C'est dix copains qui reviennent ", " Chacun son trip / Chacun son flip ", " Y venait du pays où habite la pluie ", trois chansons qui valent plus que de la chansonnette réussie. Comme Brassens, il se fait connaître lentement, en ondulations concentriques. On n'achète pas un disque de Renaud, on le possède on se l'incorpore puis on n'est plus le même. Au cœur valsent de nouvelles strophes. Pour les fervents, " c'est chouette, c'est super ". Je dirais que c'est bien. Bien pour très longtemps. G.S.
Le Soir
  • 6 décembre 1995, L'intégrale, avec trois inédits bgColor=#ffffff> Magazine des arts et du divertissement - MAD Mercredi 6 décembre 1995 page 6 MARCHAND DE CAILLOUX L'intégrale, avec trois inédits : il est gâté, le Renaud ! L'intégrale de Renaud, c'est pas du gâteau ni des bonbons. Il n'y a que Sardou, Mitchell ou Hallyday pour pouvoir se vanter d'avoir été à ce point choyés par une firme de disques. Les cubes de Brel, de Barbara, de Brassens, de Gainsbourg ou de Bashung font triste figure à côté de ce monument aux boules. L'objet d'abord : un " véritable distributeur en métal " issu de l'univers des jouets mécaniques en tôle imprimée, avec tiroir pour sortir non pas les cailloux mais les disques les uns après les autres. Imaginée par Gérard Lo Monaco, cette boîte en fer-blanc étamé a été exécutée en tirage limité par les établissements Durual. De l'artisanat qui coûte la peau des fesses évidemment (1), mais ce n'est pas vraiment aux Manu, Pierrot, Gérard Lambert et autres mômes qu'est destinée cette intégrale puisqu'ils ont déjà un bon paquet de disques, mais plutôt aux Gonzague friqués qui ont de quoi cracher pour avoir une vue complète sur cet artiste qu'ils ont découvert sur le tard. Les fans, ça les fait râler évidemment, car il y a dans le distributeur trois albums entièrement inédits. On peut sans trop se tromper penser qu'ils sortiront plus tard séparément, mais, en attendant... faut attendre ou alors se ruiner. Le premier de ces inédits est " Le Retour de la chetron sauvage ", issu de son Zénith 1986, avec, en pièce de résistance, un medley de presque vingt minutes. " En cloque ", " Deuxième génération ", " P'tite conne ", " Baby-sitting Blues " et " Doudou s'en fout " étaient déjà de la partie. Il y a ensuite le disque " Les introuvables " avec de ces incunables issus de 1980 à aujourd'hui. Du genre " Welcome Gorby ", de 1992, " Toute seule à une table ", extrait de l'album antisida " Urgence ", la version anglaise (et très anecdotique) de " Miss Maggie ", le " Sidi h'bibi " à la Mano Negra qui se trouvait sur le " Diversion " de Virgin, " Ourson prisonnier ", de 1994, qui était de " L'Évasion de Toni ", d'Henri Dès et Pierre Grosz, le nouveau " Touche pas à ma soeur ! ", adapté de J.J. Cale, " Le Camionneur rêveur ", extrait de " La Fugue du petit poucet ", réalisé en 1986 pour la Croix-Rouge française, deux titres de " Viens chez moi, j'habite chez une copine ", " Zénobe ", issu du conte musical de Patrick Dewez " Natacha. Mambo à Buenos Aires ", en 1990, un " La petite vague qui avait le mal de mer ", de 1989 (un conte pour enfants de onze minutes !), et un nouveau " Fanny de la Sorgue ". Le troisième cadeau est le plus impressionnant : " Renaud chante Brassens " (" les chansons poétiques... et souvent gaillardes "), c'est tout un album de vingt-trois chansons de Georges Brassens que Renaud a enregistré à la maison en juin de cette année. On sait depuis longtemps que Renaud est un hyper fan du grand Georges. Son frère Thierry a écrit une biographie autorisée sur Brassens, et Renaud a lui-même sculpté le profil de Brassens qui sert de plaque commémorative sur la maison de Brassens à Paris. Renaud était évidemment de l'équipée " Chantons Brassens " (un double disque Flarenasch qui, en 1992, avait réuni Cabrel, Souchon, Hardy, Le Forestier, etc.). L'idée de Renaud avec ses interprétations est de rendre le plus humble et respectueux des hommages avec des arrangements délicats proches des originaux. À l'accordéon, on retrouve son pote Jean-Louis Roques, à la contrebasse, Yves Torchinsky, tandis que les guitaristes Manu Galvin et François Ovide jouent sur la guitare Favino de Georges Brassens qui leur fut aimablement prêtée par un ami bienveillant. Les plus célèbres chansons de Brassens se retrouvent ainsi ressuscitées dans une interprétation actuelle, la voix de Renaud n'étant en rien proche de celle de Brassens. Une manière unique et intéressante de convaincre les nouvelles générations de la grandeur d'un musicien pas qu'un peu oublié par les radios des années 90. Avec tout ça, c'est un habit de lumière dont Renaud est aujourd'hui revêtu. Il est loin le titi parisien, réduit au foulard, au blouson de cuir, aux mobs et à la zone. Renaud, c'est un grand de la chanson française reconnu pour ses talents d'auteur. Cette intégrale fêtant vingt ans de carrière est là pour le confirmer. Renaud a aujourd'hui 43 ans et bêtes sont ceux qui n'y ont jamais cru. Un très joli livret souvenir de soixante pages accompagne les dix-huit disques de l'intégrale. On y trouve un paquet de photos d'enfance et une très longue interview où Renaud commente son parcours. Ainsi juge-t-il ce qu'il fait depuis 1975 : Ce que je fais ? De la chanson, des chansons, de la musique, de la poésie, de l'écriture, du verbe, des mots, du vent, quoi !... J'exprime des idées et des sentiments humains et je me sers de la musique pour diffuser cette expression. Étant donné que je fais ça, et que ça, depuis maintenant vingt ans, on peut considérer que c'est mon truc... Renaud évoque aussi les années 1968-1974 où il officiait déjà par ci par là. De la rue au café de la Gare et à la pizza du Marais, ses ennuis avec la profession, les médias, les amitiés trahies... Avec son franc-parler habituel, Renaud nous rappelle que son langage n'a jamais été autre que celui de la franchise et de l'honnêteté... Voilà ce qui résume son onéreuse intégrale. " Joie d'offrir " et " joie de recevoir " est-il indiqué" sur le carton qui sert d'emballage à chaque disque. En tout cas, si vous recevez cette boîte sous le sapin, sachez que vous pouvez être heureux d'être à ce point aimé... THIERRY COLJON (1) Renaud : " L'Intégrale " (distributeur de 18 disques Virgin) mérite
    • Album L'intégrale
    • Album Le Retour de la chetron sauvage
    • Album Les Introuvables
    • Album Sida Urgence
    • Album Diversion
    • Album Renaud chante Brassens
    • Jean-Louis Roque
    • Yves Torchinsky
    • Manu Galvin
    • François Ovide

12 juin 2000

OK
  • 24 février 1986, Renaud de A à Z > Articles parus dans « OK » « stars Magazine Spécial Renaud » (Juin 1986) pour la sortie de l’album « mistral gagnant ». A MOUR : Après diverses aventures et coups de foudre, j’ai connu le grand amour, le vrai ; c’était Dominique. C’est aussi le premier car le seul qui ait réussi. Elle est la seule femme que j’ai aimée suffisamment pour avoir envie de l’épouser et de lui faire des enfants. Nous nous sommes rencontrés en 76 à la Pizza du Marais, où je chantais ; c’était avant « laisse béton ». Elle jouait dans un café-théâtre voisin. Dès que je l’ai vue, j’ai dis « Celle-là, je la drague, je l’épouse, je lui fait un enfant et on vieillit ensemble ». Tout de suite, comme ça, en cinq minutes. Mais comme je suis très timide, il m’a fallu un mois de dîners en se tenant la main sous la table avant le premier baiser. Et encore, c’est elle qui a fait le premier pas, sinon on y serait encore ! B UCCOLO : c’est avant tout un pote. Il n’a bossé avec moi qu‘une seule fois avant les trois chansons de l’album. C’était il y a deux ans , lors d’une tournée d’été : nous étions en vacances ensemble. J’avais ces textes sans musiques. Je lui ai demandé si cela pouvait l’inspirer. Ca se passe toujours ainsi avec moi, un peu par hasard. Je ne travaille pas sur commande. Je savais que c’était un bon compositeur. Pour l’instant, il est retourné avec Cabrel. Lui-même auteur-compositeur et a sorti un 45 tours. On ne fait plus de scène ensemble mais on continue à se voir. C HETRON : C’est un jeu de mots d’un goût discutable que j’aimais bien. Sur la pochette je suce mon pouce après avoir été mordu par un hameçon . Un pauvre mec de trente-trois balais qui suce son pouce, cela n’a rien de sauvage, ça ne fait peur à personne. Pour présenter ce disque, on a organisé un mini-suspens. D’abord, une paire de bottes, jambes arquées, et foulard accroché à la santiag, pour les fans ! Puis l’annonce du spectacle avec ma tronche. C’est l’agence Emotion qui s’occupe de tout cela. Ils ont fait Gainsbourg, Clerc, Souchon … J’ai la chetron sauvage, mais c’est pas méchant ; le thème : les méchants, c’est pas nous. D ROGUE : Pour « p’tite conne », on m’a dit « méfie-toi, c’est un remake ! ». C’est un cheval de bataille que j’enfourche souvent contre la dope. Deux chansons en dix ans, ce n’est pas trop. Il y a des mecs de mon âge qui crèvent de la drogue, d’autres qui s’enrichissent sur leur mort. C’est lamentable de voir une gonzesse de vingt-cinq berges, belle, comédienne à succès, mourir ainsi ; elle avait tout pour elle. C’est délicat car la raison de la mort de Pascale Ogier n’est pas claire, on n’est pas certain que ce soit une overdose mais c’est lié à cela. Un mec est venu me voir en me parlant d’elle, je savait qu’elle aimait mes chansons, ça m’a touché, mais je ne la connaissait pas. Je souhaite que cette chanson fasse prendre conscience à certains qu’il faut arrêter la dope. E THIOPIE : Quand Valérie Lagrange m’a demandé d’écrire la chanson, ça a été un coup de cœur. La musique de Langolff était tellement forte et populaire que j’ai écrit le texte en deux heures sans calculer que l’on vendrait deux millions de disques. Six mois plus tard, les côtés négatifs, les polémiques, et les jalousies que cela a engendrés dans le métier apparaissent : des paroles déplacées et des flots d’articles qui remettaient en cause ce genre d’action pour lutter contre la faim ; l’échec du concert en ce qui concerne la fréquentation du public. Pour moi, si un seul enfant était sauvé par le disque, cela justifiait tout, et je pense qu’avec trois milliards de centimes on a fait bien plus ! Bien entendu, il y a des lenteurs administratives, les militaires qui s’en foutent plein les poches. Je ne regrette rien, mais je ne suis pas non plus fier de cette action. Je ne veux pas de médaille, mais se faire insulter pour l’avoir fait, c’est trop ! On dit que les artistes ont pris du prestige à faire cela. Peut-être et tant pis ! Si mon prestige a fait bouffer des enfants, vive le prestige ! Comme dit Geldoff « No shame », y’a pas de honte ! F AMILLE : Un père protestant, austère dans certains domaines, mais avec un esprit libéral, voire libertaire. Il vient d’une classe moyenne, d’une petite bourgeoisie du sud de la France. Proche du corps enseignant, il était attiré par les milieux artistiques. Ma mère est d’origine prolétarienne, athée, d’une famille du Nord, chtimi ! Mon père écoutait Brassens et Vivaldi, ma mère, Maurice Chevalier. J’ai été bercé par deux cultures et deux éducations. F ANS : Je n'ai pas trop de rapport avec mes fans. Je peux encore me balader dans la rue, aller au bistrot, faire mes courses à peu près tranquillement sans être assailli. Les gens sont tellement étonnés de me voir acheter un steak haché comme n'importe qui, qu'ils n'osent rien me dire et restent bouche bée. En revanche, j'ai l'occasion de rencontrer mes fans à la sortie des concerts. Nos rapports sont toujours rapides. Il est difficile de dire aux gens "je ne suis pas une star, j'suis un mec comme tout le monde". Il y a toujours l'image de vedette créée par les médias ! Dès que tu es en contact avec le public, tu brises une certaine magie. Tu descends du piédestal sur lequel ils t'ont mis, il y a même un peu d'agressivité. Au lieu d'avoir des rapports sains, c'est toujours un peu l'interview. Cela dit, le public c'est mon pote à moi ! Le mec cherche une identification à l'artiste de son choix. Quand je vois un mec de quinze ans qui se fait tatouer ma tronche sur le bras et qui, à cinquante ans, l'aura toujours, ça me fait peur. En revanche, quand je vois un mec avec un blouson de cuir noir et un foulard rouge sur sa moto tatouée d'un gros Renaud, ça me touche ; j'ai envie de lui taper sur l'épaule. Mais on ne fait pas ce métier sans être un peu mégalo, et sur scène, c'est une manière de dire : « regardez ce que je sais faire ». F ATIGUÉ : Une espèce de ras-le-bol généralisé. Une chanson où je me pose des questions sur l’utilité de lutter, que ce soit à travers des chansons, des meetings, des manifs, des prises de positions. Je me demande si un jour on ne va pas finir par baisser les bras. Il y a trop de choses qui m’écœurent dans ce bas monde ; du moindre fait divers sordide aux massacres de Sabra et Chatila … G REENPEACE :J’avais des potes parmi les dirigeants français. Au moment de l’appel au boycott de « Japan Air Line » pour lutter contre la chasse à la baleine des japonais, on s’est fait embarquer. En y participant, je leur permettais d’avoir plus d’échos dans les médias, et cela faisait longtemps que je n’avais pas mis les pieds dans un commissariat ! Je ne suis pas un militant farouche, mais je soutenais les luttes contre les déchets nucléaires, pour le respect de la vie et de l’espèce humaine. J’aime les actions spectaculaires de Greenpeace, sa non-violence. Mais quand mes potes se sont fait lourder par une autre équipe, j’ai compris que là-bas aussi, il y avait des luttes internes. Les défenseurs de la paix et de l’environnement connaissent les même magouilles que les partis politiques. Ça m’a gonflé. J’étais plus d’accord. Je ne veux plus être associé à un mouvement ou parti. Je défendrai avec mes petits moyens la planète. D’abord en inculquant à mon enfant le respect de la vie et de la nature. Comme disait Brassens, « Dès qu’on est plus de deux, on est une bande de cons ! ». On entend aujourd’hui l’opinion publique, poussée par les leaders de droite, demander la libération des époux Turanges … On parle de complicité dans un homicide involontaire, ça me rend vert … C’est un attentat terroriste. Je ne suis pas partisan de la prison, mais j’ai peur que l’on les libère avec des excuses. C’est vrai que, sous d’autres régimes, les services secrets étaient moins maladroits. Il y avait une sinistre efficacité. La droite ferait mieux de faire autant de raffut pour qu’on négocie enfin la libération de Kauffman. H OMOSEXUALITÉ : L’homosexualité n’est pas un problème pour moi. Je considère que les homosexuels sont des victimes de la connerie des gens. Quelque part, ils l’ont peut-être cherché, par le phénomène de la solitude. Je n’aime pas les caricatures de bonnes femmes. Les folles font marrer tout le monde et cela dévalorise l’homosexualité. Je ne peux pas oublier deux mille ans de culture judéo-chrétienne. Dans notre société, c’est un tabou, cela ne l’était pas dans l’antiquité grecque, mais eux lapidaient les gens. Je suis pour la liberté individuelle. Je ne suis pas d’accord avec Coluche qui, un jour à la télé, a présenté un chanteur habillé en bonne femme en disant « vous ne saviez pas qu’il en était ». C’est une attaque raciste . Attaquer un mec sur ces mœurs sexuelles, c’est comme l’attaquer sur sa religion. Plus jeune, cela m’arrivait souvent de me faire brancher par des mecs. Il y a une gêne, puis j’essaye de faire comprendre le plus pacifiquement possible que c’est perdu d’avance. En espérant ne pas avoir à utiliser d’autres arguments plus convaincants. I DOLE : Je suis un vieux fan de Springsteen. Je lui ai fait apporter ma guitare à son hôtel, avec un petit mot. Avant son spectacle, il m’a fait appeler pour me remercier, j’ai essayé de balbutier quelques mots, j’étais tellement ému. Je l’ai revu à Los Angeles ! C ‘est le meilleur ! I NTERVIEW : Après les interviews, on regrette souvent ce que l’on a dit. On se demande comment tout cela va être retranscrit. On a été tellement souvent trahis par les journalistes qui ont délibérément ou non transformé nos propos en voulant les rendre plus concis, pour que cela tienne en une colonne … On finit donc par être échaudés. Ils finissent par te faire dire le contraire de ce que tu avais dis, en découpant une, deux, trois ou même quatre de tes affirmations. Et puis après, on se dit : « j’ai oublié de parler de tel truc, j’aurais dû tourner telle chose autrement … » Et fatalement, le public n’essaye pas de disséquer ce que l’on a pu dire. Il prend en bloc ce qui est écrit. Moi, lorsque je lis une interview de Julien Clerc ou de Gérard Lanvin (des gens que je connais bien), j’arrive à savoir à quel moment ils se sont fait piéger ou quand leurs propos ont été déformés. Je sais où le journaliste a taillé dans la phrase pour que cela soit plus court et soi-disant plus efficace. Et quelque fois, on se dit effectivement « c’est trop ». J EUNESSE : En 68, sans vouloir jouer les anciens combattants, on a fait une mini-révolution qui a changé et apporté des choses. La jeunesse d’aujourd’hui se mobilise pour N.R.J., pour avoir le droit d’entendre toute la journée sur sa radio Mickaël Jackson et Prince, tout en brouillant d’autres petites radios qui n’ont pas ses moyens. J’ai vraiment été excédé lorsque j’ai vu la différence de mobilisation, et à une semaine d’intervalle, pour Convergence 84 et la manif de N.R.J. Tout cela montre aussi que les jeunes n’ont peut-être pas envie de faire la révolution. Peut-être n’en ont-ils pas le courage, l’énergie. Ce n’est sûrement pas parce qu’ils sont plus fliqués… Quoique… (silence). Tout cela dépend de mon humeur. Des fois, je dirais que Balavoine avait raison et certains jours, j’aurais eu envie de lui dire : « Va vivre au Chili ou en Iran ou en Turquie … » Je crois quand même que notre démocratie est le moindre des maux. On vit dans un pays où il est possible d’ouvrir sa gueule…, même s’il persiste des abus policiers, administratifs, etc. C’est une chose contre laquelle je continuerai de m’insurger, mais aussi sur laquelle on peut discuter des plombes : la liberté d’expression existe-t-elle vraiment en France ? Pour qui ? bref, tout cela pour dire que, si les jeunes veulent lancer des pavés, ils le peuvent et qu’il ne faut surtout pas qu’un jour un argument comme « De quoi se plaignent-ils ? Ils n’ont qu’à aller voir à Moscou s’ils peuvent la ramener ! » puisse devenir celui d’une majorité de gens. K ÉPI : Je suis anti-flic à la manière Brassens. A part quelques faits divers où je trouve qu’ils ont une attitude un peu trop répressive, un peu trop haineuse, ils sont confrontés aussi parfois à des horreurs. Je suis anti-clérical de la même manière. Les flics, c’est le symbole de l’uniforme, de la répression mais je traverse toujours dans les clous pour ne pas avoir à parler avec un flic comme disait Brassens. C’est le meilleur moyen de vivre avec eux, vivre dans une espèce de semblant d’égalité. K ILO : Je suis maigre et j’ai des petits problèmes pour m’assumer : je me trouve mignon de face, mais épouvantable de profil, à vomir ! Je balise pour les poches sous les yeux. J’suis pas un canon : j’ai les jambes arquées. J’assume pas vraiment mon corps, c’est pour ça que ne je danse pas. Sur scène, je ne bouge pas. Je me cache derrière une guitare et un blouson de cuir, car je ne suis pas à l’aise. L ENORMAN : Après un échange de lettres insultantes, on s’est croisés avant le concert de la Courneuve en faisant semblant de ne pas se voir. Il y avait un public magique, qui avait marqué son enthousiasme formidable pour des artistes aussi différents que Dorothée, Carlos, Lalanne et Lavilliers, pendant sept heures dans le froid, avec des places trop chères. J’étais heureux d’être là ; de l’enthousiasme mêlé à une certaine amertume. En entamant le refrain de la chanson, je me suis tourné vers Lenorman, je lui ai tendu la main, car c’est trop con la haine ! On n’est pas des potes, mais on a tiré un trait sur une polémique stérile qui ne servait pas la cause éthiopienne. Je préfère embrasser Lenorman que de lui foutre mon poing sur la gueule. Si les gens s’aimaient et se pardonnaient, le monde serait moins sinistre. L OLITA : Mon second grand amour. Avec elle, j’ai senti que je n’étais plus libre, plus libre de rigoler et plus libre de mourir. « En cloque », c’était le mec devenu spectateur qui pensait n’être plus rien dans cette histoire. Je me sentais tout con, le jardinier qui a planté sa graine. Une frustration pendant le temps où le père passe au second plan. Dans « Pierrot », j’avais symboliquement décrit en cow-boy l’enfant que je voulais. Je voulais adopter un petit garçon, ma femme ne voulait pas, elle ne désire pas de second enfant pour l’instant. Dans mes chansons, j’aime raconter des histoires personnelles pour faire partager ma vie à mes potes, c’est à dire au public, mais je brode aussi pour le besoin de la chanson. M AI : Mai 68, c’est le grand déclic face à toutes les formes d’autorité : parentale, professorale et patronale. C’est aussi la fin de mes études. J’ai tenté une nouvelle seconde dans le 16ème, à Claude Bernard, mais c’était trop tard ! J’ai donc commencé à bosser en rapportant une partie de mon salaire chez moi, car mes parents n’auraient pas supporté que je reste sans rien foutre. J’me suis aussi payé une bécane. Puis mai 81. Dès que je dis dans un journal que je suis en désaccord avec telle action du gouvernement, sur le nucléaire ou la politique militaire, la droite récupère mes paroles pour dire : « Renaud est un déçu du socialisme ». Je n’ai jamais attendu de miracles d’un gouvernement socialiste, j’ai voté Mitterrand mais je n’ai jamais été socialiste. Si mon bulletin de vote n’a permis qu’à abolir la peine de mort, je ne le regretterai pas. Mais il a servi à d’autres choses. Ensuite, je ne veux pas hurler avec la droite, avec la réaction. Je ne veux pas être récupéré et être catalogué comme antisocialiste. J’ai le cœur à gauche et je l’aurai toujours. J’ai un mépris viscéral pour les hommes politiques de droite. J’ai de la tendresse pour ceux de gauche. M ISTRAL GAGNANT : Je vieillis, et c’est la première fois que je me penche sur mon passé. Je vois ma fille grandir. J’ai pris un coup de vieux. Dans dix ans, je serai nostalgique de mes vingt ans ; pour l’instant, je parle de mon enfance. Jusqu’à seize ans, c’était une enfance sans histoires dans une famille unie de six enfants. Jusqu’au lycée, j’étais bon élève. Après, j’ai découvert les gonzesses, les mobs, et les boums. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je serai artiste. J’ai arrêté de bosser en sixième. Les Mistrals gagnants, c’était des bonbecs, du temps où j’étais petit ! Des petits sachets rouges ou verts avec une languette sur le bas qui se soulevait et sous laquelle était inscrit « gagné » ou « perdu ». Si c’était « gagné », tu avais le droit à un autre Mistral. Cette poudre glacée blanche, qui s’aspirait avec une paille en réglisse, coûtait vingt centimes. C’était notre dope à nous. Ça ressemble aujourd’hui à une petite nostalgie de mon enfance. N ASHVILLE : C’est vrai que je me suis foutu de la gueule de ceux qui allait enregistrer à Nashville, mais à l’époque, même Yvette Horner y courait ! Je pensais, et je pense toujours, qu’un mauvais disque, qu’il soit enregistré à Nashville ou à Paris, reste un mauvais disque. Il faut avant tout de bonnes chansons. Les mecs qui nous écoutent n’ont pas tous des chaînes compactes. Moi-même, je n’ai aucune oreille. O LYMPIA : Ce n’est pas un mauvais souvenir, il ne m’en reste rien. Cela correspondait à la sortie d’un disque pas vraiment sublime. La pub a été mal faite. La première semaine a été dure à démarrer, et puis… l’Olympia n’est pas une salle magique comme Bobino ou le Zénith. P OTES : Il y a ceux que j’ai depuis toujours, ceux que j’aurais perdu même si je n’avais pas fait chanteur..., et les nouveaux. Je suis pote avec Lambert (Tarzan) depuis peu ! On bouffe, on picole, on se voit souvent. L’amitié, c’est avant tout une complicité qui se crée. Mais je ne suis pas dupe : les vrais potes, je les compterai sur les doigts de la main le jour où je ne vendrai plus de disques. Quand je suis pote avec un mec, je suis aussi jaloux, exclusif et teigneux que je le suis avec ma gonzesse. C’est le même amour, la même fidélité exigée. J’exige beaucoup de mes potes, et je pense donner aussi beaucoup en retour. P EPETE : Cela m’ennuyait de faire mourir un personnage aussi haut en couleur, aussi nul et drôle à la fois. C’est un hommage à Bobby Lapointe au niveau de la plume. Une chanson absurde. P OPULAIRE : J’ai toujours cherché à être un chanteur populaire, sans tomber dans le populisme, la démagogie et la vulgarité. Si ça me permet en plus de passer mes idées et mes révoltes, c’est encore mieux. C’est le pouvoir de s’exprimer pour le plus grand nombre, c’est génial. Si être au Top 50, et chanter chez Guy Lux permet de faire passer des textes qui auraient été qualifiés de « subversifs », il y a quelques années, je trouve cela utile. P UTE : C’est vrai qu’on est tous un peu pute… mais aussi artiste, avec nos défauts, nos qualités, nos erreurs, nos putasseries parfois, notre sincérité souvent… L’important est de rester justement un artiste. Là il y en a de moins en moins… Lavilliers, malgré toutes ses erreurs, et tout ce que je n’aime pas chez lui, est un grand mec avec sa musique et sa poésie… Je pardonne aux mecs qui ont du talent. C’est pas facile de mener sa barque lorsque l’on est aimé de beaucoup et détesté de quelques uns. Q : Le cul, le sexe, c’est indispensable. Tant qu’on est sexuel, tout baigne.   R EGIMENT :Cette fois, j’ai évoqué l’armée à travers « Trois matelots ». Dans cette chanson, j’ai voulu dire que chez les militaires, la connerie ne se situe pas dans l’uniforme, mais dans le pouvoir. Le texte s’en prend plus aux gradés. Si je suis anti-militariste, c’est d’abord contre ceux qui donnent des ordres. Cela m’étonne que tu aimes bien cette chanson. C’est aussi quasiment ma préférée, et pourtant celle que les gens placent en dernier. Je la trouve construite dans la lignée des chansons françaises à la Bruant : la chanson de marin, de corps de métier. Je l’ai écrite pour le plaisir que j’aurais à l’interpréter sur scène avec une mise en scène, des choristes… S TUDIO : Tu sais, je n’y connais rien en technique de studio ! Je vais là où on me dit que le son est bon, que le matos et les musiciens sont de qualité. Si en plus, lorsque tu sors, il y a du soleil et des palmiers…Et puis, Los Angeles est une ville marrante pour y vivre un mois… S UCCES : Chacun de mes disques a toujours mieux marché que le précédent, et à chaque fois je m’angoisse. Pour « Morgane », les scores étaient énormes. Je savais que l’on m’attendait au tournant. Si ce disque n’était pas au moins égal au précédant, je me faisais dégommer. J’ai beaucoup douté mais je suis finalement très fier de ce disque. En ne vendant que 800 000, le métier dira que Renaud ne vend plus de disques. C’est de bonne guerre. Au moment de l’enregistrement, je savais qu’il ne fallait décevoir personne : ni la maison de disque, ni le public ! Ce disque ne devait pas se planter. C’était une situation délicate qui m’a paniqué au moment de la création. J’ai écrit les chansons que j’avais envie d’écrire. J’ai dis ce que j’avais sur le cœur par rapport au monde, à l’actualité, à la violence. Il y a aussi des états d’âmes sur ma vie personnelle, privée. Quand j’écris, il faut d’abord que ça me plaise, puis je fais écouter à ma gonzesse et à mes potes ! T OP 50 : Si on me prouve que c’est fait honnêtement, je trouve génial de constater que Bruce Springsteen puisse être suivi de Peter et Sloane. C’est intéressant. Et puis cela permet enfin de savoir qui vend et qui ne vend pas…, quelles sont les stars bidons, et surtout celles qui ne vivent que sur leur réputation ! Cela dit, j’ai fait dix ans de carrière sans Top 50, sans Top 20, et je m’en suis très bien passé. T HATCHER : « Miss Maggie » est une chanson que j’ai écrite d’une traite, suite au match de Bruxelles. On était en Guadeloupe, atterrés, écœurés, et en même temps fascinés par la violence. En chacun de nous sommeille un charognard. On a commencer à discuter de la folie des hommes, de leur connerie, et de la violence qui s’exprime par le bras de l’homme et non de la femme. C’est un hymne aux femmes, pour leur pacifisme et leur non-violence. Je voulais généraliser, mais ne pas inclure dans les tendres et les fragiles la « mère Thatcher », parce que je la déteste. En général, j’aime prendre un bouc émissaire dans mes chansons. U SA : Je ne savais pas trop où enregistrer ce disque. J’ai fait le tour des studios en France, puis en Europe, pour finalement retourner à Los Angeles. J’aime les palmiers, le soleil, et on ne change pas une équipe qui gagne. J’avais un bon ingénieur, de bons musiciens. La technique musicale est quelque chose qui ne m’a jamais passionné. J’ai passé un mois, pendant qu’ils faisaient les réglages, les sons d’instruments, à fumer cigarette sur cigarette dans l’air conditionné. Quand il a fallu que je chante, je n’avais plus de voix, plus de grain, plus de souffle. C’était l’horreur. On est donc revenu pour finir les voix et remixer. Une carrière aux USA ? C’est en vue (rires). On devrait faire avec quelques autres articles français, un ou plusieurs concerts à Central Park pour la fête de la musique. Mon envie qui va se concrétiser bientôt, est de faire un disque en anglais. J’aimerais sortir (si c’est possible, vu mon changement de maison de disques) une sorte de « Best-of » contenant des chansons que je considère comme les plus universelles de mon répertoire. Tout cela chanté en anglais avec l’accent de Maurice Chevalier ! Je m’en fous que cela paraisse ringard. Je persiste à croire (avec d’autres) que j’ai plus de chances que certains rockers français qui luttent sur le même terrain que les Anglo-Saxons et qui sont perdus d’avance. Le plus dur sera le travail d’adaptation. C’est aussi difficile que lorsque j’ai voulu adapter Springsteen. Je cherche d’ailleurs un adaptateur qui me permette d’être compris dans tous les pays anglophones … V IRGIN : En fait, ces histoires d’argent sont apparues après la sortie du disque, car j’ai signé au tout dernier moment. Ici, il y a plein de gonzesses, et tout ce que je peux te dire, c’est que je suis très heureux d’être chez Virgin ! Mais au début de la promotion, tout tournait autour de « Tu vaux combien ? Le contrat du siècle ? » Pourtant, il y a des brassages d’argent pour tout nouveau contrat de chanteur qui change de maison de disques. Ce n’est pas nouveau ! Pour moi, l’enjeu a été proportionnel à mes ventes de disques de ces deux dernières années. Mais avant de vendre un million, je vendais 400 0000 et 600 000 disques. Pendant dix ans, personne ne s’est soucié de mon contrat, que l’on pouvait qualifier de scandaleux, quand je gagnais deux francs par album ! Maintenant, j’en gagne dix en royalties, mais je suis producteur, je paie donc moi-même les frais de studio. V OCATION : J’ai choisi d’être chanteur par timidité. Au départ, j’écrivais des poèmes. Un jour, j’ai pris une guitare parce que je me suis rendu compte que mes textes chantés sur une musique passaient mieux. Si j’ai pris un stylo et si j’ai écrit vers quatorze - quinze ans des poèmes du genre « j’ai pas demandé à naître », « personne ne m’aime », « y’a t-il une vie avant la mort ? », c’est parce que je n’osais pas dire à mes parents, ni même à mes potes, mes angoisses. C’est mon père qui m’a donné le virus de l’écriture puisqu’il était écrivain. Je préférais exprimer mes états d’âmes sur mes cahiers d’école que dans la vie. Ce qui est bizarre pour moi, c’est que j’arrive à m’exprimer aujourd’hui devant 6000 personnes. W AITS : J’aime bien mais pas trop souvent. Faut vraiment avoir le blues pour écouter ça. J’aime bien le personnage, ça sent la bière et la déprime. Comme je disais sur scène, sur le seul blues que j’ai jamais chanté, « je sais, c’est chiant, mais c’est du blues ». Le blues, ça reste toujours assez chiant. Un album de blues, ça va, mais une carrière de blues… Z ÉNITH : Il fallait qu’une fois encore je frappe un grand coup. J’aurais voulu me produire dans un théâtre comme le cirque d’hiver, mais mon entourage m’a poussé à faire le Zénith ! On ne m’aura pas une troisième fois. Dans deux ans, je me produirais plus longtemps, mais dans un espace plus chaud et plus intime. Pour cela, j’écrirais une chanson douce avec une guitare et un accordéon, mais pas du rock n’roll ! Cette année, j’avais des chansons qui bastonnaient musicalement. Le Zénith est un lieu idéal. Avant de faire le Zénith, j’étais allé voir pas mal de spectacles. J’ai bien aimé les spectacles de Julien Clerc, France Gall, Cabrel, Higelin, Thiéfaine, des gens souvent plus pros que moi, musicalement. J’ai la réputation d’être un mauvais musicien. En revanche, je leur reproche de ne pas assez parler au public. Même si les « journaleux » me traitent de « Coluche du pauvre », il faut que je parle. Il est vrai que ma première vocation était d’être comédien. Je suis plus à l’aise en parlant qu’en chantant. Il est inutile d’aller voir un chanteur qui ne parle pas. Moi dans ce cas, je regarde la vidéo et j’achète le disque… Propos recueillis par Marc THIRION (avec la collaboration de Didier VARROD)

20 mai 2000

Charlie-Hebdo
  • 7 avril 1993, TRÈS CONNU COMME CHANTEUR ! lang=FR style='tab-interval:35.4pt'> Charlie Hebdo, le 7 avril 1993   « Renaud bille en tête TRES CONNU COMME CHANTEUR ! Mais dans les léproseries roumaines, je vends pas un disque   La rédaction de Charlie m’a proposé de m’envoyer en reportage. A l’étranger. Je me suis dit, ça y est, y savent pas comment me virer, ils vont m’envoyer à Sarajevo pour faire de moi le premier martyr de la presse libre à 10 francs et économiser des indemnités de licenciement. Non, non, m’ont-ils dit, tu vas où tu veux. J’ai dit O.K., je vais faire un reportage sur l’écosystème aux Maldives. Y m’faut bien trois semaines… A la rédaction, ils ont fait « ah ! ah ! ah ! » mais j’ai bien senti qu’ils craignaient de m’envoyer là-bas, je crois qu’ils s’en voudraient si j’attrapais un coup de soleil à cause d’eux. -         Non, tu vois, ce qui serait bien, ce serait un endroit où ça bouge, genre en Lituanie. Ou Bucarest… Tu connais Bucarest ? Je sais pas pourquoi, j’étais presque sûr que ça se finirait dans un pays de l’Est. C’est vrai que « ça bouge » dans ces coins-là. « Mais, leur ai-je demandé, ça bouge aussi pas mal à Bruxelles… -         Oui, mais on préfère t’envoyer dans un coin où t’es pas connu comme chanteur. Tu passeras plus facilement inaperçu, et ça te sera plus facile pour bosser… » Les salauds venaient de m’humilier grave, mais j’ai rien dit. J’étais très connu comme chanteur dans les pays de l’Est ! L’autre jour encore, je recevais une lettre d’un professeur de l’université de Cracovie me demandant si « Dovbrdja wisczoky tak laisse béton zvodjniskaïa ? » -         Ecoute, réfléchis, c’est pas aux pièces, tu nous diras ça à l’occasion… Mais pense à Bucarest, hein ? En rentrant chez moi, j’ai pris mon atlas, les yeux fermés, je l’ai ouvert à une page au hasard et j’ai planté la pointe de mon stylo au milieu de la page offerte. « J’irai où mon destin me dira d’aller » pensais-je en rouvrant les yeux : MONTFERMEIL ! Hé, ho ! C’est pas mon destin, ça, c’est mon stylo ! Je commençai par me demander si je n’avais pas eu tort de refuser Bucarest, puis je décidai de me donner une seconde chance en choisissant l’endroit pointé par un trou de l’autre côté de la page : plan de Paris, bois de Boulogne. O.K., je pars pour le Brésil ! Par acquit de conscience, je décidai quand même de demander conseil à ma douce épouse et à notre rejeton. Après tout, quelle que soit ma destination, c’est elles qui allaient se retrouver comme deux pommes avec leur mouchoir sur un quai de gare, puis, telles des femmes de marins, elles qui allaient m’attendre au bout de la jetée de leur solitude, abandonnées comme deux oisillons orphelins dans un nid déserté, pendant des jours longs et tristes comme un rêve de pute. -         Et ben, pourquoi t’irais pas à Bucarest ? Il paraît que ça bouge, dans ces coins-là, me répondit ma femme. Je fis comme si je n’avis pas entendu, d’ailleurs je crois que je n’ai pas entendu. J’allai trouver ma fille. -         Ah bon… Tu vas encore te barrer ? Ben, t’as qu’à aller dans les pays de l’Est, vu que là-bas t’es pas connu comme chanteur tu pourras passer inaperçu et bosser plus facilement. Pi nous, pendant ce temps, avec maman, on va p’t’être aller trois semaines aux Seychelles pour étudier l’écosystème. En retournant le lendemain au journal, je croisai Luz à qui j’avais demandé de m’accompagner dans ce « reportage » pour en rapporter de jolis dessins. Lui, de son côté, avait pensé que nous pourrions aller à Medellin, en Colombie… Bon… Quel temps y fait, en ce moment, en Roumanie ? RENAUD »
Courrier de l'Escaut
  • 15 novembre 1999, Renaud devant son public et... la page blanche > Renaud devant son public et... la page blanche Ravi, déçu ou inquiet, le public de Renaud était très partagé vendredi soir. Renaud demeure le gars sympa qui sait remplir une salle Et émouvoir. Après Arno et Lama, c'est Renaud qui est venu à la Maison de la culture de Tournai pour deux heures trente de récital. Une salle comble attendait son retour. « Bonsoir Tournai ! Comme prévu, une guitare, un piano, et puis moi qui vous salue bien bas. » Deux musiciens accompagnent Renaud Séchan dans sa tournée. Avant son concert, le groupe régional « La Mouscaille » était chargée de chauffer le public dans le grand hall. Mission accomplie, de bien belle façon. Nuit et brouillard C'est avec « la ballade de Willy Brouillard » que Renaud commence son concert : une chanson canaille qui épingle la « vie d'un flic ». Un peu hagard, le chanteur répond à tout ce que lancent quelques spectateurs : balles verbales qu'il renvoie, non sans démagogie, avant de faire naufrage chez « La mère à Titi ». Un couplet par cœur, un autre sans paroles (« je n'me rappelle plus le texte, on s'en fout ») et ces cordes vocales qui grincent... Cela commence mal pour celui qui était venu en 76 à masure 14 (« vous étiez là ? ») animé de ce feu intérieur qui le ronge aujourd'hui. il le sait, l'artiste, et le dit : « Je suis le plus mauvais chanteur de ma génération. Me revoilà, le cuir noir, le cheveu jaune, des putains de valoches sous les yeux, et toujours une voix un peu pourrie ». C'est ainsi qu'il se présente. Est-ce son nouveau personnage, est-ce un passager clandestin, un mutant ? En tout cas, « les convoyeurs attendent » (c'est nous) un Renaud qui ne vient pas. Celui des énergies belles et des contestations rouges. Celui des audaces interdites. Celui de Germinal, corps et âme aux barricades. Celui des certitudes démises, qui partage failles et doutes avec son public, sans calcul. « On va essayer de chanter », annonce-t-il. La voix éraillée présente une courbe ascendante. Lente remontée des abîmes. « J'ai cent ans. Et J'me demande où j'ai mis mon chapeau... La souffrance, c'est très rassurant... ça n'arrive qu'aux vivants. » Il a mal, Renaud. Mal à sa vie d'artiste, à son cœur démuni, à ce vide déclaré qu'il semble attiser avec nonchalance. « Je n'ai écrit que deux chansons en cinq ans. » Il attend que le public le materne, il cultive cette image neuve qui ne lui sied pas très bien : vieux gosse désabusé. A-t-il tout dit ? Sans doute, non. Mais il cherche, hâve, un autre livre à écrire. Pour l'instant, il campe page une, pas encore debout, pas encore en marche. Impossible de parler d'un nouveau Renaud. Impossible d'annoncer l'album à venir. Qu'est-ce qu'il va faire de son bleu ? Ceci dit, Renaud demeure un grand bonhomme, auteur de superbes textes, symbole d'un âge tonitruant. Témoins, ces chansons de tendresse qui disent la vie qui va (« en cloque »), la paternité rêvée (« Pierrot ») ou assumée (« Lolita »), l'amitié (« p'tite conne »), l'amour (« Dans ton sac ») et son désastre. Et ces quelques autres, engagées et sonores, porteuses d'élans. N'oublions pas que Renaud s'est empaffé de madame Thatcher, a tutoyé les luttes sociales, fustigé l'uniforme, l'injustice et la guerre. « Qu'est-ce qu'il va faire de son bleu ? » s'interroge le fils face au père paumé. C'est un peu la question à cent sous que se pose une partie du public : la colère bleu, son encre bleue, son ciel bleu Renaud les reprendra-t-il ? Avec « Elle a vu le loup » et avec « Boucan d'enfer », ses deux seules nouvelles chansons, tristounettes et rétives ? Allez, va, il y a quand même eu « Mistral gagnant » et il y a ce futur à construire (« je vais planter un oranger/là où les arbres n'ont donné/que des grenades dégoupillées ») et à aimer (« La pêche à la ligne »). Pour le public qui en redemande. Pour les deux complices qui souhaiteraient visiblement jouer avec une générosité accrue. Pour lui, Renaud qui a insufflé tant de joie de vivre à travers ses récitals et ses albums, et qui avoue, esquinté, n'avoir « rien à gagner, rien à perdre, même pas la vie ». Et s'il pratique à présent les « Bars parallèles », il est temps pour lui de remettre en couleurs la langue et la page qui lui vont bien. François LISON
Courrier de l'Ouest
  • 27 novembre 1999, concert à Mûrs-Erigné bgColor=#ffffff> article paru dans le Courrier de l'Ouest du 27/11 concernant le concert de Renaud à Mûrs-Erigné (49) le 26/11. Renaud à l'unanimité à Mûrs-Erigné   Une tournée sans album. Une tournée dans de petites salles pour retrouver le public, ses fans depuis plus de 20 ans. Renaud n'a pas manqué son rendez-vous hier à la salle Jean-Carmet de Mûrs-Erigné. Un piano, une guitare, une voix; voici le contexte intimiste que le chanteur français proposait hier soir au public angevin. Son ami Titi à la guitare (Jean-Pierre BucoIo et l'excellent Alain Lanty aux claviers le suivent pour cette tournée axée sur les anciens morceaux "du militant du parti des oiseaux, des enfants, de la terre et de l'eau". Renaud semblait fatigué, épuisé lors de son entrée sur scène, "Agé de 27 ans depuis plus de 20ans", il a surtout surpris par son éternel goût pour les petites histoires et pour son amitié du public et de la scène. Cela fait maintenant cinq ans qu'il n'a pas sorti d'album et le voilà pourtant propulsé sur les planches. Renaud, chanteur au grand coeur Non, Renaud n'a pas "redigéré" un énième live avec des chansons connues de tous. Hier soir, il était simple, toujours accompagné de sa voix cassée, "de sa ficelle vocale", et reste surtout le chanteur au grand coeur pour qui les grandes causes restent d'actualité. Ses titres comme "Morts les enfants", "Miss Magie" ou sa "Ballade irlandaise" sonnent toujours dans les têtes du public âgé, hier soir, de 7 à 77 ans. Renaud a toujours été un chanteur populaire, il l'a démontré une fois de plus. Un grand moment d'émotionPourtant, ce que le public attendait de cet artiste, c'était une nouveauté... En cinq ans, il a certainement eu le temps de composer quelques morceaux, mais en cinq ans il se passe aussi beaucoup d'évènements. Sans le dire explicitement, il garde au fond de lui quelques mauvais souvenirs personnels. Une nouvelle chanson exprime tout à fait un état d'esprit pessimiste et triste, "Boucan d'enfer". Une histoire où une femme le quitte "mon amour a claqué la porte", "adieu l'amour, bonjour la merde qui tombe sur moi" et des "j'ai envie de mourir... ça viendra". On était peu habitué à ce genre de ton et l'émotion était grande pour tout le monde. "Après vingt berges, le bonheur s'est barré" pour Renaud. Il a conclu ce passage pathétique en disant que "l'amour, il venait le chercher sur scène". Le public a répondu présent.   Anthony Bellanger
Evénement du Jeudi
  • 23 décembre 1999, Renaud, laisse pas béton ! > [ÉVÉNEMENT DU JEUDI / DU 23 AU 29 DÉCEMBRE 1999] Renaud, laisse pas béton ! Chagrin d'amour, inspiration en panne ... le chanteur avait mis un bémol à sa carrière. Il repart en douce en tournée. Le public lui tend la perche. PAR Nicolas SANTOLARIA Lorsqu'on dit d'un chanteur qu'il est énervant, on pense désormais à Florent Pagny ou à Pascal Obispo. Il y a une dizaine d'années, pourtant, ce qualificatif n'avait pas encore revêtu son sens péjoratif. Il désignait avec tendresse un artiste rebelle aux cheveux jaunes et au blouson noir: Renaud. Un gars qui pouvait être copain aussi bien avec Coluche qu'avec François Mitterrand. Un auteur qui ne digérait pas les injustices. Un poète qui chantait merveilleusement faux. Mais les années 90 se sont lentement installées, trouvant de nouveaux chroniqueurs de la misère sociale en la personne des rappeurs. Un jour, il a donc fallu se résoudre à se poser la question: mais où est donc passé Renaud? On avait le sentiment de l'avoir laissé un peu sur le bord de la route, égaré quelque part avant le tournant du millénaire. Les sentiments sont parfois trompeurs. Depuis le mois d'octobre, dans un climat de véritable ferveur populaire, Renaud écume les petites salles de province en compagnie de son vieil ami Jean-Pierre Buccolo - à la guitare et de son jeune complice Alain Lanti au piano. Particularité de cette tournée: personne n'en parle. Et surtout pas Renaud. Le chanteur refuse de répondre aux interviews, décline une invitation au "20 heures" de France 2. Seules des affichettes signalent le concert. Le prétexte? Il n'a pas sorti de nouvel aibum. Est-ce une raison suffisante pour se taire, dans un svstème où l'essentiel n'est pas d'avoir quelque chose à dire mais de participer au brouhaha ambiant? Toujours est-il que le silence volontaire de Renaud a réveillé la curiosité des médias. Chez Virgin, sa maison de disques, les journalistes commencent à pointer leur nez, désireux de rencontrer celui qui ne veut pas les voir. Pourquoi ne passe-t-il pas à Paris? Comment devient-on un Guy Debord chantant? A quoi ressemble la vie sans oxygène médiatique?   Le chanteur est devenu réfractaire à la société du spectacle. Aux intrépides qui, telle la rédactrice du quotidien Aujourd'hui, l'attendent à la sortie de son hôtel pour lui demander s'il boude la presse, Renaud offre une réponse bougonne: "Non, mais je n'ai pas grand-chose de plus à dire." Depuis 1988, année où il a dédié un album à la mémoire de Coluche - "Putain d'camion -' le chanteur, d'un naturel timide, est devenu quelque peu réfractaire à la Société du spectacle. Radicalement anti-TF 1 et anti-Nagui, il n'a foulé que de rares plateaux de télévision ces derniers temps. Le seul qu'il fréquente encore avec enthousiasme est celui de "La chance aux chansons". Ses apparitions publiques, Renaud les réserve aux Restos du cœur, par fidélité à Coluche. Il évite les grand-messes corporatistes façon Sol En Si et préfère donner sans battage - aux salariés de Moulinex, par exemple. Ce 7 décembre au soir, il fait étape en la bonne ville du Creusot, cité de 35000 âme sinistrée par le chômage mais bénéficiant d'une desserte TGV. Le Théâtre national, qui l'accueille, a vendu en un après-midi les 984 places du concert, laissant sur le carreau pas mal de mécontents. "On a refusé beaucoup de gens, regrette Claude Meiller, la frêle directrice des lieux. Certains nous ont même dit qu'ils allaient nous faire la tête au carré. On aurait presque pu remplir deux salles." Pour Le Creusot, Renaud est une grosse affiche mais reste relativement abordable: un peu plus de 100000F la soirée. Rares sont ceux qui se déplaceraient pour ce tarif-là. Selon la légende locale, Renaud y serait passé il y a vingt ans et, après s'être fait voler ses santiags et son camion de matériel sono, aurait juré de ne jamais revenir. Dans un coin de la scène encore vide, le projecteur s'est arrêtée sur une silhouette immédiatement familière. Pascal, le jeune homme assis à côté de moi, se lève d'un bond et dévale l'escalier central de la salle pour s'approcher de l'incroyable apparition. Renaud, la démarche lourde, a l'air tout gêné de faire son entrée sous les applaudissements, comme s'il redécouvrait, ébahi, son statut de star.     Arrière-plan. D'un naturel timide, Renaud laisse la. vedette à ses fans lors des séances photo après le spectacle.   à écouter "Laisse béton", 1977. "Marche â l'ombre", 1980. "Morgane de toi", 1984. Mistral gagnant", 1985. "Putain d'camion ".1988. "Marchand de cailloux", 1991. "A la belle de mai", 1994. "Renaud chante Brassens ",1995. La scène comme ultime refuge et possible trampoline Poliment, il se présente: "Te m’appelle Renaud... " "Mégane!" rebondit un comique dans la salle...... J'ai 27 ans, moi non plus je n'ai pas changé, toujours aussi maigre, toujours les jambes arquées, toujours les valoches sous les yeux. La faute aux années et au Ricard." Renaud parle beaucoup tout au long de son spec tacle. Presque plus qu'il ne chante. Sans avoir été prévenu, on assiste à une étrange séance d’auto-analyse publique. Le spectateur comprend aisément que celui qu'il est venu voir n'est pas au sommet de sa forme: "La raison de cette tournée sans album, c'est parce que j'étais pas bien. Buccolo m'a dit: "Si t’as besoin d'amour, pars en tournée et t'en auras tous les soirs à la pelle. Faut pas s'flinguer pour un chagrin d'amour:'" Actuellement, l'auteur de Morgane de toi vit une grave crise sentimentale. Sa gonzesse, Dominique, l'a foutu dehors. Evénement d'autant plus dramatique que Renaud semble éperdument amoureux d'elle. Depuis la séparation, le chanteur vit cloitré dans un appartement situé au-dessus de la Closerie des lilas, un bar du 14' arrondissement parisien. Régulièrement, il descend les quelques marches qui le séparent de cet univers feutré. Entouré de gens friqués et bien élevés, celui qui chantait Mon HLM s'oublie alors dans les verres de blanc. Une activité qu'il dénomme joliment "bar fixe", en opposition à "bars parallèles". Une tournée thérapie. Renaud a choisi de se produire dans les petites salles de province. Ici, le 4 décembre sur scène, à Périgueux, il a beaucoup parlé à son public. Presque plus qu'il n'a chanté. Particularité de cette tournée: personne n’en parle. Et surtout pas Renaud qui refuse les interviews et les "20 heures". Thomas Nothon, son manager, tempère : " Oui, c'est vrai, il a quelques soucis de couple. Il doit faire face à certaines difficultés depuis trois ans. Mais qui n'a pas en de misères dans sa vie? Dans ce cas là, il faut s’occuper D'après vous, qu'a fait Jacques Brel après avoir écrit Ne me quitte pas?" Mystère. Renaud, lui, écoutera finalement ses proches, qui, très inquiets pour sa santé, l'encouragent à remonter sur scène. "Chacun ses thérapies, analyse Thomas Nothon. En tout cas, pour un chanteur, y a rien de tel que de prendre la route." La tournée devrait l'aider à retrouver le moral. Et, avec le moral, devrait suivre le désir d'écrire. Car, un problème n'arrivant jamais seul, Renaud traverse actuellement un long désert créatif: "Il semble, avoue-t-il au public du Creusot, que les sources de mon inspiration soient taries. Mon onzième album aurait du Sortir y a deux ans. Alors, si vous avez des idées à me refiler, tapez  www.renaud.com ... (zallézêtre très surpris !  N2R = note de rené) Chez Virgin, on croise les doigts. "J’espère que cette tournée va lui remettre du baume au cœur, explique Marc Maréchal, directeur de promotion et ami. Et qu'il va nous sortir un album en septembre prochain. " Même s'il n'est plus la superstar qu'il a été dans les années 80, Renaud reste un très gros vendeur de disques. (<A la belle de mai", le dernier album dont il a écrit les textes, s'est écoulé en 1994 à700000 exemplaires. Depuis, il n'a Sorti qu'un disque de reprises de Georges Brassens. A ce stade d'assèchement reste la scène, ultime refuge et possible trampoline. Après avoir embrassé les gens du Creusot, Renaud se retrouve, deux jours plus tard, sur les planches du Nouveau Théâtre de Périgueux, chef-lieu de la Dordogne. Sur les fauteuils confortables de la salle, on trouve un public étonnamment divers. A côté d'un fan tatoué vêtu de cuir, une dame de 75 ans, qui répond au doux prénom de Jacqueline, confesse bien aimer la voix de Renaud. Marion, Julien, Marylise et Romain, 17 ans et demi appartiennent à cette frange de la jeunesse qui porte encore le keffieh, encombrant foulard palestinien, et que la techno ne branche pas. Renaud, ils l'ont découvert grâce à leurs parents. Marion: "Tant qu'il y aura des jeunes, ils pourront se reconnaître dans tes paroles de Renaud." Julien: "Au lycée, il yen a qui trouvent que Renaud est démodé. Moi, au contraire, je trouve que c'est assez proche du rap." Romain: "Renaud a été un des premiers à chanter la banlieue et à s'exprimer en verlan. C'est pas un hasard si Doc Gynéco lui a proposé de reprendre Hexagone en duo." Dans un monde aux repères fluctuants, C’est la posture morale de Renaud qui fascine plus que son côté révolté. Dans un monde aux repères fluctuants, la posture morale de Renaud plaît plus que son côté révolté, c'est le caractère rectiligne de sa trajectoire qui fascine, alors même que la plupart des gens passent leur vie à louvoyer. Renaud est droit, au sens balistique du terme. Alors qu'il vient d'interpréter le Déserteur, il demande au public de Périgueux: "Ça va, pas trop démodée cette chanson?" Réponse: "Noooonnn!" Après un début de spectacle composé de vieux titres arrive le moment charnière, savamment mis en scène. "Il fait uùe chaleur caniculaire sous ces projecteurs, dit l'artiste, en balayant ses cheveux d'un geste presque féminin. Vous permettez, je vais tomber la chemise, ou plutôt le sonblou. Promis, vous rigolez pas! Je vous connais, vous allez rigoler; tous les soirs, ils rigolent." Le chanteur retire son Perfecto avec la lenteur d'un saurien et le jeune Julien ouvre la bouche: "Putain, qu'est-ce qu'il a grossi! " Moment de dévoilement douloureux et merveilleux à la fois, durant lequel Renaud passe du statut d'icône filiforme à celui de quadragénaire bedonnant. Maintenant, il peut poursuivre. "J'ai une bonne nouvelle et une mauvaise, dit-il. La bonne, c'est que ça y est: j'ai fini mon prochain disque. La mauvaise, c'est que c'est un quarante-cinq tours." Renaud s'étouffe de rire et ajoute: "Y a que deux chansons. La première est une chanson d'amour à se flinguer. Je ne vous dirai pas si c'est de la pure fiction, comme il m'arrive d'en faire parfois, ou de l’autobiographie, comme j'en fais souvent" Boucan d'enfer évoque sa rupture: "On reconnaît le bonheur, paraît-il, au bruit qu'il fait quand il s'en va. C'était pas le dernier des imbéciles celui qui a dit ça. Le mien s'en est allé hier après vingt berges dessous mon toit. Ça a fait un boucan d'enfer." Le second titre, intitulé Elle a vu le loup, est destiné à sa fille Lolita. Renaud y aborde la délicate question du dépucelage. A l'heure où l'on s'extasie devant l'autofiction, genre littéraire popularisé, entre autres par Christine Angot, Renaud semble en être un proche parent: il offre le spectacle à peine scénarisé de lui-même en train de se reconstruire. Pour évacuer Sa douleur, il la dévoile. Et, a l'extrême politesse de réserver ses scoops intimes à son public plutôt qu'à la presse. "C'est quelqu'un qui m'aide à vivre. Il a une manière simple et personnelle de chanter les problèmes qui touchent tout le monde ", remarque un spectateur. Lorsque le chanteur sort, après avoir signé quelques autographes, il s'engouffre dans un Renault Espace. Un voix crie: "On t'aime! " Le chanteur, fatigué, répond: " Ouais, mais c'est pas une raison pour avoir mon nom sur un bout de papier." C'est la morale de cette histoire, j'la trouve bien. Pas vous ? Ah, bon.  N.S.     Bio 1952. Naissance de Renaud Séchan dans le 14' arrondissement de Paris. Le père est professeur d'allemand et auteur de roman policier. La mère, fille de mineur dans les charbonnage du Nord, a travaillé à l'usine. 1968. Renaud occupe la Sorbonne avec ses amis anarchistes et interprète a la guitare l'une de ses premières chansons, Crève salope -1970-1975.Quelques petits rôles pour la télévision et mécanicien dans un magasin de motos. 1975. Première télé de Renaud, qui chante Société tu m'auras pas. 1980. Un mois de concert à Bobino. Le chanteur antibeauf devient populaire avec des chansons pleines d'humour - Marche à l'ombre, la Boum, It is not Because You are -et de véritables chroniques sociale - Boston, Dans mon HLM, Où c'est que j’ai mis mon flingue? 1981. Naissance de sa fille Lolita. 1984. Avec  " Morgane de toi", enregistré aux États Unis et vendu à plus de 1 million d'exemplaires, Renaud connaît la consécration. 1988. Donne le coup d'envoi de la candidature mitterrandienne (" Tonton, laisse pas béton"). 1989. Organise le sommet des pays pauvres à Paris ("Ça suffat comme ci"). 1985. Miss Maggie déclenche un mini-scandale outre-Manche. 1993. Renaud joue dans Germinal de Claude Berri. Comme au bon vieux temps. Même dégaine, même guitariste, Renaud reprend ses marques sur scène.  
    • Jean-Pierre Bucolo
Le Journal de Montréal
  • 16 octobre 1993, Premier rôle dans Germinal, Renaud au charbon > SAMEDI 16 OCTOBRE 1993, LE JOURNAL DE MONTREAL, PAGE We35 Premier rôle dans « Germinal » Renaud au charbon (- par le journaliste énervant...) Il avait des cheveux jaunes et n'avait pas mauvaise mine, le chanteur énervant. Maintenant l'visage pâle, qui épatait les galeries est allé au charbon s'enfariner la gueule, se noircir l'bout du blair dans un film de Berri. L'avait dit, y a dix ans dans une chanson pas bête : « Vingt ans au charbon, c'est un peu minant. Pour goutter d'l'usine y s'est fait parigot. Dans son bleu d'travail y m'faisait rêver. Faut dire qu'j'étais jeune, j'savais pas encore. J'pensais que l'turbin c'était un bienfait. Bienfait pour ma gueule, surtout c'est la mort. » C'est Gainsbourg qui l'a dit, la chanson c't'un art mineur destiné aux mineurs. Alors Renaud l'a pris au mot, et s'est fait charbonnier dans le rôle de l'Emile Lantier. C't'un roman de Zola qui l'a emmené là-bas dans le nord de la France, sous des tonnes de carvi, sous des montagnes de gravats. Y voulait pas le chanteur jouer à faire l'acteur, s'est même fait tirer un peu les dents, mais l'occasion était belle de r'nouer avec le métier, le métier qu'il avait pratiqué quand il avait pas quatre ans. C'était dans un film de son oncl'Edmond, Edmond Séchan c'est son blaze, et celui de Renaud ; le film s'appelait « Ballon rouge », et ça lui avait donné vraiment l'goût. L'gout d'faire du cinoche l'a traîné jusqu'à ce qu'il fête ses 20 piges. Puis Renaud a chanté ses rengaines pendant un autr' vingt ans... Alors le marchand de cailloux s'est fait marchand de charbon. Son rôle dans Germinal, c'pas trop banal : c'est l'histoire d'un mec, un mec pas mal instruit, y doit haranguer les foules, inciter les mineurs à briser les patrons, les cons ! Le combat de Lantier En interviouve, Renaud cause pas comme ses chansons ; c'pas ma faute si c'pas tout à fait pareillement l'même son... « Le combat des gars comme Lantier n'a pas été vain. Les premières grèves, même réprimées dans le sang, ont été utiles. Et pourtant, on ne peut faire qu'un constat d'échec : il y a plus d'esclave aujourd'hui dans le monde qu'à l'époque où l'esclavagisme a été aboli. Il faut voir aussi que les conditions de travail des mineurs de Germinal sont encore celles d'aujourd'hui pour les mineurs de Bolivie, de Roumanie ou d'Afrique du Sud, où il y a plus d'un millier de morts par année dans les galeries. » Le tango de l'révolte, Renaud y connaît très bien ça. A 16 ans, y collait des affiches pour les maoïstes chinois. Aujourd'hui sur son blouson, y a la gueule de Che, du Che Guevara ; ça va de soi... « Quand on lutte pas, on perd à tous les coups. Ce que j'ai ressenti comme une injustice, ce n'est pas l'échec du communisme, mais le fait que les pays de l'Est on dévoyé des idées magnifiques. Après le consensus a été que l'avenir résidait logiquement dans le libéralisme. On voit ce que ça donne avec des pays qui n'y sont pas préparés : la Pologne, par exemple. » C'qui est injuste, c'est que la Doudou, dans son auto-tamponneuse elle s'en fout. Et Renaud s'dit parfois, qu'il aurait dû rester dans l'parti des oiseaux... La galère, c'est duraille... Renaud, quand y chante, il est vach'ment fort, c'est lui le Boss, le Springsteen d'l'Hexagone, et y s'lève un peu tard. Mais voilà au cinoche y avait un pompe-la-sueur pour le faire bosser, c'est pas le pied ! Le chanteur, il a trouvé ça pas mal dur, il a dit Germinal, c'est Germinator, il a rajouté Claude Berri c'est Saddam. Là y a eu tort... « Je m'étais tellement trouvé mauvais lorsque je me suis vu pour la première fois que je me suis dit : je vais prémunir contre d'éventuelles critiques en portant le blâme sur Berri, en rappelant que je n'avais pas à l'origine, voulu faire ce film. C'était maladroit et presque malhonnête. Cela dit, il y a eu beaucoup d'exagération. » De fait, Renaud dans le rôle de Lantier, il est pas mal, pas mal entier... Bien sûr, quelques fois y a l'air de Thierry La Fronde qu'aurait son collant à l'envers, mais globalement il est vraiment très coulant. Cela dit, un tournage, c'est pas du mille-feuilles, Renaud en convient, y préfère ses beuglantes. Ça rime pas, c'est pas grave, la vie non plus. « C'est très chiant un tournage, je préfère six mois de tournée à six mois de tournage. Surtout qu'avec ce film, pour mes débuts, c'est comme si j'avais trois films dans un. Moi qui suis un fainéant, j'ai trouvé ça duraille. Dans la chanson, y a personne qui m'dirige et j'ai pas comme là, à assumer tout : le film, la polémique du sujet, Zola, Berri et moi. » Maintenant si y retourne à sa guitoune pour bêcher un aut'disque, dans un avenir prochain. Renaud dit pas non, de remettre ça pour Villon. C't`une idée de Berri. Y lui a dit : « Petit, tu d'vrais jouer la vie du poète-bandit ». C'pas certain, c't'assez loin, mais ça se pourrait bien qu'un jour ça accouche. J'en sais rien... Entre-temps, Renaud y vient d'faire un album. Un album de goualantes, des chansons vraiment du nord. Des chansons de mineurs, ça s'appelle Renaud cante el'Nord. C't'un drôle de titre c't'en patois, en chtimi, comme on dit en Picardie. « Ça raconte la vie quotidienne des mineurs dans les corons. C'est quand même rigolard que pour la première fois des chansons en patois squattent le Top-50 ». Y faisait beau ce jour-là, on r'gardait la fenêtre. Du côté de sa maison, là-bas dans l'Outremont. Renaud m'disait encore qu'y en voulait un peu, quand même, à Assouline, qu'y a écrit dans son bouquin qu'il avait accepté le rôle pour le piquer à Bruel. C'était une blague qu'y avait faite à la téloche du samedi, mais l'biographe avait pas trop bien compris. C'est dommage. (Cf.: Germinal, l'aventure d'un film, Pierre Assouline, Ed. Fayard). Ben voilà, faut qu'on s'quitte, l'interviouve est finie. C'est un peu comme le jour quand il succède à la nuit. C'est dommage.
Ouest-France
  • 4 décembre 1999, L'hommage aux gonzesses > Ouest-France 4-12-99 Bouguenais Renaud a chanté les « gonzesses » et les « pépettes » Le rebelle en concert au Piano'cktail L'hommage de Renaud aux « gonzesses » C'est parti pour une ronde de nuit sur les pas de « Willy brouillard », le flic de banlieue qui a une vie bien ordinaire, trop. Pas de quoi en faire une chanson. Pourtant, il l'a faite et lui l'a dédiée, Renaud le rebelle, l'allergique à l'uniforme, pas seulement celui qui a des galons et des boutons dorés, mais plus généralement, celui de la « connerie ». Et là, il en « sape un max...». Le ton est donné. Ceux qui croyaient que l'âge avait un peu flétri la révolte de l'adolescent fluet, en seront pour leurs frais. Le « Voyou » à la tignasse cendrée nourrit toujours la même hargne contre ceux qui maltraitent et font mourir les petits enfants à travers le monde, ceux qui les envoient au front « épingler » leur jeunesse, ou encore ceux qui promettent un paradis artificiel à « cette petite conne » morte avant 20 ans d'une overdose. Au cours de cette ballade initialement promise de 45 minutes, « syndicalement faut être réglo avec les potes musiciens » qui, au final, en fera le double, Renaud confesse des habitudes « d'enfoiré » au temps où il était supporter de foot et sa préférence affichée pour les femmes, à l'exception d'une infiniment plus « respectables » que les hommes.  Le chanteur accroché alors, à son absence de boutonnière, la fleur de la sensibilité pour rendre un bel hommage à toutes les « gonzesses et pépettes » et à une en particulier, centre de sa vie, « sa fifille » de 19 ans, la copine de « Marilou ». peut-être qu'elle est la seule et unique source d'inspiration aujourd'hui puisque l'auteur compositeur craint d'avoir épuisé la source de sa révolte et ne parvient pas à finir son onzième album. En dépit du talent de ses excellents musiciens : son « Titi » guitariste, Jean-Pierre Bucolo, le « Rital » avec lequel il partage dix-sept années de tendre complicité et le « jeunot », Alain Lanty, au piano. Aux hurlements et protestations de ses fans, qui ne voulaient pas entendre parler « d'une dernière tournée », il offre en primeur deux nouvelles chansons, et aux salves d'applaudissements pour retenir encore un peu « le grand frère », il répond humblement encore : « infiniment merci... » Nicole MEUNIER.
  • 5 mars 2000, Renaud, tes fans te laissent pas béton > Ouest-France, date inconnue LA PETITE GORGÉE Renaud, tes fans te laissent pas béton Depuis l'automne, il tourne en toute intimité. Un guitariste et un pianiste. Dans des petites salles, surtout dans des petites villes. Cela devait durer trois mois. Devant la demande, Renaud a signé pour un trimestre en plus. Rare pour un chanteur qui n'a pas de nouvel album « à vendre »... Mais qui a tant à proposer : près de vingt-cinq ans de tendresse et de révolte en chansons. Cette tournée ressemble à une thérapie. Ce n'est pas un secret. Renaud n'allait pas bien. « J'ai eu des soucis de création et de gonzesse », avoue-t-il pudiquement sur scène. Sa « gonzesse » s'est envolée. Son inspiration aussi. Le prochain album, il ironise à l'imaginer « pour 2015 si vous me posez la question ». Avant de reprendre : « J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c'est que le disque est quasiment fini. La mauvaise, c'est que c'est un 45 tours... » Deux chansons seulement en cinq ans et demi, « c'est pas terrible », admet-il lui-même. Mais Renaud va guérir, même si à Fougères, samedi dernier, il avait encore des valises sous les yeux et la voix éraillée par la clope. Renaud va guérir parce que toutes les salles où il passe affichent complet. Et la complicité est grande, surtout de la part de spectateurs d'une vingtaine d'année qui reprennent en cœur Manu ou encore cette Chanson pour Pierrot créée alors qu'il étaient à peine nés. Comme qui l'émotion se transmet d'une génération à l'autre. Digne héritier de Brassens, Renaud nous offre l'essentiel, ce qui nous touche. Dans cette tournée, le public le lui rend en applaudissement et en plaisir d'être là, tout à côté de lui. Ému, le chanteur apprécie, jusqu'à sortir comme une botte secrète, une nouvelle chanson, intitulée Elle a vu le loup. « Je l'ai écrite il y a trois ans. Elle était adressée à ma fille qui en a aujourd'hui 19. Je parle d'une copine à elle » Dans cette chanson, tout Renaud est encore là, en quelques mots. En quelques battements de cœur. Renaud, notre pote, notre frangin, nous tient chaud. Michel TROADEC. En concert à Mauron ce 11 mars ; Lorient le 4 avril ; Brest les 5 et 6 ; Les Herbiers le 7.
  • 2 avril 2000, La complainte de Renaud > Ouest France Dimanche du 2 avril 2000 La complainte de Renaud En tournée, après un long silence, pour une approche plus intimiste. A sa gauche, la guitare de Jean-Pierre Buccolo, dit Titi, son ami de toujours et, à sa droite, le piano d'Alain Lanty : au milieu Renaud. Trois sur scène pour retrouver la complicité et la communion avec le public, l'ambiance et le plaisir des salles des débuts. Et entendre autrement les textes : redécouvrir tant la poésie et la tendresse de Renaud que sa révolte dans les chansons engagées. A la fin de l'année passée, il était dans l'Est et le Nord de la France, hors des grandes villes. Dans les petites salles, les concerts affichaient tous complet : "Renaud est devenu une institution, explique Titi. Les places s'arrachent comme des petits pains. Et sont achetées par des personnes de tous âges." Lors de cette dernière tournée, les fans de la première heure somblaient déroutés par leur chanteur rebelle, qui donnait l'image d'un homme marqué par la souffrance. Même si l'émotion, intacte, et le courant passaient toujours très bien. Renaud parlait beaucoup de lui - ses amours perdus, l'alcool, ses difficultés actuelles à composer de nouvelles chansons - et explorait les facettes délicates, rêveuses et mélancoliques de son répertoire (La chanson à Pierrot, Cent ans, La ballade de Willy Brouillard ...). Bref, Renaud montrait son visage humain, proche des gens, toujours autant à l'écoute de la misère du monde... comme de la sienne. Evoquée, entre autres, par l'une des deux seules chansons qu'il a composées ces cinq dernières années : Boucan d'enfer. Un nouveau titre que évoque la déprime raide et la mort, présente comme "la chanson d'amour la plus triste du monde que j'ai jamais écrite" et une fois chantée, commentée avec une franchise désarmée : "je vous avais averti, c'est pas rigolo". Après plusieurs rappels (dontle très touchant Manu, et l'incontournable Mistral Gagnant en point final), c'est donc un public sous le coup de l'émoi qui saluait le départ du chanteur à la voix cassée. En s'interrogeant sur son avenir, à la question à quand le prochain album, Renaud avait répondu : "Dans un mois, dans un an, dans une vie" ... Pratique. En concert le mardi 5 et le mercredi 6 avril au Quartz, à Brest (29). Tarifs : 200F et 195F. Rens : 02 98 33 70 70. Lorient, palais des congrès, quai Mansion. Mardi 4, 20h30. Prix : 130F, 140F, 150F. Rens : 02 97 02 23 39.
Le Parisien
  • 14 décembre 1999, débusqué en tournée bgColor=#ffffff> Le Parisien du mardi 14 décembre 1999 RENAUD DÉBUSQUE EN TOURNÉE A homme discret, tournée discrète. Depuis la mi-novembre, Renaud a pris la route, sans tambour ni trompette... mais avec un piano et une guitare. Pas de presse, pas de promotion et pas de concert à paris. Entre fans, on se passe l'info. Il sera dans tel lieu, tel soir. Tant mieux pour ceux qui réussissent à avoir des places Mais nous avons décidé de tenter le coups. D'aller au spectacle déjà, puis de le faire parler. c'était vendredi soir à limoges "ça fait quelques années que je n'étais pas venu vous voir, limougeots et limougeotes" attaque le chanteur. "Quatre ans" réponds le public surchauffé. Au grand théatre, place Stanislas, on croise deux voire trois générations. les parents, qui se souviennent d' Héxagone (disque censuré à sa sortie au milieu des années soixante-dix) et leur enfants. Les ainés qui arborent une dégaine baba cool, ont dû être berçés par les "mistrals gagnants". Les benjamins, au look d'enfants sages, se sont sans doute contentés des anciens vinyles de leurs géniteurs. Le dernier disque de Renaud est sorti il y a 5 ans. Et, selon lui, le prochain n'est pas près de figurer dans les bacs. "J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous La bonne, c'est que je ma suis remis à écrire. La mauvaise, c'est que je n'ai que deux titres. De quoi faire un quarante-cinq tours". En jean et blouson noir, les cheveux toujours teints en blond et les cernes à fleur d'yeux, le titi gouailleur n'a pas changé. La voix embrumée par trois paquets de cigarettes quotidiens, Il prend le temps de parler --longtemps-- entre chacune de ses chansons et ponctue chaque fin d'interpr"tation par un "ça va ?". Les anciens titres suscitent toujours tant de réactions. Dès qu'il parle d"herbe qui rend moins con" ou de son dégout des militaires, la salle applaudit. Et c'est en délire quand il entonne quelques couplets d' " Héxagone". "Je n'ai rien de neuf à dire" Après plus de 2 heures, on aura enfin droit à ses 2 nouvelles composition : "boucan d'enfer" (une chanson sur la séparation avec sa femme) et "elle a vu le loup" (un clin d'oeil à une copine de sa fille, devenue femme). Et le spectacle continuera hors de la salle. on se rue sur la voiture du chanteur pour lui faire signer un autographe, lui crier qu'on l'aime, lui dire tout le bonheur qu'il donne ... Jusqu'à ce qu' un bras vigoureux et peu amène vous éloigne de l'idôle. Impossible de l'approcher. les ordres sont sans appel : Renaud ne veut pas d'interview. Ce n'est pas qu'il se cache. Juste qu'il estime n'avoir rien à dire. Il faudra le pister à travers Limoges, et, le lendemain midi, le surprendre au saut du lit. Dans le hall de l'hôtel, il apparaît fatigué, bougon. Méfaint. Pourquoi ? "je n'ai rien de neuf à dire, je ne veux ni radoter, ni faire faire des choses qui ne me plaisent pas". La politique ne le ferait-elle plus rire ? La politique politicienne ne m'intérresse pas et je ne trouve pas de thème nouveaux". Sur les routes en juillet On tente une autres question : "pourquoi ne venez vous pas à paris ? "Je n'ai pas de nouvel album, donc pas de promo à faire. Lorsque je serais prêt, je reviendrais avec une formation plus lourde que celle-ci. Et puis, j'aime tourner en province. Dans toutes les villes où je passe, c'est complet. Ils n'ont même pas le temps de coller les affiches. Je sais que j'y ai un public de 7 à 77 ans, ça me fait du bien. d'ailleurs, je serais encore sur la route en janvier, mars, avril, mai en France puis encore en juillet au Québec où je ne suis pas allé depuis 5 ans. Mon frère va souvent là bas, je sais qu'on m'attend". Ses deux musiciens le rappellentà l'ordre. Avec douceur, il glisse qu'il a "cent bornes à faire pour être à Perpignan le soir". On le laisse partir à regret. Renaud sait toujours être attachant.
Rockland
  • , n°2, réactions face à Françoise Hardy > L’interview de Françoise Hardy dans le numéro 2 de Rockland a suscité un feu d’artifice de réactions. Voici celle de Renaud, directement mis en cause dans les propos de françoise. Nous publions dans son intégralité la lettre qu’il lui adresse. Droit de réponse oblige… Question du magazine à françoise hardy : - quand vous parlez avec des chanteurs, ils doivent être étonnés de vous entendre ?réponse de FH :- évidemment, ils sont tous à gauche ! je me suis trouvée dans un dîner avec renaud. Il commence à traiter Léotard de merde, de salope… moi je ne peux pas ne pas réagir…. Moi je dis que l’ordure ce n’est pas Léotard, c’est Lang…il me répond : « de toute façon, je vomis les gens qui votent à droite ». Comme ça la discussion est close (elle rit). C’est extraordinaire que les gens de gauche! diffusent un discours de tolérance, d’anti-racisme alors qu’ils sont plus intolérant et plus racistes que la plupart. Droit de réponse de Renaud : Chère Françoise Hardy, A la suite du dîner où nous nous sommes retrouvés, il y a quelques mois, je pensais mon opinion de vous définitivement faite : l’imbécile.Après la publication de vos propos dans le numéro 2 de Rockland, je me dis que non, finalement, vous n’avez même pas l’excuse de l’imbécillité. Vous êtes une vraie réac’, méchante et stupide. Outre le fait que vous vous permettiez de relater en public une conversation tenue en privé, ce qui est impoli, vous déformez (à dessein ?) mes propos, ce que je ne saurais tolérer. Jamais, en effet, votre ami Léotard, dont vous êtes incapable de dire ce qu’il fit en deux ans pour la culture n’a été traité par moi de « merde » ou de « salope ». ce monsieur ne mérite à mes y! eux un tel excès d’indignité. Les qualificatifs de « nul » ou « d’enfoiré » me paraissent suffisants, et ce furent sûrement ceux-là que j’employai. C’est aussi me soupçonner de beaucoup d’intolérance que de prétendre que je « mois les gens qui votent à droite ». vomir le droite qui exploite, qui truande, qui expulse, qui assassine en Kanakie, suffit à mon indigestion.Je ne parlerai pas de votre conception de l’engagement politique chez les artistes. Lorsque ceux-ci en sont pas de « gauche », ‘simplificateurs », « exploiteur de l’apartheid », ils sont d’origine juive, ce qui semble constituer à vos yeux le sommet du manque de sincérité.Chère Françoise Hardy, vous dites que « passer son temps à dénoncer le racisme, ça peut finir par le provoquer », je ne passerai donc pas plus de temps à dénoncer votre connerie, de crainte d’en provoquer plus.Je regrette simplement que vous n’ayez pas le courage de dire haut et fort ce qui suinte de vos propos, à savoir que vous part! agez les mêmes valeurs que le gros blond, à quelques « détails » près peut-être….Veuillez agréer, chère Françoise Hardy, l’expression de mon mépris le plus total, au nom d’une intolérance dont je sais faire preuve lorsque les frontières de l’ignominie et de la calomnie sont dépassées. RenaudChanteur « saccageur, destructeur et moralisateur de la clique de gauche »
Le Soir
  • 2 décembre 1997, Une « tournée » surprise pour Renaud et Berri > "Le Soir" le 2 décembre 1997 Rubrique : Nouvelles locales - Hainaut Mardi Une " tournée " surprise pour Renaud et Berri Les habitués d'un petit café typiquement tournaisien ont eu la surprise, samedi soir, de voir le réalisateur Claude Berri, le chanteur Renaud et le comédien Jean-Roger Millo pousser la porte de leur établissement préféré et s'attabler au milieu d'eux, le temps de deux ou trois tournées. Il faut savoir que le trio, associé lors du tournage du film " Germinal ", en 1993, est à l'origine d'une association du même nom qui, depuis, oeuvre sur le terrain de la réinsertion socio-professionnelle dans le Nord-Pas-de-Calais : un geste que Claude Berri présente comme le juste retour de la part essentielle que les Nordistes prirent dans le formidable succès du film. Or, " Germinal Association " a récemment obtenu l'appui d'une brasserie de Saint-Amand-les-Eaux (F) qui lui ristourne une partie du produit de la vente de " La Germinal ", une bière qui rend à sa manière un autre hommage à la mémoire des mineurs nordistes. C'est par ce biais inattendu que Berri, Renaud et Millo se sont retrouvés dans ce bistrot tournaisien où l'on venait de mettre en perce le premier fût de " Germinal " écoulé sur le marché belge. L'ambiance était particulièrement conviviale et l'on put même voir Renaud s'essayer, avec un certain bonheur, aux subtilités du jeu de fer dont Tournai garde jalousement l'exclusivité mondiale... S. D.
  • 23 novembre 1994, Le temps qui passe > Magazine des arts et du divertissement - MAD Mercredi 23 novembre 1994 page 2/3 MUSIQUES DÈS QUE LE VENT SOUFFLERA... Le papa de Lola sent siffler à ses oreilles la balle du temps qui passe. Baissez-vous! PARIS De notre envoyé spécial La Closerie des Lilas, sur le boulevard Montparnasse, est la brasserie préférée de Renaud. Il habite dans le coin et c'est là qu'il tient ses quartiers, qu'il voit ses potes, qu'il discute de son nouvel album habillé d'une jolie boîte en fer blanc «de jadis». En prenant son temps. Quand on vient de Bruxelles pour lui tailler une bavette, ça vaut bien la peine d'avoir l'amabilité de ne pas regarder sa montre. Les journées promo ont beau être chargées quand on ne veut pas privilégier la presse parisienne, cela mérite bien «quatre-vingt-dix» minutes consacrées à parler de tout, en toute franchise, en éludant aucune question. Renaud, en interview comme dans la vie, l'a toujours jouée honnête, quitte à regretter plus tard d'avoir ouvert sa gueule à tort et à travers. Avec l'âge d'ailleurs, vient le temps des nuances et de la sagesse. THIERRY COLJON Comment es-tu sorti de «Germinal»? Es-tu toujours convaincu que tu n'es pas fait pour être acteur alors que dans l'ensemble, les critiques ont plutôt salué ta prestation? Je crois qu'il y a eu beaucoup d'indulgence parce que j'étais débutant. Je ne m'en suis pas trop mal tiré surtout que j'aurais pu être tellement pire. Mais je n'y ai pas pris goût, plus que jamais je dis que ce n'est pas mon métier. Le manque de réaction, le fait que je n'ai pas reçu depuis d'autres propositions, me prouve bien que dans le métier, je ne suis pas le bon cheval alors que durant tout le tournage Berry me disait: Après ça, tu feras bien attention de ne pas choisir n'importe quel rôle parce que tu vas voir, tu vas crouler sur les demandes, ça va tomber... Les scénarios, j'en ai reçu qu'un pour un télé-film. On m'a dit aussi qu'il fallait que les gens oublient que j'ai été Etienne Lantier parce qu'on ne me verrait que dans des rôles comme ça. Parlons-donc de cet album. Enregistré en trois semaines à la maison durant la Coupe du monde. Ça ne fait pas très sérieux, ça... Ce n'est pas que pour voir les matches de football que j'ai choisi de le faire chez moi. Disons que ça a été la cerise sur le gâteau. Il faut arrêter de faire croire au public que l'enregistrement d'un disque, c'est comme la Nasa ou une opération chirurgicale dont va dépendre la vie des gens. C'est quand même un plaisir et quelque chose qui se fait maintenant où, on veut, grâce à un matériel de plus en plus compact. Comme dans un hôtel pour Eicher ou les Négresses Vertes. J'avais en fait décidé de l'enregistrer en mai mais le temps que tout se mette en place, que je trouve les musiciens, qu'on fasse les répétitions, que je termine quelques chansons, on s'est retrouvé à commencer l'album le premier jour de la Coupe du monde. J'ai raté quelques matches quand même. Mais quand la Belgique jouait, je faisais l'aller-retour entre le salon-télé et le bureau-chanson. Dans la plage titulaire, tu parles d'ailleurs de Marseille et du PSG, dans «Mon amoureux», tu cites Lens et l'OM. Mais pas Tapie, tiens... J'ai toujours aimé l'OM et jamais Tapie et j'ai toujours fait la distinction tout en reconnaissant que Tapie a été dans une large part dans le succès de l'OM. Et pas seulement grâce à son pognon. Mais il m'a aussi quasiment dégoûté du football professionnel durant l'affaire OM-Valencienne. Mon amour du beau sport a heureusement repris le dessus. Tu chantes «à la Belle de Mai» avec l'accent marseillais. Après le chtimi du Nord, c'est au tour de ceux du Sud à qui tu veux faire plaisir? C'est vrai que ça peut paraître opportuniste mais c'est une parfaite coïncidence. Moi, j'ai toujours été intéressé par les langues, par toutes les composantes et traditions de la culture française, des peuples et du patrimoine. Comme j'ai été émerveillé par l'aventure nordique, de la même façon j'aime le Sud. Je vis quatre mois par an, durant les vacances scolaires, dans le sud de la France, à 70 kilomètres de Marseille. J'ai souvent l'occasion d'aller, pour des raisons sportives ou touristiques, dans cette ville qui me fascine. Je rencontre beaucoup de gens qui parlent cette langue riche, colorée, joyeuse et pleine d'images succulentes. Ça fait longtemps aussi que ça me travaillait d'essayer de me lancer dans cette espèce d'exercice de style, à parler cette langue qui n'est pas la mienne. On décèle à plusieurs endroits dans ce disque une certaine angoisse pour l'avenir, la peur des cheveux blancs malgré la méthode Coué qui te fait répéter que c'est pas grave, la nostalgie du temps passé. Comme si tu ne supportais pas l'idée de vieillir... L'angoisse est là depuis toujours. La nostalgie de l'enfance, c'est masochiste, je me repais de ça mais ça me fait plus de mal que de bien. Certains trouvent la sérénité là-dedans. Ce charme me fait souffrir car il n'est plus là. Un nouveau venu dans la famille, c'est Julien Clerc, à qui ton frère Thierry avait d'ailleurs déjà refilé le texte de «Fille du feu», et qui a donc signé ici trois compositions... Eux jouent au poker ensemble mais pas moi car je me fais chaque fois plumer comme un pigeon. On se connaît depuis longtemps, on s'aime bien, mais sans se voir suffisamment pour se considérer mutuellement comme des amis. C'est un très rare bon copain du métier, quoi. Depuis quelques années, ma femme, qui aime bien mes musiques, désespère de me voir de moins en moins les faire moi-même et me reproche un peu la facilité que j'ai à prendre les premières venues que me soumettent mes musiciens ou des copains. Tant qu'à pas les faire toi-même, pourquoi tu ne les demandes pas à des pointures qui sont en plus tes copains dont le talent est reconnu depuis longtemps? Alors un jour, comme ça, j'en parle à Julien: C'est ma femme qui m'envoie, elle veut que je franchisse le pas, que je te demande si tu n'as pas dans un tiroir une vieille musique dont tu ne sais pas quoi faire... Je m'attendais à une réponse évasive et ça a été un enthousiasme immédiat. Je lui ai donc filé des textes. Une chanson très sentimentale finalement comme «Willy Brouillard» qui est flic, tu n'aurais jamais pu l'écrire il y a quinze ans, celle-là. Il faut du recul, de l'expérience, une certaine sagesse pour fuir les clichés et les slogans qui furent un peu les tiens? Ceux qui se sont arrêtés à mes chansons d'il y a quinze ans risquent d'être un peu déroutés. Il chante les flics après avoir chanté tout ce temps les voyous, vont pas comprendre. Un copain avocat m'a parlé de ses démêlés avec un certain Willy Brouillard qui était un vrai voyou et pas un flic. Ce petit délinquant, je trouvais qu'il avait un nom de bandes dessinées, c'était Gérard Lambert. Ça me paraissait trop évident donc j'en ai fait un flic mais il existe Willy Brouillard, je ne sais ce qu'il est devenu, rangé des voitures, en taule ou mort. Ça me paraissait amusant de prendre le contrepied et de parler de la vie d'un flic de banlieue, de s'intéresser à l'individu. On peut toujours lui trouver des excuses. Quand je dis «les flics sont tous des enfoirés», je généralise. Mais il y en a peut-être en civil à mes concerts. Je préférerais tout de même que Pasqua ne dise pas qu'il aime la chanson car, de naturel soupe au lait, cela me déstabiliserait totalement. Par contre, dans «La Médaille», tu restes caricatural en disant que les maréchaux sont tous des assassins... Là oui, c'est sans nuances. Autant la fonction du flic peut être utile, en empêchant les enfants de se faire écraser dans la rue, les petites vieilles de se faire piquer leur sac à main et faire régner un semblant d'harmonie entre les hommes dans cette société dite civilisée, autant les militaires sont inutiles en tant de paix et assassins en tant de guerre. Leur fonction est de tuer. Fussent-ils dans le bon camp. Ce n'est pas aussi simple. Même s'il s'agit de défendre la démocratie contre les barbares, en portant une arme à feu on se conduit trop souvent comme ceux d'en face. En plus, dans la chanson, je m'attaque aux gradés et pas aux simples troufions auxquels on ne demande pas leur avis. Les généraux meurent rarement à la guerre et plus souvent dans leur lit. Tu t'entends bien avec Bruel aussi... J'ai des rapports très confus avec Bruel. J'aime l'individu, j'aimais bien son premier album, j'ai été dérouté et énervé par son succès phénoménal, c'est logique, les médias l'ont été aussi, ils le lui ont même fait payer et encore maintenant. Moi, je suis assez attristé par ce qui lui arrive aujourd'hui parce que j'ai connu ça aussi. Mais j'aime bien le bonhomme même si je lui trouve quelques défauts. C'est un type chaleureux, humain, généreux... Et lui a admis que je ne suis pas le gardien de mon frère qui a écrit des trucs durs sur lui. Il y a quatre ans dans «Tonton», tu annonçais déjà la disgrâce dont est aujourd'hui victime François Mitterrand avec, entre autres, les révélations sur sa jeunesse... Il y a des années, je me souviens de «L'Idiot international» où, Jean-Edern Hallier vitupérait sur Mitterrand, sur sa vie privée, ses amours clandestines et ses relations avec René Bousquet. Je l'ai toujours su. Ça me gênait un peu mais peut-on me reprocher d'aimer trop les gens? On peut mais tant pis. Je pêche par excès de générosité et les autres par volonté de juger, de condamner. Tu dis aussi qu'il y a pire que d'avoir des cheveux blancs, c'est voter socialiste. Tu le feras pourtant l'an prochain pour Jacques Delors que tu trouves trop consensuel... Oui, quel enthousiasme aujourd'hui pour un môme de vingt ans que d'être obligé de voter Delors pour ne pas voir élire les autres. Je vais le faire mais c'est désespérant. Les socialistes, c'est catastrophique. Je n'ai plus l'impression de voter pour un homme de gauche et un homme que j'aime, ce qui avait été le cas pour Mitterrand en 81 et 88. Cette espèce de social-démocrate chrétien, centriste, mou, gardez-le à Bruxelles. Le spectacle lamentable offert en public par Chirac et Balladur, ça te fait plaisir, non? Ça fait beaucoup sourire, tout comme les affaires à droite sont jouissives. En même temps, ce qui est triste et scandaleux, c'est que ça occulte les vrais problèmes, il n'y a plus de débat. Tu devais écrire des chansons pour Emmanuelle Béart... C'est vrai que la pauvre, elle attend toujours mais je crois que, fatiguée d'attendre, elle a demandé entre-temps à Maxime Le Forestier qui lui a écrit une très belle chanson, il me l'a fait écouter. Car non seulement, j'ai travaillé avec Julien Clerc mais aussi avec Maxime sur une chanson qui n'a pas été retenue pour cet album. Ta muse préférée reste ta fille Lolita qui a 14 ans maintenant. Dans «Mon amoureux», tu angoisses déjà à l'idée qu'elle ramène à la maison un petit gars qui te déplaise... Au point que j'ai écrit une chanson d'une mauvaise foi absolue. C'est totalement totalitaire. Cela dit je ne suis pas pressé de la voir amoureuse et tout ça car ce sera à coup sûr synonyme de souffrances pour elle. L'adolescence est plutôt une époque de chagrins d'amour successifs. Dans ces cas-là, les parents ne peuvent rien faire. Elle est souvent à travers mes chansons. Elle est depuis toujours ma muse. Elle est un peu le fil conducteur de ma carrière. Je l'ai chantée avant qu'elle naisse dans «Pierrot», quand elle était en devenir dans «En cloque», à sa naissance dans «Morgane de toi» et «Mistral gagnant». à 6 ans quand elle a voulu nous quitter après une engueulade, dans «Il pleut»... Des fois, j'abuse un peu d'ailleurs, je parle pour elle, ce qui est un abus de pouvoir. Elle me dit des trucs qu'elle n'a pas nécessairement envie d'entendre à la radio. Faire chanteuse, ça ne l'intéresse pas, ceci dit. Elle a toujours eu un peu peur de l'amour des gens pour moi. Elle sait que je râle souvent contre ce métier. Et en même temps, quand elle me voit sur scène, elle sait que je fais le plus beau métier du monde. Si j'étais sculpteur - anecdote au passage, je le suis - , je ne ferais que son buste, si j'étais peintre, je la peindrais cent fois. Tu parles toujours d'un roman, tu sculptes, ça sent déjà un peu la pré-retraite, non? Non mais je commence à me dire que je ne vais pas faire ça jusqu'à l'âge de Léo Ferré, faudra bien que ça s'arrête un jour. De toute façon, j'envisage d'espacer mes disques. Déjà maintenant, je me produis infiniment moins sur scène que je ne voudrais ou ne pourrais. Gainsbourg a regretté jusqu'à la fin de sa vie d'avoir arrêté la peinture. Moi je me dis: plutôt que de regretter, autant en faire. La sculpture, ça fait deux ans que j'en fais, c'est en fait du modelage de terre cuite dont je fais un bronze, j'envisage une expo dès que j'aurai assez de matériel. J'ai d'ailleurs déjà une pièce exposée impasse Florimont, une plaque commémorative avec un bas-relief de Brassens sur la façade de la maison où, il a longtemps vécu. La peinture, j'ai essayé aussi, mais je crois que j'ai plus de disposition pour le modelage. Je suis encore des cours toutes les semaines... L'album de Renaud, " À la belle de mai " (Virgin) sort ce week-end.
  • 25 octobre 1995, Après les compils, avant l'intégrale > Dans le supplément culturel du journal "Le Soir" (25 octobre 1995)... Magazine des arts et du divertissement - MAD Mercredi 25 octobre 1995 page 36 RENAUD, LA SUITE Puisqu'il nous vient en concert, reprenons la conversation. Après les compils, avant l'intégrale A la sortie de son album " À la belle de mai ", Renaud nous avait reçu dans son café de Montparnasse préféré. On avait gardé pour la fine bouche de quoi l'accueillir dignement avant son concert à Forest-National. Mais l'actualité ne manque de toute façon pas avec celui qui, après les deux compils " Le Meilleur of ", annonce pour les fêtes de fin d'année l'intégrale incrustée dans un distributeur de boules. D'ici là, retaillons une bavette avec lui... THIERRY COLJON Ton frère Thierry (Séchan) peut se montrer encore plus méchant que toi avec ses livres " Nos amis les chanteurs ". D'où cela vient-il ? De vos parents ?... Je ne sais pas. Je peux difficilement parler pour lui, mais dussé-je en souffrir - et Dieu sait si j'en souffre - je suis parti du principe que je ne veux pas plaire à tout le monde et que, pour défendre mes idées, je suis prêt à me fâcher ou à être mal vu ou haï par une partie de la population, des médias, des hommes politiques... alors que la majorité des artistes veut plaire à tout le monde. Sans quoi je serais le plus consensuel et anodin possible... Je défends plus souvent des opinions qui divisent que celles qui rassemblent. En faisant " Tonton, laisse pas béton ", je savais que je me mettais à dos 50 % des électeurs. Tu pêches toujours autant? Moins qu'avant, car, comme définitivement, ce qui me passionne le plus c'est la truite pêchée à la mouche, c'est surtout l'été. Tu as beaucoup de copains dans le milieu du show-business, t'aimes bien te trouver avec eux, même en télé pour une bonne cause ?... Non, pas du tout. Je suis tellement mal à l'aise. Je suis paranoïaque à un point où c'est pas permis. J'ai toujours l'impression qu'ils ne m'aiment pas, qu'ils font semblant, qu'ils pensent que je suis un très mauvais chanteur... Non, non, moins je les vois, mieux je me porte. Je préfère passer un tête-à-tête d'une demi-heure avec Cabrel dans sa loge ou boire un verre avec Julien Clerc, avec notre femme. Mais quand je suis dans des lieux où ils sont tous là, avec leurs attachés de presse, les photographes... j'ai envie de me barrer en courant. Les bonnes causes, c'est incontournable. Mon absence serait considérée comme une fuite ou un manque de générosité. Faut pas se leurrer : on ne fait pas ce genre d'émissions par réel souci d'aider. On finit par banaliser la misère, on se pâme quand il y a une opération montée par les Restos du coeur et, du coup, on ne se scandalise plus du fait qu'il y ait des sans-logis. Je me suis toujours méfié des causes qui rassemblent, qui donnent bonne conscience aux gens. Même si les restos et les autres, c'est efficace. Te considères-tu comme un chanteur démodé ? Oui, je risque de l'être encore longtemps. Ma façon d'écrire, de structurer est désuète. " Lolito Lolita ", c'est presque une chanson des années 50-70. Toute la mouvance alternative qui me chiait dessus il y a quinze ans quand je chantais Bruand et Fréhel à l'époque où ils faisaient du hard-punk, ils se mettent à faire du bal-musette avec l'accordéon. Les Garçons bouchers en l'occurrence. Un souvenir à l'heure des compils : d'où vient l'expression " Morgane de toi " ? Moi, je l'ai appris d'une fille qui me parlait de son mec en me disant : Je suis morgane de lui, amoureuse de lui. Elle m'a dit que c'était une expression manouche. L'argot des Gitans, quoi. Je l'ai lu dans un dictionnaire d'argot : morganer, c'est manger. Donc, je te mords, je te dévore. Je suis mordu de toi. Sinon, il y a la fée et le pirate, le capitaine Morgan. La pub a repris l'expression, et ça commence à m'énerver car plein de gens pensent que j'ai vendu les droits et que je touche. J'aurais dû. Tant qu'à faire... Tu viens toujours aussi souvent à Bruxelles ? Moins qu'avant. J'allais dans quelques librairies BD spécialisées qui m'ont en partie ruiné. J'y vais moins, surtout parce que ma fille a un calendrier scolaire chargé, elle bosse même le samedi matin... Renaud sera à Forest-National le samedi 4 novembre. Infos : 02-347.03.55.
TV
  • 19 novembre 1994, entrevue à propos de Sevran > Interview de Renaud à propos de Sevran Télévision Samedi 19 novembre 1994 page 13 ZOOM AVANT SUR... RENAUD Il revient... "tatatin"! Comme Renaud nous aime bien, il nous a offert en avant-première belge l'interview qui fera l'objet d'un grand entretien dans le prochain "MAD" (23-11-94). Comme on vous aime bien, en voici un avant-goût. Son nouvel album s'appelle "À la Belle de Mai" et il sort le week-end prochain. Paraîtra mercredi, dans le "MAD", la fort jolie interview qu'il nous a très gentiment acordée à la Closerie-des-Lilas, sa brasserie préférée. Comme ça a duré longtemps, il y a de quoi en faire un feuilleton à plusieurs épisodes. Commençons donc dès à présent en levant un petit bout du voile. Ce disque, il l'a enregistré chez lui durant la Coupe du monde, c'est son pote accordéoniste Jean-Louis Roques qui l'a arrangé. Ce même Roques que lui a chouravé Cabrel pour sa tournée: Cabrel a compris à quel point Jean-Louis pouvait apporter quelque chose à un orchestre. C'est vrai que c'est ce qu'il a fait sur "Germinal" qui m'a définitivement décidé de lui donner l'importance qu'il mérite. Comme il sait que je n'envisage pas de tourner avant le printemps, il va terminer la tournée de Cabrel avant de me retrouver. Le problème, c'est si je dois faire des émissions de télévision en direct avec mes musiciens, je vais avoir du mal à l'avoir. Je lui reproche parfois un peu son manque d'ambition mais il est du sud et donc un peu lézard. Il pourrait faire comme Galliano tellement il est exceptionnel mais ça ne l'intéresse pas... Ce nouvel album, le dixième enregistré en studio, bénéficie d'une vaste campagne publicitaire: Je suis gâté, c'est vrai. J'ai la chance que les gens soient demandeurs, ce n'est pas moi qui dois supplier pour faire une émission de télévision, contrairement aux petits jeunes qui démarrent. Je peux me permettre de faire le choix. Et je suis effectivement soutenu par une firme de disque très dynamique. Je n'ai pas l'habitude de tresser des lauriers aux maisons de disque mais comme on a souvent tendance de penser quand ça marche que ce n'est jamais grâce à eux et quand ça marche pas, c'est toujours de leur faute, il est bon remettre les choses au point. Ici, ils sont d'une rare efficacité, ils bossent comme des fous, travaillent le soir et le week-end. C'est pas des fonctionnaires... Sa première télé, c'est à Pascal Sevran qu'il l'a offerte (à voir lundi sur France 2), ce qui risque d'étonner certains: C'est pour étonner aussi. Même s'il passe aussi beaucoup de chanteurs ringards. C'est un type qui m'a toujours accueilli avec une grande générosité, qui m'a toujours tressé des lauriers partout dès qu'il en avait l'occasion. Il m'a toujours invité dans ses émissions même si je les trouve parfois un peu kitsch, un peu rétro. C'est un type qui mérite plus que les sarcasmes et les lazzi auxquels il est soumis par les tenants de l'humour officiel. C'est un type qui aime vraiment la chanson et les artistes, qui les présente d'une façon digne et plutôt sympathique. Dans celle que j'ai faite, j'ai pu chanter huit chansons de l'album, c'est quand même rarissime. Ça compense un peu les petits défauts de l'émission. Ce disque, Renaud l'a fait plus vite que "Le Marchand de cailloux". En mars de cette année, il n'en était encore nulle part et n'envisageait pas de l'enregistrer avant le printemps 1995, voulant aussi se faire un peu oublier après "Germinal" qui a fait beaucoup parlé de lui. Puis tout à coup, c'est venu, les textes et les musiques se sont enchaîné. Et pour changer, sur une idée de sa femme, Renaud a demandé à Julien Clerc s'il voulait bien lui refiler l'une ou l'autre musique. "Juju" au grand coeur ne s'est pas fait prier et c'est trois chansons composées par ses soins qu'on retrouve sur ce "À la Belle de Mai" qui une fois de plus allie tendresse et coups de gueule. L'ombre de Lolita est toujours là, celle de l'âge qui passe aussi, la nostalgie du temps passé, du "sirop de la rue" et du "petit chat mort". Les flics ont pour une fois le beau rôle et les maréchaux gardent leur mauvais. La suite, vous la découvrirez en exclusivité mercredi prochain... THIERRY COLJON "La Chance aux chansons", lundi 21 novembre, 15 h 45, France 2...
VSD
  • 20 avril 2000, entrevue « Ma tournée c'est ma thérapie » > VSD n°1182, du 20 au 26 avril 2000 Interview exclusive RENAUD « Ma tournée c’est ma thérapie » Il avait disparu. Déprimé, séparé de la femme de sa vie et en panne d’inspiration, il retrouve le goût de vivre grâce à une tournée, sans pub ni médias. Pour « VSD », il s’est confié à son frère, l’écrivain Thierry Séchan. REPORTAGE PHOTO : J. PREBOIS Plus de 200 dates "confidentielles" Le 12 avril dernier a Cluzes, en répétition. Depuis trois ans, il ne donnait plus signe de vie. Sans doute pour mieux se livrer à son public. Entre deux chansons, Renaud parle de tout. De politique, de sa fille, de ses amis, des médias, mais aussi de ses tourments amoureux. Depuis six mois, Renaud chante partout en France. Sans promo et, surtout, sans nouvel album, il remplit les salles et refuse toute interview. Je l’ai suivi quelques jours en tournée et il a accepté de se confier à moi, son grand frère (écrivain et parolier, NDLR). Si tous les chanteurs pouvaient pratiquer le même « parler vrai »… UN PUBLIC D'INCONDITIONNELS L'affection est grande pour celui qui a fui les plateaux de télé. Thierry Séchan : On ne te voyait plus beaucoup depuis trois ans. Où étais-tu ? Renaud. Dans une brasserie parisienne, à m’étioler entre dix-neuf Ricard, douze antidépresseurs et quatorze anxiolytiques… Depuis octobre 1999, ton interminable tournée, c’est une thérapie ? R. Bien sûr que c’est une thérapie. J’étais au fond du trou, en mal d’amour, en mal de vivre, et mon ami Buccolo m’ a dit : « Tu veux de l’amour, tu veux de la vie ? Va en chercher auprès de ton public ! Il est là, toujours là ! Faisons une trentaine de concerts, ça te fera du bien ». Ca m’a fait du bien. Et on a décidé de continuer, encore et encore… Et la famille, comment ça va ? R. Ca va impec. Ma fille Lolita a bientôt 20 ans, elle est magnifique et tout ce qu’elle fait me rend fière d’elle. C’est le plus grand bonheur de ma vie, l’être que j’aime le plus au monde avec sa mère. Malheureusement, nous nous voyons moins souvent ces temps-ci, puisque je vis tout seul. « Boucan d’enfer », cette nouvelle chanson belle et brutale où tu évoques ta séparation d’avec Dominique, la femme de ta vie, tu ne la chantes plus sur scène. Pourquoi ? R. Parce qu’elle était trop impudique, que je m’y livrais trop. Je prêtais le flanc aux délires des journalistes sur ma vie privée, à leurs discours sur mes « déboires sentimentaux », toutes choses vraies ou fausses que je n’ai pas envie de voir étalées dans les journaux. Et puis c’était une chanson foncièrement injuste, égoïste, puisque je ne parlais que de mon chagrin, sans évoquer la tristesse de mon épouse, pour qui cette séparation fut aussi une grande blessure. Elle m’a dit ces mots si justes : « Toi, tu as le pouvoir de chanter ta douleur, de la voir apaisée par les applaudissements des gens qui t’aiment. Et moi, qu’est-ce que j’ai comme droit de réponse ? Et sur quelle épaule je m’appuie pour pleurer ? » Tu chantes depuis vingt-cinq ans. Tu en auras 48 le 11 mai prochain. Tu comptes chanter jusqu’à 100 ans ? R. Ben, oui… Parce que je ne sais pas faire grand-chose d’autre. Et puis, il faudrait que je sois un peu maso pour décider de me priver de cet amour démesuré que les gens me donnent chaque jour en échange de mes chansonnettes. Quand on ne s’aime pas beaucoup soi-même, c’est une façon de se supporter, ça aide à vivre. Les Victoires de la musique, qu’est-ce que tu en penses, toi qui fus si souvent nominé et une seule fois récompensé, pour un disque en ch’timi, « Renaud cante El’Nord » ? R. Eh oui ! J’ai été neuf fois nominé depuis 1986, et récompensé pour un album d’interprète alors que je suis avant tout un auteur – compositeur. Je me marre, mais c’est pas grave, puisque je considère que de tous les concours artistiques qui organisent des remises de trophées, la cérémonie des Victoires est la plus pitoyable. C’est crétin, prétentieux, mal foutu, parfois bidonné et toujours conformiste. En un mot, nul. Est-ce que tu as de vrais amis dans le show-business ? R. C’est un métier où on a plus de copains que d’amis. Je vois beaucoup David McNeil, Robert Charlebois, Julien Clerc… Ouais, ceux-là sont quasiment mes amis. Mais oserais-je leur téléphoner à 4 heures du matin en cas de problème, comme on le fais avec un véritable ami ? Je ne sais pas. Ah, j’allais oublier l’écrivain et parolier Etienne Roda-Gil, mon camarade de cantine, et puis mon guitariste Jean-Pierre Buccolo, bien sûr, le fidèle d’entre les fidèles. Le cinéma, c’est vraiment fini pour toi ? « Germinal », c’était pas si mal, et le film a été un succès. Alors ? R. Je n’ai jamais eu la moindre envie de continuer dans cette discipline qui n’est pas la mienne. D’abord parce que je ne pense pas avoir le talent nécessaire, et encore moins le feu sacré pour bien faire ce métier. Et puis, je dois avouer que, professionnellement et artistiquement, cette première expérience (la dernière aussi, je pense !) ne m’a rien apporté de satisfaisant. Un tournage, c’est une aventure collective dans laquelle, en tant qu’acteur, tu n’es qu’un maillon. Tout le monde bosse, et toi tu attends, tu glandes pendant des heures. Quand c’est ton tour d’y aller, que tu peux enfin te réaliser dans ce que tu crois savoir faire, c’est-à-dire exprimer des émotions, on te dit : « Fais pas comme ci, fais comme ça ! » Non, franchement, je préfère mille fois la chanson. TOUJOURS LE MÊME TRAC. Après vingt-cinq ans de carière, derrière les rideaux, l'inquiétude. L’humanitaire, le caritatif, comment vois-tu ça à l’aube du IIIe millénaire ? Encore cent ans de Restos du cœur ? R. La charité, c’est le contraire de la justice. Mais souvent, t’as pas le choix. Il y a des situations d’urgence où il faut agir, et donc passer par le « charity business » et son idéologie gluante de bons sentiments. Pour ma part, j’ai tellement donné, tellement participé à tellement de « bonnes causes » qu’aujourd’hui je suis un peu las, désabusé. Je ne participe plus qu’à l’aventure des Restos du cœur. Par fidélité à Coluche en grande partie, et puis parce que, quoiqu’on puisse dire, ça fait bouffer des centaines de milliers de personnes chaque jour, et ce, dans une relative dignité. À LA SORTIE DU CONCERT, Renaud, goût volontiers à la ferveur populaire. Et aux bousculades pour un autographe. Parlons de ton public. Vingt-cinq ans après tes débuts controversés, tu sembles aujourd’hui faire l’unanimité, à gauche comme à droite. Serais-tu devenu un chanteur consensuel, une institution nationale, un peu comme Georges Brassens ici ou Félix Leclerc au Québec ? R. « Consensuel », je n’aime pas ce mot. Je ne souhaite en aucun cas plaire à tout le monde. Mon répertoire est fondamentalement ancré à gauche et je pense que la majorité de mon public demeure de sensibilité de gauche. Mais si mes chansons d’amour ou mes chansons fantaisistes m’ont attiré un public plus large depuis une quinzaine d’années, je ne vois pas pourquoi je m’en plaindrais. De toute façon, c’est le genre de question à la con qu’il faut poser à un sociologue, pas à moi. UNE ÂME D'ENFANT. À 2 heures du mat', le chanteur joue au casino d'Annecy. Derrière, son frère Thierry et à sa gauche, le pianiste Alain Lanty. Politiquement, où en es-tu ? Toujours « anarcho-mitterrrandiste » ? R. Depuis que Mitterrand n’est plus là, la politique française ne m’amuse plus. Aucun projet ne m’enthousiasme, aucune personnalité politique ne me séduit. A part Elisabeth Guigou, que je trouve très belle. Depuis deux ou trois ans, tu sembles un peu déprimé. R. Déprimé, non, ce n’est pas vraiment le mot. Je suis juste un peu triste, un peu mélancolique, et puis nostalgique aussi. Je fais partie de ces gens qui n’ont jamais été très doués pour le bonheur. L’approche de la cinquantaine, les bouleversements dans ma vie conjugale, l’inspiration qui devient plus difficile, la disparition d’êtres chers, le « manque » que j’ai d’eux, de Georges Brassens à Serge Gainsbourg, de Coluche à Pierre Desproges, de Robert Doisneau à Tonton, et plus récemment d’Alphonse Boudard… Je trouve juste que la vie est dégueulasse, point final. As-tu déjà été tenté d’abandonner ? R. Jamais. Compte tenu de la quantité de nicotine que j’absorbe chaque jour, je pense que c’est la Seita (rires) qui, à mon grand regret, se chargera d’annoncer un jour mes adieux définitifs au music-hall et à la vie. Recueilli par Thierry Séchan » Concerts. Pas d’escale prévue à Paris Une tournée sans fin Commencée en octobre 1999, la tournée de Renaud s’achèvera en décembre 2000 après plus de deux cents concerts. Sans publicité ou presque, à travers la France, la Belgique, la Suisse et le Québec, il rassemble des milliers de fans grâce au bouche-à-oreille. Renaud, étrange personnage solitaire et solidaire, bavard et taciturne, vieux sage désabusé et éternel enfant, s’émerveille toujours au souvenir des « Mistral gagnants ». Il préfère les petites salles de province et de banlieue aux mégaconcerts parisiens. « Je suis en panne d’inspiration, j’espère que la sève va revenir sur la route ». En attendant l’heure du concert, il joue au poker ou au « barbu » dans les loges, avec l’équipe. Puis, c’est la décompression dans un restaurant du coin, et enfin, le retour à l’hôtel. Et le lendemain, à midi, on the road again... Les dates de concerts sont disponibles sur
    • Jean-Pierre Bucolo
  • 15 mars 2000, les stars aident les jeunes > VSD n°1176 du 9 au 15 mars 2000 Chanson Les stars aident les jeunes+++ Renaud, M, Misia, Vé:ronique Sanson, William Sheller, Patricia Kaas... Lors du festival Chorus des Hauts-de-Seine, ces stars proposent à des jeunes de faire leur première partie. Pour découvrir les grands de demain. Jusqu'au 26-03. Tél. : 01.47.74.51.11.
Extraits de livres
  • ?-?-86, Stars Magazine 86 - les fans et Renaud > Stars magazine de 1986 Renaud parle de ses fans et de son rapport avec eux. "Je n'ai pas trop de rapport avec mes fans. Je peux encore me balader dans la rue , aller au bistrot, faire mes courses à peu près tranquillement sans être assailli. Les gens sont tellement étonné de me voir acheter un steak haché comme n'importe qui, qu'ils n'osent rien me dire et restent bouche bée. En revanche, j'ai l'occasion de rencontrer mes fans à la sortie des concerts. Nos rapports sont toujours rapides. Il est difficile de dire aux gens "je ne suis pas une star, j'suis un mec comme tout le monde". Il y a toujours l'image de vedette créée par les médias ! Dès que tu es en contact avec le public, tu brises une certaine magie. tu descends du piédestal sur lequel ils t'ont mis, il y a même un peu d'agressivité. Au lieu d'avoir des rapports sains, c'est toujours un peu l'interview. Cela dit, le public c'est mon pote à moi ! Le mec cherche une identification à l'artiste de son choix. Quand je vois un mec de quinze ans qui se fait tatouer ma tronche  sur le bras et qui, à cinquante ans, l'aura toujours, ça me fait peur. En revanche, quand je vois un mec avec un blouson de cuir noir et un foulard rouge sur sa moto tatouée d'un gros Renaud, ça me touche ; j'ai envie de lui taper sur l'épaule. Mais on ne fait pas ce métier sans être un peu mégalo, et sur scène, c'est une manière de dire : "regardez ce que je sais faire".
  • 1er mars 1986, Hyperstar - Fiasco URSS > texte sur son concert en URSS extrait de : HYPERSTAR   Biographie "Tout sur Renaud" "Renaud, de la zone au Zénith" Voir dans la bibliothèque  livre de 80 page entièrement consacré à Renaud écrit par Catherine Paris date imprécise, 1986 ou 87 FIASCO URSS  En souvenir du temps de la conscience communiste d'Oscar, son grand-père, et de ses amitiés juvéniles avec les "cocos" de 68, il accepte l'invitation des jeunesses communistes et se rend à Moscou pour y donner un concert en plein air au Park Gorki. Le stade est plein et le concert débute correctement jusqu'au moment où les rangs se vident alors qu'il chante "déserteur". Ce passage a été retransmis à la télévision une après-midi et nous avons pu assister à la colère extrême d'un Renaud qui jure de ne plus se faire manipuler par le parti qui avait prémédité ce boycott en invitant exclusivement ses membres.
    • Pays URSS
    • Concert à Moscou 1985

14 mai 2000

L'Illustré
  • 24 novembre 1999, Je vis une sale période BGCOLOR="#FFFFFF" LINK="#CC0000" VLINK="#003333" ALINK="#CC0000"> Webdo - L'Illustré No 47, 24 novembre 1999 RENAUD «Je vis une sale période» Il est désemparé, le poète des loubards. Voilà cinq ans qu'il n'a plus écrit une chanson et, comme si cela ne suffisait pas, son épouse Dominique l'a quitté après plus de vingt ans de vie commune. A l'issue de son concert à Yverdon, son unique prestation en Suisse, Renaud nous a confié son mal de vivre. Par Blaise Calame, (avec la collaboration d'Arnaud Bédat), photos Claude Gluntz 24 novembre 1999 A Yverdon, les billets pour son concert se sont arrachés en une journée. Mais ses fans ont constaté avec émotion que la souffrance et l'alcool ont fait leur oeuvre: vieilli, ravagé, le chanteur se raccroche à son public et à ses potes musiciens comme à une bouée, sans rien cacher de son mal-être. «J'ai eu des emmerdes... Ma nana s'est barrée, j'ai déconné: une vraie dépression», avoue Renaud d'une voix grave, le regard vitreux, lessivé après près de trois heures de concert. Un gobelet de pastis à la main, une cigarette au bec, il se laisse aller à quelques confidences, le dos appuyé contre la porte de sa loge. Il l'admet sans détour, quelque chose s'est brisé en lui depuis que Dominique, sa princesse, sa muse et la mère de sa fille Lolita, l'a quitté après plus de vingt ans de vie commune. Le Renaud volontaire et mordant tombe le cuir, sans chercher à dissimuler son mal-être derrière ses cheveux paille qui lui couvrent les yeux. «Ça n'allait plus du tout. Je me suis remis à boire, poursuit-il le regard rivé sur ses bottes. Mon problème, c'est l'alcool. Je vis une sale période.» Il y a un an encore, à 46 ans, Renaud avait toujours quelque chose de sa dégaine d'éternel adolescent. Le ressort du poète s'est cassé depuis. Sa gonzesse l'a planté et le voyou au coeur tendre est parti en chute libre. «Il déconnait complètement, confirme son guitariste et ami de toujours, Jean-Pierre Bucolo. C'était n'importe quoi. Je suis allé le voir et je lui ai dit: «Maintenant tu choisis: soit tu continues de jouer au con à refaire le monde au bistrot, soit tu viens avec nous.» Ses potes l'ont remis en selle pour une tournée d'essai à travers de petites villes. Un itinéraire de rodage en quelque sorte, marqué par une seule et unique date en Suisse, à Yverdon. Renaud a bien voulu nous faire quelques confidences, mais il réserve en principe ses états d'âme aux gens qui viennent l'écouter. «Je parle beaucoup sur scène, j'essaie de susciter des réactions. Ça vibre, ça grince, ça gronde: j'adore ça.» Avant chaque concert, pourtant, le même trac, la même angoisse le gagne. «Je bois un pastis pour me donner du courage. Le Ricard, c'est mon péché mignon. Je ne connais pas de meilleur antistress que celui-là, même si, à partir de six, ça devient critique», avoue-t-il en désignant son gobelet vide. Une douzaine de privilégiés, parmi lesquels le Bel Hubert, sont venus trinquer avec l'artiste dans les sous-sols enfumés de la Marive. Le poète et chanteur jurassien joue les barmans. «Comme sport, je fais bars parallèles» Sur scène comme dans ses albums, Renaud a toujours fait partager l'amour qu'il porte aux siens. Il y a vingt ans, il célébrait l'entrée de Dominique dans sa vie avec Ma gonzesse. A Yverdon, il ne fait pas autre chose: «J'ai une princesse de 19 ans. J'aurais bien voulu avoir un fils, pour jouer au foot, boire des bières, des pastis et fumer des trucs bizarres de temps en temps, mais la vie en a décidé autrement.» Renaud a besoin de parler à son public, de lui répondre aussi. Sur la scène de la Marive, mal à l'aise dans ses santiags, il lance: «Je suis toujours aussi maigre. Je mange peu, mais qu'est-ce que je bois!» Puis il insiste, en riant jaune: «J'ai arrêté la muscu. Maintenant, comme sport, je fais bars parallèles: je vais d'un coin à l'autre de la rue. Ou alors bars fixes!» Puis il entonne Manu dans un silence de cathédrale: «J'croyais qu'un mec en cuir Ça pouvait pas chialer J'pensais même que souffrir Ça pouvait pas t'arriver. (...) Eh, déconne pas Manu Ça sert à rien la haine Une gonzesse de perdue C'est dix copains qui r'viennent.» Une chanson déchirante et prémonitoire qu'il interprète sans fausse note, mais avec des bleus à l'âme. Manu, c'est lui, désormais... Durant près de trois heures, il se donne tout entier. Sans chanter toujours juste, mais le public s'en moque. «Je ne suis pas un chanteur à voix, genre Céline ou Fabian», fait-il remarquer. Son dernier disque, A la belle de mai, date déjà de 1994. «J'essaie d'écrire des trucs, assure-t-il, j'essaie vraiment, mais ça ne vient pas.» Il a beau se poster pour écrire à la Closerie des Lilas, son resto fétiche à Paris, ça ne prend pas. «C'est assez angoissant, même si je sais que je pourrais continuer encore un bout avec ce que j'ai déjà», observe-t-il laconiquement. Renaud n'est plus le Gavroche de la chanson française. Laisse béton, c'était il y a vingt-deux ans! «J'ai 47 piges», avoue-t-il légèrement inquiet. Renaud n'aura jamais envie d'être un ancien chanteur. Il a besoin de se renouveler. Dans l'impasse, il souffre. Les potes suisses à la rescousse Devant l'entrée de service de la Marive, un carré de fans obstinés bravent la bise glaciale en quêtant un mot, un geste de leur idole. «Ils ne sont pas très nombreux, mais ils sont encore trop!» Renaud est d'une timidité maladive. Il s'éclipsera par une autre porte. Le Bel Hubert amorce une énième tournée. «C'est mon fournisseur d'absinthe», plaisante Renaud en esquissant un sourire. En Suisse, le poète des loubards compte de vrais amis: Michel Bühler, Henri Dès dont les enfants sont venus l'écouter, et Sarcloret avec lequel on le disait brouillé. «Avec Sarclo, on s'est vu il y a un mois à Paris et on s'est expliqué, raconte-t-il. Ça s'est arrangé au Ricard, mais je lui ai quand même dit que son dernier album était de la merde...» Cette fois, Renaud peine à finir son verre. «C'est la mort, ton truc!» lance-t-il au Bel Hubert qui ne bronche pas. Il évoque enfin Pierre Desproges, dont il a lui-même choisi la tombe au Père-Lachaise, «face à celle de Chopin». «On n'était qu'une vingtaine à son enterrement, se souvient-il, ému. J'espère bien que ça sera pareil pour moi, avec juste les gens que j'aime et surtout ni journalistes ni photographes.»  
    • Sarcloret

12 mai 2000

Charlie-Hebdo
  • 7 mai 1996, VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER Est-ce que j'en revenira > Charlie Hebdo, le 07.05.96 VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER Est-ce que j'en revenira Mon avion fut le dernier à se poser sur l'aéroport de Denpasar bientôt aux mains des rebelles. Sur la piste défoncée, percée en mille endroits par les cratères des obus de mortier tirés depuis les collines, il rebondit violemment avant de s'immobiliser enfin en bout de piste, à quelques mètres d'un 747 en flammes. Je crus que j'allais être arraché de mon siège tant le freinage en catastrophe me projeta en avant. A mes côtés ma femme et mon enfant ne semblaient se soucier de rien, regardant à travers le hublot de l'Illiouchine et dissertant sur l'harmonieuse délicatesse des verts que la végétation tropicale offrait au voyageur. Je pensais, moi, au vert des treillis des militaires factieux qui venaient de renverser le régime en place, espérant bien ramener, si j'en sortais vivant, un reportage canon pour la presse libre à dix francs et, pourquoi pas, décrocher enfin le prix Albert-Londres que, grand reporter dans les marécages de ma vie quotidienne, envoyé spécial chez moi, je convoitais depuis si longtemps. Bien évidemment, à Paris, les évènements auxquels j'allais être confronté étaient tus, les médias à la botte de l'industrie du tourisme se gardant bien de relater le dramatique et meurtrier conflit qui se déroulait ici, préférant maintenir le vacancier moyen dans l'illusion que Bali était un petit éden ensoleillé à l'autre bout du monde. Mercredi. J'ai réussi à accompagner ma famille jusqu'à un petit hôtel tranquille dans un des derniers quartiers encore intacts, au bord de l'océan. Elle sera ici à l'abri des tirs de roquettes qui tombent sur le centre-ville, pourra profiter un peu du soleil, des palmiers, de la plage et de la douceur de vivre propre à ce genre de lieux. « Je vous quitte ici, les filles, le devoir m'appelle ! J'ai promis à mon rédac-chef un reportage sur la situation. Si dans huit jours je ne suis pas revenu, prévenez la police, l'ambassade et ma maison de disques. S'il m'arrivait malheur je veux qu'on m'enterre dans le XIVè arrondissement. Je fais don de mes bronches à la Seita, de mon foie à Kanterbrau et de tous mes biens à Force ouvrière – mais non, je rigole -, tenez bon, soyez courageuses, gaffe aux coups de soleil ! » Après ces adieux déchirants je me rends dans le quartier de Kuta pour rencontrer mon contact, M. Tchang, que j'affuble ici d'un pseudonyme pour préserver sa sécurité. M. Tchang est un dissident très connu ici, il y a deux ans il a passé vingt minutes dans un commissariat balinais – une histoire de feu rouge grillé – a été relâché faute de preuves, depuis il est constamment surveillé et ralentit à l'orange. Il a fait une partie de ses études en France et, malgré un léger accent chinois, parle notle langue coulamment. « J'ai ledoublé ma matelnelle et puis je suis levenu ici. Je connais tlès bien Challie Hebdo, je le lisais quand j'habitais en Flance : Udelzo, Helgé, Flanquin… Vous leul tlansmettlez mes amitiés… » Je lui demande alors que qu'il pense de la Flance et si elle est toujours pour lui la patrie des Droits de l'homme. « Ici, nous connaissons Chilac à cause des essais nucléailes et puis Le Pen que nous tlouvons tlès gland. – Le Pen très grand ? m'insurgé-je alors. – Non, non, tlès gland ! » me rassure-t-il. M. Tchang m'a accueilli chez lui, une petite cabane en bambous plantée au bord d'un terrain vague. C'est petit mais mignon, spartiate mais propre. Au mur une bibliothèque attire mon regard. Au milieu des poissons séchés et des os de poulet qui encombrent les étagères il y a un livre. Je le prends dans mes mains fébriles et commence à en tourner les pages, envahi par une émotion indescriptible : Principes de la combustion dans le moteur Diesel de Robert Lévy-Stroënberg. « Vous avec lu ce livle ? » me demande mon hôte. Je n'ai pas le temps de répondre que « non, mais j'ai vu le film » qu'il m'entreprend sur la littélatule flançaise : « J'avais tout Voltaile et tout Lousseau mais j'ai pléfélé m'en déballasser avant de les avoil lus. Ce sont des livles inteldits. N'oubliez pas qu'ici c'est une dictatule ! Faites tlès attention à vous, ne dites sultout à pelsonne que vous êtes joulnaliste. Si on vous demande, dites que vous êtes plombier-chauffagiste pal exemple. Maintenant il faut que je vous quitte, il selait dangeleux qu'on nous voie ensemble. Tenez, plenez cette mitlaillette, ces quelques glenades et ce bazooka, plenez aussi cette pilule de cianule et n'hésitez pas à vous en selvil si vous êtes captulé ! Pouvez-vous me donner votle montle en échange ? » En rentrant à mon hôtel, sous la mitraille et les obus qui tombaient sur mon taxi, je ne pus m'empêcher de songer à tout ce gâchis… Ce pays qui pourrait être un petit éden ensoleillé à l'autre bout du monde livré à la guerre civile, la corruption, les moustiques, quelle tristesse… Jeudi. Dehors il neige. La température est tombée dan la nuit à moins douze. Encore une information que vous ne risquez pas de trouver dans les catalogues Jet Tour ! Je me suis réveillé avec de la fièvre (quarante-huit degrés), un docteur est venu, j'ai attrapé le choléra et une forme très rare de lèpre. Mon corps est tout rouge sauf sous mon maillot de bain où tout semble normal… Je reste au lit et pense à ma Rolex perdue. Il faut que je sois guéri et en forme demain car j'ai rendez-vous avec le plus grand écrivain de Bali, M. Tchong, que j'affuble ici d'un pseudonyme par précaution, M. Tchong qui a passé plusieurs heures dans les prisons du pays à cause de son roman Noël à Strasbourg qui était, paraît-il, très mauvais. « Je vous attendlai devant le plessing plès de l'hôtel, m'a-t-il dit ce matin au téléphone, poul plus de séculité, je selai déguisé en culé. » Vendredi. Jour du poisson.
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    • Politique Jean-Marie Le Pen
  • 15 mai 1996, PLUS LOIN QUE LE BOUT DE L'ENFER Allô la FORPRONU, venez vite j'ai chopé un coup de soleil > Charlie Hebdo, le 15.05.96 PLUS LOIN QUE LE BOUT DE L'ENFER Allô la FORPRONU, venez vite j'ai chopé un coup de soleil Seconde partie de mon reportage dans l'enfer indonésien, cette semaine, grâce à mon sang-froid légendaire, j'échappe à la fin cruelle que les tueurs à mes trousses voudraient bien m'infliger afin de faire taire la voix de la vérité qui, par ma bouche, foule aux pieds la main de l'imposture qui voudrait nous faire prendre les vessies de la dictature pour les lanternes d'un petit éden ensoleillé à l'autre bout du monde. Samedi. Le missile Stinger passa à un millimètre de mon oreille droite, m'arracha au passage quelques-unes de mes magnifiques mèches brunes et alla exploser la vitrine du pressing dans mon dos. " Enfer et damnation ! On nous canarde ! Tous à terre, vite ! " m'écriai-je alors dans un souci légitime de repartie héroïque. Alors que je me jetais sous une voiture en stationnement, M. Tchong choisit de se cacher sous l'autobus 38. Il fut traîné sur plus de huit cent mètres, le corps enroulé dans l'essieu avant, ses intestins dessinant de jolies traces rouges sur le revêtement de la chaussée jusqu'à l'arrêt suivant. " En voilà un qui ne parlera plus.. " pensai-je avec un brun d'amertume. La situation, décidément, s'annonçait périlleuse. Il me fallait à tout prix rejoindre l'ambassade de France, décrocher d'urgence une escorte pour gagner l'aéroport, et filer au plus vite par le premier avion. Ce matin, j'ai découvert un micro habilement dissimulé derrière le lavabo de ma salle de bains, un autre sous mon lit, un troisième dans le combiné du téléphone, j'ai l'impression qu'on m'épie. Dimanche. Rien. (Penser à demander à la réception toasts et croissants pour le petit déj'.) Lundi. Il y avait un homme dns ma chambre cette nuit. Je n'ai pas fermé l'œil jusqu'à l'aube. En me penchant pour vérifier qu'une bombe n'avait pas été dissimulée sous mon lit j'ai vu la pointe de ses souliers qui dépassait de derrière les doubles rideaux. Je pouvais sentir son haleine fétide et le souffle rauque de sa respiration tandis que je me brossais les dents avec application au-dessus du lavabo sordide. Je découvris encore un micro posé bien en évidence sur le robinet d'eau froide, m'apprêtais à l'enduire de dentifrice afin de le neutraliser, quand je le vis détaler le long du mur. " Soit la micro technologie a fait des progrès considérables, soit ce micro est un cafard ! " pensai-je par-devers moi en gagnant mon lit. Je n'étais pas couché depuis cinq minutes qu'un bruit bizarre attira mon attention. " Tchiktchiktchik ! " Aussitôt après je sentis m'enrouler autour de ma jambe le corps sinueux et glacé d'un serpent à sonnettes. Je décidai de ne pas bouger d'un cheveu, retenant ma respiration jusqu'à m'en faire exploser la poitrine, attendant une minute qui me parut durer une éternité que le serpent fût sur mon oreiller puis, avec d'infinies précautions, en évitant le moindre geste brusque, je m'emparai de mon 357 Magnum sur ma table de nuit et lui fis sauter la cervelle (au serpent, pas à la table de nuit, vous aviez compris…). Lorsque, à travers les persiennes, l'aurore darda ses rayons pâlots sur mon humble petite cahute, je m'habillai rapidement, avalai d'un trait une bouteille de Southern Comfort et décidai de régler son compte à mon visiteur nocturne. Il avait bien évidemment disparu ! Le félon avait dû profiter d'un moment d'inattention de ma part pour prendre la poudre d'escampette. Je vérifiai que mes traveller's cheques étaient toujours dans la poche intérieure de ma gabardine. Dieu soit loué le scélérat n'y avait pas touché ! Je descendis dans la rue, encore jonchée de cadavres des émeutes nocturnes, enjambai le corps affreusement mutilé d'un jeune soldat de vingt ans à peine et pensai " quel gâchis !". De mon côté, ça n'allait pas beaucoup mieux. La lèpre que j'avais contractée continuait à me faire subir mille supplices, mon corps était de plus en plus rouge et des lambeaux entiers d'une fine pellicule de peau commençaient à tomber sur mes épaules. Je me dirigeai vers le ministère de l'Intérieur de Bali pour y déposer une pétition rédigée par mes soins et signée par un copain et moi, pétition qui demandait la libération d'un opposant politique très connu ici mais dont le nom ne vous dirait rien. Au ministère, on m'informa que ce monsieur venait justement d'être libéré et de prendre le pouvoir à la faveur des émeutes populaires de ces derniers jours. Je décidai rageusement a pétition et décidai d'aller rendre visite à M. Lee (pseudonyme…) dans la petite boutique qu'il occupait dans le quartier des affaires. M. Lee est un ancien artisan spécialisé dans la vente au détail de sachets de cacahuètes à l'aéroport. La crise économique étant passée par là il a dû renoncer à cette activité qui lui assurait une vie confortable et un revenu régulier et en est réduit aujourd'hui à enseigner la physique nucléaire à l'université de Denpasar, ce pour un salaire de misère étant donné son manque de diplômes et surtout de connaissances dans ce domaine. " Les cacahuètes c'était toute ma vie ! " me confie-t-il avec le désespoir tranquille de celui que l'économie de marché a brisé " mais l 'économie de malché m'a blisé ! " (Ah ! Vous voyez, j'invente rien, il dit comme moi !) " A l'aélopolt je vendais mes deux tlois sachets de cacahuètes pal joul, tout allait bien… En 95 quand ils ont plivatisé, ils ont mis un petit copain à eux dans le hall avec un beau stand et une belle pancalte "Cacahuètes", moi ils m'ont ploposé de m'installer sul les pistes. J'ai bien complis que c'était une façon de se déballasser de moi… " Tout en parlant, M. Lee finissait de réparer une fissure sur un cœur de réacteur nucléaire. Comme je m'en étonnais, il m'expliqua : " Je suis obligé de faile quelques tlavaux platiques à la maison sinon mes enfants n'aulont lien à manger… " Mardi et mercredi. Rien. (Penser à rapporter à Philippe un de ces merveilleux petits bouddhas sous globe de plastique qui se couvrent de neige lorsque tu les retournes.) Jeudi. Mon reportage s'achève, j'ai récupéré ma famille qui, elle aussi, a chopé la lèpre (une forme moins grave tout de même, ma femme a utilisé un remède de grand-mère appelé " écran total "), je vais regagner notre vieille Europe, laisser derrière moi des amis formidables, des gens qui aiment les livres, la musique, le football, je reviendrai un jour ici, je le sais, et je retrouverai ma montre.
  • 29 mai 1996, TOUS LES CHANTEURS SONT DES CRETINS Et je sais de quoi je parle > Charlie Hebdo le 29 Mai 1996 TOUS LES CHANTEURS SONT DES CRETINS1 Et je sais de quoi je parle J’ai chanté hier à Vitrolles. Vous connaissez ? C’est une petite commune des Bouches-du-Rhône près de Marseille où, aux dernières municipales, Bruno Mégret a failli l’emporter. Tapie, Kouchner et beaucoup d’autres s’étaient mobilisés pour alerter la population sur cette menace et pour prôner un vote massif contre le FN et ses idées nauséabondes. Même les handballeurs de l’OM-Vitrolles (c’est assez rare dans le monde du sport pour le signaler) s’étaient mobilisés pour témoigner de leur préférence pour une mairie républicaine plutôt que pour une kommandantur. Pendant que le candidat socialo l’emportait de justesse, à quelques bornes de là, Marignane, oubliée des sondages inquiétants, tombait avec Orange et Toulon aux mains du FN. Aujourd’hui Vitrolles n’est pas vraiment tiré d’affaire. L’élection du maire va probablement être invalidée – dépassement de budget de campagne – et le Mégret va, selon quelques sondages bien informés, emporter les prochaines municipales anticipées dans un fauteuil. A Vitrolles le maire socialo a fait construire le Stadium, une espèce de Zénith comme il en existe (et c’est tant mieux) de plus en plus dans la plupart des grandes villes de France. Moitié salle de sports, moitié salle de spectacle. Il y en a un tout beau tout neuf à Marseille, à deux pas, le Dôme, aussi beaucoup de Vitrollais ont considéré que la construction de ce pharaonique projet relevait plus de la mégalomanie personnelle que d’un vrai besoin pour la commune. L’ouvrage est, il est vrai, pour le moins impressionnant… Un cube de béton noir, monolithe de cent vingt mètres de côté sur quinze de haut, posé comme un vaisseau spatial sur une esplanade rase et désertique, au sommet d’une colline entourée d’oliviers, de chênes et de cyprès. En arrivant hier j’ai d’abord pensé que c’était le sarcophage de Tchernobyl et j’ai failli vomir. Puis, avec un peu de recul, comme j’aime bien l’art moderne, j’ai quand même trouvé ça très beau. Je sais toujours pas si c’est de l’art mais c’est quand même très moderne. Un peu plus tard j’ai croisé le maire, M. Anglade, sympathique, beau et bronzé (comme moi, quoi…) et on a papoté deux minutes. Comme il est assez rare que les élus viennent assister à mes concerts je serais gonflé de pas avouer que, lorsque cela arrive, ça me touche un petit peu. Les malheureux se font souvent conspuer et j’y suis pas toujours pour rien… En évitant délicatement de faire allusion à sa situation personnelle je lui fais part de mon inquiétude pour l’avenir de Vitrolles et l’assure de mon engagement aujourd’hui et demain contre le FN. Il me répond alors en me quittant : « C’est vrai qu’il y a un an, à cette époque, on était en danger ! » Je me suis dit : « Tiens, en voilà un qui doit penser que tous les chanteurs sont des crétins ou que, en tout cas, un saltimbanque ça lit pas les journaux. S’imagine que je parle des dernières municipales alors que j’évoque l’enjeu des prochaines (auxquelles il n’aura pas logiquement l’occasion de participer…). Mais, plus vraisemblablement, le malin fait semblant de ne pas comprendre que je suis au parfum de l’imminence de l’éjectabilité de son siège et me prend donc un peu pour un con. » Pendant le concert, j’ai pas mal balancé et, bien évidemment, je n’ai pas manqué cette fois d’expliquer la situation à qui l’ignorerait. Ca a pas dû plaire à notre élu que je n’ai pas revu en coulisses à la fin du concert, comme c’est la coutume, pour le serrage de louches, les propos convenus et la photo officielle pour le quotidien local. Que M. Anglade soit fâché avec moi, c’est vraiment pas un gros problème. Le plus inquiétant, c’est qu’apparemment, il est pas en trop bons termes non plus avec la vérité. 1. C’est le titre d’une chanson géniale du formidable Sarclo, le chanteur suisse qui assure actuellement la première partie de mes concerts.
  • 5 juin 1996, PREAVIS DE DEMISSION Marre qu'on me pince les fesses au bureau > Charlie Hebdo, le 05.06.96 PRÉAVIS DE DÉMISSION Marre qu’on me pince les fesses au bureau Je sortais de chez moi l’autre lundi, ma chronique hebdomadaire sous le bras pour l’aller porter au journal, quand un type m’aborde : « Salut, Renaud ! J’habite dans le coin, ça fait un moment que j’te croise, j’ai jamais osé t’aborder mais là, faut qu’j’te dise, tes papiers dans Charlie, franch’ment tu t’foules pas ! Y en a vraiment des pas terribles ! » Honnête, je lui réponds que je suis assez d’accord avec lui : des fois y sont pas terribles. Comme je m’y attendais il me reproche alors de pas assez balancer, dénoncer, ruer dans les brancards, m’indigner et ceci cela. Comme d’hab’ je réponds que tous mes potes du journal font ça très bien, mieux que moi, que j’éprouve la même colère, le même dégoût qu’eux et lui devant les dégueulasseries quotidiennes commises par nos contemporains ici et ailleurs mais que je ne me sens pas assez costaud et suis bien trop désabusé pour balancer chaque semaine un coup de gueule, de griffe, de pied, dans la crapuleuse fourmilière où le monde se décompose. « Je ne peux pas m’empêcher de traiter des sujets tout à fait anodins liés à ma vie quotidienne, juste pour le plaisir d ‘écrire, de raconter, de jouer avec les mots, les idées, les sentiments. J’essaie d’amener un peu de fantaisie, des fois je trouve le journal un peu minant… » J’ai beau rajouter que si beaucoup de lecteurs me témoignent leur attachement à ma prose hebdomadaire, je ne doute pas que d’autres détestent ça, que ni dans mes chansons, ni dans ma vie, ni à Charlie je n’ai jamais et la prétention ou même le désir de plaire à tout le monde, il n’a pas l’air convaincu. « Ouais mais quand même ! Des fois c’est vraiment chiant c’que tu racontes ! Pourquoi t’écris toutes les semaines si t’as rien à dire ? Pour l’argent ? » J’ai bien envie de lui répondre que oui, pour l’énerver, mais j’ai peur que ça l’énerve vraiment. « L’autre jour, ta chronique sur l’auto-stoppeuse qu’avait pas voulu monter dans ta bagnole, franchement… Nulle ! Pis d’abord, pourquoi tu roules en voiture japonaise ? Tu peux pas acheter français pour aider l’économie, non ? » Ah, d’accord, j’ai affaire à un communiste ! Il commence à m’agacer. Il a choisi un mauvais exemple, la chronique de l’auto-stoppeuse, justement, je l’aimais bien. Je décide de conclure, d’autant qu’il faut que j’y aille, je suis à la bourre. « Mais tu sais, si ça peut te faire plaisir, t’as plus longtemps à me supporter, fin juin, j’arrête. J’ai encore plein de concerts jusqu’à fin juillet, une cinquantaine d’autres en octobre-novembre-décembre, et j’ai envie de me remettre à l’écriture de mes chansonnettes. Ma présence à Charlie me vaut trop de courrier (sympa ou pas), y répondre me coûte deux ou trois jours par semaine, prise de tête incompatible avec le rienfoutisme nécessaire à l’inspiration chansonnière. » J’avais le vain espoir qu’il me dissuade un petit peu, qu’il me dise de continuer quand même bien ça, mais pas du tout. Il est parti en me redisant que, franchement, mes papiers ils étaient pas terribles.
  • 12 juin 1996, FUME, C'EST DU Libé ! Philip Morris a remplacé Jean-Paul Sartre > Charlie Hebdo, le 12.06.96 FUME, C’EST DU Libé ! Philip Morris a remplacé Jean-Paul Sartre... Je vais peut-être arrêter de fumer. Même si le lobby des antitabac me gonfle, même si je dois en baver pendant les trois quatre premiers jours et les dix ou quinze ans qui suivent. Juste pour énerver les marchands de clopes qui commencent à me les brouter sérieux. La campagne insensée qui fleurit actuellement en pleine page dans les quotidiens est franchement à gerber. Vous avez vu, non ? Ca se résume à : « Vous pouvez continuer à fumer, ça ne nuit pas à votre entourage, en tout cas, c’est pas dangereux pour la santé du fumeur passif, les médecins vous mentent et ceci cela. » Ma femme et moi on se consomme allègrement nos trois paquets de clopes par jour (à nous deux…) quand c’est pas quatre, un bon tiers de ces soixante à quatre-vingts clous de cercueils quotidiens étant allumés et fumés depuis bientôt seize ans en présence de notre Lolita. Même si M. Philip Morris, à coups de pages de pub à quinze briques l’unité 1 , arrive à me prouver que cette volontaire inhalation ne fut pas dangereuse pour les bronches passives de ma progéniture (ce qui reste à prouver), la puanteur de l’air pollué de tabac ainsi respiré par une enfant justifierait au moins que ce dealer de drogue, ce marchand de mort, ce sac à foutre d’industriel de la nicotine et du goudron ferme sa grande gueule. Au lieu de ça il nous écrit : « Beaucoup de gens sont persuadés que le fait d’être soumis à la fumée du tabac présente dans l’air est nocif (…) Nous disons que non. » Mais non, tête de nœud, t’as raison ! C’est un vrai régal ! Pour le nez, pour les yeux, pour les poumons, pour l’odeur sur les fringues, dans les cheveux, pour le joli jaune que tu remarques sur ton mur blanc quand tu décroches le tableau accroché là depuis trois mois ! Plus loin, Philip Ducon écrit : « Nous admettons que l’acte de fumer est un facteur à haut risque pour certaines maladies humaines et certaines personnes trouvent la présence de fumée de tabac dans l’air ambiant déplaisante et désagréable. » Arrêtons-nous une seconde sur l’enculatoire formulation : déjà, au lieu d’un « Il est évident », les soixante mille Français qui cassent leur pipe chaque année à cause du tabac n’arrivent à soutirer à M. Philip Morris qu’un timide « Nous admettons »… On dirait que ça lui arrache vraiment la gueule de reconnaître que le tabac tue gravement. « L’acte de fumer » aussi est intéressant : c’est pas les Marlboro, les Benson, les Rothmans, les Philip Morris du couillon du même nom qui sont dangereuses, c’est l’acte de fumer. Sous-entendu, le danger c’est nous, le vrai coupable aussi. (Il est vrai que, pour la came aussi, celle pas en vente libre, la police et la justice s’acharnent plus facilement sur les consommateurs que sur les gros dealers. Les marchands de tabac espèrent probablement se dédouaner de leur trafic en criminalisant le fumeur.) La suite est encore plus faux cul : « Facteur de risque pour certaines maladies… » Avec « facteur » déjà il minimise, avec « risque » il évoque une probabilité, pas une certitude, avec « certaines maladies » il noie le poisson dans la vague pour ne surtout pas prononcer les mots « cancer » ou « infarctus ». Mais le meilleur de la prose de Philip Mes-couilles c’est quand-même : « Certaines personnes trouvent la fumée du tabac dans l’air ambiant désagréable »! Il doit y avoir sur terre au moins trois milliards d’individus (sur cinq) qui ne fument pas et qui, à mon avis, trouvent désagréable de vivre dans une pièce, une bagnole, un lieu public enfumé, pour Philip Tête-pleine-d’eau, ça fait juste « certaines personnes ». On croit rêver non ? Le principe de ces pages de pub qui arrivent comme une contre-attaque dans la semaine qui suit la « journée sans tabac » c’est : « Nous on est pour le tabac, et surtout pour tout le monde : fumeurs et non-fumeurs ! » Les publicitaires nous démontrant à coups d’informations scientifiques hasardeuses que l’exposition à la fumée de tabac dans l’air ambiant ne représente pas statistiquement un risque plus élevé pour la santé que la consommation fréquente de poivre ou d’un biscuit par jour, consommation dont il est prouvé qu’elle est responsable de mortalité ou de maladies cardio-vasculaires. Et alors ? Tu crois qu’ils nous conseilleraient de diminuer aussi le poivre et les biscuits ? Penses-tu ! Les publicitaires de chez Philip Crétin auraient à promotionner le sang contaminé, la shooteuse usagée et la sexualité pas protégée, ils achèteraient des pages de pub pour dire : « Puisque le sida fait moins de victimes que le cancer arrêtons la capote ! » Perso ça m’emmerde déjà assez d’être esclave du tabac, si en plus je dois subir l’hypocrisie, l’arrogance, les mensonges et le cynisme d’un enculé de dealer multimilliardaire, j’arrête de fumer. C’est vrai, quoi ! Le mec qui te fourgue un gramme d’héro au coin de ta ZUP a au moins la délicatesse de pas te dire que c’est bon pour la santé ! 1

6 mai 2000

Charlie-Hebdo
  • 31 mars 1993, DES BISTROTS ET DES MORTS Quand la gauche trinque, je bois > Charlie Hebdo, le 31 mars 1993 « Renaud bille en tête DES BISTROTS ET DES MORTS Quand la gauche trinque, je bois C’était un vieux rade bien crade, comptoir en formica, grandes glaces écaillées derrière la banquette en plastoque rouge, flipper cow-boy années 60, peintures jaunasses, cabine de téléphone avec « TELEPH NE » en grosses lettres blanches émaillées sur verre dépoli, parterre genre assiettes cassées, chiottes à la turque au sous-sol, cinq guéridons en fonte Bakélite en terrasse aux beaux jours, chaises de plage en alu à larges lattes, tabac, œufs durs, paris-beurre,. Les tauliers étaient de braves gens, nous aimaient bien, nous faisait chroume, et fermaient un peu les yeux sur l’état dans lequel nous mettait la marijane que nous fumions, en ces temps-là où nous étions encore trop petits pour boire… A cent pas d’Assas, du lycée Montaigne, du collège Stanislas, de Notre-Dame de Sion et j’en oublie, le lieu voyait défiler des légions de fillettes. Nous ne les regardions pas toujours, perdus parfois que nous étions dans la contemplation d’une boule de flipper essayant désespérément de briser la glace qui l’emprisonnait dans les champignons électriques. Pendant près de dix ans, avec quelques potes, ce fut notre bistrot. Notre port d’attache, notre quai où, la tempête de 68 passée, notre adolescence s’échoua. De la douzaine que nous étions alors, deux sont morts plus tard en bécane, un en bagnole, un quatrième d’overdose, et un autre est en taule. Je revois parfois les survivants, de loin en loin, nous évoquons alors ensemble ce temps béni de nos vingt ans, et, du haut de nos quarante bien tassés, l’amertume a remplacé la nostalgie. J’ai déserté ce bistrot quand ils l’ont fermé pour travaux, en 1976. Lorsqu’il a rouvert, c’était un pub. Banquettes en skaï marron capitonné, moquette mauve aux murs, bar style 1900, cuivre et bois simili-précieux, appliques rococo, plus de flipper… Accompagnant ma fille à l’école, je passe régulièrement le matin devant ce vieux bistrot de Paris devenu pub universel. Hier, je m’y suis arrêté pour embrasser la patronne et me jeter quatorze cafés, peinard, dans un petit box comme tous les rades en font maintenant, histoire peut-être de diviser les clients pour mieux régner sur la caisse. Une toute jeune fille est venue me trouver pour me demander si je me souvenait de sa maman, que j’avais connue dans ces années-là. Au ton qu’elle employait, je crus qu’elle allait m’annoncer que sa mère était morte… « Bien sûr que je m’en rappelle ! répondis-je alors à la gamine. La dernière fois que je l’ai vue, elle élevait des moutons en Lozère… » « Oh oui, mais c’est loin, tout ça… Aujourd’hui, elle travaille dans l’informatique, en banlieue… » J’avais pas vraiment tout faux… Pas morte, mais blessée quand même… C’est une belle brasserie-restaurant de Montparnasse aussi, à quatre pas de ma maison, j’y déjeune parfois, près du bar, sous la photo de Hemingway. Sur de petites plaques en cuivre vissées dans le bois sombre des tables sont gravés les noms de morts illustres qui, dans le passé, vinrent s’abreuver ici. Parfois je me choisis la table d’Apollinaire, parfois, quand il y a trop de monde et que j’ai pas le choix, je me retrouve à celle de Lénine. Ca ne me dérange pas trop, j’espère que lui non plus. A l’opposé de la brasserie se trouve le restaurant. Changement de décor, nappes blanches, couverts en argent, bouquets de fleurs. Mais pas de noms de morts illustres gravés sur les tables, tables autour desquelles nombre de nos ministres socialistes venaient régulièrement s’asseoir depuis douze ans et jusqu’à dimanche dernier. Depuis le début de la semaine, ce sont d’autres illustres, pas vraiment morts mais beaucoup moins vivants que, par exemple, Apollinaire et Lénine, qui les ont remplacés. RENAUD »
    • Jeunesse de Renaud
    • Le Paris de Renaud
  • 1er novembre 1995, LA PETITE SARAH EST SAUVEE Pourvu qu'elle sorte du cachot avant la ménopause > Charlie Hebdo, le 01.11.95 LA PETITE SARAH EST SAUVEE Pourvu qu’elle sorte du cachot avant la ménopause Ouf ! La petite Sarah est sauvée. La vie est belle. Les journaux télé et papier peuvent remiser aux oubliettes la photo de la jeune fille et les commentaires indignés qui allaient avec. L’information était bouleversante, scandaleuse, émouvante, et l’indignation des journalistes peut-être même réelle. Lorsque l’injustice frappe un enfant du bout du monde, une petite esclave innocente, elle a au moins ceci de bon qu’elle fait grimper l’audimat. Quelques jours… La mobilisation de l’opinion publique a payé, Sarah ne sera pas décapitée, Sarah est donc sauvée, parlons d’autre chose, parlons football, tiens ! Sauvée Sarah ? Attendez, je crois que j’ai pas bien entendu… J’éteins ma télé, je reprends mon journal, oui, là aussi ça fait les gros titres : sauvée ! Sauvée la gamine de seize ans, immigrée, déracinée, privée de son pays, de sa famille, de son enfance, asservie, esclave, soumise, battue, humiliée, violée à l’âge de ma fille par un ignoble pétro-notable bouffi de machisme moyen-oriental ordinaire ? Sauvée l’enfant qui porte déjà en elle le traumatisme d’un viol subi et d’un meurtre commis ? Sauvée l’adolescence condamnée à la souffrance quotidienne, à la douleur éternelle dans un cachot des Emirats où elle sera demain maltraitée encore par ses gardes-chiourmes ? Arrêté le bras du bourreau, terminée la mobilisation internationale, éteinte l’indignation, ne restent aujourd’hui que la souffrance, la douleur indicible d’une petite fille déjà vieille, déjà cassée, et que l’on dit sauvée parce qu’elle a échappé à une fin effroyable pour être condamnée à un effroi sans fin.
  • 22 mai 1996, ALORS BOIS ! Renaud rejoint le Front de libération nationale de Montauban > Charlie Hebdo, le 22.05.96 ALORS BOIS ! Renaud rejoint le Front de libération nationale de Montauban Je suis tombé amoureux. Hé ! Pas d’une fille ! Non, de ce côté là y’a plus de place dans mon p’tit cœur plein de Dominique. Quant à mon corps il est à elle aussi, depuis le temps qu’elle a fini par s’habituer à ce truc puisque dans quelques mois ça fera vingt ans qu’on est ensemble. (Eh ouais, les filles, fallait épouser un protestant…). Je suis tombé amoureux de Montauban. Vous connaissez ? Putain la ville ! Tu meurs ! Je viens d’y passer deux jours, invité à participer au festival « Alors Chante ! ». J’aurais pas eu ma fiancée et notre enfant à Paname j’y restais ! N’y allez pas, ou pas trop nombreux, sinon après ça sera moins bien… Je suis pas trop balèze pour dire du bien, la dithyrambe touristique, c’est pas mon truc, je suis plus à l’aise avec les coups d’Etat militaires indonésiens qu’avec la douceur de vivre montalbanaise, mais vraiment, c’est le plus bel endroit du monde et les gens gentils comme tu crois plus que ça existe. Ma femme m’a dit : Quand t’as bu t’aimes tout ! Pis tu veux jamais aller nulle part mais quand t’y es, tu veux plus jamais repartir ! » Elle a pas tout à fait tort. C’est vrai que j’ai un peu abusé des produits régionaux. J’allais pas arroser d’Orangina les magrets de canard et les foies gras que la municipalité nous a généreusement prodigués afin de nous sustenter avant et après les concerts, c’est quand même meilleur au Ricard. Je suis amoureux, ça me trend tout triste, du coup j’ai juste envie d’écrire une chanson pour Montauban et pas une chronique pour Charlie. C’est con l’amour hein ?
  • 19 juin 1996, LE BASQUE, PURIFICATEUR ETHNIQUE Contre le nationalisme, Renaud porte le béret basque > Charlie Hebdo, le 19.06.96 LE BASQUE, PURIFICATEUR ETHNIQUE Contre le nationalisme, Renaud porte le béret basque Je m’excuse de revenir là-dessus mais je trouve un peu dégueu que les récentes expulsions de réfugiés politiques basques vers l’Espagne n’aient pas suscité sous la plume de mes amis de Charlie quelques propos énervés. Je sais bien que la « cause » basque, pour son fond de nationalisme, n’est guère populaire ici, mais moi, perso, j’ai du mal à rejeter les individus victimes de l’Etat policier sous prétexte que je n’adhère pas totalement à leurs convictions (ce qui, d’ailleurs, reste à prouver…). S’il fallait demander un certificat de bonne conduite, de bonne moralité, de comportement « politiquement correct » à tous les opprimés, les massacrés, les génocidés de l’histoire, j’ai peur que nous n’ayons bientôt plus grand monde à défendre… « Je vais pas pleurer sur le sort de ces moines trappistes décapités, ils étaient croyants, moi non ! » Tu vois le genre ? Bon, et pis d’abord, est ce que « nationalisme » ça veut forcément dire réac, facho, raciste, beauf, haineux, de droite et j’en passe ? Me semble qu’on est quelques-uns à Charlie (pas tous…) à soutenir une armée zapatiste de libération nationale, que le FLN algérien qui luttait contre le colonialisme français fut soutenu par la gauche comme le sont d’une manière générale tous les mouvements de libération nationale, que l’on s’accommode assez facilement d’un nationalisme qui fédère les opposants à l’occupation militaire, à l’oppression, voire à l’impérialisme économique et culturel d’un peuple au détriment d’un autre, que l’on aurait beau jeu de reprocher aux Tibétains d’être nationalistes, aux Kurdes, aux Kanaks, aux Palestiniens, comme l’étaient hier dans l’Europe occupée les résistants au nazisme. « Oui mais c’est pas pareil ! me dit-on. Quand le nationalisme est lié à une lutte de libération territoriale il est compréhensible, plus du tout lorsqu’il est une fin en soi ! » Bon… Je n’ai jamais remarqué que le Pays basque français souhaitait ses frontières, sa monnaie, son armée, son économie propre, sa langue à l’exclusion de toute autre, qu’il envisageait de chasser les immigrés, qu’il prônait la « préférence nationale » ou l’épuration ethnique contre les non-Basques… Je ne suis pas assez malin pour vous dire si le peuple basque, des deux côtés des Pyrénées, a tort ou raison de se vouloir « nation historiquement une et indivisible », je vous avoue que je les verrais d’un meilleur œil obtenant un genre de statut de région avec une forte autonomie mais au sein d’une Europe sans nouvelles frontières, elle tend à les gommer, que la création d’un micro-Etat me fait immanquablement penser au danger d’une bosnisation de l’Europe avec tous les conflits futurs que cela risque d’engendrer. Mais on ne m’ôtera pas de l’idée, moi qui fus bercé au « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » que le droit à l’autodétermination du peuple basque est légitime au regard de l’occupation militaire, policière, économique, culturelle que l’Espagne beaucoup et la France pas mal exercent sur ces deux millions d’habitants. Droit d’enseigner et de parler sa langue s’il le veut, revendication d’une identité qu’on lui dénie, protection de sa culture, de ses traditions (à la con ou pas, peu importe…) et de ses paysages, le Basque refuse aux Etats centralisateurs et jacobins de décider de son économie, de sa politique, de son destin. Et puis surtout, quels que soient les évènements qui ont abouti à la situation d’aujourd’hui, il entend résister à la répression policière, militaire et barbouzarde menée conjointement par Paris et Madrid par les socialos d’hier comme par la droite d’aujourd’hui, contre les militants, les réfugiés politiques, les emprisonnés, les exilés. Mon pote Txsetx m’écrit ceci : « En 1989 le gouvernement espagnol a organisé de A à Z l’assassinat du député basque Josu Muguruza, le soir même de son investiture au Parlement de Madrid. Un autre parlementaire, Inaki Esnaola, fut grièvement blessé lors de la même action. Deux policiers et un mercenaire d’extrême droite tirèrent les coups de feu, couverts par huit agents des services secrets espagnols. Voici donc un Etat de l’Union européenne qui organise froidement l’assassinat d’un représentant du peuple parce qu’il n’admet pas l’option politique dont il est le porte- parole ! En 1989 encore, le ministre de l’Intérieur José Luis Corcuera a fait poster trois colis piégés, dont un destiné à un parlementaire d’Herri Batasuna, qui tua le facteur chargé de le livrer. Dans les treize dernières années, la jeune et belle démocratie qu’est l’Espagne a pratiqué systématiquement la torture, des traitements pénitentiaires inhumains et illégaux, l’incarcération de journalistes, d’avocats et de parlementaires, a organisé un groupe para policier, le Gal, dont les activités se soldent par une multitude d’assassinats sur son territoire comme sur celui d’un Etat voisin au moyen de voitures et moteurs piégés, de mitraillages indiscriminés à l’encontre d’hommes, de femmes et d’enfants, a organisé ou tenté l’enlèvement d’au moins sept personnes sur le territoire français, dont deux ont été sauvagement torturées pendant trois mois consécutifs, exécutées et enterrées dans la chaux vive, assassiné ou tenté de le faire au moins trois parlementaires basques légalement élus au suffrage universel… » Pour les six réfugiés politiques basques récemment livrés en toute illégalité à l’Espagne par Paris (sans que Madrid n’ait formulé de demande d’extradition), pour ceux qui purgent leur fin de peine dans les prisons françaises et risquent d’un moment à l’autre d’être extradés ou expulsés, on peut craindre le pire quand on sait que certains de ceux qui ont connu récemment le même sort ont été brutalement torturés aussitôt livrés aux policiers espagnols. Je ne voulais pas que Charlie Hebdo soit concerné par les propos de mon pote basque lorsqu’il conclut : « Ne rien dire sur de tels faits, ne pas s’opposer à leur remise par l’Etat français aux mains de tortionnaires et d’assassins patentés, occulter les vraies raisons et origines du conflit armé basque ôte toute crédibilité à ceux qui se prétendent champions des Droits de l’homme et de la défense des libertés. »
  • 26 juin 1996, LE CRI DU HOMARD AVEC L'EAU BOUILLANTE Homard m'a pincer > Charlie Hebdo, le 26.06.96 LE CRI DU HOMARD AVEC L’EAU BOUILLANTE Homard m’a pincer J’étais au resto, peinard, juste avec ma femme, en amoureux – je ne vois pas d’ailleurs avec qui j’aurais été, ma fille était chez une copine et moi j’ai pas de copains -, j’étais donc au resto avec mon meilleur ami et j’avais envie de nouilles. « T’es dans un resto de poissons ! me dit ma femme. T’as mangé des pâtes à la maison toute la semaine, tu peux pas varier un petit peu, non ? » Je lui ai dit que oui, je pouvais, mais dans ma tête, je pensais : « Je t’ai bien eu mon ange, c’est des filets de sole aux pâtes fraîches… » quand j’ai remarqué que mon ange s’abîmait dans la contemplation du vivier à crustacés qui jouxtait notre table. « Tu crois que c’est pour manger ou bien c’est juste pour la déco ? » Je regardai à mon tour le fond de l’aquarium. Une douzaine de bestiaux pas jolis s’y prélassaient. « M’enfin, chérie ! C’est pour manger, bien sûr ! Tu crois pas qu’ils élèvent des langoustes juste pour faire joli ! » Comme je m’en doutais un petit peu ma femme m’a dit que c’étaient pas des langoustes mais des homards. J’avais failli dire écrevisses alors j’ai pas fait le malin. « Je mange pas de ces trucs-là, tu m’excuses, je connais pas bien les noms… » Ma douce épouse retourna à ses crevettes (beuark…), moi je décidai de faire connaissance. Je tapotai de la main sur la vitre du vivier dans l’espoir d’intéresser les bestioles et, pourquoi pas, d’en amener une à tomber amoureuse de moi, j’aimerais tellement qu’un jour quelqu’un qui ignorerait mes activités professionnelles et le montant de mes impôts craque sur moi, juste pour mon physique somme toute étonnant. Rien. Pas un mouvement, pas un regard, les z’homards immobiles au fond de l’eau m’ignoraient totalement. « Tu crois qu’ils savent ce qui les attend ? me demanda ma blonde. – Penses-tu ! Des animaux capables d’aussi peu d’intérêt pour un garçon comme moi sont probablement dénués de cerveau ! » J’avais à peine terminé ma phrase qu’un loufiat arriva avec une épuisette et la plongea dans le vivier. Ce fut la débandade, la panique, la Berezina ! Les homards nageaient dans tous les sens, se cognant aux vitres, se bousculant pour une place à l’abri d’un caillou ; je crus même entendre les cris de terreur des pauvres bêtes. « mais qu’est-c’qu’il fait ? » me demanda encore ma naïve. « Ben tu vois bien, non ? Des clients ont dû passer une commande, il choisit quelques belles pièces. Dans trente secondes, elles seront jetées vivantes dans l’eau bouillante. Adieu la vie, adieu l'amour..." Ma femme me regarde alors avec des yeux terrifiés. "Vivantes ? Jetées vivantes dans l'eau bouillante ? Mais c’est dégueulasse ! " Je me sentis tout fier : « Tu comprends pourquoi j’en mange pas ! « Elle ne me crut pas une seconde, évidemment. « T’en manges pas parce que t’aimes pas ça, point final ! en plus, t’as même jamais goûté ! » Bon, elle avait pas tout à fait tort, n’empêche que, si j’avais aimé, ça m’aurait définitivement dissuadé d’en manger encore. « Tu vois, chérie, les nouilles aussi sont jetées vivantes dans l’eau bouillante, eh ben ça me fait pas du tout le même effet. J’ai à peine de chagrin quand je les ébouillante… » Dans les minutes qui suivirent, l’épuisette maudite vint encore éclaircir le troupeau, provoquant à chaque fois la même panique, jusqu’à ce que, sur la douzaine qui constituait le cheptel à notre arrivée, il ne reste qu’un seul crustacé dans le vivier. Une belle homarde bleutée avec des yeux comme deux petites perles noires. Quand son tour arriva, elle vint s’écraser contre la vitre de l’aquarium, juste devant moi, en me jetant un regard désespéré, un regard qui disait : « Au secours ! Sauve-moi, je t’aimais, je t’aime, et je t’aimerai ! » Ah ? mauvaise pioche ! C’est pas une chanson à moi… Avant qu’elle ne soit engloutie par l’épuisette, j’ai juste eu me temps de lui murmurer : « Je peux rien pour toi, ma belle, ma femme est très jalouse… » C’est en rentrant chez nous que j’ai commencé à m’en vouloir à mort. Après tout, si on l’avait commandée en disant que c’était pour manger à la maiso,n, on la ramenait dans un seau et cet été on la relâchait dans le bassin d’Arcachon… La nuit suivante j’ai dormi du sommeil horrible de l’assassin.

20 avril 2000

Ouest-France
  • 11 avril 2000, Concert à l'espace Herbauges > MUSIQUE Renaud : concert intimiste mais salle combe à l'espace Herbauges 1 200 personnes de tous âges ont assisté vendredi soir, au concert de Renaud. Le chanteur, en petite forme, et chantant plus faux que jamais, mais c'est comme ça qu'on l'aime, n'a rien perdu de sa gouaille et de son impertinence. Partant de ses problèmes de voix, il nous révèle qu'il " avait le choix entre arrêter de fumer et arrêter de chanter " et qu'il a préféré " arrêter d'aller voir le médecin ". |Des chansons |empreintes |de tristesses |dans un décor |minimaliste Il nous propose une tournée intimiste, qui se traduit par un spectacle en petite salle avec seulement deux musiciens, mais quels musiciens : Jean-Pierre Buccolo à la guitare et Alain Lanty au piano. Le décor aussi est minimaliste, avec des perches à vue, un projecteur sur chaque musicien ; pour un résultat original et loin des shows auxquels le titi parisien nous avait habitués. Un spectacle sous le signe de la communion et de l'amitié, pour le public comme pour ses complices musiciens. Une atmosphère donc très chaleureuse et qui incite notre Gavroche national à se confier à son public. Très bavard, Renaud enchaîne les piques sur les Herbiers, sur le public, sur ses musiciens ou sur les politiques. Il nous confie aussi des anecdotes sur la tournée : spécialité régionale et blagues entre potes. Ses chansons, elles, étaient un peu moins gaies : Manu, La Ballade irlandaise, Chanson pour Pierrot, Son Bleu, La Médaille. Et une toute nouvelle : Elle a vu le loup. Une ambiance un peu triste qui laisse à penser que le chanteur est un peu déprimé. Déprimé, peut-être, mais assez motivé pour deux rappels après deux heures de spectacle. Il est parti en remerciant le public qui lui était debout pour l'ovationner, et ne voulait pas que cette soirée s'arrête.

19 avril 2000

Charlie-Hebdo
  • 1er décembre 1993, S'ACCOMPAGNANT D'UN DOIGT SUR LA DÉTENTE, LE CLOWN SE MEURT... > Charlie Hebdo, le 1er décembre 1993   « Renaud bille en tête S’ACCOMPAGNANT D’UN DOIGT SUR LA DETENTE, LE CLOWN SE MEURT…   Cette semaine, je m’étais juré de parler de l’Actualité. Avec un grand A comme « tas de merde ». Pas parce que des lecteurs se plaignent de pas lire assez souvent sous ma plume des brûlots – réquisitoires – coups de gueule , non, juste pour faire plaisir à Philippe Val, qui m’a demandé la même chose. Parce que lui, je l’aime beaucoup, alors que vous, je vous connais pas. Je m’étais dit que j’allais traiter d’un sujet vachement grave, vachement scandaleux, ou, en tout cas, vachement important. Genre les S.D.F, le chômage, la drogue, la pollution , le sida, la guerre ou le football. J’avais décidé d’oublier que Val, Charb, Siné, Pasquini, Oncle Bernard et les autres font ça très bien, j’avais essayé de me convaincre que j’avais peut-être un avis différent du leur (et du vôtre), une opinion encore meilleure et, pour les exprimer, un talent forcément pas dégueulasse sinon vous pensez bien qu’à Charlie y m’auraient viré depuis longtemps, à moins qu’ils ne me gardent que pour ma signature, ce qui serait très con. Et pi j’ai pas réussi. J’ai eu beau chercher, rien dans l’actualité du monde ne m’a inspiré la moindre ligne. Du dégoût, de la déprime, de la colère, oui, mais pas l’ombre d’une envie de les exprimer. C’est du bel espace journalistique perdu, vous vous dites. Une belle tribune désertée, du papier gâché, de la liberté d’expression autobâillonnée… Ben peut-être. Mais c’est surtout une grande lassitude, un sentiment d’impuissance, et la conviction désarmante de la futilité, du dérisoire qu’il y a à formuler chaque semaine ses indignations, à exprimer encore et toujours son désir de transformer radicalement cette société à la con, à défaut de pouvoir la détruire une bonne fois. Deux choses ont retenu mon attention malgré tout, au point que j’ai envie d’en faire quelques lignes ici. Deux petites infos glanées au hasard dans le cloaque quotidien des nouvelles du monde et des gens : Achille Zavatta s’est suicidé d’une balle de revolver dans la tête ! Le suicide m’a pas étonné plus que ça, mais le revolver, oui. Ca vous a pas fait bizarre, à vous ? Moi, je me suis vraiment demandé pourquoi un monsieur avec un nez rouge, des chaussures trouées, un manteau à carreaux, un chapeau en chiffon et un violon cassé, un monsieur dont la vie n'a, apparemment, obéi qu’à une règle : faire rire les enfants, pourquoi ce monsieur si gentil avait un flingue chez lui. Je serai clown, il me semble que j’aurai un pistolet à eau ou une carabine à flèches, pas un 357 Magnum, non ? Ah bon… Je sais pas pourquoi, mais je me dis que si Zavatta avait un vrai revolver – à – mort , un mec comme, par exemple, Charles Pasqua, a probablement chez lui une bombe thermonucléaire. Pi la seconde chose qui m’a étonné dans l’actu, c’est ce sondage fait auprès des 11-17 ans. « Qui aimeriez-vous avoir comme parents ? » Sondage vraisemblablement un peu manipulé, comme c’est souvent le cas, puisque j’imagine qu’on a soumis aux mômes une liste de « personnalités » plutôt que de les laisser répondre spontanément. Comme maman, c’est Balasko qui arrive en tête. Pour les papas, c’est Dechavanne. Je rigole parce que ça doit énerver Nagui. Depardieu est troisième, ce qui est marrant, aussi, son fils Guillaume, un petit peu enchristé, sera sûrement ravi de savoir que sa place est enviée. Moi, je suis quatrième. Sympa… Quand j’ai vu ça, je me suis demandé si j’avais bien lu et si on ne me plébiscitait pas plutôt comme grand-père, mais non. Pour voir, j’ai demandé à ma fille ce qu’elle aurait répondu, comme je m’y attendais, elle a sorti Clark Gable et Vivien Leigh. Pi du coup, elle m’a posé la question. J’ai dit Brassens comme papa et heu… comme maman, heu… allez, Charles Trenet ! Avec des parents comme ça, à tous les coups j’aurais fait chanteur. Pas chroniqueur à Charlie Hebdo… RENAUD »
    • Philippe Val
    • Politique Charles Pasqua
    • Josiane Balasko
    • Télévision Dechavanne
    • Télévision Nagui
    • Gérard Depardieu
    • Georges Brassens
    • Charles Trenet
    • Charb
  • 1er février 1995, JE PARLE PAS AUX LÉGUMES ! lang=FR> Charlie Hebdo, le 1er février 1995 « Renaud Envoyé spécial chez moi JE PARLE PAS AUX LEGUMES ! Et encore moins aux montants compensatoires Il m’aura fallu trois semaines pour trouver une réponse intelligente à la question que m'’ posée un téléspectateur pendant l’émission « Nulle part ailleurs », où vous m’avez peut-être vu ou peut-être pas. La question, c’était : « Moi qui n’ai d’avis sur rien, je voudrais bien savoir comment tu fais pour avoir un avis sur tout ? » Je ne me souviens même plus de ce que j’ai répondu alors. Un truc du genre « j’ai pas un avis sur tout, les montants compensatoires, par exemple, je m’en tape ! ». Ouais… Bof… Pas terrible, comme réponse, je pense pas que vous auriez fait mieux. Ce matin, je me suis réveillé en bougonnant et j’ai trouvé ma repartie à sa question à la con : « T’as d’avis sur rien ? Je parle pas aux légumes ! Et toc ! » Ma femme, près de moi, peu habituée à m’entendre parler tout seul, a cru que je m’adressais à elle. On peut la comprendre, il n’y avait qu’elle et le chat dans le lit à ce moment-là. Je parle pas aux chats. Les chats n’ont d’avis sur rien. Comme ma femme n’aime pas que je l’appelle légume, elle m’a collé un taquet. « J’aime pas que tu m’appelle « légume », gros tas de nouilles ! Tiens prends ça ! »Moi j’ai fait « Aïe ! Arrête de ma frapper ! Je t’ai pas appelée « légume », je répondais à un téléspectateur ! » Elle m’a regardé un peu bizarrement, pour ne pas me donner l’impression qu’elle me prenait définitivement pour un fada elle a quand même jeté un coup d’œil sous les couvertures, n’a trouvé personne qui ressemblât de près ou de loin à un téléspectateur et s’est mise, tout d’un coup, à me parler très gentiment. « Ecoute, reste couché, repose-toi, tu travailles beaucoup en ce moment… » Bon, j’allais pas me faire prier, une grasse matinée à l’œil ça se refuse pas. Ma femme s’est levée pour amener la petite à l’école, moi j’ai gardé le chat et j’ai essayé de me rendormir. Le chat a fait « miaooouuu ! » ou quelque chose comme ça. Je lui ai dit « Hé, oh ! Toi, tu la ramènes pas, hein ? » Ma fille a crié depuis le couloir « A qui tu parles, mon papou ? ». J’ai dit « A personne ! ». Elle m’a dit « Ah bon ? Tu parles tout seul alors ? C’est nouveau ! ». J’ai vaguement entendu que ma femme lui expliquait quelque chose, elle est arrivée aussitôt après, l’air un peu inquiet, et m’a fait un bisou en me suggérant un bon gros dodo. Au réveil, j’avais trouvé une nouvelle réponse imparable à la question du mec de la télé. Mais là, je me la suis gardée pour moi. Enfin, j’en ai juste parlé à mon chien, qui a un avis sur tout, lui aussi. Il l’a trouvée très bien. RENAUD »
Nous-deux
  • 2 février 2000, Tendre rebelle background="n2_2-00_fond.jpg">   PORTRAIT Tendre rebelle Renaud Éternel jeune homme de 47 ans, Renaud s'apprête à fêter ses vingt-cinq années de carrière. D'une discrétion exemplaire, il n'est pas près de changer ! if (navigator.appName=="Netscape")document.write("") RENAUDL'ÉMOTIF Cet inconditionnel deBrassens cachesa grande sensibilitéderrière des lunettesnoires et l'exprimesur scène, ici, en 1996,à l'Olympia, à Paris. Avec sa guitare et un piano, Renaud est actuellement en tournée dans toute la Francee. Aucun concert à Paris, pas de télé ni de presse, pourtant il fait salle comble ! Puisant depuis toujours dans la vraie vie la matière de ses textes, Renaud a tracé un sillon à part dans la chanson. Portrait d'un chanteur exemplaire. Des parentsque tout sépare Solange, sa maman, est fille d'un mineur de Lens, fervent militant communiste et syndicaliste. Olivier, son papa, vient d'une famille d'intellectuels protestant de Montpellier. Pendant que l'une se tue à l'usine, l'autre écrit des romans policiers pour la Bibliothèqe rose. Le gars du Sud et la fille du Nord se rejoignent à mi-chemin, à Paris, pour fonder leur petite famille. Trois filles et un garçon qui, le 11 mai 1952 vont accueillir les jumeaux david et Renaud. Solange cesse de travailler pour se consacrer à sa maisonnée. Tout petit, déjà,il fait son cinéma Renaud et David Séchan n'ont que 4 ans lorsque leur oncle, Edmond Séchan, directeur de la photographie, les fait engager pour figurer dans Le Ballon rouge, d'Albert Lamorisse. A l'adolescence, Renaud prend des cours de théatre et multiplie les figurations dans quelques téléfilms. Il jouera ainsi le petit-fils du duc de Plessis-Vaudreuil dans le feuilleton Au plaisir de Dieu avant de faire ses premiers pas sur scène au Café de la Gare, où il rencontre Coluche. Les deux hommes ne se quitteront plus. Et Renaud, si discret, répondra toujours présent aux Restos du cœur. Un vrai Robin des Bois C'est en 1974 que la vraie aventure artistique de Renaud commence. Il entonne le couplet Société, tu m'auras pas de sa chanson Hexagone et donne le ton. Les jeunes ont trouvé leur hymne. Renaud est avant tou un homme libre et le revendique. « Je continue à me battre contre l'injustice, la bêtise, la haine, le mépris de l'environnement, et je signe toujours des pétitions contre la disparition des ours ou pour la libération de certains prisonniers politiques », lancera vingt ans plus tard le chanteur, qui n'a rien perdu de ses premières révoltes. Son look « populaire »fait craquer les ados Avec le succès de Laisse béton, en 1977, celui de Ma gonzesse et de Marche à l'ombre, en 1979, Renaud devient, guitare sous le bras, le chanteur contestataire de la nouvelle génération. Les jeunes reprennent sa dégaine de titi de Paname. Jeans déchiré, Perfecto de cuir, bandana rouge, jambes arquées et santiags, c'est le Renaud qu'on aime et il ne changera plus. Pourtant, il lui aura fallu une bonne quinzaine d'années pour avoir confiance en lui. Il se jugeait au départ trop nunuche, avait honte de ses « guiboles tordues », de ses cheveux « jaunes » et de ses yeux cernés ! RENAUD L'INSOUMIS Vétu de son éternel blouson noir, Renaud affiche, aujourd'hui encore, le look contestataire qui avait séduit la génération des années 70. Tout l'amour du monde pour Lolita Quand Dominique lui annonce qu'elle attend un bébé, Renaud est comme sous le choc. Lolita pointe son nez et d'un coup, l'existence du papa loubard trouve son sens. Renaud se lève tôt, devient moins agressif. Aux sorties entre potes, il préfère désormais la chaleur du foyer. Après les chansons engagées, le temps de la tendresse est venu, il écrit Morgane de toi, une déclaration d'amour à sa fille. Lolita grandit et Renaud est fier de dire qu'elle lui ressemble. « Elle sait que le monde tourne assez mal et elle est quasiment plus anar que moi », confie, attendri, le chanteur. De la sueur et des larmes pour Germinal Jusqu'alors, Renaud avait refusé toute les propositions de cinéma. Mais son pote Vincent Lindon le persuade d'accepter le rôle de Lantier dans Germinal, de Claude Berri. En ce jour froid de 1992, quand débute à Valenciennes le difficile tournage du film tiré du roman de Zola, Renaud retrouve avec émotion ses racines de ch'timi. Il va jusqu'au bout et, les larmes aux yeux, il reçoit quelques mois après la médaille du Syndicat des travailleurs de la Terre de la ville de Lens. En silence, il pense à son papy qui, lui, n'a jamais reçu de récompense. Le bonheur à l'ombre de la Belle de Mai Après avoir rapporté du Nord un disque de chansons ch'timi, Renaud renoue avec ses origines de gars du Sud. Quatre mois par an, le chanteur vit non loin de Marseille. Ses potes ont l'accent du soleil, boivent le pastaga et jouent à la pétanque. Grâce à eux, il découvre la Belle de Mai, cet ancien quartier chaud, populaire et communiste, qui avait, jadis, ses filles de joie et ses voyous. un nouveau disque va naître. Avec lui, c'est la fête à la maison S'enfermer dans un studio d'enregistrement ne convient guère à Renaud. Aussi a-t-il opté pour une formule plus conviviale : le travail à domicile, pour la grande joie de sa femme, Dominique. Tandis que les guitaristes occupent le bureau, le percussionniste, la salle de bain et le pianiste, le couloir, Renaud réquisitionne les toilettes. « Une acoustique de rêve », assure-t-il en professionnel. Des toilettes où il accroche les disques d'or, une manie chipée à son ami Coluche. Brassens,  l'idole de toujours A 4 ans, il fredonne déjà les chansons de Brassens et, quand il en a 8, il se rend chez le maître pour lui demander un autographe. Plus tard, en 1977, Renaud, jeune vedette, rencontre son idole sur un plateau télé. « Vos chansons sont merveilleusement construites », le complimente le pète. Renaud, oubliant ses hésitations, se lance et enregistre Chante Brassens. Celui qui n'a pas de nom Aujourd'hui, à 47 ans, Renaud n'a rien perdu de son âme d'enfant et il repart à la rencontre de son public. L'occasion de promener ses douces complaintes mais aussi ses deux nouvelles créations, Elle a vu le loup, et surtout, Boucan d'enfer, un texte émouvant qui fait allusion à sa rupture avec Dominique, sa femme pendant plus de vingt ans... Si, au hasard des routes, vous croisez un homme discret au regard azur chantant avec son cœur ses révoltes et sa tendresse, rappelez-vous simplement son prénom : Renaud. David Lelait Pour mieux le connaître Nom : Séchan. Prénom : Renaud Né le : 11 mai 1952, à Paris. Il adore : sa fille, Lolita, la campagne, la discrétion. Il déteste : les caméras, les interviews et parler quand il n'a rien à dire ! Où lui écrire ? Virgin, 11, place des Vosges, 75004 Paris. RENAUD L'AFFECTUEUX Séparé de sa femme, Dominique, il reste très attaché à sa fille, Lolita, âgée de 19 ans. Avec son jumeaux, David, il est le cadet d'une famille de six enfants. En haut, à droite, il est avec l'un de ses frères, Thierry.

28 février 2000

Charlie-Hebdo
  • 10 novembre 1999, le look des fans > "CHARLIE HEBDO" No386 du 10.11.99 Renaud, " fragile et trouble comme ce qui nous unit à lui " (un critique québécois) C’est pas pour crâner, mais fan de Renaud dans les années 80, c’était un dur métier. En plus d’être de gauche, voire anar, écolo et antiraciste, il fallait porter une croix protestante et un bandana très moche. Alors que pour être fan de Pascal Obispo aujourd’hui, il suffit d’être une conne. J’ai appris la vie dans ses chansons. Ça m’a surtout appris à me méfier " des salauds très dangereux et des imbéciles heureux ". Renaud, c’est comme ton meilleur pote qui habiterait à l’autre bout du monde. Tu le vois jamais, mais tu sais qu’il existe et ça fait du bien. Quand il réapparaît tous les trois ou quatre ans, t’es ému aux larmes. Cette fois-ci, il chante sa gonzesse qu’a fait basket et sa Lolita de vingt ans. Fragile et farouche, Renaud causera pas aux journaux. Bien fait pour eux ! Il est sur scène, rien que pour nous, rien que pour vous, les p’tits oiseaux. JOËLLE LEVERT " Il reste quelques places pour les concerts de Six-Fours le 15 décembre, Montluçon le 16 et Clermont-Ferrand le 18. Pour info, consulter le site : www.backline.fr

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